Heurs et Malheurs des majuscules de titre

Dans un texte français courant, les règles fixant l’usage des majuscules sont assez simples. La majuscule s’utilise en début de phrase, et pour quelques mots réservés (dont la mémorisation est nettement moins simple). Pour les titres en revanche, les conventions orthotypographiques sont un peu plus complexes mais un peu de méthode permet de s’en sortir facilement.

1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de périodique prend une majuscule initiale, exception faite des noms propres.

À la recherche du temps perdu

1.1. Si le titre est composé seulement d’un adjectif qualificatif suivi d’un substantif, le substantif prend également une majuscule.

Tristes Tropiques (mais : Mon oncle)

1.2. Si le titre est composé seulement de deux substantifs successifs, chaque substantif prend une majuscule.

France Soir

1.3. Si le titre est composé seulement de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule.

Guerre et Paix (mais : Être et avoir)

1.4. Si le titre commence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier substantif prend une majuscule, ainsi que tout adjectif ou adverbe précédant.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

1.5. Si le titre est constitué de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule, ainsi que les adjectifs qualificatifs ou adverbes éventuels les précédant.

La Belle et la Bête

2. En cas de sous-titre ou de titre double, les principes précédents s’appliquent à chaque partie (seule exception : si le sous-titre commence par un article défini, cet article prend exceptionnellement une minuscule initiale).

Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile

Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl

3. Les titres prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En particulier, les substantifs madame, mademoiselle et monsieur s’abrègent en Mme, Mlle et M. au singulier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu’ils constituent le premier mot du titre. Lorsqu’ils sont écrits au long, ils prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.

Le Voyage de M. Perrichon

Monsieur de Pourceaugnac

Les Quatre Filles du docteur March

La Faute de l’abbé Mouret

4. Quand l’auteur a clairement choisi une typographie originale, il est généralement préférable de la respecter si cette graphie est justifiée et ne nuit pas aux requêtes.

eXistenZ

Ah oui, un petit détail encore : les majuscules accentuées ne perdent pas leur accent. Cette coupable pratique trouve son origine dans les processus de composition de textes à base de caractères mobiles qui n’offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L’erreur a donc été longtemps tolérée en raisons de difficultés techniques. [4]

L’informatique ayant résolu le problème, il n’y a plus aucune excuse à commettre cette faute, source de tant de « JAURES ASSASSINE ! » et autres « LE PRESIDENT CHAHUTE A L’ASSEMBLEE ! »

avk

Sources

[1] Lexique Des Règles Typographiques En Usage à L’imprimerie Nationale. Paris : Imprimerie nationale, 2002.

[2] Abrégé typographique à l’usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.

[3] Wikipedia : Conventions typographiques

[4] Encyclopédie de la typographie

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Vivre sans TV.

Selon l’institut d’audience Nielsen, un Américain moyen passe quotidiennement 4 heures 49 minutes devant son téléviseur, durée en augmentation constante depuis 10 ans [1]. Le Syndicat National de la Publicité Télévisée nous informe pour sa part qu’un Français consomme un nettement moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails intéressants.

Ainsi, la télévision capte quotidiennement sur le territoire français 44,2 millions d’habitants durant, donc, 3h20′, ce qui mène à une consommation annuelle de 3.226 milliards de minutes drainant des recettes publicitaires de 3,98 milliards d’euros de janvier à août 2009 [2]. En extrapolant pour une période annuelle, nous obtenons 5,97 milliards d’euros bruts. En forçant le trait, disons que les publicitaires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télévision. En fait, le chiffre n’intègre pas les frais de gestion et de production qui, une fois injectés dans l’équation et selon un mien ami travaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.

On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garanties sur le retour probable sur investissement. La fameuse citation de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confirmation dans ces chiffres :

« Soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…). Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. »

Bien sûr, l’économie n’est pas la seule à bénéficier de la mise en réceptivité de ces cerveaux. Le politique et plus généralement la société elle-même profitent du formatage intellectuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d’abstinence télévisuelle? Qu’offre Internet pour étancher notre soif d’images qui bougent?

Pour ce qui est des émissions télévisuelles redistribuées sur le net, impossible de faire ici le catalogue de l’offre individuel des chaînes mais beaucoup d’entre elles offrent, en léger différé, les journaux télévisés et, en plus grand différé, des reportages tels que les Questions à la Une de la RTBF ou tels que l’on en trouve aussi sur ARTE TV. Je veux aussi mentionner l’excellent site de l’INA qui propose gratuitement un catalogue impressionnant de 23.000 heures d’archives télévisuelles (parmi les 300.000 heures de programmes archivés annuellement) pour les nostalgiques des Cinq Colonnes à la Une ou d’Apostrophes. À destination des chercheurs et étudiants, l’INA a par ailleurs mis en place un site spécifique. Mais ne nous égarons pas…

Vous n’oserez sans doute pas l’avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n’est pas encore très connue sur le Vieux Continent, mais un grand nombre de séries télévisées sont visionnables gratuitement en streaming sur l’excellent Hulu qui offre une qualité de diffusion exceptionnelle… aux États-Unis. En effet, issu d’une joint venture entre NBC Universal, News Corp., The Walt Disney Company et Providence Equity Partners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a toutefois encouragé certaines initiatives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.

TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclusivement sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c’est que serveur de TVGorge n’héberge aucune vidéo mais une base de données de liens pointant toujours vers la source de diffusion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s’interrompent ou qui calent en plein milieu de l’intrigue. Vous allez sur le site, cherchez votre série dans une interface claire et cliquez simplement sur l’épisode désiré! Bien sûr, pas de téléchargement possible sans contorsions coupables! Seule question : combien de temps mettra la horde d’avocats fourbie par les propriétaires de programmes pour trouver l’astuce contraignant TVGorge à ne plus disposer gratuitement d’aussi gracieux liens?

L’offre de CastTV est un peu plus diversifiée et son interface se rapproche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes…), le service propose des émissions telles que l’Eurovision ou la remise des Oscars, une centaine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fantastique Bad Girls from Mars!) Sont disponibles aussi de nombreuses vidéos musicales d’artistes tels que Guns ‘n Roses, AC/DC ou Bill Evans.

FanCast adopte pour sa part une interface encyclopédique inspirée d’IMDB. Cette division de la Comcast Corporation profite de son impressionnant catalogue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Paramount, Warner Bros et Disney) est payante en téléchargement ou location. Une grande partie est toutefois gratuite, servant d’appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publicité. Vous y épencherez aussi votre soif de télé réalité, de documentaires généralistes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show…). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien FanCast qui vous donnera l’expérience télévisuelle la plus probante. Ah oui, c’est souvent très lent au démarrage et quelques vidéos sont indisponibles…

Bon, passons maintenant à des choses plus intéressantes, et donc plus éloignées de l’expérience télévisuelle classique. Outre des sites tels que YouTube et Dailymotion où, à moins de savoir préalablement ce que l’on cherche, il est bien difficile de naviguer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l’honnête homme qui désire simplement passer quelques heures à découvrir, voire à vous émerveiller.

Joost (prononcez « juiced ») a été fondé par les créateurs de Skype et distribue les vidéos en peer-to-peer. J’étais un peu sceptique quand à la fiabilité d’un tel mode de diffusion pour des programmes de télévision, mais je dois reconnaître que l’expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait nécessaire l’utilisation d’un logiciel dédié, c’est désormais une interface web qui a été adoptée. Joost dispose d’un très gros catalogue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui pénalisent les utilisateurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques milliers d’heures de programmes accessibles: documentaires, shows, vidéos musicales et surtout,parmi les films, quelques classiques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton

Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fictions et programmes télé. Je m’en voudrais toutefois de ne pas signaler deux sites exceptionnels tournés respectivement vers les documentaires et vers la diffusion de conférences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom explicite de Documentaryheaven. Financé par les dons et quelques publicités relativement discrètes, il ne possède actuellement qu’un millier de documentaires, mais la plupart de grande qualité, de la dissection d’un éléphant à une lecture de Chomsky sur la morale politique. À suivre, assurément.

Enfin, il y a TED. TED (Technology, Entertainment, Design) est une fondation américaine organisant depuis 1990 des conférences sur des « ideas worth spreading ». La diversité des thèmes, la brièveté des interventions (limitées à 18 minutes), la qualité des intervenants et la diffusion sur leur site web ont fait de TED un fantastique incubateur d’idées. Parmi les conférenciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les conférences, librement diffusables, sont disponibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une application iPhone vient même de sortir.

Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d’infidélité vis-à-vis de votre téléviseur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémorable définition de la vulgarité audiovisuelle [5] comme électrochoc ultime :

avk

Sources

[1] Nielsen

[2] SNPTV

[3] Entretien privé dans une taverne bruxelloise devant quelques Grimbergen Optimo Bruno

[4] Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain disponible »

[5] Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

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Science, conscience et non-science

Science is the belief in the ignorance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Princeton jusqu’en 2007 un laboratoire particulier nommé PEAR : Princeton Engineering Anomalies Research. Ce laboratoire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phénomènes difficiles à prévoir et parfois étranges dans des circuits électroniques [1]. Les activités du laboratoire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la problématique initiale devient de mieux en mieux comprise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les interactions complexes qui peuvent exister entre des circuits électroniques et leurs utilisateurs, en relation avec leur état de conscience.

Une expérience célèbre de PEAR est basée sur des générateurs de nombres aléatoires [2]: ce sont des circuits électroniques qui génèrent de manière imprévisible une séquence de 0 et de 1, avec une probabilité de 1/2 extrêmement bien calibrée.  L’expérience consiste à demander à un utilisateur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime explicitement un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le générateur. Les résultats ont été accumulés au cours d’une dizaine d’années, par une centaine d’expérimentateurs.

A expérience surprenante, résultats surprenants : la fréquence de 0 et de 1 dans la séquence générée est corrélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quantité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indiscutable d’un point de vue statistique. On observe aussi une grande variabilité d’un individu à un autre : certains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), certains obtiennent préférentiellement des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résultats vous choquent au point que vous soupçonniez une falsification obscurantiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des préjugés profondément ancrés sur la manière dont le monde doit fonctionner. Heureusement, la science est là pour voir les choses en toute objectivité. En l’occurrence, la méthode utilisée par Jahn est scientifiquement irréprochable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures universités au monde. En plus, et le fait est suffisamment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues disponibles à quiconque voulait les analyser à sa manière. Sur cette base, des arguments ont été proposés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses collaborateurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balayeraient certains résultats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beaucoup de méthodes statistiques généralement acceptées.

Le fait intéressant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot- incroyables. Dans ces conditions, la réaction des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argumentation technique pourquoi les conclusions sont fausses, et non pas à savoir honnêtement si elles le sont. Je me souviens avoir discuté en mangeant avec un professeur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, physicien et père de Michel, sur les sourciers [5] : je racontais les expériences ingénieuses faites par ce dernier pour essayer de déterminer s’il y avait oui ou non un « signal du sourcier ». Le fait même de trouver que cette question méritait une réponse argumentée m’a valu d’être classé définitivement dans la catégorie des crétins par mon interlocuteur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scientifique reconnue n’a jamais accepté de publier les résultats de PEAR, indépendamment d’une transparence méthodologique absolue.

Contrairement à une idée reçue, les revues scientifiques publient régulièrement des résultats faux, et c’est normal : c’est uniquement par la publication que d’autres équipes peuvent répéter les expériences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut apparaître concernant la signification et la portée éventuelle des résultats initiaux. Dans le cas des résultats de PEAR, personne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Benveniste dans l’affaire que des journalistes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Benveniste a eu beau contrer un par un les arguments de ses pairs et détracteurs, faire reproduire ses expériences par d’autres laboratoires que le sien [6], analyser différemment les données en s’associant à une équipe reconnue de statisticiens [7], changer de modèle biologique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui reprochait c’était ses résultats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Revenons à PEAR. Les résultats sont fascinants, mais pas nécessairement choquants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La première éventualité n’est pas très différente d’un problème bien connu en mécanique quantique : un observateur modifie l’état d’un système physique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éventualité, elle peut paraître plus surprenante mais elle n’est pas inédite : un exemple classique est le positron qui par beaucoup d’aspects peut être compris comme un électron qui remonterait le temps. On parle parfois aussi très sérieusement de rétrocausation, c’est-à-dire d’événements présents influencés par le futur, pour analyser notamment des situations d’enchevêtrement quantique [10]. Pourquoi accepte-t-on des explications de cet ordre dans certains domaines et qu’on les rejette de manière épidermique dans d’autres ?

La seule explication qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scientifiques doutent de la méthode scientifique elle-même et que dans ces conditions c’est  toujours le « bon sens » et la conviction, c’est à dire les préjugés, qui ont le dernier mot. Le raisonnement libre et non orienté n’est possible que dans des contextes où il n’y a pas de conviction a priori possible. On accepte des recherches débridées sur les particules élémentaires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le raisonnement vient souvent rationaliser a posteriori ce qui est tenu intuitivement pour vrai [11]. Refuser de parler objectivement des sourciers était, pour ce professeur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capacités d’analyse.

Or, des faits bien documentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la conviction, même en ce qui concerne notre environnement immédiat. Les cas de construction de souvenirs, par exemple, montrent à quel point une conviction peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi instructive [12]. Un autre exemple intéressant est celui des spectacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonctionne parce que le magicien cache à sa victime ce qu’il fait. Des systèmes de eye-tracking montrent pourtant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direction, ce qui suggère que le truc exploite un mécanisme cognitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vraisemblable que des mécanismes du même ordre soient à l’œuvre dans la perception que nous avons de notre environnement physique immédiat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phénomènes macroscopiques qui échappaient à notre conscience, pour des raisons qui gagneraient elles-mêmes à être élucidées. La première étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

cjg

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong question, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Correlations of Random Binary Sequences with Pre-Stated Operator Intention: A Review of a 12-Year Program. J. Scientific Exploration, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Differences in Human/Machine Anomalies, J. Scientific Exploration, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jefferys, Bayesian Analysis of Random Event Generator Data, J. Scientific Exploration, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sourciers, Presse Universitaire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des conditions imposée par Nature à Benveniste pour publier ses résultats était qu’ils soient confirmés préalablement par d’autres laboratoires que le sien ; l’article par lequel le scandale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) présentait donc les résultats de 4 équipes de recherche : celle de Benveniste, une italienne, une canadienne, et une israélienne.
[7] J. Benveniste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cornillet, B. Poitevin, A. Spira, L’agitation de solutions hautement diluées n’induit pas d’activité biologique spécifique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beauvais, L’âme des molécules – une histoire de la « mémoire de l’eau », Collection Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; disponible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scientific Exploration, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, chapitre 27, Pygmalion : 1979) rapporte un cas frappant de deux conceptions biologiques pourtant contraires -à propos des rapports entre phylogenèse et ontogenèse- qui furent utilisées successivement pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colonisation de l’Afrique.
[12] TED.com: Oliver Sacks, What hallucination reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nouvelle science : la neuromagie, Pour la Science, 377, mars 2009.

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Notre vision distordue du monde

Alisa Miller, chef de Public Radio International, évoque avec humour les mécanismes par lesquels les médias américains offrent une vision distordue du monde pour épancher une soif modeste mais réelle d’informations internationales. Avec des statistiques et des graphiques particulièrement éclairants.

Ceci en écho lointain à un ancien billet.

avk

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De part et d’autre des 2000 watts

Le concept de la Société à 2 000 watts est né à Zurich en 1998. Il propose aux « personnes qui vivent dans les pays riches » d’utiliser au maximum 2 000 watts par an tout en ne faisant aucun compromis sur leur confort de vie. Cette quantité représente la consommation moyenne de la population mondiale, soit 17 500 kWh ou 2 700 litres de pétrole.

La mesure semble drastique puisque l’Européen brûle actuellement 6 000 W/an et l’Américain… le double! Il faut donc diviser respectivement leur consommation par 3 et par 6. Établir si la chose est réaliste ou non est pour le moins délicat, mais nous pouvons toutefois nous livrer à quelques calculs.

Tout d’abord, quelques règles de trois. Le United States Census Bureau nous apprend que les États-Unis possèdent actuellement 307,894 millions d’habitants (disons 308 millions), soit 4,5% de la population mondiale : 6,796 millions. Et selon Wikipédia, nous sommes actuellement 731 millions d’Européens.

Ce qui nous mène au tableau suivant.

Région Population

(millions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consommation

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000

3 696

Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778 8 082
Monde 6 796 2 000 13 592
Monde-(USA+Europe) 5 757 957 5 510

Les pays « non riches » auraient donc une consommation annuelle moyenne de près de 1 000 W/personne. Bigre, je m’étais donc fait des idées avec toutes ces images de gosses affamés et de populations déportées. Et cela donne quoi en équivalent pétrole? 2 700 litres / 2 000 * 957 = 1 292 litres de pétrole, soit trois litres et demi par jour et par personne. Bon, c’est moins que nous mais c’est moins grave que je pensais. Bonne chose!

Mais voilà qu’un doute me traverse. La lecture du site zurichois m’avait conduit à accepter l’équation « Pays riches = USA + Europe ». Mais le Japon, le Brésil, le Vénézuela, la Chine. Ne doivent-ils pas entrer dans la balance? D’autant que les États-Unis ne représentent que 4,5% de l’humanité souffrante. D’accord, la plus grande surface des ces pays est peuplée de gens dont la principale consommation énergétique se résume au travail musculaire, mais passer au blanc des villes comma Caracas, Sao Paulo ou Hongkong ne peut se faire sans un examen préalable. D’autant qu’il me semble bien qu’elles constituent des économies émergentes qui vont peser de plus en plus lourd.

Et puis il y a aussi le Canada, et l’Australie. Bon, je sais bien, ce sont des coins un peu bizarres mais on ne va tout de même pas les exclure en raison de leurs gastronomies douteuses et de leurs accents impossibles.

Bien, l’infatigable Wikipédia va nous aider à dresser un tableau des villes avec lesquelles il faut sans doute compter :

Ville Pays Population
Tokyo–Yokohama Japan 34,670,000
Seoul–Incheon South Korea 19,660,000
São Paulo Brazil 19,505,000
Mexico City Mexico 18,585,000
Osaka–Kobe–Kyoto Japan 17,310,000
Shanghai People’s Republic of China 14,655,000
Shenzhen People’s Republic of China 14,230,000
Buenos Aires Argentina 12,925,000
Beijing People’s Republic of China 12,780,000
Guangzhou–Foshan People’s Republic of China 11,850,000
Rio de Janeiro Brazil 11,400,000
Istanbul Turkey 11,330,000
Nagoya Japan 9,285,000
Tianjin People’s Republic of China 8,340,000
Johannesburg South Africa 7,500,000
Hong Kong Hong Kong, China 7,000,000
Kuala Lumpur Malaysia 5,715,000
Riyadh Saudi Arabia 4,650,000
Singapore Singapore 4,485,000
Porto Alegre Brazil 3,495,000
Durban South Africa 3,195,000
Cape Town South Africa 3,175,000
Jeddah Saudi Arabia 3,115,000
Salvador Brazil 3,100,000
Caracas Venezuela 2,645,000
Dubai United Arab Emirates 2,335,000
Fukuoka Japan 2,245,000
Kuwait City Kuwait 2,190,000
Brasília Brazil 2,185,000

Nous pourrions continuer (Moscou etc.) mais arrêtons-nous déjà ici : en ajoutant le Canada et l’Australie, nous avons atteint une population plus large que celles des U.S.A : 339 millions d’habitants!

Consommation énergétique par personne

Que consomment tous ces gens? L’absence de données précises nous impose une certaine audace L’épatant Gapminder nous confirme graphiquement que la consommation énergétique est fortement corrélée au revenu moyen. Et, à titre d’exemple, Tokyo est la ville la plus riche du monde. Osaka est en 8e position, suivie par Séoul et Mexico City. Hongkong est en 13e position, Buenos Aires en 16e et Singapore en 18e tandis que Vienne n’arrive que cinquantième. Nous pouvons donc estimer sans trop de risque que ces populations brûlent au moins autant d’énergie que l’occidental moyen, soit 7 778 W/an. Adoptons donc cette valeur de travail.

Nous pouvons maintenant insérer une nouvelle ligne dans notre tableau.

Région Population

(millions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consommation

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000 3 696
Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778

8 082

oubliés de Zurich 339 7 778 2 637
Monde 6 796 2 000 13 592
Populations pauvres 5 418 487 2 637

Et bien voilà : les pauvres sont deux fois plus pauvres que ne le laissait entendre le tableau zurichois (et sans doute plus encore, les hypothèses ayant été réalisées a minima.)

Quelle est la conclusion de cette histoire? Je ne savais pas très bien comment l’amener et vous remercie de me poser la question. J’en vois en fait plusieurs.

  1. Même avec les meilleures intentions du monde, grossir le trait à des fins de communication peut avoir des effets pervers qui faussent l’analyse et peuvent mener à adopter des stratégies qui ne sont pas nécessairement les meilleures. Comme me répétait mon prof de biologie : « De la précision, sinon c’est la catastrophe! »
  2. Le modèle selon lequel l’Europe et l’Amérique sont les deux poles de la richesse mondiale est dépassé, et le sera de plus en plus.
  3. L’écart entre les gros consommateurs d’énergie et les petits est de 1/25 et non de 1/12.

Alors, il serait à l’évidence très utile que les gros consommateurs modèrent quelque peu leur goinfrerie énergétique. Mais il  est au moins aussi indispensable que les exclus de la gabegie puissent avoir accès à plus : il n’y a pas de développement durable sans énergie.

Il me semble fondamental d’intégrer cette donnée à l’équation, comme il me semble indispensable de coupler la démarche écologique à une réflexion humaniste.

Pourquoi ne pas le faire en imaginant un mécanisme de solidarité assez simple?

Le Système européen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre est devenu un marché très spéculatif mais aussi un peu honteux. L’instauration d’une taxe sur ces opérations offrirait la possibilité de financer l’installation d’éoliennes, de petites centrales hydroélectriques ou de capteurs solaires à destination de populations pauvres. J’imagine qu’elle serait aussi de nature à redorer quelque peu l’image des spéculateurs.

Bref, un Plan Marchall énergétique alimenté par la spéculation sur les droits d’émission.

avk

Sources

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Asterion

Nous nous trouvons devant un paradoxe : la multiplication des vecteurs d’information crée une nébuleuse qui nuit à la transmission de la connaissance.

Trois facteurs interdépendants concourent à l’expliquer : la technologie, la complexité et l’économie.

George Frederick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connaissance que j’utilise quotidiennement, mon iPhone gère une dizaine de protocoles différents donnant chacun accès une masse informationnelle que mon esprit assimile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebondissons de texte en texte, suivant un fil indéfini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en dégageons des impressions floues et avons de plus en plus de mal à synthétiser ce que nous avons retenu de cette immersion.
Sur le plan social, la situation est encore pire : notre société occidentale rend les outils d’édition et de partage accessibles à chacun, mais sans ces outils complémentaires que sont le respect du texte, le transfert des références, la vérification des sources, l’examen de la pertinence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information porteuse du savoir originel, le texte de référence.
À force de transmissions partielles, de commentaires, de copier-coller, de négligences volontaires ou non, la distance entre l’information et la connaissance s’est creusée.

2. L’effondrement du modernisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible complexité du monde. Il y a deux générations, nous vivions dans un monde infini dont nous pensions pouvoir maîtriser les paramètres fondamentaux. Aujourd’hui, nous nous heurtons à la finitude des ressources et à notre incapacité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi importants que la météo, les populations de poissons ou la finance mondiale.
Nous sommes donc résignés, dans le meilleur des cas, à des politiques de très courts termes, à des actions purement locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confusion informationnelle et ces limitations décisionnelles se révèlent être des sources de profits importants pour de nombreux groupements d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nouvelles technologies impliquent directement les modèles socioéconomiques planétaires, et sont d’une importance capitale tant pour les ONG que pour les multinationales ou les entités politiques. Ces derniers utilisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objectifs, et la difficulté de modéliser certains phénomènes complexes rend difficile la réfutation de leurs politiques.
Pourtant, portés par leur optimisme, certains vont trop loin et propagent des informations facilement réfutables. Certains camouflent des positions idéologiques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduction facile des constructions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contribuer à favoriser l’accès à la connaissance de notre monde, des principaux problèmes qu’il traverse et des solutions envisagées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambitieux. C’est pourquoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vaudrait la peine de continuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sensibilité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

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Les paroles divines sont éternelles et immuables.

Mes pérégrinations sur la toile me ramènent une assez vieille histoire dont l’actualité reste vive. En 2000, une célèbre journaliste radio américaine, Dr. Laura Schlessinger, déclara que l’homosexualité est une perversion. Sa justification fut le classique argument d’autorité biblique : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination. » (Lévitique, chapitre 18, verset 22)

L’anecdote prend tout son sel avec une lettre qui lui parvint dans le courrier des auditeurs. Cette missive vitaminée émanait de John Nichols, éditorialiste du Capital Times. La voici :

Cher Docteur Laura,

Merci de tant faire pour éduquer les gens à la Loi de Dieu. J’apprends beaucoup à votre écoute et essaie de partager cet enseignement avec le plus grand nombre. Quand quelqu’un défend l’homosexualité, je brandis le Lévitique 18:22, point final.

Toutefois, concernant d’autres lois du Lévitique et de l’Exode, j’aurais besoin de nouveaux conseils avisés de votre part, afin des les interpréter au mieux. Ainsi :

- Quand je brûle un taureau en sacrifice, je sais que cette odeur est douce au Seigneur (Lev. 1:10-17). Elle ne plait cependant pas à mes voisins. Comme trouver le meilleur compromis?

- Je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c’est indiqué dans l’Exode 21:7. De nos jours, quel serait le meilleur prix pour une fille de son âge ?

- Je sais qu’aucun contact ne m’est permis avec une femme durant ses périodes de menstruation (Lev. 15:19-24). Le problème est : comment le savoir? J’ai essayé de demander mais la plupart des femmes en prennent ombrage.

- Le Lévitique 25:44 dit clairement que je peux acheter des esclaves des nations alentours, mâles et femelles. Un de mes amis affirme que cela s’applique seulement aux Mexicains, et non aux Canadiens. Pourriez-vous clarifier ce point? Pourquoi ne pourrais-je pas posséder de Canadiens?

- J’ai un voisin qui persiste à travailler le samedi. L’Exode 35:2 dit clairement qu’il doit être mis à mort. Suis-je moralement obligé de le tuer moi-même ?

- Un de mes amis m’affirme que, si manger des fruits de mer est une abomination (Lev. 11:10), c’est tout de même moins grave que l’homosexualité. Je ne suis pas d’accord ! Qu’en pensez-vous?

- Le Lévitique 21:18 dit que l’on ne peut pas approcher de l’autel de Dieu si on a des problèmes de vue. Je dois bien admettre que je porte des lunettes. Mon acuité visuelle doit-elle être de 20/20 ou existe-il une certaine tolérance?

- Je sais que toucher le peau d’un cochon mort me rend impur (Lev. 11:6-8) mais puis-je tout de même jouer au football en portant des gants?

- Mon oncle possède une ferme. Il viole le Lévitique 19:19 en plantant dans un même champ deux types de cultures différentes. Sa femme fait de même en portant des vêtements faits de différents tissus (mélange coton/polyester). Il a aussi tendance à médire et à blasphémer. Est-il vraiment nécessaire de réunir tous les habitants du village pour le lapider? (Lev. 24:10-16) Ne pourrait-on pas simplement les brûler vifs lors d’une simple réunion de famille, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches? (Lev. 20:14)

Je sais que vous avez étudié ces matières de façon approfondie et ne doute pas que vous puissiez m’aider.

Merci encore pour nous rappeler que les paroles divines sont éternelles et immuables.

Sincèrement,
Un auditeur fidèle

avk

Source

Snopes

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Le miroir du monde

Depuis quelques mois, Google a implémenté dans son interface de recherche une fonction de suggestion fondée sur les requêtes les plus fréquentes commençant par les caractères que vous êtes en train de taper.

Prévue dans un premier temps pour faire gagner quelques fractions de secondes à l’utilisateur, cette fonction offre une image frappante des préoccupations des internautes pour autant que l’on choisisse des débuts de phrases ouvertes.

Il en ressort entre autres la conviction que Dieu n’est pas un inspecteur de poisson (puisqu’il semble être un astronaute), que l’on soit perplexe sur les mécanismes à mettre en place pour tomber enceinte, que l’aérophagie cause plus d’anxiété que la solitude, et qu’une masse considérable d’internautes sont « extrêmement terrifiés par »… les Chinois. Heureusement, une singulière bouffée d’intérêt pour les équations quadratiques vient relever le niveau.

D’autres facettes googliennes de notre belle humanité? Les commentaires vous sont ouverts!

avk

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Pi = C,CVEZCVBMLYZGEC

Il y a une propriété de pi qui me fait douter de son existence, ou plus modestement, qui me fait réaliser que je n’avais pas vraiment compris ce qu’est un nombre. Et cette propriété est : « pi est un nombre normal. » Cela veut dire que la suite des chiffres qui composent pi, et qui commence par 314159 a toutes les propriétés d’une suite aléatoire infinie, où chaque chiffre apparaît avec la même fréquence 1/10.

Une conséquence de cette propriété de pi est que toute suite de chiffres de longueur finie, comme 0123456789, est présente quelque part dans la suite des chiffres qui composent pi. Plus la séquence est longue plus sa fréquence est faible, mais comme pi est une suite infinie, on a la certitude que n’importe quelle suite finie y est présente une infinité de fois. Par exemple, la suite la 10 chiffres 0123456789 est présente en moyenne une fois tous les 10000000000 chiffres, tout comme 0000000000, ou 3141592653.

La même observation est plus frappante quand on l’exprime différemment. Quand on écrit pi = 3.1415, ce n’est qu’une manière concise d’écrire que pi est le nombre qu’on obtient en faisant le calcul 3*1+1*1/10+4*1/(10*10)+1*1/(10*10*10)+5*1/(10*10*10*10). C‘est ce qu’on appelle la base 10. Avec la numération en base 2 des ordinateurs on écrirait pi = 11,0010010… ce qui veut dire pi = 1*2+1+0*1/2+0*1/(2*2)+1*1/(2*2*2)+… Si on veut utiliser une base plus grande que 10, il nous faut des symboles pour écrire tous les chiffres jusqu’à la valeur base. Pour écrire les nombres en base 27, par exemple, on peut convenir d’utiliser les lettres de notre alphabet et l’espace. On conviendrait 0 = «_», 1 = « A », 2 = « B», etc. jusqu’à 26 = « Z ». En base 27, et avec cette convention, les premières décimales de pi sont reprises dans le titre.

La normalité d’un nombre est indépendante de la base dans laquelle il est écrit, ce qui signifie que n’importe quelle suite finie de lettres se trouve quelque part dans pi. Par exemple, on s’attend à trouver le mot « PAPA » une fois toutes les 500000 décimales. Le texte du journal de demain figure aussi quelque part dans pi, de même que toute l’oeuvre de Voltaire. Tout cela y figure même plusieurs fois, une infinité de fois ! Pire, ce n’est pas propre à pi : la plupart des nombres sont normaux. Cela veut dire que la plupart des fois que vous faites un calcul, l’œuvre de Voltaire est cachée dans la réponse.

La situation est analogue à celle du singe imaginé par Emile Borel, qui reproduirait l’œuvre de Molière en tapant au hasard à la machine à écrire. Dans ce cas là, on peut se consoler de ce que cette situation n’est pas vraiment réelle, puisqu’il faudrait au singe un temps plus long que l’age de l’univers pour ne taper qu’un début de tirade. Ce que je trouve choquant avec la normalité des nombres, c’est que tout y serait dès le début. De manière statique, et depuis toujours. Faut-il en conclure que la plupart des nombres ne sont pas vraiment réels ?

cjg

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Diigo : Social Information Networking

Le social bookmarking est apparu en 2005 avec de.licio.us dont le succès provient en grande partie… de son succès. C’est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socialisation – a son importance. En 2006 est apparu StumbleUpon, plus structuré et permettant de dire d’un clic « j’aime » ou « j’aime pas », d’intégrer son propre site, de maintenir un petit blog et surtout d’intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Marshall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l’impression que cela servait surtout à tromper l’ennui. Une floppée d’autres sites émergèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses importantes : l’importation facile des signets du navigateur, une interface lumineuse, la possibilité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C’était devenu mon outil pour partager mes découvertes avec des amis, et pour m’assurer une accessibilité à mes signets lors de mes déplacements. J’y ai découvert aussi quelques sites intéressants. Pourtant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu’il fait le choix audacieux de l’open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social bookmarking que j’utilisais pour une option fantastique : celle qui permet de surligner des passages. Lorsque je rédige un article, j’ai pris l’habitude, grâce à l’extension de Diigo, de surligner les passages importants et de les stocker dans une liste personnelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d’un clic j’ai non seulement accès à mes sources mais encore aux passages surlignés. Épatant, même si l’usage que j’en faisais était très personnel. De fait, l’aspect social de Diigo était handicapé par plusieurs lourdeurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd’hui même, une fois votre compte ouvert et l’extension installée sur votre navigateur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu’un site vous plait, surlignez éventuellement les passages importants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous permettra de donner une description, d’en choisir le caractère privé ou public, de prévenir Twitter, d’ajouter ce signet à une liste que vous aurez préalablement créée, d’informer un groupe etc.

Ultérieurement, vous retrouverez ce site avec le surlignage, mais vous verrez aussi qui d’autre l’a mis en signet public et quelles annotations y ont été ajoutées par la communauté.

Parmi la centaine de nouveautés de la version 3, j’en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent directement accessibles dans votre barre latérale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre latérale, il est possible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fatiguera pas rapidement mais pour le moment, c’est assez bluffant.
  3. Il est désormais possible à une équipe (de chercheurs ou de rédacteurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dictionnaire de mots-clés afin d’éviter de voir ces pléthores de tags synonymiques ou mal orthographiés qui polluent généralement ce genre de sites.
  4. L’option People like me vous permet, sur base de vos derniers signets, de découvrir les gens qui partagent le plus vos intérêts et dès lors, d’augmenter vos chances de découvrir non seulement des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n’est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, FaceBook et l’email sont à votre portée pour partager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désormais une solution efficace à différentes préoccupations qui dépassent de loin le simple social networking. C’est désormais un outil majeur pour quiconque désire structurer, stocker et partager en ligne une information qui ne se limite par à une URL.

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Pour une archéologie émotionnelle

À côté des émotions individuelles existent des émotions complexes modelées par nos interactions sociales. L’évolution de ces dernières pourrait ouvrir la voie à une nouvelle discipline : l’archéologie émotionnelle.

Au catalogue des émotions disparues figure la Ferrea Voluptas (volupté de fer) de Pétrarque, qui disparut sans doute avec le latin. La perversion d’aujourd’hui se teinte d’aspects moraux, éthiques et médico-légaux. La Ferrea voluptas est tout aussi dure, mais moins pesante et plus libre.

Autre absente, l’acédie était tellement répandue au VIe siècle que l’Église envisagea d’en faire le huitième péché capital. C’était une démotivation spirituelle, un sentiment d’« à quoi bon » lié à l’objet religieux, un estompement de la foi, un relâchement de la ferveur. Certains psychologues contemporains la remettent au goût du jour, mais dans une acception beaucoup plus large : l’acédie du chômeur par exemple.

J’ai un faible particulier pour la dubitation : le plaisir subtil d’échapper à la réponse directe, de faire durer la douce tension née du questionnement.

Certaines émotions sont-elles actuellement menacées d’extinction ? J’éprouve quelque crainte pour le scrupule (petite pierre pointue dans le cerveau, selon les Latins) ou la magnanimité.

Je me souviens aussi du terrible et puissant sentiment d’egrégore, fusionnant les ressentis individuels en une énergie de groupe. Lui, c’est autre chose, il semble tellement présent lors de certains rassemblements politiques, sportifs, évangéliques ou encore de télé-réalité que seul le mot qui le désigne tombe dans l’oubli.

avk

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Voir clair

La complexité envahit toute notre sphère de connaissance. Nous ne pouvons plus faire semblant que le monde est simple.

Comprendre les soubresauts de la finance, l’évolution de la biodiversité, les mouvements des sociétés, l’impact de nouveautés technologiques demande de faire appel à un ensemble important de paramètres interdépendants. La présentation textuelle de ces données ne permet plus guère de percevoir les phénomènes qu’elles décrivent et une importance nouvelle investit l’art de la visualisation. The Art of Complex Problems Solving est à ce titre auto-référentiel.

Quelques sites méritent d’être référencés :

A tout seigneur tout honneur, Visualcomplexity est le site de référence pour la modélisation des réseaux complexes : collaboration sur des projets culturels, similarités culturelles sur base des achats, interdépendance des facteurs d’obésité ou encore une représentation de la blogosphère de Singapore. L’exemple ci-dessous illustre par exemple la biochimie du métabolisme humain.

Le blog Urban Cartography collecte des visualisations de systèmes aussi variés que les relations de Lou Bega ou les probabilités des causes de décès (tiens, on a deux fois plus de chances de mourir d’un coup de feu que de se faire renverser par une voiture…) Les sources ne sont pas toujours clairement indiquées, et la fiabilité des données sujette à caution. Reste la qualité et la créativité de certaines planches.

Strangemaps est lui totalement dédié à la cartographie illustrative, proposant des cartes géographiques contemporaines ou non mettant en perspective une problématique ontologique, sociale ou géopolitique. L’exemple suivant illustre le cheminement de Neil Amstrong sur la Lune comparativement à un terrain de football :

Gapminder est un outil que j’affectionne tout particulièrement. Une centaine de données récentes (principalement économiques et démographiques) en abcisse, et autant en ordonnées. Comment se répartissent les espérances de vie en fonction des revenus annuels? Dans quelle mesure les dépenses militaires sont-elles liées à l’analphabétisme? Vous sélectionnez et vous analysez. Difficile de faire mieux en matière d’interactivité et de clarté.

Et puis, il y a Indexed, le blog de Jessica Hagy, qui décrit la vie, l’univers et le reste au moyen de petits diagrammes de Venn. Je crois que Jessica comprend tout. Et moi-même, j’y vois désormais un peu plus clair…

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La forme et la matière

So what is this mind of ours: what are these atoms with consciousness? Last week’s potatoes! They now can remember what was going on in my mind a year ago…a mind which has long ago been replaced.
(Richard P. Feynman)


Je suis en train de me remémorer un épisode de mon enfance et je vous invite à faire la même chose. Je me souviens d’un son et d’une odeur comme si j’y étais. Vous vous dites peut-être qu’il n’y a là rien de bien surprenant, puisque j’y étais. Et bien, en un certain sens, je prétends n’avoir pas assisté à ces épisodes dont je me souviens si bien. Pas plus que vous d’ailleurs.

Des analyses de traceurs radioactifs montrent que les molécules d’eau restent en moyenne 4 semaines dans notre corps, les atomes des os y restent quelques mois, les plus longs temps de séjour ne sont que de quelques années [1, 2]. Chaque année, 98 % de la matière qui constitue notre corps est remplacée. Pratiquement, notre corps ne contient plus aucun des atomes qui le constituaient durant notre enfance. Comme le résume malicieusement Feynman: ce sont les atomes des pommes de terre que nous avons mangées la semaine dernière qui sont aujourd’hui le support matériel de nos souvenirs d’enfance! Ou pire. Du souvenir des pensées que nous avions étant enfants.

Notre identité intime ne se confond donc pas avec celle de la matière qui constitue notre corps, pas même notre cerveau, puisqu’elle est constamment remplacée alors que nous restons nous-mêmes [2]. Nos souvenirs, notre conscience, nos sentiments, n’ont comme support matériel que la forme de la matière, pas la matière elle-même. Nous sommes comme un tourbillon qui est à chaque instant fait d’une eau différente, mais qui garde sa forme au cours du temps. Comprenons nous : nous ne sommes pas l’eau qui constitue le tourbillon, nous ne sommes que la forme du tourbillon.

Steve Grand, le créateur du jeu informatique Creatures, suggère qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre la forme et la matière [3]. La différence que nous percevons pourrait bien n’être qu’un biais anthropocentrique [1]. Considérons l’électron. On le considère comme une particule matérielle, mais on ne détecte sa présence que par ses effets électromagnétiques. De beaucoup de points de vue, l’électron peut donc être compris comme étant une déformation du champ électromagnétique qui ne s’atténue pas au cours du temps. L’électron serait au champ électromagnétique ce que le tourbillon est à l’eau : une forme persistante. Idem du proton. Et quand un proton et un électron se rencontrent, ils créent une nouvelle forme persistante : l’atome d’hydrogène. Et ainsi de suite pour la chimie de plus en plus complexe qui mène à la vie et à la conscience par une hiérarchisation des formes. Et les esprits conscients ne seraient qu’une forme persistante de plus, dont la nature n’est pas fondamentalement différente des autres phénomènes.

cjg

Sources

[1] Richard Dawkins, « Queerer than we can suppose », http://www.ted.com/index.php/talks/richard_dawkins_on_our_queer_universe.html
[2] Tor Norretranders, « Permanent reincarnation »,
http://www.edge.org/q2008/q08_4.html
[3] Steve Grand, « Effing the ineffable: an engineering approach to consciousness »
http://machineslikeus.com/articles/Effing.html

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Le centre de Wikipedia

Le centre d’un cercle est le point équidistant aux points de sa circonférence. Cette simple définition dépend des symétries particulières du cercle. Si l’on considère une figure aussi simple que le triangle, ce ne sont pas moins de 3.000 points qui peuvent être qualifiés de centres (centre de gravité, orthocentre, centre du cercle inscrit…)

Attachons-nous au centre de gravité. C’est le point pour lequel la somme des distances qui le séparent des autres points de l’objet est minimale. Pour connaître le centre (de gravité) d’un pays, il suffit ainsi d’en découper la frontière dans une planchette de bois et de faire tenir cet objet en équilibre sur un doigt. Le doigt pointe alors sur le centre du pays.

Cette définition peut s’appliquer à tout réseau pour autant que la notion de distance soit définie comme le nombre d’intermédiaires nécessaires pour en relier deux éléments. C’est le principe du nombre d’Erdös [1] ou de celui de Bacon [2].

Dès 1929, l’écrivain Frigyes Karinthy imagina le concept des Six degrés de séparation, selon lequel toute personne sur le globe peut être reliée à toute autre par une chaîne de six maillons de relations individuelles au maximum. Stanley Milgram étudia cette thèse dans son Étude du petit monde qui constitue un fondement capital pour l’analyse des réseaux sociaux. FaceBook, Wikipedia et le P2P reposent en grande partie sur ces fondations. L’une des conséquences avérées est que c’est la solidité des liens faibles qui donne aux réseaux sociaux leurs cohérences.

C’est sur ces bases que Stephen Dohan s’est posée une question toute simple : quel est le centre de Wikipedia? Autrement dit, quel est l’article le plus proche de tous les autres, celui qui minimisera le nombre de clics à effectuer pour atteindre un article arbitraire?

La réponse est « 2007« , éloignée en moyenne des autres articles de 3,65 clics. Mais cette page est triviale car il s’agit en fait d’une longue liste. En ne considérant que les articles, le centre de Wikipedia est « United Kingdom« , moyennement distante des autres de 3,67 clics. Il est suivi de « Billie Jean King » (3,68 clics) et de « United States » (3,69 clics).

Le Royaume Uni et les États-Unis ne surprennent guère… mais qui est donc Billie Jean King? Une ancienne joueuse de tennis à la biographie particulièrement détaillée. Se trouver au centre facilite les contacts mais ne les stimule pas.

avk

Notes

[1] Le nombre d’Erdös d’un mathématicien peut être défini de la façon suivante:

  • Le nombre d’Erdős de Paul Erdős vaut zéro ;
  • le nombre d’Erdős d’un mathématicien M est le plus petit nombre d’Erdős de tous les mathématiciens avec qui M a cosigné un article mathématique, plus un (si M a un nombre de Erdős qui vaut 1, cela signifie qu’il a écrit un article avec Erdős) ;
  • si M n’a cosigné aucun article avec ces mathématiciens, il a par définition un nombre d’Erdős infini.

[2] Le nombre de (Kevin) Bacon est au cinéma ce que le nombre d’Erdös est aux mathématiques. Ronald Reagan a un nombre de Bacon de 2 : Il a tourné en 61 The Young Doctors avec l’acteur Eddie Albert, lequel a joué dans The Big Picture avec Kevin Bacon.

Références

Dolan, Stephen. The Six Degrees of Wikipedia.

Granovetter, Mark. The Strength of Weak Ties; American Journal of Sociology, Vol. 78, No. 6., May 1973, pp 1360-1380

Milgram, Stanley and J. Travers. An Experimental Study of the Small World Problem , Sociometry, 1969, Vol. 32, No. 4. (1), pp. 425-443.

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Du nombre d’accordeurs de pianos à Chicago à l’avenir de l’humanité

Peu de gens croient savoir le nombre d’accordeurs de piano qu’il y a Chicago. Pourtant, si on ne s’intéresse qu’à un ordre de grandeur, c’est un nombre facile à estimer. Le résultat en soi présente assez peu d’intérêt, mais la méthode est intéressante.

Il y a vraisemblablement 2 millions d’habitants à Chicago, c’est à dire 500 000 familles, dont sans doute une sur 100 possède un piano, il y a donc 5000 pianos. Chaque piano doit être accordé tous les 2 ans, et ça nécessite 1/2 journée de travail. L’accordage de tous les pianos de Chicago représente donc 1250 journées de travail par an, c’est grosso modo du travail à temps plein pour 4 personnes. En comptant que ces gens ne font vraisemblablement pas ça à temps plein, 10 accordeurs serait un chiffre plausible. Compte tenu des incertitudes sur les chiffres utilisés, il y en a peut être 1, ou peut être 100, mais pas 1000 !

On peut utiliser le même type de raisonnement pour estimer la production céréalière mondiale, le nombre de centrales nucléaires qui alimentent la téléphonie mobile, la part des serviettes jetables dans le prix des Big Macs, et même le nombre de civilisation extraterrestres dans notre galaxie. On raconte qu’Enrico Fermi mangeait silencieusement en compagnie de collègues avec qui il construisait la bombe atomique, quand il s’est soudain écrié « Mais où sont-ils ? » [1]. Il venait d’estimer que la Terre aurait déjà du être explorée à de nombreuses reprises par des extraterrestres.

L’estimation à la Fermi du nombre de civilisations extraterrestres dans notre galaxie porte aujourd’hui le nom d’équation de Drake [2]. Elle comporte une succession de facteurs tels que (1) le nombre d’étoiles crées chaque année, (2) la fraction des étoiles qui ont des planètes habitables, (3) la fraction de celles-ci où la vie apparaît, et (4) la durée de vie d’une civilisation capable de communiquer sur des distances interstellaires. On fait généralement l’hypothèse que la Terre n’est pas exceptionnelle, c’est-à-dire que chaque étoile possède de l’ordre d’une planète où la vie apparaît. Selon les estimations, on trouve entre 100 et 10000 civilisations extraterrestres dans notre environnement immédiat [3]. Si on étend ce calcul à tout l’Univers visible, il faut multiplier ce chiffre par 100 milliards !

Parmi les nombreuses courses est-ouest de la guerre froide, il y avait notamment la recherche des extraterrestres. C’est dans ce contexte qu’est né le projet américain « Search for Extra-Terrestrial Intelligence » (SETI), pendant que les Russes avaient un projet similaire [4]. Et en tout ce temps, personne n’a rien vu : « Mais où sont-ils ? » [5]. On admet généralement que les difficultés technologiques liées aux voyages interstellaires ne peuvent pas être la réponse. Il y a là-haut des systèmes solaires deux fois plus âgés que le notre, ce qui permet d’imaginer qu’il existe des technologies autant supérieures à la notre, que la notre est supérieure à celle des algues bleues. Bref, c’est un vrai mystère.

L’explication la plus simple serait que notre forme de vie est très rare. Et il n’y aurait que deux explications possibles : soit il y a dans l’évolution de la vie terrestre une étape que nous avons déjà traversée qui était hautement improbable, soit la durée de vie d’une civilisation à haute technologie est très courte. Dans un texte intéressant [6], Nick Bostrom explique pourquoi il espère qu’on ne trouvera pas trace de vie sur Mars. Si on trouvait de la vie sur la première planète qu’on explore autre que la terre, ça voudrait dire que la vie est un phénomène banal dans l’Univers. Tout cela augmenterait la vraisemblance du deuxième scénario, et nos jours seraient comptés [7].

cjg

Sources

[1] Wikipedia : Fermi_paradox
[2] Wikipedia : Drake_equation
[3] L. Gresh & R. Weinberg, « The science of the Superheroes », Wiley 2002.
[4] Wikipedia : SETI
[5] Leo Szilard aurait répondu à Fermi « they are already among us – but they call themselves Hungarians ».
[6] nickbostrom [PDF]
[7] Philippulus le Prophète, « La fin est proche », In: L’étoile mystérieuse, Hergé.

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Zimbabwe et confusions numériques

En mai dernier, les planches à billets zimbabwéennes sortaient une coupure de 250.000.000 ZWD, signe d’une hyperinflation estimée en juin à 9.030.000%. Dans l’hypothèse où ces chiffres veulent encore dire quelque chose, c’est-à-dire qu’il existe un marché pour une telle monnaie, 1 USD = 40.000.000.000 ZWD.

  • 1983 : USD $1 = ZWD 1$
  • 2000: USD $1 = ZWD 1,000$
  • 2006: USD $1 = ZWD 100,000$
  • 2006: USD $1 = ZWD 500,000,000$
  • 2008: USD $1 = ZWD 18,700,000,000$

Ancienne colonie anglaise, le Zimbabwe a gardé l’anglais comme langue officielle, ce qui ne facilite pas les choses lorsque l’on manipule quotidiennement des sommes dépassant le milliard.

En français, les choses sont relativement simples :

  • un milliard = 1.000 millions (10**9) ;
  • un billon = 1.000 milliards (10**12) ;
  • un trillion = 1.000.000 billions (10**18) ;
  • etc.

Notons toutefois que beaucoup de gens pense que milliard est le synonyme populaire de billion, faisant ainsi une erreur d’un facteur 1.000.

En anglais, la confusion est encore bien pire, ainsi que l’explique l’excellent Neil Minkley. La signification d’un terme tel que billion varie selon le type d’anglais (British ou American), mais aussi selon le dictionnaire considéré.

Ainsi, selon le Harrap’s Unabridged, « trillon » pourra être compris par un anglophone comme 10**12 (Anglais) ou comme 10**18 (Américain) :

Français    British English    American English
milliard    billion            billion
billion     trillion           trillion
trillion    trillion           quintillion

tandis que pour le Grand Dictionnaire Hachette-Oxford, « trillion » est ambigu pour les Américains et « billion » est ambigu pour les Anglais :

Français    British English    American English
milliard    billion            billion
billion     billion            trillion
trillion    trillion           trillion

En fait, les deux usages sont permis selon que l’on considère une short-scale acception ou une long-scale acception (laquelle intègre aussi billiard et trilliard). Mais il ne semble guère exister de convention permettant de trancher.

Pensée émue pour tous les Zimbabwéens qui se trouvent en aval de la planche à billets, et plus particulièrement pour les comptables.

avk

Sources :

Anglais pratique (Neil Minkley)

CIA factbook

Wikipedia : Long and short scales

Wikipedia : Zimbabwe

Worldbank

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Pourquoi croit-on que les voitures vont plus vite dans la file d’à coté ?

Sans doute parce qu’elles vont effectivement plus vite dans la file d’à coté. Et si vous passez d’une file à l’autre, ça n’y changera rien : la plupart du temps, vous serez dans la file la plus lente. Comme tout le monde d’ailleurs.
C’est parce qu’une file est dense qu’elle est lente, parce qu’on ajuste sa vitesse à la distance qui nous sépare de la voiture de devant. C’est pour la même raison que le traffic est plus rapide dans un tronçon peu dense, où la distance entre véhicules est grande. Dans une situation de traffic hétérogène, les voitures lentes sont donc nécessairement plus nombreuses que les voitures rapides. Pour fixer les idées, imaginons que les files lentes contiennent 2/3 des voitures, et que les files rapides en contiennent 1/3.

Chaque conducteur est alternativement dans une zone rapide et dans une zone lente. Soit qu’il change de file, soit que son tronçon devienne temporairement plus rapide ou plus lent. Comme la proportion globale de véhicules dans les tronçons rapides et lents est de 1/3 et 2/3, chaque conducteur individuellement passe 2/3 du temps à rouler plus lentement que les autres, et seulement 1/3 du temps à rouler plus vite. Bref, 2 fois sur 3, les voitures d’à coté vont bel et bien plus vite.

cjg

Source

http://plus.maths.org/issue17/features/traffic/index.html

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Les Raisonnements fallacieux (9)

I. SUBJECTIVISMES ETC.
où la seule chose qui compte finalement, c’est d’imposer ses idées…

I1. Subjectivisme

L’exemple parfait du subjectivisme est incarné par Martin Luther King lorsqu’il s’écrie : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pourrait s’écrier tout aussi subjectivement : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que certaines races sont supérieurs à d’autres. »

Bref, le subjectivisme est désarmant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les personnes dénuées de tout esprit critique.

Deux subjectivismes particuliers ont été définis : celui du psychologue (Psychologist’s fallacy) et celui de l’historien (Historian’s fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un stimulus de la même façon que l’observateur : « Il sursautera dès que l’image du serpent apparaîtra. »

Le subjectivisme de l’historien est analogue. Il consiste à penser que les décideurs du passé disposaient des mêmes informations et de la même perspective que l’historien actuel : « Napoléon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le subjectivisme de l’historien est proche du déterminisme rétrospectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.

I2. Appel à l’ignorance (Argumentum ad ignorantiam)

Ici, le subjectivisme s’engouffre dans l’impossibilité que l’on a de déterminer une valeur de crédibilité aux prémisses.

« Ce n’était ni un avion ni un hélicoptère, c’était donc une soucoupe volante! »

I3. Raison par forfait (Argumentum ad nauseam, Argumentum verbosium)

Au manque de références de l’appel à l’ignorance s’oppose la masse impraticable de références de la raison par forfait :

« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l’intégralité des traductions des oeuvres de Shakespeare et leurs variantes dans leurs éditions successives. »

I4. Argumentum a silentio

L’argumentum a silencio consiste à déduire l’ignorance d’une personne de son silence. C’est très tentant, je sais…

« Comment s’appelle l’oiseleur de la Flûte enchantée?
- Je le sais mais je ne veux pas le dire.
- Tu ne le sais pas, tout simplement! »

I5. Argumentum ad logicam

Argument affirmant que si un argument est fallacieux, sa conclusion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affirmations de la Bible. C’est bien la preuve de Dieu n’existe pas! »

I6. Pensée magique

La simple volonté prend ici valeur de prémisse. Ici, l’argumentation n’offre guère de prise à une réfutation utile. Nous sommes proches de la prière…

« Je n’ai jamais eu d’accident mortel, ce n’est pas ce soir que j’en aurai un! »

I7. Plurium interrogationum

Il s’agit d’une question chargée de prémisses non démontrées, ou orientant la réponse. La seule façon de s’en sortir est de recadrer la question.

« Frappez-vous encore votre femme? »

I8. Caricature (Strawman)

Tromperie fondée sur une représentation déformée de l’argument de l’adversaire.

« - J’estime que la nudité pourrait être autorisée sur cette plage.
- Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d’orgie. »

I9. L’Homme masqué (Masked man fallacy)

L’utilisation de désignateurs distincts dans une structure logique parfaite peut mener à une erreur lorsqu’ils recouvrent un seul et même objet.

« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n’est pas mon père. »

I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)

Cette tromperie se rapproche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l’exposé d’une autre.

« Mais vous mentez!?
- Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »

I11. Appel à la modération (Argumentum ad temperantiam)

Cette erreur consiste à considérer que la vérité doit se situer entre deux positions opposées.

« Dix mille manifestants selon la police, 30.000 selon les organisateurs… nous pouvons raisonnablement penser qu’ils étaient grosso-modo 20.000 à s’être déplacés. »

I12. Manipulation des probabilités

« Il y a une chance sur mille qu’une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu’il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »

I13. Biais de la solution parfaite (Nirvana fallacy, Perfect solution fallacy)

Rejet d’une solution au seul motif qu’elle n’est pas parfaite.

« Les préservatifs sont à éviter : il arrive que certains se déchirent. »

I14. Effets de manches (Style over substance fallacy)

« Parce que j’aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l’italienne fabriquées à Grenoble, eh ben, c’est rien qu’un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j’ajouterais que c’est le roi des cons… » (Audiard, Le Cave se rebiffe)

I15. Faux dilemme

Limiter les solutions possibles à une alternative arbitraire.

« Alors, finalement, vous êtes pour ou contre les légumes? »

I16. Fausse corrélation

« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favorise donc la calvitie. »

I17. Non Sequitur

« Il fait beau aujourd’hui. Il pleuvra donc demain. »

I18. Négation de la preuve

« Il n’est pas mort parce que je l’ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu’il a touché le sol! »

I19. Traitement spécial (Special Pleading)

Appliquer à un échantillon des règles différentes de celles qui s’appliquent à la population générale, sans justification adéquate.

« Je trouve normal que chacun soit responsable des dégâts qu’il commet, et je reconnais avoir cassé la voiture de mon voisin. Toutefois, j’espère que vous ne me demanderez pas de financer les réparations. »

I20. L’effet Eliza

Ce biais de raisonnement consiste à donner à un énoncé plus de sens qu’il n’en a vraiment. Eliza est un logiciel algorithmique simulant une conversation avec un psychiatre.

Eliza : Comment vas-tu aujourd’hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sentiment.
Humain : Je crois qu’il n’y a que toi qui me comprenne.

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

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Les Raisonnements fallacieux (8)

H. ERREURS DE LOGIQUE
où l’on se perd dans la pure logique…

H1. Affirmation d’une disjonction

Erreur de logique propositionnelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.

« J’ai entendu qu’il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)

H2. Affirmation du conséquent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, il ne peut être qu’une conséquence de A.

« Si j’ai une grippe, je serai fiévreux. Comme j’ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »

H3. Négation de l’antécédent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, l’absence de A implique l’absence de B.

« Si j’ai une grippe, je serai fiévreux. Comme je n’ai pas de grippe, ce thermomètre se trompe. »

H4. Erreur existentielle

Erreur de quantificateur : dans un syllogisme, une prémisse manque pour aboutir à la conclusion.

« Les licornes sont des animaux, donc certains animaux sont des licornes. »

(Dans le cadre d’un syllogisme catégorique, on parlera de Fallacy of the undistributed middle)

H5. Conversion illicite

Erreur de quantificateur : estimer que si un argument est vrai, son inverse l’est aussi.

« Tous les carrés sont des rectangles, et vice-versa. »

H6. Quantifier shift

Résolution fautive des quantificateurs

« Chaque personne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »

H7. Quaternio terminorum (Fallacy of four terms)

L’erreur se glisse lorsqu’un quatrième terme apparaît subrepticement dans un syllogisme qui doit en comporter trois.

« Les philosophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

H8. Conclusion affirmative d’une prémisse négative

Lorsqu’un syllogisme catégorique mène à une conclusion positive après une ou deux prémisses négatives.

« Aucun homme n’est un poisson, aucun poisson n’est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »


H9. Prémisse majeure illicite

Le terme majeur n’est pas distribuée dans la prémisse majeure.

« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n’est un homme. Donc, aucune licorne n’est mortelle. »

H10. Prémisse mineure illicite

Le terme mineur n’est pas distribué dans la prémisse mineure.

« Tous les hommes sont des primates, tous les hommes sont des mammifères. Donc, tous les mammifères sont des primates. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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Les Raisonnements fallacieux (7)

G. GÉNÉRALISATIONS INVALIDES
où l’on a tout de suite tout compris…

G1. Généralisation hâtive (Secundum quid)

« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »

G2. Généralisation excessive (A dicto simpliciter)

Cette erreur consiste à négliger l’exception.

« Enfoncer un couteau dans le ventre d’une personne est un crime. Les chirurgiens le font. Ce sont donc des criminels. »

G3. Généralisation excessive (Ad dictum simpliciter)

À l’inverse, ici l’exception est considérée pour universaliser une position particulière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.

« Fumer n’est pas dangereux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort centenaire d’un accident de skate-board. »

G4. Biais de représentativité (Conjunction fallacy)

Consister à fonder son jugement sur un échantillon biaisé, non représentatif de la population.

« Depuis mon compartiment de train, j’ai pu constater sur un échantillon de 70 passages à niveau que tous sans exception ont leurs barrières fermées. »

G5. Manipulation des statistiques

« La majorité des humains sont des femmes.
La majorité des femmes ont les cheveux noirs.
La majorité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »

G6. Spotlight fallacy

Il s’agit d’une manipulation des statistiques consistant à présupposer que l’échantillon considéré recouvre l’ensemble de la population.

« Toute femme sait ce qu’accoucher veut dire. »

G7. Thought-terminating cliché

En français dans le texte. Ce terme proposé par le psychiatre Robert Jay Lifton désigne des formules destinées à bloquer la réfexion. Il s’agit clairement de manipulation (éventuellement inconsciente) et s’utilise afin de soumettre une communauté à un dogme. C’est l’une des techniques utilisées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la dissonance cognitive. Ce dogme peut être considéré comme la proposition et le Thought-terminating cliché comme une généralisation invalide puisque la réflexion qui permettrait d’arriver à toute autre conclusion est étouffée dans l’oeuf. Les références systématiques au populisme ou au nazisme (loi de Godwin) procèdent du même ordre. La Novlangue d’Orwell (1984) est fondée sur ce principe. (La formule utilisée peut en outre générer un second raisonnement falacieux.)

« Insha’Allah »
« On n’a pas toujours ce que l’on veut. »

G8. Misleading vividness

Cette erreur consiste à favoriser la généralisation d’un cas isolé en l’entourant d’images frappantes.

« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suffoquait, pleurait et, en se levant, il a renversé l’aquarium sur la télévision qui a implosé. Depuis, il n’est plus tout à fait le même. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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Les Raisonnements fallacieux (6)

F. DIGRESSIONS (RED HERRING)
où l’on s’égare sur les petits chemins de traverse…

Une digression est un argument détournant la discussion du point original. Ici encore, cette classe est combinable avec d’autres, notamment avec les tromperies ad hominem ou les arguments d’autorité.

F1. La Charge de la preuve (Burden of proof)

Un niveau de rigueur est nécessaire afin de démontrer un argument. Le raisonnement fallacieux consiste à prétendre abusivement que ce niveau n’est pas atteint et à déplacer la discussion sur ce terrain.

F2. Renversement de la charge de la preuve (Negative proof fallacy)

Cette erreur repose sur la difficulté qu’il y a à savoir qui doit apporter la preuve d’une affirmation. Plusieurs cas peuvent se présenter. Lorsque le cadre rhétorique est déterminé par des règles, il faut s’y conformer (parlement, procès, instruction judiciaire…). Lorsque la logique seule doit s’appliquer, la proposition de Carl Sagan est la meilleure voie à suivre : « Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. »

Dans un cadre strictement scientifique, Karl Popper a démontré qu’une affirmation peut être qualifiée de scientifique à la condition d’être réfutable, c’est-à-dire s’il est possible de consigner une observation ou de mener une expérience qui démontre que l’affirmation est fausse.

« Prouvez-moi que le Monstre du Loch Ness n’existe pas! »

F3. Fausse objection

« Il faut que j’en parle à ma femme… »

F4. Argumentum ad lapidem

Considérer un argument comme absurde sans aucun argument logique.

« C’est mon ami : il ne ferai jamais une chose pareille! »

F5. Hausser la barre (Moving the goal post)

Augmenter en cours d’argumentation les exigences nécessaires à la validation de la conclusion.

« Il me faut un disque dur de 500 Go.
- Celui-ci a une capacité de 750 Go.
- Oui, mais il est cher. »

F6. Snobisme chronologique (Chronological snobbery)

Arguer qu’un argument est faux en vertu du fait qu’un autre argument de la même époque s’est révélé faux lui aussi.

« Vous me dites que la Terre est ronde, mais cette théorie s’est développée à une époque où l’on croyait à la génération spontanée! »

F7. La fausse piste

Introduire un élément totalement étranger à la discussion.

« Peu avant l’accident, j’ai remarqué que le vent se levait. »

F8. Asteraz fallacy

Affirmer qu’une prémisse est exacte parce qu’une autre prémisse l’est.

« Comme vous le savez, 2 x 2 = 4. De même 87 x 93 = 8.000. En conséquence, la somme des deux fait 8.004 »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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Les Raisonnements fallacieux (5)

E. APPELS A L’ÉMOTION
où l’émotion prévaut sur la raison…

L’appel à l’émotion tente de crédibiliser une proposition sur base des émotions qu’elle suscite. C’est l’un des principaux raisonnements fallacieux. Tout d’abord parce qu’elles offrent une articulation facile du discours raisonné à l’expression des sentiments bruts. Ensuite parce qu’il peut prendre de nombreuses formes.

Elles sont plus délicates à déconstruire car les invalider est souvent pris comme une défiance non seulement au raisonnement invalide, mais aussi à l’émotion qui le sous-tend.


E1. Appel aux conséquences (Argumentum ad consequentiam)

Cette erreur de raisonnement est courante et parfois difficile à identifier. Elle consiste à valider une proposition en fonction du désagrément que son infirmation pourrait apporter.

« Dieu existe : tant de gens on éprouvent la présence » peut se déployer de la façon suivante : « Tant de gens sentent que Dieu existe et intègre cette impression à leur façon de vivre qu’il serait dommage que ce ne soit pas le cas : Dieu existe. »

Le mécanisme est assez proche de la dissonance cognitive par laquelle on est amené à estimer bons les choix coûteux que l’on fait. Si l’on paye cher une voiture d’occasion qui s’avère désastreuse, s’avouer que l’on s’est trompé ajoute un constat pénible à la déception :

« Non seulement c’est une épave, mais je suis en plus un fameux imbécile! »

E2. Le doigt dans l’engrenage (Sunk cost fallacy)

Enchaînement de petites compromissions logiques. La première ne semble pas porter à conséquence pour l’interlocuteur, mais les suivantes ont des implications de plus en plus grandes qu’il est amené à accepter s’il ne veut pas admettre qu’il a eu tort d’accepter la première.

Deux groupes d’étudiants fumeurs. On demande au premier d’arrêter de fumer durant une semaine. On demande au second d’arrêter de fumer un jour et, à la fin de la journée, on leur demande de prolonger l’expérience de six jours. Le taux d’acceptation sera supérieur dans le second groupe.

E3. Appel à la terreur (Argumentum ad metum)

« La lutte contre le terrorisme implique la suppression de certaines libertés civiles. »

E4. La raison du plus fort (Argumentum ad baculum)

Cet argument est généralement classé dans les appels à l’autorité. Pourtant c’est plus à l’émotion qu’il s’adresse de par les menaces qu’il dégage.

« La ligne du Parti est la bonne, et le Goulag attend ceux qui en doutent. »

E5. Appel à la flatterie

« … parce que vous le valez bien!  »

E6. Appel au ridicule

« Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe?  » (l’évêque d’Oxford à Th. Huxley qui défendait le darwinisme)

E7. Appel à la haine (Argumentum ad odium)

« Ce n’est qu’en votant pour moi que vous aurez une chance de vous débarrasser de ces étrangers. »

E8. Appel à la pitié (argumentum ad misericordiam)

« Je roulais trop vite Monsieur l’agent, mais c’était pour être plus vite auprès de mon pauvre papa mourant. »

E9. Appel à la fierté (Argumentum ad Superbium)

« Seuls les esprits éclairés pourront comprendre notre action… »

E9. Préparer le terrain (Poisoning the well)

Où l’on présente l’information de telle sorte que l’interlocuteur sera plus gêné avec une réponse qu’avec une autre.

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

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Les Raisonnements fallacieux (4)

D. ARGUMENTS AD HOMINEM (Argumentum ad hominem)
où les défauts de l’auteur sont évoqués…

Les arguments ad hominem n’appartiennent pas à proprement parler aux appels à l’autorité mais ils procèdent d’un mécanisme similaire, généralement utilisés pour discréditer une proposition. Au lieu d’attaquer la proposition, ils attaquent la personne qui le défend. Certains appels à l’autorité parfaitement symétriques sont d’ailleurs parfois classés dans cette catégorie (argumentum ad crumenam p. ex. selon lequel le riche fait autorité sur le pauvre).

D1. Argumentum ad personam

La personnalité de l’auteur discrédite son propos.

« Et c’est cette canaille qui voudrait nous faire croire que la Terre est ronde! »

D2. Argumentum ad hominem circumstantae

« Il prétend que Dieu n’existe pas, mais il a fait de la prison! »

D3. Appel aux motivations (Appeal to motive)

Où une prémisse est invalidée sur base des motivations du locuteur.

« Il a voté ainsi parce que sa femme en profitera indirectement. »

D4. Tu quoque

L’argument Tu quoque consiste à discréditer une proposition parce que son auteur lui-même a agi en contradiction avec elle.

« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rousseau peut écrire sur l’éducation des enfants alors qu’il a abandonné les siens ? » (Voltaire)

Une autre forme du Tu quoque consiste à démontrer son innocence par le seul fait de la culpabilité de son adversaire :

« Ah! Vous voyez bien qui de nous deux est le menteur! » (lorsque l’adversaire vient d’être pris en flagrant délit)

D5. Culpabilité par association

Décrédibiliser une personne parce que sa proposition est similaire à celle d’une personne ou d’un groupe discrédité, et ainsi discréditer la proposition elle-même.

« Vous dites que les pauvres meurent de faim. C’est un argument de communiste. Vous ne vous attendez pas à ce que l’on prête attention aux propos d’un communiste?! »

« Vous êtes végétarien? Hitler l’était aussi…! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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Les Raisonnements fallacieux (3)

C. APPELS A L’AUTORITÉ
où les qualités de l’auteur entrent en jeu…

Les appels à l’autorité sont les arguments fallacieux les plus visibles et les plus simples à démonter : il suffit de mettre en doute que l’élément qui donne autorité donne aussi une connaissance infaillible sur le sujet traité.

Un effet pervers est que, par une sorte de relativisme absolu, les appels légitimes à l’autorité sont régulièrement dénoncés comme abusifs : « Je ne reconnais pas de légitimité à cette cour de justice. »

L’appel à l’autorité n’est un argument fallacieux que lorsque les critères de crédibilité concernant l’énoncé ne sont pas rassemblés.

C1. Argument d’autorité (Argumentum ad verecundiam)

« C’est vraiment le corps du Christ : c’est Monsieur le curé qui l’a dit! »

C2. La raison du plus riche (Argumentum ad crumenam)

« Ce n’est tout de même pas ce clochard qui va me dire comment mener ma vie!? »

C3. La raison du plus pauvre (Argumentum ad lazarum)

« Pour nous, un euro, c’est un euro. Nous connaissons la valeur des choses. Alors, quand on vous dit que le capitalisme est le pire des modèles, nous savons de quoi nous parlons. »

C4. La loi du nombre (Argumentum ad populum)

« L’astrologie existe dans toutes les civilisations. Elle est donc fondée. »

C5. Appel à la tradition (Argumentum ad antiquitatem)

« Avant l’électricité, les gens se débrouillaient très bien. L’électricité est donc superflue. »

C6. Appel à la nouveauté (Argumentum ad novitatem)

« Tu devrais essayer : c’est tout nouveau! »

C7. Appel à la nature (Naturalistic fallacy)

« Cela ne peut pas vous faire de mal : c’est 100% naturel! »

C8. L’honneur par association

« Je ne suis pas un imbécile, puisque je suis douanier. » (Fernand Raynaud)

C9. La vérité pure et simple (Bare assertion fallacy)

Le degré zéro de l’argument d’autorité puisque tout locuteur fait autorité pour autant qu’il affirme que ce qu’il dit est vrai.

« La lune est en fromage blanc.
- Non!?
- Si-si, c’est vrai!
- Ah ben ça alors! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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Les Raisonnements fallacieux (2)

B. CAUSALITÉ DISCUTABLE (NON CAUSA PRO CAUSA)
où l’on fait passer pour certaine une cause incorrecte ou douteuse…


B1. Conclusion hors de propos (Ignoratio elenchi)

Selon Aristote, l’Ignoratio elenchi recouvre l’ensemble des raisonnements fallacieux. Dans son acception contemporaine toutefois, il désigne l’absence totale de lien entre une prémisse et une conclusion.

Lors d’un concours de piano : « Le candidat suivant est un si gentil garçon. Il mérite vraiment de gagner. »

B2. Post hoc ergo propter hoc

Confusion entre synchronicité et causalité.

« Tu m’as appelé alors que je pensais justement à toi : c’est très fort, ce qu’il y a entre nous! »

Cette confusion touche de près au subjectivisme, à celui de l’historien par exemple : « Par ce discours, César scella son destin et celui de Rome. »

B3. Cum hoc ergo propter hoc

Confusion entre corrélation et causalité.

« Les courbes démontrent que les ventes de glace sont liées aux ventes de maillots. »

B4. Simplification excessive

Le fait de négliger la multiplicité des causes d’un problème.

« Encore une tuerie! Quand donc interdira-t-on les jeux vidéos?! »


B5. Renversement de la causalité (Wrong direction)

« Les malades n’ayant pas de poux, ceux-ci sont bénéfiques pour la santé. » (croyance médiévale)

B6. Comparaison incomplète

Ne précise pas l’élément de comparaison (très courant en publicité).

« Cette lessive est un peu plus chère mais bien meilleure. »

B7. Comparaison inconsistante

Compare différents éléments d’un produit à ceux de différents produits (très courant aussi en publicité).

« Cette voiture est moins chère qu’une Ferrari, plus rapide qu’une De Dion-Bouton et plus sexy qu’une Traban. »

B8. Fausse analogie (Comparer des poires et des oranges, False analogy)

Un raisonnement reposant sur une analogie n’est valide que si l’analogie est pertinente.

L’exemple suivant est une fausse analogie reposant sur une équivocation puisque le mot horloge revêt à la fois une acception première (avec horloger) et métaphorique (avec univers).

« L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer // Que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. » (Voltaire, Les Cabales)


B9. Regression fallacy

Justification d’un argument par des fluctuations indépendantes.

« J’étais si fatigué hier. Ce matin, j’ai mangé un oeuf et j’étais en pleine forme toute la journée. »


B10. Monte-Carlo (Gambler’s fallacy)

Croyance que la probabilité d’un événement aléatoire est influencée par ses occurrences précédentes.

« Le 7 sort beaucoup ce soir. Mise tout dessus! »


B11. Monte-Carlo inverse (Inverse gambler’s fallacy)

Croyance qu’un événement de faible probabilité ne peut apparaître qu’après de nombreux essais préalables.

« Il a fait un double six au premier lancer : ses dés doivent être truqués! »


B12. La théorie des dominos (Slippery slope)

Cette tromperie consiste à prétendre qu’un argument doit être refusé car il mènerait progressivement à une catastrophe.

« Si vous autorisez le port du jeans à l’école, le signal sera donné que nous assouplissons les règles, les élèves mangerons en classe, téléphoneront, arriverons en retard, les professeurs seront démotivés, l’école deviendra un lieu de débauche et de violence, le savoir ne sera plus transmis et ce sera la fin de la civilisation. »

Il est intéressant de constater que si un raisonnement fallacieux de ce type est régulièrement adopté par une société dont il devient une référence éthique : c’est le principe de précaution.


B13. L’erreur du Continuum (Fallacy of the beard)

Cette erreur repose sur les frontières floues de certains concepts. Elle a été mise en évidence dans le premier paradoxe sorite :

Un grain de sable ne constitue pas un tas.
L’ajout d’un grain ne fait pas d’un non-tas un tas.
A l’inverse, un tas de sable auquel on enlève un grain reste un tas.
La soustraction d’un grain ne fait jamais d’un tas un non-tas.
Il n’existe donc pas de nombre n tel que n soit un non-tas et n+1 soit un tas.
On ne peut donc pas créer de tas de sable en accumulant des grains de sables.

B14. Cause animiste (Animistic fallacy)

La cause animiste affirme que le hasard ne peut expliquer des événements de faibles probabilité.

« Regardez la complexité d’une cellule, d’un oeil, de l’univers. Comment mieux démontrer l’existence d’un Créateur? »

L’objection de Hoyle est un cas particulier de la cause animiste. Fred Hoyle estimait que la probabilité d’obtenir par la chance seulement une séquence fonctionnelle d’acides aminés était similaire à celle qu’un ouragan pouvait avoir d’assembler un Boeing 747 au moyen des débris trouvés sur son passage. Le caractère fallacieux de cet argument a été démontré par Richard Dawkins. Il alimente toujours de nombreux discours créationnistes.


B15. Le Tireur d’élite texan (Texas sharpshooter fallacy)

Le Tireur d’élite texan est une tromperie qui consiste à interpréter ou manipuler des données non relevantes de façon à les faire entrer dans l’argumentation. Le nom se réfère à une histoire où un individu a peint des cercles concentriques autour d’un impact de balle pour afin de se présenter comme tireur d’élite.

« Cet homme a gagné le gros lot. Incroyable! Il y avait une chance sur un million. » (En fait, quelqu’un allait gagner le gros lot. Prévoir le gagnant a priori aurait été très peu probable. Constater qu’il y en a un a posteriori est absolument normal.)


B16. Pétition de principe (Petitio principii, Begging the question)

La proposition est démontrée implicitement dans les prémisses.

« Dieu possède toutes les perfections ; or l’existence est une perfection, donc Dieu existe. » (Descartes, Méditations métaphysiques).

B17. Argument de la nécessité (Fallacy of necessity)

Où, sous le couvert d’un syllogisme, on applique à la conclusion le degré de nécessité de l’une des prémisses.

« Je touche une allocation parce que je suis malade. Or, j’ai besoin d’argent. Je ne peux donc pas guérir. » (La nécessité de la première prémisse ne peut être appliquée à la conclusion puisque la guérison me permettra de gagner de l’argent en retravaillant.)

B18. Argument de l’homoncule

Où une entité est suggérée afin d’éviter une régression infinie… Ce type de raisonnement fallacieux a été mis en évidence par Daniel Dennett (Consciousness Explained) dans son modèle du théâtre cartésien : Descartes affirmait que la conscience impliquait une âme immatérielle qui observait la représentation cervicale du monde, comme un spectateur au théâtre.

B19. Argument circulaire

L’argument circulaire est un type particulier de pétition de principe, particulièrement utilisé en théologie.

« Mon frère n’aime pas les épinards // Et c’est heureux pour mon frère car // S’il les aimait, il en mangerait // Or il ne peut les supporter » [Nino Ferrer, Madame Robert]

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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