A priori, la mort est la seule expé­rience qui nous semble iné­luc­table : quelle que soit notre condi­tion, aussi prudent que soit notre par­cours, notre vie est limitée dans le temps.

Pour­quoi meurt-on ?

Les méca­nismes de la sélec­tion natu­relle qui ont permis l’apparition de l’espèce humaine reposent en grande partie sur le phé­no­mène de la mort : il faut bien que les anciennes géné­ra­tions dis­pa­raissent si on veut que les nou­velles s’imposent. Et les décès pure­ment acci­den­tels ne suf­fisent pas. Le fait de limiter natu­rel­le­ment la durée de vie cel­lu­laire (apop­tose) est un facteur de pres­sion sélec­tive qui accé­lère la dyna­mique de l’évolution et, par consé­quent, la renforce.

Télo­mères (en blanc)

Concrè­te­ment, l’apoptose est liée à la dégra­da­tion des télo­mères, ces bou­chons ter­mi­naux des chro­mo­somes qui tiennent fonc­tion­nel­le­ment du petit cylindre de plas­tique à la fin des lacets de chaus­sures. Ces struc­tures sont syn­thé­ti­sées par une enzyme, la télo­mé­rase, lors du pro­cessus de répli­ca­tion de l’ADN. Si la télo­mé­rase est très active durant la période embryo­lo­gique et foetale, elle ne s’exprime plus guère après que dans les cel­lules ger­mi­nales et dans cer­taines cel­lules cancéreuses.

Les cel­lules soma­tiques, dépour­vues tota­le­ment ou presque de cette enzyme après la nais­sance, se divisent dès lors privées de la pleine pro­tec­tion des télo­mères qui dis­pa­raissent après une cin­quan­taine de divi­sions. Les chro­mo­somes subissent par consé­quent les mitoses ulté­rieures avec des dom­mages (alté­ra­tion de l’information, fusion de deux chro­mo­somes…) empê­chant de nou­velles divi­sions et menant à la mort cel­lu­laire et au vieillis­se­ment de l’organisme.

Comme l’explique Richard Dawkins 1 : « …/ les gènes qui réus­sissent auront ten­dance à retarder la mort de leurs machines à survie, au moins jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus se repro­duire. (…) il est évident qu’un gène létal qui fera effet à retar­de­ment sera plus stable dans le pool génique qu’un autre qui fera effet tout de suite. (…) Ainsi, selon cette théorie, la séni­lité n’est que le sous-produit de l’accumulation dans le pool génique de gènes létaux et de gènes semi-létaux à effet retard, qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet de la sélec­tion natu­relle sim­ple­ment parce qu’ils ne font sentir leurs effets que très tard. »

Les récentes simu­la­tions infor­ma­tiques d’André C. R. Martins 2 mettent en pré­sence des popu­la­tions d’organismes immor­tels avec des com­pé­ti­teurs mortels. Elles démontrent clai­re­ment que « When condi­tions change, a senes­cent species can drive immortal com­pe­ti­tors to extinc­tion. This counter-intuitive result arises from the pruning caused by the death of elder indi­vi­duals. When there is change and muta­tion, each gene­ra­tion is slightly better adapted to the new condi­tions, but some older indi­vi­duals survive by chance. Senes­cence can eli­mi­nate those from the genetic pool. Even though indi­vi­dual selec­tion forces can some­times win over group selec­tion ones, it is not exactly the indi­vi­dual that is selected but its lineage. While senes­cence damages the indi­vi­duals and has an evo­lu­tio­nary cost, it has a benefit of its own. It allows each lineage to adapt faster to chan­ging condi­tions. We age because the world changes. »

Évo­lu­tion des simu­la­tions d’André C. R. Martins

Il y a pour­tant des immortels

Par « immor­tels », je ne parle pas ici des orga­nismes dotés de méca­nismes de pré­ser­va­tion qui leur confèrent une grande lon­gé­vité tels cer­tains tar­di­grades3, mais bien d’organismes dont la seule façon de mourir est de suc­comber à un acci­dent, une maladie ou une pré­da­tion. Bref il existe des orga­nismes qui ne meurent pas « de mort natu­relle » pour adopter cette étrange expression.

La sexua­lité, qui brasse le maté­riel géné­tique des indi­vidus d’une même espèce, n’est pas le seul mode de repro­duc­tion. La plupart des orga­nismes se repro­duisent par scis­si­pa­rité. Dans ce cas, l’avantage sélectif que la mort confère aux espèces sexuées, cet avan­tage semble net­te­ment moins impor­tant, voire absent. De fait, à l’instar des cel­lules ger­mi­nales des plu­ri­cel­lu­laires, de nom­breux uni­cel­lu­laires ne sont en effet pas soumis à la pres­sion sélec­tive d’une mort pro­grammée et jouissent d’une immor­ta­lité théorique.

Tur­ri­topsis nutricula

Étran­ge­ment, ils ne sont pas seuls à être exemptés d’apoptose et cer­tains orga­nismes au cycle de vie com­plexe, pré­tendent aussi à l’immortalité. C’est le cas de la méduse Tur­ri­topsis nutri­cula qui peut — en réponse à des condi­tions dif­fi­ciles — retourner à l’état de polype, lequel a la pos­si­bi­lité de se mul­ti­plier avant de reprendre un état de méduse.4

Cer­tains vers plats (pla­naires) consti­tuent un autre exemple inté­res­sant car cer­tains sont dotés comme nous d’une sexua­lité tandis que les autres se repro­dui­sant par scis­si­pa­rité. Or, les deux types de pla­naires sont éga­le­ment capables de se régé­nérer indé­fi­ni­ment en recons­ti­tuant les tissus néces­saires. Et ce sans que l’on observe de dif­fé­rence géné­tique entre les tissus ori­gi­nels et les tissus régé­nérés. Chez ces pla­naires, l’activité de la télo­mé­rase, pro­tec­trice des télo­mères, reste constante et leur garantit une éter­nelle jeu­nesse. 5

Bref, de nom­breux exemples natu­rels existent qui prouvent que la mort n’est pas un méca­nisme inéluctable.

Mais qu’est-ce qui nous ennuie dans la mort ?

Toutes les reli­gions affir­mant de pair l’existence d’un Dieu et la survie de l’esprit confirment ceci : ce qui nous ennuie vrai­ment dans la mort, ce n’est pas tant la fin de la vie que la fin de l’esprit.

Bien sûr, une autre chose nous ennuie aussi mais elle se produit avant la mort : c’est la vieillesse. « Mourir cela n’est rien. Mais vieillir… » C’est que, nous l’avons vu, la vieillesse n’est rien d’autre que l’accumulation de petites morts cel­lu­laires avec tout ce que cela entraîne comme mala­dies, dys­fonc­tion­ne­ments, dou­leurs et handicaps.

Dès lors, le vieux rêve d’immortalité peut prendre deux direc­tions. La pre­mière est bio­lo­gique mais semble semée d’embûches. En effet, le phé­no­mène d’apoptose qui condamne nos cel­lules est — par le même méca­nisme — notre meilleure pro­tec­tion contre le cancer. D’autres pistes existent tou­te­fois comme celle des cel­lules souches qui vient d’enregistrer des résul­tats inté­res­sants. 6

La seconde direc­tion est infor­ma­tique. Elle consiste à sauver l’esprit avant que la dégra­da­tion bio­lo­gique de l’individu ne l’atteigne…

Projets d’immortalité

Si les rêves d’immortalité ont prix corps dans de nom­breux mythes et romans, peu de projets de recherche publiques y ont été consa­crés. Tou­te­fois, l’idée que nous puis­sions dis­poser de copies par­faites de l’information contenue dans nos cer­veaux n’est ni neuve ni extra­or­di­naire. L’hypothèse de l’IA forte 7 gagne en cré­di­bi­lité chaque jour, per­met­tant de penser que l’expression de cette infor­ma­tion ne sera pas une pâle copie de nos sou­ve­nirs mais bien nous-mêmes avec nos émo­tions, aspi­ra­tions et tout ce qui fait que ce que nous sommes.

Un projet initié par un mil­liar­daire russe, Dmitry Itskov, constitue un premier pas dans cette direc­tion : le 2045 Avatar Project. Un objectif est de trans­planter un cerveau humain dans un robot huma­noïde d’ici une dizaine d’années ans. Une étape ulté­rieure sera de rem­placer le cerveau bio­lo­gique par un cerveau arti­fi­ciel. 8

Étapes du 2045 Avatar Project

Je ne sais si ce projet par­ti­cu­lier dispose de toutes les garan­ties voulues pour mener pareille entre­prise à bien. En revanche, je ne doute guère que nous sommes à un car­re­four où convergent deux cou­rants impor­tants. Tout d’abord, une accé­lé­ra­tion fou­droyante de notre com­pré­hen­sion des pro­cessus de l’esprit et des tech­no­lo­gies qui y sont liées de près ou de loin. Enfin, une pri­va­ti­sa­tion de plus en plus effi­cace de recherches autre­fois réser­vées à de lourdes admi­nis­tra­tions telles que la NASA. Cette conver­gence confère à l’intelligence humaine un bras de levier excep­tionnel capable de sou­lever des obs­tacles qui nous étaient apparus comme immuables.

Bien sûr, cette muta­tion sera la plus impor­tante de toutes celles que l’humanité ait vécues. Du fait des faci­lités d’interfaçage des indi­vidus numé­risés, d’autoreprogrammabilité et de repro­duc­ti­bi­lité, la notion même d’individualité perdra vite toute signification.

Face à un tel chan­ge­ment, toute ten­ta­tive de pré­vi­sion semble absurde… si ce n’est celle qu’Haldane fit il y a plus d’un siècle : « Ce qui ne fut pas sera, et per­sonne n’est à l’abri. »


  1. Dawkins, Richard. Le gène égoïste. [Nouv. éd.]. ed. Paris: O. Jacob, 2003. p 66. 
  2. Martins ACR (2011) Change and Aging Senes­cence as an Adap­ta­tion. PLoS ONE 6(9): e24328. doi:10.1371/journal.pone.0024328 
  3. Cer­tains tar­di­grades peuvent ralentir leur méta­bo­lisme de telle manière qu’il semble tota­le­ment à l’arrêt (cryp­to­biose). 
  4. Piraino, S.; Boero, F.; Aesch­bach, B.; Schmid, V. (1996). « Rever­sing the Life Cycle: Medusae Trans­for­ming into Polyps and Cell Trans­dif­fe­ren­tia­tion in Tur­ri­topsis nutri­cula (Cni­daria, Hydrozoa) ». The Bio­lo­gical Bul­letin (Bio­lo­gical Bul­letin, Vol. 190, No. 3) 190 (3): 302–312. 
  5. Thomas C. J. Tan, Ruman Rahman, Farah Jaber-Hijazi, Daniel A. Felix, Chen Chen, Edward J. Louis, and Aziz Aboo­baker. Telo­mere main­te­nance and telo­me­rase acti­vity are dif­fe­ren­tially regu­lated in asexual and sexual worms. PNAS 2012 : 1118885109v1-201118885. 
  6. Inhi­bi­tion of acti­vated per­icen­tro­meric SINE/Alu repeat trans­crip­tion in senes­cent human adult stem cells reins­tates self-renewal. Cell Cycle, Volume 10, Issue 17, Sep­tember 1, 2011. 
  7. Selon la thèse de l’Intelligence Arti­fi­cielle forte, il est pos­sible de construire une machine consciente d’elle-même et dis­po­sant de sen­ti­ments. (Étant entendu que les termes « conscient » et « sen­ti­ments » sont définis de la même façon que pour un être humain.) 
  8. http://​2045​.com/ 

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Du respect
Le respect est une valeur que la plupart des civi­li­sa­tions, des reli­gions et des mou­ve­ments phi­lo­so­phique tiennent en haute estime. Elle implique que l’on accepte qu’une per­sonne pense dif­fé­rem­ment, ce qui est très bien car cela permet d’éviter des conflits bien coûteux.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul avan­tage puisque la per­sonne qui en fait montre se hisse au-dessus de pos­sibles que­relles, affir­mant par là une com­pré­hen­sion et donc une intel­li­gence qui ne sont pas données à tout le monde. Être res­pec­tueux est donc dou­ble­ment gratifiant.

Sur le plan reli­gieux par exemple, les croyants entre­te­nant com­merce spi­ri­tuel avec d’autres confes­sions sont tenus pour plus éclairés que ceux-là qui se battent, à Jéru­salem, Belfast ou dans les Balkans pour faire pré­va­loir leur inter­pré­ta­tion de tel texte consi­déré comme sacré. Qui n’a pas été ému par ces images de Juifs et de Musul­mans fra­ter­ni­sant sur un champ de ruines ou dans un film de Gérard Oury ?

Je me sou­viens d’un rai­son­ne­ment fal­la­cieux véhi­culé par des auto­col­lants que l’industrie ciga­ret­tière avait dis­tri­bués lorsque les poli­tiques s’interrogeaient sur la per­ti­nence d’interdire le tabac dans les res­tau­rants : « Fumeur ou pas, restons cour­tois. » Cette phrase est fal­la­cieuse en ce sens qu’elle ignore l’une des pré­misses du débat sur la tabagie dans les lieux publics : le fait d’enfumer ses voisins de table est un manque de courtoisie.

Un autre rai­son­ne­ment fal­la­cieux consiste à assi­miler une chose à une autre. Par exemple, à assi­miler les per­sonnes à leurs idées, on en vient à consi­dérer que ce sont les idées qu’il convient de res­pecter avant les hommes. La notion de blas­phème n’est rien d’autre. Et le respect des idées, c’est l’exact opposé de la démarche scien­ti­fique qui recherche la confron­ta­tion (la fameuse réfu­ta­bi­lité poperrienne).

L’eau dans le vin
Qui­conque a déjà mis de l’eau dans son vin sait per­ti­nem­ment qu’il n’a réussit qu’à gâcher chacun des deux breu­vages. Pour­tant, c’est bel et bien ce que cherchent à faire de nom­breux scien­ti­fiques athées confrontés à des inter­lo­cu­teurs croyants. Prenons l’exemple du catho­li­cisme. Un catho­lique se dis­tingue prin­ci­pa­le­ment d’un chré­tien par le fait qu’il accepte cer­tains dogmes comme l’Assomp­tion de la Vierge (qui implique que celle-ci soit montée au ciel corps et âme) ou la trans­sub­stan­tia­tion (qui implique une trans­mu­ta­tion réelle, non sym­bo­lique, du vin en sang et de l’hostie en chair).

Un scien­ti­fique athée ne peut (comme scien­ti­fique) ni ne veut (comme athée) accepter l’idée que le vin se change sys­té­ma­ti­que­ment en sang à chaque rituel eucha­ris­tique. Pour­tant, alors qu’il n’hésitera pas à donner son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, sur la vie extra­ter­restre, sur l’intelligence arti­fi­cielle ou sur les neu­trinos supra­lu­mi­niques, il se cen­su­rera s’il est ques­tion de la montée de la Vierge ou de la sur­vi­vance d’une âme après la mort. Sans doute sous le couvert que ne pas res­pecter des idées qui sont aussi ancrées dans l’identité d’un homme, c’est aussi manquer de respect à cet homme.

NOMA
L’avancée des sciences de l’évolution et des neu­ros­ciences depuis les années 80 ont exa­cerbé ce type de confu­sion à tel point que cer­tains cher­cheurs amé­ri­cains, par ailleurs croyants, ont proposé un étrange modèle qui semble se popu­la­riser dans de nom­breuses sphères académiques.

Dans Rocks of Ages: Science and Reli­gion in the Full­ness of Life1, Stephen Jay Gould affirme que « la science et la reli­gion ne se regardent pas de travers mais s’entrelacent dans des figures com­plexes qui s’offrent des simi­li­tudes croisée à chaque échelle frac­tale. » Bref, pour le res­pec­table paléon­to­logue, science et reli­gion ne sont pas en concur­rence mais bien dans des rap­ports de com­plé­men­ta­rité et d’homologie. Il appelle donc reli­gieux et scien­ti­fiques de bonne volonté à consi­dérer ce qui lui appa­raît comme une évi­dence et à avancer main dans la main dans cette posture diplo­ma­tique désor­mais connue sous l’étiquette de Non-overlapping magis­teria (NOMA) ou d’accommodationisme.

Bien sûr, Gould peut mettre en doute cer­tains dogmes catho­liques mais il reste selon lui des élé­ments tels que l’âme qu’il consi­dère à la fois exister et être en dehors du magis­tère de la science : « Moreover, while I cannot per­so­nally accept the Catholic view of souls, I surely honor the meta­pho­rical value of such a concept both for groun­ding moral dis­cus­sion and for expres­sing what we most value about human poten­tia­lity: our decency, care, and all the ethical and intel­lec­tual struggles that the evo­lu­tion of conscious­ness imposed upon us. »2

Le NOMA reçut un crédit ines­péré quand, en 1999, la National Academy of Sciences déclara que « Scien­tists, like many others, are touched with awe at the order and com­plexity of nature. Indeed, many scien­tists are deeply reli­gious. But science and reli­gion occupy two sepa­rate realms of human expe­rience. Deman­ding that they be com­bined detracts from the glory of each. »3 C’est beau comme du Walt Disney.

Tel est donc le partage des braves demandé par le NOMA : la science garde l’empirisme et la modé­li­sa­tion du monde maté­riel ; la reli­gion se voit attri­buer les ques­tion­ne­ments fon­da­men­taux et la morale surnaturelle.

… ou plutôt OMA
Quelques élé­ments devraient tou­te­fois être consi­dérés par les scien­ti­fiques séduits par le visage avenant de NOMA.

  1. Les reli­gions ont des causes et des effets qui sont notam­ment his­to­riques, éco­no­miques et psy­cho­lo­giques. La démarche scien­ti­fique cesser d’étudier l’histoire, de dresser des modèles éco­no­miques et se détourner de la bio­chimie du cerveau ? Une réponse posi­tive mar­que­rait un recul par rapport aux acquis des Lumières. Une réponse néga­tive ne satis­fera pas de nom­breux croyants. Il y a over­lap­ping.
  2. Les reli­gions reposent chacune sur un corpus de récits qui sont scien­ti­fiques de nature : miracles, sacre­ments, prières et autres évé­ne­ments sur­na­tu­rels qui ont pour prin­ci­pale carac­té­ris­tique d’être réels, mesu­rables et en contra­dic­tion avec les prin­cipes de la science en vigueur. Les plus hauts digni­taires reli­gieux ne semblent guère prêts à déclarer que tout ceci n’est que méta­phores et sym­boles. Ici encore, il y a over­lap­ping.
  3. Pour­quoi la reli­gion serait-elle le seul objet que la science ne pour­rait pas étudier, cri­ti­quer et aborder ration­nel­le­ment ? Si l’objet reli­gieux trans­cende le monde naturel, une étude maté­ria­liste ne pour­rait en aucun cas lui nuire. Après tout, étudier le phé­no­mène amou­reux ne nuit guère aux sen­ti­ments. L’over­lap­ping ne devrait pas gèner la foi.
  4. NOMA pré­sup­pose que le monde n’est pas tota­le­ment rationnel, puisque les ques­tion­ne­ments fon­da­men­taux n’y sont pas objets de démarche empi­rique. C’est là un pos­tulat qui semble taillé pour les reli­gions et qui, dès lors, ne pourra jamais être réfuté. Le NOMA se ver­rouille de lui même, ce qui le rend encore un peu moins sym­pa­thique. Ce ver­rouillage est un over­lap­ping.
  5. La démarche scien­ti­fique repose sur le critère de réfu­ta­bi­lité, lequel ne doit être en rien limité. Si j’énonce que « La Lune est en fromage blanc », tout le monde est en droit de tenter de réfuter cet exposé sans aucune res­tric­tion. Je pourrai à mon tour essayer de réfuter ces réfu­ta­tions. Cette dyna­mique contra­dic­toire s’enrichira d’observations, expé­ri­men­ta­tions et modé­li­sa­tions qui ren­for­ce­ront l’une ou l’autre thèse. Mais si l’on s’interdit de toucher à cer­tains objets de notre monde, on pourra parfois se trouver en face d’énoncés qui ne pour­ront plus être réfutés. Et petit à petit, le domaine scien­ti­fique s’effilochera au détri­ment du magis­tère reli­gieux. Nouvel over­lap­ping.
  6. À l’image de l’Intel­li­gent Design qui n’est autre que du créa­tion­nisme outra­geu­se­ment maquillé, NOMA semble bien être une version moderne de cette vieille his­toire où l’on pouvait goûter de tous les fruits du jardin sauf d’un seul: celui de la connaissance.

Le propre de la démarche scien­ti­fique est – quand elle n’est pas dévoyée – d’accepter tout énoncé qui se prête à la réfu­ta­tion. C’est un système ouvert. Le propre d’un système reli­gieux – quand il n’est pas dévoyé –, c’est de reposer sur des récits qui ne sont pas réfutables.

C’est un vieux débat de savoir si les démo­cra­ties doivent accepter en leur sein des partis qui veulent sa mort. De nom­breux dic­ta­teurs sont venus ainsi au pouvoir, démo­cra­ti­que­ment élus, pour voter l’abolition de la démo­cratie. Per­son­nel­le­ment, je pense ce risque accep­table, du moins dans des sociétés dis­po­sant d’un certain niveau d’éducation et de canaux d’informations contra­dic­toires. Même si le risque est réel, c’est accep­table car les partis démo­cra­tiques pour­ront com­battre leurs adver­saires à armes égales. Ce serait en revanche inac­cep­table si ces partis étaient pro­tégés par une clause de non-agression.

Croyants et scien­ti­fiques doivent convenir – peu importe que ce soit pour des raisons dis­tinctes – que le monde est unique et cohé­rent. Y construire un mur de Berlin tel que le NOMA est une insulte à l’intelligence et, m’ont confié des amis croyants, à la foi.

Le respect des hommes et des femmes est le ciment d’une civi­li­sa­tion ouverte.
Le respect des idées est le terreau du dogmatisme.

Et si vous n’êtes pas d’accord, bienvenue !

avk

Réfé­rences

Wiki­pedia


  1. Gould, Stephen Jay (2002). Rocks of Ages: Science and Reli­gion in the Full­ness of Life. New York: Bal­lan­tine Books. ISBN 034545040X
  2. Gould, Stephen Jay (1997). « Nono­ver­lap­ping Magis­teria. » Natural History 106 (March): 16–22. 
  3. Stee­ring Com­mittee on Science and Crea­tio­nism (1999). « Science and Crea­tio­nism: A View from the National Academy of Sciences ». NAS Press. Retrieved 2007-11-16. 

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Lire ce blog: « A Point of View: Why euphe­mism is inte­gral to modern warfare », publié ici: http://​www​.bbc​.co​.uk/​n​e​w​s​/​m​a​g​a​z​i​n​e-15478001 le 29 October 2011. Source de l’illustration: http://​www​.conde​nasts​tore​.com/​-​s​p​/​I​-​b​e​l​i​e​v​e​-​y​o​u​-​k​n​o​w​-​M​a​r​s​-​G​o​d​-​o​f​-​D​e​f​e​n​s​e​-​N​e​w​-​Y​o​r​k​e​r​-​C​a​r​t​o​o​n​-​P​r​i​n​t​s​_​i​8​6​41791_.htm

Beau­coup de gens pensent que le climat est un des pro­blèmes majeurs de notre époque. C’est faux, parce que le climat est d’abord une for­mi­dable res­source natu­relle. C’est grâce aux res­sources du climat que les plantes poussent (chaleur, rayon­ne­ment, eau) et nous nou­rissent. C’est aussi grâce au climat que tournent les éoliennes et que l’eau séva­pore et s’accumule dans les barrages.

« J’ai de sérieuses raisons de croire que la planète d’où venait le petit prince est l’astéroïde B 612. Cet asté­roïde n’a été aperçu qu’une fois au téles­cope, en 1909, par un astro­nome turc. Il avait fait alors une grande démons­tra­tion de sa décou­verte à un Congrès Inter­na­tional d’Astronomie. Mais per­sonne ne l’avait cru à cause de son costume. Les grandes per­sonnes sont comme ça. Heu­reu­se­ment pour la répu­ta­tion de l’astéroïde B 612 un dic­ta­teur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s’habiller à l’Européenne. L’astronome refit sa démons­tra­tion en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis. » Antoine de Saint Exupéry, Le petit prince. illus­tra­tions extraites de http://​www​.thought​for​theday​.com​.au/​i​m​a​g​e​s​/​T​h​e​_​l​i​t​t​l​e​_​p​r​i​nce_II.pdf

Le climat est la seule res­source natu­relle dont nous ne verrons pas la fin, qui ne s’épuisera pas tant que la terre sera terre et que le soleil restera soleil. Mais le climat change, et le chan­ge­ment du climat est perçu comme un risque majeur à cause de son impor­tance pour de très nom­breuses acti­vités humaines. Le climat est chan­geant (variable) par nature, et nous accé­lé­rons sa varia­bi­lité par nos acti­vités, surtout indus­trielles et agri­coles (trans­ports, pro­duc­tion d’energie, uti­li­sa­tion d’engrais, défri­che­ments etc).

Il se fait que nous, êtres humains, crai­gnons le chan­ge­ment. Nous pensons que le chan­ge­ment est néces­sai­re­ment négatif et nous avons une peur irrai­sonnée de ce qui n’est pas entiè­re­ment pré­vi­sible. Il faut relire Eric Hoffer (1976), un philosophe-docker New-Yorkais qui a analysé les racines de notre phobie du chan­ge­ment et les com­por­te­ments que nous adop­tons quand nous sommes en état d’incertitude.

Je pense que notre réac­tion face au chan­ge­ment cli­ma­tique est souvent, elle aussi, irra­tion­nelle, et très mal informée. Mais nous avons une excuse: nous faisons confiance à ceux qui savent. Qui sont-ils, ceux qui savent? Avant tout le GIEC (Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­mental sur l’évolution du climat), mieux connu sous son sigle anglais IPCC. Le GIEC est un groupe d’experts à la struc­ture très hié­ra­chisée établi en 1988 par l’Orga­ni­sa­tion Météo­ro­lo­gique Mon­diale et le Pro­gramme des Nations Unies pour l’Environnement. Depuis 1988, le bébé a grandi, il a pris de l’assurance et de l’arrogance; il nous prédit désastres, misère, famines et autres points de non retour.

Beau­coup de cli­ma­to­logues, autre­ment gens sensés et pla­cides, ont pris goût au pouvoir. Ils ont érigé leur fond de com­merce en dogme; ils détiennent doré­va­vant la vérité et per­sé­cutent toutes les déviances… J’ai publié ailleurs des notes dans ce sens, sur le mode humo­ris­tique (par exemple ici). Il se fait que les rap­ports pério­diques d’IPCC, qui sont consi­dérés avec une révé­rence quasi reli­gieuse, ne sont pas exempts d’erreurs. On y affirme, par exemple, que cer­tains pays afri­cains verront leur pro­duc­tion agri­cole dimi­nuer de moitié d’ici 2020. Tout qui a un minimum de connais­sance de l’agriculture et du climat perçoit immé­dia­te­ment qu’il s’agit là d’une invrai­sem­blance pro­fonde. J’ai examiné ce point précis de près (d’abord sur le site web de la FAO et ensuite ici) pour montrer comment, d’erreurs de tra­duc­tion en syn­thèses de rac­courcis de résumés ces incon­gruités peuvent prendre naissance.

L’auteur de ce billet a passé les trente-cinq der­nières années a étudier les inter­ac­tions entre climate et agri­cul­ture. Non pas dans une optique théo­rique mais pra­tique, en aidant nombre de pays à prévoir leurs récoltes. Je suis catas­trophé (on me passera l’expression) de lire que notre futur serait fait de désastres liés au climat. Actuel­le­ment, les fac­teurs extrêmes atmo­sphé­riques sont certes spec­ta­cu­laires, mais leur impact est insi­gni­fiant, notam­ment sur la pro­duc­tion agri­cole. Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chro­niques du climat (poches de séche­resse, grêle, insectes favo­risés par les condi­tions cli­ma­tiques etc) conduisent à des pertes bien plus impor­tantes et pour la plupart invisibles.

Il y a ensuite le fait que les pro­jec­tions d’impact font inter­agir un climat futur (incer­tain) avec toutes nos acti­vités futures (dont nos sys­tèmes de pro­duc­tion agri­cole) qui sont encore plus incer­taines. La vérité, c’est que nous sommes dans un flou profond, et ce n’est pas le nombre de publi­ca­tions qui y chan­gera grand chose.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours (24 novembre 2011), un réexamen des donnés cli­ma­tiques anciennes par Schmittner et al. semble indi­quer que, peut-être, nous avons sur­es­timé la force du lien entre gaz car­bo­nique et tem­pé­ra­ture de l’atmosphère. La nou­velle a bien entendu été reprise par la presse internet popu­laire, par exemple Science Daily qui annonce Climate Sen­si­ti­vity to Carbon Dioxide More Limited Than Extreme Pro­jec­tions, Research Shows. En deux mots: les aug­men­ta­tions de tem­pé­ra­ture pro­je­tées seraient exces­sives, ce qui rédui­rait aussi l’augmentaton du niveau de la mer (effet dû surtout à la dila­ta­tion ther­mique de l’eau). Voilà qui déce­vrait les catas­tro­phistes! J’attends avec impa­tience les réactions!

En atten­dant, j’ai écrit le petit texte ci-dessous pour expli­quer mon point de vue! J’hésite à l’appeler un credo cli­ma­tique, parce que je sais ce que credo a de dog­ma­tique… Je l’appellerai donc

Exer­cice de style en forme de credo cli­ma­tique

Je crois au climat qui change
qui a tou­jours changé et conti­nuera a changer
depuis que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient
que les volcans crachent pous­sières et CO2
que la constante solaire n’arrête pas de varier
que les océans et l’atmopshère interagissent
que l’astronomie existe et que Milan­kovic est son prophète
Je crois aussi que l’homme inten­sifie et accé­lère le changement
par ses émis­sions de gaz à effet de serre
sa myopie intellectuelle
son appât du gain
et le mépris pour ses enfants
Je crois que les impacts du climat – comme tous les impacts -
sont et res­te­ront le produit de deux fac­teurs inégaux
les carac­té­ris­tiques du climat et la vul­né­ra­bi­lité de notre société
dont la concen­tra­tion géo­gra­phique de nos activités
leur loca­li­sa­tion
la des­truc­tion des milieux natu­rels en surface et en nombre
et tous nos oeufs dans les mêmes paniers
ener­gé­tique
ali­men­taire
et poli­tique
J’ai confiance en notre fabu­leuse faculté d’adaptation en tant qu’espèce
Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de procréer
qu’il y aura des ruptures
que nous appren­drons la leçon
et qu’ensuite nous repartirons
Je ne crois pas au catas­tro­phisme climatique
Je n’accepte pas le prin­cipe d’autorité et par conséquent
je ne crois pas en l’infaillibilité du GIEC
qui est trop souvent
oppor­tu­niste
dog­ma­tique
incom­pé­tent
auto­ri­taire
partial
animé de moti­va­tions politiques
et ridi­cule quand il pra­tique la science par consensus
Je ne crois pas qu’il soit juste de mépriser les incroyants
les agnos­tiques comme les athées missionnaires
même s’ils sont
igno­rants
inté­ressés
créa­tion­nistes
ou pro­duc­teurs de pétrole
Car il vrai que
nous sommes tous à l’image de notre temps
même les génies:
Kepler faisait des horo­scopes très demandés
Newton voulait trans­former en or les métaux vulgaires
Chasles a col­lec­tionné des auto­graphes en fran­çais de
Jules César
Aris­tote
Cléo­patre
et Alexandre le Grand
le British Museum a acheté les faux manus­crits d’Islam Akhun, un analphabète
les tra­duc­tions de l’étrusque abondent
et Teil­hard de Chardin a eu son heure de gloire
Car il est vrai que les saintes écri­tures ont accueilli in illo tempore
decons­truc­ting point access
elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deuterium
trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity
et human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE
Tant il est vrai que
peu de cer­ti­tudes sont abso­lues, si ce n’est dans la foi
la vérité évolue au gré du temps et même des modes
ce qui est accepté aujourd’hui
sera faux, ou moins faux, demain
tant de grands scien­ti­fiques d’aujourd’hui
seront oubliés dès demain
et plus d’un tacheron obscur ressuscitera
Car en vérité
notre espace et nos res­sources sont limités
notre évo­lu­tion tech­no­lo­gique est plus rapide
que celle de nos vieux gènes
le climat est notre seule res­source inépuisable
il conti­nuera d’exister et de changer
avec ou sans ce fou d’homo sapiens
la cré­du­lité des foules
le GIEC
et les menées de ses grands prêtres
la mani­pu­la­tion de nos peurs
notre manque de confiance en l’avenir
et la mort de Dieu
Amen

 

Remer­cie­ments

Je tiens à remer­cier Jacques du Guerny pour ses com­men­taires cri­tiques sur l’exercice de style.

Notes

Pour « Kepler faisait des horo­scopes très demandés » voir Connor, 2005.

Pour « Decons­truc­ting point access » voir Phil­lips & Kent, 2009; « Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deu­te­rium », voir Flei­sch­mann et al., 1989 ; « Trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity », voir Sokal, 1996; « Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE », voir Dayenas et al. 1988. Il s’agit, dans l’ordre, d’un canular, de la publi­ca­tion qui a lancé le débat et la contro­verse sur la fusion froide, d’un autre canular et de l’article sur la « mémoire de l’eau ». Voir wiki­pedia pour les détails. Tous ces articles ont été acceptés par des revues qui ont pignon sur rue, voire des revues pres­ti­gieuses. Ils montrent que la science est fragile, et procède souvent par tâtons. Pour les articles de Flei­sch­mann et celui de Dayenas, le débat n’est cer­tai­ne­ment pas clos.

Réfé­rences

Connor, J.A. 2005. Kepler’s Witch. Harper-Collins eBooks. Kindle Edition. Loc. 978–80: Astro­logy was for the seven­teenth century what eco­no­mics is for the twenty-first. Astro­logy tried to form pre­dic­tions about an uncer­tain future based on strict mathe­ma­tical cal­cu­la­tion, just as eco­no­mics does with the laws of the market. Both are wrong about as often as they are right. Loc. 986–94: Because his love for puzzles and acros­tics had started when he was a child, Kepler was par­ti­cu­larly good at reading signs. He soon learned, however, that being a good astro­loger required more than just math skills. One student, Reb­stock, a fellow with a red face and beer breath, accosted Kepler in the hallway and demanded a horo­scope. Kepler reluc­tantly agreed and, after obtai­ning the man’s birth date, set to cal­cu­la­ting his chart. What Kepler learned that day, however, is how dan­ge­rous it is to read all the signs. Rebstock’s noisy drin­king habits had to be taken into account, so Kepler pre­dicted that the fellow would one day become a drunk, which wasn’t much of a stretch. The stars tell all, but so does beer breath. Reb­stock didn’t like the report and forced his way into Kepler’s room, where the two duked it out. The next day, Kepler asked Mästlin for advice. What should he do? If he was going to be an astro­loger, he had to read all the avai­lable signs, and that included a beer breath, because the stars were so often hard to read. Some­times his pre­dic­tions worked and some­times they didn’t, so what could he do to make them more secure? Mästlin told him to just predict disaster. That would be bound to come true sooner or later. Loc 1334–38: In 1595, partly from his cal­cu­la­tions and partly from his com­mon­sense reading of the times, Kepler made three pre­dic­tions: one, a ter­rible winter, with bitter cold weather that would damage fruit trees and cause hard­ship all around; two, an attack by the Turks from the south; and three, a peasant upri­sing. All three came true. That winter was so bad, they said, that anytime a she­pherd in the moun­tains blew his nose, it would pop off.9 The Turks did attack, which wasn’t all that sur­pri­sing, and there was a peasant revolt, again, not all that sur­pri­sing. Sud­denly, Kepler was a celebrity.

Dayenas, E., F.Beauvais, J.Amara, M.Oberbaum, B.Robinzon, A.Miadonna, A. Tedeschi, B.Pomeranz, P.Fortner, P.Belon, J.Sainte-Laudy, B.Poitevin & J.Benveniste. 1988. Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE. Nature, 333:816–818. Avec une Edi­to­rial reser­va­tion en fin d’article: Readers of this article may share the incre­du­lity of the many refe­rees who have com­mented on several ver­sions of it during the past several months. The essence of the result is that an aqueous solu­tion of an anti­body retains its ability to evoke a bio­lo­gical res­ponse even when diluted to such an extent that there is a negli­gible chance of there being a single mole­cule in any sample. There is rfo phy­sical basis for such an acti­vity. With the kind col­la­bo­ra­tion of Pro­fessor Ben­ve­niste, Nature has the­re­fore arranged for inde­pendent inves­ti­ga­tors to observe repe­ti­tions of the expe­ri­ments. A report of this inves­ti­ga­tion will appear shortly.

de Saint-Exupéry, A. 1943. Le petit prince, Gallimard.

Flei­sch­mann, M., S. Pons & M. Hawkins. 1989. Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of Deu­te­rium. J. Elec­troanal. Chem. 261:301–308. L’article ori­ginal avait omis le troi­sième auteur, qui a ensuite été ajouté, avec les excuses de Flei­sch­mann et Pons, dans une liste d’errata.

Hoffer, E. 1963. The ordeal of change. New York: Harper and Row. 136 pp. Très nom­breuses réimpressions.

Phil­lips, D. & A.Kent. 2009. Decons­truc­ting Access Points. Accepted for publi­ca­tion in the peer reviwed The Open Infor­ma­tion Science Journal (TOISCIJ). Plus de détails ici: http://​scho​lar​ly​kit​chen​.sspnet​.org/​?​s​=​phrenology 47: 217–252.

Schmittner, A., N.M.Urban,  J.D. Shakun, N.M. Maho­wald, P.U. Clark, P. J. Bart­lein, A. C. Mix,  A.Rosell-Melé. 2011. Climate Sen­si­ti­vity Esti­mated from Tem­pe­ra­ture Recons­truc­tions of the Last Glacial Maximum. Scien­cex­press, 4 pp.+ 3 figs. http://​www​.scien​cemag​.org/​c​o​n​t​e​n​t​/​e​a​r​l​y​/​2​0​1​1​/​1​1​/​2​2​/​s​c​i​e​n​ce.1203513

Sokal, A.D. 1996. Trans­gres­sing the Boun­da­ries: Towards a Trans­for­ma­tive Her­me­neu­tics of Quantum Gravity. Social Text, 46/

 

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English version avai­lable here.

Cet article examine plu­sieurs méthodes qui ont montré une capa­cité cer­taine de prévoir le futur. La pre­mière com­prend des équa­tions simples (lois de puis­sance, power laws) dont les coef­fi­cients empi­riques ont pu être déter­minés sur plu­sieurs ordres de gran­deur dans des condi­tions très variées. Les modèles sous-jaçants sont à la limite de plu­sieurs dis­ci­plines, de l’écologie à la socio­logie. Vient ensuite le suivi sys­té­ma­tique des innom­brables sources d’information numé­riques sur l’actualité dont nous dis­po­so­sons doré­na­vant, approche connue sous le nom de cultu­ro­mique (note 3). Fina­le­ment, la vieille méthode des seuils cri­tiques chère aux anciens polé­mo­logues (Bou­thoul, 1962) et dont le dépas­se­ment conduit à des chan­ge­ments qua­li­ta­tifs a été remis à l’honneur dans le cas des émeutes liées au prix des denrées ali­men­taires.

Peut-on prévoir le futur à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux, en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la ther­mo­dy­na­mique (Voir note 1)? Il semble bien que la réponse soit oui, et de nombre de publi­ca­tions scien­ti­fiques récentes vont dans ce sens.

1. Equa­tions empiriques

Com­men­çons par quelques articles publiés il y a deux ans environ par Bohor­quez et al. (2009) et par Johnson et al. (2011). Dans le cas du premier article,

Fré­quence cumulée d’actes de guerre en Afgha­nistan en fonc­tion du nombre de blessés (a) nombre de tels actes depuis le 5ooème jour des opé­ra­tions dans le pays (b). Figure com­posée à partir de deux figures de Bohor­quez, 2009. Voir note 2.

les auteurs sont des ingé­nieurs, des phy­si­ciens et un éco­no­miste. A l’époque de la publi­ca­tion, Bohor­quez tra­vaillait au Depart­ment of Indus­trial Engi­nee­ring and CEIBA Complex Systems Research Center à l’Uni­ver­sidad de Los Andes à Bogota, en Colombie. Les scien­ti­fiques qui cosignent l’article de Johnson com­prennent un plus grand nombre de dis­ci­plines, de la bio­logie à la socio­logie en passant par l’informatique et la phy­sique. Johnson lui-même est un phy­si­cien de l’université de Miami. Notons par ailleurs que ces deux groupes tra­vailent en collaboration.

Que disent ces articles? D’abord qu’il existe un loi de puis­sance (power law) très simple qui relie l’intervalle entre deux attaques terr­ro­ristes (ou actions bel­li­queuses). Cet inter­valle a ten­dance à rac­courcir en même temps que les ter­ro­ristes apprennent leur métier. Si la loi est connue, la date de la pro­chaine attaque peut être estimée (avec une cer­taine erreur, bien évi­dem­ment). Il existe aussi un rapport simple entre l’importance des attaques et leur fré­quence: la fré­quence diminue avec la « taille » des attaques à la puis­sance 2.5 (Gilbert, 2009).

Le mérite de ces travaux est qu’ils relient de manière quan­ti­ta­tive cer­tains com­por­te­ments humains vio­lents ou non (au-delà du ter­ro­risme, donc), l’écologie et cer­tains modèles éco­no­miques (ce n’est pas par hasard que nous avons l’éco-logie et l’éco-nomie!). Ils ne manquent pas de rap­peler d’autres études (Bet­ten­court et al, 2007; Bet­ten­court et  West, 2011) qui uti­lisent des lois de puis­sance pour décrire les rela­tions entre la taille des villes (mesurée par leur nombre d’habitants) et une col­lec­tion dis­pa­rate d’indicateurs qui vont du salaire moyen au nombre d’inventeurs en passant par la consom­ma­tion  d’électtricité des ménages et la densité des sta­tions d’essence. Ces travaux per­mettent eux aussi de « prédire » la façon dont un certain nombre de variables vont se com­porter dans le futur, disons en 2050. En effet, beau­coup d’indicateurs sont liés à la popu­la­tion comme variable indé­pen­dante, laquelle popu­la­tion est très pré­vi­sible puisque la majo­rité des êtres humains qui peu­ple­ront la terre en 2050 sont déjà nés. Par ailleurs, les pro­jec­tions de popu­la­tion faites au cours de l’immédiat après-guerre (je parle de 1940–45) se sont avérées éton­nam­ment exactes (voir par exemple Chi, 2009).

Figure extraite de Lagi et al., 2011: his­to­rique des émeutes/révolutions depuis 2004 en fonc­tion d’un indice de prix des denrées alimentaires.

2. Cultu­ro­mique

Récem­ment, d’autres auteurs, dont Leetaru (2011), ont abordé les pré­vi­sions d’une manière radi­ca­le­ment dif­fé­rente, basée sur le fait que nous dis­po­sons main­te­nant d’énormes bases de données numé­riques rela­tives à la presse écrite et parlée et aux agences de presse, sans parler des sites web des jour­naux et maga­zines natio­naux et inter­na­tio­naux. Ces bases de données couvrent au moins les trente der­nières années. Les tech­niques d’exploration des données (data mining) per­mettent de trouver cer­tains termes, leur fré­quence, leur asso­cia­tion avec d’autres termes, ainsi que leur ton et leur géo­lo­ca­tion. Le ton (tone en anglais, mais mood serait plus appro­prié) et la géo­lo­ca­tion consti­tuent la prin­ci­pale inn­va­tion apportée par Leetaru. Le ton est donné par des termes « postifs » ou « néga­tifs » comme « ter­rible », « amé­lio­ra­tion » ou « heureux ». La géo­lo­ca­tion consiste sim­ple­ment à situer géo­gra­phi­que­ment tous ces termes. Cette approche, que Leetaru appelle « cultu­ro­mique » (note 3) lui a permis de faire des pré­vi­sions à court terme rela­tives aux révo­lu­tions en Egypte, Tunisie et Lybie, de voir se pré­parer le conflit en Serbie et prédire la sta­bi­lité de l’Arabie Saou­dite jusqu’en 2012. Appli­quée à la loca­li­sa­tion de Ossama Bib Laden, la méthode iden­tifie une région qui com­prend Abbo­tabad où le raid état­su­nien a fina­le­ment eu raison de lui.

3. Dépas­se­ment de seuils critiques

Je ter­mi­nerai en signa­lant une étude très remar­quée de Lagi et al. (2011) dont une des­crip­tion très lisible est donnée par Johnson, 2011 (Il s’agit d’un autre Johnson que l’auteur cité plus haut.) Ces auteurs ont observé une asso­cia­tion his­to­rique entre cer­taines émeutes et la cherté des denrées ali­men­taires. Le seuil se situe vers 220 $/tonne en prix cou­rants et vers 190$/tonne en prix constants de 2004. Il a été dépassé en 2008 et en concor­dance avec le Prin­temps Arabe. Selon les auteurs, si la ten­dance des prix cou­rante se main­tient, les pro­chaines révo­lu­tions sont à attendre entre juillet 2012 et août 2013.

4. Conclu­sion

Dans l’ensemble, ces méthodes sont inté­res­santes, et l’engouement suscité par les articles de Leetari, Lagi et ceux issus du cercle de Geof­frey West (p.ex. Bet­ten­court et al.) témoignent de l’intérêt des milieux scien­ti­fiques comme de celui de la prese géné­ra­liste pour les pré­vi­sions. Il me semble,  cepen­dant,  que le succès des méthodes soit dû à l’abondance des données dis­po­nibles plus qu’à la nou­veauté des approches. D’une cer­taines façon, ces méthodes témoignent toutes de l’importance et de l’efficacité de l’internet. La note de Leetari, par exemple, n’a pas souf­fert de sa publi­ca­tion sur un site jusqu’alors confi­den­tiel. Le village global existe bel et bien!

Notes

Note 1 : Cette note est un clin d’oeil. La phrase est extraite avec quelques modi­fi­ca­tions mineures de Wiki­pedia: La psy­cho­his­toire est une science ima­ginée par l’auteur de science-fiction Nat Schachner et déve­loppée plus lar­ge­ment par Isaac Asimov (1920–1992) dont le but est de prévoir l’Histoire à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la thermodynamique.

Note 2 : La partie supé­rieure de la figure (a) indique que 100% des actes de guerre font au moins une victime, alors que 1/1000 fait 100 vic­times. Partie infé­rieure (b): 8 évé­ne­ments par jour ne se pro­duisent pra­ti­que­ment jamais, alors quer 30% des jours sont carac­té­risés par deux événements.

Note 3 : cultu­ro­mics en anglais. Comme ther­mo­dy­na­mics devient « la ther­mo­dy­na­mique » et cyn­di­nics « la cyn­di­nique » j’ai osé le terme de « culturomique »

Refe­rences

Bet­ten­court, L.M.A., J.Lobo, D.Helbing, C.Kühnert & G.B. West. 2007. Growth, inno­va­tion, scaling, and the pace of life in cities. PNAS, 104(17):7301–7306.

Bet­ten­court, L.M.A & G.B. West. 2011. Bigger Cities do more with less: new science reveals why cities become more pro­duc­tive and effi­cient as they grow. 305(3):51–53.

Bohor­quez, J.C., S.Gourley, A.R.Dixon, M.Spagat & N.F.Johnson. 2009. Common ecology quan­ti­fies human insur­gency. Nature 462:911–914.

Bou­thoul, G. 1962. Le Phénomène-Guerre. Petite biblio­thèque Payot, Paris. 283 pp.

Chi, G. 2009. Can know­ledge improve popu­la­tion fore­casts at sub­county levels? Demography,46:405–427. Dis­po­nible sur le net. Voir aussi http://​www​.esri​.com/​l​i​b​r​a​r​y​/​w​h​i​t​e​p​a​p​e​r​s​/​p​d​f​s​/​e​v​a​l​u​a​t​i​n​g​-​p​o​p​u​lation.pdf et http://​www​.ageing​.ox​.ac​.uk/​f​i​l​e​s​/​w​o​r​k​i​n​g​p​a​p​er_507.pdf

Gilbert, N. 2009. Model­lers claim wars are predictable.Insurgent attacks follow a uni­versal pattern of timing and casual­ties. Nature 462:836. L’article de Gilbert est une pré­sen­ta­tion du travail de Bohor­quez et al., 2009.

Johnson, E.M. 2011. Freedom to Riot: On the Evo­lu­tion of Col­lec­tive Vio­lence.

Johnson, N.F., S.Carran, J.Botner, K.Fontaine, N.Laxague, P.Nuetzel, J.Turnley & B.Tivnan. 2011. Pat­terns of Esca­la­tions in Insurgent and Ter­ro­rist Acti­vity. Science 333(81):81–84. Voir aussi NPR staff, 2011. Math Can Predict Insurgent Attacks.

Lagi, M., K.Z.Bertrand & Y.Bar-Yam. 2011. The Food Crises and Poli­tical Insta­bi­lity in North Africa and the Middle East. http://​arxiv​.org/​a​b​s​/​1​108.2455v1. L’article est téĺé­char­geable.

K.H.Leetaru. 2011. Cultu­ro­mics: fore­cas­ting large-scale human beha­viour using glocal news mwdia tone in time and space. First Monday,  16(9). This is an internet publi­ca­tion. Voir ce site. Voir aussi http://www.kurzweilai.net/culturomics-2–0-forecasting-large-scale-human-behavior-using-global-news-media-tone-in-time-and-space qui com­prend des ani­ma­tions intéressantes.

 

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Une contro­verse inté­res­sante s’est déve­loppée ces der­niers jours dans le petit monde de l’anthropologie. Au départ, un article sur le site web de Natu­re­News pré­sente une étude géné­tique des popu­la­tions des­cen­dant des Tainos, autoch­tones des Caraïbes à l´époque de Chris­tophe Colomb, en indi­quant que ces Tainos n’existent plus. Or, beau­coup de per­sonnes se consi­dèrent, à tort ou à raison, comme Tainos, d’où la contro­verse qui a rapi­de­ment débordé le cadre scientifique.

Brea­king the Law of Averages

En cette époque où même le climat a peur de changer, tant il est sur­veillé de près par les ortho­doxes (pour la der­nière affaire en date, cliquez ici, ou ici, ou ici), où cer­tains neu­trinos se mêlent d’arriver au Gran Sasso avec 60 ns (nano­se­condes) d’avance, on n’est jamais trop prudent: Nature a fait the right thing et s’est excusé: This article ori­gi­nally stated that the Taíno were extinct, which is incor­rect. Nature apo­lo­gizes for the offence caused, and has cor­rected the text to better explain the research project des­cribed.

Evi­dem­ment, qu’est-ce qu’un peuple? A priori, je suis, moi même un Trévire (Celte) du haplo­groupe R1b1a2a1a1b3 dont l’origine se trouve autour de la Suisse/Tyrol/Italie du Nord et qui est habi­tuel­le­ment associé à la culture de La Tène-Hallstatt… bien qu’on trouve un ilot soli­taire de  R1b1a2a1a1b3 au Bash­kor­tostan, allez savoir pour­quoi! Je peux donc déclarer que je suis Celte de chez Celte, mais ça n’engage évi­dem­ment que moi!

Etre Taino est assu­ré­ment une autre paire de manches. Une per­sonne qui se déclare Taino écrit quelque part que la Tai­ni­cité (comme la judaï­cité!) se transmet par les femmes. Faisons le Gedan­ke­nex­pe­riment suivant: prenons une Taino « pure »  en 1492; elle-même et ses des­cen­dantes ne pro­créent qu’avec des non Tainos. Qui voyons-nous en 2011? Je ne sais pas au juste quels sont les traits typiques des « vrais » Tainos, mais il est pro­bable que je ne les recon­nai­trais pas. Même chose avec les Oglala, les Apaches et les Mohi­cans etc.qui res­semblent doré­na­vant bien plus à M et Mme Smith qu’à leurs ancêtres pré­co­lom­biens (sauf le Mohican, peut-être).

Si une per­sonne se déclare Wal­lonne (je suis prudent!!!) ou Oglala, elle est Wal­lonne ou Oglala! Je me sou­viens avoir lu la phrase sui­vante chez Malraux à l’époque où j’étais fan (et Malraux lui-même était ministre de la culture de Gaulle, ce qui nous fait 1959 à 1969: j’allais avoir 20 ans!) est Juif qui se veut Juif, et ce n’est pas les Khazars qui me démen­ti­ront (1).

Evi­dem­ment, ce n’est pas rél­le­ment de leur plein gré que les Tainos, Oglalas et Apaches sont très mélangés aujourd’hui, cer­tai­ne­ment bien plus qu’en 1492. Je pense donc avec Dienekes que les Tainos existent cer­tai­ne­ment un peu moins en 2011 qu’en 1492, même  s’il est par­fai­te­ment pos­sible de se déclarer Taino! Il reste quand même la ques­tion de savoir ce qui fait un Taino. La langue, peut-être? Les uns disent qu’il n’en reste que quelques mots dans une langue mélangée d’espagnol, alors que d’autres affirment la parler.  Et nous savons par ailleurs que langue et eth­ni­cité ne se super­posent pas tou­jours (voir, par exemple, Cavalli-Sforza, 1994).

Il est pos­sible, en théorie, d’être un vrai Taino « eth­nique » et de l’ignorer. A l’autre bout du spectre, nous avons le Trévire R1b1a2a1a1b3 qui ne sait pas un mot de Taino, sauf peut-être colibri, iguane et tabacù , et qui n’est cer­tai­ne­ment pas Taino. Entre ces deux extrêmes, tout est possible.

La morale de cette his­toire c’est que le poli­ti­que­ment correct a un prix, qu’à force de cour­tiser et Margot et sa soeur nous fini­rons par vendre notre âme. En d’autres termes, la dis­tance n’est pas si grande entre les néga­tion­nismes de tout poil, le créa­tion­nisme et les excuses de Nature.

 

Réfé­rences

L.L. Cavalli-Sforza. 1997. Genes, peoples, and lan­guages. PNAS, 94:7719–7724. Dis­po­nible ici.

Note

(1) Je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas retrouvé la cita­tion de Malraux sur le web: c’est sans doute la seule cita­tion qui n’est pas sur le web, ou alors, c’est ma mémoire qui me joue des tours. Quelqu’un peut-il m’aider?

English variant: click here

 

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L’identité d’Euler est l’une des équa­tions les plus connues et fas­ci­nantes des mathé­ma­tiques, liant en une formule com­pré­hen­sible par un écolier quatre constantes fon­da­men­tales occu­pant d’ordinaire des ter­ri­toires bien distincts :

e^{i\pi}=-1

Carl Frie­drich Gauss affir­mait de cette formule que si un étu­diant ne la per­ce­vait pas immé­dia­te­ment comme évi­dente, il ne devien­drait jamais un mathé­ma­ti­cien de premier plan. Ce n’est donc pas à eux que s’adresse ce billet, mais, désolé d’être désa­gréable, à tous les autres…

Le web regorge de démons­tra­tions géo­mé­triques qui ne font guère qu’illustrer l’identité sans guère la démon­trer. Pour­tant, il existe une démons­tra­tion élé­gante et faci­le­ment acces­sible. On y va…

 

1. Les vieilles séries de Taylor

Vous vous sou­venez de l’idée de Taylor ? Elle consis­tait, en un point d’une fonc­tion déri­vable f, à construire une série consti­tuée de f et de ses déri­vées suc­ces­sives en ce point précis. Dans le cas de cer­taines fonc­tions, cela donne des éga­lités inté­res­santes qu’on est censé connaître par coeur :

e^x = 1 + x + \frac{x^2}{2!} + \frac{x^3}{3!} + \ldots \hspace{4 mm}(a)

\sin(x)=x-\frac{x^3}{3!}+\frac{x^5}{5!}-\frac{x^7}{7!}+\ldots \hspace{4 mm}(b)

\cos(x)=1-\frac{x^2}{2!}+\frac{x^4}{4!}-\frac{x^6}{6!}+\ldots \hspace{4 mm}

 

2. i

Bon, là c’est simple. Par définition :

i^2=-1 \hspace{4 mm}(d)

En consé­quence :

i^1=i ; i^2=-1 ; i^3=-i ; i^4=1 ; i^5=i ; i^6=-1\ldots \hspace{4 mm}(e)

 

3. Mélange

Il est facile de trans­poser la série (a) en y injec­tant l’exposant i :

e^{ix}=1+ix+\frac{(ix)^2}{2!}+\frac{(ix)^3}{3!}+\frac{(ix)^4}{4!}+\frac{(ix)^5}{5!}\ldots \hspace{4 mm}(f)

Autre­ment dit, en enle­vant les parenthèses :

e^{ix}=1+ix+\frac{i^2x^2}{2!}+\frac{i^3x^3}{3!}+\frac{i^4x^4}{4!}+\frac{i^5x^5}{5!}\ldots \hspace{4 mm}(g)

Grâce aux éga­lités (e), on peut sans dif­fi­culté rem­placer les puis­sances de i :

e^{ix}=1+ix-\frac{x^2}{2!}-\frac{ix^3}{3!}+\frac{x^4}{4!}+\frac{ix^5}{5!}-\frac{x^6}{6!}\ldots \hspace{4 mm}(h)

 

4. Dis­tri­bu­tion

La clé de voûte de l’opération consiste à redis­tri­buer les termes de cette série en deux séries dis­tinctes : l’une sans les i et l’autre avec. Autre­ment dit :

e^{ix}=(1-\frac{x^2}{2!}+\frac{x^4}{4!}-\frac{x^6}{6!}+\ldots )+i(x-\frac{x^3}{3!}+\frac{x^5}{5!}-\frac{x^7}{7!}+\ldots ) \hspace{4 mm}(j)

Et là, on retrouve res­pec­ti­ve­ment nos séries de Taylor © et (b). Donc :

e^{ix}=\cos(x)+i\sin(x) \hspace{4 mm}(k)

Il suffit de choisir pour x la valeur par­ti­cu­lière de π et nous avons démontré que :

e^{i\pi}=\cos(\pi)+i\sin(\pi)=-1

Voilà ! Ça vous a plu ? La semaine pro­chaine, Cédric ana­ly­sera en hexa­mètres dac­ty­liques la démon­tra­tion qu’Andrew Wiles a établie du Théo­rème de Fermat.

 

Sources :

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Éternel ! tu me sondes et tu me connais,
Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pensée (…)
Car la parole n’est pas sur ma langue, Que déjà, ô Éternel ! tu la connais entiè­re­ment (…)
Une science aussi mer­veilleuse est au-dessus de ma portée, Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
–Psaume 139

Jeppe Hein, Follow Me (Bristol University)

Il existe des moyens intel­li­gents d’utiliser ce qu’on sait sur une per­sonne. Les casinos Harrah’s en savent quelque chose. Sur base du for­mu­laire d’apparence anodine que vous rem­plissez pour accéder à la salle des jeux (âge, sexe, for­ma­tion, etc.) ils déter­minent votre « point de douleur », c’est-à-dire le montant maximum que vous pouvez perdre sans que ça vous coupe l’envie de revenir jouer [1]. Quand vos pertes approchent ce montant, un membre du per­sonnel vient vous faire remar­quer que vous n’avez déci­dé­ment pas de chance ce soir, et il vous conseille de rejoindre le res­tau­rant du casino « aux frais de la maison ». Tout l’art consiste à bien choisir le moment d’arrêter de vous plumer.

La pos­si­bi­lité aujourd’hui d’analyser de grandes quan­tités d’information rend ce type de mani­pu­la­tion omni­pré­sente, et on aurait tort de sous-estimer son effi­ca­cité [2]. On connait la phrase célèbre d’un ancien patron de TF1, selon laquelle le but de la télé­vi­sion est de vendre du cerveau humain dis­po­nible à Coca-Cola [3]. Tout cela semble bon-enfant par rapport à ce qui se trame sur Internet.

Il y a tout ce dont on se doute. Par exemple, que le bouton « j’aime » de Face­book ne sert pas qu’à dire à ses copains qu’on a trouvé leur lien rigolo. Il sert aussi à Face­book à mieux vous connaitre. En gros, chaque fois que vous cliquez « j’aime », comme chaque fois que vous vous ins­crivez à un jeux, vous vous rendez plus vul­né­rable à la mani­pu­la­tion, et Face­book le monnaie auprès des annon­ceurs publi­ci­taires. Comme dans les casinos Harrahs’s, sauf que l’information dont on dispose sur vous est beau­coup plus riche, et que les mani­pu­la­teurs entrent dans une sphère que vous pensiez relever de votre intimité.

Il y a une autre forme de mani­pu­la­tion sur Internet qui n’est pas direc­te­ment com­mer­ciale, du moins pas encore. Si vous et votre voisin tapez le mot « Egypte » sur Google vos résul­tats seront sans doute très dif­fé­rents : peut-être tomberez-vous sur les hôtels de la Mer Rouge et votre voisin sur le procès de Mou­barak. Google recueille en per­ma­nence des infor­ma­tions sur vous : où vous vous trouvez, le type d’ordinateur que vous uti­lisez, et aussi l’historique des liens sur les­quels vous avez cliqué. Sur base de ce flux d’information, un algo­rithme estime le type de site qui vous plaira et vous cache pure­ment et sim­ple­ment les autres. Eli Pariser en parle comme d’une bulle dans laquelle les moteurs de recherche vous enferment [4], sans rien vous dire de toute la partie d’Internet qui vous est rendue invi­sible. Pour rebondir sur le post d’Alain : si vous n’avez jamais navigué que sur des sites créa­tion­nistes, il y a fort à parier que Google vous cachera jusqu’à l’existence de Darwin.

Chaque fois qu’on s’aventure sur Internet, l’information circule désor­mais dans les deux sens : on vous regarde autant que vous regardez. Et Internet est aux mains de gens habiles qui ont des inté­rêts qui leur sont propres. Rebecca Mac­Kinnon a un argu­men­taire assez convain­quant sur le fait qu’Internet ne deviendra pas spon­ta­né­ment l’idéal qu’on ima­gi­nait il y a encore peu [5]. Si on veut qu’Internet continue à donner un accès non biaisé à l’information, et qu’on ne veut pas s’y faire mani­puler, cela néces­si­tera une forme d’activisme de notre part.

Cedric Gommes

[1] I. Ayes, Super Crun­chers, Bantam Books (2008) ;
[2] R.-V. Joule, J.-L. Beau­vois, Petit traité de mani­pu­la­tion à l’usage des hon­nêtes gens, Presses uni­ver­si­taires de Gre­noble (2002).
[3] Wikipedia:Patrick Le Lay
[4] TED​.com: Eli Pariser, Beware Online Filter Bubbles.
[5] TED​.com: Rebecca Mac­Kinnon, Let’s Take Back The Internet.

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« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un mil­lé­naire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des géné­ra­tions le sou­venir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nou­velle d’Isaac Asimov dont le titre ori­ginal, Night­fall, avait béné­ficié de cette tra­duc­tion : « Quand les ténèbres vien­dront. » L’auteur y prenait la cita­tion d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fra­gi­lité du savoir et des civilisations.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gou­ver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont mani­pulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en ques­tion l’idée ori­gi­nale que c’est le réchauf­fe­ment cli­ma­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment cli­ma­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà che­vauché dans son dernier livre [1] où il qua­li­fiait la recherche cli­ma­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son igno­rance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai sim­ple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on ins­tille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le pro­blème n’est pas de mettre en doute le modèle domi­nant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas una­ni­mité totale autour de modèles aussi com­plexes que ceux de la cli­ma­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spé­cia­lité. Mais si les argu­ments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un audi­teur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout sim­ple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des rai­son­ne­ments. Non, Rick Perry croit en cer­taines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent sim­ple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbé­cile ; il a suivi un par­cours uni­ver­si­taire, dispose de talents d’orateur et des com­pé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquiétant.

Car comme des cen­taines de mil­lions de per­sonnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible ori­gi­nelle est un texte parfait ne com­por­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse pré­senter quelque erreur de tra­duc­tion ou coquille édi­to­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gou­ver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pour­rait bien l’aider à atteindre la Pré­si­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chi­po­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théo­ries de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pour­rait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe com­mencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la cli­ma­to­logie et à la bio­logie, c’est main­te­nant la géo­logie qui est priée de faire montre de tolé­rance : oui, la tec­to­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rude­ment plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argu­ment. Et puis, tous les amis, les voisins, les col­lègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krug­mann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seule­ment voilà, cette ten­dance ne se limite pas à une classe poli­tique. Pendant que les cha­pe­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libé­raux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le cha­ma­nisme dans l’entreprise et alternent chi­mio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion ter­ri­fiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus per­sonne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
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[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

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Dans un texte fran­çais courant, les règles fixant l’usage des majus­cules sont assez simples. La majus­cule s’utilise en début de phrase, et pour quelques mots réservés (dont la mémo­ri­sa­tion est net­te­ment moins simple). Pour les titres en revanche, les conven­tions ortho­ty­po­gra­phiques sont un peu plus com­plexes mais un peu de méthode permet de s’en sortir facilement.

1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de pério­dique prend une majus­cule ini­tiale, excep­tion faite des noms propres.

À la recherche du temps perdu

1.1. Si le titre est composé seule­ment d’un adjectif qua­li­fi­catif suivi d’un sub­stantif, le sub­stantif prend éga­le­ment une majus­cule.

Tristes Tro­piques (mais : Mon oncle)

1.2. Si le titre est composé seule­ment de deux sub­stan­tifs suc­ces­sifs, chaque sub­stantif prend une majus­cule.

France Soir

1.3. Si le titre est composé seule­ment de sub­stan­tifs énu­mérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque sub­stantif prend une majus­cule.

Guerre et Paix (mais : Être et avoir)

1.4. Si le titre com­mence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier sub­stantif prend une majus­cule, ainsi que tout adjectif ou adverbe pré­cé­dant.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

1.5. Si le titre est constitué de sub­stan­tifs énu­mérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque sub­stantif prend une majus­cule, ainsi que les adjec­tifs qua­li­fi­ca­tifs ou adverbes éven­tuels les pré­cé­dant.

La Belle et la Bête

2. En cas de sous-titre ou de titre double, les prin­cipes pré­cé­dents s’appliquent à chaque partie (seule excep­tion : si le sous-titre com­mence par un article défini, cet article prend excep­tion­nel­le­ment une minus­cule ini­tiale).

Le Barbier de Séville ou la Pré­cau­tion inutile

Pirates des Caraïbes : La Malé­dic­tion du Black Pearl

3. Les titres prennent une minus­cule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En par­ti­cu­lier, les sub­stan­tifs madame, made­moi­selle et mon­sieur s’abrègent en Mme, Mlle et M. au sin­gu­lier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu’ils consti­tuent le premier mot du titre. Lorsqu’ils sont écrits au long, ils prennent une minus­cule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.

Le Voyage de M. Perrichon

Mon­sieur de Pourceaugnac

Les Quatre Filles du docteur March

La Faute de l’abbé Mouret

4. Quand l’auteur a clai­re­ment choisi une typo­gra­phie ori­gi­nale, il est géné­ra­le­ment pré­fé­rable de la res­pecter si cette graphie est jus­ti­fiée et ne nuit pas aux requêtes.

eXis­tenZ

Ah oui, un petit détail encore : les majus­cules accen­tuées ne perdent pas leur accent. Cette cou­pable pra­tique trouve son origine dans les pro­cessus de com­po­si­tion de textes à base de carac­tères mobiles qui n’offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L’erreur a donc été long­temps tolérée en raisons de dif­fi­cultés tech­niques. [4]

L’informatique ayant résolu le pro­blème, il n’y a plus aucune excuse à com­mettre cette faute, source de tant de « JAURES ASSASSINE ! » et autres « LE PRESIDENT CHAHUTE A L’ASSEMBLEE ! »

avk

Sources

[1] Lexique Des Règles Typo­gra­phiques En Usage à L’imprimerie Natio­nale. Paris : Impri­merie natio­nale, 2002.

[2] Abrégé typo­gra­phique à l’usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.

[3] Wiki­pedia : Conven­tions typographiques

[4] Ency­clo­pédie de la typographie

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Selon l’institut d’audience Nielsen, un Amé­ri­cain moyen passe quo­ti­dien­ne­ment 4 heures 49 minutes devant son télé­vi­seur, durée en aug­men­ta­tion constante depuis 10 ans [1]. Le Syn­dicat National de la Publi­cité Télé­visée nous informe pour sa part qu’un Fran­çais consomme un net­te­ment moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails intéressants.

Ainsi, la télé­vi­sion capte quo­ti­dien­ne­ment sur le ter­ri­toire fran­çais 44,2 mil­lions d’habitants durant, donc, 3h20’, ce qui mène à une consom­ma­tion annuelle de 3.226 mil­liards de minutes drai­nant des recettes publi­ci­taires de 3,98 mil­liards d’euros de janvier à août 2009 [2]. En extra­po­lant pour une période annuelle, nous obte­nons 5,97 mil­liards d’euros bruts. En forçant le trait, disons que les publi­ci­taires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télé­vi­sion. En fait, le chiffre n’intègre pas les frais de gestion et de pro­duc­tion qui, une fois injectés dans l’équation et selon un mien ami tra­vaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.

On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garan­ties sur le retour pro­bable sur inves­tis­se­ment. La fameuse cita­tion de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confir­ma­tion dans ces chiffres :

« Soyons réa­liste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publi­ci­taire soit perçu, il faut que le cerveau du télé­spec­ta­teur soit dis­po­nible. Nos émis­sions ont pour voca­tion de le rendre dis­po­nible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le pré­parer entre deux mes­sages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain dis­po­nible (…). Il faut cher­cher en per­ma­nence les pro­grammes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les ten­dances, dans un contexte où l’information s’accélère, se mul­ti­plie et se bana­lise. »

Bien sûr, l’économie n’est pas la seule à béné­fi­cier de la mise en récep­ti­vité de ces cer­veaux. Le poli­tique et plus géné­ra­le­ment la société elle-même pro­fitent du for­ma­tage intel­lec­tuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d’abstinence télé­vi­suelle? Qu’offre Internet pour étan­cher notre soif d’images qui bougent?

Pour ce qui est des émis­sions télé­vi­suelles redis­tri­buées sur le net, impos­sible de faire ici le cata­logue de l’offre indi­vi­duel des chaînes mais beau­coup d’entre elles offrent, en léger différé, les jour­naux télé­visés et, en plus grand différé, des repor­tages tels que les Ques­tions à la Une de la RTBF ou tels que l’on en trouve aussi sur ARTE TV. Je veux aussi men­tionner l’excellent site de l’INA qui propose gra­tui­te­ment un cata­logue impres­sion­nant de 23.000 heures d’archives télé­vi­suelles (parmi les 300.000 heures de pro­grammes archivés annuel­le­ment) pour les nos­tal­giques des Cinq Colonnes à la Une ou d’Apos­trophes. À des­ti­na­tion des cher­cheurs et étu­diants, l’INA a par ailleurs mis en place un site spé­ci­fique. Mais ne nous égarons pas…

Vous n’oserez sans doute pas l’avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n’est pas encore très connue sur le Vieux Conti­nent, mais un grand nombre de séries télé­vi­sées sont vision­nables gra­tui­te­ment en strea­ming sur l’excellent Hulu qui offre une qualité de dif­fu­sion excep­tion­nelle… aux États-Unis. En effet, issu d’une joint venture entre NBC Uni­versal, News Corp., The Walt Disney Company et Pro­vi­dence Equity Part­ners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a tou­te­fois encou­ragé cer­taines ini­tia­tives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.

TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclu­si­ve­ment sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c’est que serveur de TVGorge n’héberge aucune vidéo mais une base de données de liens poin­tant tou­jours vers la source de dif­fu­sion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s’interrompent ou qui calent en plein milieu de l’intrigue. Vous allez sur le site, cher­chez votre série dans une inter­face claire et cliquez sim­ple­ment sur l’épisode désiré! Bien sûr, pas de télé­char­ge­ment pos­sible sans contor­sions cou­pables! Seule ques­tion : combien de temps mettra la horde d’avocats fourbie par les pro­prié­taires de pro­grammes pour trouver l’astuce contrai­gnant TVGorge à ne plus dis­poser gra­tui­te­ment d’aussi gra­cieux liens?

L’offre de CastTV est un peu plus diver­si­fiée et son inter­face se rap­proche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes…), le service propose des émis­sions telles que l’Eurovision ou la remise des Oscars, une cen­taine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fan­tas­tique Bad Girls from Mars!) Sont dis­po­nibles aussi de nom­breuses vidéos musi­cales d’artistes tels que Guns ‘n Roses, AC/DC ou Bill Evans.

FanCast adopte pour sa part une inter­face ency­clo­pé­dique ins­pirée d’IMDB. Cette divi­sion de la Comcast Cor­po­ra­tion profite de son impres­sion­nant cata­logue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Para­mount, Warner Bros et Disney) est payante en télé­char­ge­ment ou loca­tion. Une grande partie est tou­te­fois gra­tuite, servant d’appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publi­cité. Vous y épen­cherez aussi votre soif de télé réalité, de docu­men­taires géné­ra­listes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show…). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien FanCast qui vous donnera l’expérience télé­vi­suelle la plus pro­bante. Ah oui, c’est souvent très lent au démar­rage et quelques vidéos sont indisponibles…

Bon, passons main­te­nant à des choses plus inté­res­santes, et donc plus éloi­gnées de l’expérience télé­vi­suelle clas­sique. Outre des sites tels que YouTube et Dai­ly­mo­tion où, à moins de savoir préa­la­ble­ment ce que l’on cherche, il est bien dif­fi­cile de navi­guer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l’honnête homme qui désire sim­ple­ment passer quelques heures à décou­vrir, voire à vous émerveiller.

Joost (pro­noncez  « juiced »») a été fondé par les créa­teurs de Skype et dis­tribue les vidéos en peer-to-peer. J’étais un peu scep­tique quand à la fia­bi­lité d’un tel mode de dif­fu­sion pour des pro­grammes de télé­vi­sion, mais je dois recon­naître que l’expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait néces­saire l’utilisation d’un logi­ciel dédié, c’est désor­mais une inter­face web qui a été adoptée. Joost dispose d’un très gros cata­logue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui péna­lisent les uti­li­sa­teurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques mil­liers d’heures de pro­grammes acces­sibles: docu­men­taires, shows, vidéos musi­cales et surtout,parmi les films, quelques clas­siques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton

Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fic­tions et pro­grammes télé. Je m’en vou­drais tou­te­fois de ne pas signaler deux sites excep­tion­nels tournés res­pec­ti­ve­ment vers les docu­men­taires et vers la dif­fu­sion de confé­rences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom expli­cite de Docu­men­ta­ry­heaven. Financé par les dons et quelques publi­cités rela­ti­ve­ment dis­crètes, il ne possède actuel­le­ment qu’un millier de docu­men­taires, mais la plupart de grande qualité, de la dis­sec­tion d’un élé­phant à une lecture de Chomsky sur la morale poli­tique. À suivre, assurément.

Enfin, il y a TED. TED (Tech­no­logy, Enter­tain­ment, Design) est une fon­da­tion amé­ri­caine orga­ni­sant depuis 1990 des confé­rences sur des « ideas worth sprea­ding ». La diver­sité des thèmes, la briè­veté des inter­ven­tions (limi­tées à 18 minutes), la qualité des inter­ve­nants et la dif­fu­sion sur leur site web ont fait de TED un fan­tas­tique incu­ba­teur d’idées. Parmi les confé­ren­ciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les confé­rences, libre­ment dif­fu­sables, sont dis­po­nibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une appli­ca­tion iPhone vient même de sortir.

Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d’infidélité vis-à-vis de votre télé­vi­seur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémo­rable défi­ni­tion de la vul­ga­rité audio­vi­suelle [5] comme élec­tro­choc ultime :

avk

Sources

[1] Nielsen

[2] SNPTV

[3] Entre­tien privé dans une taverne bruxel­loise devant quelques Grim­bergen Optimo Bruno

[4] Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain disponible »

[5] Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

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Science is the belief in the igno­rance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Prin­ceton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire par­ti­cu­lier nommé PEAR : Prin­ceton Engi­nee­ring Ano­ma­lies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phé­no­mènes dif­fi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des cir­cuits élec­tro­niques [1]. Les acti­vités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la pro­blé­ma­tique ini­tiale devient de mieux en mieux com­prise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions com­plexes qui peuvent exister entre des cir­cuits élec­tro­niques et leurs uti­li­sa­teurs, en rela­tion avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des cir­cuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une pro­ba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien cali­brée.  L’expérience consiste à demander à un uti­li­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résul­tats ont été accu­mulés au cours d’une dizaine d’années, par une cen­taine d’expérimentateurs.

A expé­rience sur­pre­nante, résul­tats sur­pre­nants : la fré­quence de 0 et de 1 dans la séquence générée est cor­rélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quan­tité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue sta­tis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un indi­vidu à un autre : cer­tains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), cer­tains obtiennent pré­fé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résul­tats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une fal­si­fi­ca­tion obs­cu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des pré­jugés pro­fon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heu­reu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode uti­lisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures uni­ver­sités au monde. En plus, et le fait est suf­fi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dis­po­nibles à qui­conque voulait les ana­lyser à sa manière. Sur cette base, des argu­ments ont été pro­posés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses col­la­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient cer­tains résul­tats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beau­coup de méthodes sta­tis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot– incroyables. Dans ces condi­tions, la réac­tion des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion tech­nique pour­quoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir hon­nê­te­ment si elles le sont. Je me sou­viens avoir discuté en man­geant avec un pro­fes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, phy­si­cien et père de Michel, sur les sour­ciers [5] : je racon­tais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sour­cier ». Le fait même de trouver que cette ques­tion méri­tait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la caté­gorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résul­tats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résul­tats faux, et c’est normal : c’est uni­que­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résul­tats ini­tiaux. Dans le cas des résul­tats de PEAR, per­sonne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Ben­ve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Ben­ve­niste a eu beau contrer un par un les argu­ments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], ana­lyser dif­fé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de sta­tis­ti­ciens [7], changer de modèle bio­lo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résul­tats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Reve­nons à PEAR. Les résul­tats sont fas­ci­nants, mais pas néces­sai­re­ment cho­quants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La pre­mière éven­tua­lité n’est pas très dif­fé­rente d’un pro­blème bien connu en méca­nique quan­tique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système phy­sique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus sur­pre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple clas­sique est le posi­tron qui par beau­coup d’aspects peut être compris comme un élec­tron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements pré­sents influencés par le futur, pour ana­lyser notam­ment des situa­tions d’enchevêtrement quan­tique [10]. Pour­quoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans cer­tains domaines et qu’on les rejette de manière épi­der­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  tou­jours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les pré­jugés, qui ont le dernier mot. Le rai­son­ne­ment libre et non orienté n’est pos­sible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori pos­sible. On accepte des recherches débri­dées sur les par­ti­cules élé­men­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le rai­son­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a pos­te­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sour­ciers était, pour ce pro­fes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capa­cités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immé­diat. Les cas de construc­tion de sou­ve­nirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi ins­truc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magi­cien cache à sa victime ce qu’il fait. Des sys­tèmes de eye-tracking montrent pour­tant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direc­tion, ce qui suggère que le truc exploite un méca­nisme cog­nitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la per­cep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment phy­sique immé­diat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phé­no­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élu­ci­dées. La pre­mière étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong ques­tion, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Cor­re­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Ope­rator Inten­tion: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Dif­fe­rences in Human/Machine Ano­ma­lies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jef­ferys, Baye­sian Ana­lysis of Random Event Gene­rator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sour­ciers, Presse Uni­ver­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Ben­ve­niste pour publier ses résul­tats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scan­dale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) pré­sen­tait donc les résul­tats de 4 équipes de recherche : celle de Ben­ve­niste, une ita­lienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Ben­ve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cor­nillet, B. Poi­tevin, A. Spira, L’agitation de solu­tions hau­te­ment diluées n’induit pas d’activité bio­lo­gique spé­ci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beau­vais, L’âme des molé­cules — une his­toire de la « mémoire de l’eau », Col­lec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dis­po­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, cha­pitre 27, Pyg­ma­lion : 1979) rap­porte un cas frap­pant de deux concep­tions bio­lo­giques pour­tant contraires –à propos des rap­ports entre phy­lo­ge­nèse et onto­ge­nèse– qui furent uti­li­sées suc­ces­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hal­lu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nou­velle science : la neu­ro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

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Alisa Miller, chef de Public Radio Inter­na­tional, évoque avec humour les méca­nismes par les­quels les médias amé­ri­cains offrent une vision dis­tordue du monde pour épan­cher une soif modeste mais réelle d’informations inter­na­tio­nales. Avec des sta­tis­tiques et des gra­phiques par­ti­cu­liè­re­ment éclairants.

Ceci en écho loin­tain à un ancien billet.

avk

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Le concept de la Société à 2 000 watts est né à Zurich en 1998. Il propose aux « per­sonnes qui vivent dans les pays riches » d’utiliser au maximum 2 000 watts par an tout en ne faisant aucun com­promis sur leur confort de vie. Cette quan­tité repré­sente la consom­ma­tion moyenne de la popu­la­tion mon­diale, soit 17 500 kWh ou 2 700 litres de pétrole.

La mesure semble dras­tique puisque l’Européen brûle actuel­le­ment 6 000 W/an et l’Américain… le double! Il faut donc diviser res­pec­ti­ve­ment leur consom­ma­tion par 3 et par 6. Établir si la chose est réa­liste ou non est pour le moins délicat, mais nous pouvons tou­te­fois nous livrer à quelques calculs.

Tout d’abord, quelques règles de trois. Le United States Census Bureau nous apprend que les États-Unis pos­sèdent actuel­le­ment 307,894 mil­lions d’habitants (disons 308 mil­lions), soit 4,5% de la popu­la­tion mon­diale : 6,796 mil­lions. Et selon Wiki­pédia, nous sommes actuel­le­ment 731 mil­lions d’Européens.

Ce qui nous mène au tableau suivant.

Région Popu­la­tion

(mil­lions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consom­ma­tion

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000

3 696

Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778 8 082
Monde 6 796 2 000 13 592
Monde-(USA+Europe) 5 757 957 5 510

Les pays « non riches » auraient donc une consom­ma­tion annuelle moyenne de près de 1 000 W/personne. Bigre, je m’étais donc fait des idées avec toutes ces images de gosses affamés et de popu­la­tions dépor­tées. Et cela donne quoi en équi­valent pétrole? 2 700 litres / 2 000 * 957 = 1 292 litres de pétrole, soit trois litres et demi par jour et par per­sonne. Bon, c’est moins que nous mais c’est moins grave que je pensais. Bonne chose!

Mais voilà qu’un doute me tra­verse. La lecture du site zuri­chois m’avait conduit à accepter l’équation « Pays riches = USA + Europe ». Mais le Japon, le Brésil, le Véné­zuela, la Chine. Ne doivent-ils pas entrer dans la balance? D’autant que les États-Unis ne repré­sentent que 4,5% de l’humanité souf­frante. D’accord, la plus grande surface des ces pays est peuplée de gens dont la prin­ci­pale consom­ma­tion éner­gé­tique se résume au travail mus­cu­laire, mais passer au blanc des villes comma Caracas, Sao Paulo ou Hong­kong ne peut se faire sans un examen préa­lable. D’autant qu’il me semble bien qu’elles consti­tuent des éco­no­mies émer­gentes qui vont peser de plus en plus lourd.

Et puis il y a aussi le Canada, et l’Australie. Bon, je sais bien, ce sont des coins un peu bizarres mais on ne va tout de même pas les exclure en raison de leurs gas­tro­no­mies dou­teuses et de leurs accents impossibles.

Bien, l’infatigable Wiki­pédia va nous aider à dresser un tableau des villes avec les­quelles il faut sans doute compter :

Ville Pays Popu­la­tion
Tokyo–Yokohama Japan 34,670,000
Seoul–Incheon South Korea 19,660,000
São Paulo Brazil 19,505,000
Mexico City Mexico 18,585,000
Osaka–Kobe–Kyoto Japan 17,310,000
Shan­ghai People’s Repu­blic of China 14,655,000
Shenzhen People’s Repu­blic of China 14,230,000
Buenos Aires Argen­tina 12,925,000
Beijing People’s Repu­blic of China 12,780,000
Guangzhou–Foshan People’s Repu­blic of China 11,850,000
Rio de Janeiro Brazil 11,400,000
Istanbul Turkey 11,330,000
Nagoya Japan 9,285,000
Tianjin People’s Repu­blic of China 8,340,000
Johan­nes­burg South Africa 7,500,000
Hong Kong Hong Kong, China 7,000,000
Kuala Lumpur Malaysia 5,715,000
Riyadh Saudi Arabia 4,650,000
Sin­ga­pore Sin­ga­pore 4,485,000
Porto Alegre Brazil 3,495,000
Durban South Africa 3,195,000
Cape Town South Africa 3,175,000
Jeddah Saudi Arabia 3,115,000
Sal­vador Brazil 3,100,000
Caracas Vene­zuela 2,645,000
Dubai United Arab Emirates 2,335,000
Fukuoka Japan 2,245,000
Kuwait City Kuwait 2,190,000
Brasília Brazil 2,185,000

Nous pour­rions conti­nuer (Moscou etc.) mais arrêtons-nous déjà ici : en ajou­tant le Canada et l’Australie, nous avons atteint une popu­la­tion plus large que celles des U.S.A : 339 mil­lions d’habitants!

Consom­ma­tion éner­gé­tique par personne

Que consomment tous ces gens? L’absence de données pré­cises nous impose une cer­taine audace L’épatant Gap­minder nous confirme gra­phi­que­ment que la consom­ma­tion éner­gé­tique est for­te­ment cor­rélée au revenu moyen. Et, à titre d’exemple, Tokyo est la ville la plus riche du monde. Osaka est en 8e posi­tion, suivie par Séoul et Mexico City. Hong­kong est en 13e posi­tion, Buenos Aires en 16e et Sin­ga­pore en 18e tandis que Vienne n’arrive que cin­quan­tième. Nous pouvons donc estimer sans trop de risque que ces popu­la­tions brûlent au moins autant d’énergie que l’occidental moyen, soit 7 778 W/an. Adop­tons donc cette valeur de travail.

Nous pouvons main­te­nant insérer une nou­velle ligne dans notre tableau.

Région Popu­la­tion

(mil­lions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consom­ma­tion

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000 3 696
Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778

8 082

oubliés de Zurich 339 7 778 2 637
Monde 6 796 2 000 13 592
Popu­la­tions pauvres 5 418 487 2 637

Et bien voilà : les pauvres sont deux fois plus pauvres que ne le lais­sait entendre le tableau zuri­chois (et sans doute plus encore, les hypo­thèses ayant été réa­li­sées a minima.)

Quelle est la conclu­sion de cette his­toire? Je ne savais pas très bien comment l’amener et vous remercie de me poser la ques­tion. J’en vois en fait plusieurs.

  1. Même avec les meilleures inten­tions du monde, grossir le trait à des fins de com­mu­ni­ca­tion peut avoir des effets pervers qui faussent l’analyse et peuvent mener à adopter des stra­té­gies qui ne sont pas néces­sai­re­ment les meilleures. Comme me répé­tait mon prof de bio­logie : « De la pré­ci­sion, sinon c’est la catastrophe! »
  2. Le modèle selon lequel l’Europe et l’Amérique sont les deux poles de la richesse mon­diale est dépassé, et le sera de plus en plus.
  3. L’écart entre les gros consom­ma­teurs d’énergie et les petits est de 1/25 et non de 1/12.

Alors, il serait à l’évidence très utile que les gros consom­ma­teurs modèrent quelque peu leur goin­frerie éner­gé­tique. Mais il  est au moins aussi indis­pen­sable que les exclus de la gabegie puissent avoir accès à plus : il n’y a pas de déve­lop­pe­ment durable sans énergie.

Il me semble fon­da­mental d’intégrer cette donnée à l’équation, comme il me semble indis­pen­sable de coupler la démarche éco­lo­gique à une réflexion huma­niste.

Pour­quoi ne pas le faire en ima­gi­nant un méca­nisme de soli­da­rité assez simple?

Le Système euro­péen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre est devenu un marché très spé­cu­latif mais aussi un peu honteux. L’instauration d’une taxe sur ces opé­ra­tions offri­rait la pos­si­bi­lité de financer l’installation d’éoliennes, de petites cen­trales hydro­élec­triques ou de cap­teurs solaires à des­ti­na­tion de popu­la­tions pauvres. J’imagine qu’elle serait aussi de nature à redorer quelque peu l’image des spéculateurs.

Bref, un Plan Mar­chall éner­gé­tique ali­menté par la spé­cu­la­tion sur les droits d’émission.

avk

Sources

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Nous nous trou­vons devant un para­doxe : la mul­ti­pli­ca­tion des vec­teurs d’information crée une nébu­leuse qui nuit à la trans­mis­sion de la connaissance.

Trois fac­teurs inter­dé­pen­dants concourent à l’expliquer : la tech­no­logie, la com­plexité et l’économie.

George Fre­de­rick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connais­sance que j’utilise quo­ti­dien­ne­ment, mon iPhone gère une dizaine de pro­to­coles dif­fé­rents donnant chacun accès une masse infor­ma­tion­nelle que mon esprit assi­mile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebon­dis­sons de texte en texte, suivant un fil indé­fini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en déga­geons des impres­sions floues et avons de plus en plus de mal à syn­thé­tiser ce que nous avons retenu de cette immer­sion.
Sur le plan social, la situa­tion est encore pire : notre société occi­den­tale rend les outils d’édition et de partage acces­sibles à chacun, mais sans ces outils com­plé­men­taires que sont le respect du texte, le trans­fert des réfé­rences, la véri­fi­ca­tion des sources, l’examen de la per­ti­nence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information por­teuse du savoir ori­ginel, le texte de réfé­rence.
À force de trans­mis­sions par­tielles, de com­men­taires, de copier-coller, de négli­gences volon­taires ou non, la dis­tance entre l’information et la connais­sance s’est creusée.

2. L’effondrement du moder­nisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible com­plexité du monde. Il y a deux géné­ra­tions, nous vivions dans un monde infini dont nous pen­sions pouvoir maî­triser les para­mètres fon­da­men­taux. Aujourd’hui, nous nous heur­tons à la fini­tude des res­sources et à notre inca­pa­cité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi impor­tants que la météo, les popu­la­tions de pois­sons ou la finance mon­diale.
Nous sommes donc rési­gnés, dans le meilleur des cas, à des poli­tiques de très courts termes, à des actions pure­ment locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confu­sion infor­ma­tion­nelle et ces limi­ta­tions déci­sion­nelles se révèlent être des sources de profits impor­tants pour de nom­breux grou­pe­ments d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nou­velles tech­no­lo­gies impliquent direc­te­ment les modèles socioé­co­no­miques pla­né­taires, et sont d’une impor­tance capi­tale tant pour les ONG que pour les mul­ti­na­tio­nales ou les entités poli­tiques. Ces der­niers uti­lisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objec­tifs, et la dif­fi­culté de modé­liser cer­tains phé­no­mènes com­plexes rend dif­fi­cile la réfu­ta­tion de leurs poli­tiques.
Pour­tant, portés par leur opti­misme, cer­tains vont trop loin et pro­pagent des infor­ma­tions faci­le­ment réfu­tables. Cer­tains camouflent des posi­tions idéo­lo­giques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduc­tion facile des construc­tions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contri­buer à favo­riser l’accès à la connais­sance de notre monde, des prin­ci­paux pro­blèmes qu’il tra­verse et des solu­tions envi­sa­gées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambi­tieux. C’est pour­quoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vau­drait la peine de conti­nuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sen­si­bi­lité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

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Mes péré­gri­na­tions sur la toile me ramènent une assez vieille his­toire dont l’actualité reste vive. En 2000, une célèbre jour­na­liste radio amé­ri­caine, Dr. Laura Schles­singer, déclara que l’homosexualité est une per­ver­sion. Sa jus­ti­fi­ca­tion fut le clas­sique argu­ment d’autorité biblique : « Tu ne cou­cheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abo­mi­na­tion. » (Lévi­tique, cha­pitre 18, verset 22)

L’anecdote prend tout son sel avec une lettre qui lui parvint dans le cour­rier des audi­teurs. Cette missive vita­minée émanait de John Nichols, édi­to­ria­liste du Capital Times. La voici :

Cher Docteur Laura,

Merci de tant faire pour éduquer les gens à la Loi de Dieu. J’apprends beau­coup à votre écoute et essaie de par­tager cet ensei­gne­ment avec le plus grand nombre. Quand quelqu’un défend l’homosexualité, je brandis le Lévi­tique 18:22, point final.

Tou­te­fois, concer­nant d’autres lois du Lévi­tique et de l’Exode, j’aurais besoin de nou­veaux conseils avisés de votre part, afin des les inter­préter au mieux. Ainsi :

- Quand je brûle un taureau en sacri­fice, je sais que cette odeur est douce au Sei­gneur (Lev. 1:10–17). Elle ne plait cepen­dant pas à mes voisins. Comme trouver le meilleur compromis?

- Je sou­hai­te­rais vendre ma fille comme ser­vante, tel que c’est indiqué dans l’Exode 21:7. De nos jours, quel serait le meilleur prix pour une fille de son âge ?

- Je sais qu’aucun contact ne m’est permis avec une femme durant ses périodes de mens­trua­tion (Lev. 15:19–24). Le pro­blème est : comment le savoir? J’ai essayé de demander mais la plupart des femmes en prennent ombrage.

- Le Lévi­tique 25:44 dit clai­re­ment que je peux acheter des esclaves des nations alen­tours, mâles et femelles. Un de mes amis affirme que cela s’applique seule­ment aux Mexi­cains, et non aux Cana­diens. Pourriez-vous cla­ri­fier ce point? Pour­quoi ne pourrais-je pas pos­séder de Canadiens?

- J’ai un voisin qui per­siste à tra­vailler le samedi. L’Exode 35:2 dit clai­re­ment qu’il doit être mis à mort. Suis-je mora­le­ment obligé de le tuer moi-même ?

- Un de mes amis m’affirme que, si manger des fruits de mer est une abo­mi­na­tion (Lev. 11:10), c’est tout de même moins grave que l’homosexualité. Je ne suis pas d’accord ! Qu’en pensez-vous?

- Le Lévi­tique 21:18 dit que l’on ne peut pas appro­cher de l’autel de Dieu si on a des pro­blèmes de vue. Je dois bien admettre que je porte des lunettes. Mon acuité visuelle doit-elle être de 20/20 ou existe-il une cer­taine tolérance?

- Je sais que toucher le peau d’un cochon mort me rend impur (Lev. 11:6–8) mais puis-je tout de même jouer au foot­ball en portant des gants?

- Mon oncle possède une ferme. Il viole le Lévi­tique 19:19 en plan­tant dans un même champ deux types de cultures dif­fé­rentes. Sa femme fait de même en portant des vête­ments faits de dif­fé­rents tissus (mélange coton/polyester). Il a aussi ten­dance à médire et à blas­phémer. Est-il vrai­ment néces­saire de réunir tous les habi­tants du village pour le lapider? (Lev. 24:10–16) Ne pourrait-on pas sim­ple­ment les brûler vifs lors d’une simple réunion de famille, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches? (Lev. 20:14)

Je sais que vous avez étudié ces matières de façon appro­fondie et ne doute pas que vous puis­siez m’aider.

Merci encore pour nous rap­peler que les paroles divines sont éter­nelles et immuables.

Sin­cè­re­ment,
Un audi­teur fidèle

avk

Source

Snopes

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Depuis quelques mois, Google a implé­menté dans son inter­face de recherche une fonc­tion de sug­ges­tion fondée sur les requêtes les plus fré­quentes com­men­çant par les carac­tères que vous êtes en train de taper.

Prévue dans un premier temps pour faire gagner quelques frac­tions de secondes à l’utilisateur, cette fonc­tion offre une image frap­pante des pré­oc­cu­pa­tions des inter­nautes pour autant que l’on choi­sisse des débuts de phrases ouvertes.

Il en ressort entre autres la convic­tion que Dieu n’est pas un ins­pec­teur de poisson (puisqu’il semble être un astro­naute), que l’on soit per­plexe sur les méca­nismes à mettre en place pour tomber enceinte, que l’aérophagie cause plus d’anxiété que la soli­tude, et qu’une masse consi­dé­rable d’internautes sont « extrê­me­ment ter­ri­fiés par »… les Chinois. Heu­reu­se­ment, une sin­gu­lière bouffée d’intérêt pour les équa­tions qua­dra­tiques vient relever le niveau.

D’autres facettes goo­gliennes de notre belle huma­nité? Les com­men­taires vous sont ouverts!

avk

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Après un lan­ce­ment cala­mi­teux, le fan­tas­tique projet Euro­peanaest désor­mais en ligne et, bien que tou­jours en phase de test, ça décoiffe dou­ce­ment : textes, illus­tra­tions gra­phiques, extraits sonores et vidéos de près de 70 contri­bu­teurs dont la Bibio­thèque natio­nale de France, la Fun­dação Calouste Gul­ben­kian, la Biblio­thèque Royale de Bel­gique et The British Library. Le par­ti­moine actuel de 2 mil­lions d’objets numé­riques sera triplé lors du lan­ce­ment de la version 1.0, en 2010​.Il reste tou­te­fois pas mal de choses à amé­liorer : robus­tesse du système et cohé­rence des données. Vous trou­verez en effet bien le vian­dier de Taillevent hébergé par la Biblio­thèque natio­nale de France, mais le lien ne vous mènera que vers une page d’erreur doù il vous faudra recom­mencer la recherche! En outre, la pos­si­bi­lité pour­tant capi­tale de créer un compte propre afin de stocker ses recherches a été tem­po­rai­re­ment et mys­té­rieu­se­ment sup­primée. Don’t worry, be crappy comme ils disent, Outre-Atlantique.

Un petit aperçu en quelques clics? Mais avec plaisir…

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source : Jesus and Mo
via : Oldcola’s Coffee and Sci(ence)

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Il y a une pro­priété de pi qui me fait douter de son exis­tence, ou plus modes­te­ment, qui me fait réa­liser que je n’avais pas vrai­ment compris ce qu’est un nombre. Et cette pro­priété est : « pi est un nombre normal. » Cela veut dire que la suite des chiffres qui com­posent pi, et qui com­mence par 314159 a toutes les pro­priétés d’une suite aléa­toire infinie, où chaque chiffre appa­raît avec la même fré­quence 1/10.

Une consé­quence de cette pro­priété de pi est que toute suite de chiffres de lon­gueur finie, comme 0123456789, est pré­sente quelque part dans la suite des chiffres qui com­posent pi. Plus la séquence est longue plus sa fré­quence est faible, mais comme pi est une suite infinie, on a la cer­ti­tude que n’importe quelle suite finie y est pré­sente une infi­nité de fois. Par exemple, la suite la 10 chiffres 0123456789 est pré­sente en moyenne une fois tous les 10000000000 chiffres, tout comme 0000000000, ou 3141592653.

La même obser­va­tion est plus frap­pante quand on l’exprime dif­fé­rem­ment. Quand on écrit pi = 3.1415, ce n’est qu’une manière concise d’écrire que pi est le nombre qu’on obtient en faisant le calcul 3*1+1*1/10+4*1/(10*10)+1*1/(10*10*10)+5*1/(10*10*10*10). C‘est ce qu’on appelle la base 10. Avec la numé­ra­tion en base 2 des ordi­na­teurs on écri­rait pi = 11,0010010… ce qui veut dire pi = 1*2+1+0*1/2+0*1/(2*2)+1*1/(2*2*2)+… Si on veut uti­liser une base plus grande que 10, il nous faut des sym­boles pour écrire tous les chiffres jusqu’à la valeur base. Pour écrire les nombres en base 27, par exemple, on peut convenir d’utiliser les lettres de notre alphabet et l’espace. On convien­drait 0 = «_», 1 = « A », 2 = « B», etc. jusqu’à 26 = « Z ». En base 27, et avec cette conven­tion, les pre­mières déci­males de pi sont reprises dans le titre.

La nor­ma­lité d’un nombre est indé­pen­dante de la base dans laquelle il est écrit, ce qui signifie que n’importe quelle suite finie de lettres se trouve quelque part dans pi. Par exemple, on s’attend à trouver le mot « PAPA » une fois toutes les 500000 déci­males. Le texte du journal de demain figure aussi quelque part dans pi, de même que toute l’oeuvre de Vol­taire. Tout cela y figure même plu­sieurs fois, une infi­nité de fois ! Pire, ce n’est pas propre à pi : la plupart des nombres sont normaux. Cela veut dire que la plupart des fois que vous faites un calcul, l’œuvre de Vol­taire est cachée dans la réponse.

La situa­tion est ana­logue à celle du singe imaginé par Emile Borel, qui repro­dui­rait l’œuvre de Molière en tapant au hasard à la machine à écrire. Dans ce cas là, on peut se consoler de ce que cette situa­tion n’est pas vrai­ment réelle, puisqu’il fau­drait au singe un temps plus long que l’age de l’univers pour ne taper qu’un début de tirade. Ce que je trouve cho­quant avec la nor­ma­lité des nombres, c’est que tout y serait dès le début. De manière sta­tique, et depuis tou­jours. Faut-il en conclure que la plupart des nombres ne sont pas vrai­ment réels ?

Cedric Gommes

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