L'éditeur et le politicien

Dialogue de sourds. Je rencontre un politicien lors d'une cérémonie. Comme il s'emmerde et qu'il voit que moi aussi, il me demande ce que je fais dans la vie (dans la vie !?) Je lui dis être éditeur et m'abstiens de justesse d'ajouter un «Et vous?» De fil en aiguille, j'en viens à lui expliquer comment se décide une édition.

« Pas très démocratique, conclut-il.
- Heureusement, vous imaginez ce que serait la culture?
- Idéale : elle représenterait ce qu'aiment réellement les gens. »
J'ai conscience d'être tombé sur un dogmatique de la démocratie, sur le type qui fait voter ses gosses pour savoir s'ils vont se brosser les dents. Aucun subside ne dépendant de son ministère, je me mets en tête de poursuivre ma mission éducatrice et lui demande :
« Vous préférez donc TF1 à Arte?
- Je ne vois pas le rapport.
- Ben, l'audience étant proportionnelle à l'attrait des gens, on peut imaginer qu'un choix démocratique conduise à une culture plus proche de TF1 que d'Arte.
- Et alors? »
Là, il m'a eu. Il a répondu ça sans la moindre hésitation, comme ça, du tac au tac. Oui, et alors?

Sur le moment, je me suis dit que mon discours était aussi dogmatique que le sien. J'ai pensé que je ne pourrais m'en tirer qu'en faisant référence à mes aspirations personnelles. De gustibus... Après coup, je me dis que j'aurais pu argumenter sur des éléments objectifs tels que la diversité culturelle ou les créations contemporaines jugées élitistes jusqu'à ce qu'elles inspirent un créateur qui les plongent dans le grand public. Bref, que ce sont les compositeurs passant aujourd'hui sur Arte qui façonnent le TF1 de demain par un faisceau d'influences qui n'ont que peu de réciproques. D'un autre côté, je déteste ce discours. Je déteste devoir justifier rationnellement des lignes artistiques.

Bon, un p'tit Bowmore pour y voir plus clair... fatigué, moi!

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