Ironie d'un complot inverti

X-Files, Matrix et le Da Vinci Code sont des fictions. Le livre de Thierry Meyssan (vous savez, la grosse conspiration du 9-11 avec le Pentagone détruit par un missile et un avion qui disparaît...), est un essai. Le public de ces oeuvres est le même : ce sont ces cerveaux dont les chaînes commerciales facturent du temps de disponibilité à Coca-Cola.

Le point commun : on nous cache des choses, ce que nous voyons n'est qu'un décor, les événements sont scénarisés, le grand scénariste se cache, les règles du grand jeu nous sont inconnues. Faisons abstraction de la qualité de ces oeuvres et attachons-nous au Da Vinci Code. La première page suffit pour que le lecteur moyennement cultivé et légèrement critique se rende compte de l'imposture intellectuelle qui consiste à faire explicitement passer pour historiques de pures inventions.

Le complot inverti réside dans le fait que la plupart des lecteurs n'ont, à l'ouverture du livre, strictement aucun sens critique. C'est bien naturel : l'oeuvre se présente d'abord comme fictionnelle et le contrat de base entre tout consommateur de fiction et l'oeuvre est bien d'accepter d'entrer dans le jeu. Or, cette acceptation étant signée, l'auteur annonce faussement la rigueur de certains éléments. Bien joué! Ce faisant, il instille un doute sur la véracité d'éléments d'une histoire devenant 'officielle'. Ne nous y trompons pas : ce doute n'est pas celui qui préside à toute démarche scientifique. Il est celui qui tend à mettre sur le même pied récits consistants et racontars de comptoirs. Il est le pain de la déconstruction obscurantiste. Pourtant la saveur de ces deux doutes est proche, elle active les mêmes glandes et prélude au même plaisir de découverte et d'exploration de terres inconnues.

Ainsi que le rappelle Guillaume Bigot (Toute l'Histoire du Monde, Fayard 2005) : « L'histoire remplit deux fonctions : en tant que science humaine, elle recherche la vérité. En tant que récit, elle offre un sens aux individus autant qu'aux groupes. »

Le Da Vinci Code est donc l'une des pièces d'un 'complot' inconscient qui participe à la déconstruction de la vérité et des récits qui façonnent notre identité commune. Vu comme une métaphore, il est auto-référentiel et ironique.

avk

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