Mon ami Juif, le pro-nazi

Je passe la soirée d'hier avec un ami musicien. Ce qu'on appelle un grand musicien. Virtuose, ami de Shostakovitch, concerts sur tous les continents, nombreux disques, critiques merveilleuses dans le New York Times. Ce type m'énerve.

Il a connu la persécution politique en URSS, a émigré en Israël dès qu'un mur est tombé, puis en Belgique. Il est Juif, marié, bedonnant, arrogant et toutefois sympathique.

Il m'énerve parce qu'il vote pour le Vlaams Blok (ou Vlaams Belang), bref un parti d'extrême-droite qui a été condamné (ainsi que de nombreux de ses membres fondateurs) pour racisme. Un parti peuplé de révisionnistes et nazi-nostalgiques.

Je lui dis : « Mais beaucoup sont des nostalgiques du Reich, des nazi!
- Ils veulent mettre de l'ordre en rue. On ne peut plus se promener sans risquer de se faire attaquer.
- Ils exagèrent des problèmes et ne proposent pas de solution réaliste.
- Oui : moins d'étrangers!
- Mais tu es étranger!
- Moins d'arabes, moins d'albanais, moins d'africains!
- Tu seras dans le premier wagon.
- J'ai connu une dictature, toi pas. Tu ne sais pas de quoi tu parles. »

Je comprends pourquoi il m'énerve. Ce n'est pas parce qu'il vote pour un parti d'apprentis nazillons. Il m'énerve parce que je n'arrive pas à lui faire entrevoir ce qui est pour moi une évidence. Il m'énerve parce qu'il n'est pas un salaud. Il n'est même pas un imbécile. Il m'énerve parce que je ne le comprends pas. Et sans doute est-ce une incompréhension comparable qui le pousse à cet immonde paradoxe. Et, croyant avoir compris cela, je me promets de lui faire lire ce billet.

avk

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