Les deux modes de chez nous

Oui, vous avez lu Tintin, mais savez-vous réellement ce qu’est une gamme? Selon le Grove, une gamme est une séquence de notes ordonnées en fonction de leur hauteur tonale. Ainsi, la séquence Do-Mi-Si constitue une gamme. C’est là la définition générale. Une acception plus utile implique que cette séquence permette de définir un mode et une tonalité. Ah! ça se complique...

Une tonalité, c’est intuitivement très simple : c’est la note où le morceau peut s’arrêter élégamment. Jouez au hasard sur les touches blanches d’un piano et ne vous arrêtez que lorsque la note vous semble de nature à clôturer votre improvisation. Si l’auditoire ne semble pas rester sur sa faim, ce sera un Do : les touches blanches de l’instrument forment une gamme de Do majeur. Do est la tonalité de cette gamme.

Le mot majeur désigne lui le mode. Le Grove consacre 76 pages à définir ce qu’est un mode mais, pour faire plaisir à Olivier, je vais résumer : un mode est une séquence d’intervalles. Soit T un intervalle d’un ton et t un intervalle d’un demi-ton, le mode majeur est : [T T t T T T t]. La gamme de Do majeur sera donc simplement Do-Ré-Mi-Fa-Sol-La-Si-Do puisque chacune de ces notes est espacée de la suivante par un ton à l’exception du Fa et du Si qui sont suivis d’un demi-ton. Vous me suivez?

Un autre mode bien connu est le mode mineur, associé à la séquence d’intervalles suivantes : [T t T T t T T]. La gamme en Ré mineur sera Ré-Mi-Fa-Sol-La-Sib-Do-Ré. Terminez votre petite mélodie en Ré mineur sur la touche Ré et tout le monde sera content.

Alors, combien existe-t-il de modes? Une infinité bien sûr. Les exemples que j’ai pris comprenaient 7 intervalles mais rien n’empêche de concevoir des modes à 5 ou à 20 intervalles. De plus, mes exemples ne donnaient que deux valeurs possibles à ces intervalles mais la musique arabe, par exemple, fait appel aux tiers de tons et la musique électronique nous libère, en cette matière, de toute contrainte.

Mais restons raisonnables, occidentaux et passéistes. Même avec un mode de 7 intervalles et seulement 2 valeurs pour ces intervalles, nous disposons tout de même d’un coquet réservoir de 128 modes possibles.

Pourtant, sur ces 128 modes, nous n’en utilisons que deux : le majeur et le mineur. Héritage du passé? Nullement : les Grecs utilisaient 7 modes ou 8 modes selon les époques et les Latins n’en manquaient pas non plus (protus, deuterus, tritus...). Nécessité créative de restreindre un univers trop large? Alors pourquoi la musique indienne dispose toujours de l’un des univers modaux les plus complexes au monde (les raga, dont je ne suis pas sûr qu’ils soient tous inventoriés)?

Mon hypothèse est que deux sillons se sont avérés, à un moment donné, un peu plus fertiles. Nous avons alors laissé le reste du champ en friches, nous concentrant sur ces deux sillons avec gaieté, labeur et aveuglement.

Bon, je vous laisse. Il y a un gros bourdon sur le vitre qui essaye de sortir. Cet idiot ne voit pas que la porte est grande ouverte, juste à côté. Heureusement que je suis là!

avk

One thought on “Les deux modes de chez nous

  1. ouf pour le gros bourdon, ben quel mode pour lui ?