José Bové, Maître Eolas et Zara Whites

Les pires ennemis de l’écologie sont des écolos. (Afin que vous me lisiez jusqu’au bout, je précise que je vote Ecolo depuis une vingtaine d’années et que mon agacement n’est donc pas idéologique mais pragmatique. Je vous avais déjà mis dans la confidence précédemment.)

Le responsable de mes dernières poussées d’histamine cérébrale est José Bové (défendu encore hier soir par une Dominique Voynet en décrochage complet avec le réel).

Petit récapitulatif des faits.

1. 2004 : Monsanto cultive du maïs transgénique dans le Loiret.

2. En août 2004 et juillet 2005, accompagné de 48 robustes faucheurs, José Bové entreprend le saccage mécanique de deux parcelles au prétexte que ces organismes peuvent se révéler dangereux, n’étant pas isolés de la biosphère. L’opération est largement médiatisée.

3. Cette médiatisation se poursuit le 9 décembre 2005 au tribunal d’Orléan qui relaxe les faucheurs pourtant reconnus auteurs du délit. Le jugement se fonde sur l’état de nécessité défini à l’article 122-7 du Code pénal français : « N'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace. »

4. Les mondes scientifique et judiciaire s’accordent à reconnaître que le tribunal d’Orléan s’est bel et bien planté puisque, au lieu d’éloigner une menace (la dissémination de gènes modifiés), le fauchage sauvage a plutôt contribué à disséminer ces gènes estimés dangereux dans cet environnement que Bové et ses coreligionnaires se gaussaient de vouloir protéger. (Que l’on ne me dise pas que c’est pas méconnaissance. Bové n’est pas idiot et est issu du milieu paysan. Soit il ne croit pas à son discours alarmiste, soit il espère une contamination qui lui permettrait de remonter sur les barricades. Dans un cas comme dans l’autre, la malhonnêteté intellectuelle est le moteur de l’action.)

Outre qu’elle soit malhonnête et potentiellement dangereuse, cette opération me met en boule car l’invocation abusive de l’état de nécessité alimente le moulin des commandos anti-IVG et, plus généralement, de tous ceux qui veulent se faire justice eux-mêmes, estimant être meilleur étalon du droit qu’une justice lente et aveugle.

Maître Eolas résume parfaitement la situation : « Accepter que la fin justifie les moyens, c'est ouvrir la boîte de Pandore. Soyez certains que tous les mouvement extrémistes sauront en profiter. »

5. En conséquence, la cour d’appel (saisie bien sûr par Monsanto) et la cour de cassation ont admis que non seulement il n’y avait aucun état de nécessité, mais qu’en outre les prévenus ont sévèrement accru les risques qu’ils prétendaient dénoncer. Ils sont donc condamnés.

6. Chesterton disait que la profession de martyr est celle qui ne nécessite aucun apprentissage... il ne connaissait pas José Bové. L’ex-démonteur de MacDo reconverti aspirant-candidat à la Présidence rebondit en clamant à tout média qu’il fera campagne depuis sa cellule, alimentant le landerneau médiatique fonctionnant à l’émotionnel. Une fois de plus, Maître Eolas démontre avec flamboyance l’absurdité de cette nouvelle saillie.

6. Commentaires de José Bové :
6.1. « On peut dire n’importe quoi sur un blog. » (ben oui, comme à la TV!)
6.2. « Je crois que tout le monde a reconnu qu'il n'y a pas de nécessité des OGM. » (absolument pas, et en plus le problème n’est pas là!)

Pourquoi un post si long? Parce que cette affaire me semble particulièrement symptomatique d’une civilisation de l’image, de la petite phrase, de l’émotion immédiate. Qu’elle met en lumière la facilité avec laquelle on peut séduire un électorat par des actes qui vont à l’encontre de ses intérêts. Qu’elle montre aussi qu’il faut du temps, de l’intelligence et de la connaissance pour démonter ces mécanismes et, finalement, comprendre. Que le combat est donc inégal. Que c’est pas gagné.

C’est ici que je dois aussi citer le blog de ma copine Zara Whites. Car elle démontre que, si c’est pas gagné, rien n’est perdu. Ayant placé plus de temps sur des plateaux que sur les bancs de la fac, elle ne possède pas plus que moi [qui ai pourtant peu tourné] l’expertise permettant de comprendre directement ce qui ne va pas derrière certaines phrases que l’on nous demande de gober tout cru. Alors, oui, parfois on accepte sans réfléchir. On se dit que le nucléaire, c’est dangereux. Que les OGM, il vaut mieux ne pas jouer avec ça.

Zara s’interroge et nous interroge, sur la meilleure façon de participer au monde. Elle fonctionne par essais-erreurs, mais n’hésite pas à remettre en question des positions qui lui semblaient évidentes.

Là où Maître Eolas empile les arguments, Zara regarde, écoute, déduit, reconsidère, tente de faire pour un mieux tout en restant attentive à de possibles erreurs. L’un est architecte, l’autre artiste et, dans ces deux régions que l’on tient trop souvent pour éloignées de l’esprit humain, tous deux avancent avec honnêteté et liberté.

Enfin, José Bové aura tout de même eu le mérite de susciter la coïncidence de deux blogs dont j'ai parfois le sentiment d'être le seul lecteur qu'ils partagent...

avk

7 thoughts on “José Bové, Maître Eolas et Zara Whites

  1. ps: je n'ai pas fais ce commentaire pour critiquer zara, que je respecte infiniment, mais ce pour quoi elle est connue n'est certainement pas plus respectable que les sujets dont parlent ce blog.
    pour autant, elle mériterait d'etre médiatisée sur son engagement actuel plutot qu'on la décrive tout le temps et d'abord comme "ex actrice de X".
    voila

  2. Oui et non. Oui pour les commentaires, c'est indubitable. En revanche, le principal mot-clé par lequel sont venus les visiteurs sur ce blog, après ce post, est "béton translucide" qui amène 6 fois plus de traffic que Zara... Etonnant, non?

  3. eh eh. il suffit qu'on parle de zara white pour que tout a coup ce blog quadrule le nombre de commentaires.
    en meme temps, la qualité d'un blog ne se mesure pas aux nombre de commentaires.
    celui ci est particulierement intéressant (le blog, pas mon commentaire) et pourtant chacun des articles se solde par un triste 0 commentaires.
    voila.

  4. Bonjour,
    allez voir cette video, elle aurait été produite par Canal+ et n'aurait pas été diffusée:
    http://video.google.fr/videoplay?docid=-8996055986353195886

    Si ce qui est dit est avéré, je serai beaucoup plus choqué par sa non diffusion que par les formes du combat de José Bové

  5. J'ai mis une réponse à ton commentaire sur un article de Zara ; je t'invite à aller le lire;-)
    http://zara-ecolo.over-blog.com/article-5353587-6.html#anchorComment
    tout à la fin des commentaires... pour le moment,

  6. Zara a énormément de courage: elle n'hésite pas à utiliser sa célébrité, tout en s'exposant à la critique facile, compte tenu de sa carrière passée, tout ça dans le but de aire un peu de bien à la planète.
    Ne lui dites pas (dites-le encore moins à ma femme ;-), mais Zara, je l'aime !!!

  7. mais c'est très bien reflechit cet article...Je parle bien sûr de ce que tu as dit sur Bové...et pour ce que tu as dit sur moi, sincèrement j'en avais les larmes aux yeux..ça m'a profondement touché et je t'en remercie du coeur!!!