La Berma

Phèdre, la Scène de la Déclaration, la Berma, avaient alors pour moi une sorte d’existence absolue. Situées en retrait du monde de l’expérience courante, elles existaient par elles-mêmes, il me fallait aller vers elles, je pénétrais d’elles ce que je pourrais, et en ouvrant mes yeux et mon âme tout grands j’en absorberais encore bien peu. Mais comme la vie me paraissait agréable ! L’insignifiance de celle que je menais n’avait aucune importance, pas plus que les moments où on s’habille, où on se prépare pour sortir, puisque au-delà existaient, d’une façon absolue, difficiles à approcher, impossibles à posséder tout entières, ces réalités plus solides, Phèdre, la manière dont disait la Berma.

Proust, Le Côté de Guermantes

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