Botus et mouche cousue

Souvenez-vous, cela a commencé avec ce brave et méritant balayeur de rue… Un jour, las de se voir déconsidéré par une société estimant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une revalorisation de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un changement de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la serpillière chez Madame et briquait les bureaux de Monsieur la nuit, devint une « technicienne de surfaces ». Dans la foulée, le pompiste du coin se transforma en « adjoint à la distribution des produits pétroliers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la transmission des communications écrites ». Que de belles promotions grâce auxquelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux considérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !

Depuis, la situation n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en particulier, s’est insinuée au travers du langage jusqu’à contaminer les domaines les plus subalternes, les plus insensés des préoccupations humaines. Cette censure implicite pollue des expressions qui jusque-là apparaissaient claires, immédiatement compréhensibles, souvent belles ou judicieusement imagées, et toujours respectueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes respectueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.

Faut-il le rappeler, un con restera toujours un con, peu importe ses capacités d’élocution. D’ailleurs, il est immédiatement perceptible que le fait de traiter avec condescendance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condescendance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contemporains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?

Parmi ces nouvelles précautions oratoires, celles touchant les couleurs et les ethnies sont passablement fascinantes tant elles enfoncent leurs utilisateurs dans l’absurdité et l’embarras ! (Remarquez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces censeurs insensés et insolents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus personne n’oserait utiliser le terme nègre en société pour désigner un Africain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condescendance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration première (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nouvelle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spécimens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de considérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « personnes de couleur ». Pathétique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des différences, c’est là une très mauvaise stratégie.

Il faudrait au contraire inciter les curiosités, varier les goûts, mélanger les genres, permettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour discrimination ou insulte. Trop compliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui préfèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « humaniste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des aliments, bientôt des convictions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Marseille. Orwell n’est pas loin.

Prévoyons le pire, créons une intelligentsia underground où il sera possible de parler librement de tout et de rien, sans parti pris ni méchanceté gratuite, sans avoir à redouter une assignation en justice pour avoir osé utiliser les mots du dictionnaire ; où il sera possible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offusqués incapables d’un minimum de critique historique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » imaginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes censeurs, d’indiscernables Caucasiens bon teint ; et le tout en dégustant du camembert au lait cru et des chocolats sans matière grasse ajoutée…

Thomas

3 thoughts on “Botus et mouche cousue

  1. Ces termes sont juste à l'égard "d''autrui" ? non !! c'est normale de ne plus utilisé ces termes " coloniale " et qui rappelle justement à ces gens leurs histoires , et croyez moi par les temps qui court ....

    Ce n'est en aucun cas être langue de bois que de respecter l'autre et sa condition , alors comme dirait desproges , on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui , et la l'intelligence à son rôle , savoir être franc avec les gens qui son capable de l'accepter et c'est rare.

    " un autre Qi de 132 " qui à pas fait d'etudes .

    juste pour les fautes d'orthographe .

  2. euh, the problem is, à force de vouloir intruire tout le monde on ne sait plus appeler un chat un chat et definir la couleur tête de nègre, moi y'en être pas une femme savante

  3. Gros Cancrelat

    Votre propos glisse sur une pente réac, voire fasciste. La dérive dont vous vous moquez doit être approuvée et fêtée. Une cure de rééducation citoyenne vous guette. Be careful.

    Réac ou pas, vous visez juste, me semble-t-il. La petite liste de mots attaqués que vous dressez donne une bonne photographie morale de notre époque. Ses gesticulations langagières tournent principalement autour du respect d’autrui, de la déférence obligatoire à lui témoigner, de l’éloge constant à lui faire. Philippe Muray résumait les choses ainsi : « on a quitté de l’Âge du fer pour entrer dans l’Âge du fier ». Tout est dit, et les exemples que vous citez le montrent. J’aimerais en ajouter un autre, symptomatique du moralement correct ambiant : le sauvage qui devient premier de la classe d’un coup de baguette orwellienne. Si l’ancienne dénomination d’art primitif réveille en nous l’image de l’anthropophage arborant fièrement un os en travers du nez et s’ébrouant gaiement dans la boue, en revanche la nouvelle, celle d’art premier, impressionne notre sensibilité de petit écolier et nous fait courber l’échine devant tant de génie. N’est-il pas magnifique ce tour de passe-passe, hein ? Du grand art pour pas cher ! Y’a bon…