Vivre sans TV.

Selon l’institut d’audience Nielsen, un Amé­ri­cain moyen passe quo­ti­dien­ne­ment 4 heures 49 minutes devant son télé­vi­seur, durée en aug­men­ta­tion constante depuis 10 ans [1]. Le Syn­dicat National de la Publi­cité Télé­visée nous informe pour sa part qu’un Fran­çais consomme un net­te­ment moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails intéressants.

Ainsi, la télé­vi­sion capte quo­ti­dien­ne­ment sur le ter­ri­toire fran­çais 44,2 mil­lions d’habitants durant, donc, 3h20’, ce qui mène à une consom­ma­tion annuelle de 3.226 mil­liards de minutes drai­nant des recettes publi­ci­taires de 3,98 mil­liards d’euros de janvier à août 2009 [2]. En extra­po­lant pour une période annuelle, nous obte­nons 5,97 mil­liards d’euros bruts. En forçant le trait, disons que les publi­ci­taires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télé­vi­sion. En fait, le chiffre n’intègre pas les frais de gestion et de pro­duc­tion qui, une fois injectés dans l’équation et selon un mien ami tra­vaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.

On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garan­ties sur le retour pro­bable sur inves­tis­se­ment. La fameuse cita­tion de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confir­ma­tion dans ces chiffres :

« Soyons réa­liste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publi­ci­taire soit perçu, il faut que le cerveau du télé­spec­ta­teur soit dis­po­nible. Nos émis­sions ont pour voca­tion de le rendre dis­po­nible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le pré­parer entre deux mes­sages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain dis­po­nible (…). Il faut cher­cher en per­ma­nence les pro­grammes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les ten­dances, dans un contexte où l’information s’accélère, se mul­ti­plie et se bana­lise. »

Bien sûr, l’économie n’est pas la seule à béné­fi­cier de la mise en récep­ti­vité de ces cer­veaux. Le poli­tique et plus géné­ra­le­ment la société elle-même pro­fitent du for­ma­tage intel­lec­tuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d’abstinence télé­vi­suelle? Qu’offre Internet pour étan­cher notre soif d’images qui bougent?

Pour ce qui est des émis­sions télé­vi­suelles redis­tri­buées sur le net, impos­sible de faire ici le cata­logue de l’offre indi­vi­duel des chaînes mais beau­coup d’entre elles offrent, en léger différé, les jour­naux télé­visés et, en plus grand différé, des repor­tages tels que les Ques­tions à la Une de la RTBF ou tels que l’on en trouve aussi sur ARTE TV. Je veux aussi men­tionner l’excellent site de l’INA qui propose gra­tui­te­ment un cata­logue impres­sion­nant de 23.000 heures d’archives télé­vi­suelles (parmi les 300.000 heures de pro­grammes archivés annuel­le­ment) pour les nos­tal­giques des Cinq Colonnes à la Une ou d’Apos­trophes. À des­ti­na­tion des cher­cheurs et étu­diants, l’INA a par ailleurs mis en place un site spé­ci­fique. Mais ne nous égarons pas…

Vous n’oserez sans doute pas l’avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n’est pas encore très connue sur le Vieux Conti­nent, mais un grand nombre de séries télé­vi­sées sont vision­nables gra­tui­te­ment en strea­ming sur l’excellent Hulu qui offre une qualité de dif­fu­sion excep­tion­nelle… aux États-Unis. En effet, issu d’une joint venture entre NBC Uni­versal, News Corp., The Walt Disney Company et Pro­vi­dence Equity Part­ners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a tou­te­fois encou­ragé cer­taines ini­tia­tives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.

TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclu­si­ve­ment sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c’est que serveur de TVGorge n’héberge aucune vidéo mais une base de données de liens poin­tant tou­jours vers la source de dif­fu­sion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s’interrompent ou qui calent en plein milieu de l’intrigue. Vous allez sur le site, cher­chez votre série dans une inter­face claire et cliquez sim­ple­ment sur l’épisode désiré! Bien sûr, pas de télé­char­ge­ment pos­sible sans contor­sions cou­pables! Seule ques­tion : combien de temps mettra la horde d’avocats fourbie par les pro­prié­taires de pro­grammes pour trouver l’astuce contrai­gnant TVGorge à ne plus dis­poser gra­tui­te­ment d’aussi gra­cieux liens?

L’offre de CastTV est un peu plus diver­si­fiée et son inter­face se rap­proche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes…), le service propose des émis­sions telles que l’Eurovision ou la remise des Oscars, une cen­taine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fan­tas­tique Bad Girls from Mars!) Sont dis­po­nibles aussi de nom­breuses vidéos musi­cales d’artistes tels que Guns ‘n Roses, AC/DC ou Bill Evans.

FanCast adopte pour sa part une inter­face ency­clo­pé­dique ins­pirée d’IMDB. Cette divi­sion de la Comcast Cor­po­ra­tion profite de son impres­sion­nant cata­logue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Para­mount, Warner Bros et Disney) est payante en télé­char­ge­ment ou loca­tion. Une grande partie est tou­te­fois gra­tuite, servant d’appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publi­cité. Vous y épen­cherez aussi votre soif de télé réalité, de docu­men­taires géné­ra­listes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show…). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien FanCast qui vous donnera l’expérience télé­vi­suelle la plus pro­bante. Ah oui, c’est souvent très lent au démar­rage et quelques vidéos sont indisponibles…

Bon, passons main­te­nant à des choses plus inté­res­santes, et donc plus éloi­gnées de l’expérience télé­vi­suelle clas­sique. Outre des sites tels que YouTube et Dai­ly­mo­tion où, à moins de savoir préa­la­ble­ment ce que l’on cherche, il est bien dif­fi­cile de navi­guer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l’honnête homme qui désire sim­ple­ment passer quelques heures à décou­vrir, voire à vous émerveiller.

Joost (pro­noncez  « juiced »») a été fondé par les créa­teurs de Skype et dis­tribue les vidéos en peer-to-peer. J’étais un peu scep­tique quand à la fia­bi­lité d’un tel mode de dif­fu­sion pour des pro­grammes de télé­vi­sion, mais je dois recon­naître que l’expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait néces­saire l’utilisation d’un logi­ciel dédié, c’est désor­mais une inter­face web qui a été adoptée. Joost dispose d’un très gros cata­logue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui péna­lisent les uti­li­sa­teurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques mil­liers d’heures de pro­grammes acces­sibles: docu­men­taires, shows, vidéos musi­cales et surtout,parmi les films, quelques clas­siques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton

Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fic­tions et pro­grammes télé. Je m’en vou­drais tou­te­fois de ne pas signaler deux sites excep­tion­nels tournés res­pec­ti­ve­ment vers les docu­men­taires et vers la dif­fu­sion de confé­rences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom expli­cite de Docu­men­ta­ry­heaven. Financé par les dons et quelques publi­cités rela­ti­ve­ment dis­crètes, il ne possède actuel­le­ment qu’un millier de docu­men­taires, mais la plupart de grande qualité, de la dis­sec­tion d’un élé­phant à une lecture de Chomsky sur la morale poli­tique. À suivre, assurément.

Enfin, il y a TED. TED (Tech­no­logy, Enter­tain­ment, Design) est une fon­da­tion amé­ri­caine orga­ni­sant depuis 1990 des confé­rences sur des « ideas worth sprea­ding ». La diver­sité des thèmes, la briè­veté des inter­ven­tions (limi­tées à 18 minutes), la qualité des inter­ve­nants et la dif­fu­sion sur leur site web ont fait de TED un fan­tas­tique incu­ba­teur d’idées. Parmi les confé­ren­ciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les confé­rences, libre­ment dif­fu­sables, sont dis­po­nibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une appli­ca­tion iPhone vient même de sortir.

Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d’infidélité vis-à-vis de votre télé­vi­seur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémo­rable défi­ni­tion de la vul­ga­rité audio­vi­suelle [5] comme élec­tro­choc ultime :

avk

Sources

[1] Nielsen

[2] SNPTV

[3] Entre­tien privé dans une taverne bruxel­loise devant quelques Grim­bergen Optimo Bruno

[4] Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain disponible »

[5] Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

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1 comment

  1. Hum, il n’aura pas fallu long­temps… 24 heures après la rédac­tion de ce billet, TVGorge affiche ceci :
    «TVGorge is hard at work impro­ving our indexing service and recom­pi­ling our data­base in order to serve you better. For a short period of time (days), we will not be dis­playing any 3rd party videos. (…) Don’t worry — things will be back to normal soon and we have many great new fea­tures in store so check back soon!»

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