Climat: que croire?

Beau­coup de gens pensent que le climat est un des pro­blèmes majeurs de notre époque. C’est faux, parce que le climat est d’abord une for­mi­dable res­source natu­relle. C’est grâce aux res­sources du climat que les plantes poussent (chaleur, rayon­ne­ment, eau) et nous nou­rissent. C’est aussi grâce au climat que tournent les éoliennes et que l’eau séva­pore et s’accumule dans les barrages.

« J’ai de sérieuses raisons de croire que la planète d’où venait le petit prince est l’astéroïde B 612. Cet asté­roïde n’a été aperçu qu’une fois au téles­cope, en 1909, par un astro­nome turc. Il avait fait alors une grande démons­tra­tion de sa décou­verte à un Congrès Inter­na­tional d’Astronomie. Mais per­sonne ne l’avait cru à cause de son costume. Les grandes per­sonnes sont comme ça. Heu­reu­se­ment pour la répu­ta­tion de l’astéroïde B 612 un dic­ta­teur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s’habiller à l’Européenne. L’astronome refit sa démons­tra­tion en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis. » Antoine de Saint Exupéry, Le petit prince. illus­tra­tions extraites de http://​www​.thought​for​theday​.com​.au/​i​m​a​g​e​s​/​T​h​e​_​l​i​t​t​l​e​_​p​r​i​nce_II.pdf

Le climat est la seule res­source natu­relle dont nous ne verrons pas la fin, qui ne s’épuisera pas tant que la terre sera terre et que le soleil restera soleil. Mais le climat change, et le chan­ge­ment du climat est perçu comme un risque majeur à cause de son impor­tance pour de très nom­breuses acti­vités humaines. Le climat est chan­geant (variable) par nature, et nous accé­lé­rons sa varia­bi­lité par nos acti­vités, surtout indus­trielles et agri­coles (trans­ports, pro­duc­tion d’energie, uti­li­sa­tion d’engrais, défri­che­ments etc).

Il se fait que nous, êtres humains, crai­gnons le chan­ge­ment. Nous pensons que le chan­ge­ment est néces­sai­re­ment négatif et nous avons une peur irrai­sonnée de ce qui n’est pas entiè­re­ment pré­vi­sible. Il faut relire Eric Hoffer (1976), un philosophe-docker New-Yorkais qui a analysé les racines de notre phobie du chan­ge­ment et les com­por­te­ments que nous adop­tons quand nous sommes en état d’incertitude.

Je pense que notre réac­tion face au chan­ge­ment cli­ma­tique est souvent, elle aussi, irra­tion­nelle, et très mal informée. Mais nous avons une excuse: nous faisons confiance à ceux qui savent. Qui sont-ils, ceux qui savent? Avant tout le GIEC (Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­mental sur l’évolution du climat), mieux connu sous son sigle anglais IPCC. Le GIEC est un groupe d’experts à la struc­ture très hié­ra­chisée établi en 1988 par l’Orga­ni­sa­tion Météo­ro­lo­gique Mon­diale et le Pro­gramme des Nations Unies pour l’Environnement. Depuis 1988, le bébé a grandi, il a pris de l’assurance et de l’arrogance; il nous prédit désastres, misère, famines et autres points de non retour.

Beau­coup de cli­ma­to­logues, autre­ment gens sensés et pla­cides, ont pris goût au pouvoir. Ils ont érigé leur fond de com­merce en dogme; ils détiennent doré­va­vant la vérité et per­sé­cutent toutes les déviances… J’ai publié ailleurs des notes dans ce sens, sur le mode humo­ris­tique (par exemple ici). Il se fait que les rap­ports pério­diques d’IPCC, qui sont consi­dérés avec une révé­rence quasi reli­gieuse, ne sont pas exempts d’erreurs. On y affirme, par exemple, que cer­tains pays afri­cains verront leur pro­duc­tion agri­cole dimi­nuer de moitié d’ici 2020. Tout qui a un minimum de connais­sance de l’agriculture et du climat perçoit immé­dia­te­ment qu’il s’agit là d’une invrai­sem­blance pro­fonde. J’ai examiné ce point précis de près (d’abord sur le site web de la FAO et ensuite ici) pour montrer comment, d’erreurs de tra­duc­tion en syn­thèses de rac­courcis de résumés ces incon­gruités peuvent prendre naissance.

L’auteur de ce billet a passé les trente-cinq der­nières années a étudier les inter­ac­tions entre climate et agri­cul­ture. Non pas dans une optique théo­rique mais pra­tique, en aidant nombre de pays à prévoir leurs récoltes. Je suis catas­trophé (on me passera l’expression) de lire que notre futur serait fait de désastres liés au climat. Actuel­le­ment, les fac­teurs extrêmes atmo­sphé­riques sont certes spec­ta­cu­laires, mais leur impact est insi­gni­fiant, notam­ment sur la pro­duc­tion agri­cole. Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chro­niques du climat (poches de séche­resse, grêle, insectes favo­risés par les condi­tions cli­ma­tiques etc) conduisent à des pertes bien plus impor­tantes et pour la plupart invisibles.

Il y a ensuite le fait que les pro­jec­tions d’impact font inter­agir un climat futur (incer­tain) avec toutes nos acti­vités futures (dont nos sys­tèmes de pro­duc­tion agri­cole) qui sont encore plus incer­taines. La vérité, c’est que nous sommes dans un flou profond, et ce n’est pas le nombre de publi­ca­tions qui y chan­gera grand chose.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours (24 novembre 2011), un réexamen des donnés cli­ma­tiques anciennes par Schmittner et al. semble indi­quer que, peut-être, nous avons sur­es­timé la force du lien entre gaz car­bo­nique et tem­pé­ra­ture de l’atmosphère. La nou­velle a bien entendu été reprise par la presse internet popu­laire, par exemple Science Daily qui annonce Climate Sen­si­ti­vity to Carbon Dioxide More Limited Than Extreme Pro­jec­tions, Research Shows. En deux mots: les aug­men­ta­tions de tem­pé­ra­ture pro­je­tées seraient exces­sives, ce qui rédui­rait aussi l’augmentaton du niveau de la mer (effet dû surtout à la dila­ta­tion ther­mique de l’eau). Voilà qui déce­vrait les catas­tro­phistes! J’attends avec impa­tience les réactions!

En atten­dant, j’ai écrit le petit texte ci-dessous pour expli­quer mon point de vue! J’hésite à l’appeler un credo cli­ma­tique, parce que je sais ce que credo a de dog­ma­tique… Je l’appellerai donc

Exer­cice de style en forme de credo cli­ma­tique

Je crois au climat qui change
qui a tou­jours changé et conti­nuera a changer
depuis que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient
que les volcans crachent pous­sières et CO2
que la constante solaire n’arrête pas de varier
que les océans et l’atmopshère interagissent
que l’astronomie existe et que Milan­kovic est son prophète
Je crois aussi que l’homme inten­sifie et accé­lère le changement
par ses émis­sions de gaz à effet de serre
sa myopie intellectuelle
son appât du gain
et le mépris pour ses enfants
Je crois que les impacts du climat – comme tous les impacts -
sont et res­te­ront le produit de deux fac­teurs inégaux
les carac­té­ris­tiques du climat et la vul­né­ra­bi­lité de notre société
dont la concen­tra­tion géo­gra­phique de nos activités
leur loca­li­sa­tion
la des­truc­tion des milieux natu­rels en surface et en nombre
et tous nos oeufs dans les mêmes paniers
ener­gé­tique
ali­men­taire
et poli­tique
J’ai confiance en notre fabu­leuse faculté d’adaptation en tant qu’espèce
Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de procréer
qu’il y aura des ruptures
que nous appren­drons la leçon
et qu’ensuite nous repartirons
Je ne crois pas au catas­tro­phisme climatique
Je n’accepte pas le prin­cipe d’autorité et par conséquent
je ne crois pas en l’infaillibilité du GIEC
qui est trop souvent
oppor­tu­niste
dog­ma­tique
incom­pé­tent
auto­ri­taire
partial
animé de moti­va­tions politiques
et ridi­cule quand il pra­tique la science par consensus
Je ne crois pas qu’il soit juste de mépriser les incroyants
les agnos­tiques comme les athées missionnaires
même s’ils sont
igno­rants
inté­ressés
créa­tion­nistes
ou pro­duc­teurs de pétrole
Car il vrai que
nous sommes tous à l’image de notre temps
même les génies:
Kepler faisait des horo­scopes très demandés
Newton voulait trans­former en or les métaux vulgaires
Chasles a col­lec­tionné des auto­graphes en fran­çais de
Jules César
Aris­tote
Cléo­patre
et Alexandre le Grand
le British Museum a acheté les faux manus­crits d’Islam Akhun, un analphabète
les tra­duc­tions de l’étrusque abondent
et Teil­hard de Chardin a eu son heure de gloire
Car il est vrai que les saintes écri­tures ont accueilli in illo tempore
decons­truc­ting point access
elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deuterium
trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity
et human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE
Tant il est vrai que
peu de cer­ti­tudes sont abso­lues, si ce n’est dans la foi
la vérité évolue au gré du temps et même des modes
ce qui est accepté aujourd’hui
sera faux, ou moins faux, demain
tant de grands scien­ti­fiques d’aujourd’hui
seront oubliés dès demain
et plus d’un tacheron obscur ressuscitera
Car en vérité
notre espace et nos res­sources sont limités
notre évo­lu­tion tech­no­lo­gique est plus rapide
que celle de nos vieux gènes
le climat est notre seule res­source inépuisable
il conti­nuera d’exister et de changer
avec ou sans ce fou d’homo sapiens
la cré­du­lité des foules
le GIEC
et les menées de ses grands prêtres
la mani­pu­la­tion de nos peurs
notre manque de confiance en l’avenir
et la mort de Dieu
Amen

 

Remer­cie­ments

Je tiens à remer­cier Jacques du Guerny pour ses com­men­taires cri­tiques sur l’exercice de style.

Notes

Pour « Kepler faisait des horo­scopes très demandés » voir Connor, 2005.

Pour « Decons­truc­ting point access » voir Phil­lips & Kent, 2009; « Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deu­te­rium », voir Flei­sch­mann et al., 1989 ; « Trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity », voir Sokal, 1996; « Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE », voir Dayenas et al. 1988. Il s’agit, dans l’ordre, d’un canular, de la publi­ca­tion qui a lancé le débat et la contro­verse sur la fusion froide, d’un autre canular et de l’article sur la « mémoire de l’eau ». Voir wiki­pedia pour les détails. Tous ces articles ont été acceptés par des revues qui ont pignon sur rue, voire des revues pres­ti­gieuses. Ils montrent que la science est fragile, et procède souvent par tâtons. Pour les articles de Flei­sch­mann et celui de Dayenas, le débat n’est cer­tai­ne­ment pas clos.

Réfé­rences

Connor, J.A. 2005. Kepler’s Witch. Harper-Collins eBooks. Kindle Edition. Loc. 978–80: Astro­logy was for the seven­teenth century what eco­no­mics is for the twenty-first. Astro­logy tried to form pre­dic­tions about an uncer­tain future based on strict mathe­ma­tical cal­cu­la­tion, just as eco­no­mics does with the laws of the market. Both are wrong about as often as they are right. Loc. 986–94: Because his love for puzzles and acros­tics had started when he was a child, Kepler was par­ti­cu­larly good at reading signs. He soon learned, however, that being a good astro­loger required more than just math skills. One student, Reb­stock, a fellow with a red face and beer breath, accosted Kepler in the hallway and demanded a horo­scope. Kepler reluc­tantly agreed and, after obtai­ning the man’s birth date, set to cal­cu­la­ting his chart. What Kepler learned that day, however, is how dan­ge­rous it is to read all the signs. Rebstock’s noisy drin­king habits had to be taken into account, so Kepler pre­dicted that the fellow would one day become a drunk, which wasn’t much of a stretch. The stars tell all, but so does beer breath. Reb­stock didn’t like the report and forced his way into Kepler’s room, where the two duked it out. The next day, Kepler asked Mästlin for advice. What should he do? If he was going to be an astro­loger, he had to read all the avai­lable signs, and that included a beer breath, because the stars were so often hard to read. Some­times his pre­dic­tions worked and some­times they didn’t, so what could he do to make them more secure? Mästlin told him to just predict disaster. That would be bound to come true sooner or later. Loc 1334–38: In 1595, partly from his cal­cu­la­tions and partly from his com­mon­sense reading of the times, Kepler made three pre­dic­tions: one, a ter­rible winter, with bitter cold weather that would damage fruit trees and cause hard­ship all around; two, an attack by the Turks from the south; and three, a peasant upri­sing. All three came true. That winter was so bad, they said, that anytime a she­pherd in the moun­tains blew his nose, it would pop off.9 The Turks did attack, which wasn’t all that sur­pri­sing, and there was a peasant revolt, again, not all that sur­pri­sing. Sud­denly, Kepler was a celebrity.

Dayenas, E., F.Beauvais, J.Amara, M.Oberbaum, B.Robinzon, A.Miadonna, A. Tedeschi, B.Pomeranz, P.Fortner, P.Belon, J.Sainte-Laudy, B.Poitevin & J.Benveniste. 1988. Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE. Nature, 333:816–818. Avec une Edi­to­rial reser­va­tion en fin d’article: Readers of this article may share the incre­du­lity of the many refe­rees who have com­mented on several ver­sions of it during the past several months. The essence of the result is that an aqueous solu­tion of an anti­body retains its ability to evoke a bio­lo­gical res­ponse even when diluted to such an extent that there is a negli­gible chance of there being a single mole­cule in any sample. There is rfo phy­sical basis for such an acti­vity. With the kind col­la­bo­ra­tion of Pro­fessor Ben­ve­niste, Nature has the­re­fore arranged for inde­pendent inves­ti­ga­tors to observe repe­ti­tions of the expe­ri­ments. A report of this inves­ti­ga­tion will appear shortly.

de Saint-Exupéry, A. 1943. Le petit prince, Gallimard.

Flei­sch­mann, M., S. Pons & M. Hawkins. 1989. Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of Deu­te­rium. J. Elec­troanal. Chem. 261:301–308. L’article ori­ginal avait omis le troi­sième auteur, qui a ensuite été ajouté, avec les excuses de Flei­sch­mann et Pons, dans une liste d’errata.

Hoffer, E. 1963. The ordeal of change. New York: Harper and Row. 136 pp. Très nom­breuses réimpressions.

Phil­lips, D. & A.Kent. 2009. Decons­truc­ting Access Points. Accepted for publi­ca­tion in the peer reviwed The Open Infor­ma­tion Science Journal (TOISCIJ). Plus de détails ici: http://​scho​lar​ly​kit​chen​.sspnet​.org/​?​s​=​phrenology 47: 217–252.

Schmittner, A., N.M.Urban,  J.D. Shakun, N.M. Maho­wald, P.U. Clark, P. J. Bart­lein, A. C. Mix,  A.Rosell-Melé. 2011. Climate Sen­si­ti­vity Esti­mated from Tem­pe­ra­ture Recons­truc­tions of the Last Glacial Maximum. Scien­cex­press, 4 pp.+ 3 figs. http://​www​.scien​cemag​.org/​c​o​n​t​e​n​t​/​e​a​r​l​y​/​2​0​1​1​/​1​1​/​2​2​/​s​c​i​e​n​ce.1203513

Sokal, A.D. 1996. Trans­gres­sing the Boun­da­ries: Towards a Trans­for­ma­tive Her­me­neu­tics of Quantum Gravity. Social Text, 46/

 

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5 comments

  1. 1.Je ne com­prends pas bien cette phrase, peux-tu l’expliquer?  » Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chro­niques du climat (poches de séche­resse, grêle, insectes favo­risés par les condi­tions cli­ma­tiques etc) conduisent à des pertes bien plus impor­tantes et pour la plupart invisibles. »

    2. » Il y a ensuite le fait que les pro­jec­tions d’impact font inter­agir un climat futur (incer­tain) avec toutes nos acti­vités futures (dont nos sys­tèmes de pro­duc­tion agri­cole) qui sont encore plus incer­taines. La vérité, c’est que nous sommes dans un flou profond, et ce n’est pas le nombre de publi­ca­tions qui y chan­gera grand chose. » Tu pro­poses quoi alors: ne rien faire, for­muler une nou­velle pro­blé­ma­tique, se limiter à des inter­ven­tions courtes dans le temps et l’espace à la dimen­sion des pro­jec­tions possibles?

    3 « avec ou ce fou d’homo sapiens » il manque ‘sans’.

    4 Je me demande si les trois pre­miers « je crois » ne pour­raient être rem­placés par , pour le premier, je sais, pour le second je crois savoir, pour le troi­sième ‘je sais’???

    1. Salut Jacques, et merci de la visite!

      Point 1: deux consi­dé­ra­tions. (1) La cyn­di­nique nous apprend (ce que nous savons depuis long­temps) qu’il y a beau­coup plus de gens qui se blessent dans leur cuisine ou dans leur jardin qu’il n’y a de morts dans les acci­dents d’avion. Les fac­teurs extrêmes dont nous parle IPCC sont les gros trucs spec­ta­cu­laires qui, sta­tis­ti­que­ment, n’ont que peu de poids. Les grosses séche­resses pro­voquent beau­coup moins de pertes que les petites poches de séche­resse loca­li­sées qui se pro­duisent chaque année. Les incen­dies de forêt pro­voquent très peu de dégâts par rap­ports à ceux dûs aux insectes, dont per­sonne ne parle. Prends le Ban­gla­desh depuis 1970. Nous avons eu une série d’inondations, des séche­resses et une guerre, et l’un ou l’autre trem­ble­ment de terre. On ne les voit pas dans les sta­tis­tiques de pro­duc­tion. Prends les inon­da­tions de 1988 au Sahel, dont les énormes inon­da­tions à Khar­toum. Impact sur la pro­duc­tion: négli­geable. La même année (et ce n’est pas un hasard) a connu une grosse inva­sion de cri­quets pèle­rins, invi­sible elle aussi dans les sta­tis­tiques. Evi­demm­ment, on peut accuser les sta­tis­tiques, mais c’est un peu facile… (2) L’augmentation des pertes dues aux fac­teurs extrêmes est due essen­tiel­le­ment à l’augmentaton de notre vul­né­ra­bi­lité. Il y a un bouquin inté­res­sant de Charles Perrow là dessus: The Next Catas­trophe: Redu­cing Our Vul­ne­ra­bi­li­ties to Natural, Indus­trial, and Ter­ro­rist Disas­ters (curieu­se­ment, Amazon donne 2011 comme année de publi­ca­tion. Je l’ai lu il y a deux ou trois ans. Il s’agit peut-être d’une réédi­tion). Un autre (seule­ment en édition kindle, je crois): Beware of dan­ge­rism (Gever Tulley, 2011) qui va dans le même sens: nous avons doré­na­vant peur de tout! Tu as lu Catas­trophe de David Keys: un hiver vol­ca­nique, voilà qui est autre­ment dan­ge­reux que le chan­ge­ment cli­ma­tique! Une petite érup­tion en Islande, et les avions s’arrêtent de voler. Imagine deux années consé­cu­tives sans pro­duc­tion agri­cole. En 1816, il a gelé en juillet, et la cou­pable n’était qu’une petite érup­tion en 1815.

      Point 2: il faut agir. S’il a existé un crime contre l’humanité c’est bien la pol­lu­tion sous toutes ses formes — y compris les émis­sions de gaz à effet de serre — : elle réduit notre qualité de vie, empoi­sonne notre envi­ron­ne­ment pour des géné­ra­tions, fait payer les inno­cents (comme d’hab!). Mais qu’on arrête de brandir les épou­van­tails! Sommes nous de moi­neaux qu’on nous traite come des têtes de linottes? Nous avons besoin d’une légis­la­tion sévère et qui doit être appli­quée. Nous devons miser à fond sur les éner­gies renou­ve­lables et adopter des pra­tiques durables. Si tu lis le texte de trois grandes conven­tions (climat, déser­ti­fi­ca­tion, bio­di­ver­sité), tu verras qu´elles ont toutes en article (un ou deux!) avec de très bonnes paroles sur leur but ultime, qui est d’assurer la gestion des res­sources natu­relles de façon durable (j’avais écrit un truc sur le site de la FAO. Il est évident que peu de pays sont près à payer le prix et à passer aux actes. Comme tu sais, l’âge d’or des obser­va­tions cli­ma­tiques a été la période post-coloniale, vers 1960–70. Depuis, les données n’ont pas arrêté de se dété­riorer. C’est normal, ça? Non: si j’ai un pro­blème cli­ma­tique, je me m’assure d’abord que j’ai des données cli­ma­tiques fiables. Je ne veux pas trop m’étendre sur ce sujet (que je connais bien!)!

      Point 3: je corrige, merci!

      Point 4: je note que la sub­ti­lité de la for­mu­la­tion (« Je me demande si… ») te met à l’abri des opi­nions tran­chées… N’est-ce pas beau­coup plus amusant d’avoir des strong opi­nions?

  2. « Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de pro­créer« 
      Ce n’est déjà pas le cas aujourd’hui… nous demandez-vous de croire ?
    Parce-que même quand on aura réussi à changer le plomb en sand­wich, nous n’en vivrons tou­jours pas moins dans un monde fini, où l’augmentation de popu­la­tion conduit néces­sai­re­ment à l’amenuisement des res­sources pour chacun.

    1. Bonjour Damien!

      >Ce n’est pas le cas aujourdh’hui?

      Il faut regarder les données d’un peu plus près, et un petit tour sur le site web de la FAO fournit quelques (bonnes) les réponses (Voir note). Nous pro­dui­sons bon an mal an 2200 mil­lions de tonnes de céréales, plus légu­mi­neuses, légumes, tuber­cules (manioc, ignames, pommes de terre, patates douces), pro­duits lai­tiers et viande. Ça fait beau­coup de nour­ri­ture! Pour 7 mil­liards de per­sonnes, nous avons donc (en moyenne) 314 Kg de céréales par per­sonne par an, plus les autres ali­ments. Les « besoins » sont habi­tuel­le­ment estimés à entre 200 et 240 Kg de céreales par an, et nous les avons lar­ge­ment. Le pro­blème, c’est l’accès à cette nour­ri­ture, sa dis­tri­bu­tion (spa­tiale) et son uti­li­sa­tion. A l’échelle de la planète, nous uti­li­sons 60% de la pro­duc­tion ali­men­taire totale pour l’homme, 35% pour le bétail (y compris volailles) et 5% pour faire des bio­car­bu­rants. En Europe, par exemple, nous n’avons aucune idée de la quan­tité de viande consommée par les animaux domes­tiques. Les pays d’Afrique du Nord et du MOyen Orient (du Maroc au Pakistan) importent surtout des céréales. Qu’importent la Chine et l’Inde? Du soja (pour nourrir les porc, C), de l’huile (C+I) et du sucre (I). Pas vrai­ment des ali­ments de « pre­mière nécessité ».

      Il y a, bien sûr, des poches d’insécurité ali­men­taire chro­nique (Ethiopie, Nor­deste bré­si­lien — en amé­lio­ra­tion -) ou aigues. Sauf cette année dans la corne de l’Afrique, la guerre est main­te­nant la prin­ci­pale source d’insécurité ali­men­taire, et souvent ces guerres sont liées à des res­sources natu­relles limi­tées (Darfour, Rwanda, Congo).

      Cette pro­blé­ma­tique est, bien sûr com­plexe, mais il y a assez de nour­ri­ture pour tout le monde. A ceci près que la struc­ture et les prio­rités de notre société ne per­mettent pas de la pro­duire partout (seule­ment 10% des céréales sont com­mer­cia­lisés: le reste est consommé « sur place »; voir aussi ce lien). Cer­taines zones (Sahel, Mon­golie) ont vrai­ment très peu de res­sources. On peut espérer que la mon­dia­li­sa­tion finira par arranger ça. Ou alors, pour ceux qui croient (comme Ein­stein) que l’évolution de notre société procède par sauts (rup­tures), nous fini­rons bien par trouver une solu­tion par essais et erreurs.

      Note: http://​faostat​.fao​.org/​s​i​t​e​/​3​3​9​/​d​e​fault.aspx, choisir « World+ » et trier par quan­tité produite.

  3. En reponse a ton credo cli­ma­tique, voici mon « Can­tique de Frere Climat », à la manière de Saint Francois.

    Loué sois-Tu, mon Sei­gneur, avec toutes Tes créa­tures
    Spé­cia­le­ment Messire frère Climat
    Qui est puis­sant et chan­geant
    De toi, très Haut, il offre le symbole

    Loué sois-tu pour Sœur Science qui est chaste et fière
    Elle est mys­té­rieuse et belle
    Et par elle tu nous animes

    Loué sois-tu pour notre Sœur la Pol­lu­tion
    Qui est comme notre miroir
    Elle nous res­semble et nous humilie

    Loué sois-tu enfin mon Sei­gneur pour Frère Temps
    Qui nous offre ses ensei­gne­ments
    Et à qui nul homme vivant ne peut échapper.

    Cedric

    http://www.franciscainstoulouse.fr/franclaire/etudes/Le%20Cantique%20des%20cr%E9atures.pdf

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