Nous nous trouvons devant un paradoxe : la multi­pli­ca­tion des vecteurs d’information crée une nébuleuse qui nuit à la trans­mis­sion de la connais­sance.

Trois facteurs inter­dé­pen­dants concourent à l’expliquer : la tech­no­logie, la complexité et l’économie.

George Frederick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connais­sance que j’utilise quoti­dien­ne­ment, mon iPhone gère une dizaine de proto­coles diffé­rents donnant chacun accès une masse infor­ma­tion­nelle que mon esprit assimile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebon­dis­sons de texte en texte, suivant un fil indéfini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en dégageons des impres­sions floues et avons de plus en plus de mal à synthé­tiser ce que nous avons retenu de cette immersion.
Sur le plan social, la situation est encore pire : notre société occi­den­tale rend les outils d’édition et de partage acces­sibles à chacun, mais sans ces outils complé­men­taires que sont le respect du texte, le transfert des réfé­rences, la véri­fi­ca­tion des sources, l’examen de la perti­nence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information porteuse du savoir originel, le texte de référence.
À force de trans­mis­sions partielles, de commen­taires, de copier-coller, de négli­gences volon­taires ou non, la distance entre l’information et la connais­sance s’est creusée.

2. L’effondrement du moder­nisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible complexité du monde. Il y a deux géné­ra­tions, nous vivions dans un monde infini dont nous pensions pouvoir maîtriser les para­mètres fonda­men­taux. Aujourd’hui, nous nous heurtons à la finitude des ressources et à notre inca­pa­cité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi impor­tants que la météo, les popu­la­tions de poissons ou la finance mondiale.
Nous sommes donc résignés, dans le meilleur des cas, à des poli­tiques de très courts termes, à des actions purement locales ou à des options très aléa­toires.

3. Cette confusion infor­ma­tion­nelle et ces limi­ta­tions déci­sion­nelles se révèlent être des sources de profits impor­tants pour de nombreux grou­pe­ments d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nouvelles tech­no­lo­gies impliquent direc­te­ment les modèles socioé­co­no­miques plané­taires, et sont d’une impor­tance capitale tant pour les ONG que pour les multi­na­tio­nales ou les entités poli­tiques. Ces derniers utilisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objectifs, et la diffi­culté de modéliser certains phéno­mènes complexes rend difficile la réfu­ta­tion de leurs poli­tiques.
Pourtant, portés par leur optimisme, certains vont trop loin et propagent des infor­ma­tions faci­le­ment réfu­tables. Certains camouflent des positions idéo­lo­giques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduction facile des construc­tions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contri­buer à favoriser l’accès à la connais­sance de notre monde, des prin­ci­paux problèmes qu’il traverse et des solutions envi­sa­gées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambitieux. C’est pourquoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vaudrait la peine de continuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sensi­bi­lité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

One thought on “Pourquoi

  1. Les inten­tions de ce blog sont louables. Comment ne pas y souscrire? Roger.

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