La Qualification terroriste

Stop Making Sense
Talking Heads (1984)

Depuis 2010, la France a qualifié de terro­risme djiha­distes 17 attentats commis sur son terri­toire. (Dans le même temps, 91 actes de terro­rismes – non meur­triers et non média­tisés – ont été commis dans la mouvance de l’indépendantisme corse.)1

À l’exception probable de la cyber attaque contre TV5 Monde qui ne fit ni mort ni blessé, tous ces actes ont été commis par des Français et ont permis la mise en place de lois limitant les libertés indi­vi­duelles et de dispo­si­tifs augmen­tant les capacités de surveillance de l’État.

Sur ces 17 événe­ments, la plupart ont été requa­li­fiés par la suite : l’attentat de Joué-lès-Tours (20/12/2014) était un fait divers ; l’attentat à la voiture-bélier dans les rues de Dijon (22/12/2014) a été commis par un déséqui­libré influencé par le récit média­tique des « attentats » récents ; l’attentat compa­rable, dans le marché de Noël de Nantes (22/12/2014) était en fait une tentative de suicide dont la forme démontre – s’il en était besoin – la force de contagion dudit récit média­tique. Le dernier en date (Saint-Quentin-Fallavier, 26/06/2015) s’est révélé être un fait divers gros­siè­re­ment mis en scène.

Dans le passé, le rock, la violence télé­vi­suelle, les jeux de rôle ou les jeux vidéo inspi­rèrent certains auteurs et furent désignés à l’opprobre par les médias. Main­te­nant ce sont les « discours de haine », et notamment ceux appelant au djihad de l’épée2 qui inspirent les médias et, en consé­quence, certains auteurs.

Restent bien sûr les attentats commis par Mohammed Merah (tueries de 2012), les frères Kouachi (Charlie Hebdo, 07/01/2015) et Amedy Coulibaly (07–09/01/2015), attentats dont la nature terro­riste djiha­diste reste l’explication canonique. Qui sont ces personnes ?

  • Mohammed Merah est un enfant gâté dans une banlieue pauvre, fan des Simpson et de PlayS­ta­tion, adepte de foot et de rodéos urbains, délin­quant réci­di­viste bien éloigné des préceptes du Coran. Ses actes semblent d’ailleurs plus inspirés par Call of Duty que par le Coran. Le djihad interdit le meurtre d’enfants. Il en tue trois.
  • Les frères Kouachi sont orphelins, élevés par la Répu­blique. Petites forma­tions, petits boulots. La fréquen­ta­tion d’un groupe de jeunes sala­fistes parisiens forgera un embryon d’idéal et de recherche de sens. L’un d’eux suivra un entraî­ne­ment armé au Yémen, ce qui n’empêchera pas de perdre une chaussure et sa carte d’identité, d’improviser des tirs inutiles sur des cibles impro­vi­sées. L’autre s’intéresse plus aux vidéos pornos. Le djihad interdit le meurtre de femmes. Ils en tuent une. Les auteurs se réclament d’AQPA qui ne reven­dique (de façon ambiguë) l’attentat qu’une semaine plus tard.
  • Amedy Coulibaly connaît les frères Kouachi. C’est un délin­quant multi­ré­ci­di­viste. Avant sa prise d’otage du magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes, il tue lui aussi une femme, ainsi qu’un joggeur. Le djihad interdit le meurtre de femmes mais aussi d’innocents.

Autant de profils dont la moti­va­tion reli­gieuse semble difficile à trouver. Alors, petit à petit, le récit média­tique décon­necte le djihad du religieux pour en faire un fait politique propre toutefois à une commu­nauté liée par une religion ou, à tout le moins, par une culture reli­gieuse. On en vient à parler de « guerre de civi­li­sa­tions3. »

La vitesse avec laquelle les médias et la sphère gouver­ne­men­tale française bran­dissent et ampli­fient la quali­fi­ca­tion terro­riste repose sur des méca­nismes évidents profi­tables à diverses parties…

Si l’auteur est présenté comme déséqui­libré, le discours média­tique se struc­tu­rera autour de l’idée de respon­sa­bi­lité de l’état et de celle la personne. Le débat abordera la question d’une société qui développe en son sein des individus poten­tiel­le­ment dangereux qu’elle ne sait pas gérer. Il sera question d’insécurité endogène.

Au contraire, si l’auteur est présenté comme le bras armé d’une mouvance djiha­diste, le discours média­tique se struc­tu­rera autour des ennemis probables de la sécurité nationale, autour des valeurs que défendent nos repré­sen­tants démo­cra­tiques, autours de réformes qui atta­que­ront certes un peu nos libertés indi­vi­duelles mais dont on voit l’absolue nécessité.freedom_security1

  1. La quali­fi­ca­tion terro­riste est donc profi­table au politique : elle augmente le capital-sympathie des citoyens à l’égard du pouvoir en place. Ce faisant, elle crée un contexte propice à la mise en place de lois sécu­ri­taires et de procé­dures liber­ti­cides. De plus, elle détourne de l’attention citoyenne les problèmes socio-écono­miques.
  2. La quali­fi­ca­tion terro­riste est bien sûr aussi profi­table aux médias. Outre de hauts indices d’audience qu’ils peuvent maintenir par un story-telling de tension continue, ils renforcent leur accoin­tance avec le pouvoir politique à grands renforts de débats et d’interviews augmen­tant la visi­bi­lité des acteurs auto-proclamés de la lutte pour notre sécurité.
  3. Bien sûr, la quali­fi­ca­tion terro­riste est gran­de­ment profi­table aux mouve­ments tels qu’Al Quaïda ou EIIL qui peuvent, à peu de frais, mettre leur impri­matur sur des actes qu’ils n’ont ni planifiés ni financés ni commis. Ils acquièrent un gain d’autorité sur les popu­la­tions qu’ils asser­vissent ainsi qu’une person­na­lité symbo­lique inter­na­tio­nale.
  4. Enfin, la quali­fi­ca­tion terro­riste offre une plus-value à ceux qui commettent les actes et qui peuvent trans­former un acte de violence ordinaire en geste politique. La formule de l’anthropologue Alain Bertho4 ne dit rien d’autre : « Nous n’avons pas affaire à une radi­ca­li­sa­tion de l’Islam, mais plutôt à une isla­mi­sa­tion de la révolte radicale (…) Le djiha­disme, c’est une façon de mettre un sens à une révolte déses­pérée. »

Ales­sandro Baricco5 a expliqué que ceux qui ont construit la mondia­li­sa­tion sont ceux qui en profitent le plus, et que cette construc­tion reposait sur des fictions dont la force leur a donné souffle et vie. En imaginant des moines zen connectés à Internet, nous avons créé des moines zen connectés à Internet. De même, en déve­lop­pant une fiction d’Islam radical à l’attaque de nos valeurs occi­den­tales, nous en faisons une réalité. Victor Hugo résume cela d’une formule mille fois démontrée : « À force de montrer au peuple un épou­van­tail, on crée le monstre réel. »

En aval (et non pas en amont) se trouve EIIL qui, dans un Irak et une Syrie que nous démo­cra­ties occi­den­tales ont dévastés, se posent en conqué­rants et en porteurs de sens. Chaque fois que nous crions « Attentat djiha­diste ! », eux envoient une reven­di­ca­tion. Et chacun, de son côté, profite de cette logique absurde qui se nourrit de notre tragique et éperdue recherche de sens.

Plus encore, la quali­fi­ca­tion terro­riste est une arme infi­ni­ment plus puissante que le terro­risme : elle ne meurtrit pas les chairs mais engourdit et conforme les esprits. Elle fait partie inté­grante d’un mécanisme de ségré­ga­tion sociale fondé non sur l’accroissement du capital mais sur la capacité de chacun de décoder le monde.

Ce qui est sans doute le bien le plus précieux de tout homme libre.

avk

 


  1. Wikipedia
  2. Le djihad est prin­ci­pa­le­ment une lutte puri­fi­ca­trice contre le Mal, prin­ci­pa­le­ment en soi-même. Le djihad de l’épée (pour reprendre la distinc­tion d’Averroès, n’est géné­ra­le­ment pas considéré comme une obli­ga­tion et doit respecter des règles très précises comme le respect des prison­niers, des femmes, enfants et vieillards, et l’interdiction de mutiler – donc décapiter – les corps). Le fait que tant EIIL que nos démo­cra­ties ne s’encombrent pas de ces détails laisse entrevoir un intérêt commun à redéfinir ce qu’est le djihad.
  3. Manuel Valls, 28 juin 2015 (suite au fait divers de Saint-Quentin-Fallavier).
  4. Bertho, Alain. Une isla­mi­sa­tion de la révolte radicale. (regards​.fr, 11 mai 2015)
  5. Barisso, Ales­sandro. Next, petit livre sur la globa­li­sa­tion et le monde à venir. (Paris : Albin Michel, 2002)

Racisme et liberté d’expression

Régu­liè­re­ment, suite à la média­ti­sa­tion d’événements relatant la réaction du politique à des faits ou propos racistes, les réseaux sociaux répandent des statuts tels que « Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. »

Le racisme est une opinion.

Je crois person­nel­le­ment que le racisme est une opinion et un délit. Mais cette tournure est plus gênante car elle place le délit d’opinion au centre du problème, et aucune démo­cratie n’aime recon­naître qu’elle dispose d’une police de la pensée.

De quoi parle-t-on ? Une « opinion », c’est un ensemble de jugements. Il n’y a rien de scien­ti­fique là-dedans. Une opinion ne s’assortit a priori d’aucune valeur de vérité. Des phrases telles que « Les Noirs sont paresseux », « Les Juifs sont roublards » ou « Les Arabes sont des voleurs. » sont à l’évidence des opinions. Qu’un état les sanc­tionne ne suffit pas à changer leur nature.

Qu’une opinion soit fondée ou non, stupide ou non, méchante ou non est un autre problème (dont ne se préoccupe géné­ra­le­ment guère le politique) : les dresseurs d’horoscopes et autres lecteurs d’avenir ne risquent pas la prison s’ils s’en tiennent là. Bref, dire des bêtises ne ressort pas du pénal, et une opinion n’est qu’une opinion.

Ce n’est qu’à partir du moment où une opinion se confronte à la critique scien­ti­fique qu’elle peut acquérir quelque valeur de vérité. Et le propre d’une démarche scien­ti­fique est de générer des énoncés réfu­tables, de telle sorte que, passant ces épreuves, l’opinion sera soit invalidée, soit sans cesse remise en question.

En refusant de consi­dérer le racisme comme une opinion, on empêche cette dynamique et on le constitue en dogme. C’est très symp­to­ma­tique de certaines intel­li­gent­sias de renforcer ce qu’elle prétendent vouloir détruire. Sans doute est-il bon d’avoir un ennemi sombre afin de montrer à quel point on est soi-même lumineux… dange­reuse politique !

Un raisonnement fallacieux

La mécanique du racisme repose sur un raison­ne­ment falla­cieux :

  1. On considère une carac­té­ris­tique visible d’un groupe humain (p. ex. la peau noire) ;
  2. Sur base de l’observation (biaisée ou non) d’un petit groupe, on associe certaines valeurs à cette carac­té­ris­tique (le fait de courir vite aux Jeux Olym­piques)
  3. On néglige des sous-groupes dépourvus de ces valeurs (peu de Pygmées, bien que noirs, ont remporté le 100 m.)
  4. On néglige des individus non carac­té­ris­tiques pourvus de ces valeurs (des Blancs ont remporté le 100 m)
  5. La carac­té­ris­tique (peau noire) étant héré­di­taire, on sous-entend que les valeurs (courir vite) le sont aussi.

Ce type de para­lo­gisme n’est pas un produit de notre société contem­po­raine. On en trouve par exemple traces écrites dans l’Ancien Testament ou chez Hippo­crate, ainsi que dans la plupart des civi­li­sa­tions.

Bien, le fait qu’un raison­ne­ment soit falla­cieux n’implique pas qu’il soit faux. De nombreux racistes pourront rétorquer que c’est nier l’évidence que de refuser que les Noirs sont plus rapides que les Blancs au 100 mètres. Et qu’évoquer les Pygmées, c’est comme évoquer les poissons volants pour tenter de démontrer que les poissons ont des ailes : un contre-exemple n’invalide pas une règle.

Déconstruire le racisme

Certes. L’invalidation du racisme est autre et passe, à nouveau, par la défi­ni­tion des mots employés, et main­te­nant par le mot « race »

Regrouper les orga­nismes vivants est le rôle de la taxonomie, et cette dernière utilise de nombreux types de classes (taxons) ayant chacune sa défi­ni­tion : règne, embran­che­ment, classe, ordre, famille, genre, espèce, sous-espèce etc. Aucune trace du mot « race » là-dedans !

Si ce terme n’est plus utilisé par les scien­ti­fiques, ce n’est pas pour des raisons de bien-pensance, mais parce qu’il est trop peu défini. C’est un peu comme le mot « légume » qui peut désigner tantôt des fruits (tomate p. ex.), tantôt des feuilles, des fleurs ou encore des racines. Aucun scien­ti­fique ne parle de légume parce que ce terme ne répond qu’à un paramètre précis et peu important (son type d’utilisation dans notre tradition culinaire) dont on ne peut rien déduire d’autre.

Il n’y a qu’en cuisine que l’on parle de légume, et qu’en élevage que l’on parle de race. Or, il semble pertinent, dans un contexte politique et juridique, d’utiliser des termes scien­ti­fiques qui permettent une carac­té­ri­sa­tion précise. (Après tout, c’est bien ce que cherchent les racistes, non !?)

Alors, sur un plan taxo­no­mique où se situe l’homme ? (Ne m’attaquez pas sur la descrip­tion entre paran­thèses, volon­tai­re­ment très très simpli­fiée !)

  • Règne : animal (nous devons manger d’autres êtres vivants)
  • Embran­che­ment : cordé (symétrie bila­té­rale… entre autres!)
  • Sous-embran­che­ment : vertébré (nous avons des vertèbres)
  • Classe : mammifère (nous avons des mamelles)
  • Sous-classe : thérien (nous ne pondons pas d’oeufs)
  • Infra-classe : euthérien (le placenta nous est connu)
  • Ordre : primate (la vision l’emporte sur l’olfaction, etc.)
  • Sous-ordre : haplo­rhi­nien (la truffe fait place au nez)
  • Infra-ordre : simii­forme (arrière de l’orbite occulaire fermé)
  • Micro-ordre : cata­rhi­nien (narines rappro­chées et ouverte vers le bas)
  • Super-famille : hominoïdé (nous avons un coccyx)
  • Famille : hominidé (face prognathe et bipédie)
  • Sous-famille : homininé (humains, chim­panzés et gorilles)
  • Tribu : hominien (humains et chim­panzés)
  • Genre : homo (homme actuel et espèces éteintes)
  • Espèce : homo sapiens (cerveau volu­mi­neux, pilosité réduite…)

Fort bien, mais ne peut-on pas continuer ? Si l’on veut pour­suivre la taxonomie de façon plus fine, il convient de parler de « sous-espèce » et non de « race ». Ce n’est pas qu’une question de mots puisque le taxon « sous-espèce » est nettement défini comme un « groupe d’individus qui se trouvent isolés et qui évoluent en dehors du courant génétique de la sous-espèce de référence1. »

L’idée de sous-espèces humaines n’est donc a priori pas absurde puisque la plupart des espèces animales possèdent de telles varia­tions. Les méca­nismes de l’évolution favo­risent les individus qui ont un fitness génétique adapté au milieu, et la dissé­mi­na­tion des homo sapiens en des zones très diffé­rentes au niveau clima­tique (et donc écolo­gique) a conduit à privi­lé­gier certaines allèles dont témoignent d’évidentes signa­tures phéno­ty­piques.

Là où il y a un os, c’est que ces varia­tions locales ont été pertur­bées par de très nombreux phéno­mènes de migration et de nomadisme qui ont généré un important métissage. Aucun groupe humain référencé n’a jamais vécu isolé assez longtemps, de telle sorte qu’il n’y ait pas de sous-espèces.

En outre, il a été démontré2 que le phénomène de dérive génétique (évolution de la fréquence d’un gène causée par des phéno­mènes aléa­toires comme le hasard des accou­ple­ments) produit une érosion de la biodi­ver­sité dans les popu­la­tions impor­tantes et est donc un second facteur anta­go­niste à l’apparition de sous-espèces humaines.

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Arbre de l’ADN mito­chon­drial humain (© Wikimedia)

Enfin, on comprendra sans peine que la pression de l’environnement permettra de privi­lé­gier des allèles condui­sant à une peau plus ou moins pigmentée. Il serait assez difficile de concevoir un envi­ron­ne­ment privi­lé­giant une valeur morale, ou un envi­ron­ne­ment privi­lé­giant les individus les plus idiots. De telle manière que, même s’il existait des sous-espèces humaines, celles-ci ne pour­raient que diffi­ci­le­ment servir d’assise scien­ti­fique à des préjugés racistes.

D’autre part, on constate aussi que l’Afrique contient 100 % de la diversité génétique humaine, ce qui semble logique quand on considère la grande diversité d’environnements de ce continent3.

Quant aux subdi­vi­sions taxo­no­miques plus fines encore (variété, sous-variété, forme, sous-forme), elles n’ont de sens qu’en botanique et en mycologie.

Si donc parler de races n’a rien de scien­ti­fique pour des espèces possédant des embran­che­ments en sous-espèces, c’est tota­le­ment insensé pour l’être humain qui ne subdivise guère qu’en popu­la­tions.

Il faut encore ajouter que la notion-même d’espèce est de plus en plus remise en question. En effet, l’espèce se définit comme l’ensemble des individus poten­tiel­le­ment inter-féconds, mais de trop nombreux contre-exemples (les tigrons, nés d’un tigre et d’un lion sont non seulement viables mais fertiles et peuvent se repro­duire avec un tigron, un tigre ou un lion !) fragi­lisent cette défi­ni­tion. Alors, la race…

La banalité du racisme

Mais alors, pourquoi le racisme est-il si répandu ? Le raison­ne­ment falla­cieux cité plus haut n’est proba­ble­ment qu’un mécanisme de renfor­ce­ment a poste­riori. Le racisme pourrait être beaucoup plus répandu, voire universel et contré seulement au prix d’efforts. Bien sûr, cette idée d’un racisme naturel qui demande à être corseté ou étouffé n’est guère confor­table. Pourtant, certaines expé­riences4 tendent à démontrer que de nombreuses personnes ayant un discours égali­taire et anti-raciste (re)tombent très faci­le­ment dans des postures racistes quand elles relâchent leur attention. Et ce racisme implicite semble exister chez les enfants indé­pen­dam­ment de l’éducation qu’ils reçoivent5.

Nous savons que les stéréo­types et les préjugés sont des stra­té­gies rapides (et donc souvent un peu idiotes) qui nous permettent de prendre des décisions sans connaître tous les éléments néces­saires.

Le racisme se développe d’autant plus que les capacités de réflexion et que l’accès à une culture scien­ti­fique s’appauvrissent ; d’autant plus aussi que les schémas mentaux répondent à des dogmes rigides plutôt qu’à des énoncés réfu­tables.

Ceci implique que le respect des individus au-delà des diffé­rences phéno­ty­piques et/ou cultu­relles n’est pas inné. Ce respect demande un travail d’éducation faisant appel à la logique, au raison­ne­ment et à la culture.

De la criminalisation du racisme

Cet effort ne peut se faire à coup de décrets, ni en récitant comme un mantra orwellien que le racisme est un délit et non une opinion.

Une société qui choisit d’interdire (voire de crimi­na­liser) plutôt que d’éduquer crée plusieurs problèmes :

  1. Les racistes resteront racistes. Simple­ment, ne pouvant en parler ouver­te­ment qu’entre eux, ils déve­lop­pe­ront des méca­nismes de groupe, soudés par l’adversité qu’il ressentent à l’égard de la société. Les plus subtils feront recette en surfant sur le fil de la légalité, obligeant le légis­latif à revoir sans cesse son arsenal à coup de mesures ad hoc.
  2. La société rogne sur une liberté impor­tante qui est celle d’expression. Elle s’instaure en garant du bien et du mal, consi­dé­rant qu’une insulte comme « sale nègre » est plus grave que « sale rouquin ».
  3. Elle rabaisse la science au rang de simple opinion puisqu’elle (la société) préjuge que les récits scien­ti­fiques n’ont aucune supé­rio­rité leur permet­tant de venir à bout des préjugés racistes.

En fait, je crois que, si de nombreuses sociétés préfèrent l’interdiction à l’éducation, c’est simple­ment parce que beaucoup de poli­ti­ciens sont eux-même inca­pables de dire en quoi le racisme est une erreur. Plus géné­ra­le­ment, je crois aussi que beaucoup utilisent — dans d’autres matières — des raison­ne­ments falla­cieux compa­rables à ceux qui sous-tendent le racisme.

Le racisme est sans doute un bon indi­ca­teur du degré d’inculture d’une civi­li­sa­tion, c’est entendu. Mais le fait de vouloir taire des opinions consi­dé­rées comme dange­reuses est un indi­ca­teur encore plus pertinent car il ne mesure pas des individus lambda mais ceux-là même que la démo­cratie a élu pour en rédiger ses lois.

Il faut réap­prendre comment s’articule un raison­ne­ment, comment confronter des idées les unes aux autres mais aussi à l’observation et à l’expérience. Pour tout cela, il est impératif que les mots gardent leur signi­fi­ca­tion. « Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » a justement écrit Confucius.

Que des individus feignent de l’ignorer pour justifier le racisme est une bêtise.

Que la société feigne de l’ignorer au nom de la démo­cratie est une infamie.

avk

 


  1. Inter­na­tional Code of Zoolo­gical Nomen­cla­ture.
  2. Strachan and Read. Human molecular genetics.
  3. Edwards, AWF (2003). Human genetic diversity: Lewontin’s fallacy. BioEssays 25 (8): 798–801.
  4. Devine, Patricia G.; Forscher, Patrick S.; Austin, Anthony J.; Cox, William T. L. (2012). Long-term reduction in implicit race bias: A prejudice habit-breaking inter­ven­tion in Journal of Expe­ri­mental Social Psycho­logy 48 (6): 1267–1278.
  5. Smith, Jeremy A.; Jason Marsh; Rodolfo Mendoza-Denton. Are We Born Racist?: New Insights from Neuros­cience and Positive Psycho­logy Paperback. Beacon Press, Berkley.

Introduction au quatrième principe de la thermodynamique

Le texte suivant, « Intro­duc­tion au quatrième principe de la ther­mo­dy­na­mique » n’a encore jamais été publié sur Internet. C’est avec l’autorisation de son auteur (transmise par MM. Jacques Nasielski et Pierre Résibois qui, bien que non-cossi­gna­taires, affirment être à l’origine de ce travail) que nous pouvons enfin le rendre dispo­nible à la commu­nauté inter­na­tio­nale.

Ce papier s’inscrit brillam­ment dans la tradition des études scien­ti­fiques à la fois révo­lu­tion­naires (au sens Popérien du terme) et ignorées ou contes­tées :

  • Galilei, Galileo. « Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo », 632 ;
  • Asimov, Isaac. « The Endo­chronic Proper­ties of Resu­bli­mated Thio­ti­mo­line », 1948 ;
  • Gardner, Martin. « e^(pi sqrt(163)) is an integer » in Scien­tific American April 1975, p. 112
  • Sokal, Alan, « Trans­gres­sing the Boun­da­ries: Towards a Trans­for­ma­tive Herme­neu­tics of Quantum Gravity », Social Text 46/47, printemps/été 1996, p. 217–252.

Chacune des contri­bu­tions histo­riques illustre de façon lumineuse l’ingrate trajec­toire bergéenne des grandes décou­vertes :

  1. Tout le monde prend la chose pour un canular ;
  2. Une fois les faits établis, on leur conteste toute utilité ;
  3. Une fois le glis­se­ment de paradigme opéré, tout le monde s’accorde à dire : « Mais avec quoi venez-vous, on sait ça depuis longtemps ! »

Bien que publiée à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) en 1959, le papier de D. Contraire en est toujours au deuxième stade de cette évolution.

Pourtant, sa présente publi­ca­tion quelques semaines après l’attribution du dernier Prix Nobel de physique n’est pas une coïn­ci­dence. En effet, si les conclu­sions de Désiré Contraire restent en phase avec les plus récentes avancées dans l’étude des modes de vibra­tions longi­tu­di­nales du groupe carbonyle, elle le sont aussi avec les expé­riences ATLAS et CMS menées par le CERN et dont les conclu­sions ont validé les hypo­thèses que Higgs, Englert et Brout rédi­gèrent suite à la lecture du travail que nous avons enfin l’honneur de présenter ici :

Intro­duc­tion au 4e Principe de la ther­mo­dy­na­mique [pdf]

avk

La Dernière Scène de Buñuel

Nous savons que les méca­nismes clas­siques qui font s’alterner tensions et réso­lu­tions ne s’appliquent guère aux oeuvres surréa­listes qui procèdent plutôt en modulant l’axe d’une tension jamais résolue. Nous savons aussi que la nature même du surréa­lisme est de s’affranchir du contrôle de la raison. En consé­quence, recher­cher une réso­lu­tion ration­nelle à l’une des plus grandes oeuvres surréa­liste du cinéma serait une démarche absurde. Mon objet ici ne sera que d’exposer une coïn­ci­dence sans chercher à en préciser la nature.

La dentelle sanglante

La dentelle sanglante

Des œuvres de Buñuel, c’est proba­ble­ment son dernier opus, Cet obscur objet du désir (1977), qui a suscité le plus d’interrogations et d’hypothèses inter­pré­ta­tives, ces ques­tion­ne­ments attei­gnant leur paroxysme avec la scène finale qui clôture à la fois ce film mais aussi toute l’œuvre du cinéaste.

Le film commence dans un wagon de chemin de fer où l’un des voyageurs, Mathieu Faber (Fernando Rey), entre­prend de conter à ses compa­gnons de voyage la singu­lière aventure amoureuse qui le lie à la désirable Conchita (Carole Bouquet et Angela Molina). Au travers des époques et des pays, celle-ci suscite chez lui une passion qu’elle refuse de combler, faisant alterner une figure apol­li­nienne (Carole Bouquet) à une figure diony­siaque (Angela Molina).

Afin d’universaliser la narration, le réali­sa­teur fait éclater les repères narratifs. Ainsi, le rôle de Conchita est inter­prété par deux actrices présen­tant quelques identités physiques mais surtout de grands anta­go­nismes d’expression ; les inter­prètes prin­ci­paux sont doublés (Fernando Rey par Michel Piccoli et Angela Molina par Florence Giorgetti) ; le terro­risme offre un contre­point à l’intrigue amoureuse ; la mise en scène alterne les codes du cinéma avec ceux du théâtre ; de courtes scènes semblent n’avoir pour seule fonction que de rappeler la nature de simulacre de l’oeuvre (scène de la souris en plastique…) ; et les nombreuses anaco­luthes consub­stan­tielles au langage de l’auteur parachèvent la déstruc­tu­ra­tion.

La scène finale s’accomplit dans un étroit passage parisien garni de boutiques. Dans un premier temps, le couple entre dans un moderne commerce de repro­gra­phie tandis que dans un magasin lui faisant face, un sac de jute récurrent à l’histoire est ouvert par une jeune femme qui en extrait un linge diffi­ci­le­ment iden­ti­fiable, ce qui semble être une chemise de nuit et enfin une dentelle tachée de sang. Le couple sort du magasin de photo­co­pies et s’arrête devant la vitrine où la dente­lière entre­prend de réparer une déchirure dans le dernier linge.

Le couple semble pour un temps figé dans un équilibre bourgeois qui ne laisse rien paraître de son intimité sexuelle. Le jeu des reflets le place à la fois de part et d’autre de la vitrine. Mais la fasci­na­tion de cette répa­ra­tion ne captive pas Conchita qui rompt l’équilibre et s’en va (non sans avoir tendre­ment et fuga­ce­ment pressé la main de son compagnon). Une fois la dentelle réparée, Faber, semblant apaisé, la rejoint. S’ensuite une ultime dispute que l’explosion de la galerie inter­rompt.

Le réali­sa­teur n’a jamais pu ou voulu donner d’interprétation :

« La dernière scène – où une main de femme reprise soigneu­se­ment une déchirure sur un manteau de dentelle sanglante (c’est le dernier plan que j’ai tourné) – me touche sans que je puisse dire pourquoi, car elle reste à jamais mysté­rieuse1. »

Une inter­pré­ta­tion ellip­tique consiste à voir dans le geste répa­ra­teur de la coutu­rière une tentative de guérison de l’œil tranché du Chien andalou, hypothèse renforcée par ce tableau que jette l’héroïne en entendant son amant arrivé : La Dentel­lière de Vermeer.

Mais la galerie ?

Vision­nant une nouvelle fois ce film, je remarquai que la fami­lia­rité de la scène finale avait quelque chose de parti­cu­lier, et je compris qu’une partie de cette fami­lia­rité tenait d’un élément a priori étranger à ce film. Il venait d’un entretien accordé à Meudon en 1959 par Louis-Ferdinand Céline à Louis Pauwels2.

Céline y parlait avec émotion de son enfance, galerie Choiseul, « poche à gaz » où sa mère, modiste et répa­ra­trice de dentelles, tenait  boutique au n° 67 puis au n° 64.

L’identité est évidente : Buñuel tourna sa dernière scène dans la galerie où grandit le jeune Louis-Ferdinand Destouches. Car contrai­re­ment à ce qui est souvent affirmé, c’est bien au passage Choiseul et non au passage Jouffroy que fut filmée, en décors naturels, cette scène finale3.

Au centre de l’image, la dentelle qui entourait le futur écrivain. Mais une dentelle sanglante. Une guerre était passée, et Céline en fut à la fois complice et victime. Cette scène qui mêle le présent au passé ressemble d’ailleurs à un film muet.

En face de ce commerce, un autre : un magasin de repro­gra­phie dont l’essence même est de repro­duire l’écrit. Et cet entretien de Pauwels qui montre que Céline, jamais ne quitta ce passage Choiseul.

Une dentelle sanglante passage Choiseul, un désir inassouvi et ravallé. Et une guerre, proche et lointaine à la fois.

Je ne sais si Buñuel a connu Céline, ni même s’il lu. Je ne relève ici qu’une coïn­ci­dence ironique et il m’importe peu de savoir ce qui la provoqua : la raison, l’inconscient ou ces indé­nom­brables inconnues qui consti­tuent le hasard.

Un fait toutefois demeure : l’oeuvre ciné­ma­to­gra­phique la plus intri­gante du XXe siècle se termine devant le modeste commerce où s’est trouvé en gestation l’œuvre litté­raire la plus déran­geante de ce même siècle.

avk

 


  1. Buñuel, Luis. Mon dernier soupir, p. 309. Laffont. Paris, 1982.
  2. Louis-Ferdinand Céline : entretien avec Louis Pauwels (19 juin 1959) dans En français dans le texte (1961, 19 min.) réal. par Yvan Jouannet.
  3. Duprat, Arnaud. Les derniers films de Luis Buñuel : l’aboutissement d’une pensée ciné­ma­to­gra­phique. Univer­sité Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Paris, 2007
  • Duprat, Arnaud. Cet Obscur Objet Du Désir Ou Les Mystères De Conchita. Pandora: Revue d’études Hispa­niques n° 5 (2005): 281–295.

Pourquoi mourir ?

A priori, la mort est la seule expé­rience qui nous semble inéluc­table : quelle que soit notre condition, aussi prudent que soit notre parcours, notre vie est limitée dans le temps.

Pourquoi meurt-on ?

Les méca­nismes de la sélection naturelle qui ont permis l’apparition de l’espèce humaine reposent en grande partie sur le phénomène de la mort : il faut bien que les anciennes géné­ra­tions dispa­raissent si on veut que les nouvelles s’imposent. Et les décès purement acci­den­tels ne suffisent pas. Le fait de limiter natu­rel­le­ment la durée de vie cellu­laire (apoptose) est un facteur de pression sélective qui accélère la dynamique de l’évolution et, par consé­quent, la renforce.

Télomères (en blanc)

Concrè­te­ment, l’apoptose est liée à la dégra­da­tion des télomères, ces bouchons terminaux des chro­mo­somes qui tiennent fonc­tion­nel­le­ment du petit cylindre de plastique à la fin des lacets de chaus­sures. Ces struc­tures sont synthé­ti­sées par une enzyme, la télo­mé­rase, lors du processus de répli­ca­tion de l’ADN. Si la télo­mé­rase est très active durant la période embryo­lo­gique et foetale, elle ne s’exprime plus guère après que dans les cellules germi­nales et dans certaines cellules cancé­reuses.

Les cellules soma­tiques, dépour­vues tota­le­ment ou presque de cette enzyme après la naissance, se divisent dès lors privées de la pleine protec­tion des télomères qui dispa­raissent après une cinquan­taine de divisions. Les chro­mo­somes subissent par consé­quent les mitoses ulté­rieures avec des dommages (alté­ra­tion de l’information, fusion de deux chro­mo­somes…) empêchant de nouvelles divisions et menant à la mort cellu­laire et au vieillis­se­ment de l’organisme.

Comme l’explique Richard Dawkins 1 : « …/ les gènes qui réus­sissent auront tendance à retarder la mort de leurs machines à survie, au moins jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus se repro­duire. (…) il est évident qu’un gène létal qui fera effet à retar­de­ment sera plus stable dans le pool génique qu’un autre qui fera effet tout de suite. (…) Ainsi, selon cette théorie, la sénilité n’est que le sous-produit de l’accumulation dans le pool génique de gènes létaux et de gènes semi-létaux à effet retard, qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet de la sélection naturelle simple­ment parce qu’ils ne font sentir leurs effets que très tard. »

Les récentes simu­la­tions infor­ma­tiques d’André C. R. Martins 2 mettent en présence des popu­la­tions d’organismes immortels avec des compé­ti­teurs mortels. Elles démontrent clai­re­ment que « When condi­tions change, a senescent species can drive immortal compe­ti­tors to extinc­tion. This counter-intuitive result arises from the pruning caused by the death of elder indi­vi­duals. When there is change and mutation, each gene­ra­tion is slightly better adapted to the new condi­tions, but some older indi­vi­duals survive by chance. Senes­cence can eliminate those from the genetic pool. Even though indi­vi­dual selection forces can sometimes win over group selection ones, it is not exactly the indi­vi­dual that is selected but its lineage. While senes­cence damages the indi­vi­duals and has an evolu­tio­nary cost, it has a benefit of its own. It allows each lineage to adapt faster to changing condi­tions. We age because the world changes. »

Évolution des simu­la­tions d’André C. R. Martins

Il y a pourtant des immortels

Par « immortels », je ne parle pas ici des orga­nismes dotés de méca­nismes de préser­va­tion qui leur confèrent une grande longévité tels certains tardi­grades3, mais bien d’organismes dont la seule façon de mourir est de succomber à un accident, une maladie ou une prédation. Bref il existe des orga­nismes qui ne meurent pas « de mort naturelle » pour adopter cette étrange expres­sion.

La sexualité, qui brasse le matériel génétique des individus d’une même espèce, n’est pas le seul mode de repro­duc­tion. La plupart des orga­nismes se repro­duisent par scis­si­pa­rité. Dans ce cas, l’avantage sélectif que la mort confère aux espèces sexuées, cet avantage semble nettement moins important, voire absent. De fait, à l’instar des cellules germi­nales des pluri­cel­lu­laires, de nombreux unicel­lu­laires ne sont en effet pas soumis à la pression sélective d’une mort programmée et jouissent d’une immor­ta­lité théorique.

Tur­ri­topsis nutri­cula

Étran­ge­ment, ils ne sont pas seuls à être exemptés d’apoptose et certains orga­nismes au cycle de vie complexe, prétendent aussi à l’immortalité. C’est le cas de la méduse Turri­topsis nutricula qui peut — en réponse à des condi­tions diffi­ciles — retourner à l’état de polype, lequel a la possi­bi­lité de se multi­plier avant de reprendre un état de méduse.4

Certains vers plats (planaires) consti­tuent un autre exemple inté­res­sant car certains sont dotés comme nous d’une sexualité tandis que les autres se repro­dui­sant par scis­si­pa­rité. Or, les deux types de planaires sont également capables de se régénérer indé­fi­ni­ment en recons­ti­tuant les tissus néces­saires. Et ce sans que l’on observe de diffé­rence génétique entre les tissus originels et les tissus régénérés. Chez ces planaires, l’activité de la télo­mé­rase, protec­trice des télomères, reste constante et leur garantit une éternelle jeunesse. 5

Bref, de nombreux exemples naturels existent qui prouvent que la mort n’est pas un mécanisme inéluc­table.

Mais qu’est-ce qui nous ennuie dans la mort ?

Toutes les religions affirmant de pair l’existence d’un Dieu et la survie de l’esprit confirment ceci : ce qui nous ennuie vraiment dans la mort, ce n’est pas tant la fin de la vie que la fin de l’esprit.

Bien sûr, une autre chose nous ennuie aussi mais elle se produit avant la mort : c’est la vieillesse. « Mourir cela n’est rien. Mais vieillir… » C’est que, nous l’avons vu, la vieillesse n’est rien d’autre que l’accumulation de petites morts cellu­laires avec tout ce que cela entraîne comme maladies, dysfonc­tion­ne­ments, douleurs et handicaps.

Dès lors, le vieux rêve d’immortalité peut prendre deux direc­tions. La première est biolo­gique mais semble semée d’embûches. En effet, le phénomène d’apoptose qui condamne nos cellules est — par le même mécanisme — notre meilleure protec­tion contre le cancer. D’autres pistes existent toutefois comme celle des cellules souches qui vient d’enregistrer des résultats inté­res­sants. 6

La seconde direction est infor­ma­tique. Elle consiste à sauver l’esprit avant que la dégra­da­tion biolo­gique de l’individu ne l’atteigne…

Projets d’immortalité

Si les rêves d’immortalité ont prix corps dans de nombreux mythes et romans, peu de projets de recherche publiques y ont été consacrés. Toutefois, l’idée que nous puissions disposer de copies parfaites de l’information contenue dans nos cerveaux n’est ni neuve ni extra­or­di­naire. L’hypothèse de l’IA forte 7 gagne en crédi­bi­lité chaque jour, permet­tant de penser que l’expression de cette infor­ma­tion ne sera pas une pâle copie de nos souvenirs mais bien nous-mêmes avec nos émotions, aspi­ra­tions et tout ce qui fait que ce que nous sommes.

Un projet initié par un milliar­daire russe, Dmitry Itskov, constitue un premier pas dans cette direction : le 2045 Avatar Project. Un objectif est de trans­planter un cerveau humain dans un robot humanoïde d’ici une dizaine d’années ans. Une étape ulté­rieure sera de remplacer le cerveau biolo­gique par un cerveau arti­fi­ciel. 8

Étapes du 2045 Avatar Project

Je ne sais si ce projet parti­cu­lier dispose de toutes les garanties voulues pour mener pareille entre­prise à bien. En revanche, je ne doute guère que nous sommes à un carrefour où convergent deux courants impor­tants. Tout d’abord, une accé­lé­ra­tion foudroyante de notre compré­hen­sion des processus de l’esprit et des tech­no­lo­gies qui y sont liées de près ou de loin. Enfin, une priva­ti­sa­tion de plus en plus efficace de recherches autrefois réservées à de lourdes admi­nis­tra­tions telles que la NASA. Cette conver­gence confère à l’intelligence humaine un bras de levier excep­tionnel capable de soulever des obstacles qui nous étaient apparus comme immuables.

Bien sûr, cette mutation sera la plus impor­tante de toutes celles que l’humanité ait vécues. Du fait des facilités d’interfaçage des individus numérisés, d’autoreprogrammabilité et de repro­duc­ti­bi­lité, la notion même d’individualité perdra vite toute signi­fi­ca­tion.

Face à un tel chan­ge­ment, toute tentative de prévision semble absurde… si ce n’est celle qu’Haldane fit il y a plus d’un siècle : « Ce qui ne fut pas sera, et personne n’est à l’abri. »


  1. Dawkins, Richard. Le gène égoïste. [Nouv. éd.]. ed. Paris: O. Jacob, 2003. p 66. 
  2. Martins ACR (2011) Change and Aging Senes­cence as an Adap­ta­tion. PLoS ONE 6(9): e24328. doi:10.1371/journal.pone.0024328 
  3. Certains tardi­grades peuvent ralentir leur méta­bo­lisme de telle manière qu’il semble tota­le­ment à l’arrêt (cryp­to­biose). 
  4. Piraino, S.; Boero, F.; Aeschbach, B.; Schmid, V. (1996). «Reversing the Life Cycle: Medusae Trans­for­ming into Polyps and Cell Trans­dif­fe­ren­tia­tion in Turri­topsis nutricula (Cnidaria, Hydrozoa)». The Biolo­gical Bulletin (Biolo­gical Bulletin, Vol. 190, No. 3) 190 (3): 302–312. 
  5. Thomas C. J. Tan, Ruman Rahman, Farah Jaber-Hijazi, Daniel A. Felix, Chen Chen, Edward J. Louis, and Aziz Aboobaker. Telomere main­te­nance and telo­me­rase activity are diffe­ren­tially regulated in asexual and sexual worms. PNAS 2012 : 1118885109v1-201118885. 
  6. Inhi­bi­tion of activated pericen­tro­meric SINE/Alu repeat trans­crip­tion in senescent human adult stem cells reins­tates self-renewal. Cell Cycle, Volume 10, Issue 17, September 1, 2011. 
  7. Selon la thèse de l’Intelligence Arti­fi­cielle forte, il est possible de construire une machine consciente d’elle-même et disposant de senti­ments. (Étant entendu que les termes « conscient » et « senti­ments » sont définis de la même façon que pour un être humain.) 
  8. http://​2045​.com/ 

L’inconfortable posture NOMA

Du respect

Le respect est une valeur que la plupart des civi­li­sa­tions, des religions et des mouve­ments philo­so­phique tiennent en haute estime. Elle implique que l’on accepte qu’une personne pense diffé­rem­ment, ce qui est très bien car cela permet d’éviter des conflits bien coûteux.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul avantage puisque la personne qui en fait montre se hisse au-dessus de possibles querelles, affirmant par là une compré­hen­sion et donc une intel­li­gence qui ne sont pas données à tout le monde. Être respec­tueux est donc double­ment grati­fiant.

Sur le plan religieux par exemple, les croyants entre­te­nant commerce spirituel avec d’autres confes­sions sont tenus pour plus éclairés que ceux-là qui se battent, à Jérusalem, Belfast ou dans les Balkans pour faire prévaloir leur inter­pré­ta­tion de tel texte considéré comme sacré. Qui n’a pas été ému par ces images de Juifs et de Musulmans frater­ni­sant sur un champ de ruines ou dans un film de Gérard Oury ?

Je me souviens d’un raison­ne­ment falla­cieux véhiculé par des auto­col­lants que l’industrie ciga­ret­tière avait distri­bués lorsque les poli­tiques s’interrogeaient sur la perti­nence d’interdire le tabac dans les restau­rants : « Fumeur ou pas, restons courtois. » Cette phrase est falla­cieuse en ce sens qu’elle ignore l’une des prémisses du débat sur la tabagie dans les lieux publics : le fait d’enfumer ses voisins de table est un manque de cour­toisie.

Un autre raison­ne­ment falla­cieux consiste à assimiler une chose à une autre. Par exemple, à assimiler les personnes à leurs idées, on en vient à consi­dérer que ce sont les idées qu’il convient de respecter avant les hommes. La notion de blasphème n’est rien d’autre. Et le respect des idées, c’est l’exact opposé de la démarche scien­ti­fique qui recherche la confron­ta­tion (la fameuse réfu­ta­bi­lité poper­rienne).

L’eau dans le vin

Quiconque a déjà mis de l’eau dans son vin sait perti­nem­ment qu’il n’a réussit qu’à gâcher chacun des deux breuvages. Pourtant, c’est bel et bien ce que cherchent à faire de nombreux scien­ti­fiques athées confrontés à des inter­lo­cu­teurs croyants. Prenons l’exemple du catho­li­cisme. Un catho­lique se distingue prin­ci­pa­le­ment d’un chrétien par le fait qu’il accepte certains dogmes comme l’Assomp­tion de la Vierge (qui implique que celle-ci soit montée au ciel corps et âme) ou la trans­sub­stan­tia­tion (qui implique une trans­mu­ta­tion réelle, non symbo­lique, du vin en sang et de l’hostie en chair).

Un scien­ti­fique athée ne peut (comme scien­ti­fique) ni ne veut (comme athée) accepter l’idée que le vin se change systé­ma­ti­que­ment en sang à chaque rituel eucha­ris­tique. Pourtant, alors qu’il n’hésitera pas à donner son avis sur le réchauf­fe­ment clima­tique, sur la vie extra­ter­restre, sur l’intelligence arti­fi­cielle ou sur les neutrinos supra­lu­mi­niques, il se censurera s’il est question de la montée de la Vierge ou de la survi­vance d’une âme après la mort. Sans doute sous le couvert que ne pas respecter des idées qui sont aussi ancrées dans l’identité d’un homme, c’est aussi manquer de respect à cet homme.

NOMA

L’avancée des sciences de l’évolution et des neuros­ciences depuis les années 80 ont exacerbé ce type de confusion à tel point que certains cher­cheurs améri­cains, par ailleurs croyants, ont proposé un étrange modèle qui semble se popu­la­riser dans de nombreuses sphères acadé­miques.

Dans Rocks of Ages: Science and Religion in the Fullness of Life1, Stephen Jay Gould affirme que « la science et la religion ne se regardent pas de travers mais s’entrelacent dans des figures complexes qui s’offrent des simi­li­tudes croisée à chaque échelle fractale. » Bref, pour le respec­table paléon­to­logue, science et religion ne sont pas en concur­rence mais bien dans des rapports de complé­men­ta­rité et d’homologie. Il appelle donc religieux et scien­ti­fiques de bonne volonté à consi­dérer ce qui lui apparaît comme une évidence et à avancer main dans la main dans cette posture diplo­ma­tique désormais connue sous l’étiquette de Non-over­lap­ping magis­teria (NOMA) ou d’accommodationisme.

Bien sûr, Gould peut mettre en doute certains dogmes catho­liques mais il reste selon lui des éléments tels que l’âme qu’il considère à la fois exister et être en dehors du magistère de la science : « Moreover, while I cannot perso­nally accept the Catholic view of souls, I surely honor the meta­pho­rical value of such a concept both for grounding moral discus­sion and for expres­sing what we most value about human poten­tia­lity: our decency, care, and all the ethical and intel­lec­tual struggles that the evolution of conscious­ness imposed upon us. »2

Le NOMA reçut un crédit inespéré quand, en 1999, la National Academy of Sciences déclara que « Scien­tists, like many others, are touched with awe at the order and complexity of nature. Indeed, many scien­tists are deeply religious. But science and religion occupy two separate realms of human expe­rience. Demanding that they be combined detracts from the glory of each. »3 C’est beau comme du Walt Disney.

Tel est donc le partage des braves demandé par le NOMA : la science garde l’empirisme et la modé­li­sa­tion du monde matériel ; la religion se voit attribuer les ques­tion­ne­ments fonda­men­taux et la morale surna­tu­relle.

… ou plutôt OMA

Quelques éléments devraient toutefois être consi­dérés par les scien­ti­fiques séduits par le visage avenant de NOMA.

  1. Les religions ont des causes et des effets qui sont notamment histo­riques, écono­miques et psycho­lo­giques. La démarche scien­ti­fique cesser d’étudier l’histoire, de dresser des modèles écono­miques et se détourner de la biochimie du cerveau ? Une réponse positive marque­rait un recul par rapport aux acquis des Lumières. Une réponse négative ne satisfera pas de nombreux croyants. Il y a over­lap­ping.
  2. Les religions reposent chacune sur un corpus de récits qui sont scien­ti­fiques de nature : miracles, sacre­ments, prières et autres événe­ments surna­tu­rels qui ont pour prin­ci­pale carac­té­ris­tique d’être réels, mesu­rables et en contra­dic­tion avec les principes de la science en vigueur. Les plus hauts digni­taires religieux ne semblent guère prêts à déclarer que tout ceci n’est que méta­phores et symboles. Ici encore, il y a over­lap­ping.
  3. Pourquoi la religion serait-elle le seul objet que la science ne pourrait pas étudier, critiquer et aborder ration­nel­le­ment ? Si l’objet religieux trans­cende le monde naturel, une étude maté­ria­liste ne pourrait en aucun cas lui nuire. Après tout, étudier le phénomène amoureux ne nuit guère aux senti­ments. L’over­lap­ping ne devrait pas gèner la foi.
  4. NOMA présup­pose que le monde n’est pas tota­le­ment rationnel, puisque les ques­tion­ne­ments fonda­men­taux n’y sont pas objets de démarche empirique. C’est là un postulat qui semble taillé pour les religions et qui, dès lors, ne pourra jamais être réfuté. Le NOMA se verrouille de lui même, ce qui le rend encore un peu moins sympa­thique. Ce verrouillage est un over­lap­ping.
  5. La démarche scien­ti­fique repose sur le critère de réfu­ta­bi­lité, lequel ne doit être en rien limité. Si j’énonce que « La Lune est en fromage blanc », tout le monde est en droit de tenter de réfuter cet exposé sans aucune restric­tion. Je pourrai à mon tour essayer de réfuter ces réfu­ta­tions. Cette dynamique contra­dic­toire s’enrichira d’observations, expé­ri­men­ta­tions et modé­li­sa­tions qui renfor­ce­ront l’une ou l’autre thèse. Mais si l’on s’interdit de toucher à certains objets de notre monde, on pourra parfois se trouver en face d’énoncés qui ne pourront plus être réfutés. Et petit à petit, le domaine scien­ti­fique s’effilochera au détriment du magistère religieux. Nouvel over­lap­ping.
  6. À l’image de l’Intel­li­gent Design qui n’est autre que du créa­tion­nisme outra­geu­se­ment maquillé, NOMA semble bien être une version moderne de cette vieille histoire où l’on pouvait goûter de tous les fruits du jardin sauf d’un seul: celui de la connais­sance.

Le propre de la démarche scien­ti­fique est – quand elle n’est pas dévoyée – d’accepter tout énoncé qui se prête à la réfu­ta­tion. C’est un système ouvert. Le propre d’un système religieux – quand il n’est pas dévoyé –, c’est de reposer sur des récits qui ne sont pas réfu­tables.

C’est un vieux débat de savoir si les démo­cra­ties doivent accepter en leur sein des partis qui veulent sa mort. De nombreux dicta­teurs sont venus ainsi au pouvoir, démo­cra­ti­que­ment élus, pour voter l’abolition de la démo­cratie. Person­nel­le­ment, je pense ce risque accep­table, du moins dans des sociétés disposant d’un certain niveau d’éducation et de canaux d’informations contra­dic­toires. Même si le risque est réel, c’est accep­table car les partis démo­cra­tiques pourront combattre leurs adver­saires à armes égales. Ce serait en revanche inac­cep­table si ces partis étaient protégés par une clause de non-agression.

Croyants et scien­ti­fiques doivent convenir – peu importe que ce soit pour des raisons distinctes – que le monde est unique et cohérent. Y construire un mur de Berlin tel que le NOMA est une insulte à l’intelligence et, m’ont confié des amis croyants, à la foi.

Le respect des hommes et des femmes est le ciment d’une civi­li­sa­tion ouverte.
Le respect des idées est le terreau du dogma­tisme.

Et si vous n’êtes pas d’accord, bienvenue !

avk

Références

Wikipedia


  1. Gould, Stephen Jay (2002). Rocks of Ages: Science and Religion in the Fullness of Life. New York: Ballan­tine Books. ISBN 034545040X
  2. Gould, Stephen Jay (1997). «Nono­ver­lap­ping Magis­teria.» Natural History 106 (March): 16–22. 
  3. Steering Committee on Science and Crea­tio­nism (1999). «Science and Crea­tio­nism: A View from the National Academy of Sciences». NAS Press. Retrieved 2007-11-16. 

L’identité d’Euler

L’identité d’Euler est l’une des équations les plus connues et fasci­nantes des mathé­ma­tiques, liant en une formule compré­hen­sible par un écolier quatre constantes fonda­men­tales occupant d’ordinaire des terri­toires bien distincts :

e^{i\pi}=-1

Carl Friedrich Gauss affirmait de cette formule que si un étudiant ne la percevait pas immé­dia­te­ment comme évidente, il ne devien­drait jamais un mathé­ma­ti­cien de premier plan. Ce n’est donc pas à eux que s’adresse ce billet, mais, désolé d’être désa­gréable, à tous les autres…

Le web regorge de démons­tra­tions géomé­triques qui ne font guère qu’illustrer l’identité sans guère la démontrer. Pourtant, il existe une démons­tra­tion élégante et faci­le­ment acces­sible. On y va…

 

1. Les vieilles séries de Taylor

Vous vous souvenez de l’idée de Taylor ? Elle consis­tait, en un point d’une fonction dérivable f, à construire une série consti­tuée de f et de ses dérivées succes­sives en ce point précis. Dans le cas de certaines fonctions, cela donne des égalités inté­res­santes qu’on est censé connaître par coeur :

e^x = 1 + x + \frac{x^2}{2!} + \frac{x^3}{3!} + \ldots \hspace{4 mm}(a)

\sin(x)=x-\frac{x^3}{3!}+\frac{x^5}{5!}-\frac{x^7}{7!}+\ldots \hspace{4 mm}(b)

\cos(x)=1-\frac{x^2}{2!}+\frac{x^4}{4!}-\frac{x^6}{6!}+\ldots \hspace{4 mm}

 

2. i

Bon, là c’est simple. Par défi­ni­tion :

i^2=-1 \hspace{4 mm}(d)

En consé­quence :

i^1=i ; i^2=-1 ; i^3=-i ; i^4=1 ; i^5=i ; i^6=-1\ldots \hspace{4 mm}(e)

 

3. Mélange

Il est facile de trans­poser la série (a) en y injectant l’exposant i :

e^{ix}=1+ix+\frac{(ix)^2}{2!}+\frac{(ix)^3}{3!}+\frac{(ix)^4}{4!}+\frac{(ix)^5}{5!}\ldots \hspace{4 mm}(f)

Autrement dit, en enlevant les paren­thèses :

e^{ix}=1+ix+\frac{i^2x^2}{2!}+\frac{i^3x^3}{3!}+\frac{i^4x^4}{4!}+\frac{i^5x^5}{5!}\ldots \hspace{4 mm}(g)

Grâce aux égalités (e), on peut sans diffi­culté remplacer les puis­sances de i :

e^{ix}=1+ix-\frac{x^2}{2!}-\frac{ix^3}{3!}+\frac{x^4}{4!}+\frac{ix^5}{5!}-\frac{x^6}{6!}\ldots \hspace{4 mm}(h)

 

4. Distri­bu­tion

La clé de voûte de l’opération consiste à redis­tri­buer les termes de cette série en deux séries distinctes : l’une sans les i et l’autre avec. Autrement dit :

e^{ix}=(1-\frac{x^2}{2!}+\frac{x^4}{4!}-\frac{x^6}{6!}+\ldots )+i(x-\frac{x^3}{3!}+\frac{x^5}{5!}-\frac{x^7}{7!}+\ldots ) \hspace{4 mm}(j)

Et là, on retrouve respec­ti­ve­ment nos séries de Taylor © et (b). Donc :

e^{ix}=\cos(x)+i\sin(x) \hspace{4 mm}(k)

Il suffit de choisir pour x la valeur parti­cu­lière de π et nous avons démontré que :

e^{i\pi}=\cos(\pi)+i\sin(\pi)=-1

Voilà ! Ça vous a plu ? La semaine prochaine, Cédric analysera en hexa­mètres dacty­liques la démon­tra­tion qu’Andrew Wiles a établie du Théorème de Fermat.

 

Sources :

Quand les ténèbres viendront.

« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un millé­naire, combien plus les hommes croi­raient-ils, adore­raient-ils et conser­ve­raient-ils pendant des géné­ra­tions le souvenir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nouvelle d’Isaac Asimov dont le titre original, Nightfall, avait bénéficié de cette traduc­tion : « Quand les ténèbres viendront. » L’auteur y prenait la citation d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fragilité du savoir et des civi­li­sa­tions.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gouver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment clima­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont manipulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en question l’idée originale que c’est le réchauf­fe­ment clima­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment clima­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà chevauché dans son dernier livre [1] où il quali­fiait la recherche clima­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son ignorance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai simple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on instille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le problème n’est pas de mettre en doute le modèle dominant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas unanimité totale autour de modèles aussi complexes que ceux de la clima­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spécia­lité. Mais si les arguments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un auditeur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout simple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des raison­ne­ments. Non, Rick Perry croit en certaines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent simple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbécile ; il a suivi un parcours univer­si­taire, dispose de talents d’orateur et des compé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquié­tant.

Car comme des centaines de millions de personnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible origi­nelle est un texte parfait ne compor­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse présenter quelque erreur de traduc­tion ou coquille édito­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gouver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pourrait bien l’aider à atteindre la Prési­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chipo­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théories de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pourrait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe commencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la clima­to­logie et à la biologie, c’est main­te­nant la géologie qui est priée de faire montre de tolérance : oui, la tecto­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rudement plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argument. Et puis, tous les amis, les voisins, les collègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krugmann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seulement voilà, cette tendance ne se limite pas à une classe politique. Pendant que les chape­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libéraux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le chama­nisme dans l’entreprise et alternent chimio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion terrifiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus personne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
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[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

Heurs et Malheurs des majuscules de titre

Dans un texte français courant, les règles fixant l’usage des majus­cules sont assez simples. La majuscule s’utilise en début de phrase, et pour quelques mots réservés (dont la mémo­ri­sa­tion est nettement moins simple). Pour les titres en revanche, les conven­tions ortho­ty­po­gra­phiques sont un peu plus complexes mais un peu de méthode permet de s’en sortir faci­le­ment.

1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de pério­dique prend une majuscule initiale, exception faite des noms propres.

À la recherche du temps perdu

1.1. Si le titre est composé seulement d’un adjectif quali­fi­catif suivi d’un substantif, le substantif prend également une majuscule.

Tristes Tropiques (mais : Mon oncle)

1.2. Si le titre est composé seulement de deux substan­tifs succes­sifs, chaque substantif prend une majuscule.

France Soir

1.3. Si le titre est composé seulement de substan­tifs énumérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule.

Guerre et Paix (mais : Être et avoir)

1.4. Si le titre commence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier substantif prend une majuscule, ainsi que tout adjectif ou adverbe précédant.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

1.5. Si le titre est constitué de substan­tifs énumérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule, ainsi que les adjectifs quali­fi­ca­tifs ou adverbes éventuels les précédant.

La Belle et la Bête

2. En cas de sous-titre ou de titre double, les principes précé­dents s’appliquent à chaque partie (seule exception : si le sous-titre commence par un article défini, cet article prend excep­tion­nel­le­ment une minuscule initiale).

Le Barbier de Séville ou la Précau­tion inutile

Pirates des Caraïbes : La Malé­dic­tion du Black Pearl

3. Les titres prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En parti­cu­lier, les substan­tifs madame, made­moi­selle et monsieur s’abrègent en Mme, Mlle et M. au singulier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu’ils consti­tuent le premier mot du titre. Lorsqu’ils sont écrits au long, ils prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.

Le Voyage de M. Perrichon

Monsieur de Pour­ceau­gnac

Les Quatre Filles du docteur March

La Faute de l’abbé Mouret

4. Quand l’auteur a clai­re­ment choisi une typo­gra­phie originale, il est géné­ra­le­ment préfé­rable de la respecter si cette graphie est justifiée et ne nuit pas aux requêtes.

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Ah oui, un petit détail encore : les majus­cules accen­tuées ne perdent pas leur accent. Cette coupable pratique trouve son origine dans les processus de compo­si­tion de textes à base de carac­tères mobiles qui n’offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L’erreur a donc été longtemps tolérée en raisons de diffi­cultés tech­niques. [4]

L’informatique ayant résolu le problème, il n’y a plus aucune excuse à commettre cette faute, source de tant de « JAURES ASSASSINE ! » et autres « LE PRESIDENT CHAHUTE A L’ASSEMBLEE ! »

avk

Sources

[1] Lexique Des Règles Typo­gra­phiques En Usage à L’imprimerie Nationale. Paris : Impri­merie nationale, 2002.

[2] Abrégé typo­gra­phique à l’usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.

[3] Wikipedia : Conven­tions typo­gra­phiques

[4] Ency­clo­pédie de la typo­gra­phie

Vivre sans TV.

Selon l’institut d’audience Nielsen, un Américain moyen passe quoti­dien­ne­ment 4 heures 49 minutes devant son télé­vi­seur, durée en augmen­ta­tion constante depuis 10 ans [1]. Le Syndicat National de la Publicité Télévisée nous informe pour sa part qu’un Français consomme un nettement moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails inté­res­sants.

Ainsi, la télé­vi­sion capte quoti­dien­ne­ment sur le terri­toire français 44,2 millions d’habitants durant, donc, 3h20’, ce qui mène à une consom­ma­tion annuelle de 3.226 milliards de minutes drainant des recettes publi­ci­taires de 3,98 milliards d’euros de janvier à août 2009 [2]. En extra­po­lant pour une période annuelle, nous obtenons 5,97 milliards d’euros bruts. En forçant le trait, disons que les publi­ci­taires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télé­vi­sion. En fait, le chiffre n’intègre pas les frais de gestion et de produc­tion qui, une fois injectés dans l’équation et selon un mien ami travaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.

On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garanties sur le retour probable sur inves­tis­se­ment. La fameuse citation de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confir­ma­tion dans ces chiffres :

« Soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publi­ci­taire soit perçu, il faut que le cerveau du télé­spec­ta­teur soit dispo­nible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre dispo­nible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain dispo­nible (…). Il faut chercher en perma­nence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. »

Bien sûr, l’économie n’est pas la seule à béné­fi­cier de la mise en récep­ti­vité de ces cerveaux. Le politique et plus géné­ra­le­ment la société elle-même profitent du formatage intel­lec­tuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d’abstinence télé­vi­suelle? Qu’offre Internet pour étancher notre soif d’images qui bougent?

Pour ce qui est des émissions télé­vi­suelles redis­tri­buées sur le net, impos­sible de faire ici le catalogue de l’offre indi­vi­duel des chaînes mais beaucoup d’entre elles offrent, en léger différé, les journaux télévisés et, en plus grand différé, des repor­tages tels que les Questions à la Une de la RTBF ou tels que l’on en trouve aussi sur ARTE TV. Je veux aussi mentionner l’excellent site de l’INA qui propose gratui­te­ment un catalogue impres­sion­nant de 23.000 heures d’archives télé­vi­suelles (parmi les 300.000 heures de programmes archivés annuel­le­ment) pour les nostal­giques des Cinq Colonnes à la Une ou d’Apos­trophes. À desti­na­tion des cher­cheurs et étudiants, l’INA a par ailleurs mis en place un site spéci­fique. Mais ne nous égarons pas…

Vous n’oserez sans doute pas l’avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n’est pas encore très connue sur le Vieux Continent, mais un grand nombre de séries télé­vi­sées sont vision­nables gratui­te­ment en streaming sur l’excellent Hulu qui offre une qualité de diffusion excep­tion­nelle… aux États-Unis. En effet, issu d’une joint venture entre NBC Universal, News Corp., The Walt Disney Company et Provi­dence Equity Partners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a toutefois encouragé certaines initia­tives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.

TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclu­si­ve­ment sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c’est que serveur de TVGorge n’héberge aucune vidéo mais une base de données de liens pointant toujours vers la source de diffusion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s’interrompent ou qui calent en plein milieu de l’intrigue. Vous allez sur le site, cherchez votre série dans une interface claire et cliquez simple­ment sur l’épisode désiré! Bien sûr, pas de télé­char­ge­ment possible sans contor­sions coupables! Seule question : combien de temps mettra la horde d’avocats fourbie par les proprié­taires de programmes pour trouver l’astuce contrai­gnant TVGorge à ne plus disposer gratui­te­ment d’aussi gracieux liens?

L’offre de CastTV est un peu plus diver­si­fiée et son interface se rapproche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes…), le service propose des émissions telles que l’Eurovision ou la remise des Oscars, une centaine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fantas­tique Bad Girls from Mars!) Sont dispo­nibles aussi de nombreuses vidéos musicales d’artistes tels que Guns ‘n Roses, AC/DC ou Bill Evans.

FanCast adopte pour sa part une interface ency­clo­pé­dique inspirée d’IMDB. Cette division de la Comcast Corpo­ra­tion profite de son impres­sion­nant catalogue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Paramount, Warner Bros et Disney) est payante en télé­char­ge­ment ou location. Une grande partie est toutefois gratuite, servant d’appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publicité. Vous y épen­cherez aussi votre soif de télé réalité, de docu­men­taires géné­ra­listes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show…). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien FanCast qui vous donnera l’expérience télé­vi­suelle la plus probante. Ah oui, c’est souvent très lent au démarrage et quelques vidéos sont indis­po­nibles…

Bon, passons main­te­nant à des choses plus inté­res­santes, et donc plus éloignées de l’expérience télé­vi­suelle classique. Outre des sites tels que YouTube et Daily­mo­tion où, à moins de savoir préa­la­ble­ment ce que l’on cherche, il est bien difficile de naviguer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l’honnête homme qui désire simple­ment passer quelques heures à découvrir, voire à vous émer­veiller.

Joost (prononcez «juiced») a été fondé par les créateurs de Skype et distribue les vidéos en peer-to-peer. J’étais un peu sceptique quand à la fiabilité d’un tel mode de diffusion pour des programmes de télé­vi­sion, mais je dois recon­naître que l’expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait néces­saire l’utilisation d’un logiciel dédié, c’est désormais une interface web qui a été adoptée. Joost dispose d’un très gros catalogue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui péna­lisent les utili­sa­teurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques milliers d’heures de programmes acces­sibles: docu­men­taires, shows, vidéos musicales et surtout,parmi les films, quelques clas­siques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton

Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fictions et programmes télé. Je m’en voudrais toutefois de ne pas signaler deux sites excep­tion­nels tournés respec­ti­ve­ment vers les docu­men­taires et vers la diffusion de confé­rences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom explicite de Docu­men­ta­ry­heaven. Financé par les dons et quelques publi­cités rela­ti­ve­ment discrètes, il ne possède actuel­le­ment qu’un millier de docu­men­taires, mais la plupart de grande qualité, de la dissec­tion d’un éléphant à une lecture de Chomsky sur la morale politique. À suivre, assu­ré­ment.

Enfin, il y a TED. TED (Tech­no­logy, Enter­tain­ment, Design) est une fondation améri­caine orga­ni­sant depuis 1990 des confé­rences sur des « ideas worth spreading ». La diversité des thèmes, la brièveté des inter­ven­tions (limitées à 18 minutes), la qualité des inter­ve­nants et la diffusion sur leur site web ont fait de TED un fantas­tique incu­ba­teur d’idées. Parmi les confé­ren­ciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les confé­rences, librement diffu­sables, sont dispo­nibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une appli­ca­tion iPhone vient même de sortir.

Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d’infidélité vis-à-vis de votre télé­vi­seur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémorable défi­ni­tion de la vulgarité audio­vi­suelle [5] comme élec­tro­choc ultime :

avk

Sources

[1] Nielsen

[2] SNPTV

[3] Entretien privé dans une taverne bruxel­loise devant quelques Grim­bergen Optimo Bruno

[4] Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain dispo­nible »

[5] Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)