Le terrorisme est notre modèle social

On nous Claudia Schieffer
On nous Paul-Loup Sulitzer
Oh le mal qu’on peut nous faire
(Alain Souchon, Foule Senti­men­tale)

Un extra­ter­restre curieux de comprendre les terriens ne se soucie­rait certai­ne­ment pas de savoir ce qui diffé­rencie les frères Kaouchi d’Anders Breivik. Ou de ces adoles­cents nord-améri­cains qui, à la suite d’Eric Harris et Dylan Klebold du lycée Columbine, ouvrent régu­liè­re­ment le feu sur leurs condis­ciples. Ou encore de ce Nordine Amrani qui a mitraillé une foule à Liège en 2011. Cet extra­ter­restre se deman­de­rait simple­ment pourquoi certaines personnes se mettent tout à coup à tirer sur leurs semblables par un acte qui semble échapper à toute logique, fut-elle de vengeance.

On m’opposera sans doute que les attentats djiha­distes sont d’une autre nature, puisqu’ils sont le fait de gens manipulés, pris en main par des orga­ni­sa­tions obéissant à une logique impla­cable. Mon point de vue est que le djihad occi­dental peut être vu comme l’instrumentalisation par ces orga­ni­sa­tions d’un phénomène plus général qui touche plus largement nos sociétés.

On pourrait ajouter à la liste des Breiviks ces phéno­mènes appa­rentés que sont les sectes destruc­trices de l’individu, le suicide des adoles­cents, et peut-être cette récente épidémie de burnouts. On peut natu­rel­le­ment trouver des expli­ca­tions contin­gentes à tous ces évène­ments : le patron d’untel était une ordure; tel adoles­cent était tyrannisé par ses condis­ciples; tel autre avait croisé le chemin d’un imam fonda­men­ta­liste. Il est pourtant difficile d’admettre que des causes si diverses donnent lieu à des effets si semblables. L’explication la plus simple est qu’il s’agit dans tous les cas de réactions de personnes fragiles à une même forme de pression sociale. C’est cette pression que j’apparente à du terro­risme.

Qui n’aspire pas à trouver un sens à sa vie? Face à l’universalité de ce besoin, le modèle qu’on nous offre le plus souvent est celui de la vacuité obscène du monde des célé­brités et de l’argent. De la télé­réa­lité aux joueurs de foot en passant par les familles prin­cières. Et toute cette fange est liée par des messages publi­ci­taires insidieux dont la somme constitue une espèce de norme qui s’auto-entretient. On aimerait nous laisser croire qu’il est normal de conduire des voitures luxueuses, d’avoir un travail (pardon, un job) épanouis­sant, d’avoir une plastique à la Photoshop, que les jouets offerts aux enfants rassemblent les familles, et que les sociétés de télécom rapprochent les gens. Parce que tu le vaux bien! Et si tu n’as rien de tout cela, qu’est-ce que tu vaux?

Tous ces messages sont terro­ristes par leur pendant négatif. Si tu n’achètes pas mon produit, tu n’auras rien de ce à quoi tu aspires le plus. La menace la plus courante dans les publi­cités est une forme de « tu n’auras pas d’amis » ou « tu ne coucheras pas avec elle/lui ». Des choses simples en somme. On ne s’y prendrait pas autrement si on voulait déli­bé­ré­ment créer des gens mal dans leur peau : attisez leurs frus­tra­tions et engagez ceux qui le peuvent dans un processus de consom­ma­tion sans fin qui n’arrange que vous. Est-il vraiment surpre­nant que les plus fragi­lisés d’entre nous disjonctent?

Mettre le djihad occi­dental exclu­si­ve­ment sur le dos de fonda­men­ta­listes mani­pu­la­teurs est une manière de nous laver les mains: c’est nous qui leur four­nis­sons le terreau. Un peu comme ces gens bien­pen­sants qui mettaient la fusillade de Columbine sur le dos de Marilyn Manson, dont les tueurs étaient fans. A ce titre, je vous invite à écouter l’interview que Michael Moore fait de Marilyn Manson dans Bowling for Columbine. De mémoire, l’interview se termine plus ou moins comme ceci.
Moore : Qu’est-ce que tu leur dirais à ces gosses, si tu en avais l’occasion?
Manson : Je ne leur dirais rien. J’écouterais ce qu’ils ont à dire. Personne ne les écoute jamais.
Il y a fort à parier que la seule personne qui ait jamais fait mine d’écouter les frères Kaouchi quand ils étaient des adoles­cents en quête de sens a malheu­reu­se­ment été un islamiste fonda­men­ta­liste.

J’entendais ce matin un quarteron de poli­ti­ciens wallons de tous bords, réunis par la gravité de la situation, proposer à l’unisson … des cours d’éducation au « vivre ensemble ». Quel emplâtre sur une jambe de bois! Une leçon de plus qu’on veut faire à des enfants déjà perdus, et qui ajoutera une norme supplé­men­taire à un modèle social dans lequel ils ne se recon­naissent de toute façon pas. Pour s’attaquer aux Breiviks et autres Kaouchis, il faudra à nos poli­ti­ciens plus de discer­ne­ment et de courage. Suite à cette interview de Marilyn Manson, une de ses connais­sances l’aurait maladroi­te­ment compli­menté en ces termes : « Je ne te savais pas si malin. » Et l’autre de répondre : « Je ne te savais pas si con. »

Cedric Gommes

Tu me sondes et tu me connais

Éternel ! tu me sondes et tu me connais,
Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pensée (…)
Car la parole n’est pas sur ma langue, Que déjà, ô Éternel ! tu la connais entiè­re­ment (…)
Une science aussi merveilleuse est au-dessus de ma portée, Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
-Psaume 139

Jeppe Hein, Follow Me (Bristol Univer­sity)

Il existe des moyens intel­li­gents d’utiliser ce qu’on sait sur une personne. Les casinos Harrah’s en savent quelque chose. Sur base du formu­laire d’apparence anodine que vous remplissez pour accéder à la salle des jeux (âge, sexe, formation, etc.) ils déter­minent votre « point de douleur », c’est-à-dire le montant maximum que vous pouvez perdre sans que ça vous coupe l’envie de revenir jouer [1]. Quand vos pertes approchent ce montant, un membre du personnel vient vous faire remarquer que vous n’avez déci­dé­ment pas de chance ce soir, et il vous conseille de rejoindre le restau­rant du casino « aux frais de la maison ». Tout l’art consiste à bien choisir le moment d’arrêter de vous plumer.

La possi­bi­lité aujourd’hui d’analyser de grandes quantités d’information rend ce type de mani­pu­la­tion omni­pré­sente, et on aurait tort de sous-estimer son effi­ca­cité [2]. On connait la phrase célèbre d’un ancien patron de TF1, selon laquelle le but de la télé­vi­sion est de vendre du cerveau humain dispo­nible à Coca-Cola [3]. Tout cela semble bon-enfant par rapport à ce qui se trame sur Internet.

Il y a tout ce dont on se doute. Par exemple, que le bouton « j’aime » de Facebook ne sert pas qu’à dire à ses copains qu’on a trouvé leur lien rigolo. Il sert aussi à Facebook à mieux vous connaitre. En gros, chaque fois que vous cliquez « j’aime », comme chaque fois que vous vous inscrivez à un jeux, vous vous rendez plus vulné­rable à la mani­pu­la­tion, et Facebook le monnaie auprès des annon­ceurs publi­ci­taires. Comme dans les casinos Harrahs’s, sauf que l’information dont on dispose sur vous est beaucoup plus riche, et que les mani­pu­la­teurs entrent dans une sphère que vous pensiez relever de votre intimité.

Il y a une autre forme de mani­pu­la­tion sur Internet qui n’est pas direc­te­ment commer­ciale, du moins pas encore. Si vous et votre voisin tapez le mot « Egypte » sur Google vos résultats seront sans doute très diffé­rents : peut-être tomberez-vous sur les hôtels de la Mer Rouge et votre voisin sur le procès de Moubarak. Google recueille en perma­nence des infor­ma­tions sur vous : où vous vous trouvez, le type d’ordinateur que vous utilisez, et aussi l’historique des liens sur lesquels vous avez cliqué. Sur base de ce flux d’information, un algo­rithme estime le type de site qui vous plaira et vous cache purement et simple­ment les autres. Eli Pariser en parle comme d’une bulle dans laquelle les moteurs de recherche vous enferment [4], sans rien vous dire de toute la partie d’Internet qui vous est rendue invisible. Pour rebondir sur le post d’Alain : si vous n’avez jamais navigué que sur des sites créa­tion­nistes, il y a fort à parier que Google vous cachera jusqu’à l’existence de Darwin.

Chaque fois qu’on s’aventure sur Internet, l’information circule désormais dans les deux sens : on vous regarde autant que vous regardez. Et Internet est aux mains de gens habiles qui ont des intérêts qui leur sont propres. Rebecca MacKinnon a un argu­men­taire assez convain­quant sur le fait qu’Internet ne deviendra pas spon­ta­né­ment l’idéal qu’on imaginait il y a encore peu [5]. Si on veut qu’Internet continue à donner un accès non biaisé à l’information, et qu’on ne veut pas s’y faire manipuler, cela néces­si­tera une forme d’activisme de notre part.

Cedric Gommes

[1] I. Ayes, Super Crunchers, Bantam Books (2008) ;
[2] R.-V. Joule, J.-L. Beauvois, Petit traité de mani­pu­la­tion à l’usage des honnêtes gens, Presses univer­si­taires de Grenoble (2002).
[3] Wikipedia:Patrick Le Lay
[4] TED​.com: Eli Pariser, Beware Online Filter Bubbles.
[5] TED​.com: Rebecca MacKinnon, Let’s Take Back The Internet.

Science, conscience et non-science

Science is the belief in the ignorance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Princeton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire parti­cu­lier nommé PEAR : Princeton Engi­nee­ring Anomalies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phéno­mènes diffi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des circuits élec­tro­niques [1]. Les activités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la problé­ma­tique initiale devient de mieux en mieux comprise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions complexes qui peuvent exister entre des circuits élec­tro­niques et leurs utili­sa­teurs, en relation avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des circuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une proba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien calibrée.  L’expérience consiste à demander à un utili­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résultats ont été accumulés au cours d’une dizaine d’années, par une centaine d’expérimentateurs.

A expé­rience surpre­nante, résultats surpre­nants : la fréquence de 0 et de 1 dans la séquence générée est corrélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quantité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue statis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un individu à un autre : certains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), certains obtiennent préfé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résultats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une falsi­fi­ca­tion obscu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des préjugés profon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heureu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode utilisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures univer­sités au monde. En plus, et le fait est suffi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dispo­nibles à quiconque voulait les analyser à sa manière. Sur cette base, des arguments ont été proposés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses colla­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient certains résultats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beaucoup de méthodes statis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot- incroyables. Dans ces condi­tions, la réaction des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion technique pourquoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir honnê­te­ment si elles le sont. Je me souviens avoir discuté en mangeant avec un profes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, physicien et père de Michel, sur les sourciers [5] : je racontais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sourcier ». Le fait même de trouver que cette question méritait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la catégorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résultats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résultats faux, et c’est normal : c’est unique­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résultats initiaux. Dans le cas des résultats de PEAR, personne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scien­ti­fique explique l’anathème jeté sur Jacques Benve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Benve­niste a eu beau contrer un par un les arguments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], analyser diffé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de statis­ti­ciens [7], changer de modèle biolo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résultats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Revenons à PEAR. Les résultats sont fasci­nants, mais pas néces­sai­re­ment choquants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La première éven­tua­lité n’est pas très diffé­rente d’un problème bien connu en mécanique quantique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système physique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus surpre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple classique est le positron qui par beaucoup d’aspects peut être compris comme un électron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements présents influencés par le futur, pour analyser notamment des situa­tions d’enchevêtrement quantique [10]. Pourquoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans certains domaines et qu’on les rejette de manière épider­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  toujours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les préjugés, qui ont le dernier mot. Le raison­ne­ment libre et non orienté n’est possible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori possible. On accepte des recherches débridées sur les parti­cules élémen­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le raison­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a poste­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sourciers était, pour ce profes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capacités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immédiat. Les cas de construc­tion de souvenirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi instruc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magicien cache à sa victime ce qu’il fait. Des systèmes de eye-tracking montrent pourtant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direction, ce qui suggère que le truc exploite un mécanisme cognitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la percep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment physique immédiat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phéno­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élucidées. La première étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possi­bi­lité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong question, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Corre­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Operator Intention: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Diffe­rences in Human/Machine Anomalies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jefferys, Bayesian Analysis of Random Event Generator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sourciers, Presse Univer­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Benve­niste pour publier ses résultats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scandale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) présen­tait donc les résultats de 4 équipes de recherche : celle de Benve­niste, une italienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Benve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cornillet, B. Poitevin, A. Spira, L’agitation de solutions hautement diluées n’induit pas d’activité biolo­gique spéci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beauvais, L’âme des molécules — une histoire de la «mémoire de l’eau», Collec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dispo­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, chapitre 27, Pygmalion : 1979) rapporte un cas frappant de deux concep­tions biolo­giques pourtant contraires -à propos des rapports entre phylo­ge­nèse et onto­ge­nèse- qui furent utilisées succes­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hallu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nouvelle science : la neuro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

Pi = C,CVEZCVBMLYZGEC

Il y a une propriété de pi qui me fait douter de son existence, ou plus modes­te­ment, qui me fait réaliser que je n’avais pas vraiment compris ce qu’est un nombre. Et cette propriété est : « pi est un nombre normal. » Cela veut dire que la suite des chiffres qui composent pi, et qui commence par 314159 a toutes les propriétés d’une suite aléatoire infinie, où chaque chiffre apparaît avec la même fréquence 1/10.

Une consé­quence de cette propriété de pi est que toute suite de chiffres de longueur finie, comme 0123456789, est présente quelque part dans la suite des chiffres qui composent pi. Plus la séquence est longue plus sa fréquence est faible, mais comme pi est une suite infinie, on a la certitude que n’importe quelle suite finie y est présente une infinité de fois. Par exemple, la suite la 10 chiffres 0123456789 est présente en moyenne une fois tous les 10000000000 chiffres, tout comme 0000000000, ou 3141592653.

La même obser­va­tion est plus frappante quand on l’exprime diffé­rem­ment. Quand on écrit pi = 3.1415, ce n’est qu’une manière concise d’écrire que pi est le nombre qu’on obtient en faisant le calcul 3*1+1*1/10+4*1/(10*10)+1*1/(10*10*10)+5*1/(10*10*10*10). C‘est ce qu’on appelle la base 10. Avec la numé­ra­tion en base 2 des ordi­na­teurs on écrirait pi = 11,0010010… ce qui veut dire pi = 1*2+1+0*1/2+0*1/(2*2)+1*1/(2*2*2)+… Si on veut utiliser une base plus grande que 10, il nous faut des symboles pour écrire tous les chiffres jusqu’à la valeur base. Pour écrire les nombres en base 27, par exemple, on peut convenir d’utiliser les lettres de notre alphabet et l’espace. On convien­drait 0 = «_», 1 = « A », 2 = « B», etc. jusqu’à 26 = « Z ». En base 27, et avec cette conven­tion, les premières décimales de pi sont reprises dans le titre.

La normalité d’un nombre est indé­pen­dante de la base dans laquelle il est écrit, ce qui signifie que n’importe quelle suite finie de lettres se trouve quelque part dans pi. Par exemple, on s’attend à trouver le mot « PAPA » une fois toutes les 500000 décimales. Le texte du journal de demain figure aussi quelque part dans pi, de même que toute l’oeuvre de Voltaire. Tout cela y figure même plusieurs fois, une infinité de fois ! Pire, ce n’est pas propre à pi : la plupart des nombres sont normaux. Cela veut dire que la plupart des fois que vous faites un calcul, l’œuvre de Voltaire est cachée dans la réponse.

La situation est analogue à celle du singe imaginé par Emile Borel, qui repro­dui­rait l’œuvre de Molière en tapant au hasard à la machine à écrire. Dans ce cas là, on peut se consoler de ce que cette situation n’est pas vraiment réelle, puisqu’il faudrait au singe un temps plus long que l’age de l’univers pour ne taper qu’un début de tirade. Ce que je trouve choquant avec la normalité des nombres, c’est que tout y serait dès le début. De manière statique, et depuis toujours. Faut-il en conclure que la plupart des nombres ne sont pas vraiment réels ?

Cedric Gommes

La forme et la matière

So what is this mind of ours: what are these atoms with conscious­ness? Last week’s potatoes! They now can remember what was going on in my mind a year ago…a mind which has long ago been replaced.
(Richard P. Feynman)


Je suis en train de me remémorer un épisode
de mon enfance et je vous invite à faire la même chose. Je me souviens d’un son et d’une odeur comme si j’y étais. Vous vous dites peut-être qu’il n’y a là rien de bien surpre­nant, puisque j’y étais. Et bien, en un certain sens, je prétends n’avoir pas assisté à ces épisodes dont je me souviens si bien. Pas plus que vous d’ailleurs.

Des analyses de traceurs radio­ac­tifs montrent que les molécules d’eau restent en moyenne 4 semaines dans notre corps, les atomes des os y restent quelques mois, les plus longs temps de séjour ne sont que de quelques années [1, 2]. Chaque année, 98 % de la matière qui constitue notre corps est remplacée. Prati­que­ment, notre corps ne contient plus aucun des atomes qui le consti­tuaient durant notre enfance. Comme le résume mali­cieu­se­ment Feynman: ce sont les atomes des pommes de terre que nous avons mangées la semaine dernière qui sont aujourd’hui le support matériel de nos souvenirs d’enfance! Ou pire. Du souvenir des pensées que nous avions étant enfants.

Notre identité intime ne se confond donc pas avec celle de la matière qui constitue notre corps, pas même notre cerveau, puisqu’elle est constam­ment remplacée alors que nous restons nous-mêmes [2]. Nos souvenirs, notre conscience, nos senti­ments, n’ont comme support matériel que la forme de la matière, pas la matière elle-même. Nous sommes comme un tour­billon qui est à chaque instant fait d’une eau diffé­rente, mais qui garde sa forme au cours du temps. Compre­nons nous : nous ne sommes pas l’eau qui constitue le tour­billon, nous ne sommes que la forme du tour­billon.

Steve Grand, le créateur du jeu infor­ma­tique Creatures, suggère qu’il n’y a pas de diffé­rence fonda­men­tale entre la forme et la matière [3]. La diffé­rence que nous percevons pourrait bien n’être qu’un biais anthro­po­cen­trique [1]. Consi­dé­rons l’électron. On le considère comme une particule maté­rielle, mais on ne détecte sa présence que par ses effets élec­tro­ma­gné­tiques. De beaucoup de points de vue, l’électron peut donc être compris comme étant une défor­ma­tion du champ élec­tro­ma­gné­tique qui ne s’atténue pas au cours du temps. L’électron serait au champ élec­tro­ma­gné­tique ce que le tour­billon est à l’eau : une forme persis­tante. Idem du proton. Et quand un proton et un électron se rencontrent, ils créent une nouvelle forme persis­tante : l’atome d’hydrogène. Et ainsi de suite pour la chimie de plus en plus complexe qui mène à la vie et à la conscience par une hiérar­chi­sa­tion des formes. Et les esprits conscients ne seraient qu’une forme persis­tante de plus, dont la nature n’est pas fonda­men­ta­le­ment diffé­rente des autres phéno­mènes.

Cedric Gommes

Sources

[1] Richard Dawkins, « Queerer than we can suppose », http://​www​.ted​.com/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​t​a​l​k​s​/​r​i​c​h​a​r​d​_​d​a​w​k​i​n​s​_​o​n​_​o​u​r​_​q​u​e​e​r​_​u​n​i​verse.html
[2] Tor Norre­tran­ders, « Permanent rein­car­na­tion »,
http://​www​.edge​.org/​q​2​0​0​8​/​q08_4.html
[3] Steve Grand, « Effing the ineffable: an engi­nee­ring approach to conscious­ness »
http://​machi​nes​li​keus​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​E​ffing.html

Du nombre d’accordeurs de pianos à Chicago à l’avenir de l’humanité

Peu de gens croient savoir le nombre d’accordeurs de piano qu’il y a Chicago. Pourtant, si on ne s’intéresse qu’à un ordre de grandeur, c’est un nombre facile à estimer. Le résultat en soi présente assez peu d’intérêt, mais la méthode est intéressante.Il y a vrai­sem­bla­ble­ment 2 millions d’habitants à Chicago, c’est à dire 500 000 familles, dont sans doute une sur 100 possède un piano, il y a donc 5000 pianos. Chaque piano doit être accordé tous les 2 ans, et ça nécessite 1/2 journée de travail. L’accordage de tous les pianos de Chicago repré­sente donc 1250 journées de travail par an, c’est grosso modo du travail à temps plein pour 4 personnes. En comptant que ces gens ne font vrai­sem­bla­ble­ment pas ça à temps plein, 10 accor­deurs serait un chiffre plausible. Compte tenu des incer­ti­tudes sur les chiffres utilisés, il y en a peut être 1, ou peut être 100, mais pas 1000 !

On peut utiliser le même type de raison­ne­ment pour estimer la produc­tion céréa­lière mondiale, le nombre de centrales nucléaires qui alimentent la télé­phonie mobile, la part des serviettes jetables dans le prix des Big Macs, et même le nombre de civi­li­sa­tion extra­ter­restres dans notre galaxie. On raconte qu’Enrico Fermi mangeait silen­cieu­se­ment en compagnie de collègues avec qui il construi­sait la bombe atomique, quand il s’est soudain écrié « Mais où sont-ils ? » [1]. Il venait d’estimer que la Terre aurait déjà du être explorée à de nombreuses reprises par des extra­ter­restres.

L’estimation à la Fermi du nombre de civi­li­sa­tions extra­ter­restres dans notre galaxie porte aujourd’hui le nom d’équation de Drake [2]. Elle comporte une succes­sion de facteurs tels que (1) le nombre d’étoiles crées chaque année, (2) la fraction des étoiles qui ont des planètes habi­tables, (3) la fraction de celles-ci où la vie apparaît, et (4) la durée de vie d’une civi­li­sa­tion capable de commu­ni­quer sur des distances inter­stel­laires. On fait géné­ra­le­ment l’hypothèse que la Terre n’est pas excep­tion­nelle, c’est-à-dire que chaque étoile possède de l’ordre d’une planète où la vie apparaît. Selon les esti­ma­tions, on trouve entre 100 et 10000 civi­li­sa­tions extra­ter­restres dans notre envi­ron­ne­ment immédiat [3]. Si on étend ce calcul à tout l’Univers visible, il faut multi­plier ce chiffre par 100 milliards !

Parmi les nombreuses courses est-ouest de la guerre froide, il y avait notamment la recherche des extra­ter­restres. C’est dans ce contexte qu’est né le projet américain « Search for Extra-Terres­trial Intel­li­gence » (SETI), pendant que les Russes avaient un projet similaire [4]. Et en tout ce temps, personne n’a rien vu : « Mais où sont-ils ? » [5]. On admet géné­ra­le­ment que les diffi­cultés tech­no­lo­giques liées aux voyages inter­stel­laires ne peuvent pas être la réponse. Il y a là-haut des systèmes solaires deux fois plus âgés que le notre, ce qui permet d’imaginer qu’il existe des tech­no­lo­gies autant supé­rieures à la notre, que la notre est supé­rieure à celle des algues bleues. Bref, c’est un vrai mystère.

L’explication la plus simple serait que notre forme de vie est très rare. Et il n’y aurait que deux expli­ca­tions possibles : soit il y a dans l’évolution de la vie terrestre une étape que nous avons déjà traversée qui était hautement impro­bable, soit la durée de vie d’une civi­li­sa­tion à haute tech­no­logie est très courte. Dans un texte inté­res­sant [6], Nick Bostrom explique pourquoi il espère qu’on ne trouvera pas trace de vie sur Mars. Si on trouvait de la vie sur la première planète qu’on explore autre que la terre, ça voudrait dire que la vie est un phénomène banal dans l’Univers. Tout cela augmen­te­rait la vrai­sem­blance du deuxième scénario, et nos jours seraient comptés [7].

Cedric Gommes

Sources

[1] Wikipedia : Fermi_paradox
[2] Wikipedia : Drake_equation
[3] L. Gresh & R. Weinberg, « The science of the Super­he­roes », Wiley 2002.
[4] Wikipedia : SETI
[5] Leo Szilard aurait répondu à Fermi « they are already among us — but they call them­selves Hunga­rians ».
[6] nick­bos­trom [PDF]
[7] Philip­pulus le Prophète, « La fin est proche », In: L’étoile mysté­rieuse, Hergé.

Pourquoi croit-on que les voitures vont plus vite dans la file d’à coté ?

Sans doute parce qu’elles vont effec­ti­ve­ment plus vite dans la file d’à coté. Et si vous passez d’une file à l’autre, ça n’y changera rien : la plupart du temps, vous serez dans la file la plus lente. Comme tout le monde d’ailleurs.
C’est parce qu’une file est dense qu’elle est lente, parce qu’on ajuste sa vitesse à la distance qui nous sépare de la voiture de devant. C’est pour la même raison que le traffic est plus rapide dans un tronçon peu dense, où la distance entre véhicules est grande. Dans une situation de traffic hété­ro­gène, les voitures lentes sont donc néces­sai­re­ment plus nombreuses que les voitures rapides. Pour fixer les idées, imaginons que les files lentes contiennent 2/3 des voitures, et que les files rapides en contiennent 1/3.

Chaque conduc­teur est alter­na­ti­ve­ment dans une zone rapide et dans une zone lente. Soit qu’il change de file, soit que son tronçon devienne tempo­rai­re­ment plus rapide ou plus lent. Comme la propor­tion globale de véhicules dans les tronçons rapides et lents est de 1/3 et 2/3, chaque conduc­teur indi­vi­duel­le­ment passe 2/3 du temps à rouler plus lentement que les autres, et seulement 1/3 du temps à rouler plus vite. Bref, 2 fois sur 3, les voitures d’à coté vont bel et bien plus vite.

Cedric Gommes

Source

http://​plus​.maths​.org/​i​s​s​u​e​1​7​/​f​e​a​t​u​r​e​s​/​t​r​a​f​f​i​c​/​index.html

Cycles et épicycles

The more important funda­mental laws and facts of physical science have all been disco­vered, and these are now so firmly esta­bli­shed that the possi­bi­lity of their ever being supplanted in conse­quence of new disco­ve­ries is excee­dingly remote… Our future disco­ve­ries must be looked for in the sixth place of decimals.

(Albert A. Michelson, 1894, cité par [1])

Il est assez courant que des scien­ti­fiques socia­le­ment assis aient des propos péremp­toires de ce genre. Vers la fin de sa vie, Kelvin aurait ainsi proclamé que des engins plus lourds que l’air ne vole­raient jamais, que la radio ne présen­tait aucun intérêt, et qu’on allait découvrir inces­sam­ment que les rayons X étaient un canular [2]. Ce qui rend les propos de Michelson surpre­nants, c’est que son nom est associé à une révo­lu­tion scien­ti­fique majeure. A l’époque où on lui attribue ces mots, il avait déjà effectué avec Edward Morley des mesures de la vitesse de la lumière qui balaye­ront les concep­tions clas­siques de l’espace et du temps. Les mesures de Michelson et de Morley de 1887 ne sont rien moins que le fondement expé­ri­mental de la théorie de la rela­ti­vité. Et il n’avait rien vu venir.

À l’instar des mesures de Michelson et Morley, les faits expé­ri­men­taux qui fondent la révo­lu­tion scien­ti­fique du début du 20ème siècle se sont accumulés tout au long du 19ème siècle, bien avant que les concep­tions ne commencent à changer. La première obser­va­tion du mouvement Brownien, qui est aujourd’hui considéré comme une preuve de l’existence des atomes, date de 1827. De la même manière, les « anomalies » de la chaleur spéci­fique des solides, dont la compré­hen­sion est un succès de la physique quantique, sont connues depuis le milieu du 19ème siècle. Ce qui fait une révo­lu­tion scien­ti­fique, ce ne sont pas des faits nouveaux, c’est un chan­ge­ment de mentalité.

En science comme dans d’autres domaines, le chan­ge­ment est rarement accueilli favo­ra­ble­ment [3]. L’attachement aux théories en vigueur est souvent justifié métho­do­lo­gi­que­ment, mais il prend parfois une forme patho­lo­gique. On a fait vivoter le géocen­trisme pendant plus de 13 siècles, en intro­dui­sant un système obscur d’épicycles pour rendre compte du mouvement des planètes vues depuis la Terre. C’est pour les mêmes raisons qu’on margi­na­lise de nombreux faits inex­pli­qués, qui seront peut-être un jour centraux dans notre compré­hen­sion du Monde.

Il suffit d’ouvrir un journal de vulga­ri­sa­tion pour voir combien la physique est aujourd’hui compli­quée. Certains voient dans la théorie des cordes, dans les fluc­tua­tions du vide, dans l’enchevêtrement quantique, etc. autant d’épicycles qui essayent déses­pé­ré­ment de sauver des concep­tions sans doute dépassées [1]. Pour aller de l’avant, ne faudrait-il pas s’intéresser en priorité aux faits qu’on qualifie de marginaux et qui ne sont pas encore compris ? On portera peut-être demain sur ceux qui balaient d’un revers de la main la mémoire de l’eau ou la fusion froide [4] le même regard plein d’incompréhension que nous portons aujourd’hui sur Michelson. Comment n’a-t-il rien vu ?

Cedric Gommes

Sources

[1] Robert J. Lahn, 20th and 21st century science: reflec­tions and projec­tions, Journal of Scien­tific Explo­ra­tion, 15 (2001) 21.
[2] http://​www​.2spare​.com/​i​t​e​m​_​50221.aspx

[3] Eric Hoffer, The Ordeal of Change, Hopewell publi­ca­tion, 2006. (Origi­nally published by Harper & Row: New York, 1963)
[4] L’histoire de ces deux phéno­mènes n’est pas la farce qu’on voudrait nous faire croire; Brian Josephson, prix Nobel de physique, en parle un peu sur sa page web. http://www.tcm.phy.cam.ac.uk/~bdj10/.