connaissance

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Le centre d’un cercle est le point équi­dis­tant aux points de sa cir­con­fé­rence. Cette simple défi­ni­tion dépend des symé­tries par­ti­cu­lières du cercle. Si l’on consi­dère une figure aussi simple que le tri­angle, ce ne sont pas moins de 3.000 points qui peuvent être qua­li­fiés de centres (centre de gravité, ortho­centre, centre du cercle inscrit…)

Attachons-nous au centre de gravité. C’est le point pour lequel la somme des dis­tances qui le séparent des autres points de l’objet est mini­male. Pour connaître le centre (de gravité) d’un pays, il suffit ainsi d’en découper la fron­tière dans une plan­chette de bois et de faire tenir cet objet en équi­libre sur un doigt. Le doigt pointe alors sur le centre du pays.

Cette défi­ni­tion peut s’appliquer à tout réseau pour autant que la notion de dis­tance soit définie comme le nombre d’intermédiaires néces­saires pour en relier deux élé­ments. C’est le prin­cipe du nombre d’Erdös [1] ou de celui de Bacon [2].

Dès 1929, l’écrivain Frigyes Karinthy imagina le concept des Six degrés de sépa­ra­tion, selon lequel toute per­sonne sur le globe peut être reliée à toute autre par une chaîne de six maillons de rela­tions indi­vi­duelles au maximum. Stanley Milgram étudia cette thèse dans son Étude du petit monde qui constitue un fon­de­ment capital pour l’analyse des réseaux sociaux. Face­Book, Wiki­pedia et le P2P reposent en grande partie sur ces fon­da­tions. L’une des consé­quences avérées est que c’est la soli­dité des liens faibles qui donne aux réseaux sociaux leurs cohérences.

C’est sur ces bases que Stephen Dohan s’est posée une ques­tion toute simple : quel est le centre de Wiki­pedia? Autre­ment dit, quel est l’article le plus proche de tous les autres, celui qui mini­mi­sera le nombre de clics à effec­tuer pour atteindre un article arbitraire?

La réponse est «  2007 ″, éloi­gnée en moyenne des autres articles de 3,65 clics. Mais cette page est tri­viale car il s’agit en fait d’une longue liste. En ne consi­dé­rant que les articles, le centre de Wiki­pedia est «  United Kingdom  », moyen­ne­ment dis­tante des autres de 3,67 clics. Il est suivi de «  Billie Jean King  » (3,68 clics) et de «  United States  » (3,69 clics).

Le Royaume Uni et les États-Unis ne sur­prennent guère… mais qui est donc Billie Jean King? Une ancienne joueuse de tennis à la bio­gra­phie par­ti­cu­liè­re­ment détaillée. Se trouver au centre faci­lite les contacts mais ne les stimule pas.

avk

Notes

[1] Le nombre d’Erdös d’un mathé­ma­ti­cien peut être défini de la façon suivante:

  • Le nombre d’Erdős de Paul Erdős vaut zéro ;
  • le nombre d’Erdős d’un mathé­ma­ti­cien M est le plus petit nombre d’Erdős de tous les mathé­ma­ti­ciens avec qui M a cosigné un article mathé­ma­tique, plus un (si M a un nombre de Erdős qui vaut 1, cela signifie qu’il a écrit un article avec Erdős) ;
  • si M n’a cosigné aucun article avec ces mathé­ma­ti­ciens, il a par défi­ni­tion un nombre d’Erdős infini.

[2] Le nombre de (Kevin) Bacon est au cinéma ce que le nombre d’Erdös est aux mathé­ma­tiques. Ronald Reagan a un nombre de Bacon de 2 : Il a tourné en 61 The Young Doctors avec l’acteur Eddie Albert, lequel a joué dans The Big Picture avec Kevin Bacon.

Réfé­rences

Dolan, Stephen. The Six Degrees of Wiki­pedia.

Gra­no­vetter, Mark. The Strength of Weak Ties; Ame­rican Journal of Socio­logy, Vol. 78, No. 6., May 1973, pp 1360–1380

Milgram, Stanley and J. Travers. An Expe­ri­mental Study of the Small World Problem , Socio­metry, 1969, Vol. 32, No. 4. (1), pp. 425–443.

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Peu de gens croient savoir le nombre d’accordeurs de piano qu’il y a Chicago. Pour­tant, si on ne s’intéresse qu’à un ordre de gran­deur, c’est un nombre facile à estimer. Le résultat en soi pré­sente assez peu d’intérêt, mais la méthode est intéressante.Il y a vrai­sem­bla­ble­ment 2 mil­lions d’habitants à Chicago, c’est à dire 500 000 familles, dont sans doute une sur 100 possède un piano, il y a donc 5000 pianos. Chaque piano doit être accordé tous les 2 ans, et ça néces­site 1/2 journée de travail. L’accordage de tous les pianos de Chicago repré­sente donc 1250 jour­nées de travail par an, c’est grosso modo du travail à temps plein pour 4 per­sonnes. En comp­tant que ces gens ne font vrai­sem­bla­ble­ment pas ça à temps plein, 10 accor­deurs serait un chiffre plau­sible. Compte tenu des incer­ti­tudes sur les chiffres uti­lisés, il y en a peut être 1, ou peut être 100, mais pas 1000 !

On peut uti­liser le même type de rai­son­ne­ment pour estimer la pro­duc­tion céréa­lière mon­diale, le nombre de cen­trales nucléaires qui ali­mentent la télé­phonie mobile, la part des ser­viettes jetables dans le prix des Big Macs, et même le nombre de civi­li­sa­tion extra­ter­restres dans notre galaxie. On raconte qu’Enrico Fermi man­geait silen­cieu­se­ment en com­pa­gnie de col­lègues avec qui il construi­sait la bombe ato­mique, quand il s’est soudain écrié « Mais où sont-ils ? » [1]. Il venait d’estimer que la Terre aurait déjà du être explorée à de nom­breuses reprises par des extraterrestres.

L’estimation à la Fermi du nombre de civi­li­sa­tions extra­ter­restres dans notre galaxie porte aujourd’hui le nom d’équation de Drake [2]. Elle com­porte une suc­ces­sion de fac­teurs tels que (1) le nombre d’étoiles crées chaque année, (2) la frac­tion des étoiles qui ont des pla­nètes habi­tables, (3) la frac­tion de celles-ci où la vie appa­raît, et (4) la durée de vie d’une civi­li­sa­tion capable de com­mu­ni­quer sur des dis­tances inter­stel­laires. On fait géné­ra­le­ment l’hypothèse que la Terre n’est pas excep­tion­nelle, c’est-à-dire que chaque étoile possède de l’ordre d’une planète où la vie appa­raît. Selon les esti­ma­tions, on trouve entre 100 et 10000 civi­li­sa­tions extra­ter­restres dans notre envi­ron­ne­ment immé­diat [3]. Si on étend ce calcul à tout l’Univers visible, il faut mul­ti­plier ce chiffre par 100 milliards !

Parmi les nom­breuses courses est-ouest de la guerre froide, il y avait notam­ment la recherche des extra­ter­restres. C’est dans ce contexte qu’est né le projet amé­ri­cain « Search for Extra-Terrestrial Intel­li­gence » (SETI), pendant que les Russes avaient un projet simi­laire [4]. Et en tout ce temps, per­sonne n’a rien vu : « Mais où sont-ils ? » [5]. On admet géné­ra­le­ment que les dif­fi­cultés tech­no­lo­giques liées aux voyages inter­stel­laires ne peuvent pas être la réponse. Il y a là-haut des sys­tèmes solaires deux fois plus âgés que le notre, ce qui permet d’imaginer qu’il existe des tech­no­lo­gies autant supé­rieures à la notre, que la notre est supé­rieure à celle des algues bleues. Bref, c’est un vrai mystère.

L’explication la plus simple serait que notre forme de vie est très rare. Et il n’y aurait que deux expli­ca­tions pos­sibles : soit il y a dans l’évolution de la vie ter­restre une étape que nous avons déjà tra­versée qui était hau­te­ment impro­bable, soit la durée de vie d’une civi­li­sa­tion à haute tech­no­logie est très courte. Dans un texte inté­res­sant [6], Nick Bostrom explique pour­quoi il espère qu’on ne trou­vera pas trace de vie sur Mars. Si on trou­vait de la vie sur la pre­mière planète qu’on explore autre que la terre, ça vou­drait dire que la vie est un phé­no­mène banal dans l’Univers. Tout cela aug­men­te­rait la vrai­sem­blance du deuxième scé­nario, et nos jours seraient comptés [7].

Cedric Gommes

Sources

[1] Wiki­pedia : Fermi_paradox
[2] Wiki­pedia : Drake_equation
[3] L. Gresh & R. Wein­berg, « The science of the Super­he­roes », Wiley 2002.
[4] Wiki­pedia : SETI
[5] Leo Szilard aurait répondu à Fermi « they are already among us — but they call them­selves Hun­ga­rians ».
[6] nick­bos­trom [PDF]
[7] Phi­lip­pulus le Pro­phète, « La fin est proche », In: L’étoile mys­té­rieuse, Hergé.

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En mai dernier, les planches à billets zim­babwéennes sor­taient une coupure de 250.000.000 ZWD, signe d’une hyper­in­fla­tion estimée en juin à 9.030.000%. Dans l’hypothèse où ces chiffres veulent encore dire quelque chose, c’est-à-dire qu’il existe un marché pour une telle monnaie, 1 USD = 40.000.000.000 ZWD.

  • 1983 : USD $1 = ZWD 1$
  • 2000: USD $1 = ZWD 1,000$
  • 2006: USD $1 = ZWD 100,000$
  • 2006: USD $1 = ZWD 500,000,000$
  • 2008: USD $1 = ZWD 18,700,000,000$

Ancienne colonie anglaise, le Zim­babwe a gardé l’anglais comme langue offi­cielle, ce qui ne faci­lite pas les choses lorsque l’on mani­pule quo­ti­dien­ne­ment des sommes dépas­sant le milliard.

En fran­çais, les choses sont rela­ti­ve­ment simples :

  • un mil­liard = 1.000 mil­lions (10**9) ;
  • un billon = 1.000 mil­liards (10**12) ;
  • un tril­lion = 1.000.000 bil­lions (10**18) ;
  • etc.

Notons tou­te­fois que beau­coup de gens pense que mil­liard est le syno­nyme popu­laire de billion, faisant ainsi une erreur d’un facteur 1.000.

En anglais, la confu­sion est encore bien pire, ainsi que l’explique l’excellent Neil Minkley. La signi­fi­ca­tion d’un terme tel que billion varie selon le type d’anglais (British ou Ame­rican), mais aussi selon le dic­tion­naire considéré.

Ainsi, selon le Harrap’s Una­bridged, « trillon » pourra être compris par un anglo­phone comme 10**12 (Anglais) ou comme 10**18 (Américain) :

Français    British English    American English
milliard    billion            billion
billion     trillion           trillion
trillion    trillion           quintillion

tandis que pour le Grand Dic­tion­naire Hachette-Oxford, « tril­lion » est ambigu pour les Amé­ri­cains et « billion » est ambigu pour les Anglais :

Français    British English    American English
milliard    billion            billion
billion     billion            trillion
trillion    trillion           trillion

En fait, les deux usages sont permis selon que l’on consi­dère une short-scale accep­tion ou une long-scale accep­tion (laquelle intègre aussi billiard et trilliard). Mais il ne semble guère exister de conven­tion per­met­tant de trancher.

Pensée émue pour tous les Zim­babwéens qui se trouvent en aval de la planche à billets, et plus par­ti­cu­liè­re­ment pour les comptables.

avk

Sources :

Anglais pra­tique (Neil Minkley)

CIA fact­book

Wiki­pedia : Long and short scales

Wiki­pedia : Zimbabwe

World­bank

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Sans doute parce qu’elles vont effec­ti­ve­ment plus vite dans la file d’à coté. Et si vous passez d’une file à l’autre, ça n’y chan­gera rien : la plupart du temps, vous serez dans la file la plus lente. Comme tout le monde d’ailleurs.
C’est parce qu’une file est dense qu’elle est lente, parce qu’on ajuste sa vitesse à la dis­tance qui nous sépare de la voiture de devant. C’est pour la même raison que le traffic est plus rapide dans un tronçon peu dense, où la dis­tance entre véhi­cules est grande. Dans une situa­tion de traffic hété­ro­gène, les voi­tures lentes sont donc néces­sai­re­ment plus nom­breuses que les voi­tures rapides. Pour fixer les idées, ima­gi­nons que les files lentes contiennent 2/3 des voi­tures, et que les files rapides en contiennent 1/3.

Chaque conduc­teur est alter­na­ti­ve­ment dans une zone rapide et dans une zone lente. Soit qu’il change de file, soit que son tronçon devienne tem­po­rai­re­ment plus rapide ou plus lent. Comme la pro­por­tion globale de véhi­cules dans les tron­çons rapides et lents est de 1/3 et 2/3, chaque conduc­teur indi­vi­duel­le­ment passe 2/3 du temps à rouler plus len­te­ment que les autres, et seule­ment 1/3 du temps à rouler plus vite. Bref, 2 fois sur 3, les voi­tures d’à coté vont bel et bien plus vite.

Cedric Gommes

Source

http://​plus​.maths​.org/​i​s​s​u​e​1​7​/​f​e​a​t​u​r​e​s​/​t​r​a​f​f​i​c​/​index.html

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I. SUBJECTIVISMES ETC.
où la seule chose qui compte fina­le­ment, c’est d’imposer ses idées…

I1. Sub­jec­ti­visme

L’exemple parfait du sub­jec­ti­visme est incarné par Martin Luther King lorsqu’il s’écrie : « Nous tenons ces vérités pour évi­dentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pour­rait s’écrier tout aussi sub­jec­ti­ve­ment : « Nous tenons ces vérités pour évi­dentes par elles-mêmes que cer­taines races sont supé­rieurs à d’autres. »

Bref, le sub­jec­ti­visme est désar­mant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les per­sonnes dénuées de tout esprit critique.

Deux sub­jec­ti­vismes par­ti­cu­liers ont été définis : celui du psy­cho­logue (Psychologist’s fallacy) et celui de l’historien (Historian’s fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un sti­mulus de la même façon que l’observateur : « Il sur­sau­tera dès que l’image du serpent apparaîtra. »

Le sub­jec­ti­visme de l’historien est ana­logue. Il consiste à penser que les déci­deurs du passé dis­po­saient des mêmes infor­ma­tions et de la même pers­pec­tive que l’historien actuel : « Napo­léon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le sub­jec­ti­visme de l’historien est proche du déter­mi­nisme rétros­pectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.

I2. Appel à l’ignorance (Argu­mentum ad ignorantiam)

Ici, le sub­jec­ti­visme s’engouffre dans l’impossibilité que l’on a de déter­miner une valeur de cré­di­bi­lité aux prémisses.

« Ce n’était ni un avion ni un héli­co­ptère, c’était donc une sou­coupe volante! »

I3. Raison par forfait (Argu­mentum ad nauseam, Argu­mentum verbosium)

Au manque de réfé­rences de l’appel à l’ignorance s’oppose la masse impra­ti­cable de réfé­rences de la raison par forfait :

« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l’intégralité des tra­duc­tions des oeuvres de Sha­kes­peare et leurs variantes dans leurs édi­tions successives. »

I4. Argu­mentum a silentio

L’argumentum a silencio consiste à déduire l’ignorance d’une per­sonne de son silence. C’est très tentant, je sais…

« Comment s’appelle l’oiseleur de la Flûte enchantée?
– Je le sais mais je ne veux pas le dire.
– Tu ne le sais pas, tout simplement! »

I5. Argu­mentum ad logicam

Argu­ment affir­mant que si un argu­ment est fal­la­cieux, sa conclu­sion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affir­ma­tions de la Bible. C’est bien la preuve de Dieu n’existe pas! »

I6. Pensée magique

La simple volonté prend ici valeur de pré­misse. Ici, l’argumentation n’offre guère de prise à une réfu­ta­tion utile. Nous sommes proches de la prière…

« Je n’ai jamais eu d’accident mortel, ce n’est pas ce soir que j’en aurai un! »

I7. Plurium interrogationum

Il s’agit d’une ques­tion chargée de pré­misses non démon­trées, ou orien­tant la réponse. La seule façon de s’en sortir est de reca­drer la question.

« Frappez-vous encore votre femme? »

I8. Cari­ca­ture (Strawman)

Trom­perie fondée sur une repré­sen­ta­tion déformée de l’argument de l’adversaire.

« - J’estime que la nudité pour­rait être auto­risée sur cette plage.
– Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d’orgie. »

I9. L’Homme masqué (Masked man fallacy)

L’utilisation de dési­gna­teurs dis­tincts dans une struc­ture logique par­faite peut mener à une erreur lorsqu’ils recouvrent un seul et même objet.

« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n’est pas mon père. »

I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)

Cette trom­perie se rap­proche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l’exposé d’une autre.

« Mais vous mentez!?
– Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »

I11. Appel à la modé­ra­tion (Argu­mentum ad temperantiam)

Cette erreur consiste à consi­dérer que la vérité doit se situer entre deux posi­tions opposées.

« Dix mille mani­fes­tants selon la police, 30.000 selon les orga­ni­sa­teurs… nous pouvons rai­son­na­ble­ment penser qu’ils étaient grosso-modo 20.000 à s’être déplacés. »

I12. Mani­pu­la­tion des probabilités

« Il y a une chance sur mille qu’une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu’il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »

I13. Biais de la solu­tion par­faite (Nirvana fallacy, Perfect solu­tion fallacy)

Rejet d’une solu­tion au seul motif qu’elle n’est pas parfaite.

« Les pré­ser­va­tifs sont à éviter : il arrive que cer­tains se déchirent. »

I14. Effets de manches (Style over sub­stance fallacy)

« Parce que j’aime autant vous dire que pour moi, Mon­sieur Eric, avec ses cos­tumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de man­chette en simili et ses pompes à l’italienne fabri­quées à Gre­noble, eh ben, c’est rien qu’un demi-sel. Et là, je parle juste ques­tion pré­sen­ta­tion, parce que si je voulais me lancer dans la psy­cha­na­lyse, j’ajouterais que c’est le roi des cons… » (Audiard, Le Cave se rebiffe)

I15. Faux dilemme

Limiter les solu­tions pos­sibles à une alter­na­tive arbitraire.

« Alors, fina­le­ment, vous êtes pour ou contre les légumes? »

I16. Fausse corrélation

« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favo­rise donc la calvitie. »

I17. Non Sequitur

« Il fait beau aujourd’hui. Il pleuvra donc demain. »

I18. Néga­tion de la preuve

« Il n’est pas mort parce que je l’ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu’il a touché le sol! »

I19. Trai­te­ment spécial (Special Pleading)

Appli­quer à un échan­tillon des règles dif­fé­rentes de celles qui s’appliquent à la popu­la­tion géné­rale, sans jus­ti­fi­ca­tion adéquate.

« Je trouve normal que chacun soit res­pon­sable des dégâts qu’il commet, et je recon­nais avoir cassé la voiture de mon voisin. Tou­te­fois, j’espère que vous ne me deman­derez pas de financer les réparations. »

I20. L’effet Eliza

Ce biais de rai­son­ne­ment consiste à donner à un énoncé plus de sens qu’il n’en a vrai­ment. Eliza est un logi­ciel algo­rith­mique simu­lant une conver­sa­tion avec un psychiatre.

Eliza : Comment vas-tu aujourd’hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sen­ti­ment.
Humain : Je crois qu’il n’y a que toi qui me comprenne.

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

www​.nizkor​.org

wiki­pedia

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H. ERREURS DE LOGIQUE
où l’on se perd dans la pure logique…

H1. Affir­ma­tion d’une disjonction

Erreur de logique pro­po­si­tion­nelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.

« J’ai entendu qu’il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)

H2. Affir­ma­tion du conséquent

Erreur de logique pro­po­si­tion­nelle : estimer que si B est une consé­quence de A, il ne peut être qu’une consé­quence de A.

« Si j’ai une grippe, je serai fié­vreux. Comme j’ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »

H3. Néga­tion de l’antécédent

Erreur de logique pro­po­si­tion­nelle : estimer que si B est une consé­quence de A, l’absence de A implique l’absence de B.

« Si j’ai une grippe, je serai fié­vreux. Comme je n’ai pas de grippe, ce ther­mo­mètre se trompe. »

H4. Erreur existentielle

Erreur de quan­ti­fi­ca­teur : dans un syl­lo­gisme, une pré­misse manque pour aboutir à la conclusion.

« Les licornes sont des animaux, donc cer­tains animaux sont des licornes. »

(Dans le cadre d’un syl­lo­gisme caté­go­rique, on parlera de Fallacy of the undis­tri­buted middle)

H5. Conver­sion illicite

Erreur de quan­ti­fi­ca­teur : estimer que si un argu­ment est vrai, son inverse l’est aussi.

« Tous les carrés sont des rec­tangles, et vice-versa. »

H6. Quan­ti­fier shift

Réso­lu­tion fautive des quantificateurs

« Chaque per­sonne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »

H7. Qua­ternio ter­mi­norum (Fallacy of four terms)

L’erreur se glisse lorsqu’un qua­trième terme appa­raît subrep­ti­ce­ment dans un syl­lo­gisme qui doit en com­porter trois.

« Les phi­lo­sophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

H8. Conclu­sion affir­ma­tive d’une pré­misse négative

Lorsqu’un syl­lo­gisme caté­go­rique mène à une conclu­sion posi­tive après une ou deux pré­misses négatives.

« Aucun homme n’est un poisson, aucun poisson n’est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »


H9. Pré­misse majeure illicite

Le terme majeur n’est pas dis­tri­buée dans la pré­misse majeure.

« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n’est un homme. Donc, aucune licorne n’est mortelle. »

H10. Pré­misse mineure illicite

Le terme mineur n’est pas dis­tribué dans la pré­misse mineure.

« Tous les hommes sont des pri­mates, tous les hommes sont des mam­mi­fères. Donc, tous les mam­mi­fères sont des primates. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

www​.nizkor​.org

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G. GÉNÉRALISATIONS INVALIDES
où l’on a tout de suite tout compris…

G1. Géné­ra­li­sa­tion hâtive (Secundum quid)

« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »

G2. Géné­ra­li­sa­tion exces­sive (A dicto simpliciter)

Cette erreur consiste à négliger l’exception.

« Enfoncer un couteau dans le ventre d’une per­sonne est un crime. Les chi­rur­giens le font. Ce sont donc des criminels. »

G3. Géné­ra­li­sa­tion exces­sive (Ad dictum simpliciter)

À l’inverse, ici l’exception est consi­dérée pour uni­ver­sa­liser une posi­tion par­ti­cu­lière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.

« Fumer n’est pas dan­ge­reux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort cen­te­naire d’un acci­dent de skate-board. »

G4. Biais de repré­sen­ta­ti­vité (Conjunc­tion fallacy)

Consister à fonder son juge­ment sur un échan­tillon biaisé, non repré­sen­tatif de la population.

« Depuis mon com­par­ti­ment de train, j’ai pu constater sur un échan­tillon de 70 pas­sages à niveau que tous sans excep­tion ont leurs bar­rières fermées. »

G5. Mani­pu­la­tion des statistiques

« La majo­rité des humains sont des femmes.
La majo­rité des femmes ont les cheveux noirs.
La majo­rité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »

G6. Spot­light fallacy

Il s’agit d’une mani­pu­la­tion des sta­tis­tiques consis­tant à pré­sup­poser que l’échantillon consi­déré recouvre l’ensemble de la population.

« Toute femme sait ce qu’accoucher veut dire. »

G7. Thought-terminating cliché

En fran­çais dans le texte. Ce terme proposé par le psy­chiatre Robert Jay Lifton désigne des for­mules des­ti­nées à bloquer la réfexion. Il s’agit clai­re­ment de mani­pu­la­tion (éven­tuel­le­ment incons­ciente) et s’utilise afin de sou­mettre une com­mu­nauté à un dogme. C’est l’une des tech­niques uti­li­sées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la dis­so­nance cog­ni­tive. Ce dogme peut être consi­déré comme la pro­po­si­tion et le Thought-terminating cliché comme une géné­ra­li­sa­tion inva­lide puisque la réflexion qui per­met­trait d’arriver à toute autre conclu­sion est étouffée dans l’oeuf. Les réfé­rences sys­té­ma­tiques au popu­lisme ou au nazisme (loi de Godwin) pro­cèdent du même ordre. La Nov­langue d’Orwell (1984) est fondée sur ce prin­cipe. (La formule uti­lisée peut en outre générer un second rai­son­ne­ment falacieux.)

« Insha’Allah »
« On n’a pas tou­jours ce que l’on veut. »

G8. Mis­lea­ding vividness

Cette erreur consiste à favo­riser la géné­ra­li­sa­tion d’un cas isolé en l’entourant d’images frappantes.

« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suf­fo­quait, pleu­rait et, en se levant, il a ren­versé l’aquarium sur la télé­vi­sion qui a implosé. Depuis, il n’est plus tout à fait le même. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

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F. DIGRESSIONS (RED HERRING)
où l’on s’égare sur les petits chemins de traverse…

Une digres­sion est un argu­ment détour­nant la dis­cus­sion du point ori­ginal. Ici encore, cette classe est com­bi­nable avec d’autres, notam­ment avec les trom­pe­ries ad hominem ou les argu­ments d’autorité.

F1. La Charge de la preuve (Burden of proof)

Un niveau de rigueur est néces­saire afin de démon­trer un argu­ment. Le rai­son­ne­ment fal­la­cieux consiste à pré­tendre abu­si­ve­ment que ce niveau n’est pas atteint et à déplacer la dis­cus­sion sur ce terrain.

F2. Ren­ver­se­ment de la charge de la preuve (Nega­tive proof fallacy)

Cette erreur repose sur la dif­fi­culté qu’il y a à savoir qui doit apporter la preuve d’une affir­ma­tion. Plu­sieurs cas peuvent se pré­senter. Lorsque le cadre rhé­to­rique est déter­miné par des règles, il faut s’y conformer (par­le­ment, procès, ins­truc­tion judi­ciaire…). Lorsque la logique seule doit s’appliquer, la pro­po­si­tion de Carl Sagan est la meilleure voie à suivre : « Des affir­ma­tions extra­or­di­naires néces­sitent des preuves extraordinaires. »

Dans un cadre stric­te­ment scien­ti­fique, Karl Popper a démontré qu’une affir­ma­tion peut être qua­li­fiée de scien­ti­fique à la condi­tion d’être réfu­table, c’est-à-dire s’il est pos­sible de consi­gner une obser­va­tion ou de mener une expé­rience qui démontre que l’affirmation est fausse.

« Prouvez-moi que le Monstre du Loch Ness n’existe pas! »

F3. Fausse objection

« Il faut que j’en parle à ma femme… »

F4. Argu­mentum ad lapidem

Consi­dérer un argu­ment comme absurde sans aucun argu­ment logique.

« C’est mon ami : il ne ferai jamais une chose pareille! »

F5. Hausser la barre (Moving the goal post)

Aug­menter en cours d’argumentation les exi­gences néces­saires à la vali­da­tion de la conclusion.

« Il me faut un disque dur de 500 Go.
– Celui-ci a une capa­cité de 750 Go.
– Oui, mais il est cher. »

F6. Sno­bisme chro­no­lo­gique (Chro­no­lo­gical snobbery)

Arguer qu’un argu­ment est faux en vertu du fait qu’un autre argu­ment de la même époque s’est révélé faux lui aussi.

« Vous me dites que la Terre est ronde, mais cette théorie s’est déve­loppée à une époque où l’on croyait à la géné­ra­tion spontanée! »

F7. La fausse piste

Intro­duire un élément tota­le­ment étranger à la discussion.

« Peu avant l’accident, j’ai remarqué que le vent se levait. »

F8. Asteraz fallacy

Affirmer qu’une pré­misse est exacte parce qu’une autre pré­misse l’est.

« Comme vous le savez, 2 x 2 = 4. De même 87 x 93 = 8.000. En consé­quence, la somme des deux fait 8.004 »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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E. APPELS A L’ÉMOTION
où l’émotion prévaut sur la raison…

L’appel à l’émotion tente de cré­di­bi­liser une pro­po­si­tion sur base des émo­tions qu’elle suscite. C’est l’un des prin­ci­paux rai­son­ne­ments fal­la­cieux. Tout d’abord parce qu’elles offrent une arti­cu­la­tion facile du dis­cours rai­sonné à l’expression des sen­ti­ments bruts. Ensuite parce qu’il peut prendre de nom­breuses formes.

Elles sont plus déli­cates à décons­truire car les inva­lider est souvent pris comme une défiance non seule­ment au rai­son­ne­ment inva­lide, mais aussi à l’émotion qui le sous-tend.


E1. Appel aux consé­quences (Argu­mentum ad consequentiam)

Cette erreur de rai­son­ne­ment est cou­rante et parfois dif­fi­cile à iden­ti­fier. Elle consiste à valider une pro­po­si­tion en fonc­tion du désa­gré­ment que son infir­ma­tion pour­rait apporter.

« Dieu existe : tant de gens on éprouvent la pré­sence » peut se déployer de la façon sui­vante : « Tant de gens sentent que Dieu existe et intègre cette impres­sion à leur façon de vivre qu’il serait dommage que ce ne soit pas le cas : Dieu existe. »

Le méca­nisme est assez proche de la dis­so­nance cog­ni­tive par laquelle on est amené à estimer bons les choix coûteux que l’on fait. Si l’on paye cher une voiture d’occasion qui s’avère désas­treuse, s’avouer que l’on s’est trompé ajoute un constat pénible à la déception :

« Non seule­ment c’est une épave, mais je suis en plus un fameux imbécile! »

E2. Le doigt dans l’engrenage (Sunk cost fallacy)

Enchaî­ne­ment de petites com­pro­mis­sions logiques. La pre­mière ne semble pas porter à consé­quence pour l’interlocuteur, mais les sui­vantes ont des impli­ca­tions de plus en plus grandes qu’il est amené à accepter s’il ne veut pas admettre qu’il a eu tort d’accepter la première.

Deux groupes d’étudiants fumeurs. On demande au premier d’arrêter de fumer durant une semaine. On demande au second d’arrêter de fumer un jour et, à la fin de la journée, on leur demande de pro­longer l’expérience de six jours. Le taux d’acceptation sera supé­rieur dans le second groupe.

E3. Appel à la terreur (Argu­mentum ad metum)

« La lutte contre le ter­ro­risme implique la sup­pres­sion de cer­taines libertés civiles. »

E4. La raison du plus fort (Argu­mentum ad baculum)

Cet argu­ment est géné­ra­le­ment classé dans les appels à l’autorité. Pour­tant c’est plus à l’émotion qu’il s’adresse de par les menaces qu’il dégage.

« La ligne du Parti est la bonne, et le Goulag attend ceux qui en doutent. »

E5. Appel à la flatterie

« … parce que vous le valez bien!  »

E6. Appel au ridicule

« Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous des­cendez du singe?  » (l’évêque d’Oxford à Th. Huxley qui défen­dait le darwinisme)

E7. Appel à la haine (Argu­mentum ad odium)

« Ce n’est qu’en votant pour moi que vous aurez une chance de vous débar­rasser de ces étrangers. »

E8. Appel à la pitié (argu­mentum ad misericordiam)

« Je roulais trop vite Mon­sieur l’agent, mais c’était pour être plus vite auprès de mon pauvre papa mourant. »

E9. Appel à la fierté (Argu­mentum ad Superbium)

« Seuls les esprits éclairés pour­ront com­prendre notre action… »

E9. Pré­parer le terrain (Poi­so­ning the well)

Où l’on pré­sente l’information de telle sorte que l’interlocuteur sera plus gêné avec une réponse qu’avec une autre.

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

avk

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1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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D. ARGUMENTS AD HOMINEM (Argu­mentum ad hominem)
où les défauts de l’auteur sont évoqués…

Les argu­ments ad hominem n’appartiennent pas à pro­pre­ment parler aux appels à l’autorité mais ils pro­cèdent d’un méca­nisme simi­laire, géné­ra­le­ment uti­lisés pour dis­cré­diter une pro­po­si­tion. Au lieu d’attaquer la pro­po­si­tion, ils attaquent la per­sonne qui le défend. Cer­tains appels à l’autorité par­fai­te­ment symé­triques sont d’ailleurs parfois classés dans cette caté­gorie (argu­mentum ad cru­menam p. ex. selon lequel le riche fait auto­rité sur le pauvre).

D1. Argu­mentum ad personam

La per­son­na­lité de l’auteur dis­cré­dite son propos.

« Et c’est cette canaille qui vou­drait nous faire croire que la Terre est ronde! »

D2. Argu­mentum ad hominem circumstantae

« Il prétend que Dieu n’existe pas, mais il a fait de la prison! »

D3. Appel aux moti­va­tions (Appeal to motive)

Où une pré­misse est inva­lidée sur base des moti­va­tions du locuteur.

« Il a voté ainsi parce que sa femme en pro­fi­tera indirectement. »

D4. Tu quoque

L’argument Tu quoque consiste à dis­cré­diter une pro­po­si­tion parce que son auteur lui-même a agi en contra­dic­tion avec elle.

« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rous­seau peut écrire sur l’éducation des enfants alors qu’il a aban­donné les siens ? » (Voltaire)

Une autre forme du Tu quoque consiste à démon­trer son inno­cence par le seul fait de la culpa­bi­lité de son adversaire :

« Ah! Vous voyez bien qui de nous deux est le menteur! » (lorsque l’adversaire vient d’être pris en fla­grant délit)

D5. Culpa­bi­lité par association

Décré­di­bi­liser une per­sonne parce que sa pro­po­si­tion est simi­laire à celle d’une per­sonne ou d’un groupe dis­cré­dité, et ainsi dis­cré­diter la pro­po­si­tion elle-même.

« Vous dites que les pauvres meurent de faim. C’est un argu­ment de com­mu­niste. Vous ne vous attendez pas à ce que l’on prête atten­tion aux propos d’un communiste?! »

« Vous êtes végé­ta­rien? Hitler l’était aussi…! »

avk

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1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

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C. APPELS A L’AUTORITÉ
où les qua­lités de l’auteur entrent en jeu…

Les appels à l’autorité sont les argu­ments fal­la­cieux les plus visibles et les plus simples à démonter : il suffit de mettre en doute que l’élément qui donne auto­rité donne aussi une connais­sance infaillible sur le sujet traité.

Un effet pervers est que, par une sorte de rela­ti­visme absolu, les appels légi­times à l’autorité sont régu­liè­re­ment dénoncés comme abusifs : « Je ne recon­nais pas de légi­ti­mité à cette cour de justice. »

L’appel à l’autorité n’est un argu­ment fal­la­cieux que lorsque les cri­tères de cré­di­bi­lité concer­nant l’énoncé ne sont pas rassemblés.

C1. Argu­ment d’autorité (Argu­mentum ad verecundiam)

« C’est vrai­ment le corps du Christ : c’est Mon­sieur le curé qui l’a dit! »

C2. La raison du plus riche (Argu­mentum ad crumenam)

« Ce n’est tout de même pas ce clo­chard qui va me dire comment mener ma vie!? »

C3. La raison du plus pauvre (Argu­mentum ad lazarum)

« Pour nous, un euro, c’est un euro. Nous connais­sons la valeur des choses. Alors, quand on vous dit que le capi­ta­lisme est le pire des modèles, nous savons de quoi nous parlons. »

C4. La loi du nombre (Argu­mentum ad populum)

« L’astrologie existe dans toutes les civi­li­sa­tions. Elle est donc fondée. »

C5. Appel à la tra­di­tion (Argu­mentum ad antiquitatem)

« Avant l’électricité, les gens se débrouillaient très bien. L’électricité est donc superflue. »

C6. Appel à la nou­veauté (Argu­mentum ad novitatem)

« Tu devrais essayer : c’est tout nouveau! »

C7. Appel à la nature (Natu­ra­listic fallacy)

« Cela ne peut pas vous faire de mal : c’est 100% naturel! »

C8. L’honneur par association

« Je ne suis pas un imbé­cile, puisque je suis doua­nier. » (Fernand Raynaud)

C9. La vérité pure et simple (Bare asser­tion fallacy)

Le degré zéro de l’argument d’autorité puisque tout locu­teur fait auto­rité pour autant qu’il affirme que ce qu’il dit est vrai.

« La lune est en fromage blanc.
– Non!?
– Si-si, c’est vrai!
– Ah ben ça alors! »

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1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

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B. CAUSALITÉ DISCUTABLE (NON CAUSA PRO CAUSA)
où l’on fait passer pour cer­taine une cause incor­recte ou douteuse…


B1. Conclu­sion hors de propos (Igno­ratio elenchi)

Selon Aris­tote, l’Ignoratio elenchi recouvre l’ensemble des rai­son­ne­ments fal­la­cieux. Dans son accep­tion contem­po­raine tou­te­fois, il désigne l’absence totale de lien entre une pré­misse et une conclusion.

Lors d’un concours de piano : « Le can­didat suivant est un si gentil garçon. Il mérite vrai­ment de gagner. »

B2. Post hoc ergo propter hoc

Confu­sion entre syn­chro­ni­cité et causalité.

« Tu m’as appelé alors que je pensais jus­te­ment à toi : c’est très fort, ce qu’il y a entre nous! »

Cette confu­sion touche de près au sub­jec­ti­visme, à celui de l’historien par exemple : « Par ce dis­cours, César scella son destin et celui de Rome. »

B3. Cum hoc ergo propter hoc

Confu­sion entre cor­ré­la­tion et causalité.

« Les courbes démontrent que les ventes de glace sont liées aux ventes de maillots. »

B4. Sim­pli­fi­ca­tion excessive

Le fait de négliger la mul­ti­pli­cité des causes d’un problème.

« Encore une tuerie! Quand donc interdira-t-on les jeux vidéos?! »


B5. Ren­ver­se­ment de la cau­sa­lité (Wrong direction)

« Les malades n’ayant pas de poux, ceux-ci sont béné­fiques pour la santé. » (croyance médiévale)

B6. Com­pa­raison incomplète

Ne précise pas l’élément de com­pa­raison (très courant en publicité).

« Cette lessive est un peu plus chère mais bien meilleure. »

B7. Com­pa­raison inconsistante

Compare dif­fé­rents élé­ments d’un produit à ceux de dif­fé­rents pro­duits (très courant aussi en publicité).

« Cette voiture est moins chère qu’une Ferrari, plus rapide qu’une De Dion-Bouton et plus sexy qu’une Traban. »

B8. Fausse ana­logie (Com­parer des poires et des oranges, False analogy)

Un rai­son­ne­ment repo­sant sur une ana­logie n’est valide que si l’analogie est pertinente.

L’exemple suivant est une fausse ana­logie repo­sant sur une équi­vo­ca­tion puisque le mot horloge revêt à la fois une accep­tion pre­mière (avec hor­loger) et méta­pho­rique (avec univers).

« L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer // Que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. » (Vol­taire, Les Cabales)


B9. Regres­sion fallacy

Jus­ti­fi­ca­tion d’un argu­ment par des fluc­tua­tions indépendantes.

« J’étais si fatigué hier. Ce matin, j’ai mangé un oeuf et j’étais en pleine forme toute la journée. »


B10. Monte-Carlo (Gambler’s fallacy)

Croyance que la pro­ba­bi­lité d’un évé­ne­ment aléa­toire est influencée par ses occur­rences précédentes.

« Le 7 sort beau­coup ce soir. Mise tout dessus! »


B11. Monte-Carlo inverse (Inverse gambler’s fallacy)

Croyance qu’un évé­ne­ment de faible pro­ba­bi­lité ne peut appa­raître qu’après de nom­breux essais préalables.

« Il a fait un double six au premier lancer : ses dés doivent être truqués! »


B12. La théorie des dominos (Slip­pery slope)

Cette trom­perie consiste à pré­tendre qu’un argu­ment doit être refusé car il mène­rait pro­gres­si­ve­ment à une catastrophe.

« Si vous auto­risez le port du jeans à l’école, le signal sera donné que nous assou­plis­sons les règles, les élèves man­ge­rons en classe, télé­pho­ne­ront, arri­ve­rons en retard, les pro­fes­seurs seront démo­tivés, l’école deviendra un lieu de débauche et de vio­lence, le savoir ne sera plus transmis et ce sera la fin de la civilisation. »

Il est inté­res­sant de constater que si un rai­son­ne­ment fal­la­cieux de ce type est régu­liè­re­ment adopté par une société dont il devient une réfé­rence éthique : c’est le prin­cipe de précaution.


B13. L’erreur du Conti­nuum (Fallacy of the beard)

Cette erreur repose sur les fron­tières floues de cer­tains concepts. Elle a été mise en évi­dence dans le premier para­doxe sorite :

Un grain de sable ne constitue pas un tas.
L’ajout d’un grain ne fait pas d’un non-tas un tas.
A l’inverse, un tas de sable auquel on enlève un grain reste un tas.
La sous­trac­tion d’un grain ne fait jamais d’un tas un non-tas.
Il n’existe donc pas de nombre n tel que n soit un non-tas et n+1 soit un tas.
On ne peut donc pas créer de tas de sable en accu­mu­lant des grains de sables.

B14. Cause ani­miste (Ani­mistic fallacy)

La cause ani­miste affirme que le hasard ne peut expli­quer des évé­ne­ments de faibles probabilité.

« Regardez la com­plexité d’une cellule, d’un oeil, de l’univers. Comment mieux démon­trer l’existence d’un Créateur? »

L’objection de Hoyle est un cas par­ti­cu­lier de la cause ani­miste. Fred Hoyle esti­mait que la pro­ba­bi­lité d’obtenir par la chance seule­ment une séquence fonc­tion­nelle d’acides aminés était simi­laire à celle qu’un ouragan pouvait avoir d’assembler un Boeing 747 au moyen des débris trouvés sur son passage. Le carac­tère fal­la­cieux de cet argu­ment a été démontré par Richard Dawkins. Il ali­mente tou­jours de nom­breux dis­cours créationnistes.


B15. Le Tireur d’élite texan (Texas sharp­shooter fallacy)

Le Tireur d’élite texan est une trom­perie qui consiste à inter­préter ou mani­puler des données non rele­vantes de façon à les faire entrer dans l’argumentation. Le nom se réfère à une his­toire où un indi­vidu a peint des cercles concen­triques autour d’un impact de balle pour afin de se pré­senter comme tireur d’élite.

« Cet homme a gagné le gros lot. Incroyable! Il y avait une chance sur un million. » (En fait, quelqu’un allait gagner le gros lot. Prévoir le gagnant a priori aurait été très peu pro­bable. Constater qu’il y en a un a pos­te­riori est abso­lu­ment normal.)


B16. Péti­tion de prin­cipe (Petitio prin­cipii, Begging the question)

La pro­po­si­tion est démon­trée impli­ci­te­ment dans les prémisses.

« Dieu possède toutes les per­fec­tions ; or l’existence est une per­fec­tion, donc Dieu existe. » (Des­cartes, Médi­ta­tions métaphysiques).

B17. Argu­ment de la néces­sité (Fallacy of necessity)

Où, sous le couvert d’un syl­lo­gisme, on applique à la conclu­sion le degré de néces­sité de l’une des prémisses.

« Je touche une allo­ca­tion parce que je suis malade. Or, j’ai besoin d’argent. Je ne peux donc pas guérir. » (La néces­sité de la pre­mière pré­misse ne peut être appli­quée à la conclu­sion puisque la gué­rison me per­mettra de gagner de l’argent en retravaillant.)

B18. Argu­ment de l’homoncule

Où une entité est sug­gérée afin d’éviter une régres­sion infinie… Ce type de rai­son­ne­ment fal­la­cieux a été mis en évi­dence par Daniel Dennett (Conscious­ness Explained) dans son modèle du théâtre car­té­sien : Des­cartes affir­mait que la conscience impli­quait une âme imma­té­rielle qui obser­vait la repré­sen­ta­tion cer­vi­cale du monde, comme un spec­ta­teur au théâtre.

B19. Argu­ment circulaire

L’argument cir­cu­laire est un type par­ti­cu­lier de péti­tion de prin­cipe, par­ti­cu­liè­re­ment utilisé en théologie.

« Mon frère n’aime pas les épi­nards // Et c’est heureux pour mon frère car // S’il les aimait, il en man­ge­rait // Or il ne peut les sup­porter » [Nino Ferrer, Madame Robert]

avk

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1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

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Pra­ti­quer la mau­vaise foi est un art et une science qui dispose d’une large palette d’outils. Les anglais leurs donnent le nom de fallacy qui ne possède pas d’homologue dans notre langue. Fal­lacie serait pour­tant un joli mot mais nous n’avons que l’adjectif « fal­la­cieux » à notre disposition.

Un rai­son­ne­ment est un méca­nisme per­met­tant de savoir si une pro­po­si­tion est vraie ou fausse. Le rai­son­ne­ment s’appuie sur des pro­po­si­tions de départ dont la valeur de vérité est connue (les pré­misses) et sur un ensemble de rela­tions logiques (les inférences).

Un exemple type est le fameux syllogisme :

A. Tous les hommes sont mortels. (pré­misse majeure)
B. Socrate est un homme. (pré­misse mineure)
C. Socrate est donc mortel. (conclusion)

Les deux pré­misses étant vraies et l’inférence valide, la conclu­sion est avérée.

Un rai­son­ne­ment fal­la­cieux est un argu­ment qui mène de façon inva­lide à une conclusion :

A. Ce qui est rare est cher.
B. Un cheval bon marché est rare.
C. Un cheval bon marché est donc cher.

Un rai­son­ne­ment fal­la­cieux peut tou­te­fois mener à une conclu­sion exacte, mais qui restera non démontrée :

A. Socrate n’est pas tous les hommes.
B. Tous les hommes ne sont pas immor­tels.
C. Socrate est donc mortel.

Les rai­son­ne­ments fal­la­cieux sont à la fois fas­ci­nants et aga­çants puisqu’ils nous mettent face à face avec nos propres limites de rai­son­ne­ments. Quoi de plus hor­ri­pi­lant que de se trouver face à quelqu’un de mau­vaise foi, qui déploie une rhé­to­rique retorse que l’on est bien inca­pable d’invalider. Soit on aban­donne de guerre lasse, soit on se sur­prend à adopter soi-même une argu­men­ta­tion inva­lide mais alors… à quoi joue-t-on?

Le fait est que nous sommes souvent bien dépourvus. L’orthographe et la gram­maire s’apprennent dès le plus jeune âge. Pour les tech­niques de rai­son­ne­ment, chacun est laissé à lui-même comme s’il n’existait aucun savoir trans­mis­sible qui per­mette d’échanger des idées avec toutes les garan­ties d’une construc­tion solide. L’art de la rhé­to­rique et la science de la logique ont quitté les salles de classes.

Il y a pour­tant là sujet d’étude. Pour ce qui est des rai­son­ne­ments fal­la­cieux, Aris­tote, Scho­pen­hauer, John Stuart Mill ou David Kelley ont chacun entre­pris d’en dresser une taxo­nomie. Celles-ci sont diver­gentes et reposent la plupart sur une dis­tinc­tion préa­lable : le rai­son­ne­ment est-il fal­la­cieux dans sa forme ou non? L’opposition entre rai­son­ne­ments fal­la­cieux formels et infor­mels est ten­tante mais génère de nom­breuses incon­sis­tances. De par leur nature, les rai­son­ne­ments pervers jouent souvent sur les deux tableaux à la fois. L’on constate ainsi que les auteurs classent tantôt l’équivocation ou le rai­son­ne­ment cir­cu­laire dans l’une ou l’autre classe. Autre dicho­tomie ren­con­trée : la dis­tinc­tion repo­sant sur la bonne foi du locu­teur (para­lo­gisme) ou sa volonté de tromper (syl­lo­gisme). Force est de constater que les méca­nismes de trom­perie sont souvent indé­pen­dants de l’intention du locuteur.

La pré­sente ten­ta­tive de syn­thèse fait donc l’économie d’une dicho­tomie fon­da­men­tale et propose neuf classes prin­ci­pales. Mais l’objectif de cette petite étude est moins d’offrir une sys­té­ma­tique rigou­reuse que d’aider l’honnête homme à ne pas perdre pied lorsqu’il est confronté à lon­gueur de journée à des…

« Encore une tuerie! Quand donc interdira-t-on les jeux vidéos?! »

et autres…

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

On y va par étapes. Suivez le guide et faites atten­tion où vous mettez les pieds.

A. TROMPERIES VERBALES
où l’on joue sur les mots…

A1. Équi­vo­ca­tion

L’équivocation est une faute de rai­son­ne­ment à la fois for­melle et infor­melle, qui joue sur les accep­tions mul­tiples de termes uti­lisés. Par­ti­cu­liè­re­ment agaçant.

« Les ânes ont de longues oreilles. Benoît est un âne. Il a donc de longues oreilles. »

A2. Loki’s Wager

Consiste à décréter que, puisqu’un concept n’est pas clai­re­ment défini, il ne peut être discuté. C’est la forme la plus extrème de l’équivocation.

« Tu dis que tu es amou­reux alors que tu ne peux même pas définir le mot « amour »! »

L’argument selon lequel la nature d’une divi­nité ne peut être dis­cutée puisqu’elle dépasse notre enten­de­ment est un Loki’s wager.

A3. Amphi­bo­logie

L’amphibologie offre un carac­tère équi­voque com­pa­rable, mais fondé sur la struc­ture grammaticale.

« John apprit à Mary que sa mère était malade. » (La mère de qui?)

A4. Aucun bon Écos­sais (No true Scotsman)

Dans Thin­king about Thin­king, Antony Flew donne l’exemple suivant :

Argu­ment: « No Scotsman puts sugar on his por­ridge.« 
  Reply: « But my uncle Angus, who is a Scotsman, likes sugar with his por­ridge.« 
  Rebuttal: « Aye, but no true Scotsman puts sugar on his porridge. »

Cer­tains auteurs y voient un argu­ment cir­cu­laire, puisque cela sous-entend que la façon de déguster le por­ridge inter­vient dans la défi­ni­tion d’un « true Scotsman ». En ce sens, il s’agirait plutôt d’un argu­ment en spirale puisqu’il y a sur­en­chère sur l’authenticité de la qualité. (On imagine faci­le­ment la suite : « But Uncle Angus is a true Scotsman etc. »)

A5. Para­lo­gisme de com­po­si­tion (Fallacy of composition)

Cette erreur, parfois assi­milée à une géné­ra­li­sa­tion abusive, consiste à doter le tout de la pro­priété d’une partie.

« Qui sauve un homme sauve tous les hommes. »

A6. Para­lo­gisme de divi­sion (Fallacy of division)

À l’inverse, cette erreur consiste à attri­buer à un élément une pro­priété de l’ensemble auquel il appartient.

« Les Répu­bli­cains sont pour la peine de mort. Tu votes répu­bli­cain. Tu es donc pour la peine de mort. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

www​.nizkor​.org

wiki­pedia

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The more impor­tant fun­da­mental laws and facts of phy­sical science have all been dis­co­vered, and these are now so firmly esta­bli­shed that the pos­si­bi­lity of their ever being sup­planted in conse­quence of new dis­co­ve­ries is excee­dingly remote… Our future dis­co­ve­ries must be looked for in the sixth place of decimals.

(Albert A. Michelson, 1894, cité par [1])

Il est assez courant que des scien­ti­fiques socia­le­ment assis aient des propos péremp­toires de ce genre. Vers la fin de sa vie, Kelvin aurait ainsi pro­clamé que des engins plus lourds que l’air ne vole­raient jamais, que la radio ne pré­sen­tait aucun intérêt, et qu’on allait décou­vrir inces­sam­ment que les rayons X étaient un canular [2]. Ce qui rend les propos de Michelson sur­pre­nants, c’est que son nom est associé à une révo­lu­tion scien­ti­fique majeure. A l’époque où on lui attribue ces mots, il avait déjà effectué avec Edward Morley des mesures de la vitesse de la lumière qui balaye­ront les concep­tions clas­siques de l’espace et du temps. Les mesures de Michelson et de Morley de 1887 ne sont rien moins que le fon­de­ment expé­ri­mental de la théorie de la rela­ti­vité. Et il n’avait rien vu venir.

À l’instar des mesures de Michelson et Morley, les faits expé­ri­men­taux qui fondent la révo­lu­tion scien­ti­fique du début du 20ème siècle se sont accu­mulés tout au long du 19ème siècle, bien avant que les concep­tions ne com­mencent à changer. La pre­mière obser­va­tion du mou­ve­ment Brow­nien, qui est aujourd’hui consi­déré comme une preuve de l’existence des atomes, date de 1827. De la même manière, les « ano­ma­lies » de la chaleur spé­ci­fique des solides, dont la com­pré­hen­sion est un succès de la phy­sique quan­tique, sont connues depuis le milieu du 19ème siècle. Ce qui fait une révo­lu­tion scien­ti­fique, ce ne sont pas des faits nou­veaux, c’est un chan­ge­ment de mentalité.

En science comme dans d’autres domaines, le chan­ge­ment est rare­ment accueilli favo­ra­ble­ment [3]. L’attachement aux théo­ries en vigueur est souvent jus­tifié métho­do­lo­gi­que­ment, mais il prend parfois une forme patho­lo­gique. On a fait vivoter le géo­cen­trisme pendant plus de 13 siècles, en intro­dui­sant un système obscur d’épicycles pour rendre compte du mou­ve­ment des pla­nètes vues depuis la Terre. C’est pour les mêmes raisons qu’on mar­gi­na­lise de nom­breux faits inex­pli­qués, qui seront peut-être un jour cen­traux dans notre com­pré­hen­sion du Monde.

Il suffit d’ouvrir un journal de vul­ga­ri­sa­tion pour voir combien la phy­sique est aujourd’hui com­pli­quée. Cer­tains voient dans la théorie des cordes, dans les fluc­tua­tions du vide, dans l’enchevêtrement quan­tique, etc. autant d’épicycles qui essayent déses­pé­ré­ment de sauver des concep­tions sans doute dépas­sées [1]. Pour aller de l’avant, ne faudrait-il pas s’intéresser en prio­rité aux faits qu’on qua­lifie de mar­gi­naux et qui ne sont pas encore compris ? On portera peut-être demain sur ceux qui balaient d’un revers de la main la mémoire de l’eau ou la fusion froide [4] le même regard plein d’incompréhension que nous portons aujourd’hui sur Michelson. Comment n’a-t-il rien vu ?

Cedric Gommes

Sources

[1] Robert J. Lahn, 20th and 21st century science: reflec­tions and pro­jec­tions, Journal of Scien­tific Explo­ra­tion, 15 (2001) 21.
[2] http://​www​.2spare​.com/​i​t​e​m​_​50221.aspx

[3] Eric Hoffer, The Ordeal of Change, Hope­well publi­ca­tion, 2006. (Ori­gi­nally publi­shed by Harper & Row: New York, 1963)
[4] L’histoire de ces deux phé­no­mènes n’est pas la farce qu’on vou­drait nous faire croire; Brian Josephson, prix Nobel de phy­sique, en parle un peu sur sa page web. http://www.tcm.phy.cam.ac.uk/~bdj10/.

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Lorsque Des­cartes propose le ratio­na­lisme comme méthode de recherche de la vérité, c’est surtout le scep­ti­cisme qu’il promeut face à l’autorité intel­lec­tuelle. De la même manière, le ratio­na­lisme du Siècle des Lumières est avant tout opposé au dog­ma­tisme et à l’obscurantisme. Vouloir faire du ratio­na­lisme une valeur posi­tive serait naïf et prétentieux.La ratio­na­lité est avant tout un sen­ti­ment : ce n’est que par une forme d’introspection que nous nous convain­quons de l’existence ou non d’un lien logique entre deux faits ou deux idées. Serait-ce même au départ de données prag­ma­tiques, comment l’introspection pourrait-elle nous apprendre quoique ce soit sur un autre sujet que sur nous même?

Si les faits nous donnent parfois l’illusion que la raison permet de com­prendre le monde, c’est parce qu’elle repré­sente un avan­tage évo­lutif. Elle est notre capa­cité à orga­niser nos sou­ve­nirs sous une forme propre à faire des pré­vi­sions utiles à notre survie ou à notre repro­duc­tion. Elle n’est donc que le reflet du monde dans lequel nous vivons ; c’est notre adap­ta­tion intime à notre envi­ron­ne­ment qui fait que cer­tains phé­no­mènes natu­rels peuvent être orga­nisés selon des sys­tèmes qui nous semblent logiques. Par beau­coup d’aspects, la science n’est rien d’autre qu’une com­mu­ni­ca­tion codi­fiée de notre com­pré­hen­sion ins­tinc­tive du monde.

En d’autres termes, c’est parce que nous sommes bien adaptés à notre envi­ron­ne­ment que nos intui­tions sont parfois cor­rectes, et que l’introspection peut être construc­tive. Pour tout ce qui n’est pas tra­di­tion­nel­le­ment néces­saire à la survie de l’espèce, rien ne garantit l’utilité de la raison humaine.

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L’utilisation des guille­mets est, en fran­çais, source de nom­breux mal­en­tendus : confu­sion entre guille­mets fran­çais et anglais ; dif­fi­cultés d’évaluer la per­ti­nence de leur uti­li­sa­tion ; mécon­nais­sance des règles d’usage des espaces de proxi­mité et j’en passe de plus croquignolettes.

Bref, c’est le genre de chose que l’on n’apprend pas à l’école et dont on se dit avec raison que son igno­rance ne nous empê­chera pas d’atteindre le bonheur.

Ce n’est donc pas sur la voie du bonheur que ce petit billet devrait vous mener, mais sur celle, plus escarpée, de la per­fec­tion. Ce qui n’est pas mal non plus. En prime, l’usage d’une typo­gra­phie cor­recte a des avan­tages épatants :

  • Ren­for­ce­ment des habi­tudes (et dès lors plus grande flui­dité) de lecture et d’écriture ;
  • Cohé­rence des textes et sim­pli­fi­ca­tion des pro­cessus d’édition ;
  • Atté­nua­tion des situa­tions confuses ;
  • Adop­tion d’une esthé­tique typo­gra­phique conçue dans le respect des règles.

1. Les acteurs en présence

  • Les guille­mets fran­çais (ou typo­gra­phiques) sont comme « ceci ».
    [guillemet gauche Unicode U+00AB ;
    guillemet droit Unicode U+00BB]
  • Les guille­mets anglais sont comme “ceci”.
    [guillemet-apostrophe double culbuté Unicode U+201C ;
    guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
  • Les guille­mets alle­mands sont comme „ceci“.
    [guillemet-virgule double infé­rieur Unicode U+201E ;
    guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
  • Les guille­mets droits (ou dac­ty­lo­gra­phiques) sont comme  « ceci » .
    [guille dactylo ou guillemet droit Unicode U+0022]

2. Que veulent dire les guillemets ?

Les guille­mets marquent une dis­tance de l’auteur vis-à-vis des élé­ments entre guille­mets. Il peut s’agir d’une cita­tion, d’une réserve, d’une erreur ou d’un juge­ment avec lequel l’auteur veut marquer sa divergence.

Le cas des cita­tions peut se révéler extrê­me­ment com­plexe lorsqu’elles com­portent plu­sieurs alinéas et/ou des dia­logues. Je ne consi­dè­rerai ici que les cas simples.

3. Oublier les guille­mets droits et allemands.

Sim­pli­fions le pro­blème : on peut oublier les guille­mets droits. Il s’agit d’une inven­tion spé­ci­fique aux machines à écrire et rendue obso­lète par l’informatique moderne. Ils peuvent servir à dési­gner des minutes, des secondes ou des pouces, mais plus jamais faire office de guille­mets, excepté en programmation.

Quant aux guille­mets alle­mands, ils ne sont jamais uti­lisés en français.

4. Guille­mets fran­çais ou anglais ?

Tou­jours des guille­mets fran­çais sauf en cas d’imbrication. Il est alors recom­mandé d’utiliser les guille­mets anglais en second rang.

« Je m’en sou­viens bien, dit-elle, c’était écrit : “Pein­ture fraîche”. »

En troi­sième rang, l’usage de l’italique est toléré quoique les guille­mets fran­çais puissent réapparaître.

« Je m’en sou­viens bien, dit-elle, c’était écrit : “Pein­ture frêche”. »

Alors que les guille­mets anglais génèrent de nom­breuses col­li­sions mal­heu­reuses (L’“intelligentsia”), les guille­mets fran­çais s’articulent dans le texte avec plus de flui­dité puisqu’occupant l’espace d’un carac­tère à part entière. Ils pro­voquent aussi moins de rup­tures dans le gris typographique.

5. Guille­mets ou italique ?

Ici encore, les guille­mets fran­çais sont la règle. Hormis la cita­tion de 3e rang où son usage est toléré, l’italique doit être utilisé dans deux cas :

  • La cita­tion en langues étran­gères : « My God ! » s’écria-t-elle.
  • La déno­ta­tion (par oppo­si­tion à la conno­ta­tion marquée par les guille­mets) : Le mot déno­ta­tion n’est pas facile à définir.

6. Et les titres d’oeuvres ?

Ici, l’italique est la règle. Les guille­mets ne sont auto­risés que lorsque l’italique est impra­ti­cable : écri­ture manus­crite ou dac­ty­lo­gra­phique par exemple, ainsi que les emails en texte pur.

7. Quelles espaces utiliser ?

Une espace insé­cable doit tou­jours être placée à l’intérieur du guillemet fran­çais, et une espace sécable à l’extérieur. La nature de cette espace est tou­te­fois sujette à contro­verse et varie de plus dans la fran­co­phonie : les usages fran­çais, cana­diens et suisses divergent… les Suisses allant jusqu’à pros­crire les espaces internes!

L’espace insé­cable Unicode étant plus large que l’espace normale, je suggère l’utilisation d’une espace fine insé­cable dis­po­nible en Unicode [U+202F]… tout en étant conscient de la dif­fi­culté de parfois l’implémenter : la typo­gra­phie de ce billet le démontre.

Aucune espace interne n’accompagne en revanche les guille­mets anglais.

8. Le point final vient-il avant ou après le guillemet final?

Les guille­mets encadrent tous les élé­ments avec les­quels la dis­tance est prise, y compris les signes de ponc­tua­tion. (« Oh! Tu as vu ? » me dit-elle.)

Tou­te­fois, lorsqu’une cita­tion termine une phrase et est elle-même une phrase com­plète, il y a assi­mi­la­tion de la ponc­tua­tion de la phrase par celle de la cita­tion et la phrase se termine par un guillemet. (Elle me dit sim­ple­ment : « Je t’aime. »)

Lorsque la cita­tion est un enchaî­ne­ment de la phrase prin­ci­pale, c’est la ponc­tua­tion prin­ci­pale qui absorbe celle de la cita­tion. (Elle me dit que « son amour est infini ».)

Enfin, lorsque les ponc­tua­tions de la cita­tion et de la phrase prin­ci­pale divergent, toutes deux sont conser­vées. (Elle eut le culot de me demander : « Tu ne m’en veux pas ? » !)

9. Trans­gresser

Eh bien oui, la typo­gra­phie actuelle sort des cadres établis, entre­tient des rap­ports de plus en plus intimes avec les autres élé­ments de la page : illus­tra­tions, mise en page… Tout est pos­sible à qui possède assez de talent et de métier. La bar­rière est ouverte, sortons du jardin.

Mais ne confon­dons pas trans­gres­sion et ignorance!

avk

Sources

Le Bon Usage
Oeuvrez les guille­mets
Ortho­ty­po­gra­phie
Wiki­pedia

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Denver (Colo­rado) :

Frank­fort (Kentucky) :

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Je revois un docu­men­taire inté­res­sant datant de 1988 : Victim of the Brain. Douglas Hof­stadter y décrit très sim­ple­ment le mind-body problem :

I watch my own deci­sions and I feel, some­times, as if deci­sions come from parts of me that I realize are not under what I would call my control. I realize that my own self is really not under my control. I look at what I prefer in life — my tastes, my inter­ests, my aes­thetic pre­fe­rences — and I know that those things come from places that I cer­tainly don’t decide upon. I am just a victim of my brain. But I have to live with that.

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Un litre de bio­car­bu­rant génère entre 17 et 420 (!) fois plus de CO2 qu’un litre de car­bu­rant fossile.

Tillman et Fargione

Tillman et Fargione

Cette gabegie de CO2 trouve sa source prin­ci­pale en amont de la pro­duc­tion agri­cole ; le pétrole, lui, est déjà produit et déjà stocké. La pro­duc­tion de bioé­thanol néces­site d’énormes sur­faces de terres fer­tiles, et ces sur­faces sont prises sur la forêt. Or, une par­celle de forêt capte tou­jours beau­coup plus de carbone atmo­sphé­rique qu’une par­celle de terre agri­cole. En outre, lors du défri­chage, une partie impor­tante du carbone défriché va se retrouver dans l’atmosphère. Si le bioé­thanol, une fois dans le moteur, est effec­ti­ve­ment un peu plus propre, une étude publiée par Joe Far­gione et David Tilman dans The Nature Conser­vancy et par l’Uni­ver­sity of Min­ne­sota, démontre qu’il fau­drait attendre 420 ans pour que la balance du CO2 retrouve son équilibre.

La solu­tion qui consiste à consa­crer des terres agri­coles aux bio­car­bu­rants ne fait que déplacer le pro­blème : les fermier amé­ri­cains alter­naient tra­di­tion­nel­le­ment la culture du maïs avec celle du soja. La demande crois­sante en éthanol en a convaincu de nom­breux de ne plus se consa­crer qu’au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le prin­cipal expor­ta­teur après avoir défriché ce qu’il fallait de forêt pour en orga­niser la culture.

Le bilan du bioé­thanol en termes de CO2 est donc catas­tro­phique. Il faut arrêter de donner des labels éco­lo­giques aux voi­tures appe­lant ce type de car­bu­rant. À moins qu’une solu­tion plus réa­liste n’émerge, par exemple par l’utilisation du plancton.

Un autre aspect par­ti­cu­liè­re­ment noir des agro­bio­car­bu­rants est qu’ils font direc­te­ment concur­rence avec l’alimentation, par­ti­cu­liè­re­ment dans les pays pauvres. Le marché des ali­ments de base peut devenir hau­te­ment spé­cu­latif : il y a quelques mois, le prix de la tor­tilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l’essentiel de l’alimentation, déclen­chant de très impor­tants mou­ve­ments sociaux. C’est que, désor­mais, le maïs mexi­cain se vend très bien aux firmes amé­ri­caines de biocarburants.

De tels effets sont observés alors que les bio­car­bu­rants ne font que com­mencer leur percée. Si ceux-ci conti­nuent leur ascen­sion, les insta­bi­lités géo­po­li­tiques, finan­cières et socio­lo­giques liées au pétrole nous paraî­tront bien anodines.

Que nos res­sources fos­siles soient limi­tées est une évi­dence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solu­tion est une folie. Les forêts doivent rester des forêts pour le main­tien de la bio­di­ver­sité et la sta­bi­li­sa­tion du cycle du carbone. Et les champs doivent servir à nourrir les hommes.

avk

Sources

www1​.umn​.edu/​u​m​n​n​e​w​s​/​F​e​a​t​u​r​e​_​S​t​o​r​i​e​s​/​T​h​e​_​d​a​r​k​_​s​i​d​e​_​o​f​_​b​i​o​fuels.html
www​.reuters​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​b​o​n​d​s​N​e​w​s​/​i​d​U​S​N​0​7​1​5​3​0​9720080207
www​.radiohc​.cu/​e​s​p​a​n​o​l​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​s​/​m​a​y​o​0​7​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​10mayo.htm
www​.libe​ra​tion​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​/​2​2​9​270.FR.php
www​.eco​portal​.net/​c​o​n​t​e​n​t​/​v​i​e​w​/​full/69023

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Après le Comté de Polk, voici celui de Pinellas, tou­jours en Floride. Là aussi, la Com­mis­sion de l’enseignement prend majo­ri­tai­re­ment parti pour l’Intel­li­gent Design.

Voici les argu­ments de quatre de ses membres :

« The entire theory of evo­lu­tion is not scien­tific fact. Intel­li­gent design balances it out. » — Nancy Bostock, Chair­person

« I’d pro­bably ideally like to keep it all [evo­lu­tion and Intel­li­gent Design] out of the class­room. If it’s going to create this much contro­versy, how impor­tant is it? »
— Peggy O’Shea, Vice Chair­person

« I think that stu­dents should be given the oppor­tu­nity to view all theo­ries on how man evolved and let their science back­ground and their reli­gious back­ground take over as to which one they believe in. »
— Jane Gallucci

« To teach one [evo­lu­tion] as if nothing else existed, I think we’re doing our stu­dents a dis­ser­vice. » — Carol Cook

Promis, je ne pos­terai pas un billet à chaque Comté qui bascule, mais il me sem­blait impor­tant d’illustrer que la pro­gres­sion du phé­no­mène est impor­tante et que, chaque semaine, c’est l’éducation scien­ti­fique de plu­sieurs dizaines de mil­liers d’enfants qui se teinte de religieux.

Il ne s’agit pas de faits isolés mais d’un mou­ve­ment de fond.

[ source ]

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