La Dernière Scène de Buñuel

Nous savons que les méca­nismes clas­siques qui font s’alterner tensions et réso­lu­tions ne s’appliquent guère aux oeuvres surréa­listes qui procèdent plutôt en modulant l’axe d’une tension jamais résolue. Nous savons aussi que la nature même du surréa­lisme est de s’affranchir du contrôle de la raison. En consé­quence, recher­cher une réso­lu­tion ration­nelle à l’une des plus grandes oeuvres surréa­liste du cinéma serait une démarche absurde. Mon objet ici ne sera que d’exposer une coïn­ci­dence sans chercher à en préciser la nature.

La dentelle sanglante

La dentelle sanglante

Des œuvres de Buñuel, c’est proba­ble­ment son dernier opus, Cet obscur objet du désir (1977), qui a suscité le plus d’interrogations et d’hypothèses inter­pré­ta­tives, ces ques­tion­ne­ments attei­gnant leur paroxysme avec la scène finale qui clôture à la fois ce film mais aussi toute l’œuvre du cinéaste.

Le film commence dans un wagon de chemin de fer où l’un des voyageurs, Mathieu Faber (Fernando Rey), entre­prend de conter à ses compa­gnons de voyage la singu­lière aventure amoureuse qui le lie à la désirable Conchita (Carole Bouquet et Angela Molina). Au travers des époques et des pays, celle-ci suscite chez lui une passion qu’elle refuse de combler, faisant alterner une figure apol­li­nienne (Carole Bouquet) à une figure diony­siaque (Angela Molina).

Afin d’universaliser la narration, le réali­sa­teur fait éclater les repères narratifs. Ainsi, le rôle de Conchita est inter­prété par deux actrices présen­tant quelques identités physiques mais surtout de grands anta­go­nismes d’expression ; les inter­prètes prin­ci­paux sont doublés (Fernando Rey par Michel Piccoli et Angela Molina par Florence Giorgetti) ; le terro­risme offre un contre­point à l’intrigue amoureuse ; la mise en scène alterne les codes du cinéma avec ceux du théâtre ; de courtes scènes semblent n’avoir pour seule fonction que de rappeler la nature de simulacre de l’oeuvre (scène de la souris en plastique…) ; et les nombreuses anaco­luthes consub­stan­tielles au langage de l’auteur parachèvent la déstruc­tu­ra­tion.

La scène finale s’accomplit dans un étroit passage parisien garni de boutiques. Dans un premier temps, le couple entre dans un moderne commerce de repro­gra­phie tandis que dans un magasin lui faisant face, un sac de jute récurrent à l’histoire est ouvert par une jeune femme qui en extrait un linge diffi­ci­le­ment iden­ti­fiable, ce qui semble être une chemise de nuit et enfin une dentelle tachée de sang. Le couple sort du magasin de photo­co­pies et s’arrête devant la vitrine où la dente­lière entre­prend de réparer une déchirure dans le dernier linge.

Le couple semble pour un temps figé dans un équilibre bourgeois qui ne laisse rien paraître de son intimité sexuelle. Le jeu des reflets le place à la fois de part et d’autre de la vitrine. Mais la fasci­na­tion de cette répa­ra­tion ne captive pas Conchita qui rompt l’équilibre et s’en va (non sans avoir tendre­ment et fuga­ce­ment pressé la main de son compagnon). Une fois la dentelle réparée, Faber, semblant apaisé, la rejoint. S’ensuite une ultime dispute que l’explosion de la galerie inter­rompt.

Le réali­sa­teur n’a jamais pu ou voulu donner d’interprétation :

« La dernière scène – où une main de femme reprise soigneu­se­ment une déchirure sur un manteau de dentelle sanglante (c’est le dernier plan que j’ai tourné) – me touche sans que je puisse dire pourquoi, car elle reste à jamais mysté­rieuse1. »

Une inter­pré­ta­tion ellip­tique consiste à voir dans le geste répa­ra­teur de la coutu­rière une tentative de guérison de l’œil tranché du Chien andalou, hypothèse renforcée par ce tableau que jette l’héroïne en entendant son amant arrivé : La Dentel­lière de Vermeer.

Mais la galerie ?

Vision­nant une nouvelle fois ce film, je remarquai que la fami­lia­rité de la scène finale avait quelque chose de parti­cu­lier, et je compris qu’une partie de cette fami­lia­rité tenait d’un élément a priori étranger à ce film. Il venait d’un entretien accordé à Meudon en 1959 par Louis-Ferdinand Céline à Louis Pauwels2.

Céline y parlait avec émotion de son enfance, galerie Choiseul, « poche à gaz » où sa mère, modiste et répa­ra­trice de dentelles, tenait  boutique au n° 67 puis au n° 64.

L’identité est évidente : Buñuel tourna sa dernière scène dans la galerie où grandit le jeune Louis-Ferdinand Destouches. Car contrai­re­ment à ce qui est souvent affirmé, c’est bien au passage Choiseul et non au passage Jouffroy que fut filmée, en décors naturels, cette scène finale3.

Au centre de l’image, la dentelle qui entourait le futur écrivain. Mais une dentelle sanglante. Une guerre était passée, et Céline en fut à la fois complice et victime. Cette scène qui mêle le présent au passé ressemble d’ailleurs à un film muet.

En face de ce commerce, un autre : un magasin de repro­gra­phie dont l’essence même est de repro­duire l’écrit. Et cet entretien de Pauwels qui montre que Céline, jamais ne quitta ce passage Choiseul.

Une dentelle sanglante passage Choiseul, un désir inassouvi et ravallé. Et une guerre, proche et lointaine à la fois.

Je ne sais si Buñuel a connu Céline, ni même s’il lu. Je ne relève ici qu’une coïn­ci­dence ironique et il m’importe peu de savoir ce qui la provoqua : la raison, l’inconscient ou ces indé­nom­brables inconnues qui consti­tuent le hasard.

Un fait toutefois demeure : l’oeuvre ciné­ma­to­gra­phique la plus intri­gante du XXe siècle se termine devant le modeste commerce où s’est trouvé en gestation l’œuvre litté­raire la plus déran­geante de ce même siècle.

avk

 


  1. Buñuel, Luis. Mon dernier soupir, p. 309. Laffont. Paris, 1982.
  2. Louis-Ferdinand Céline : entretien avec Louis Pauwels (19 juin 1959) dans En français dans le texte (1961, 19 min.) réal. par Yvan Jouannet.
  3. Duprat, Arnaud. Les derniers films de Luis Buñuel : l’aboutissement d’une pensée ciné­ma­to­gra­phique. Univer­sité Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Paris, 2007
  • Duprat, Arnaud. Cet Obscur Objet Du Désir Ou Les Mystères De Conchita. Pandora: Revue d’études Hispa­niques n° 5 (2005): 281–295.

Asterion

Nous nous trouvons devant un paradoxe : la multi­pli­ca­tion des vecteurs d’information crée une nébuleuse qui nuit à la trans­mis­sion de la connais­sance.

Trois facteurs inter­dé­pen­dants concourent à l’expliquer : la tech­no­logie, la complexité et l’économie.

George Frederick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connais­sance que j’utilise quoti­dien­ne­ment, mon iPhone gère une dizaine de proto­coles diffé­rents donnant chacun accès une masse infor­ma­tion­nelle que mon esprit assimile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebon­dis­sons de texte en texte, suivant un fil indéfini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en dégageons des impres­sions floues et avons de plus en plus de mal à synthé­tiser ce que nous avons retenu de cette immersion.
Sur le plan social, la situation est encore pire : notre société occi­den­tale rend les outils d’édition et de partage acces­sibles à chacun, mais sans ces outils complé­men­taires que sont le respect du texte, le transfert des réfé­rences, la véri­fi­ca­tion des sources, l’examen de la perti­nence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information porteuse du savoir originel, le texte de référence.
À force de trans­mis­sions partielles, de commen­taires, de copier-coller, de négli­gences volon­taires ou non, la distance entre l’information et la connais­sance s’est creusée.

2. L’effondrement du moder­nisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible complexité du monde. Il y a deux géné­ra­tions, nous vivions dans un monde infini dont nous pensions pouvoir maîtriser les para­mètres fonda­men­taux. Aujourd’hui, nous nous heurtons à la finitude des ressources et à notre inca­pa­cité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi impor­tants que la météo, les popu­la­tions de poissons ou la finance mondiale.
Nous sommes donc résignés, dans le meilleur des cas, à des poli­tiques de très courts termes, à des actions purement locales ou à des options très aléa­toires.

3. Cette confusion infor­ma­tion­nelle et ces limi­ta­tions déci­sion­nelles se révèlent être des sources de profits impor­tants pour de nombreux grou­pe­ments d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nouvelles tech­no­lo­gies impliquent direc­te­ment les modèles socioé­co­no­miques plané­taires, et sont d’une impor­tance capitale tant pour les ONG que pour les multi­na­tio­nales ou les entités poli­tiques. Ces derniers utilisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objectifs, et la diffi­culté de modéliser certains phéno­mènes complexes rend difficile la réfu­ta­tion de leurs poli­tiques.
Pourtant, portés par leur optimisme, certains vont trop loin et propagent des infor­ma­tions faci­le­ment réfu­tables. Certains camouflent des positions idéo­lo­giques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduction facile des construc­tions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contri­buer à favoriser l’accès à la connais­sance de notre monde, des prin­ci­paux problèmes qu’il traverse et des solutions envi­sa­gées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambitieux. C’est pourquoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vaudrait la peine de continuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sensi­bi­lité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

Le centre de Wikipedia

Le centre d’un cercle est le point équi­dis­tant aux points de sa circon­fé­rence. Cette simple défi­ni­tion dépend des symétries parti­cu­lières du cercle. Si l’on considère une figure aussi simple que le triangle, ce ne sont pas moins de 3.000 points qui peuvent être qualifiés de centres (centre de gravité, ortho­centre, centre du cercle inscrit…)

Attachons-nous au centre de gravité. C’est le point pour lequel la somme des distances qui le séparent des autres points de l’objet est minimale. Pour connaître le centre (de gravité) d’un pays, il suffit ainsi d’en découper la frontière dans une plan­chette de bois et de faire tenir cet objet en équilibre sur un doigt. Le doigt pointe alors sur le centre du pays.

Cette défi­ni­tion peut s’appliquer à tout réseau pour autant que la notion de distance soit définie comme le nombre d’intermédiaires néces­saires pour en relier deux éléments. C’est le principe du nombre d’Erdös [1] ou de celui de Bacon [2].

Dès 1929, l’écrivain Frigyes Karinthy imagina le concept des Six degrés de sépa­ra­tion, selon lequel toute personne sur le globe peut être reliée à toute autre par une chaîne de six maillons de relations indi­vi­duelles au maximum. Stanley Milgram étudia cette thèse dans son Étude du petit monde qui constitue un fondement capital pour l’analyse des réseaux sociaux. FaceBook, Wikipedia et le P2P reposent en grande partie sur ces fonda­tions. L’une des consé­quences avérées est que c’est la solidité des liens faibles qui donne aux réseaux sociaux leurs cohé­rences.

C’est sur ces bases que Stephen Dohan s’est posée une question toute simple : quel est le centre de Wikipedia? Autrement dit, quel est l’article le plus proche de tous les autres, celui qui mini­mi­sera le nombre de clics à effectuer pour atteindre un article arbi­traire?

La réponse est «2007″, éloignée en moyenne des autres articles de 3,65 clics. Mais cette page est triviale car il s’agit en fait d’une longue liste. En ne consi­dé­rant que les articles, le centre de Wikipedia est «United Kingdom», moyen­ne­ment distante des autres de 3,67 clics. Il est suivi de «Billie Jean King» (3,68 clics) et de «United States» (3,69 clics).

Le Royaume Uni et les États-Unis ne surprennent guère… mais qui est donc Billie Jean King? Une ancienne joueuse de tennis à la biogra­phie parti­cu­liè­re­ment détaillée. Se trouver au centre facilite les contacts mais ne les stimule pas.

avk

Notes

[1] Le nombre d’Erdös d’un mathé­ma­ti­cien peut être défini de la façon suivante:

  • Le nombre d’Erdős de Paul Erdős vaut zéro ;
  • le nombre d’Erdős d’un mathé­ma­ti­cien M est le plus petit nombre d’Erdős de tous les mathé­ma­ti­ciens avec qui M a cosigné un article mathé­ma­tique, plus un (si M a un nombre de Erdős qui vaut 1, cela signifie qu’il a écrit un article avec Erdős) ;
  • si M n’a cosigné aucun article avec ces mathé­ma­ti­ciens, il a par défi­ni­tion un nombre d’Erdős infini.

[2] Le nombre de (Kevin) Bacon est au cinéma ce que le nombre d’Erdös est aux mathé­ma­tiques. Ronald Reagan a un nombre de Bacon de 2 : Il a tourné en 61 The Young Doctors avec l’acteur Eddie Albert, lequel a joué dans The Big Picture avec Kevin Bacon.

Réfé­rences

Dolan, Stephen. The Six Degrees of Wikipedia.

Grano­vetter, Mark. The Strength of Weak Ties; American Journal of Sociology, Vol. 78, No. 6., May 1973, pp 1360–1380

Milgram, Stanley and J. Travers. An Expe­ri­mental Study of the Small World Problem , Socio­metry, 1969, Vol. 32, No. 4. (1), pp. 425–443.

Les Raisonnements fallacieux (9)

I. SUBJECTIVISMES ETC.
où la seule chose qui compte fina­le­ment, c’est d’imposer ses idées…

I1. Subjec­ti­visme

L’exemple parfait du subjec­ti­visme est incarné par Martin Luther King lorsqu’il s’écrie : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pourrait s’écrier tout aussi subjec­ti­ve­ment : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que certaines races sont supé­rieurs à d’autres. »

Bref, le subjec­ti­visme est désarmant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les personnes dénuées de tout esprit critique.

Deux subjec­ti­vismes parti­cu­liers ont été définis : celui du psycho­logue (Psychologist’s fallacy) et celui de l’historien (Historian’s fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un stimulus de la même façon que l’observateur : « Il sursau­tera dès que l’image du serpent appa­raîtra. »

Le subjec­ti­visme de l’historien est analogue. Il consiste à penser que les décideurs du passé dispo­saient des mêmes infor­ma­tions et de la même pers­pec­tive que l’historien actuel : « Napoléon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le subjec­ti­visme de l’historien est proche du déter­mi­nisme rétros­pectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.

I2. Appel à l’ignorance (Argu­mentum ad igno­ran­tiam)

Ici, le subjec­ti­visme s’engouffre dans l’impossibilité que l’on a de déter­miner une valeur de crédi­bi­lité aux prémisses.

« Ce n’était ni un avion ni un héli­co­ptère, c’était donc une soucoupe volante! »

I3. Raison par forfait (Argu­mentum ad nauseam, Argu­mentum verbosium)

Au manque de réfé­rences de l’appel à l’ignorance s’oppose la masse impra­ti­cable de réfé­rences de la raison par forfait :

« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l’intégralité des traduc­tions des oeuvres de Shakes­peare et leurs variantes dans leurs éditions succes­sives. »

I4. Argu­mentum a silentio

L’argumentum a silencio consiste à déduire l’ignorance d’une personne de son silence. C’est très tentant, je sais…

« Comment s’appelle l’oiseleur de la Flûte enchantée?
— Je le sais mais je ne veux pas le dire.
— Tu ne le sais pas, tout simple­ment! »

I5. Argu­mentum ad logicam

Argument affirmant que si un argument est falla­cieux, sa conclu­sion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affir­ma­tions de la Bible. C’est bien la preuve de Dieu n’existe pas! »

I6. Pensée magique

La simple volonté prend ici valeur de prémisse. Ici, l’argumentation n’offre guère de prise à une réfu­ta­tion utile. Nous sommes proches de la prière…

« Je n’ai jamais eu d’accident mortel, ce n’est pas ce soir que j’en aurai un! »

I7. Plurium inter­ro­ga­tionum

Il s’agit d’une question chargée de prémisses non démon­trées, ou orientant la réponse. La seule façon de s’en sortir est de recadrer la question.

« Frappez-vous encore votre femme? »

I8. Cari­ca­ture (Strawman)

Tromperie fondée sur une repré­sen­ta­tion déformée de l’argument de l’adversaire.

« — J’estime que la nudité pourrait être autorisée sur cette plage.
— Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d’orgie. »

I9. L’Homme masqué (Masked man fallacy)

L’utilisation de dési­gna­teurs distincts dans une structure logique parfaite peut mener à une erreur lorsqu’ils recouvrent un seul et même objet.

« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n’est pas mon père. »

I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)

Cette tromperie se rapproche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l’exposé d’une autre.

« Mais vous mentez!?
— Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »

I11. Appel à la modé­ra­tion (Argu­mentum ad tempe­ran­tiam)

Cette erreur consiste à consi­dérer que la vérité doit se situer entre deux positions opposées.

« Dix mille mani­fes­tants selon la police, 30.000 selon les orga­ni­sa­teurs… nous pouvons raison­na­ble­ment penser qu’ils étaient grosso-modo 20.000 à s’être déplacés. »

I12. Mani­pu­la­tion des proba­bi­lités

« Il y a une chance sur mille qu’une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu’il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »

I13. Biais de la solution parfaite (Nirvana fallacy, Perfect solution fallacy)

Rejet d’une solution au seul motif qu’elle n’est pas parfaite.

« Les préser­va­tifs sont à éviter : il arrive que certains se déchirent. »

I14. Effets de manches (Style over substance fallacy)

« Parce que j’aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l’italienne fabri­quées à Grenoble, eh ben, c’est rien qu’un demi-sel. Et là, je parle juste question présen­ta­tion, parce que si je voulais me lancer dans la psycha­na­lyse, j’ajouterais que c’est le roi des cons… » (Audiard, Le Cave se rebiffe)

I15. Faux dilemme

Limiter les solutions possibles à une alter­na­tive arbi­traire.

« Alors, fina­le­ment, vous êtes pour ou contre les légumes? »

I16. Fausse corré­la­tion

« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favorise donc la calvitie. »

I17. Non Sequitur

« Il fait beau aujourd’hui. Il pleuvra donc demain. »

I18. Négation de la preuve

« Il n’est pas mort parce que je l’ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu’il a touché le sol! »

I19. Trai­te­ment spécial (Special Pleading)

Appliquer à un échan­tillon des règles diffé­rentes de celles qui s’appliquent à la popu­la­tion générale, sans justi­fi­ca­tion adéquate.

« Je trouve normal que chacun soit respon­sable des dégâts qu’il commet, et je reconnais avoir cassé la voiture de mon voisin. Toutefois, j’espère que vous ne me deman­derez pas de financer les répa­ra­tions. »

I20. L’effet Eliza

Ce biais de raison­ne­ment consiste à donner à un énoncé plus de sens qu’il n’en a vraiment. Eliza est un logiciel algo­rith­mique simulant une conver­sa­tion avec un psychiatre.

Eliza : Comment vas-tu aujourd’hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sentiment.
Humain : Je crois qu’il n’y a que toi qui me comprenne.

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Contro­versy

www​.nizkor​.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (8)

H. ERREURS DE LOGIQUE
où l’on se perd dans la pure logique…

H1. Affir­ma­tion d’une disjonc­tion

Erreur de logique propo­si­tion­nelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.

« J’ai entendu qu’il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)

H2. Affir­ma­tion du consé­quent

Erreur de logique propo­si­tion­nelle : estimer que si B est une consé­quence de A, il ne peut être qu’une consé­quence de A.

« Si j’ai une grippe, je serai fiévreux. Comme j’ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »

H3. Négation de l’antécédent

Erreur de logique propo­si­tion­nelle : estimer que si B est une consé­quence de A, l’absence de A implique l’absence de B.

« Si j’ai une grippe, je serai fiévreux. Comme je n’ai pas de grippe, ce ther­mo­mètre se trompe. »

H4. Erreur exis­ten­tielle

Erreur de quan­ti­fi­ca­teur : dans un syllo­gisme, une prémisse manque pour aboutir à la conclu­sion.

« Les licornes sont des animaux, donc certains animaux sont des licornes. »

(Dans le cadre d’un syllo­gisme caté­go­rique, on parlera de Fallacy of the undis­tri­buted middle)

H5. Conver­sion illicite

Erreur de quan­ti­fi­ca­teur : estimer que si un argument est vrai, son inverse l’est aussi.

« Tous les carrés sont des rectangles, et vice-versa. »

H6. Quan­ti­fier shift

Réso­lu­tion fautive des quan­ti­fi­ca­teurs

« Chaque personne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »

H7. Quaternio termi­norum (Fallacy of four terms)

L’erreur se glisse lorsqu’un quatrième terme apparaît subrep­ti­ce­ment dans un syllo­gisme qui doit en comporter trois.

« Les philo­sophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

H8. Conclu­sion affir­ma­tive d’une prémisse négative

Lorsqu’un syllo­gisme caté­go­rique mène à une conclu­sion positive après une ou deux prémisses négatives.

« Aucun homme n’est un poisson, aucun poisson n’est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »


H9. Prémisse majeure illicite

Le terme majeur n’est pas distri­buée dans la prémisse majeure.

« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n’est un homme. Donc, aucune licorne n’est mortelle. »

H10. Prémisse mineure illicite

Le terme mineur n’est pas distribué dans la prémisse mineure.

« Tous les hommes sont des primates, tous les hommes sont des mammi­fères. Donc, tous les mammi­fères sont des primates. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Contro­versy

www​.nizkor​.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (7)

G. GÉNÉRALISATIONS INVALIDES
où l’on a tout de suite tout compris…

G1. Géné­ra­li­sa­tion hâtive (Secundum quid)

« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »

G2. Géné­ra­li­sa­tion excessive (A dicto simpli­citer)

Cette erreur consiste à négliger l’exception.

« Enfoncer un couteau dans le ventre d’une personne est un crime. Les chirur­giens le font. Ce sont donc des criminels. »

G3. Géné­ra­li­sa­tion excessive (Ad dictum simpli­citer)

À l’inverse, ici l’exception est consi­dérée pour univer­sa­liser une position parti­cu­lière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.

« Fumer n’est pas dangereux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort cente­naire d’un accident de skate-board. »

G4. Biais de repré­sen­ta­ti­vité (Conjunc­tion fallacy)

Consister à fonder son jugement sur un échan­tillon biaisé, non repré­sen­tatif de la popu­la­tion.

« Depuis mon compar­ti­ment de train, j’ai pu constater sur un échan­tillon de 70 passages à niveau que tous sans exception ont leurs barrières fermées. »

G5. Mani­pu­la­tion des statis­tiques

« La majorité des humains sont des femmes.
La majorité des femmes ont les cheveux noirs.
La majorité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »

G6. Spotlight fallacy

Il s’agit d’une mani­pu­la­tion des statis­tiques consis­tant à présup­poser que l’échantillon considéré recouvre l’ensemble de la popu­la­tion.

« Toute femme sait ce qu’accoucher veut dire. »

G7. Thought-termi­na­ting cliché

En français dans le texte. Ce terme proposé par le psychiatre Robert Jay Lifton désigne des formules destinées à bloquer la réfexion. Il s’agit clai­re­ment de mani­pu­la­tion (éven­tuel­le­ment incons­ciente) et s’utilise afin de soumettre une commu­nauté à un dogme. C’est l’une des tech­niques utilisées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la disso­nance cognitive. Ce dogme peut être considéré comme la propo­si­tion et le Thought-termi­na­ting cliché comme une géné­ra­li­sa­tion invalide puisque la réflexion qui permet­trait d’arriver à toute autre conclu­sion est étouffée dans l’oeuf. Les réfé­rences systé­ma­tiques au populisme ou au nazisme (loi de Godwin) procèdent du même ordre. La Novlangue d’Orwell (1984) est fondée sur ce principe. (La formule utilisée peut en outre générer un second raison­ne­ment falacieux.)

« Insha’Allah »
« On n’a pas toujours ce que l’on veut. »

G8. Mislea­ding vividness

Cette erreur consiste à favoriser la géné­ra­li­sa­tion d’un cas isolé en l’entourant d’images frap­pantes.

« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suffo­quait, pleurait et, en se levant, il a renversé l’aquarium sur la télé­vi­sion qui a implosé. Depuis, il n’est plus tout à fait le même. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Contro­versy

www​.nizkor​.org

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Les Raisonnements fallacieux (6)

F. DIGRESSIONS (RED HERRING)
où l’on s’égare sur les petits chemins de traverse…

Une digres­sion est un argument détour­nant la discus­sion du point original. Ici encore, cette classe est combi­nable avec d’autres, notamment avec les trom­pe­ries ad hominem ou les arguments d’autorité.

F1. La Charge de la preuve (Burden of proof)

Un niveau de rigueur est néces­saire afin de démontrer un argument. Le raison­ne­ment falla­cieux consiste à prétendre abusi­ve­ment que ce niveau n’est pas atteint et à déplacer la discus­sion sur ce terrain.

F2. Renver­se­ment de la charge de la preuve (Negative proof fallacy)

Cette erreur repose sur la diffi­culté qu’il y a à savoir qui doit apporter la preuve d’une affir­ma­tion. Plusieurs cas peuvent se présenter. Lorsque le cadre rhéto­rique est déterminé par des règles, il faut s’y conformer (parlement, procès, instruc­tion judi­ciaire…). Lorsque la logique seule doit s’appliquer, la propo­si­tion de Carl Sagan est la meilleure voie à suivre : « Des affir­ma­tions extra­or­di­naires néces­sitent des preuves extra­or­di­naires. »

Dans un cadre stric­te­ment scien­ti­fique, Karl Popper a démontré qu’une affir­ma­tion peut être qualifiée de scien­ti­fique à la condition d’être réfutable, c’est-à-dire s’il est possible de consigner une obser­va­tion ou de mener une expé­rience qui démontre que l’affirmation est fausse.

« Prouvez-moi que le Monstre du Loch Ness n’existe pas! »

F3. Fausse objection

« Il faut que j’en parle à ma femme… »

F4. Argu­mentum ad lapidem

Consi­dérer un argument comme absurde sans aucun argument logique.

« C’est mon ami : il ne ferai jamais une chose pareille! »

F5. Hausser la barre (Moving the goal post)

Augmenter en cours d’argumentation les exigences néces­saires à la vali­da­tion de la conclu­sion.

« Il me faut un disque dur de 500 Go.
— Celui-ci a une capacité de 750 Go.
— Oui, mais il est cher. »

F6. Snobisme chro­no­lo­gique (Chro­no­lo­gical snobbery)

Arguer qu’un argument est faux en vertu du fait qu’un autre argument de la même époque s’est révélé faux lui aussi.

« Vous me dites que la Terre est ronde, mais cette théorie s’est déve­loppée à une époque où l’on croyait à la géné­ra­tion spontanée! »

F7. La fausse piste

Intro­duire un élément tota­le­ment étranger à la discus­sion.

« Peu avant l’accident, j’ai remarqué que le vent se levait. »

F8. Asteraz fallacy

Affirmer qu’une prémisse est exacte parce qu’une autre prémisse l’est.

« Comme vous le savez, 2 x 2 = 4. De même 87 x 93 = 8.000. En consé­quence, la somme des deux fait 8.004 »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Contro­versy

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Les Raisonnements fallacieux (5)

E. APPELS A L’ÉMOTION
où l’émotion prévaut sur la raison…

L’appel à l’émotion tente de crédi­bi­liser une propo­si­tion sur base des émotions qu’elle suscite. C’est l’un des prin­ci­paux raison­ne­ments falla­cieux. Tout d’abord parce qu’elles offrent une arti­cu­la­tion facile du discours raisonné à l’expression des senti­ments bruts. Ensuite parce qu’il peut prendre de nombreuses formes.

Elles sont plus délicates à décons­truire car les invalider est souvent pris comme une défiance non seulement au raison­ne­ment invalide, mais aussi à l’émotion qui le sous-tend.


E1. Appel aux consé­quences (Argu­mentum ad conse­quen­tiam)

Cette erreur de raison­ne­ment est courante et parfois difficile à iden­ti­fier. Elle consiste à valider une propo­si­tion en fonction du désa­gré­ment que son infir­ma­tion pourrait apporter.

« Dieu existe : tant de gens on éprouvent la présence » peut se déployer de la façon suivante : « Tant de gens sentent que Dieu existe et intègre cette impres­sion à leur façon de vivre qu’il serait dommage que ce ne soit pas le cas : Dieu existe. »

Le mécanisme est assez proche de la disso­nance cognitive par laquelle on est amené à estimer bons les choix coûteux que l’on fait. Si l’on paye cher une voiture d’occasion qui s’avère désas­treuse, s’avouer que l’on s’est trompé ajoute un constat pénible à la déception :

« Non seulement c’est une épave, mais je suis en plus un fameux imbécile! »

E2. Le doigt dans l’engrenage (Sunk cost fallacy)

Enchaî­ne­ment de petites compro­mis­sions logiques. La première ne semble pas porter à consé­quence pour l’interlocuteur, mais les suivantes ont des impli­ca­tions de plus en plus grandes qu’il est amené à accepter s’il ne veut pas admettre qu’il a eu tort d’accepter la première.

Deux groupes d’étudiants fumeurs. On demande au premier d’arrêter de fumer durant une semaine. On demande au second d’arrêter de fumer un jour et, à la fin de la journée, on leur demande de prolonger l’expérience de six jours. Le taux d’acceptation sera supérieur dans le second groupe.

E3. Appel à la terreur (Argu­mentum ad metum)

« La lutte contre le terro­risme implique la suppres­sion de certaines libertés civiles. »

E4. La raison du plus fort (Argu­mentum ad baculum)

Cet argument est géné­ra­le­ment classé dans les appels à l’autorité. Pourtant c’est plus à l’émotion qu’il s’adresse de par les menaces qu’il dégage.

« La ligne du Parti est la bonne, et le Goulag attend ceux qui en doutent. »

E5. Appel à la flatterie

« … parce que vous le valez bien!  »

E6. Appel au ridicule

« Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe?  » (l’évêque d’Oxford à Th. Huxley qui défendait le darwi­nisme)

E7. Appel à la haine (Argu­mentum ad odium)

« Ce n’est qu’en votant pour moi que vous aurez une chance de vous débar­rasser de ces étrangers. »

E8. Appel à la pitié (argu­mentum ad mise­ri­cor­diam)

« Je roulais trop vite Monsieur l’agent, mais c’était pour être plus vite auprès de mon pauvre papa mourant. »

E9. Appel à la fierté (Argu­mentum ad Superbium)

« Seuls les esprits éclairés pourront comprendre notre action… »

E9. Préparer le terrain (Poisoning the well)

Où l’on présente l’information de telle sorte que l’interlocuteur sera plus gêné avec une réponse qu’avec une autre.

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Contro­versy

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Les Raisonnements fallacieux (4)

D. ARGUMENTS AD HOMINEM (Argu­mentum ad hominem)
où les défauts de l’auteur sont évoqués…

Les arguments ad hominem n’appartiennent pas à propre­ment parler aux appels à l’autorité mais ils procèdent d’un mécanisme similaire, géné­ra­le­ment utilisés pour discré­diter une propo­si­tion. Au lieu d’attaquer la propo­si­tion, ils attaquent la personne qui le défend. Certains appels à l’autorité parfai­te­ment symé­triques sont d’ailleurs parfois classés dans cette catégorie (argu­mentum ad crumenam p. ex. selon lequel le riche fait autorité sur le pauvre).

D1. Argu­mentum ad personam

La person­na­lité de l’auteur discré­dite son propos.

« Et c’est cette canaille qui voudrait nous faire croire que la Terre est ronde! »

D2. Argu­mentum ad hominem circum­stantae

« Il prétend que Dieu n’existe pas, mais il a fait de la prison! »

D3. Appel aux moti­va­tions (Appeal to motive)

Où une prémisse est invalidée sur base des moti­va­tions du locuteur.

« Il a voté ainsi parce que sa femme en profitera indi­rec­te­ment. »

D4. Tu quoque

L’argument Tu quoque consiste à discré­diter une propo­si­tion parce que son auteur lui-même a agi en contra­dic­tion avec elle.

« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rousseau peut écrire sur l’éducation des enfants alors qu’il a abandonné les siens ? » (Voltaire)

Une autre forme du Tu quoque consiste à démontrer son innocence par le seul fait de la culpa­bi­lité de son adver­saire :

« Ah! Vous voyez bien qui de nous deux est le menteur! » (lorsque l’adversaire vient d’être pris en flagrant délit)

D5. Culpa­bi­lité par asso­cia­tion

Décré­di­bi­liser une personne parce que sa propo­si­tion est similaire à celle d’une personne ou d’un groupe discré­dité, et ainsi discré­diter la propo­si­tion elle-même.

« Vous dites que les pauvres meurent de faim. C’est un argument de commu­niste. Vous ne vous attendez pas à ce que l’on prête attention aux propos d’un commu­niste?! »

« Vous êtes végé­ta­rien? Hitler l’était aussi…! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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Les Raisonnements fallacieux (3)

C. APPELS A L’AUTORITÉ
où les qualités de l’auteur entrent en jeu…

Les appels à l’autorité sont les arguments falla­cieux les plus visibles et les plus simples à démonter : il suffit de mettre en doute que l’élément qui donne autorité donne aussi une connais­sance infaillible sur le sujet traité.

Un effet pervers est que, par une sorte de rela­ti­visme absolu, les appels légitimes à l’autorité sont régu­liè­re­ment dénoncés comme abusifs : « Je ne reconnais pas de légi­ti­mité à cette cour de justice. »

L’appel à l’autorité n’est un argument falla­cieux que lorsque les critères de crédi­bi­lité concer­nant l’énoncé ne sont pas rassem­blés.

C1. Argument d’autorité (Argu­mentum ad vere­cun­diam)

« C’est vraiment le corps du Christ : c’est Monsieur le curé qui l’a dit! »

C2. La raison du plus riche (Argu­mentum ad crumenam)

« Ce n’est tout de même pas ce clochard qui va me dire comment mener ma vie!? »

C3. La raison du plus pauvre (Argu­mentum ad lazarum)

« Pour nous, un euro, c’est un euro. Nous connais­sons la valeur des choses. Alors, quand on vous dit que le capi­ta­lisme est le pire des modèles, nous savons de quoi nous parlons. »

C4. La loi du nombre (Argu­mentum ad populum)

« L’astrologie existe dans toutes les civi­li­sa­tions. Elle est donc fondée. »

C5. Appel à la tradition (Argu­mentum ad anti­qui­tatem)

« Avant l’électricité, les gens se débrouillaient très bien. L’électricité est donc superflue. »

C6. Appel à la nouveauté (Argu­mentum ad novitatem)

« Tu devrais essayer : c’est tout nouveau! »

C7. Appel à la nature (Natu­ra­listic fallacy)

« Cela ne peut pas vous faire de mal : c’est 100% naturel! »

C8. L’honneur par asso­cia­tion

« Je ne suis pas un imbécile, puisque je suis douanier. » (Fernand Raynaud)

C9. La vérité pure et simple (Bare assertion fallacy)

Le degré zéro de l’argument d’autorité puisque tout locuteur fait autorité pour autant qu’il affirme que ce qu’il dit est vrai.

« La lune est en fromage blanc.
— Non!?
— Si-si, c’est vrai!
— Ah ben ça alors! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjec­ti­vismes etc.

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Aristotle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Contro­versy

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