La Dernière Scène de Buñuel

Nous savons que les mécanismes classiques qui font s'alterner tensions et résolutions ne s'appliquent guère aux oeuvres surréalistes qui procèdent plutôt en modulant l'axe d'une tension jamais résolue. Nous savons aussi que la nature même du surréalisme est de s'affranchir du contrôle de la raison. En conséquence, rechercher une résolution rationnelle à l'une des plus grandes oeuvres surréaliste du cinéma serait une démarche absurde. Mon objet ici ne sera que d'exposer une coïncidence sans chercher à en préciser la nature.

La dentelle sanglante

La dentelle sanglante

Des œuvres de Buñuel, c'est probablement son dernier opus, Cet obscur objet du désir (1977), qui a suscité le plus d'interrogations et d'hypothèses interprétatives, ces questionnements atteignant leur paroxysme avec la scène finale qui clôture à la fois ce film mais aussi toute l'œuvre du cinéaste.

Le film commence dans un wagon de chemin de fer où l'un des voyageurs, Mathieu Faber (Fernando Rey), entreprend de conter à ses compagnons de voyage la singulière aventure amoureuse qui le lie à la désirable Conchita (Carole Bouquet et Angela Molina). Au travers des époques et des pays, celle-ci suscite chez lui une passion qu'elle refuse de combler, faisant alterner une figure apollinienne (Carole Bouquet) à une figure dionysiaque (Angela Molina).

Afin d'universaliser la narration, le réalisateur fait éclater les repères narratifs. Ainsi, le rôle de Conchita est interprété par deux actrices présentant quelques identités physiques mais surtout de grands antagonismes d'expression ; les interprètes principaux sont doublés (Fernando Rey par Michel Piccoli et Angela Molina par Florence Giorgetti) ; le terrorisme offre un contrepoint à l'intrigue amoureuse ; la mise en scène alterne les codes du cinéma avec ceux du théâtre ; de courtes scènes semblent n'avoir pour seule fonction que de rappeler la nature de simulacre de l'oeuvre (scène de la souris en plastique…) ; et les nombreuses anacoluthes consubstantielles au langage de l'auteur parachèvent la déstructuration.

La scène finale s'accomplit dans un étroit passage parisien garni de boutiques. Dans un premier temps, le couple entre dans un moderne commerce de reprographie tandis que dans un magasin lui faisant face, un sac de jute récurrent à l'histoire est ouvert par une jeune femme qui en extrait un linge difficilement identifiable, ce qui semble être une chemise de nuit et enfin une dentelle tachée de sang. Le couple sort du magasin de photocopies et s'arrête devant la vitrine où la dentelière entreprend de réparer une déchirure dans le dernier linge.

Le couple semble pour un temps figé dans un équilibre bourgeois qui ne laisse rien paraître de son intimité sexuelle. Le jeu des reflets le place à la fois de part et d'autre de la vitrine. Mais la fascination de cette réparation ne captive pas Conchita qui rompt l'équilibre et s'en va (non sans avoir tendrement et fugacement pressé la main de son compagnon). Une fois la dentelle réparée, Faber, semblant apaisé, la rejoint. S'ensuite une ultime dispute que l'explosion de la galerie interrompt.

Le réalisateur n'a jamais pu ou voulu donner d'interprétation :

« La dernière scène – où une main de femme reprise soigneusement une déchirure sur un manteau de dentelle sanglante (c'est le dernier plan que j'ai tourné) – me touche sans que je puisse dire pourquoi, car elle reste à jamais mystérieuse1. »

Une interprétation elliptique consiste à voir dans le geste réparateur de la couturière une tentative de guérison de l'œil tranché du Chien andalou, hypothèse renforcée par ce tableau que jette l'héroïne en entendant son amant arrivé : La Dentellière de Vermeer.

Mais la galerie ?

Visionnant une nouvelle fois ce film, je remarquai que la familiarité de la scène finale avait quelque chose de particulier, et je compris qu'une partie de cette familiarité tenait d'un élément a priori étranger à ce film. Il venait d'un entretien accordé à Meudon en 1959 par Louis-Ferdinand Céline à Louis Pauwels2.

Céline y parlait avec émotion de son enfance, galerie Choiseul, « poche à gaz » où sa mère, modiste et réparatrice de dentelles, tenait  boutique au n° 67 puis au n° 64.

L'identité est évidente : Buñuel tourna sa dernière scène dans la galerie où grandit le jeune Louis-Ferdinand Destouches. Car contrairement à ce qui est souvent affirmé, c'est bien au passage Choiseul et non au passage Jouffroy que fut filmée, en décors naturels, cette scène finale3.

Au centre de l'image, la dentelle qui entourait le futur écrivain. Mais une dentelle sanglante. Une guerre était passée, et Céline en fut à la fois complice et victime. Cette scène qui mêle le présent au passé ressemble d'ailleurs à un film muet.

En face de ce commerce, un autre : un magasin de reprographie dont l'essence même est de reproduire l'écrit. Et cet entretien de Pauwels qui montre que Céline, jamais ne quitta ce passage Choiseul.

Une dentelle sanglante passage Choiseul, un désir inassouvi et ravallé. Et une guerre, proche et lointaine à la fois.

Je ne sais si Buñuel a connu Céline, ni même s'il lu. Je ne relève ici qu'une coïncidence ironique et il m'importe peu de savoir ce qui la provoqua : la raison, l'inconscient ou ces indénombrables inconnues qui constituent le hasard.

Un fait toutefois demeure : l'oeuvre cinématographique la plus intrigante du XXe siècle se termine devant le modeste commerce où s'est trouvé en gestation l'œuvre littéraire la plus dérangeante de ce même siècle.

avk

 


  1. Buñuel, Luis. Mon dernier soupir, p. 309. Laffont. Paris, 1982.
  2. Louis-Ferdinand Céline : entretien avec Louis Pauwels (19 juin 1959) dans En français dans le texte (1961, 19 min.) réal. par Yvan Jouannet.
  3. Duprat, Arnaud. Les derniers films de Luis Buñuel : l’aboutissement d’une pensée cinématographique. Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Paris, 2007
  • Duprat, Arnaud. Cet Obscur Objet Du Désir Ou Les Mystères De Conchita. Pandora: Revue d'études Hispaniques n° 5 (2005): 281–295.

Asterion

Nous nous trouvons devant un paradoxe : la multiplication des vecteurs d'information crée une nébuleuse qui nuit à la transmission de la connaissance.

Trois facteurs interdépendants concourent à l'expliquer : la technologie, la complexité et l'économie.

George Frederick Watts

1. Parmi tous les outils d'acquisition de connaissance que j'utilise quotidiennement, mon iPhone gère une dizaine de protocoles différents donnant chacun accès une masse informationnelle que mon esprit assimile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebondissons de texte en texte, suivant un fil indéfini qui s'estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en dégageons des impressions floues et avons de plus en plus de mal à synthétiser ce que nous avons retenu de cette immersion.
Sur le plan social, la situation est encore pire : notre société occidentale rend les outils d'édition et de partage accessibles à chacun, mais sans ces outils complémentaires que sont le respect du texte, le transfert des références, la vérification des sources, l'examen de la pertinence. On flashe? Un clic et c'est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l'information porteuse du savoir originel, le texte de référence.
À force de transmissions partielles, de commentaires, de copier-coller, de négligences volontaires ou non, la distance entre l'information et la connaissance s'est creusée.

2. L'effondrement du modernisme ne peut s'expliquer que par l'irréductible complexité du monde. Il y a deux générations, nous vivions dans un monde infini dont nous pensions pouvoir maîtriser les paramètres fondamentaux. Aujourd'hui, nous nous heurtons à la finitude des ressources et à notre incapacité à dresser des modèles fiables à court terme d'éléments aussi importants que la météo, les populations de poissons ou la finance mondiale.
Nous sommes donc résignés, dans le meilleur des cas, à des politiques de très courts termes, à des actions purement locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confusion informationnelle et ces limitations décisionnelles se révèlent être des sources de profits importants pour de nombreux groupements d'intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l'environnement ou des nouvelles technologies impliquent directement les modèles socioéconomiques planétaires, et sont d'une importance capitale tant pour les ONG que pour les multinationales ou les entités politiques. Ces derniers utilisent le nuage de fumée qu'est devenue l'information afin d'atteindre leurs objectifs, et la difficulté de modéliser certains phénomènes complexes rend difficile la réfutation de leurs politiques.
Pourtant, portés par leur optimisme, certains vont trop loin et propagent des informations facilement réfutables. Certains camouflent des positions idéologiques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduction facile des constructions vouées à l'échec.

L'objectif de ce blog est de contribuer à favoriser l'accès à la connaissance de notre monde, des principaux problèmes qu'il traverse et des solutions envisagées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n'avons pas d'autre choix que d'être ambitieux. C'est pourquoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vaudrait la peine de continuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s'exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sensibilité et l'intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c'est la seule façon de s'en sortir.

avk

Le centre de Wikipedia

Le centre d'un cercle est le point équidistant aux points de sa circonférence. Cette simple définition dépend des symétries particulières du cercle. Si l'on considère une figure aussi simple que le triangle, ce ne sont pas moins de 3.000 points qui peuvent être qualifiés de centres (centre de gravité, orthocentre, centre du cercle inscrit...)

Attachons-nous au centre de gravité. C'est le point pour lequel la somme des distances qui le séparent des autres points de l'objet est minimale. Pour connaître le centre (de gravité) d'un pays, il suffit ainsi d'en découper la frontière dans une planchette de bois et de faire tenir cet objet en équilibre sur un doigt. Le doigt pointe alors sur le centre du pays.

Cette définition peut s'appliquer à tout réseau pour autant que la notion de distance soit définie comme le nombre d'intermédiaires nécessaires pour en relier deux éléments. C'est le principe du nombre d'Erdös [1] ou de celui de Bacon [2].

Dès 1929, l'écrivain Frigyes Karinthy imagina le concept des Six degrés de séparation, selon lequel toute personne sur le globe peut être reliée à toute autre par une chaîne de six maillons de relations individuelles au maximum. Stanley Milgram étudia cette thèse dans son Étude du petit monde qui constitue un fondement capital pour l'analyse des réseaux sociaux. FaceBook, Wikipedia et le P2P reposent en grande partie sur ces fondations. L'une des conséquences avérées est que c'est la solidité des liens faibles qui donne aux réseaux sociaux leurs cohérences.

C'est sur ces bases que Stephen Dohan s'est posée une question toute simple : quel est le centre de Wikipedia? Autrement dit, quel est l'article le plus proche de tous les autres, celui qui minimisera le nombre de clics à effectuer pour atteindre un article arbitraire?

La réponse est "2007", éloignée en moyenne des autres articles de 3,65 clics. Mais cette page est triviale car il s'agit en fait d'une longue liste. En ne considérant que les articles, le centre de Wikipedia est "United Kingdom", moyennement distante des autres de 3,67 clics. Il est suivi de "Billie Jean King" (3,68 clics) et de "United States" (3,69 clics).

Le Royaume Uni et les États-Unis ne surprennent guère... mais qui est donc Billie Jean King? Une ancienne joueuse de tennis à la biographie particulièrement détaillée. Se trouver au centre facilite les contacts mais ne les stimule pas.

avk

Notes

[1] Le nombre d'Erdös d'un mathématicien peut être défini de la façon suivante:

  • Le nombre d'Erdős de Paul Erdős vaut zéro ;
  • le nombre d'Erdős d'un mathématicien M est le plus petit nombre d'Erdős de tous les mathématiciens avec qui M a cosigné un article mathématique, plus un (si M a un nombre de Erdős qui vaut 1, cela signifie qu'il a écrit un article avec Erdős) ;
  • si M n'a cosigné aucun article avec ces mathématiciens, il a par définition un nombre d'Erdős infini.

[2] Le nombre de (Kevin) Bacon est au cinéma ce que le nombre d'Erdös est aux mathématiques. Ronald Reagan a un nombre de Bacon de 2 : Il a tourné en 61 The Young Doctors avec l'acteur Eddie Albert, lequel a joué dans The Big Picture avec Kevin Bacon.

Références

Dolan, Stephen. The Six Degrees of Wikipedia.

Granovetter, Mark. The Strength of Weak Ties; American Journal of Sociology, Vol. 78, No. 6., May 1973, pp 1360-1380

Milgram, Stanley and J. Travers. An Experimental Study of the Small World Problem , Sociometry, 1969, Vol. 32, No. 4. (1), pp. 425-443.

Les Raisonnements fallacieux (9)

I. SUBJECTIVISMES ETC.
où la seule chose qui compte finalement, c'est d'imposer ses idées...

I1. Subjectivisme

L'exemple parfait du subjectivisme est incarné par Martin Luther King lorsqu'il s'écrie : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pourrait s'écrier tout aussi subjectivement : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que certaines races sont supérieurs à d'autres. »

Bref, le subjectivisme est désarmant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les personnes dénuées de tout esprit critique.

Deux subjectivismes particuliers ont été définis : celui du psychologue (Psychologist's fallacy) et celui de l'historien (Historian's fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un stimulus de la même façon que l'observateur : « Il sursautera dès que l'image du serpent apparaîtra. »

Le subjectivisme de l'historien est analogue. Il consiste à penser que les décideurs du passé disposaient des mêmes informations et de la même perspective que l'historien actuel : « Napoléon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le subjectivisme de l'historien est proche du déterminisme rétrospectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.

I2. Appel à l'ignorance (Argumentum ad ignorantiam)

Ici, le subjectivisme s'engouffre dans l'impossibilité que l'on a de déterminer une valeur de crédibilité aux prémisses.

« Ce n'était ni un avion ni un hélicoptère, c'était donc une soucoupe volante! »

I3. Raison par forfait (Argumentum ad nauseam, Argumentum verbosium)

Au manque de références de l'appel à l'ignorance s'oppose la masse impraticable de références de la raison par forfait :

« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l'intégralité des traductions des oeuvres de Shakespeare et leurs variantes dans leurs éditions successives. »

I4. Argumentum a silentio

L'argumentum a silencio consiste à déduire l'ignorance d'une personne de son silence. C'est très tentant, je sais...

« Comment s'appelle l'oiseleur de la Flûte enchantée?
- Je le sais mais je ne veux pas le dire.
- Tu ne le sais pas, tout simplement! »

I5. Argumentum ad logicam

Argument affirmant que si un argument est fallacieux, sa conclusion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affirmations de la Bible. C'est bien la preuve de Dieu n'existe pas! »

I6. Pensée magique

La simple volonté prend ici valeur de prémisse. Ici, l'argumentation n'offre guère de prise à une réfutation utile. Nous sommes proches de la prière...

« Je n'ai jamais eu d'accident mortel, ce n'est pas ce soir que j'en aurai un! »

I7. Plurium interrogationum

Il s'agit d'une question chargée de prémisses non démontrées, ou orientant la réponse. La seule façon de s'en sortir est de recadrer la question.

« Frappez-vous encore votre femme? »

I8. Caricature (Strawman)

Tromperie fondée sur une représentation déformée de l'argument de l'adversaire.

« - J'estime que la nudité pourrait être autorisée sur cette plage.
- Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d'orgie. »

I9. L'Homme masqué (Masked man fallacy)

L'utilisation de désignateurs distincts dans une structure logique parfaite peut mener à une erreur lorsqu'ils recouvrent un seul et même objet.

« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n'est pas mon père. »

I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)

Cette tromperie se rapproche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l'exposé d'une autre.

« Mais vous mentez!?
- Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »

I11. Appel à la modération (Argumentum ad temperantiam)

Cette erreur consiste à considérer que la vérité doit se situer entre deux positions opposées.

« Dix mille manifestants selon la police, 30.000 selon les organisateurs... nous pouvons raisonnablement penser qu'ils étaient grosso-modo 20.000 à s'être déplacés. »

I12. Manipulation des probabilités

« Il y a une chance sur mille qu'une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu'il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »

I13. Biais de la solution parfaite (Nirvana fallacy, Perfect solution fallacy)

Rejet d'une solution au seul motif qu'elle n'est pas parfaite.

« Les préservatifs sont à éviter : il arrive que certains se déchirent. »

I14. Effets de manches (Style over substance fallacy)

« Parce que j'aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l'italienne fabriquées à Grenoble, eh ben, c'est rien qu'un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons... » (Audiard, Le Cave se rebiffe)

I15. Faux dilemme

Limiter les solutions possibles à une alternative arbitraire.

« Alors, finalement, vous êtes pour ou contre les légumes? »

I16. Fausse corrélation

« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favorise donc la calvitie. »

I17. Non Sequitur

« Il fait beau aujourd'hui. Il pleuvra donc demain. »

I18. Négation de la preuve

« Il n'est pas mort parce que je l'ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu'il a touché le sol! »

I19. Traitement spécial (Special Pleading)

Appliquer à un échantillon des règles différentes de celles qui s'appliquent à la population générale, sans justification adéquate.

« Je trouve normal que chacun soit responsable des dégâts qu'il commet, et je reconnais avoir cassé la voiture de mon voisin. Toutefois, j'espère que vous ne me demanderez pas de financer les réparations. »

I20. L'effet Eliza

Ce biais de raisonnement consiste à donner à un énoncé plus de sens qu'il n'en a vraiment. Eliza est un logiciel algorithmique simulant une conversation avec un psychiatre.

Eliza : Comment vas-tu aujourd'hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sentiment.
Humain : Je crois qu'il n'y a que toi qui me comprenne.

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

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Les Raisonnements fallacieux (8)

H. ERREURS DE LOGIQUE
où l'on se perd dans la pure logique...

H1. Affirmation d'une disjonction

Erreur de logique propositionnelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.

« J'ai entendu qu'il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)

H2. Affirmation du conséquent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, il ne peut être qu'une conséquence de A.

« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme j'ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »

H3. Négation de l'antécédent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, l'absence de A implique l'absence de B.

« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme je n'ai pas de grippe, ce thermomètre se trompe. »

H4. Erreur existentielle

Erreur de quantificateur : dans un syllogisme, une prémisse manque pour aboutir à la conclusion.

« Les licornes sont des animaux, donc certains animaux sont des licornes. »

(Dans le cadre d'un syllogisme catégorique, on parlera de Fallacy of the undistributed middle)

H5. Conversion illicite

Erreur de quantificateur : estimer que si un argument est vrai, son inverse l'est aussi.

« Tous les carrés sont des rectangles, et vice-versa. »

H6. Quantifier shift

Résolution fautive des quantificateurs

« Chaque personne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »

H7. Quaternio terminorum (Fallacy of four terms)

L'erreur se glisse lorsqu'un quatrième terme apparaît subrepticement dans un syllogisme qui doit en comporter trois.

« Les philosophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

H8. Conclusion affirmative d'une prémisse négative

Lorsqu'un syllogisme catégorique mène à une conclusion positive après une ou deux prémisses négatives.

« Aucun homme n'est un poisson, aucun poisson n'est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »


H9. Prémisse majeure illicite

Le terme majeur n'est pas distribuée dans la prémisse majeure.

« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n'est un homme. Donc, aucune licorne n'est mortelle. »

H10. Prémisse mineure illicite

Le terme mineur n'est pas distribué dans la prémisse mineure.

« Tous les hommes sont des primates, tous les hommes sont des mammifères. Donc, tous les mammifères sont des primates. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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Les Raisonnements fallacieux (7)

G. GÉNÉRALISATIONS INVALIDES
où l'on a tout de suite tout compris...

G1. Généralisation hâtive (Secundum quid)

« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »

G2. Généralisation excessive (A dicto simpliciter)

Cette erreur consiste à négliger l'exception.

« Enfoncer un couteau dans le ventre d'une personne est un crime. Les chirurgiens le font. Ce sont donc des criminels. »

G3. Généralisation excessive (Ad dictum simpliciter)

À l'inverse, ici l'exception est considérée pour universaliser une position particulière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.

« Fumer n'est pas dangereux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort centenaire d'un accident de skate-board. »

G4. Biais de représentativité (Conjunction fallacy)

Consister à fonder son jugement sur un échantillon biaisé, non représentatif de la population.

« Depuis mon compartiment de train, j’ai pu constater sur un échantillon de 70 passages à niveau que tous sans exception ont leurs barrières fermées. »

G5. Manipulation des statistiques

« La majorité des humains sont des femmes.
La majorité des femmes ont les cheveux noirs.
La majorité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »

G6. Spotlight fallacy

Il s'agit d'une manipulation des statistiques consistant à présupposer que l'échantillon considéré recouvre l'ensemble de la population.

« Toute femme sait ce qu'accoucher veut dire. »

G7. Thought-terminating cliché

En français dans le texte. Ce terme proposé par le psychiatre Robert Jay Lifton désigne des formules destinées à bloquer la réfexion. Il s'agit clairement de manipulation (éventuellement inconsciente) et s'utilise afin de soumettre une communauté à un dogme. C'est l'une des techniques utilisées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la dissonance cognitive. Ce dogme peut être considéré comme la proposition et le Thought-terminating cliché comme une généralisation invalide puisque la réflexion qui permettrait d'arriver à toute autre conclusion est étouffée dans l'oeuf. Les références systématiques au populisme ou au nazisme (loi de Godwin) procèdent du même ordre. La Novlangue d'Orwell (1984) est fondée sur ce principe. (La formule utilisée peut en outre générer un second raisonnement falacieux.)

« Insha'Allah »
« On n'a pas toujours ce que l'on veut. »

G8. Misleading vividness

Cette erreur consiste à favoriser la généralisation d'un cas isolé en l'entourant d'images frappantes.

« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suffoquait, pleurait et, en se levant, il a renversé l'aquarium sur la télévision qui a implosé. Depuis, il n'est plus tout à fait le même. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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Les Raisonnements fallacieux (6)

F. DIGRESSIONS (RED HERRING)
où l'on s'égare sur les petits chemins de traverse...

Une digression est un argument détournant la discussion du point original. Ici encore, cette classe est combinable avec d'autres, notamment avec les tromperies ad hominem ou les arguments d'autorité.

F1. La Charge de la preuve (Burden of proof)

Un niveau de rigueur est nécessaire afin de démontrer un argument. Le raisonnement fallacieux consiste à prétendre abusivement que ce niveau n'est pas atteint et à déplacer la discussion sur ce terrain.

F2. Renversement de la charge de la preuve (Negative proof fallacy)

Cette erreur repose sur la difficulté qu'il y a à savoir qui doit apporter la preuve d'une affirmation. Plusieurs cas peuvent se présenter. Lorsque le cadre rhétorique est déterminé par des règles, il faut s'y conformer (parlement, procès, instruction judiciaire...). Lorsque la logique seule doit s'appliquer, la proposition de Carl Sagan est la meilleure voie à suivre : « Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. »

Dans un cadre strictement scientifique, Karl Popper a démontré qu'une affirmation peut être qualifiée de scientifique à la condition d'être réfutable, c'est-à-dire s'il est possible de consigner une observation ou de mener une expérience qui démontre que l'affirmation est fausse.

« Prouvez-moi que le Monstre du Loch Ness n'existe pas! »

F3. Fausse objection

« Il faut que j'en parle à ma femme... »

F4. Argumentum ad lapidem

Considérer un argument comme absurde sans aucun argument logique.

« C'est mon ami : il ne ferai jamais une chose pareille! »

F5. Hausser la barre (Moving the goal post)

Augmenter en cours d'argumentation les exigences nécessaires à la validation de la conclusion.

« Il me faut un disque dur de 500 Go.
- Celui-ci a une capacité de 750 Go.
- Oui, mais il est cher. »

F6. Snobisme chronologique (Chronological snobbery)

Arguer qu'un argument est faux en vertu du fait qu'un autre argument de la même époque s'est révélé faux lui aussi.

« Vous me dites que la Terre est ronde, mais cette théorie s'est développée à une époque où l'on croyait à la génération spontanée! »

F7. La fausse piste

Introduire un élément totalement étranger à la discussion.

« Peu avant l'accident, j'ai remarqué que le vent se levait. »

F8. Asteraz fallacy

Affirmer qu'une prémisse est exacte parce qu'une autre prémisse l'est.

« Comme vous le savez, 2 x 2 = 4. De même 87 x 93 = 8.000. En conséquence, la somme des deux fait 8.004 »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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Les Raisonnements fallacieux (5)

E. APPELS A L'ÉMOTION
où l'émotion prévaut sur la raison...

L'appel à l'émotion tente de crédibiliser une proposition sur base des émotions qu'elle suscite. C'est l'un des principaux raisonnements fallacieux. Tout d'abord parce qu'elles offrent une articulation facile du discours raisonné à l'expression des sentiments bruts. Ensuite parce qu'il peut prendre de nombreuses formes.

Elles sont plus délicates à déconstruire car les invalider est souvent pris comme une défiance non seulement au raisonnement invalide, mais aussi à l'émotion qui le sous-tend.


E1. Appel aux conséquences (Argumentum ad consequentiam)

Cette erreur de raisonnement est courante et parfois difficile à identifier. Elle consiste à valider une proposition en fonction du désagrément que son infirmation pourrait apporter.

« Dieu existe : tant de gens on éprouvent la présence » peut se déployer de la façon suivante : « Tant de gens sentent que Dieu existe et intègre cette impression à leur façon de vivre qu'il serait dommage que ce ne soit pas le cas : Dieu existe. »

Le mécanisme est assez proche de la dissonance cognitive par laquelle on est amené à estimer bons les choix coûteux que l'on fait. Si l'on paye cher une voiture d'occasion qui s'avère désastreuse, s'avouer que l'on s'est trompé ajoute un constat pénible à la déception :

« Non seulement c'est une épave, mais je suis en plus un fameux imbécile! »

E2. Le doigt dans l'engrenage (Sunk cost fallacy)

Enchaînement de petites compromissions logiques. La première ne semble pas porter à conséquence pour l'interlocuteur, mais les suivantes ont des implications de plus en plus grandes qu'il est amené à accepter s'il ne veut pas admettre qu'il a eu tort d'accepter la première.

Deux groupes d'étudiants fumeurs. On demande au premier d'arrêter de fumer durant une semaine. On demande au second d'arrêter de fumer un jour et, à la fin de la journée, on leur demande de prolonger l'expérience de six jours. Le taux d'acceptation sera supérieur dans le second groupe.

E3. Appel à la terreur (Argumentum ad metum)

« La lutte contre le terrorisme implique la suppression de certaines libertés civiles. »

E4. La raison du plus fort (Argumentum ad baculum)

Cet argument est généralement classé dans les appels à l'autorité. Pourtant c'est plus à l'émotion qu'il s'adresse de par les menaces qu'il dégage.

« La ligne du Parti est la bonne, et le Goulag attend ceux qui en doutent. »

E5. Appel à la flatterie

« ... parce que vous le valez bien!  »

E6. Appel au ridicule

« Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe?  » (l'évêque d'Oxford à Th. Huxley qui défendait le darwinisme)

E7. Appel à la haine (Argumentum ad odium)

« Ce n'est qu'en votant pour moi que vous aurez une chance de vous débarrasser de ces étrangers. »

E8. Appel à la pitié (argumentum ad misericordiam)

« Je roulais trop vite Monsieur l'agent, mais c'était pour être plus vite auprès de mon pauvre papa mourant. »

E9. Appel à la fierté (Argumentum ad Superbium)

« Seuls les esprits éclairés pourront comprendre notre action... »

E9. Préparer le terrain (Poisoning the well)

Où l'on présente l'information de telle sorte que l'interlocuteur sera plus gêné avec une réponse qu'avec une autre.

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (4)

D. ARGUMENTS AD HOMINEM (Argumentum ad hominem)
où les défauts de l'auteur sont évoqués...

Les arguments ad hominem n'appartiennent pas à proprement parler aux appels à l'autorité mais ils procèdent d'un mécanisme similaire, généralement utilisés pour discréditer une proposition. Au lieu d'attaquer la proposition, ils attaquent la personne qui le défend. Certains appels à l'autorité parfaitement symétriques sont d'ailleurs parfois classés dans cette catégorie (argumentum ad crumenam p. ex. selon lequel le riche fait autorité sur le pauvre).

D1. Argumentum ad personam

La personnalité de l'auteur discrédite son propos.

« Et c'est cette canaille qui voudrait nous faire croire que la Terre est ronde! »

D2. Argumentum ad hominem circumstantae

« Il prétend que Dieu n'existe pas, mais il a fait de la prison! »

D3. Appel aux motivations (Appeal to motive)

Où une prémisse est invalidée sur base des motivations du locuteur.

« Il a voté ainsi parce que sa femme en profitera indirectement. »

D4. Tu quoque

L'argument Tu quoque consiste à discréditer une proposition parce que son auteur lui-même a agi en contradiction avec elle.

« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rousseau peut écrire sur l'éducation des enfants alors qu'il a abandonné les siens ? » (Voltaire)

Une autre forme du Tu quoque consiste à démontrer son innocence par le seul fait de la culpabilité de son adversaire :

« Ah! Vous voyez bien qui de nous deux est le menteur! » (lorsque l'adversaire vient d'être pris en flagrant délit)

D5. Culpabilité par association

Décrédibiliser une personne parce que sa proposition est similaire à celle d'une personne ou d'un groupe discrédité, et ainsi discréditer la proposition elle-même.

« Vous dites que les pauvres meurent de faim. C'est un argument de communiste. Vous ne vous attendez pas à ce que l'on prête attention aux propos d'un communiste?! »

« Vous êtes végétarien? Hitler l'était aussi...! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (3)

C. APPELS A L'AUTORITÉ
où les qualités de l'auteur entrent en jeu...

Les appels à l'autorité sont les arguments fallacieux les plus visibles et les plus simples à démonter : il suffit de mettre en doute que l'élément qui donne autorité donne aussi une connaissance infaillible sur le sujet traité.

Un effet pervers est que, par une sorte de relativisme absolu, les appels légitimes à l'autorité sont régulièrement dénoncés comme abusifs : « Je ne reconnais pas de légitimité à cette cour de justice. »

L'appel à l'autorité n'est un argument fallacieux que lorsque les critères de crédibilité concernant l'énoncé ne sont pas rassemblés.

C1. Argument d'autorité (Argumentum ad verecundiam)

« C'est vraiment le corps du Christ : c'est Monsieur le curé qui l'a dit! »

C2. La raison du plus riche (Argumentum ad crumenam)

« Ce n'est tout de même pas ce clochard qui va me dire comment mener ma vie!? »

C3. La raison du plus pauvre (Argumentum ad lazarum)

« Pour nous, un euro, c'est un euro. Nous connaissons la valeur des choses. Alors, quand on vous dit que le capitalisme est le pire des modèles, nous savons de quoi nous parlons. »

C4. La loi du nombre (Argumentum ad populum)

« L'astrologie existe dans toutes les civilisations. Elle est donc fondée. »

C5. Appel à la tradition (Argumentum ad antiquitatem)

« Avant l'électricité, les gens se débrouillaient très bien. L'électricité est donc superflue. »

C6. Appel à la nouveauté (Argumentum ad novitatem)

« Tu devrais essayer : c'est tout nouveau! »

C7. Appel à la nature (Naturalistic fallacy)

« Cela ne peut pas vous faire de mal : c'est 100% naturel! »

C8. L'honneur par association

« Je ne suis pas un imbécile, puisque je suis douanier. » (Fernand Raynaud)

C9. La vérité pure et simple (Bare assertion fallacy)

Le degré zéro de l'argument d'autorité puisque tout locuteur fait autorité pour autant qu'il affirme que ce qu'il dit est vrai.

« La lune est en fromage blanc.
- Non!?
- Si-si, c'est vrai!
- Ah ben ça alors! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

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