écriture

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J’en ai vu un d’oiseau l’autre jour, alors que je reve­nais de l’hippodrome et que je ren­trais chez moi. Les nuages étaient hauts dans le ciel, le soleil se cou­chait et tout res­pi­rait l’amour et la bonté. Et l’oiseau en ques­tion était dans la gueule d’un chat accroupi sur l’asphalte en plein milieu de la route. Lorsqu’il a vu ma voiture il s’est relevé, a pris une de ces expres­sions de cinglé comme seuls peuvent en avoir les chats, et il s’est mis à courir vers le bord du trot­toir. L’oiseau était d’un gris profond, il était encore vivant à ce moment-là. Mais le chat le tenait bien fer­me­ment entre ses crocs, et d’un coup rapide il lui brisa les ailes, faisant se déployer les plumes comme à la parade. Tout était calme, le feu est passé au vert, et je me suis remis à rouler en pensant à cet oiseau gris, aux ailes, aux crocs…

Charles Bukowski — Lettre à Jory Sherman, 8 avril 1960

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Langue sauce piquante, le gai blog des cor­rec­teurs du Monde, relève le texte suivant :

C’est le décor âpre de la Grèce du Nord, quelque part entre Salo­nique et la fron­tière bulgare, où l’auteur est née dans les années 50.

Pro­fi­tant de la syntaxe pour informer de l’identité sexuelle de l’écrivain, le rédac­teur accorde le par­ti­cipe passé au féminin.

C’est une faute dont la fré­quence est en aug­men­ta­tion : l’accord se fait avec le nom «auteur» et non avec le sexe de la per­sonne, de l’animal ou de l’objet désigné par ce nom. Sim­ple­ment parce que la syntaxe est une affaire de mots et non de choses. Assi­miler l’un à l’autre, c’est confondre la carte et le ter­ri­toire. Choisir de lier fau­ti­ve­ment le genre et le sexe implique de ne pouvoir parler d’une chose et d’un être que si l’on connaît son iden­tité sexuelle. Pas simple pour les fourmis ou les géraniums.

Et fina­le­ment, n’est-ce pas nuire à la cause que l’on croit servir que d’indiquer sys­té­ma­ti­que­ment l’appartenance sexuelle des acteurs de nos phrases?

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Le droit d’auteur est une matière com­plexe, en per­pé­tuelle évo­lu­tion, et dont les moda­lités d’application varient de pays à pays.

Comme chaque blog­geur ne peut s’inscrire en fac de droit pour savoir s’il peut uti­liser le mot « Coca-Cola » dans son blog, Daily Blog Tips publie un court article répon­dant à 12 ques­tions de base. Les pinailleurs s’en don­ne­ront à coeur joie mais pour les autres, cela me semble consti­tuer une très bonne base.

C’est ici : 12 do’s and dont’s.

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Après avoir rédigé mon post sur Amazon, sauveur de la cri­tique, je découvre une opinion paral­lèle chez Borges (et j’en ron­ronne de plaisir) :

D’une cer­taine manière, les gens ont faim et soif de l’épopée. J’ai la convic­tion que l’épopée est un besoin pour les hommes. Or, la chose peut vous déce­voir mais elle est incon­tes­table, c’est de Hol­ly­wood que le monde a reçu sa pro­vende d’épopée.

- J. L. Borges, L’Art de poésie p. 52

avk

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Chesterton

But I shall not grow too old to see enor­mous night arise,
A cloud that is larger than the world
And a monster made of eyes.

- G. K. Chesterton

Fin 1974, dans un café de Buenos Aires, le jour­na­liste Orlando Barone réunit Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato. Après avoir parlé des rêves, de Macbeth et des titres curieux donnés à cer­tains livres à l’époque de la Révo­lu­tion Fran­çaise, la conver­sa­tion vient sur Dieu…

BARONE : Et quelle est votre opinion sur Dieu, Borges?BORGES : C’est la plus grande créa­tion de la lit­té­ra­ture fan­tas­tique. Ce qu’ont pu ima­giner Wells, Kafka ou Poe n’est rien comparé à ce qu’a imaginé la théo­logie. L’idée d’un être parfait, omni­scient et tout-puissant est réel­le­ment fantastique.

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Mémoire

Ma mémoire me ramène à un certain soir à Buenos Aires. Je le vois. Je vois les lampes ; je pour­rais poser la main sur les éta­gères. Je sais exac­te­ment où trouver Les Mille et Une Nuits de Burton et la Conquête du Pérou de Pres­cott. Mais la biblio­thèque n’existe plus.

Jorge Luis Borges, L’Art de la poésie

Ce qui me rap­pelle le court qua­train de Manuel Mujica Láinez, À un jeune poète :

Inutile de te forger
Des projets de gran­deur
Parce que, quoi que tu écrives,
Borges l’aura déjà écrit.

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Lorsque vous conca­ténez plu­sieurs mots pour choisir un nom de domaine, n’oubliez pas de véri­fier les éven­tuelles autres décom­po­si­tions pos­sibles. A défaut, le pit­to­resque vous guette…

D’autres exemples sur Inde­pendent sourcesqui a réalisé cette joyeuse petite compilation.

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Dans un court recueil (Chez Borges), Alberto Manguel, qui fut lecteur du Maître, produit de mémoire une cita­tion non écrite mélan­geant deux thèmes consub­stan­tiels à l’auteur mais pré­sup­po­sant étran­ge­ment un univers éternel.

Le nombre des thèmes, des mots, des textes est limité. Par consé­quent, rien ne se perd jamais. Si un livre est perdu, quelqu’un d’autre l’écrira de nouveau, tôt ou tard. Cela devrait suffire à n’importe qui, comme immortalité.

Mieux vaut penser qu’Alberto Manguel n’inspira pas le per­son­nage de Funes.

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Extrait d’un post récent sur une liste Men­sanne. Il fait suite à un échange entre des membres qui s’indignent des bombes lar­guées sur le Liban, et d’autres qui adoptent une posture prag­ma­tique d’impuissance et refusent d’ajouter du pathos au pathos…

Je me sou­viens d’un bout de dia­logue d’une pièce de Jean Anouilh (La Répé­ti­tion ou l’amour puni) — à propos de l’Amour jus­te­ment — entre un homme de qua­rante ans, éméché et désa­busé, et une jeune fille dont le maître du château est éper­du­ment amou­reux :HÉROS : Vous appren­drez bien assez vite que la pièce ne com­porte que deux ou trois rôles, deux ou trois situa­tions, tou­jours les mêmes, et que ce qui jaillit irré­sis­ti­ble­ment du coeur dans les plus grands moments d’extase, ça n’est jamais qu’un vieux texte éculé, rabâché depuis l’aube du monde par des bouches aujourd’hui sans dents.

LUCILE : Mais c’est depuis hier que j’aime Tigre, et j’ai vingt ans. Alors vos petits dis­cours avec moi, c’est du temps perdu.

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« Il te reste peu de temps.
Vis comme sur une mon­tagne,
Ici ou là, c’est sans importance… »

Marc Aurèle

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Un ami m’a rappelé cette scène dans Le Mépris de Godard : Bardot dis­pa­raît dans l’escalier en lançant à Piccoli : « Je ne t’aime plus c’est tout. Il n’y a rien à com­prendre. Je ne t’aime plus. » Et Piccoli, de ne pouvoir taire un dernier : « Pourquoi? »

Et je me sou­viens ensuite de la scène d’ouverture où Bardot s’énumère, nue sur le lit : « Tu aimes mes cuisses? Tu aimes mes fesses? Tu pré­fères mes seins ou la pointe de mes seins? »

Combien d’escaliers, combien de pour­quoi, pour faire prendre leur pleine valeur à des ques­tions insi­gni­fiantes?

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Le site drunk​men​wor​khere​.org fête le premier anni­ver­saire d’une très inté­res­sante expérience.

Ces gent­lemen ont construit un site de 2.147.483.647 pages web arrangé selon une arbo­res­cence binaire : la page prin­ci­pale est liée à 2 pages secon­daires, les­quelles sont à leur tour chacune liée à 2 pages etc. Un peu comme l’arbre généa­lo­gique d’une bac­térie vous voyez…

Ensuite, ils ont observé le che­mi­ne­ment des petits robots lancés par Google, msn et Yahoo, che­mi­ne­ment repré­senté sous forme de trois arbres. Quelle inter­pré­ta­tion peut-on en tirer?

Tout d’abord, la plupart des pages restent incon­nues des trois engins de recherche, ce qui est pré­vi­sible vu la taille du site mais néan­moins ras­su­rant : il existe tou­jours une masse de chemins de tra­verses, des sites sau­vages non cata­lo­gués où la main du bot n’a jamais mis le pied.

Autre point éton­nant, Yahoo est de loin le plus actif, tant en pro­fon­deur que dans la durée. Son arbo­res­cence est la plus touffue.

Google est lui le plus sys­té­ma­tique avec une arbo­res­cence d’une belle symé­trie, tandis que msn semble manquer quelque peu d’engrais.

Aussi, diverses bizar­re­ries se pro­duisent auprès de cer­tains noeuds qui, sans que l’on com­prenne bien pour­quoi, bootsent lit­té­ra­le­ment l’énergie de Google ou de msn.

Enfin, je ne me lasse pas de visua­liser les ani­ma­tion mon­trant la crois­sance de ces arbres, et de m’émerveiller que des robots vir­tuels cir­cu­lant selon des chemins que même leurs concep­teurs ne peuvent prévoir, au travers de réseaux infor­ma­tiques en muta­tions constante afin de réfé­rencer des masses d’octets struc­turés sous le vocables de pages web… que ces robots suivent un chemin visuel­le­ment com­pa­rable à celui d’êtres vivants sau­vages et libres

avk

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Sommeil dif­fi­cile. Je relis Marc-Aurèle. Ado­les­cent, son ton mora­liste m’avait agacé : « Fais ceci, ne fais pas cela! » Je m’étonne du plaisir que j’éprouve main­te­nant à le lire, et à le voir non comme un dis­pen­sa­teur de bons et de mauvais points, mais comme un guide lorsque, comme d’hab., Nel mezzo del camin di nostra vita, etc. etc.

On n’est pas moins injuste en en faisant pas ce qu’on doit faire qu’en faisant ce qu’on ne doit pas faire.

Ce concombre est amer ? Jette-le ! Il y a des ronces dans le chemin ? Détourne-toi ! C’est tout ce qu’il faut. Ne dis pas à ce sujet : « Pour­quoi ces choses-là se trouvent-elles dans le monde ?

Voici la morale par­faite : vivre chaque jour comme si c’était le dernier ; Ne pas s’agiter, ne pas som­meiller, ne pas faire semblant.

Consi­dérez les occa­sions où votre chagrin et votre colère vous ont causé plus de souf­frances que les faits eux-mêmes.

Que la force me soit donnée de sup­porter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de dis­tin­guer l’un de l’autre.

Et, condui­sant mes pensées à l’image d’une femme aimée, je lis aussi :

Ne te laisse pas dis­traire par les évé­ne­ments exté­rieurs ! Prend le temps d’apprendre quelque chose de bon et cesse de papillonner!

Tout ce qui paraît au-dessus de tes forces n’est pas for­cé­ment impos­sible ; mais tout ce qui est pos­sible à l’homme ne peut être au-dessus de tes forces.

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Retour du Théâtre de la Place, à Liège, où se jouait Hamlet mis en scène par Hubert Colas. À boire et à manger : riche et belle scé­no­gra­phie, une troupe où les meilleurs élé­ments (Claire Dela­porte Rojas) côtoient les pires, une durée absurde (cinq heures!), une lumière et une musique splen­dides (Arvo Part).

Ce qui me vaut d’en parler ici est la liberté prise avec le texte. Un exemple parmi d’autres que me res­titue ma mémoire :

« Mes tablettes! mes tablettes! Il importe d’y noter qu’un homme peut sourire, sourire, et n’être qu’un scélérat. »

devient :

« Salaud, salaud! Où sont mes tablettes? Je dois y noter qu’un homme peut sourire et n’être qu’un salaud »

De telle diver­gences foi­sonnent, trop légères pour dénoter une inten­tion claire, trop lourdes pour passer inaper­çues. Et je m’interroge. Pour­quoi s’imposer le travail de modi­fier le texte ori­ginal alors que :

  • il est connu ;
  • il est bon ;
  • il est en phase avec la mise en scène (si le choix avait été de trans­poser la situa­tion dans la ban­lieue pari­sienne en 2006, bon, une recherche de cohé­rence aurait pu être invoquée) ;
  • c’est Hamlet!

Et puisque je pose la ques­tion, n’attendez pas de moi une réponse. Tout ce que je peux vous dire, c’est que, sur le moment, ça m’a joli­ment foutu en rogne.

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« Ce fut par hasard qu’une belle huître que je donnai à Emilie, en appro­chant la coquille de ses lèvres, tomba au milieu de sa gorge; elle voulait la reprendre, mais je l’ai reclamée de droit, et elle dut céder, se laisser délacer, et me per­mettre de recueillir avec mes lèvres au fond où elle était tombée.

Elle dut souf­frir par là que je la décou­vrisse entiè­re­ment; mais j’ai ramassé l’huitre d’une façon qu’il n’y eut aucune appa­rence que j’eusse res­senti autre plaisir que celui d’avoir repris, maché et avalé l’huître.

Quatre ou cinq huîtres après, j’ai donné une huître à Armel­lina, la tenant sur ma cuisse, et adroi­te­ment je l’ai versée sur sa gorge, ce qui fit beau­coup rire Emilie qui dans le fond était fachée qu’Armellina allât exempte d’une épreuve d’intrépidité pareille à celle qu’elle m’avait donnée. Mais j’ai vu Armel­lina enchantée de l’accident malgré qu’elle ne voulait pas en faire sem­blant.
– Je veux mon huître, lui dis-je.
– Prenez-la.

Je lui délace tout le gilet, et l’huître étant tombée en bas tant que pos­sible, je me plains de devoir l’aller cher­cher avec ma main. Grand Dieu! Quel martyre pour un homme amou­reux de devoir dis­si­muler l’excès de son conten­te­ment dans un pareil moment!

Armel­lina ne pouvait m’accuser de rien sous le moindre pre­texte, car je ne tou­chais ses char­mants seins, durs comme du marbre, que pour cher­cher l’huître. Après l’avoir prise et avalée, j’ai empoigné un des seins en recla­mant l’eau de l’huître qui l’avait inondé, je me suis emparé du bouton de rose avec mes lèvres avides, en me livrant à toute la volupté que m’inspirait le lait ima­gi­naire que j’ai sucé pour deux ou trois minutes de suite. »

Extraits de «  His­toire de ma vie  » de Casa­nova, Robert Laffont, 1993

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Oui, les géants ne sont plus là, et c’est main­te­nant devenu un peu plus com­pliqué de regarder fixe­ment la page blanche. Avant que ces géants ne meurent, tu pouvais te dire, eh bien, ils n’attendent rien de moi de toute façon. Doré­na­vant il y aura ce trou béant, et ce trou il va bien falloir le remplir, et le pro­blème c’est que nous ne savons pas comment on fera pour le remplir et qui le rem­plira. Les enjeux de l’écriture sont aujourd’hui entiè­re­ment nou­veaux, nous sommes rede­venus des auteurs inex­pé­ri­mentés, nous devons tout reprendre depuis le com­men­ce­ment. Et en un sens, c’est une bonne chose : nous devrons faire face au pro­blème. C’est ce que ce truc était supposé être. Ça ne concerne plus seule­ment la Rive gauche à Paris, Carmel ou Taos, ça nous concerne tous, et il n’y a qu’une poignée qui s’en sortira. Et pour ce faire, il faudra passer par la force, l’énergie, la magie, la foi, et par un style de vie. Mais il se pour­rait peut-être bien que l’époque des géants soit révolue/…

Charles Bukowski, Lettre à John W. Cor­rington, 8 octobre 1962

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Le pro­blème, Corr, est le suivant : comme nous tra­vaillons vers tou­jours plus de pureté, que nous tra­vaillons dans la perte, dans la sainte chaleur de l’expression et de la créa­tion, les cri­tiques vont devoir bosser un peu plus s’ils veulent savoir ce que contient le Saint Graal, si c’est de l’eau ou de la pisse. Et même, ils pour­raient se tromper en fin de compte. Tu connais cette vieille blague de bande des­sinée à propos de ce tableau dont on se demande s’il est accroché à l’endroit ou à l’envers etc. ? Eh bien, il y a plus de vérité qu’on ne le pense là-dedans. En défi­ni­tive, la créa­tion pure portera tou­jours en elle ses propres réponses, et elle ne se résu­mera jamais dans un évan­tail de dis­ci­plines ou d’indisciplines, elle restera tout sim­ple­ment ce qu’elle a tou­jours été.

Charles Bukowski : Lettre à John W. Cor­rington, 1 mars 1961

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Don’t try!

Extrait d’une lettre de Charles Bukowski à J.W. Cor­rington (18/10/1963) :

L’un d’eux m’a demandé : « Qu’est-ce que tu fais? Comment fais-tu pour écrire, créer? » Tu ne fais rien je lui ai répondu. Tu n’essayes pas, tout sim­ple­ment. C’est ce qu’il y a de plus impor­tant : ne pas essayer, que ce soit pour une Cadillac, la créa­tion ou l’immortalité. Tu attends, et si rien ne se passe, tu attends encore un peu. C’est comme une bes­tiole tout en haut d’un mur. Tu attends qu’elle vienne vers toi. Et lorsqu’elle est à portée de main tu lui mets une grande claque et tu la liquides. Ou alors si elle a une tronche qui te revient tu en fais un animal domestique.

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Though I am Old with wan­de­ring
Through hollow lands and hilly lands,
I will find out where she has gone,
And kiss her lips and take her hands;
And walk among long dappled grass,
And pluck till time and times are done
The silver apples of the moon,
The golden apples of the sun.

Yeats — The Song of the Wan­de­ring Aengus

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