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Beau­coup de gens pensent que le climat est un des pro­blèmes majeurs de notre époque. C’est faux, parce que le climat est d’abord une for­mi­dable res­source natu­relle. C’est grâce aux res­sources du climat que les plantes poussent (chaleur, rayon­ne­ment, eau) et nous nou­rissent. C’est aussi grâce au climat que tournent les éoliennes et que l’eau séva­pore et s’accumule dans les barrages.

« J’ai de sérieuses raisons de croire que la planète d’où venait le petit prince est l’astéroïde B 612. Cet asté­roïde n’a été aperçu qu’une fois au téles­cope, en 1909, par un astro­nome turc. Il avait fait alors une grande démons­tra­tion de sa décou­verte à un Congrès Inter­na­tional d’Astronomie. Mais per­sonne ne l’avait cru à cause de son costume. Les grandes per­sonnes sont comme ça. Heu­reu­se­ment pour la répu­ta­tion de l’astéroïde B 612 un dic­ta­teur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s’habiller à l’Européenne. L’astronome refit sa démons­tra­tion en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis. » Antoine de Saint Exupéry, Le petit prince. illus­tra­tions extraites de http://​www​.thought​for​theday​.com​.au/​i​m​a​g​e​s​/​T​h​e​_​l​i​t​t​l​e​_​p​r​i​nce_II.pdf

Le climat est la seule res­source natu­relle dont nous ne verrons pas la fin, qui ne s’épuisera pas tant que la terre sera terre et que le soleil restera soleil. Mais le climat change, et le chan­ge­ment du climat est perçu comme un risque majeur à cause de son impor­tance pour de très nom­breuses acti­vités humaines. Le climat est chan­geant (variable) par nature, et nous accé­lé­rons sa varia­bi­lité par nos acti­vités, surtout indus­trielles et agri­coles (trans­ports, pro­duc­tion d’energie, uti­li­sa­tion d’engrais, défri­che­ments etc).

Il se fait que nous, êtres humains, crai­gnons le chan­ge­ment. Nous pensons que le chan­ge­ment est néces­sai­re­ment négatif et nous avons une peur irrai­sonnée de ce qui n’est pas entiè­re­ment pré­vi­sible. Il faut relire Eric Hoffer (1976), un philosophe-docker New-Yorkais qui a analysé les racines de notre phobie du chan­ge­ment et les com­por­te­ments que nous adop­tons quand nous sommes en état d’incertitude.

Je pense que notre réac­tion face au chan­ge­ment cli­ma­tique est souvent, elle aussi, irra­tion­nelle, et très mal informée. Mais nous avons une excuse: nous faisons confiance à ceux qui savent. Qui sont-ils, ceux qui savent? Avant tout le GIEC (Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­mental sur l’évolution du climat), mieux connu sous son sigle anglais IPCC. Le GIEC est un groupe d’experts à la struc­ture très hié­ra­chisée établi en 1988 par l’Orga­ni­sa­tion Météo­ro­lo­gique Mon­diale et le Pro­gramme des Nations Unies pour l’Environnement. Depuis 1988, le bébé a grandi, il a pris de l’assurance et de l’arrogance; il nous prédit désastres, misère, famines et autres points de non retour.

Beau­coup de cli­ma­to­logues, autre­ment gens sensés et pla­cides, ont pris goût au pouvoir. Ils ont érigé leur fond de com­merce en dogme; ils détiennent doré­va­vant la vérité et per­sé­cutent toutes les déviances… J’ai publié ailleurs des notes dans ce sens, sur le mode humo­ris­tique (par exemple ici). Il se fait que les rap­ports pério­diques d’IPCC, qui sont consi­dérés avec une révé­rence quasi reli­gieuse, ne sont pas exempts d’erreurs. On y affirme, par exemple, que cer­tains pays afri­cains verront leur pro­duc­tion agri­cole dimi­nuer de moitié d’ici 2020. Tout qui a un minimum de connais­sance de l’agriculture et du climat perçoit immé­dia­te­ment qu’il s’agit là d’une invrai­sem­blance pro­fonde. J’ai examiné ce point précis de près (d’abord sur le site web de la FAO et ensuite ici) pour montrer comment, d’erreurs de tra­duc­tion en syn­thèses de rac­courcis de résumés ces incon­gruités peuvent prendre naissance.

L’auteur de ce billet a passé les trente-cinq der­nières années a étudier les inter­ac­tions entre climate et agri­cul­ture. Non pas dans une optique théo­rique mais pra­tique, en aidant nombre de pays à prévoir leurs récoltes. Je suis catas­trophé (on me passera l’expression) de lire que notre futur serait fait de désastres liés au climat. Actuel­le­ment, les fac­teurs extrêmes atmo­sphé­riques sont certes spec­ta­cu­laires, mais leur impact est insi­gni­fiant, notam­ment sur la pro­duc­tion agri­cole. Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chro­niques du climat (poches de séche­resse, grêle, insectes favo­risés par les condi­tions cli­ma­tiques etc) conduisent à des pertes bien plus impor­tantes et pour la plupart invisibles.

Il y a ensuite le fait que les pro­jec­tions d’impact font inter­agir un climat futur (incer­tain) avec toutes nos acti­vités futures (dont nos sys­tèmes de pro­duc­tion agri­cole) qui sont encore plus incer­taines. La vérité, c’est que nous sommes dans un flou profond, et ce n’est pas le nombre de publi­ca­tions qui y chan­gera grand chose.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours (24 novembre 2011), un réexamen des donnés cli­ma­tiques anciennes par Schmittner et al. semble indi­quer que, peut-être, nous avons sur­es­timé la force du lien entre gaz car­bo­nique et tem­pé­ra­ture de l’atmosphère. La nou­velle a bien entendu été reprise par la presse internet popu­laire, par exemple Science Daily qui annonce Climate Sen­si­ti­vity to Carbon Dioxide More Limited Than Extreme Pro­jec­tions, Research Shows. En deux mots: les aug­men­ta­tions de tem­pé­ra­ture pro­je­tées seraient exces­sives, ce qui rédui­rait aussi l’augmentaton du niveau de la mer (effet dû surtout à la dila­ta­tion ther­mique de l’eau). Voilà qui déce­vrait les catas­tro­phistes! J’attends avec impa­tience les réactions!

En atten­dant, j’ai écrit le petit texte ci-dessous pour expli­quer mon point de vue! J’hésite à l’appeler un credo cli­ma­tique, parce que je sais ce que credo a de dog­ma­tique… Je l’appellerai donc

Exer­cice de style en forme de credo cli­ma­tique

Je crois au climat qui change
qui a tou­jours changé et conti­nuera a changer
depuis que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient
que les volcans crachent pous­sières et CO2
que la constante solaire n’arrête pas de varier
que les océans et l’atmopshère interagissent
que l’astronomie existe et que Milan­kovic est son prophète
Je crois aussi que l’homme inten­sifie et accé­lère le changement
par ses émis­sions de gaz à effet de serre
sa myopie intellectuelle
son appât du gain
et le mépris pour ses enfants
Je crois que les impacts du climat – comme tous les impacts -
sont et res­te­ront le produit de deux fac­teurs inégaux
les carac­té­ris­tiques du climat et la vul­né­ra­bi­lité de notre société
dont la concen­tra­tion géo­gra­phique de nos activités
leur loca­li­sa­tion
la des­truc­tion des milieux natu­rels en surface et en nombre
et tous nos oeufs dans les mêmes paniers
ener­gé­tique
ali­men­taire
et poli­tique
J’ai confiance en notre fabu­leuse faculté d’adaptation en tant qu’espèce
Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de procréer
qu’il y aura des ruptures
que nous appren­drons la leçon
et qu’ensuite nous repartirons
Je ne crois pas au catas­tro­phisme climatique
Je n’accepte pas le prin­cipe d’autorité et par conséquent
je ne crois pas en l’infaillibilité du GIEC
qui est trop souvent
oppor­tu­niste
dog­ma­tique
incom­pé­tent
auto­ri­taire
partial
animé de moti­va­tions politiques
et ridi­cule quand il pra­tique la science par consensus
Je ne crois pas qu’il soit juste de mépriser les incroyants
les agnos­tiques comme les athées missionnaires
même s’ils sont
igno­rants
inté­ressés
créa­tion­nistes
ou pro­duc­teurs de pétrole
Car il vrai que
nous sommes tous à l’image de notre temps
même les génies:
Kepler faisait des horo­scopes très demandés
Newton voulait trans­former en or les métaux vulgaires
Chasles a col­lec­tionné des auto­graphes en fran­çais de
Jules César
Aris­tote
Cléo­patre
et Alexandre le Grand
le British Museum a acheté les faux manus­crits d’Islam Akhun, un analphabète
les tra­duc­tions de l’étrusque abondent
et Teil­hard de Chardin a eu son heure de gloire
Car il est vrai que les saintes écri­tures ont accueilli in illo tempore
decons­truc­ting point access
elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deuterium
trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity
et human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE
Tant il est vrai que
peu de cer­ti­tudes sont abso­lues, si ce n’est dans la foi
la vérité évolue au gré du temps et même des modes
ce qui est accepté aujourd’hui
sera faux, ou moins faux, demain
tant de grands scien­ti­fiques d’aujourd’hui
seront oubliés dès demain
et plus d’un tacheron obscur ressuscitera
Car en vérité
notre espace et nos res­sources sont limités
notre évo­lu­tion tech­no­lo­gique est plus rapide
que celle de nos vieux gènes
le climat est notre seule res­source inépuisable
il conti­nuera d’exister et de changer
avec ou sans ce fou d’homo sapiens
la cré­du­lité des foules
le GIEC
et les menées de ses grands prêtres
la mani­pu­la­tion de nos peurs
notre manque de confiance en l’avenir
et la mort de Dieu
Amen

 

Remer­cie­ments

Je tiens à remer­cier Jacques du Guerny pour ses com­men­taires cri­tiques sur l’exercice de style.

Notes

Pour « Kepler faisait des horo­scopes très demandés » voir Connor, 2005.

Pour « Decons­truc­ting point access » voir Phil­lips & Kent, 2009; « Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deu­te­rium », voir Flei­sch­mann et al., 1989 ; « Trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity », voir Sokal, 1996; « Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE », voir Dayenas et al. 1988. Il s’agit, dans l’ordre, d’un canular, de la publi­ca­tion qui a lancé le débat et la contro­verse sur la fusion froide, d’un autre canular et de l’article sur la « mémoire de l’eau ». Voir wiki­pedia pour les détails. Tous ces articles ont été acceptés par des revues qui ont pignon sur rue, voire des revues pres­ti­gieuses. Ils montrent que la science est fragile, et procède souvent par tâtons. Pour les articles de Flei­sch­mann et celui de Dayenas, le débat n’est cer­tai­ne­ment pas clos.

Réfé­rences

Connor, J.A. 2005. Kepler’s Witch. Harper-Collins eBooks. Kindle Edition. Loc. 978–80: Astro­logy was for the seven­teenth century what eco­no­mics is for the twenty-first. Astro­logy tried to form pre­dic­tions about an uncer­tain future based on strict mathe­ma­tical cal­cu­la­tion, just as eco­no­mics does with the laws of the market. Both are wrong about as often as they are right. Loc. 986–94: Because his love for puzzles and acros­tics had started when he was a child, Kepler was par­ti­cu­larly good at reading signs. He soon learned, however, that being a good astro­loger required more than just math skills. One student, Reb­stock, a fellow with a red face and beer breath, accosted Kepler in the hallway and demanded a horo­scope. Kepler reluc­tantly agreed and, after obtai­ning the man’s birth date, set to cal­cu­la­ting his chart. What Kepler learned that day, however, is how dan­ge­rous it is to read all the signs. Rebstock’s noisy drin­king habits had to be taken into account, so Kepler pre­dicted that the fellow would one day become a drunk, which wasn’t much of a stretch. The stars tell all, but so does beer breath. Reb­stock didn’t like the report and forced his way into Kepler’s room, where the two duked it out. The next day, Kepler asked Mästlin for advice. What should he do? If he was going to be an astro­loger, he had to read all the avai­lable signs, and that included a beer breath, because the stars were so often hard to read. Some­times his pre­dic­tions worked and some­times they didn’t, so what could he do to make them more secure? Mästlin told him to just predict disaster. That would be bound to come true sooner or later. Loc 1334–38: In 1595, partly from his cal­cu­la­tions and partly from his com­mon­sense reading of the times, Kepler made three pre­dic­tions: one, a ter­rible winter, with bitter cold weather that would damage fruit trees and cause hard­ship all around; two, an attack by the Turks from the south; and three, a peasant upri­sing. All three came true. That winter was so bad, they said, that anytime a she­pherd in the moun­tains blew his nose, it would pop off.9 The Turks did attack, which wasn’t all that sur­pri­sing, and there was a peasant revolt, again, not all that sur­pri­sing. Sud­denly, Kepler was a celebrity.

Dayenas, E., F.Beauvais, J.Amara, M.Oberbaum, B.Robinzon, A.Miadonna, A. Tedeschi, B.Pomeranz, P.Fortner, P.Belon, J.Sainte-Laudy, B.Poitevin & J.Benveniste. 1988. Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE. Nature, 333:816–818. Avec une Edi­to­rial reser­va­tion en fin d’article: Readers of this article may share the incre­du­lity of the many refe­rees who have com­mented on several ver­sions of it during the past several months. The essence of the result is that an aqueous solu­tion of an anti­body retains its ability to evoke a bio­lo­gical res­ponse even when diluted to such an extent that there is a negli­gible chance of there being a single mole­cule in any sample. There is rfo phy­sical basis for such an acti­vity. With the kind col­la­bo­ra­tion of Pro­fessor Ben­ve­niste, Nature has the­re­fore arranged for inde­pendent inves­ti­ga­tors to observe repe­ti­tions of the expe­ri­ments. A report of this inves­ti­ga­tion will appear shortly.

de Saint-Exupéry, A. 1943. Le petit prince, Gallimard.

Flei­sch­mann, M., S. Pons & M. Hawkins. 1989. Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of Deu­te­rium. J. Elec­troanal. Chem. 261:301–308. L’article ori­ginal avait omis le troi­sième auteur, qui a ensuite été ajouté, avec les excuses de Flei­sch­mann et Pons, dans une liste d’errata.

Hoffer, E. 1963. The ordeal of change. New York: Harper and Row. 136 pp. Très nom­breuses réimpressions.

Phil­lips, D. & A.Kent. 2009. Decons­truc­ting Access Points. Accepted for publi­ca­tion in the peer reviwed The Open Infor­ma­tion Science Journal (TOISCIJ). Plus de détails ici: http://​scho​lar​ly​kit​chen​.sspnet​.org/​?​s​=​phrenology 47: 217–252.

Schmittner, A., N.M.Urban,  J.D. Shakun, N.M. Maho­wald, P.U. Clark, P. J. Bart­lein, A. C. Mix,  A.Rosell-Melé. 2011. Climate Sen­si­ti­vity Esti­mated from Tem­pe­ra­ture Recons­truc­tions of the Last Glacial Maximum. Scien­cex­press, 4 pp.+ 3 figs. http://​www​.scien​cemag​.org/​c​o​n​t​e​n​t​/​e​a​r​l​y​/​2​0​1​1​/​1​1​/​2​2​/​s​c​i​e​n​ce.1203513

Sokal, A.D. 1996. Trans­gres­sing the Boun­da­ries: Towards a Trans­for­ma­tive Her­me­neu­tics of Quantum Gravity. Social Text, 46/

 

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English version avai­lable here.

Cet article examine plu­sieurs méthodes qui ont montré une capa­cité cer­taine de prévoir le futur. La pre­mière com­prend des équa­tions simples (lois de puis­sance, power laws) dont les coef­fi­cients empi­riques ont pu être déter­minés sur plu­sieurs ordres de gran­deur dans des condi­tions très variées. Les modèles sous-jaçants sont à la limite de plu­sieurs dis­ci­plines, de l’écologie à la socio­logie. Vient ensuite le suivi sys­té­ma­tique des innom­brables sources d’information numé­riques sur l’actualité dont nous dis­po­so­sons doré­na­vant, approche connue sous le nom de cultu­ro­mique (note 3). Fina­le­ment, la vieille méthode des seuils cri­tiques chère aux anciens polé­mo­logues (Bou­thoul, 1962) et dont le dépas­se­ment conduit à des chan­ge­ments qua­li­ta­tifs a été remis à l’honneur dans le cas des émeutes liées au prix des denrées ali­men­taires.

Peut-on prévoir le futur à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux, en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la ther­mo­dy­na­mique (Voir note 1)? Il semble bien que la réponse soit oui, et de nombre de publi­ca­tions scien­ti­fiques récentes vont dans ce sens.

1. Equa­tions empiriques

Com­men­çons par quelques articles publiés il y a deux ans environ par Bohor­quez et al. (2009) et par Johnson et al. (2011). Dans le cas du premier article,

Fré­quence cumulée d’actes de guerre en Afgha­nistan en fonc­tion du nombre de blessés (a) nombre de tels actes depuis le 5ooème jour des opé­ra­tions dans le pays (b). Figure com­posée à partir de deux figures de Bohor­quez, 2009. Voir note 2.

les auteurs sont des ingé­nieurs, des phy­si­ciens et un éco­no­miste. A l’époque de la publi­ca­tion, Bohor­quez tra­vaillait au Depart­ment of Indus­trial Engi­nee­ring and CEIBA Complex Systems Research Center à l’Uni­ver­sidad de Los Andes à Bogota, en Colombie. Les scien­ti­fiques qui cosignent l’article de Johnson com­prennent un plus grand nombre de dis­ci­plines, de la bio­logie à la socio­logie en passant par l’informatique et la phy­sique. Johnson lui-même est un phy­si­cien de l’université de Miami. Notons par ailleurs que ces deux groupes tra­vailent en collaboration.

Que disent ces articles? D’abord qu’il existe un loi de puis­sance (power law) très simple qui relie l’intervalle entre deux attaques terr­ro­ristes (ou actions bel­li­queuses). Cet inter­valle a ten­dance à rac­courcir en même temps que les ter­ro­ristes apprennent leur métier. Si la loi est connue, la date de la pro­chaine attaque peut être estimée (avec une cer­taine erreur, bien évi­dem­ment). Il existe aussi un rapport simple entre l’importance des attaques et leur fré­quence: la fré­quence diminue avec la « taille » des attaques à la puis­sance 2.5 (Gilbert, 2009).

Le mérite de ces travaux est qu’ils relient de manière quan­ti­ta­tive cer­tains com­por­te­ments humains vio­lents ou non (au-delà du ter­ro­risme, donc), l’écologie et cer­tains modèles éco­no­miques (ce n’est pas par hasard que nous avons l’éco-logie et l’éco-nomie!). Ils ne manquent pas de rap­peler d’autres études (Bet­ten­court et al, 2007; Bet­ten­court et  West, 2011) qui uti­lisent des lois de puis­sance pour décrire les rela­tions entre la taille des villes (mesurée par leur nombre d’habitants) et une col­lec­tion dis­pa­rate d’indicateurs qui vont du salaire moyen au nombre d’inventeurs en passant par la consom­ma­tion  d’électtricité des ménages et la densité des sta­tions d’essence. Ces travaux per­mettent eux aussi de « prédire » la façon dont un certain nombre de variables vont se com­porter dans le futur, disons en 2050. En effet, beau­coup d’indicateurs sont liés à la popu­la­tion comme variable indé­pen­dante, laquelle popu­la­tion est très pré­vi­sible puisque la majo­rité des êtres humains qui peu­ple­ront la terre en 2050 sont déjà nés. Par ailleurs, les pro­jec­tions de popu­la­tion faites au cours de l’immédiat après-guerre (je parle de 1940–45) se sont avérées éton­nam­ment exactes (voir par exemple Chi, 2009).

Figure extraite de Lagi et al., 2011: his­to­rique des émeutes/révolutions depuis 2004 en fonc­tion d’un indice de prix des denrées alimentaires.

2. Cultu­ro­mique

Récem­ment, d’autres auteurs, dont Leetaru (2011), ont abordé les pré­vi­sions d’une manière radi­ca­le­ment dif­fé­rente, basée sur le fait que nous dis­po­sons main­te­nant d’énormes bases de données numé­riques rela­tives à la presse écrite et parlée et aux agences de presse, sans parler des sites web des jour­naux et maga­zines natio­naux et inter­na­tio­naux. Ces bases de données couvrent au moins les trente der­nières années. Les tech­niques d’exploration des données (data mining) per­mettent de trouver cer­tains termes, leur fré­quence, leur asso­cia­tion avec d’autres termes, ainsi que leur ton et leur géo­lo­ca­tion. Le ton (tone en anglais, mais mood serait plus appro­prié) et la géo­lo­ca­tion consti­tuent la prin­ci­pale inn­va­tion apportée par Leetaru. Le ton est donné par des termes « postifs » ou « néga­tifs » comme « ter­rible », « amé­lio­ra­tion » ou « heureux ». La géo­lo­ca­tion consiste sim­ple­ment à situer géo­gra­phi­que­ment tous ces termes. Cette approche, que Leetaru appelle « cultu­ro­mique » (note 3) lui a permis de faire des pré­vi­sions à court terme rela­tives aux révo­lu­tions en Egypte, Tunisie et Lybie, de voir se pré­parer le conflit en Serbie et prédire la sta­bi­lité de l’Arabie Saou­dite jusqu’en 2012. Appli­quée à la loca­li­sa­tion de Ossama Bib Laden, la méthode iden­tifie une région qui com­prend Abbo­tabad où le raid état­su­nien a fina­le­ment eu raison de lui.

3. Dépas­se­ment de seuils critiques

Je ter­mi­nerai en signa­lant une étude très remar­quée de Lagi et al. (2011) dont une des­crip­tion très lisible est donnée par Johnson, 2011 (Il s’agit d’un autre Johnson que l’auteur cité plus haut.) Ces auteurs ont observé une asso­cia­tion his­to­rique entre cer­taines émeutes et la cherté des denrées ali­men­taires. Le seuil se situe vers 220 $/tonne en prix cou­rants et vers 190$/tonne en prix constants de 2004. Il a été dépassé en 2008 et en concor­dance avec le Prin­temps Arabe. Selon les auteurs, si la ten­dance des prix cou­rante se main­tient, les pro­chaines révo­lu­tions sont à attendre entre juillet 2012 et août 2013.

4. Conclu­sion

Dans l’ensemble, ces méthodes sont inté­res­santes, et l’engouement suscité par les articles de Leetari, Lagi et ceux issus du cercle de Geof­frey West (p.ex. Bet­ten­court et al.) témoignent de l’intérêt des milieux scien­ti­fiques comme de celui de la prese géné­ra­liste pour les pré­vi­sions. Il me semble,  cepen­dant,  que le succès des méthodes soit dû à l’abondance des données dis­po­nibles plus qu’à la nou­veauté des approches. D’une cer­taines façon, ces méthodes témoignent toutes de l’importance et de l’efficacité de l’internet. La note de Leetari, par exemple, n’a pas souf­fert de sa publi­ca­tion sur un site jusqu’alors confi­den­tiel. Le village global existe bel et bien!

Notes

Note 1 : Cette note est un clin d’oeil. La phrase est extraite avec quelques modi­fi­ca­tions mineures de Wiki­pedia: La psy­cho­his­toire est une science ima­ginée par l’auteur de science-fiction Nat Schachner et déve­loppée plus lar­ge­ment par Isaac Asimov (1920–1992) dont le but est de prévoir l’Histoire à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la thermodynamique.

Note 2 : La partie supé­rieure de la figure (a) indique que 100% des actes de guerre font au moins une victime, alors que 1/1000 fait 100 vic­times. Partie infé­rieure (b): 8 évé­ne­ments par jour ne se pro­duisent pra­ti­que­ment jamais, alors quer 30% des jours sont carac­té­risés par deux événements.

Note 3 : cultu­ro­mics en anglais. Comme ther­mo­dy­na­mics devient « la ther­mo­dy­na­mique » et cyn­di­nics « la cyn­di­nique » j’ai osé le terme de « culturomique »

Refe­rences

Bet­ten­court, L.M.A., J.Lobo, D.Helbing, C.Kühnert & G.B. West. 2007. Growth, inno­va­tion, scaling, and the pace of life in cities. PNAS, 104(17):7301–7306.

Bet­ten­court, L.M.A & G.B. West. 2011. Bigger Cities do more with less: new science reveals why cities become more pro­duc­tive and effi­cient as they grow. 305(3):51–53.

Bohor­quez, J.C., S.Gourley, A.R.Dixon, M.Spagat & N.F.Johnson. 2009. Common ecology quan­ti­fies human insur­gency. Nature 462:911–914.

Bou­thoul, G. 1962. Le Phénomène-Guerre. Petite biblio­thèque Payot, Paris. 283 pp.

Chi, G. 2009. Can know­ledge improve popu­la­tion fore­casts at sub­county levels? Demography,46:405–427. Dis­po­nible sur le net. Voir aussi http://​www​.esri​.com/​l​i​b​r​a​r​y​/​w​h​i​t​e​p​a​p​e​r​s​/​p​d​f​s​/​e​v​a​l​u​a​t​i​n​g​-​p​o​p​u​lation.pdf et http://​www​.ageing​.ox​.ac​.uk/​f​i​l​e​s​/​w​o​r​k​i​n​g​p​a​p​er_507.pdf

Gilbert, N. 2009. Model­lers claim wars are predictable.Insurgent attacks follow a uni­versal pattern of timing and casual­ties. Nature 462:836. L’article de Gilbert est une pré­sen­ta­tion du travail de Bohor­quez et al., 2009.

Johnson, E.M. 2011. Freedom to Riot: On the Evo­lu­tion of Col­lec­tive Vio­lence.

Johnson, N.F., S.Carran, J.Botner, K.Fontaine, N.Laxague, P.Nuetzel, J.Turnley & B.Tivnan. 2011. Pat­terns of Esca­la­tions in Insurgent and Ter­ro­rist Acti­vity. Science 333(81):81–84. Voir aussi NPR staff, 2011. Math Can Predict Insurgent Attacks.

Lagi, M., K.Z.Bertrand & Y.Bar-Yam. 2011. The Food Crises and Poli­tical Insta­bi­lity in North Africa and the Middle East. http://​arxiv​.org/​a​b​s​/​1​108.2455v1. L’article est téĺé­char­geable.

K.H.Leetaru. 2011. Cultu­ro­mics: fore­cas­ting large-scale human beha­viour using glocal news mwdia tone in time and space. First Monday,  16(9). This is an internet publi­ca­tion. Voir ce site. Voir aussi http://www.kurzweilai.net/culturomics-2–0-forecasting-large-scale-human-behavior-using-global-news-media-tone-in-time-and-space qui com­prend des ani­ma­tions intéressantes.

 

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Science is the belief in the igno­rance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Prin­ceton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire par­ti­cu­lier nommé PEAR : Prin­ceton Engi­nee­ring Ano­ma­lies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phé­no­mènes dif­fi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des cir­cuits élec­tro­niques [1]. Les acti­vités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la pro­blé­ma­tique ini­tiale devient de mieux en mieux com­prise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions com­plexes qui peuvent exister entre des cir­cuits élec­tro­niques et leurs uti­li­sa­teurs, en rela­tion avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des cir­cuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une pro­ba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien cali­brée.  L’expérience consiste à demander à un uti­li­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résul­tats ont été accu­mulés au cours d’une dizaine d’années, par une cen­taine d’expérimentateurs.

A expé­rience sur­pre­nante, résul­tats sur­pre­nants : la fré­quence de 0 et de 1 dans la séquence générée est cor­rélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quan­tité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue sta­tis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un indi­vidu à un autre : cer­tains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), cer­tains obtiennent pré­fé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résul­tats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une fal­si­fi­ca­tion obs­cu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des pré­jugés pro­fon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heu­reu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode uti­lisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures uni­ver­sités au monde. En plus, et le fait est suf­fi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dis­po­nibles à qui­conque voulait les ana­lyser à sa manière. Sur cette base, des argu­ments ont été pro­posés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses col­la­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient cer­tains résul­tats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beau­coup de méthodes sta­tis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot– incroyables. Dans ces condi­tions, la réac­tion des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion tech­nique pour­quoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir hon­nê­te­ment si elles le sont. Je me sou­viens avoir discuté en man­geant avec un pro­fes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, phy­si­cien et père de Michel, sur les sour­ciers [5] : je racon­tais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sour­cier ». Le fait même de trouver que cette ques­tion méri­tait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la caté­gorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résul­tats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résul­tats faux, et c’est normal : c’est uni­que­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résul­tats ini­tiaux. Dans le cas des résul­tats de PEAR, per­sonne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Ben­ve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Ben­ve­niste a eu beau contrer un par un les argu­ments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], ana­lyser dif­fé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de sta­tis­ti­ciens [7], changer de modèle bio­lo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résul­tats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Reve­nons à PEAR. Les résul­tats sont fas­ci­nants, mais pas néces­sai­re­ment cho­quants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La pre­mière éven­tua­lité n’est pas très dif­fé­rente d’un pro­blème bien connu en méca­nique quan­tique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système phy­sique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus sur­pre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple clas­sique est le posi­tron qui par beau­coup d’aspects peut être compris comme un élec­tron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements pré­sents influencés par le futur, pour ana­lyser notam­ment des situa­tions d’enchevêtrement quan­tique [10]. Pour­quoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans cer­tains domaines et qu’on les rejette de manière épi­der­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  tou­jours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les pré­jugés, qui ont le dernier mot. Le rai­son­ne­ment libre et non orienté n’est pos­sible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori pos­sible. On accepte des recherches débri­dées sur les par­ti­cules élé­men­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le rai­son­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a pos­te­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sour­ciers était, pour ce pro­fes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capa­cités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immé­diat. Les cas de construc­tion de sou­ve­nirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi ins­truc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magi­cien cache à sa victime ce qu’il fait. Des sys­tèmes de eye-tracking montrent pour­tant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direc­tion, ce qui suggère que le truc exploite un méca­nisme cog­nitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la per­cep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment phy­sique immé­diat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phé­no­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élu­ci­dées. La pre­mière étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong ques­tion, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Cor­re­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Ope­rator Inten­tion: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Dif­fe­rences in Human/Machine Ano­ma­lies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jef­ferys, Baye­sian Ana­lysis of Random Event Gene­rator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sour­ciers, Presse Uni­ver­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Ben­ve­niste pour publier ses résul­tats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scan­dale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) pré­sen­tait donc les résul­tats de 4 équipes de recherche : celle de Ben­ve­niste, une ita­lienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Ben­ve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cor­nillet, B. Poi­tevin, A. Spira, L’agitation de solu­tions hau­te­ment diluées n’induit pas d’activité bio­lo­gique spé­ci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beau­vais, L’âme des molé­cules — une his­toire de la « mémoire de l’eau », Col­lec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dis­po­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, cha­pitre 27, Pyg­ma­lion : 1979) rap­porte un cas frap­pant de deux concep­tions bio­lo­giques pour­tant contraires –à propos des rap­ports entre phy­lo­ge­nèse et onto­ge­nèse– qui furent uti­li­sées suc­ces­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hal­lu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nou­velle science : la neu­ro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

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Nous nous trou­vons devant un para­doxe : la mul­ti­pli­ca­tion des vec­teurs d’information crée une nébu­leuse qui nuit à la trans­mis­sion de la connaissance.

Trois fac­teurs inter­dé­pen­dants concourent à l’expliquer : la tech­no­logie, la com­plexité et l’économie.

George Fre­de­rick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connais­sance que j’utilise quo­ti­dien­ne­ment, mon iPhone gère une dizaine de pro­to­coles dif­fé­rents donnant chacun accès une masse infor­ma­tion­nelle que mon esprit assi­mile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebon­dis­sons de texte en texte, suivant un fil indé­fini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en déga­geons des impres­sions floues et avons de plus en plus de mal à syn­thé­tiser ce que nous avons retenu de cette immer­sion.
Sur le plan social, la situa­tion est encore pire : notre société occi­den­tale rend les outils d’édition et de partage acces­sibles à chacun, mais sans ces outils com­plé­men­taires que sont le respect du texte, le trans­fert des réfé­rences, la véri­fi­ca­tion des sources, l’examen de la per­ti­nence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information por­teuse du savoir ori­ginel, le texte de réfé­rence.
À force de trans­mis­sions par­tielles, de com­men­taires, de copier-coller, de négli­gences volon­taires ou non, la dis­tance entre l’information et la connais­sance s’est creusée.

2. L’effondrement du moder­nisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible com­plexité du monde. Il y a deux géné­ra­tions, nous vivions dans un monde infini dont nous pen­sions pouvoir maî­triser les para­mètres fon­da­men­taux. Aujourd’hui, nous nous heur­tons à la fini­tude des res­sources et à notre inca­pa­cité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi impor­tants que la météo, les popu­la­tions de pois­sons ou la finance mon­diale.
Nous sommes donc rési­gnés, dans le meilleur des cas, à des poli­tiques de très courts termes, à des actions pure­ment locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confu­sion infor­ma­tion­nelle et ces limi­ta­tions déci­sion­nelles se révèlent être des sources de profits impor­tants pour de nom­breux grou­pe­ments d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nou­velles tech­no­lo­gies impliquent direc­te­ment les modèles socioé­co­no­miques pla­né­taires, et sont d’une impor­tance capi­tale tant pour les ONG que pour les mul­ti­na­tio­nales ou les entités poli­tiques. Ces der­niers uti­lisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objec­tifs, et la dif­fi­culté de modé­liser cer­tains phé­no­mènes com­plexes rend dif­fi­cile la réfu­ta­tion de leurs poli­tiques.
Pour­tant, portés par leur opti­misme, cer­tains vont trop loin et pro­pagent des infor­ma­tions faci­le­ment réfu­tables. Cer­tains camouflent des posi­tions idéo­lo­giques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduc­tion facile des construc­tions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contri­buer à favo­riser l’accès à la connais­sance de notre monde, des prin­ci­paux pro­blèmes qu’il tra­verse et des solu­tions envi­sa­gées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambi­tieux. C’est pour­quoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vau­drait la peine de conti­nuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sen­si­bi­lité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

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So what is this mind of ours: what are these atoms with conscious­ness? Last week’s pota­toes! They now can remember what was going on in my mind a year ago…a mind which has long ago been replaced.
(Richard P. Feynman)


Je suis en train de me remé­morer un épisode
de mon enfance et je vous invite à faire la même chose. Je me sou­viens d’un son et d’une odeur comme si j’y étais. Vous vous dites peut-être qu’il n’y a là rien de bien sur­pre­nant, puisque j’y étais. Et bien, en un certain sens, je pré­tends n’avoir pas assisté à ces épi­sodes dont je me sou­viens si bien. Pas plus que vous d’ailleurs.

Des ana­lyses de tra­ceurs radio­ac­tifs montrent que les molé­cules d’eau restent en moyenne 4 semaines dans notre corps, les atomes des os y restent quelques mois, les plus longs temps de séjour ne sont que de quelques années [1, 2]. Chaque année, 98 % de la matière qui constitue notre corps est rem­placée. Pra­ti­que­ment, notre corps ne contient plus aucun des atomes qui le consti­tuaient durant notre enfance. Comme le résume mali­cieu­se­ment Feynman: ce sont les atomes des pommes de terre que nous avons mangées la semaine der­nière qui sont aujourd’hui le support maté­riel de nos sou­ve­nirs d’enfance! Ou pire. Du sou­venir des pensées que nous avions étant enfants.

Notre iden­tité intime ne se confond donc pas avec celle de la matière qui constitue notre corps, pas même notre cerveau, puisqu’elle est constam­ment rem­placée alors que nous restons nous-mêmes [2]. Nos sou­ve­nirs, notre conscience, nos sen­ti­ments, n’ont comme support maté­riel que la forme de la matière, pas la matière elle-même. Nous sommes comme un tour­billon qui est à chaque instant fait d’une eau dif­fé­rente, mais qui garde sa forme au cours du temps. Com­pre­nons nous : nous ne sommes pas l’eau qui constitue le tour­billon, nous ne sommes que la forme du tourbillon.

Steve Grand, le créa­teur du jeu infor­ma­tique Crea­tures, suggère qu’il n’y a pas de dif­fé­rence fon­da­men­tale entre la forme et la matière [3]. La dif­fé­rence que nous per­ce­vons pour­rait bien n’être qu’un biais anthro­po­cen­trique [1]. Consi­dé­rons l’électron. On le consi­dère comme une par­ti­cule maté­rielle, mais on ne détecte sa pré­sence que par ses effets élec­tro­ma­gné­tiques. De beau­coup de points de vue, l’électron peut donc être compris comme étant une défor­ma­tion du champ élec­tro­ma­gné­tique qui ne s’atténue pas au cours du temps. L’électron serait au champ élec­tro­ma­gné­tique ce que le tour­billon est à l’eau : une forme per­sis­tante. Idem du proton. Et quand un proton et un élec­tron se ren­contrent, ils créent une nou­velle forme per­sis­tante : l’atome d’hydrogène. Et ainsi de suite pour la chimie de plus en plus com­plexe qui mène à la vie et à la conscience par une hié­rar­chi­sa­tion des formes. Et les esprits conscients ne seraient qu’une forme per­sis­tante de plus, dont la nature n’est pas fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rente des autres phénomènes.

Cedric Gommes

Sources

[1] Richard Dawkins, « Queerer than we can suppose », http://​www​.ted​.com/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​t​a​l​k​s​/​r​i​c​h​a​r​d​_​d​a​w​k​i​n​s​_​o​n​_​o​u​r​_​q​u​e​e​r​_​u​n​i​verse.html
[2] Tor Nor­re­tran­ders, « Per­ma­nent rein­car­na­tion »,
http://​www​.edge​.org/​q​2​0​0​8​/​q08_4.html
[3] Steve Grand, « Effing the inef­fable: an engi­nee­ring approach to conscious­ness »
http://​machi​nes​li​keus​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​E​ffing.html

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Je revois un docu­men­taire inté­res­sant datant de 1988 : Victim of the Brain. Douglas Hof­stadter y décrit très sim­ple­ment le mind-body problem :

I watch my own deci­sions and I feel, some­times, as if deci­sions come from parts of me that I realize are not under what I would call my control. I realize that my own self is really not under my control. I look at what I prefer in life — my tastes, my inter­ests, my aes­thetic pre­fe­rences — and I know that those things come from places that I cer­tainly don’t decide upon. I am just a victim of my brain. But I have to live with that.

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« Vingt-quatre îles de l’archipel indo­né­sien ont disparu ces der­nières années. Selon cer­tains modèles, 2.000 îles de l’archipel pour­raient dis­pa­raître en une géné­ra­tion, soit d’ici 2030. » Voici ce qu’affirme en sub­stance Freddy Numberi, le ministre indo­né­sien des Affaires mari­times s’appuyant sur une étude de l’Université Jadavpur de Calcutta.

Le tsunami du 24 décembre 2004 est res­pon­sable de la dis­pa­ri­tion de quatre d’entre elles, au nord de Sumatra. Les vingt autres, dans la pro­vince de Riau et dans l’archipel des Mille îles ont disparu du fait des dom­mages environnementaux.

Bien sûr, il s’agit tou­jours de causes mul­tiples : montée des eaux, érosion côtière, dis­pa­ri­tion des man­groves, aug­men­ta­tion de la vio­lence cyclo­nique. De telle sorte que la rhé­to­rique gardera son droit de cité et per­mettra d’estomper cette alarme : les îles disparaissent.

J’ai entendu aussi qu’il faut rela­ti­viser : l’archipel indo­né­sien compte plus de 17.000 îles et la perte de 24 îles inha­bi­tées n’est guère signi­fiante. C’est bien sûr un peu embê­tant pour la bio­di­ver­sité mais elle en a vu d’autres…

Il y a quelques mois, l’île de Loha­chara (Delta du Gange) a été tota­le­ment immergée. Six mille familles y vivaient dans les années 80.

Bien sûr, ici aussi, on pourra me rétor­quer que l’Inde en a vu d’autres…

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Un extrait d’entretien que je repique du fan­tas­tique TED Blog.

Bill Moyers inter­view le bio­lo­giste E.O. Wilson sur l’importance de la biodiversité :

Wilson: How many species going extinct or beco­ming very rare do you think it takes before you see some­thing hap­pe­ning? We now know from expe­ri­ments and theory that the more species you take out of an eco­system like a pond, a patch of forest, a little bit of marine shallow envi­ron­ments, the more you take out the less stable it becomes. If you have a tsunami or a severe drought or a fire, it is less likely that that eco­system, that body of species in that par­ti­cular envi­ron­ment, is going to come back all the way. So it becomes less stable with fewer species. And then we also know it becomes less pro­duc­tive. In other words, it’s not able to produce as many kilo­grams of new matter from pho­to­syn­thesis and passage through the eco­system. It’s less pro­duc­tive. It sure is less inter­es­ting, though, isn’t it? And more than that: we lose the ser­vices of these species.

Moyers: The ser­vices of these species.

Wilson: Yes, ser­vices of these species to us. Like pol­li­na­tion and water purification.

Moyers: That we get free from nature.

Wilson: Yeah. Here’s an easy way to remember it.

La vidéo se trouve ici.

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Sep­tante (ou soixante-dix, pour ceux qui aiment com­pli­quer les choses) défi­ni­tions ont été com­pi­lées par Shane Legg et Marcus Hutter.

C’est sur arxiv​.org.

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Deux projets ency­clo­pé­diques viennent de voir le jour, qui illus­trent de façon aca­dé­mique et parfois émou­vante la biodiversité.

La Bio­di­ver­sity Heri­tage Library compte déjà 1.250.000 pages, aux­quelles vont s’ajouter de nou­velles numé­ri­sa­tions mul­ti­média issues de dix ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques de renom amé­ri­caines et bri­tan­niques (dont l’université Harvard, la Smith­so­nian Ins­ti­tu­tion et le Musée d’histoire natu­relle de Londres).

L’Ency­clo­pedia of life se pré­sente quant à lui comme un éco­sys­tème de sites web dont la crois­sance orga­niques tiendra plus de wiki­pedia, s’ouvrant à des contri­bu­tions d’amateurs. À terme, ce projet devrait offrir une page telle que ce pro­to­type à chaque espèce vivante.

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Une caméra auto­ma­tique placée dans le parc national de Kayan Men­ta­rang, sur l’île de Bornéo a fixé des images pour le moins inté­res­santes : un mam­mi­fère que ni les spé­cia­listes, ni la popu­la­tion locale ne par­vient à iden­ti­fier. Taille d’un gros chat, four­rure rousse, petites oreilles, longue et solide queue, museau allongé, pattes arrières trapues. Il pour­rait s’agir d’un lému­rien.

Le WWF estime qu’il serait utile d’en cap­turer un exem­plaire pour l’identifier et mieux le protéger.

Fini la tran­quillité mon vieux!

avk

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L’anima

Si, abbiamo un anima. Ma è fatta di tanti piccoli robot.

Giulio Gio­relli

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Ne répon­dant pas à la ques­tion annuelle d’Edge de 1999, Reuben Hersch dit ceci :

The most impor­tant inven­tion of all time was the inter­ro­ga­tive sen­tence. i.e., the asking of ques­tions.

La ques­tion était : « What is the most impor­tant inven­tion in the past 2.000 years? »

Pour sa part, le phi­lo­sophe Daniel C. Dennett eut une réponse d’apparence maté­ria­liste qu’il jus­tifia par une mise en pers­pec­tive inat­tendue et lumineuse :

The battery, the first major por­table energy packet in the last few billion years. When simple pro­ka­ryotes acquired mito­chon­dria several billion years ago, these ama­zingly effi­cient por­table energy devices opened up Design Space to mul­ti­cel­lular life of dazz­ling variety. Many metazoa deve­loped complex nervous systems, which gave the planet eyes and ears for the first time, expan­ding the epis­temic hori­zons of life by many orders of magni­tude. The modest battery (and its sophis­ti­cated fuel cell des­cen­dants), by pro­vi­ding energy for auto­no­mous, free-ranging, unplugged arti­facts of dazz­ling variety, is already begin­ning to provide a simi­larly revo­lu­tio­nary cascade of deve­lop­ments. Poli­ti­cally, the tran­sistor radio and cell phone are proving to be the most potent weapons against tota­li­ta­ria­nism ever invented, since they destroy all hope of cen­tra­lized control of infor­ma­tion. By giving every indi­vi­dual auto­no­mous pros­thetic exten­sions of their senses (think of how cam­cor­ders are revo­lu­tio­ni­zing scien­tific data-gathering pos­si­bi­li­ties, for ins­tance), bat­te­ries enable fun­da­mental impro­ve­ments in the epis­te­mo­lo­gical archi­tec­ture of our species. The explo­sion of science and tech­no­logy that may even­tually permit us to colo­nize space (or save our planet from a fatal col­li­sion) depends on our ability to store and extract elec­trical power ubi­qui­tously. Our bat­te­ries are still no match for the mito­chon­drial ATP system — a healthy person with a back­pack can climb over moun­tains for a week without refue­ling, some­thing no robot could come close to doing — but they open up a new and dif­ferent cor­nu­copia of com­pe­tences.

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