Pourquoi mourir ?

A priori, la mort est la seule expérience qui nous semble inéluctable : quelle que soit notre condition, aussi prudent que soit notre parcours, notre vie est limitée dans le temps.

Pourquoi meurt-on ?

Les mécanismes de la sélection naturelle qui ont permis l'apparition de l'espèce humaine reposent en grande partie sur le phénomène de la mort : il faut bien que les anciennes générations disparaissent si on veut que les nouvelles s'imposent. Et les décès purement accidentels ne suffisent pas. Le fait de limiter naturellement la durée de vie cellulaire (apoptose) est un facteur de pression sélective qui accélère la dynamique de l'évolution et, par conséquent, la renforce.

Télomères (en blanc)

Concrètement, l'apoptose est liée à la dégradation des télomères, ces bouchons terminaux des chromosomes qui tiennent fonctionnellement du petit cylindre de plastique à la fin des lacets de chaussures. Ces structures sont synthétisées par une enzyme, la télomérase, lors du processus de réplication de l'ADN. Si la télomérase est très active durant la période embryologique et foetale, elle ne s'exprime plus guère après que dans les cellules germinales et dans certaines cellules cancéreuses.

Les cellules somatiques, dépourvues totalement ou presque de cette enzyme après la naissance, se divisent dès lors privées de la pleine protection des télomères qui disparaissent après une cinquantaine de divisions. Les chromosomes subissent par conséquent les mitoses ultérieures avec des dommages (altération de l'information, fusion de deux chromosomes...) empêchant de nouvelles divisions et menant à la mort cellulaire et au vieillissement de l'organisme.

Comme l'explique Richard Dawkins 1 : « .../ les gènes qui réussissent auront tendance à retarder la mort de leurs machines à survie, au moins jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus se reproduire. (...) il est évident qu’un gène létal qui fera effet à retardement sera plus stable dans le pool génique qu’un autre qui fera effet tout de suite. (...) Ainsi, selon cette théorie, la sénilité n’est que le sous-produit de l’accumulation dans le pool génique de gènes létaux et de gènes semi-létaux à effet retard, qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet de la sélection naturelle simplement parce qu’ils ne font sentir leurs effets que très tard. »

Les récentes simulations informatiques d'André C. R. Martins 2 mettent en présence des populations d'organismes immortels avec des compétiteurs mortels. Elles démontrent clairement que « When conditions change, a senescent species can drive immortal competitors to extinction. This counter-intuitive result arises from the pruning caused by the death of elder individuals. When there is change and mutation, each generation is slightly better adapted to the new conditions, but some older individuals survive by chance. Senescence can eliminate those from the genetic pool. Even though individual selection forces can sometimes win over group selection ones, it is not exactly the individual that is selected but its lineage. While senescence damages the individuals and has an evolutionary cost, it has a benefit of its own. It allows each lineage to adapt faster to changing conditions. We age because the world changes. »

Évolution des simulations d'André C. R. Martins

Il y a pourtant des immortels

Par « immortels », je ne parle pas ici des organismes dotés de mécanismes de préservation qui leur confèrent une grande longévité tels certains tardigrades3, mais bien d'organismes dont la seule façon de mourir est de succomber à un accident, une maladie ou une prédation. Bref il existe des organismes qui ne meurent pas « de mort naturelle » pour adopter cette étrange expression.

La sexualité, qui brasse le matériel génétique des individus d'une même espèce, n'est pas le seul mode de reproduction. La plupart des organismes se reproduisent par scissiparité. Dans ce cas, l'avantage sélectif que la mort confère aux espèces sexuées, cet avantage semble nettement moins important, voire absent. De fait, à l'instar des cellules germinales des pluricellulaires, de nombreux unicellulaires ne sont en effet pas soumis à la pression sélective d'une mort programmée et jouissent d'une immortalité théorique.

Tur­ri­topsis nutri­cula

Étrangement, ils ne sont pas seuls à être exemptés d'apoptose et certains organismes au cycle de vie complexe, prétendent aussi à l'immortalité. C'est le cas de la méduse Turritopsis nutricula qui peut - en réponse à des conditions difficiles - retourner à l'état de polype, lequel a la possibilité de se multiplier avant de reprendre un état de méduse.4

Certains vers plats (planaires) constituent un autre exemple intéressant car certains sont dotés comme nous d'une sexualité tandis que les autres se reproduisant par scissiparité. Or, les deux types de planaires sont également capables de se régénérer indéfiniment en reconstituant les tissus nécessaires. Et ce sans que l'on observe de différence génétique entre les tissus originels et les tissus régénérés. Chez ces planaires, l'activité de la télomérase, protectrice des télomères, reste constante et leur garantit une éternelle jeunesse. 5

Bref, de nombreux exemples naturels existent qui prouvent que la mort n'est pas un mécanisme inéluctable.

Mais qu'est-ce qui nous ennuie dans la mort ?

Toutes les religions affirmant de pair l'existence d'un Dieu et la survie de l'esprit confirment ceci : ce qui nous ennuie vraiment dans la mort, ce n'est pas tant la fin de la vie que la fin de l'esprit.

Bien sûr, une autre chose nous ennuie aussi mais elle se produit avant la mort : c'est la vieillesse. « Mourir cela n'est rien. Mais vieillir... » C'est que, nous l'avons vu, la vieillesse n'est rien d'autre que l'accumulation de petites morts cellulaires avec tout ce que cela entraîne comme maladies, dysfonctionnements, douleurs et handicaps.

Dès lors, le vieux rêve d'immortalité peut prendre deux directions. La première est biologique mais semble semée d'embûches. En effet, le phénomène d'apoptose qui condamne nos cellules est - par le même mécanisme - notre meilleure protection contre le cancer. D'autres pistes existent toutefois comme celle des cellules souches qui vient d'enregistrer des résultats intéressants. 6

La seconde direction est informatique. Elle consiste à sauver l'esprit avant que la dégradation biologique de l'individu ne l'atteigne...

Projets d'immortalité

Si les rêves d'immortalité ont prix corps dans de nombreux mythes et romans, peu de projets de recherche publiques y ont été consacrés. Toutefois, l'idée que nous puissions disposer de copies parfaites de l'information contenue dans nos cerveaux n'est ni neuve ni extraordinaire. L'hypothèse de l'IA forte 7 gagne en crédibilité chaque jour, permettant de penser que l'expression de cette information ne sera pas une pâle copie de nos souvenirs mais bien nous-mêmes avec nos émotions, aspirations et tout ce qui fait que ce que nous sommes.

Un projet initié par un milliardaire russe, Dmitry Itskov, constitue un premier pas dans cette direction : le 2045 Avatar Project. Un objectif est de transplanter un cerveau humain dans un robot humanoïde d'ici une dizaine d'années ans. Une étape ultérieure sera de remplacer le cerveau biologique par un cerveau artificiel. 8

Étapes du 2045 Avatar Project

Je ne sais si ce projet particulier dispose de toutes les garanties voulues pour mener pareille entreprise à bien. En revanche, je ne doute guère que nous sommes à un carrefour où convergent deux courants importants. Tout d'abord, une accélération foudroyante de notre compréhension des processus de l'esprit et des technologies qui y sont liées de près ou de loin. Enfin, une privatisation de plus en plus efficace de recherches autrefois réservées à de lourdes administrations telles que la NASA. Cette convergence confère à l'intelligence humaine un bras de levier exceptionnel capable de soulever des obstacles qui nous étaient apparus comme immuables.

Bien sûr, cette mutation sera la plus importante de toutes celles que l'humanité ait vécues. Du fait des facilités d'interfaçage des individus numérisés, d'autoreprogrammabilité et de reproductibilité, la notion même d'individualité perdra vite toute signification.

Face à un tel changement, toute tentative de prévision semble absurde... si ce n'est celle qu'Haldane fit il y a plus d'un siècle : « Ce qui ne fut pas sera, et personne n'est à l'abri. »


  1. Dawkins, Richard. Le gène égoïste. [Nouv. éd.]. ed. Paris: O. Jacob, 2003. p 66. 
  2. Martins ACR (2011) Change and Aging Senescence as an Adaptation. PLoS ONE 6(9): e24328. doi:10.1371/journal.pone.0024328 
  3. Certains tardigrades peuvent ralentir leur métabolisme de telle manière qu'il semble totalement à l'arrêt (cryptobiose). 
  4. Piraino, S.; Boero, F.; Aeschbach, B.; Schmid, V. (1996). "Reversing the Life Cycle: Medusae Transforming into Polyps and Cell Transdifferentiation in Turritopsis nutricula (Cnidaria, Hydrozoa)". The Biological Bulletin (Biological Bulletin, Vol. 190, No. 3) 190 (3): 302–312. 
  5. Thomas C. J. Tan, Ruman Rahman, Farah Jaber-Hijazi, Daniel A. Felix, Chen Chen, Edward J. Louis, and Aziz Aboobaker. Telomere maintenance and telomerase activity are differentially regulated in asexual and sexual worms. PNAS 2012 : 1118885109v1-201118885. 
  6. Inhibition of activated pericentromeric SINE/Alu repeat transcription in senescent human adult stem cells reinstates self-renewal. Cell Cycle, Volume 10, Issue 17, September 1, 2011. 
  7. Selon la thèse de l'Intelligence Artificielle forte, il est possible de construire une machine consciente d'elle-même et disposant de sentiments. (Étant entendu que les termes « conscient » et « sentiments » sont définis de la même façon que pour un être humain.) 
  8. http://2045.com/ 

Nouvelles du futur : où en sommes-nous avec les prévisions?

English version available here.

Cet article examine plusieurs méthodes qui ont montré une capacité certaine de prévoir le futur. La première comprend des équations simples (lois de puissance, power laws) dont les coefficients empiriques ont pu être déterminés sur plusieurs ordres de grandeur dans des conditions très variées. Les modèles sous-jaçants sont à la limite de plusieurs disciplines, de l'écologie à la sociologie. Vient ensuite le suivi systématique des innombrables sources d'information numériques sur l'actualité dont nous dispososons dorénavant, approche connue sous le nom de culturomique (note 3). Finalement, la vieille méthode des seuils critiques chère aux anciens polémologues (Bouthoul, 1962) et dont le dépassement conduit à des changements qualitatifs a été remis à l'honneur dans le cas des émeutes liées au prix des denrées alimentaires.

Peut-on prévoir le futur à partir des connaissances sur la psychologie humaine et les phénomènes sociaux, en appliquant une analyse statistique à l'image de la thermodynamique (Voir note 1)? Il semble bien que la réponse soit oui, et de nombre de publications scientifiques récentes vont dans ce sens.

1. Equations empiriques

Commençons par quelques articles publiés il y a deux ans environ par Bohorquez et al. (2009) et par Johnson et al. (2011). Dans le cas du premier article,

Fréquence cumulée d'actes de guerre en Afghanistan en fonction du nombre de blessés (a) nombre de tels actes depuis le 5ooème jour des opérations dans le pays (b). Figure composée à partir de deux figures de Bohorquez, 2009. Voir note 2.

les auteurs sont des ingénieurs, des physiciens et un économiste. A l'époque de la publication, Bohorquez travaillait au Department of Industrial Engineering and CEIBA Complex Systems Research Center à l'Universidad de Los Andes à Bogota, en Colombie. Les scientifiques qui cosignent l'article de Johnson comprennent un plus grand nombre de disciplines, de la biologie à la sociologie en passant par l'informatique et la physique. Johnson lui-même est un physicien de l'université de Miami. Notons par ailleurs que ces deux groupes travailent en collaboration.

Que disent ces articles? D'abord qu'il existe un loi de puissance (power law) très simple qui relie l'intervalle entre deux attaques terrroristes (ou actions belliqueuses). Cet intervalle a tendance à raccourcir en même temps que les terroristes apprennent leur métier. Si la loi est connue, la date de la prochaine attaque peut être estimée (avec une certaine erreur, bien évidemment). Il existe aussi un rapport simple entre l'importance des attaques et leur fréquence: la fréquence diminue avec la "taille" des attaques à la puissance 2.5 (Gilbert, 2009).

Le mérite de ces travaux est qu'ils relient de manière quantitative certains comportements humains violents ou non (au-delà du terrorisme, donc), l'écologie et certains modèles économiques (ce n'est pas par hasard que nous avons l'éco-logie et l'éco-nomie!). Ils ne manquent pas de rappeler d'autres études (Bettencourt et al, 2007; Bettencourt et  West, 2011) qui utilisent des lois de puissance pour décrire les relations entre la taille des villes (mesurée par leur nombre d'habitants) et une collection disparate d'indicateurs qui vont du salaire moyen au nombre d'inventeurs en passant par la consommation  d'électtricité des ménages et la densité des stations d'essence. Ces travaux permettent eux aussi de "prédire" la façon dont un certain nombre de variables vont se comporter dans le futur, disons en 2050. En effet, beaucoup d'indicateurs sont liés à la population comme variable indépendante, laquelle population est très prévisible puisque la majorité des êtres humains qui peupleront la terre en 2050 sont déjà nés. Par ailleurs, les projections de population faites au cours de l'immédiat après-guerre (je parle de 1940-45) se sont avérées étonnamment exactes (voir par exemple Chi, 2009).

Figure extraite de Lagi et al., 2011: historique des émeutes/révolutions depuis 2004 en fonction d'un indice de prix des denrées alimentaires.

2. Culturomique

Récemment, d'autres auteurs, dont Leetaru (2011), ont abordé les prévisions d'une manière radicalement différente, basée sur le fait que nous disposons maintenant d'énormes bases de données numériques relatives à la presse écrite et parlée et aux agences de presse, sans parler des sites web des journaux et magazines nationaux et internationaux. Ces bases de données couvrent au moins les trente dernières années. Les techniques d'exploration des données (data mining) permettent de trouver certains termes, leur fréquence, leur association avec d'autres termes, ainsi que leur ton et leur géolocation. Le ton (tone en anglais, mais mood serait plus approprié) et la géolocation constituent la principale innvation apportée par Leetaru. Le ton est donné par des termes "postifs" ou "négatifs" comme "terrible", "amélioration" ou "heureux". La géolocation consiste simplement à situer géographiquement tous ces termes. Cette approche, que Leetaru appelle "culturomique" (note 3) lui a permis de faire des prévisions à court terme relatives aux révolutions en Egypte, Tunisie et Lybie, de voir se préparer le conflit en Serbie et prédire la stabilité de l'Arabie Saoudite jusqu'en 2012. Appliquée à la localisation de Ossama Bib Laden, la méthode identifie une région qui comprend Abbotabad où le raid étatsunien a finalement eu raison de lui.

3. Dépassement de seuils critiques

Je terminerai en signalant une étude très remarquée de Lagi et al. (2011) dont une description très lisible est donnée par Johnson, 2011 (Il s'agit d'un autre Johnson que l'auteur cité plus haut.) Ces auteurs ont observé une association historique entre certaines émeutes et la cherté des denrées alimentaires. Le seuil se situe vers 220 $/tonne en prix courants et vers 190$/tonne en prix constants de 2004. Il a été dépassé en 2008 et en concordance avec le Printemps Arabe. Selon les auteurs, si la tendance des prix courante se maintient, les prochaines révolutions sont à attendre entre juillet 2012 et août 2013.

4. Conclusion

Dans l'ensemble, ces méthodes sont intéressantes, et l'engouement suscité par les articles de Leetari, Lagi et ceux issus du cercle de Geoffrey West (p.ex. Bettencourt et al.) témoignent de l'intérêt des milieux scientifiques comme de celui de la prese généraliste pour les prévisions. Il me semble,  cependant,  que le succès des méthodes soit dû à l'abondance des données disponibles plus qu'à la nouveauté des approches. D'une certaines façon, ces méthodes témoignent toutes de l'importance et de l'efficacité de l'internet. La note de Leetari, par exemple, n'a pas souffert de sa publication sur un site jusqu'alors confidentiel. Le village global existe bel et bien!

Notes

Note 1 : Cette note est un clin d'oeil. La phrase est extraite avec quelques modifications mineures de Wikipedia: La psychohistoire est une science imaginée par l'auteur de science-fiction Nat Schachner et développée plus largement par Isaac Asimov (1920-1992) dont le but est de prévoir l'Histoire à partir des connaissances sur la psychologie humaine et les phénomènes sociaux en appliquant une analyse statistique à l'image de la thermodynamique.

Note 2 : La partie supérieure de la figure (a) indique que 100% des actes de guerre font au moins une victime, alors que 1/1000 fait 100 victimes. Partie inférieure (b): 8 événements par jour ne se produisent pratiquement jamais, alors quer 30% des jours sont caractérisés par deux événements.

Note 3 : culturomics en anglais. Comme thermodynamics devient "la thermodynamique" et cyndinics "la cyndinique" j'ai osé le terme de "culturomique"

References

Bettencourt, L.M.A., J.Lobo, D.Helbing, C.Kühnert & G.B. West. 2007. Growth, innovation, scaling, and the pace of life in cities. PNAS, 104(17):7301–7306.

Bettencourt, L.M.A & G.B. West. 2011. Bigger Cities do more with less: new science reveals why cities become more productive and efficient as they grow. 305(3):51-53.

Bohorquez, J.C., S.Gourley, A.R.Dixon, M.Spagat & N.F.Johnson. 2009. Common ecology quantifies human insurgency. Nature 462:911-914.

Bouthoul, G. 1962. Le Phénomène-Guerre. Petite bibliothèque Payot, Paris. 283 pp.

Chi, G. 2009. Can knowledge improve population forecasts at subcounty levels? Demography,46:405–427. Disponible sur le net. Voir aussi http://www.esri.com/library/whitepapers/pdfs/evaluating-population.pdf et http://www.ageing.ox.ac.uk/files/workingpaper_507.pdf

Gilbert, N. 2009. Modellers claim wars are predictable.Insurgent attacks follow a universal pattern of timing and casualties. Nature 462:836. L'article de Gilbert est une présentation du travail de Bohorquez et al., 2009.

Johnson, E.M. 2011. Freedom to Riot: On the Evolution of Collective Violence.

Johnson, N.F., S.Carran, J.Botner, K.Fontaine, N.Laxague, P.Nuetzel, J.Turnley & B.Tivnan. 2011. Patterns of Escalations in Insurgent and Terrorist Activity. Science 333(81):81-84. Voir aussi NPR staff, 2011. Math Can Predict Insurgent Attacks.

Lagi, M., K.Z.Bertrand & Y.Bar-Yam. 2011. The Food Crises and Political Instability in North Africa and the Middle East. http://arxiv.org/abs/1108.2455v1. L'article est téĺéchargeable.

K.H.Leetaru. 2011. Culturomics: forecasting large-scale human behaviour using glocal news mwdia tone in time and space. First Monday,  16(9). This is an internet publication. Voir ce site. Voir aussi http://www.kurzweilai.net/culturomics-2-0-forecasting-large-scale-human-behavior-using-global-news-media-tone-in-time-and-space qui comprend des animations intéressantes.

 

Tu me sondes et tu me connais

Éternel ! tu me sondes et tu me connais,
Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pensée (...)
Car la parole n'est pas sur ma langue, Que déjà, ô Éternel ! tu la connais entièrement (...)
Une science aussi merveilleuse est au-dessus de ma portée, Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
-Psaume 139

Jeppe Hein, Follow Me (Bristol University)

Il existe des moyens intelligents d’utiliser ce qu’on sait sur une personne. Les casinos Harrah's en savent quelque chose. Sur base du formulaire d’apparence anodine que vous remplissez pour accéder à la salle des jeux (âge, sexe, formation, etc.) ils déterminent votre « point de douleur », c’est-à-dire le montant maximum que vous pouvez perdre sans que ça vous coupe l’envie de revenir jouer [1]. Quand vos pertes approchent ce montant, un membre du personnel vient vous faire remarquer que vous n’avez décidément pas de chance ce soir, et il vous conseille de rejoindre le restaurant du casino « aux frais de la maison ». Tout l’art consiste à bien choisir le moment d’arrêter de vous plumer.

La possibilité aujourd’hui d’analyser de grandes quantités d’information rend ce type de manipulation omniprésente, et on aurait tort de sous-estimer son efficacité [2]. On connait la phrase célèbre d’un ancien patron de TF1, selon laquelle le but de la télévision est de vendre du cerveau humain disponible à Coca-Cola [3]. Tout cela semble bon-enfant par rapport à ce qui se trame sur Internet.

Il y a tout ce dont on se doute. Par exemple, que le bouton « j’aime » de Facebook ne sert pas qu’à dire à ses copains qu’on a trouvé leur lien rigolo. Il sert aussi à Facebook à mieux vous connaitre. En gros, chaque fois que vous cliquez « j’aime », comme chaque fois que vous vous inscrivez à un jeux, vous vous rendez plus vulnérable à la manipulation, et Facebook le monnaie auprès des annonceurs publicitaires. Comme dans les casinos Harrahs’s, sauf que l’information dont on dispose sur vous est beaucoup plus riche, et que les manipulateurs entrent dans une sphère que vous pensiez relever de votre intimité.

Il y a une autre forme de manipulation sur Internet qui n’est pas directement commerciale, du moins pas encore. Si vous et votre voisin tapez le mot « Egypte » sur Google vos résultats seront sans doute très différents : peut-être tomberez-vous sur les hôtels de la Mer Rouge et votre voisin sur le procès de Moubarak. Google recueille en permanence des informations sur vous : où vous vous trouvez, le type d’ordinateur que vous utilisez, et aussi l’historique des liens sur lesquels vous avez cliqué. Sur base de ce flux d’information, un algorithme estime le type de site qui vous plaira et vous cache purement et simplement les autres. Eli Pariser en parle comme d’une bulle dans laquelle les moteurs de recherche vous enferment [4], sans rien vous dire de toute la partie d’Internet qui vous est rendue invisible. Pour rebondir sur le post d’Alain : si vous n'avez jamais navigué que sur des sites créationnistes, il y a fort à parier que Google vous cachera jusqu’à l’existence de Darwin.

Chaque fois qu’on s’aventure sur Internet, l’information circule désormais dans les deux sens : on vous regarde autant que vous regardez. Et Internet est aux mains de gens habiles qui ont des intérêts qui leur sont propres. Rebecca MacKinnon a un argumentaire assez convainquant sur le fait qu’Internet ne deviendra pas spontanément l’idéal qu’on imaginait il y a encore peu [5]. Si on veut qu’Internet continue à donner un accès non biaisé à l’information, et qu’on ne veut pas s’y faire manipuler, cela nécessitera une forme d’activisme de notre part.

Cedric Gommes

[1] I. Ayes, Super Crunchers, Bantam Books (2008) ;
[2] R.-V. Joule, J.-L. Beauvois, Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, Presses universitaires de Grenoble (2002).
[3] Wikipedia:Patrick Le Lay
[4] TED.com: Eli Pariser, Beware Online Filter Bubbles.
[5] TED.com: Rebecca MacKinnon, Let's Take Back The Internet.

Asterion

Nous nous trouvons devant un paradoxe : la multiplication des vecteurs d'information crée une nébuleuse qui nuit à la transmission de la connaissance.

Trois facteurs interdépendants concourent à l'expliquer : la technologie, la complexité et l'économie.

George Frederick Watts

1. Parmi tous les outils d'acquisition de connaissance que j'utilise quotidiennement, mon iPhone gère une dizaine de protocoles différents donnant chacun accès une masse informationnelle que mon esprit assimile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebondissons de texte en texte, suivant un fil indéfini qui s'estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en dégageons des impressions floues et avons de plus en plus de mal à synthétiser ce que nous avons retenu de cette immersion.
Sur le plan social, la situation est encore pire : notre société occidentale rend les outils d'édition et de partage accessibles à chacun, mais sans ces outils complémentaires que sont le respect du texte, le transfert des références, la vérification des sources, l'examen de la pertinence. On flashe? Un clic et c'est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l'information porteuse du savoir originel, le texte de référence.
À force de transmissions partielles, de commentaires, de copier-coller, de négligences volontaires ou non, la distance entre l'information et la connaissance s'est creusée.

2. L'effondrement du modernisme ne peut s'expliquer que par l'irréductible complexité du monde. Il y a deux générations, nous vivions dans un monde infini dont nous pensions pouvoir maîtriser les paramètres fondamentaux. Aujourd'hui, nous nous heurtons à la finitude des ressources et à notre incapacité à dresser des modèles fiables à court terme d'éléments aussi importants que la météo, les populations de poissons ou la finance mondiale.
Nous sommes donc résignés, dans le meilleur des cas, à des politiques de très courts termes, à des actions purement locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confusion informationnelle et ces limitations décisionnelles se révèlent être des sources de profits importants pour de nombreux groupements d'intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l'environnement ou des nouvelles technologies impliquent directement les modèles socioéconomiques planétaires, et sont d'une importance capitale tant pour les ONG que pour les multinationales ou les entités politiques. Ces derniers utilisent le nuage de fumée qu'est devenue l'information afin d'atteindre leurs objectifs, et la difficulté de modéliser certains phénomènes complexes rend difficile la réfutation de leurs politiques.
Pourtant, portés par leur optimisme, certains vont trop loin et propagent des informations facilement réfutables. Certains camouflent des positions idéologiques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduction facile des constructions vouées à l'échec.

L'objectif de ce blog est de contribuer à favoriser l'accès à la connaissance de notre monde, des principaux problèmes qu'il traverse et des solutions envisagées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n'avons pas d'autre choix que d'être ambitieux. C'est pourquoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vaudrait la peine de continuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s'exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sensibilité et l'intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c'est la seule façon de s'en sortir.

avk

Diigo : Social Information Networking

Le social bookmarking est apparu en 2005 avec de.licio.us dont le succès provient en grande partie... de son succès. C'est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socialisation – a son importance. En 2006 est apparu StumbleUpon, plus structuré et permettant de dire d'un clic « j'aime » ou « j'aime pas », d'intégrer son propre site, de maintenir un petit blog et surtout d'intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Marshall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l'impression que cela servait surtout à tromper l'ennui. Une floppée d'autres sites émergèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses importantes : l'importation facile des signets du navigateur, une interface lumineuse, la possibilité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C'était devenu mon outil pour partager mes découvertes avec des amis, et pour m'assurer une accessibilité à mes signets lors de mes déplacements. J'y ai découvert aussi quelques sites intéressants. Pourtant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu'il fait le choix audacieux de l'open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social bookmarking que j'utilisais pour une option fantastique : celle qui permet de surligner des passages. Lorsque je rédige un article, j'ai pris l'habitude, grâce à l'extension de Diigo, de surligner les passages importants et de les stocker dans une liste personnelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d'un clic j'ai non seulement accès à mes sources mais encore aux passages surlignés. Épatant, même si l'usage que j'en faisais était très personnel. De fait, l'aspect social de Diigo était handicapé par plusieurs lourdeurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd'hui même, une fois votre compte ouvert et l'extension installée sur votre navigateur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu'un site vous plait, surlignez éventuellement les passages importants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous permettra de donner une description, d'en choisir le caractère privé ou public, de prévenir Twitter, d'ajouter ce signet à une liste que vous aurez préalablement créée, d'informer un groupe etc.

Ultérieurement, vous retrouverez ce site avec le surlignage, mais vous verrez aussi qui d'autre l'a mis en signet public et quelles annotations y ont été ajoutées par la communauté.

Parmi la centaine de nouveautés de la version 3, j'en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent directement accessibles dans votre barre latérale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre latérale, il est possible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fatiguera pas rapidement mais pour le moment, c'est assez bluffant.
  3. Il est désormais possible à une équipe (de chercheurs ou de rédacteurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dictionnaire de mots-clés afin d'éviter de voir ces pléthores de tags synonymiques ou mal orthographiés qui polluent généralement ce genre de sites.
  4. L'option People like me vous permet, sur base de vos derniers signets, de découvrir les gens qui partagent le plus vos intérêts et dès lors, d'augmenter vos chances de découvrir non seulement des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n'est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, FaceBook et l'email sont à votre portée pour partager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désormais une solution efficace à différentes préoccupations qui dépassent de loin le simple social networking. C'est désormais un outil majeur pour quiconque désire structurer, stocker et partager en ligne une information qui ne se limite par à une URL.

Le Lourd Bilan des biocarburants

Un litre de biocarburant génère entre 17 et 420 (!) fois plus de CO2 qu'un litre de carburant fossile.

Tillman et Fargione

Tillman et Fargione

Cette gabegie de CO2 trouve sa source principale en amont de la production agricole ; le pétrole, lui, est déjà produit et déjà stocké. La production de bioéthanol nécessite d'énormes surfaces de terres fertiles, et ces surfaces sont prises sur la forêt. Or, une parcelle de forêt capte toujours beaucoup plus de carbone atmosphérique qu'une parcelle de terre agricole. En outre, lors du défrichage, une partie importante du carbone défriché va se retrouver dans l'atmosphère. Si le bioéthanol, une fois dans le moteur, est effectivement un peu plus propre, une étude publiée par Joe Fargione et David Tilman dans The Nature Conservancy et par l'University of Minnesota, démontre qu'il faudrait attendre 420 ans pour que la balance du CO2 retrouve son équilibre.

La solution qui consiste à consacrer des terres agricoles aux biocarburants ne fait que déplacer le problème : les fermier américains alternaient traditionnellement la culture du maïs avec celle du soja. La demande croissante en éthanol en a convaincu de nombreux de ne plus se consacrer qu'au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le principal exportateur après avoir défriché ce qu'il fallait de forêt pour en organiser la culture.

Le bilan du bioéthanol en termes de CO2 est donc catastrophique. Il faut arrêter de donner des labels écologiques aux voitures appelant ce type de carburant. À moins qu'une solution plus réaliste n'émerge, par exemple par l'utilisation du plancton.

Un autre aspect particulièrement noir des agrobiocarburants est qu'ils font directement concurrence avec l'alimentation, particulièrement dans les pays pauvres. Le marché des aliments de base peut devenir hautement spéculatif : il y a quelques mois, le prix de la tortilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l'essentiel de l'alimentation, déclenchant de très importants mouvements sociaux. C'est que, désormais, le maïs mexicain se vend très bien aux firmes américaines de biocarburants.

De tels effets sont observés alors que les biocarburants ne font que commencer leur percée. Si ceux-ci continuent leur ascension, les instabilités géopolitiques, financières et sociologiques liées au pétrole nous paraîtront bien anodines.

Que nos ressources fossiles soient limitées est une évidence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solution est une folie. Les forêts doivent rester des forêts pour le maintien de la biodiversité et la stabilisation du cycle du carbone. Et les champs doivent servir à nourrir les hommes.

avk

Sources

www1.umn.edu/umnnews/Feature_Stories/The_dark_side_of_biofuels.html
www.reuters.com/article/bondsNews/idUSN0715309720080207
www.radiohc.cu/espanol/comentarios/mayo07/comentario10mayo.htm
www.liberation.fr/actualite/monde/229270.FR.php
www.ecoportal.net/content/view/full/69023

Pierre ou les ambiguïtés

Considérant avec quelle facilité infinie chacun, grâce au daguerréotype, peut faire faire aujourd'hui son portrait, alors que jadis un portrait fidèle était le privilège exclusif des nobles ou des aristocrates de l'esprit, [Pierre] en conclut naturellement qu'au lieu d'immmortaliser les génies, le portrait ne servait à présent qu'à quotidianiser les imbéciles.

Herman Melville, Pierre ou les ambiguïtés, Livre XVII, chapitre III, 1852.

Le temps des robots

Bien, cela a pris un peu plus de temps que prévu, mais les robots sont désormais à nos portes, moins médiatisés mais souvent plus intéressants que l'ineffable Asimo. J'en avais déjà évoqué quelques-uns lors d'un message précédent. Voici un petit tour d'horizon actualisé.

Dans la catégorie sauvetage, le plus étrange est sans doute le chenillé Hanuri-RT, puisqu'il ne permet de sauver que les personnes pouvant se tenir accroupies et dotées d'un fameux sens de l'équilibre!

Si un accident vous a complètement immobilisé, autant que vous soyez aussi inconscient car ce pourrait bien être Robokiyu qui vous prendra en charge quel que soit votre position (et qui aurait fait merveille dans le film Soleil Vert).

Un peu moins inquiétant, le Hubo FX-1 chairbot peut transporter un pilote d'une centaine de kilos pilotant à l'aide d'un simple joystick. Si l'idée de base était d'offrir plus d'autonomie qu'un fauteuil roulant, l'armée y voit aussi son intérêt.

Si votre sauvetage réside plus simplement à trouver quelqu'un qui vous serve le thé ou fasse votre vaisselle, Kawada Industries développe une aide ménagère robotique. Etrangement, elle n'a pas été designée comme une illustration de Sorayama mais évoque plutôt une chimère goldorakienne.

L'industrie robotique semble bien reflèter les fantasmes d'une civilisation. En Asie, cela peut s'illustrer de deux façons, lorsqu'il s'agit des enfants. Tout d'abord par Orfo, le robot chaperon coréen. Ensuite, de façon dérangeante, par CB2 (Child-Robot with Biometric Body) qui représente un (monstrueux) enfant de deux ans doté d'expressions faciales et de 200 capteurs tactiles.

Nul doute qu'une collaboration serait profitable avec les concepteurs de Kansei, un robot doté d'un vocalulaire de 430.000 (!) mots capable d'intéragir facialement en fonction du contexte émotionnel du discours.

Tous ces robots sont, à un certain degré, humanoïdes et développés dans une optique utilitaire. En voici un qui sort du rang : Alexitimia est une oeuvre créée par l'artiste argentine Paula Gaetano. Détectant votre sueur, cette chose transpirera par empathie à votre contact.

Mmmmh, Alexitimia!

avk

Les lois de la robotique

Il y a quelques jours, je vous parlais d'éthique cybersexuelle dans un univers virtuel tel que Second Life. Les nouvelles technologies matérielles aussi apportent des éléments qui pourraient bien élargir drastiquement les champs de l'éthique.

Vous connaissez les Lois de la robotique d'Isaac Asimov:

  • Première Loi : Un robot ne peut ni porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  • Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi ;
  • Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.

Vu les progrès fulgurants de la robotique (nous en reparlerons), la Corée du Sud réfléchit actuellement à un code éthique du robot en vue d'une intégration dans son arsenal législatif. Fin 2006 déjà, une étude commandée par le gouvernement anglais allait déjà dans ce sens.

Les robots devenant de plus en plus autonomes, sortant des chaînes de montage pour s'épanouir dans des lieux publics ou domestiques, des problèmes de responsabilité se poseront si un robot cause un préjudice, problèmes ne pouvant pas se réduire au cas d'une simple machine. Par exemple, l'armée américaine étudie très concrètement l'utilisation de robots sur des terrains de combat, en tant que combattants mais aussi que chirurgiens. En cas d'erreur médicale, contre qui se retournera le patient : le propriétaire, le concepteur, le développeur, le formateur?

Mais le plus intéressant est que les Coréens pensent aussi aux "droits" des robots. D'importantes avancées mélangeant sciences cognitives et robotiques permettent d'imaginer à court terme des robots capables d'émotion. Une nouvelle éthique serait donc à construire et le European Robotics Network (Euron) s'active d'ores et déjà à faire pression sur les gouvernements pour une intégration des droits des robots dans les législations nationales et supranationales.

Ce n'est plus de la science-fiction : c'est ici et ici.

avk

2006, interface pour un nouveau monde

C'est bien en 2006 qu'a réellement débarqué l'an 2000. Petit retour en arrière sur une année dont certaines avancées en matière d'interfaces pourraient bien changer le monde en profondeur.

Tout d'abord, le mélange de plus en plus intime entre ce que l'on désignait par "réel" et "virtuel" produit une réalité augmentée : l'économie virtuelle de Second Life interfère désormais avec l'économie bien réelle et des logiciels détectent les humeurs de la blogosphère.

L'interface homme-machine se développe fortement aussi. Le cybersexe dépasse désormais le simple télé-paluchage synchrone ou asynchrone ; des senseurs acoustiques transforment n'importe quelle surface en clavier : une interface 'télépathique' permet l'encodage de courts et simples textes ; un implant cervical permet de piloter un bras artificiel et de lire les emails... Tout cela, par le biais de l'informatique quantique, laisse présager une intégration totale de l'informatique et de notre cerveau.

Mais l'interfaçage peut être plus prosaïque : nos tubes digestifs peuvent se préparer à recevoir des robots médicaux ; lesquels occuperont bientôt tous les terrains, y compris le terrain militaire.

Au niveau de ses capacités de réflexion, l'ordinateur évolue aussi.. L'ordinateur quantique peut déjà additionner deux nombres tandis que l'ordinateur à base d'ADN est imbattable au tic-tac-toe. De son côté, l'ordinateur classique a pris de l'avance, puisqu'il devient conscient.

L'animal n'est pas absent des nouvelles interfaces. Il est par exemple possible par exemple de jouer contre des hamsters ou encore d'utiliser une limace afin de permettre à un robot de détecter des sources lumineuses.

Enfin, j'ai aussi épinglé la veste d'invisibilité (actuellement limitée aux micro-ondes d'une longueur d'onde précise) ; le gel doté de capacités sommaires d'auto-organisation et permettant notamment d'endiguer une hémorragie en quelques secondes ; les voitures réellement auto-mobiles ; qui font même des courses dans le traffic réel.

Niveau spatial, on projette des voyages touristiques autour de la Lune et on relance l'ascenseur spatial.

Quand j'ouvre le journal, je retrouve mes impressions de gosse plongé dans Jules Verne. Et j'adore ça!