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A priori, la mort est la seule expé­rience qui nous semble iné­luc­table : quelle que soit notre condi­tion, aussi prudent que soit notre par­cours, notre vie est limitée dans le temps.

Pour­quoi meurt-on ?

Les méca­nismes de la sélec­tion natu­relle qui ont permis l’apparition de l’espèce humaine reposent en grande partie sur le phé­no­mène de la mort : il faut bien que les anciennes géné­ra­tions dis­pa­raissent si on veut que les nou­velles s’imposent. Et les décès pure­ment acci­den­tels ne suf­fisent pas. Le fait de limiter natu­rel­le­ment la durée de vie cel­lu­laire (apop­tose) est un facteur de pres­sion sélec­tive qui accé­lère la dyna­mique de l’évolution et, par consé­quent, la renforce.

Télo­mères (en blanc)

Concrè­te­ment, l’apoptose est liée à la dégra­da­tion des télo­mères, ces bou­chons ter­mi­naux des chro­mo­somes qui tiennent fonc­tion­nel­le­ment du petit cylindre de plas­tique à la fin des lacets de chaus­sures. Ces struc­tures sont syn­thé­ti­sées par une enzyme, la télo­mé­rase, lors du pro­cessus de répli­ca­tion de l’ADN. Si la télo­mé­rase est très active durant la période embryo­lo­gique et foetale, elle ne s’exprime plus guère après que dans les cel­lules ger­mi­nales et dans cer­taines cel­lules cancéreuses.

Les cel­lules soma­tiques, dépour­vues tota­le­ment ou presque de cette enzyme après la nais­sance, se divisent dès lors privées de la pleine pro­tec­tion des télo­mères qui dis­pa­raissent après une cin­quan­taine de divi­sions. Les chro­mo­somes subissent par consé­quent les mitoses ulté­rieures avec des dom­mages (alté­ra­tion de l’information, fusion de deux chro­mo­somes…) empê­chant de nou­velles divi­sions et menant à la mort cel­lu­laire et au vieillis­se­ment de l’organisme.

Comme l’explique Richard Dawkins 1 : « …/ les gènes qui réus­sissent auront ten­dance à retarder la mort de leurs machines à survie, au moins jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus se repro­duire. (…) il est évident qu’un gène létal qui fera effet à retar­de­ment sera plus stable dans le pool génique qu’un autre qui fera effet tout de suite. (…) Ainsi, selon cette théorie, la séni­lité n’est que le sous-produit de l’accumulation dans le pool génique de gènes létaux et de gènes semi-létaux à effet retard, qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet de la sélec­tion natu­relle sim­ple­ment parce qu’ils ne font sentir leurs effets que très tard. »

Les récentes simu­la­tions infor­ma­tiques d’André C. R. Martins 2 mettent en pré­sence des popu­la­tions d’organismes immor­tels avec des com­pé­ti­teurs mortels. Elles démontrent clai­re­ment que « When condi­tions change, a senes­cent species can drive immortal com­pe­ti­tors to extinc­tion. This counter-intuitive result arises from the pruning caused by the death of elder indi­vi­duals. When there is change and muta­tion, each gene­ra­tion is slightly better adapted to the new condi­tions, but some older indi­vi­duals survive by chance. Senes­cence can eli­mi­nate those from the genetic pool. Even though indi­vi­dual selec­tion forces can some­times win over group selec­tion ones, it is not exactly the indi­vi­dual that is selected but its lineage. While senes­cence damages the indi­vi­duals and has an evo­lu­tio­nary cost, it has a benefit of its own. It allows each lineage to adapt faster to chan­ging condi­tions. We age because the world changes. »

Évo­lu­tion des simu­la­tions d’André C. R. Martins

Il y a pour­tant des immortels

Par « immor­tels », je ne parle pas ici des orga­nismes dotés de méca­nismes de pré­ser­va­tion qui leur confèrent une grande lon­gé­vité tels cer­tains tar­di­grades3, mais bien d’organismes dont la seule façon de mourir est de suc­comber à un acci­dent, une maladie ou une pré­da­tion. Bref il existe des orga­nismes qui ne meurent pas « de mort natu­relle » pour adopter cette étrange expression.

La sexua­lité, qui brasse le maté­riel géné­tique des indi­vidus d’une même espèce, n’est pas le seul mode de repro­duc­tion. La plupart des orga­nismes se repro­duisent par scis­si­pa­rité. Dans ce cas, l’avantage sélectif que la mort confère aux espèces sexuées, cet avan­tage semble net­te­ment moins impor­tant, voire absent. De fait, à l’instar des cel­lules ger­mi­nales des plu­ri­cel­lu­laires, de nom­breux uni­cel­lu­laires ne sont en effet pas soumis à la pres­sion sélec­tive d’une mort pro­grammée et jouissent d’une immor­ta­lité théorique.

Tur­ri­topsis nutricula

Étran­ge­ment, ils ne sont pas seuls à être exemptés d’apoptose et cer­tains orga­nismes au cycle de vie com­plexe, pré­tendent aussi à l’immortalité. C’est le cas de la méduse Tur­ri­topsis nutri­cula qui peut — en réponse à des condi­tions dif­fi­ciles — retourner à l’état de polype, lequel a la pos­si­bi­lité de se mul­ti­plier avant de reprendre un état de méduse.4

Cer­tains vers plats (pla­naires) consti­tuent un autre exemple inté­res­sant car cer­tains sont dotés comme nous d’une sexua­lité tandis que les autres se repro­dui­sant par scis­si­pa­rité. Or, les deux types de pla­naires sont éga­le­ment capables de se régé­nérer indé­fi­ni­ment en recons­ti­tuant les tissus néces­saires. Et ce sans que l’on observe de dif­fé­rence géné­tique entre les tissus ori­gi­nels et les tissus régé­nérés. Chez ces pla­naires, l’activité de la télo­mé­rase, pro­tec­trice des télo­mères, reste constante et leur garantit une éter­nelle jeu­nesse. 5

Bref, de nom­breux exemples natu­rels existent qui prouvent que la mort n’est pas un méca­nisme inéluctable.

Mais qu’est-ce qui nous ennuie dans la mort ?

Toutes les reli­gions affir­mant de pair l’existence d’un Dieu et la survie de l’esprit confirment ceci : ce qui nous ennuie vrai­ment dans la mort, ce n’est pas tant la fin de la vie que la fin de l’esprit.

Bien sûr, une autre chose nous ennuie aussi mais elle se produit avant la mort : c’est la vieillesse. « Mourir cela n’est rien. Mais vieillir… » C’est que, nous l’avons vu, la vieillesse n’est rien d’autre que l’accumulation de petites morts cel­lu­laires avec tout ce que cela entraîne comme mala­dies, dys­fonc­tion­ne­ments, dou­leurs et handicaps.

Dès lors, le vieux rêve d’immortalité peut prendre deux direc­tions. La pre­mière est bio­lo­gique mais semble semée d’embûches. En effet, le phé­no­mène d’apoptose qui condamne nos cel­lules est — par le même méca­nisme — notre meilleure pro­tec­tion contre le cancer. D’autres pistes existent tou­te­fois comme celle des cel­lules souches qui vient d’enregistrer des résul­tats inté­res­sants. 6

La seconde direc­tion est infor­ma­tique. Elle consiste à sauver l’esprit avant que la dégra­da­tion bio­lo­gique de l’individu ne l’atteigne…

Projets d’immortalité

Si les rêves d’immortalité ont prix corps dans de nom­breux mythes et romans, peu de projets de recherche publiques y ont été consa­crés. Tou­te­fois, l’idée que nous puis­sions dis­poser de copies par­faites de l’information contenue dans nos cer­veaux n’est ni neuve ni extra­or­di­naire. L’hypothèse de l’IA forte 7 gagne en cré­di­bi­lité chaque jour, per­met­tant de penser que l’expression de cette infor­ma­tion ne sera pas une pâle copie de nos sou­ve­nirs mais bien nous-mêmes avec nos émo­tions, aspi­ra­tions et tout ce qui fait que ce que nous sommes.

Un projet initié par un mil­liar­daire russe, Dmitry Itskov, constitue un premier pas dans cette direc­tion : le 2045 Avatar Project. Un objectif est de trans­planter un cerveau humain dans un robot huma­noïde d’ici une dizaine d’années ans. Une étape ulté­rieure sera de rem­placer le cerveau bio­lo­gique par un cerveau arti­fi­ciel. 8

Étapes du 2045 Avatar Project

Je ne sais si ce projet par­ti­cu­lier dispose de toutes les garan­ties voulues pour mener pareille entre­prise à bien. En revanche, je ne doute guère que nous sommes à un car­re­four où convergent deux cou­rants impor­tants. Tout d’abord, une accé­lé­ra­tion fou­droyante de notre com­pré­hen­sion des pro­cessus de l’esprit et des tech­no­lo­gies qui y sont liées de près ou de loin. Enfin, une pri­va­ti­sa­tion de plus en plus effi­cace de recherches autre­fois réser­vées à de lourdes admi­nis­tra­tions telles que la NASA. Cette conver­gence confère à l’intelligence humaine un bras de levier excep­tionnel capable de sou­lever des obs­tacles qui nous étaient apparus comme immuables.

Bien sûr, cette muta­tion sera la plus impor­tante de toutes celles que l’humanité ait vécues. Du fait des faci­lités d’interfaçage des indi­vidus numé­risés, d’autoreprogrammabilité et de repro­duc­ti­bi­lité, la notion même d’individualité perdra vite toute signification.

Face à un tel chan­ge­ment, toute ten­ta­tive de pré­vi­sion semble absurde… si ce n’est celle qu’Haldane fit il y a plus d’un siècle : « Ce qui ne fut pas sera, et per­sonne n’est à l’abri. »


  1. Dawkins, Richard. Le gène égoïste. [Nouv. éd.]. ed. Paris: O. Jacob, 2003. p 66. 
  2. Martins ACR (2011) Change and Aging Senes­cence as an Adap­ta­tion. PLoS ONE 6(9): e24328. doi:10.1371/journal.pone.0024328 
  3. Cer­tains tar­di­grades peuvent ralentir leur méta­bo­lisme de telle manière qu’il semble tota­le­ment à l’arrêt (cryp­to­biose). 
  4. Piraino, S.; Boero, F.; Aesch­bach, B.; Schmid, V. (1996). « Rever­sing the Life Cycle: Medusae Trans­for­ming into Polyps and Cell Trans­dif­fe­ren­tia­tion in Tur­ri­topsis nutri­cula (Cni­daria, Hydrozoa) ». The Bio­lo­gical Bul­letin (Bio­lo­gical Bul­letin, Vol. 190, No. 3) 190 (3): 302–312. 
  5. Thomas C. J. Tan, Ruman Rahman, Farah Jaber-Hijazi, Daniel A. Felix, Chen Chen, Edward J. Louis, and Aziz Aboo­baker. Telo­mere main­te­nance and telo­me­rase acti­vity are dif­fe­ren­tially regu­lated in asexual and sexual worms. PNAS 2012 : 1118885109v1-201118885. 
  6. Inhi­bi­tion of acti­vated per­icen­tro­meric SINE/Alu repeat trans­crip­tion in senes­cent human adult stem cells reins­tates self-renewal. Cell Cycle, Volume 10, Issue 17, Sep­tember 1, 2011. 
  7. Selon la thèse de l’Intelligence Arti­fi­cielle forte, il est pos­sible de construire une machine consciente d’elle-même et dis­po­sant de sen­ti­ments. (Étant entendu que les termes « conscient » et « sen­ti­ments » sont définis de la même façon que pour un être humain.) 
  8. http://​2045​.com/ 

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English version avai­lable here.

Cet article examine plu­sieurs méthodes qui ont montré une capa­cité cer­taine de prévoir le futur. La pre­mière com­prend des équa­tions simples (lois de puis­sance, power laws) dont les coef­fi­cients empi­riques ont pu être déter­minés sur plu­sieurs ordres de gran­deur dans des condi­tions très variées. Les modèles sous-jaçants sont à la limite de plu­sieurs dis­ci­plines, de l’écologie à la socio­logie. Vient ensuite le suivi sys­té­ma­tique des innom­brables sources d’information numé­riques sur l’actualité dont nous dis­po­so­sons doré­na­vant, approche connue sous le nom de cultu­ro­mique (note 3). Fina­le­ment, la vieille méthode des seuils cri­tiques chère aux anciens polé­mo­logues (Bou­thoul, 1962) et dont le dépas­se­ment conduit à des chan­ge­ments qua­li­ta­tifs a été remis à l’honneur dans le cas des émeutes liées au prix des denrées ali­men­taires.

Peut-on prévoir le futur à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux, en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la ther­mo­dy­na­mique (Voir note 1)? Il semble bien que la réponse soit oui, et de nombre de publi­ca­tions scien­ti­fiques récentes vont dans ce sens.

1. Equa­tions empiriques

Com­men­çons par quelques articles publiés il y a deux ans environ par Bohor­quez et al. (2009) et par Johnson et al. (2011). Dans le cas du premier article,

Fré­quence cumulée d’actes de guerre en Afgha­nistan en fonc­tion du nombre de blessés (a) nombre de tels actes depuis le 5ooème jour des opé­ra­tions dans le pays (b). Figure com­posée à partir de deux figures de Bohor­quez, 2009. Voir note 2.

les auteurs sont des ingé­nieurs, des phy­si­ciens et un éco­no­miste. A l’époque de la publi­ca­tion, Bohor­quez tra­vaillait au Depart­ment of Indus­trial Engi­nee­ring and CEIBA Complex Systems Research Center à l’Uni­ver­sidad de Los Andes à Bogota, en Colombie. Les scien­ti­fiques qui cosignent l’article de Johnson com­prennent un plus grand nombre de dis­ci­plines, de la bio­logie à la socio­logie en passant par l’informatique et la phy­sique. Johnson lui-même est un phy­si­cien de l’université de Miami. Notons par ailleurs que ces deux groupes tra­vailent en collaboration.

Que disent ces articles? D’abord qu’il existe un loi de puis­sance (power law) très simple qui relie l’intervalle entre deux attaques terr­ro­ristes (ou actions bel­li­queuses). Cet inter­valle a ten­dance à rac­courcir en même temps que les ter­ro­ristes apprennent leur métier. Si la loi est connue, la date de la pro­chaine attaque peut être estimée (avec une cer­taine erreur, bien évi­dem­ment). Il existe aussi un rapport simple entre l’importance des attaques et leur fré­quence: la fré­quence diminue avec la « taille » des attaques à la puis­sance 2.5 (Gilbert, 2009).

Le mérite de ces travaux est qu’ils relient de manière quan­ti­ta­tive cer­tains com­por­te­ments humains vio­lents ou non (au-delà du ter­ro­risme, donc), l’écologie et cer­tains modèles éco­no­miques (ce n’est pas par hasard que nous avons l’éco-logie et l’éco-nomie!). Ils ne manquent pas de rap­peler d’autres études (Bet­ten­court et al, 2007; Bet­ten­court et  West, 2011) qui uti­lisent des lois de puis­sance pour décrire les rela­tions entre la taille des villes (mesurée par leur nombre d’habitants) et une col­lec­tion dis­pa­rate d’indicateurs qui vont du salaire moyen au nombre d’inventeurs en passant par la consom­ma­tion  d’électtricité des ménages et la densité des sta­tions d’essence. Ces travaux per­mettent eux aussi de « prédire » la façon dont un certain nombre de variables vont se com­porter dans le futur, disons en 2050. En effet, beau­coup d’indicateurs sont liés à la popu­la­tion comme variable indé­pen­dante, laquelle popu­la­tion est très pré­vi­sible puisque la majo­rité des êtres humains qui peu­ple­ront la terre en 2050 sont déjà nés. Par ailleurs, les pro­jec­tions de popu­la­tion faites au cours de l’immédiat après-guerre (je parle de 1940–45) se sont avérées éton­nam­ment exactes (voir par exemple Chi, 2009).

Figure extraite de Lagi et al., 2011: his­to­rique des émeutes/révolutions depuis 2004 en fonc­tion d’un indice de prix des denrées alimentaires.

2. Cultu­ro­mique

Récem­ment, d’autres auteurs, dont Leetaru (2011), ont abordé les pré­vi­sions d’une manière radi­ca­le­ment dif­fé­rente, basée sur le fait que nous dis­po­sons main­te­nant d’énormes bases de données numé­riques rela­tives à la presse écrite et parlée et aux agences de presse, sans parler des sites web des jour­naux et maga­zines natio­naux et inter­na­tio­naux. Ces bases de données couvrent au moins les trente der­nières années. Les tech­niques d’exploration des données (data mining) per­mettent de trouver cer­tains termes, leur fré­quence, leur asso­cia­tion avec d’autres termes, ainsi que leur ton et leur géo­lo­ca­tion. Le ton (tone en anglais, mais mood serait plus appro­prié) et la géo­lo­ca­tion consti­tuent la prin­ci­pale inn­va­tion apportée par Leetaru. Le ton est donné par des termes « postifs » ou « néga­tifs » comme « ter­rible », « amé­lio­ra­tion » ou « heureux ». La géo­lo­ca­tion consiste sim­ple­ment à situer géo­gra­phi­que­ment tous ces termes. Cette approche, que Leetaru appelle « cultu­ro­mique » (note 3) lui a permis de faire des pré­vi­sions à court terme rela­tives aux révo­lu­tions en Egypte, Tunisie et Lybie, de voir se pré­parer le conflit en Serbie et prédire la sta­bi­lité de l’Arabie Saou­dite jusqu’en 2012. Appli­quée à la loca­li­sa­tion de Ossama Bib Laden, la méthode iden­tifie une région qui com­prend Abbo­tabad où le raid état­su­nien a fina­le­ment eu raison de lui.

3. Dépas­se­ment de seuils critiques

Je ter­mi­nerai en signa­lant une étude très remar­quée de Lagi et al. (2011) dont une des­crip­tion très lisible est donnée par Johnson, 2011 (Il s’agit d’un autre Johnson que l’auteur cité plus haut.) Ces auteurs ont observé une asso­cia­tion his­to­rique entre cer­taines émeutes et la cherté des denrées ali­men­taires. Le seuil se situe vers 220 $/tonne en prix cou­rants et vers 190$/tonne en prix constants de 2004. Il a été dépassé en 2008 et en concor­dance avec le Prin­temps Arabe. Selon les auteurs, si la ten­dance des prix cou­rante se main­tient, les pro­chaines révo­lu­tions sont à attendre entre juillet 2012 et août 2013.

4. Conclu­sion

Dans l’ensemble, ces méthodes sont inté­res­santes, et l’engouement suscité par les articles de Leetari, Lagi et ceux issus du cercle de Geof­frey West (p.ex. Bet­ten­court et al.) témoignent de l’intérêt des milieux scien­ti­fiques comme de celui de la prese géné­ra­liste pour les pré­vi­sions. Il me semble,  cepen­dant,  que le succès des méthodes soit dû à l’abondance des données dis­po­nibles plus qu’à la nou­veauté des approches. D’une cer­taines façon, ces méthodes témoignent toutes de l’importance et de l’efficacité de l’internet. La note de Leetari, par exemple, n’a pas souf­fert de sa publi­ca­tion sur un site jusqu’alors confi­den­tiel. Le village global existe bel et bien!

Notes

Note 1 : Cette note est un clin d’oeil. La phrase est extraite avec quelques modi­fi­ca­tions mineures de Wiki­pedia: La psy­cho­his­toire est une science ima­ginée par l’auteur de science-fiction Nat Schachner et déve­loppée plus lar­ge­ment par Isaac Asimov (1920–1992) dont le but est de prévoir l’Histoire à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la thermodynamique.

Note 2 : La partie supé­rieure de la figure (a) indique que 100% des actes de guerre font au moins une victime, alors que 1/1000 fait 100 vic­times. Partie infé­rieure (b): 8 évé­ne­ments par jour ne se pro­duisent pra­ti­que­ment jamais, alors quer 30% des jours sont carac­té­risés par deux événements.

Note 3 : cultu­ro­mics en anglais. Comme ther­mo­dy­na­mics devient « la ther­mo­dy­na­mique » et cyn­di­nics « la cyn­di­nique » j’ai osé le terme de « culturomique »

Refe­rences

Bet­ten­court, L.M.A., J.Lobo, D.Helbing, C.Kühnert & G.B. West. 2007. Growth, inno­va­tion, scaling, and the pace of life in cities. PNAS, 104(17):7301–7306.

Bet­ten­court, L.M.A & G.B. West. 2011. Bigger Cities do more with less: new science reveals why cities become more pro­duc­tive and effi­cient as they grow. 305(3):51–53.

Bohor­quez, J.C., S.Gourley, A.R.Dixon, M.Spagat & N.F.Johnson. 2009. Common ecology quan­ti­fies human insur­gency. Nature 462:911–914.

Bou­thoul, G. 1962. Le Phénomène-Guerre. Petite biblio­thèque Payot, Paris. 283 pp.

Chi, G. 2009. Can know­ledge improve popu­la­tion fore­casts at sub­county levels? Demography,46:405–427. Dis­po­nible sur le net. Voir aussi http://​www​.esri​.com/​l​i​b​r​a​r​y​/​w​h​i​t​e​p​a​p​e​r​s​/​p​d​f​s​/​e​v​a​l​u​a​t​i​n​g​-​p​o​p​u​lation.pdf et http://​www​.ageing​.ox​.ac​.uk/​f​i​l​e​s​/​w​o​r​k​i​n​g​p​a​p​er_507.pdf

Gilbert, N. 2009. Model­lers claim wars are predictable.Insurgent attacks follow a uni­versal pattern of timing and casual­ties. Nature 462:836. L’article de Gilbert est une pré­sen­ta­tion du travail de Bohor­quez et al., 2009.

Johnson, E.M. 2011. Freedom to Riot: On the Evo­lu­tion of Col­lec­tive Vio­lence.

Johnson, N.F., S.Carran, J.Botner, K.Fontaine, N.Laxague, P.Nuetzel, J.Turnley & B.Tivnan. 2011. Pat­terns of Esca­la­tions in Insurgent and Ter­ro­rist Acti­vity. Science 333(81):81–84. Voir aussi NPR staff, 2011. Math Can Predict Insurgent Attacks.

Lagi, M., K.Z.Bertrand & Y.Bar-Yam. 2011. The Food Crises and Poli­tical Insta­bi­lity in North Africa and the Middle East. http://​arxiv​.org/​a​b​s​/​1​108.2455v1. L’article est téĺé­char­geable.

K.H.Leetaru. 2011. Cultu­ro­mics: fore­cas­ting large-scale human beha­viour using glocal news mwdia tone in time and space. First Monday,  16(9). This is an internet publi­ca­tion. Voir ce site. Voir aussi http://www.kurzweilai.net/culturomics-2–0-forecasting-large-scale-human-behavior-using-global-news-media-tone-in-time-and-space qui com­prend des ani­ma­tions intéressantes.

 

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Éternel ! tu me sondes et tu me connais,
Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pensée (…)
Car la parole n’est pas sur ma langue, Que déjà, ô Éternel ! tu la connais entiè­re­ment (…)
Une science aussi mer­veilleuse est au-dessus de ma portée, Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
–Psaume 139

Jeppe Hein, Follow Me (Bristol University)

Il existe des moyens intel­li­gents d’utiliser ce qu’on sait sur une per­sonne. Les casinos Harrah’s en savent quelque chose. Sur base du for­mu­laire d’apparence anodine que vous rem­plissez pour accéder à la salle des jeux (âge, sexe, for­ma­tion, etc.) ils déter­minent votre « point de douleur », c’est-à-dire le montant maximum que vous pouvez perdre sans que ça vous coupe l’envie de revenir jouer [1]. Quand vos pertes approchent ce montant, un membre du per­sonnel vient vous faire remar­quer que vous n’avez déci­dé­ment pas de chance ce soir, et il vous conseille de rejoindre le res­tau­rant du casino « aux frais de la maison ». Tout l’art consiste à bien choisir le moment d’arrêter de vous plumer.

La pos­si­bi­lité aujourd’hui d’analyser de grandes quan­tités d’information rend ce type de mani­pu­la­tion omni­pré­sente, et on aurait tort de sous-estimer son effi­ca­cité [2]. On connait la phrase célèbre d’un ancien patron de TF1, selon laquelle le but de la télé­vi­sion est de vendre du cerveau humain dis­po­nible à Coca-Cola [3]. Tout cela semble bon-enfant par rapport à ce qui se trame sur Internet.

Il y a tout ce dont on se doute. Par exemple, que le bouton « j’aime » de Face­book ne sert pas qu’à dire à ses copains qu’on a trouvé leur lien rigolo. Il sert aussi à Face­book à mieux vous connaitre. En gros, chaque fois que vous cliquez « j’aime », comme chaque fois que vous vous ins­crivez à un jeux, vous vous rendez plus vul­né­rable à la mani­pu­la­tion, et Face­book le monnaie auprès des annon­ceurs publi­ci­taires. Comme dans les casinos Harrahs’s, sauf que l’information dont on dispose sur vous est beau­coup plus riche, et que les mani­pu­la­teurs entrent dans une sphère que vous pensiez relever de votre intimité.

Il y a une autre forme de mani­pu­la­tion sur Internet qui n’est pas direc­te­ment com­mer­ciale, du moins pas encore. Si vous et votre voisin tapez le mot « Egypte » sur Google vos résul­tats seront sans doute très dif­fé­rents : peut-être tomberez-vous sur les hôtels de la Mer Rouge et votre voisin sur le procès de Mou­barak. Google recueille en per­ma­nence des infor­ma­tions sur vous : où vous vous trouvez, le type d’ordinateur que vous uti­lisez, et aussi l’historique des liens sur les­quels vous avez cliqué. Sur base de ce flux d’information, un algo­rithme estime le type de site qui vous plaira et vous cache pure­ment et sim­ple­ment les autres. Eli Pariser en parle comme d’une bulle dans laquelle les moteurs de recherche vous enferment [4], sans rien vous dire de toute la partie d’Internet qui vous est rendue invi­sible. Pour rebondir sur le post d’Alain : si vous n’avez jamais navigué que sur des sites créa­tion­nistes, il y a fort à parier que Google vous cachera jusqu’à l’existence de Darwin.

Chaque fois qu’on s’aventure sur Internet, l’information circule désor­mais dans les deux sens : on vous regarde autant que vous regardez. Et Internet est aux mains de gens habiles qui ont des inté­rêts qui leur sont propres. Rebecca Mac­Kinnon a un argu­men­taire assez convain­quant sur le fait qu’Internet ne deviendra pas spon­ta­né­ment l’idéal qu’on ima­gi­nait il y a encore peu [5]. Si on veut qu’Internet continue à donner un accès non biaisé à l’information, et qu’on ne veut pas s’y faire mani­puler, cela néces­si­tera une forme d’activisme de notre part.

Cedric Gommes

[1] I. Ayes, Super Crun­chers, Bantam Books (2008) ;
[2] R.-V. Joule, J.-L. Beau­vois, Petit traité de mani­pu­la­tion à l’usage des hon­nêtes gens, Presses uni­ver­si­taires de Gre­noble (2002).
[3] Wikipedia:Patrick Le Lay
[4] TED​.com: Eli Pariser, Beware Online Filter Bubbles.
[5] TED​.com: Rebecca Mac­Kinnon, Let’s Take Back The Internet.

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Nous nous trou­vons devant un para­doxe : la mul­ti­pli­ca­tion des vec­teurs d’information crée une nébu­leuse qui nuit à la trans­mis­sion de la connaissance.

Trois fac­teurs inter­dé­pen­dants concourent à l’expliquer : la tech­no­logie, la com­plexité et l’économie.

George Fre­de­rick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connais­sance que j’utilise quo­ti­dien­ne­ment, mon iPhone gère une dizaine de pro­to­coles dif­fé­rents donnant chacun accès une masse infor­ma­tion­nelle que mon esprit assi­mile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebon­dis­sons de texte en texte, suivant un fil indé­fini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en déga­geons des impres­sions floues et avons de plus en plus de mal à syn­thé­tiser ce que nous avons retenu de cette immer­sion.
Sur le plan social, la situa­tion est encore pire : notre société occi­den­tale rend les outils d’édition et de partage acces­sibles à chacun, mais sans ces outils com­plé­men­taires que sont le respect du texte, le trans­fert des réfé­rences, la véri­fi­ca­tion des sources, l’examen de la per­ti­nence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information por­teuse du savoir ori­ginel, le texte de réfé­rence.
À force de trans­mis­sions par­tielles, de com­men­taires, de copier-coller, de négli­gences volon­taires ou non, la dis­tance entre l’information et la connais­sance s’est creusée.

2. L’effondrement du moder­nisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible com­plexité du monde. Il y a deux géné­ra­tions, nous vivions dans un monde infini dont nous pen­sions pouvoir maî­triser les para­mètres fon­da­men­taux. Aujourd’hui, nous nous heur­tons à la fini­tude des res­sources et à notre inca­pa­cité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi impor­tants que la météo, les popu­la­tions de pois­sons ou la finance mon­diale.
Nous sommes donc rési­gnés, dans le meilleur des cas, à des poli­tiques de très courts termes, à des actions pure­ment locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confu­sion infor­ma­tion­nelle et ces limi­ta­tions déci­sion­nelles se révèlent être des sources de profits impor­tants pour de nom­breux grou­pe­ments d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nou­velles tech­no­lo­gies impliquent direc­te­ment les modèles socioé­co­no­miques pla­né­taires, et sont d’une impor­tance capi­tale tant pour les ONG que pour les mul­ti­na­tio­nales ou les entités poli­tiques. Ces der­niers uti­lisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objec­tifs, et la dif­fi­culté de modé­liser cer­tains phé­no­mènes com­plexes rend dif­fi­cile la réfu­ta­tion de leurs poli­tiques.
Pour­tant, portés par leur opti­misme, cer­tains vont trop loin et pro­pagent des infor­ma­tions faci­le­ment réfu­tables. Cer­tains camouflent des posi­tions idéo­lo­giques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduc­tion facile des construc­tions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contri­buer à favo­riser l’accès à la connais­sance de notre monde, des prin­ci­paux pro­blèmes qu’il tra­verse et des solu­tions envi­sa­gées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambi­tieux. C’est pour­quoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vau­drait la peine de conti­nuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sen­si­bi­lité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

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Le social book­mar­king est apparu en 2005 avec de​.licio​.us dont le succès pro­vient en grande partie… de son succès. C’est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socia­li­sa­tion – a son impor­tance. En 2006 est apparu Stum­bleUpon, plus struc­turé et per­met­tant de dire d’un clic « j’aime » ou « j’aime pas », d’intégrer son propre site, de main­tenir un petit blog et surtout d’intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Mar­shall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l’impression que cela servait surtout à tromper l’ennui. Une floppée d’autres sites émer­gèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses impor­tantes : l’importation facile des signets du navi­ga­teur, une inter­face lumi­neuse, la pos­si­bi­lité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C’était devenu mon outil pour par­tager mes décou­vertes avec des amis, et pour m’assurer une acces­si­bi­lité à mes signets lors de mes dépla­ce­ments. J’y ai décou­vert aussi quelques sites inté­res­sants. Pour­tant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu’il fait le choix auda­cieux de l’open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social book­mar­king que j’utilisais pour une option fan­tas­tique : celle qui permet de sur­li­gner des pas­sages. Lorsque je rédige un article, j’ai pris l’habitude, grâce à l’extension de Diigo, de sur­li­gner les pas­sages impor­tants et de les stocker dans une liste per­son­nelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d’un clic j’ai non seule­ment accès à mes sources mais encore aux pas­sages sur­li­gnés. Épatant, même si l’usage que j’en faisais était très per­sonnel. De fait, l’aspect social de Diigo était han­di­capé par plu­sieurs lour­deurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd’hui même, une fois votre compte ouvert et l’extension ins­tallée sur votre navi­ga­teur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu’un site vous plait, sur­li­gnez éven­tuel­le­ment les pas­sages impor­tants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous per­mettra de donner une des­crip­tion, d’en choisir le carac­tère privé ou public, de pré­venir Twitter, d’ajouter ce signet à une liste que vous aurez préa­la­ble­ment créée, d’informer un groupe etc.

Ulté­rieu­re­ment, vous retrou­verez ce site avec le sur­li­gnage, mais vous verrez aussi qui d’autre l’a mis en signet public et quelles anno­ta­tions y ont été ajou­tées par la communauté.

Parmi la cen­taine de nou­veautés de la version 3, j’en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent direc­te­ment acces­sibles dans votre barre laté­rale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre laté­rale, il est pos­sible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fati­guera pas rapi­de­ment mais pour le moment, c’est assez bluffant.
  3. Il est désor­mais pos­sible à une équipe (de cher­cheurs ou de rédac­teurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dic­tion­naire de mots-clés afin d’éviter de voir ces plé­thores de tags syno­ny­miques ou mal ortho­gra­phiés qui pol­luent géné­ra­le­ment ce genre de sites.
  4. L’option People like me vous permet, sur base de vos der­niers signets, de décou­vrir les gens qui par­tagent le plus vos inté­rêts et dès lors, d’augmenter vos chances de décou­vrir non seule­ment des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n’est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, Face­Book et l’email sont à votre portée pour par­tager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désor­mais une solu­tion effi­cace à dif­fé­rentes pré­oc­cu­pa­tions qui dépassent de loin le simple social net­wor­king. C’est désor­mais un outil majeur pour qui­conque désire struc­turer, stocker et par­tager en ligne une infor­ma­tion qui ne se limite par à une URL.

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Un litre de bio­car­bu­rant génère entre 17 et 420 (!) fois plus de CO2 qu’un litre de car­bu­rant fossile.

Tillman et Fargione

Tillman et Fargione

Cette gabegie de CO2 trouve sa source prin­ci­pale en amont de la pro­duc­tion agri­cole ; le pétrole, lui, est déjà produit et déjà stocké. La pro­duc­tion de bioé­thanol néces­site d’énormes sur­faces de terres fer­tiles, et ces sur­faces sont prises sur la forêt. Or, une par­celle de forêt capte tou­jours beau­coup plus de carbone atmo­sphé­rique qu’une par­celle de terre agri­cole. En outre, lors du défri­chage, une partie impor­tante du carbone défriché va se retrouver dans l’atmosphère. Si le bioé­thanol, une fois dans le moteur, est effec­ti­ve­ment un peu plus propre, une étude publiée par Joe Far­gione et David Tilman dans The Nature Conser­vancy et par l’Uni­ver­sity of Min­ne­sota, démontre qu’il fau­drait attendre 420 ans pour que la balance du CO2 retrouve son équilibre.

La solu­tion qui consiste à consa­crer des terres agri­coles aux bio­car­bu­rants ne fait que déplacer le pro­blème : les fermier amé­ri­cains alter­naient tra­di­tion­nel­le­ment la culture du maïs avec celle du soja. La demande crois­sante en éthanol en a convaincu de nom­breux de ne plus se consa­crer qu’au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le prin­cipal expor­ta­teur après avoir défriché ce qu’il fallait de forêt pour en orga­niser la culture.

Le bilan du bioé­thanol en termes de CO2 est donc catas­tro­phique. Il faut arrêter de donner des labels éco­lo­giques aux voi­tures appe­lant ce type de car­bu­rant. À moins qu’une solu­tion plus réa­liste n’émerge, par exemple par l’utilisation du plancton.

Un autre aspect par­ti­cu­liè­re­ment noir des agro­bio­car­bu­rants est qu’ils font direc­te­ment concur­rence avec l’alimentation, par­ti­cu­liè­re­ment dans les pays pauvres. Le marché des ali­ments de base peut devenir hau­te­ment spé­cu­latif : il y a quelques mois, le prix de la tor­tilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l’essentiel de l’alimentation, déclen­chant de très impor­tants mou­ve­ments sociaux. C’est que, désor­mais, le maïs mexi­cain se vend très bien aux firmes amé­ri­caines de biocarburants.

De tels effets sont observés alors que les bio­car­bu­rants ne font que com­mencer leur percée. Si ceux-ci conti­nuent leur ascen­sion, les insta­bi­lités géo­po­li­tiques, finan­cières et socio­lo­giques liées au pétrole nous paraî­tront bien anodines.

Que nos res­sources fos­siles soient limi­tées est une évi­dence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solu­tion est une folie. Les forêts doivent rester des forêts pour le main­tien de la bio­di­ver­sité et la sta­bi­li­sa­tion du cycle du carbone. Et les champs doivent servir à nourrir les hommes.

avk

Sources

www1​.umn​.edu/​u​m​n​n​e​w​s​/​F​e​a​t​u​r​e​_​S​t​o​r​i​e​s​/​T​h​e​_​d​a​r​k​_​s​i​d​e​_​o​f​_​b​i​o​fuels.html
www​.reuters​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​b​o​n​d​s​N​e​w​s​/​i​d​U​S​N​0​7​1​5​3​0​9720080207
www​.radiohc​.cu/​e​s​p​a​n​o​l​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​s​/​m​a​y​o​0​7​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​10mayo.htm
www​.libe​ra​tion​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​/​2​2​9​270.FR.php
www​.eco​portal​.net/​c​o​n​t​e​n​t​/​v​i​e​w​/​full/69023

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Consi­dé­rant avec quelle faci­lité infinie chacun, grâce au daguer­réo­type, peut faire faire aujourd’hui son por­trait, alors que jadis un por­trait fidèle était le pri­vi­lège exclusif des nobles ou des aris­to­crates de l’esprit, [Pierre] en conclut natu­rel­le­ment qu’au lieu d’immmortaliser les génies, le por­trait ne servait à présent qu’à quo­ti­dia­niser les imbéciles.

Herman Mel­ville, Pierre ou les ambi­guïtés, Livre XVII, cha­pitre III, 1852.

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Bien, cela a pris un peu plus de temps que prévu, mais les robots sont désor­mais à nos portes, moins média­tisés mais souvent plus inté­res­sants que l’ineffable Asimo. J’en avais déjà évoqué quelques-uns lors d’un message pré­cé­dent. Voici un petit tour d’horizon actualisé.

Dans la caté­gorie sau­ve­tage, le plus étrange est sans doute le che­nillé Hanuri-RT, puisqu’il ne permet de sauver que les per­sonnes pouvant se tenir accrou­pies et dotées d’un fameux sens de l’équilibre!

Si un acci­dent vous a com­plè­te­ment immo­bi­lisé, autant que vous soyez aussi incons­cient car ce pour­rait bien être Robo­kiyu qui vous prendra en charge quel que soit votre posi­tion (et qui aurait fait mer­veille dans le film Soleil Vert).

Un peu moins inquié­tant, le Hubo FX-1 chairbot peut trans­porter un pilote d’une cen­taine de kilos pilo­tant à l’aide d’un simple joys­tick. Si l’idée de base était d’offrir plus d’autonomie qu’un fau­teuil roulant, l’armée y voit aussi son intérêt.

Si votre sau­ve­tage réside plus sim­ple­ment à trouver quelqu’un qui vous serve le thé ou fasse votre vais­selle, Kawada Indus­tries déve­loppe une aide ména­gère robo­tique. Etran­ge­ment, elle n’a pas été desi­gnée comme une illus­tra­tion de Sorayama mais évoque plutôt une chimère goldorakienne.

L’industrie robo­tique semble bien reflèter les fan­tasmes d’une civi­li­sa­tion. En Asie, cela peut s’illustrer de deux façons, lorsqu’il s’agit des enfants. Tout d’abord par Orfo, le robot cha­peron coréen. Ensuite, de façon déran­geante, par CB2 (Child-Robot with Bio­me­tric Body) qui repré­sente un (mons­trueux) enfant de deux ans doté d’expressions faciales et de 200 cap­teurs tactiles.

Nul doute qu’une col­la­bo­ra­tion serait pro­fi­table avec les concep­teurs de Kansei, un robot doté d’un voca­lu­laire de 430.000 (!) mots capable d’intéragir facia­le­ment en fonc­tion du contexte émo­tionnel du discours.

Tous ces robots sont, à un certain degré, huma­noïdes et déve­loppés dans une optique uti­li­taire. En voici un qui sort du rang : Alexi­timia est une oeuvre créée par l’artiste argen­tine Paula Gaetano. Détec­tant votre sueur, cette chose trans­pi­rera par empa­thie à votre contact.

Mmmmh, Alexi­timia!

avk

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Il y a quelques jours, je vous parlais d’éthique cyber­sexuelle dans un univers virtuel tel que Second Life. Les nou­velles tech­no­lo­gies maté­rielles aussi apportent des élé­ments qui pour­raient bien élargir dras­ti­que­ment les champs de l’éthique.

Vous connaissez les Lois de la robo­tique d’Isaac Asimov:

  • Pre­mière Loi : Un robot ne peut ni porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  • Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contra­dic­tion avec la Pre­mière Loi ;
  • Troi­sième Loi : Un robot doit pro­téger son exis­tence dans la mesure où cette pro­tec­tion n’entre pas en contra­dic­tion avec la Pre­mière ou la Deuxième Loi.

Vu les progrès ful­gu­rants de la robo­tique (nous en repar­le­rons), la Corée du Sud réflé­chit actuel­le­ment à un code éthique du robot en vue d’une inté­gra­tion dans son arsenal légis­latif. Fin 2006 déjà, une étude com­mandée par le gou­ver­ne­ment anglais allait déjà dans ce sens.

Les robots deve­nant de plus en plus auto­nomes, sortant des chaînes de montage pour s’épanouir dans des lieux publics ou domes­tiques, des pro­blèmes de res­pon­sa­bi­lité se pose­ront si un robot cause un pré­ju­dice, pro­blèmes ne pouvant pas se réduire au cas d’une simple machine. Par exemple, l’armée amé­ri­caine étudie très concrè­te­ment l’utilisation de robots sur des ter­rains de combat, en tant que com­bat­tants mais aussi que chi­rur­giens. En cas d’erreur médi­cale, contre qui se retour­nera le patient : le pro­prié­taire, le concep­teur, le déve­lop­peur, le formateur?

Mais le plus inté­res­sant est que les Coréens pensent aussi aux « droits » des robots. D’importantes avan­cées mélan­geant sciences cog­ni­tives et robo­tiques per­mettent d’imaginer à court terme des robots capables d’émotion. Une nou­velle éthique serait donc à construire et le Euro­pean Robo­tics Network (Euron) s’active d’ores et déjà à faire pres­sion sur les gou­ver­ne­ments pour une inté­gra­tion des droits des robots dans les légis­la­tions natio­nales et supranationales.

Ce n’est plus de la science-fiction : c’est ici et ici.

avk

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C’est bien en 2006 qu’a réel­le­ment débarqué l’an 2000. Petit retour en arrière sur une année dont cer­taines avan­cées en matière d’interfaces pour­raient bien changer le monde en profondeur.

Tout d’abord, le mélange de plus en plus intime entre ce que l’on dési­gnait par « réel » et « virtuel » produit une réalité aug­mentée : l’économie vir­tuelle de Second Life inter­fère désor­mais avec l’économie bien réelle et des logi­ciels détectent les humeurs de la blo­go­sphère.

L’interface homme-machine se déve­loppe for­te­ment aussi. Le cyber­sexe dépasse désor­mais le simple télé-paluchage syn­chrone ou asyn­chrone ; des sen­seurs acous­tiques trans­forment n’importe quelle surface en clavier : une inter­face ‘télé­pa­thique’ permet l’encodage de courts et simples textes ; un implant cer­vical permet de piloter un bras arti­fi­ciel et de lire les emails… Tout cela, par le biais de l’informatique quan­tique, laisse pré­sager une inté­gra­tion totale de l’informatique et de notre cerveau.

Mais l’interfaçage peut être plus pro­saïque : nos tubes diges­tifs peuvent se pré­parer à rece­voir des robots médi­caux ; les­quels occu­pe­ront bientôt tous les ter­rains, y compris le terrain mili­taire.

Au niveau de ses capa­cités de réflexion, l’ordinateur évolue aussi.. L’ordinateur quan­tique peut déjà addi­tionner deux nombres tandis que l’ordinateur à base d’ADN est imbat­table au tic-tac-toe. De son côté, l’ordinateur clas­sique a pris de l’avance, puisqu’il devient conscient.

L’animal n’est pas absent des nou­velles inter­faces. Il est par exemple pos­sible par exemple de jouer contre des ham­sters ou encore d’utiliser une limace afin de per­mettre à un robot de détecter des sources lumineuses.

Enfin, j’ai aussi épinglé la veste d’invisibilité (actuel­le­ment limitée aux micro-ondes d’une lon­gueur d’onde précise) ; le gel doté de capa­cités som­maires d’auto-organisation et per­met­tant notam­ment d’endiguer une hémor­ragie en quelques secondes ; les voi­tures réel­le­ment auto-mobiles ; qui font même des courses dans le traffic réel.

Niveau spatial, on pro­jette des voyages tou­ris­tiques autour de la Lune et on relance l’ascenseur spatial.

Quand j’ouvre le journal, je retrouve mes impres­sions de gosse plongé dans Jules Verne. Et j’adore ça!

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Vous avez vu ce qui se passe, ces temps-ci?

Richard Branson dévoile sa maquette d’engin spatial tout droit sortie d’un épisode de Flash Gordon ; l’US Air Force veut envoyer des satel­lites dans l’espace sans fusée ni navette mais au moyen d’un anneau inspiré de Jules Verne ; une firme alle­mande sort un appa­reil de 160 méga­pixels d’un manie­ment et d’une tech­no­logie de sto­ckage tota­le­ment inno­vantes ; une course de voi­tures robo­ti­sées aura pro­chai­ne­ment lieu en plein traffic urbain ; des robots-chirurgiens des­tinés aux champs de bataille sont en voie de déve­lop­pe­ment ; une inter­face « télé­pa­thique »» permet de surfer sur le web avec nos seules ondes céré­brales et Micro­soft va bientôt sortir Vista!

Dites-moi si je me trompe, mais est-ce que l’An 2000 ne serait pas fina­le­ment à nos portes?

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Une idée ancienne, par­fai­te­ment exprimée par Alex Chitu sur Google system.

Imagine a world without limits: no band­width limits, no speed limits, no time limits, no copy­right limits. You can finish your pro­jects when do you like, use any artwork that sup­ports your ideas, drive your car without speed res­tric­tions. Drive using the speed of your ima­gi­na­tion. No phy­sical res­tric­tions, nothing that limits your actions.Do you think you’ll be a better man, you’ll create more? If you have access to all the books ever written, will you use it? Will it make you feel more powerful? Or this will dimi­nish your desire to explore, as eve­ry­thing is already there. Know­ledge will put pres­sure on you and you’ll stop wanting to improve. Because eve­ry­thing has already been said, eve­ry­thing has already been discovered.

While trying to over­come res­tric­tions, your brain is more active. Sal­vador Dali was forcing himself to paint in painful situa­tions (such as wearing very tight shoes), to create better pieces of art.

If you can do any­thing, you’ll most likely do nothing.

On peut penser au Dogme 95 de Lars von Trier ou à l’Oulipo, mais c’est recher­cher là de maigres arbres pour cacher la forêt immense de toute la créa­tion artistique.

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Musik Messe de Frank­furt : dis­cus­sion pure­ment tech­nique sur la publi­ca­tion numé­rique de fichiers musi­caux inédits et les dif­fé­rents types de licences dis­po­nibles. Comme souvent, quelqu’un qui a du mal à suivre tire la dis­cus­sion vers le bas sous couvert de vouloir lui faire prendre de la hauteur. Il glisse la bonne vieille peau de banane : « Et la frac­ture numérique? »

Cette diver­sion m’agace et je réagis un peu trop vive­ment : « Ben oui, pro­fiter de la musique sur Internet néces­site un ordi­na­teur et une connexion. C’est comme pour les voi­tures ou les vacances : avoir de l’argent favo­rise l’accès à ce qui s’achète. »

Levée de bou­cliers. On s’insurge d’un côté, on me donne raison de l’autre. Le bon vieux clivage gauche/droite n’en finit pas de mourir. Et sur le coup, je suis catalogué…

Dans le train du retour, je lis une étude de Chomsky sur la logique des conser­va­teurs américains :

…/Donc, si vous êtes un sans-abri qui dort dans les rues de Man­hattan, votre premier soucis doit être que les gens dans les hôtels de maître soient heureux, parce qu’alors ils vont investir, l’économie ira bien, les choses fonc­tion­ne­ront, et alors peut-être qu’un petit quelque chose redes­cendra tout dou­ce­ment vers vous. Mais s’ils ne sont pas heureux, tout va finir par s’arrêter et vous ne rece­vrez même pas les petites miettes. (…) Ceci est une méta­phore de toute la société [américaine].

Je l’aime bien, Chomsky, il nous man­quera. Comme nous manque Louis Pauwels. Comme nous manque aussi cette capa­cité à voir combien peut être juste un dis­cours opposé à celui que nous tenons.

avk

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Vous êtes un nanti désa­busé en quête de pla­ce­ment et d’amusement? Misez sur les nano­tech­no­lo­gies et vous gagnerez sur les deux tableaux.

Prenez par exemple le 9, 10-dithioanthracène. Et bien, pour citer l’inénarrable Ki-Young Kwnon :

« One-dimensional dif­fu­sion of adsor­bates is a common feature of ani­so­tropic sur­faces such as the (110) and (211) cuts of an fcc crystal. The technologically-relevant lowest energy (111) sur­faces of coinage metals have sixfold sym­metry in the top layer and, hence, gene­rally allow dif­fu­sion of adsor­bates along more than one direc­tion. Here, we report on the dif­fu­sion of indi­vi­dual 9,10-dithioanthracene (DTA) mole­cules on Cu(111). DTA adsorbs with the aro­matic system lying flat on the sub­strate and with both sulfur atoms anchored at hollow sites of the sub­strate. In variable-temperature STM studies, we find that it dif­fuses exclu­si­vely in the direc­tion in which it aro­matic moiety hap­pened to adsorb. We neither find rota­tion of the mole­cule in the surface plane nor dif­fu­sion per­pen­di­cular to the aro­matic axis of the mole­cule. We inves­ti­gated the dyna­mics of the one-dimensional dif­fu­sion of DTA and find an energy barrier of 114 meV. DTA mole­cules form well-ordered mole­cular rows. By tempe rature dependent mea­su­re­ments of the spon­ta­neous abs­trac­tion of DTA mole­cules from such row, we could deter­mine that the inter­mo­le­cular attrac­tion is 40 meV in addi­tion to the dif­fu­sion barrier of the iso­lated mole­cule. At higher cove­rage, DTA forms square islands of (3,-1,3,4) sym­metry on Cu(111) » [Ame­rican Phy­sical Society, APS March Meeting, March 21–25, 2005, abs­tract #V20.009]

Bon, comme vous n’avez jamais pris le temps d’apprendre l’anglais, je vous traduis librement :

« Cette putain de molé­cule a 3 ben­zènes posés sur deux atomes de soufre. Lâchée sur un cristal de cuivre, sa forme est telle que lorsqu’un soufre se lie au cuivre, l’autre s’en détache en tordant un peu la molé­cule… puis s’y recolle et ainsi de suite. Bref, c’est comme ces petits bons­hommes en plas­tique mou qu’on jette sur une fenêtre et qui la dégrin­golent par adhé­rences et décol­le­ment suc­ces­sifs. Cool, non? »

Ceci dit, ne rêvez pas : ce n’est pas le mou­ve­ment per­pé­tuel, l’énergie est pompée à l’agitation ther­mique. Mais ce serait une insulte à votre intel­li­gence que de vous sou­li­gner les appli­ca­tions nano­tech­no­lo­giques possibles.

Et si lire vous ennuie, dithio a même tourné sa propre petite vidéoqui est en train de relé­guer Jackass à un ano­nymat bien mérité.

avk

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Comment com­mu­ni­quer gra­phi­que­ment sur un produit? Qu’est-ce qu’une bonne pré­sen­ta­tion? Une infor­ma­tion com­plète et détaillée est-elle pré­fé­rable à une icône simple et universelle?


La réponse diverge bien sûr selon que l’on évoque une notice de médi­ca­ment ou une indi­ca­tion à placer sur la porte des toi­lettes. Tou­te­fois, il est de nom­breux cas où ce dilemme ne trouve pas une réso­lu­tion simple et mène à des stra­té­gies radi­ca­le­ment opposées.


L’excellent blog de Garr Reynold est dédié à ce type de pro­blèmes. Il scrute avec passion et humour les trans­pa­rents d’entreprises, les pan­neaux signa­lé­tiques du métro, les affiches publi­ci­taires et, ce mois-ci, analyse la façon dont Steve Jobs et Bill Gates com­mu­niquent lors de leurs grandes messes annuelles.

Lumi­neux!

pre​sen​ta​tionzen​.blogs​.com

 

avk

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«Les loco­mo­tives à vapeur appa­raissent quand c’est le temps des loco­mo­tives à vapeur. » écri­vait Charles Fort, amateur d’étrange et scribe des miracles. Il ne suffit pas à l’enregistrement magné­tique d’être décou­vert pour être utilisé. Il fallut que le monde soit prêt à l’accueillir. Cette his­toire pas­sion­nante est relatée dans Magnetic Recor­ding : The first 100 Years (E. Daniel, C. Mee, M. Clark ; IEEE Press, 1998).

Le télé­gra­phone a été inventé en 1898 par l’ingénieur danois Val­demar Poulsen. Il s’agissait d’une corde de piano sur laquelle était traîné un électro-aimant relié à un micro­phone. Cette corde de piano ini­tiale, portant quelques mots de la voix de son inven­teur, a disparu.

Le nom de Thomas Edison est aujourd’hui plus célèbre que celui de Poulsen. Il est vrai que le pho­no­graphe fut inventé vingt ans aupa­ra­vant. En revanche, l’enregistrement méca­nique a aujourd’hui disparu et la quasi-totalité des données infor­ma­tiques, musiques, vidéos, et autres enre­gis­tre­ments se réalise sur sup­ports magné­tiques, enfants de la corde de piano de Poulsen, et non des cylindres en cire d’Edison.

Poulsen per­fec­tionne son inven­tion dès la pre­mière année, notem­ment en enrou­lant le câble autour d’un cylindre, ce qui la rend trans­por­table. Il connaît des succès de foule et d’estime mais les indus­triels sont pour le moins réservés. Poulsen commet pro­ba­ble­ment une erreur en pré­sen­tant son inven­tion comme apte à enre­gis­trer les conver­sa­tions télé­pho­niques. La société AT&T prévoit que de telles pos­si­bi­lités sont de natures à inquiéter ses clients.

Cette asso­cia­tion d’idée entre l’enregistrement magné­tique et les indis­cré­tions (asso­cia­tion à laquelle a échappé l’enregistrement méca­nique) va pour­tant per­mettre au télé­gra­phone de sur­vivre. À l’aube de 14–18 (vingt ans ont passé), l’armée alle­mande (via une filiale amé­ri­caine de Tele­funken et à l’insu de son inven­teur) com­mande quelques appa­reils qui ser­vi­ront à des fins d’espionnage. L’armée amé­ri­caine découvre le pot-aux-roses et s’emploira dès lors à sur­veiller de près les recherches dans le domaine de l’enregistrement magnétique.

En revanche, l’Allemagne a pu pro­fiter de la pre­mière tech­no­logie de l’enregistrement magné­tique et pousse les recherches en ce domaine. L’étape ulté­rieure est réa­lisée par Fritz Pfleumer, chi­miste autri­chien, en 1928… 30 ans après la corde de piano, il a l’idée de recou­vrir des bandes de par­ti­cules magné­tiques, tandis que Kurt Stille réussit à amé­liorer le télé­gra­pho­phone. Il est désor­mais pos­sible d’enregistrer 30 minutes de musique sur un cylindre de 20 centimètres.

La BBC, dès sa créa­tion en 1931, uti­li­sera ce procédé pour stocker les dis­cours les plus impor­tants. Pro­ba­ble­ment est-ce cette adop­tion qui consa­crera l’enregistrement magné­tique comme tech­no­logie d’avenir. En effet, tout va désor­mais s’enchaîner très vite. L’histoire de l’enregistrement magné­tique va s’entrelacer avec l’histoire des hommes de façon de plus en plus intime jusqu’à en inflé­chir épi­so­di­que­ment le cours.

La gestapo enre­gis­trera ses inter­ro­ga­toires, les cas­settes audio per­met­tront à tout un chacun d’enregistrer aussi faci­le­ment que l’on fait une photo de vacances, des bandes magné­tiques feront tomber un pré­sident amé­ri­cain, des lois règle­men­te­ront le sto­ckage des données et, aujourd’hui, les sup­ports magné­tiques contiennent plus d’information que tout autre, malgré la concur­rence encore timide du sto­ckage optique.

L’on en vient à penser que le cerveau humain est aussi un support magné­tique et qu’il est regret­table que ce dernier ne puisse pas com­mu­ni­quer de façon plus directe avec ses petits frères à base de ferrite ou de sili­cium… « Ce qui ne fut pas sera, pré­vient Haldane, et il pour­suit : Et per­sonne n’est à l’abri. »

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Éco­no­mique (500.000 doll­lars) et compact (tenant dans une pièce) l’IBM 650 débarqua en Europe en 1955. La filiale fran­çaise d’International Busi­ness Machines était tou­te­fois per­plexe quant au nom à donner à cette machine cal­cu­lante (com­puter). L’un de ses direc­teurs se souvint alors de son pro­fes­seur de latin à la Sor­bonne : M. Jacques Perret…

Ce dernier dut trouver la requête amu­sante et répondit, dans une lettre manus­crite du 16 avril 1955 :

Cher Mon­sieur, que diriez-vous d’ordi­na­teur? C’est un mot cor­rec­te­ment formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif dési­gnant Dieu qui met de l’ordre dans le monde. (…) Com­bi­na­teur a l’inconvénient du sens péjo­ratif de « combine ». (…) Conges­teur, diges­teur, évoquent trop « conges­tion » et « diges­tion ». Syn­thé­ti­seur ne me paraît pas un mot assez neuf pour dési­gner un objet spé­ci­fique, déter­miné, comme votre machine.

Voilà! Cette lettre existe tou­jours, conservée comme le seul exemple de source authen­ti­fiée et auto­graphe de non pas un mais deux néo­lo­gismes promis à un destin fabuleux.

En 1965, IBM ne renou­vela plus ses droits sur le mot « ordi­na­teur » qui devint un nom commun.

Que le sou­venir de M. Perret inspire les com­mis­sions de fran­ci­sa­tion afin qu’elles nous évitent désor­mais des mons­truo­sités telles que mél, bogue, cédérom et autres pourriels…

avk

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Un peu de tech­no­logie pour changer?

Prin­cipe 1 : le corps humain est conduc­teur.
Prin­cipe 2 : le courant élec­trique est un bon moyen de trans­mettre des données.

Ben oui, des types ont eu l’idée de com­biner ces deux prin­cipes en une tech­no­logie qui utilise le corps humain comme noeud d’un réseau de trans­mis­sion de données à haut débit.

La pre­mière appli­ca­tion qui vient sans doute à l’esprit est de s’échanger des cartes de visite d’une simple poignée de mains. Ceci dit, toutes les appli­ca­tions envi­sa­geables ne sont pas de l’ordre du gadget. On peut ainsi ima­giner la for­ma­tion d’un réseau de per­sonnes dans une salle de réunion avec sécu­ri­sa­tion de cer­tains échanges de données en tou­chant, par exemple, une partie de la table conçue à cet effet.

On peut aussi penser à des uti­li­sa­tions proches des émet­teurs RFID : l’utilisateur a pro­grammé sur son petit trans­met­teur por­table un ensemble de données dont sa langue mater­nelle de telle sorte que tous les ter­mi­naux (aéro­ports, pompes à essence…) s’adressent à lui dans sa langue. Touchez une souris et l’ordinateur ouvre votre session. Entrez dans votre voiture et votre siège, vos rétro­vi­seurs, votre auto­radio s’adaptent en conséquence.

The network is no more the computer…

Allez hop, je vous file même le lien : http://​www​.red​tacton​.com/

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Le dernier billet m’a rappelé une inter­view radio­pho­nique de Schuiten, entendue il y a près d’un an et que j’espère ne pas trop déformer. À propos des trans­ports urbains, il pro­po­sait les méta­phores suivantes :

Le train est un sabre. La ville s’en trouve bala­frée. Des décen­nies après, les bour­re­lets de la cica­trice de la jonc­tion Nord-Midi continue de défi­gurer Bruxelles.

Le métro est un viol. Bles­sures sou­ter­raines, affleu­rant en des lieux dis­pa­rates que rien ne semble relier, igno­rant les formes de la ville, sac­ca­geant ses strates endor­mies. Bouches béantes où s’engouffrent des foules d’inconnus aux heures de pointe.

Le tram est une caresse.

J’adore le tram, y lire Blake, Eliot ou une BD.

Les trams sont le fleuve épar­pillé et étin­ce­lant de Bruxelles, la conso­la­tion des flots souterrains.

avk

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Connaissez-vous Mit­chell Kapor? Je ne le connais­sais pas non plus, jusqu’à suivre un lien du très inté­res­sant Mac­Digit. Kapor est l’inventeur de 1, 2, 3 sur Atari, de Lotus, de Lotus Notes et d’Improv (pour les pri­vi­lé­giés de l’histoire infor­ma­tique, comme moi, à avoir tra­vaillé sur NeXT).

Bref, consta­tant que les succès infor­ma­tique étaient plus tri­bu­taires du mar­ke­ting que de l’innovation, Mit­chell Kapor s’est détaché du code et attaché à une vision plus poli­tique de l’informatique. Il a ainsi créé l’Elec­tronic Fron­tier Foun­da­tion, chargée de pro­téger les libertés civiques mises à mal avec l’arrivée des ordi­na­teurs et le fichage des individus.

Vision­naire un jour, vision­naire tou­jours? Cer­tains de ses projets me semblent mériter une atten­tion aiguë, ils pour­raient se trouver à l’origine de cer­tains piliers du monde de demain. À visiter donc : http://​www​.kapor​.com/​p​r​o​j​e​c​t​s​/​index.html

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