Tlön Uqbar Orbis Tertius

Je relis cette nouvelle de Borges et tombe sur un passage précis. Lorsque je l’ai lu pour la première fois, il y a une dizaine d’années, j’y avais vu un avenir possible de l’Internet. Je n’y vois plus aujourd’hui que l’écho d’Homère, ou encore ces récits réap­pro­priés par quelques livres réclamant la majuscule.

Voici le passage :

Dans les habitudes litté­raires, l’idée d’un sujet unique est également toute-puissante. Il est rare que les livres soient signés. La concep­tion du plagiat n’existe pas : on a établi que toutes les oeuvres sont l’oeuvre d’un seul auteur, qui est intem­porel et anonyme.

Borges et l’épopée

Après avoir rédigé mon post sur Amazon, sauveur de la critique, je découvre une opinion parallèle chez Borges (et j’en ronronne de plaisir) :

D’une certaine manière, les gens ont faim et soif de l’épopée. J’ai la convic­tion que l’épopée est un besoin pour les hommes. Or, la chose peut vous décevoir mais elle est incon­tes­table, c’est de Hollywood que le monde a reçu sa provende d’épopée.

- J. L. Borges, L’Art de poésie p. 52

avk

Dieu, Borges, encore…

Fin 1974, dans un café de Buenos Aires, le jour­na­liste Orlando Barone réunit Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato. Après avoir parlé des rêves, de Macbeth et des titres curieux donnés à certains livres à l’époque de la Révo­lu­tion Française, la conver­sa­tion vient sur Dieu…

BARONE : Et quelle est votre opinion sur Dieu, Borges?BORGES : C’est la plus grande création de la litté­ra­ture fantas­tique. Ce qu’ont pu imaginer Wells, Kafka ou Poe n’est rien comparé à ce qu’a imaginé la théologie. L’idée d’un être parfait, omni­scient et tout-puissant est réel­le­ment fantas­tique.

Mémoire

Ma mémoire me ramène à un certain soir à Buenos Aires. Je le vois. Je vois les lampes ; je pourrais poser la main sur les étagères. Je sais exac­te­ment où trouver Les Mille et Une Nuits de Burton et la Conquête du Pérou de Prescott. Mais la biblio­thèque n’existe plus.

Jorge Luis Borges, L’Art de la poésie

Ce qui me rappelle le court quatrain de Manuel Mujica Láinez, À un jeune poète :

Inutile de te forger
Des projets de grandeur
Parce que, quoi que tu écrives,
Borges l’aura déjà écrit.

L’étrange erreur de Borges

Dans un court recueil (Chez Borges), Alberto Manguel, qui fut lecteur du Maître, produit de mémoire une citation non écrite mélan­geant deux thèmes consub­stan­tiels à l’auteur mais présup­po­sant étran­ge­ment un univers éternel.

Le nombre des thèmes, des mots, des textes est limité. Par consé­quent, rien ne se perd jamais. Si un livre est perdu, quelqu’un d’autre l’écrira de nouveau, tôt ou tard. Cela devrait suffire à n’importe qui, comme immor­ta­lité.

Mieux vaut penser qu’Alberto Manguel n’inspira pas le person­nage de Funes.

Wilde

«Faites que le fanatisme soit vulgaire, écrivait Oscar Wilde, il perdra de sa fasci­na­tion.»

Décou­vrant cette phrase en ouverture du dernier Pour la Science, je repense à un court essai de Borges qui commen­çait en substance par ceci : «Aucun biographe de Wilde n’a, je crois, fait état de ce fait simple et capital : Oscar Wilde a toujours raison.»

Destinée de l’écrivain

Lu :

Curieuse destinée que celle de l’écrivain : à ses débuts il est baroque, vani­teu­se­ment baroque. Au bout de longues années il peut atteindre, si les astres sont favo­rables, non pas la simpli­cité, qui n’est rien, mais la complexité modeste et secrète.

Jorge Luis Borges, L’Or des tigres

Tanka

Nuit difficile, réconfort d’un chucho­te­ment discret, généreux mais lointain dans le froid de ma voiture à trois heures du matin. Puis Borges :

Dans la bataille
ne pas être tombé
comme tes pères
Passer ta vaine nuit
à compter les syllabes

Jorge Luis Borges, Tanka

Il neige.

avk