Climat: que croire?

Beaucoup de gens pensent que le climat est un des problèmes majeurs de notre époque. C'est faux, parce que le climat est d'abord une formidable ressource naturelle. C'est grâce aux ressources du climat que les plantes poussent (chaleur, rayonnement, eau) et nous nourissent. C'est aussi grâce au climat que tournent les éoliennes et que l'eau sévapore et s'accumule dans les barrages.

"J'ai de sérieuses raisons de croire que la planète d'où venait le petit prince est l'astéroïde B 612. Cet astéroïde n'a été aperçu qu'une fois au télescope, en 1909, par un astronome turc. Il avait fait alors une grande démonstration de sa découverte à un Congrès International d'Astronomie. Mais personne ne l'avait cru à cause de son costume. Les grandes personnes sont comme ça. Heureusement pour la réputation de l'astéroïde B 612 un dictateur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s'habiller à l'Européenne. L'astronome refit sa démonstration en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis." Antoine de Saint Exupéry, Le petit prince. illustrations extraites de http://www.thoughtfortheday.com.au/images/The_little_prince_II.pdf

Le climat est la seule ressource naturelle dont nous ne verrons pas la fin, qui ne s'épuisera pas tant que la terre sera terre et que le soleil restera soleil. Mais le climat change, et le changement du climat est perçu comme un risque majeur à cause de son importance pour de très nombreuses activités humaines. Le climat est changeant (variable) par nature, et nous accélérons sa variabilité par nos activités, surtout industrielles et agricoles (transports, production d'energie, utilisation d'engrais, défrichements etc).

Il se fait que nous, êtres humains, craignons le changement. Nous pensons que le changement est nécessairement négatif et nous avons une peur irraisonnée de ce qui n'est pas entièrement prévisible. Il faut relire Eric Hoffer (1976), un philosophe-docker New-Yorkais qui a analysé les racines de notre phobie du changement et les comportements que nous adoptons quand nous sommes en état d'incertitude.

Je pense que notre réaction face au changement climatique est souvent, elle aussi, irrationnelle, et très mal informée. Mais nous avons une excuse: nous faisons confiance à ceux qui savent. Qui sont-ils, ceux qui savent? Avant tout le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), mieux connu sous son sigle anglais IPCC. Le GIEC est un groupe d'experts à la structure très hiérachisée établi en 1988 par l'Organisation Météorologique Mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement. Depuis 1988, le bébé a grandi, il a pris de l'assurance et de l'arrogance; il nous prédit désastres, misère, famines et autres points de non retour.

Beaucoup de climatologues, autrement gens sensés et placides, ont pris goût au pouvoir. Ils ont érigé leur fond de commerce en dogme; ils détiennent dorévavant la vérité et persécutent toutes les déviances... J'ai publié ailleurs des notes dans ce sens, sur le mode humoristique (par exemple ici). Il se fait que les rapports périodiques d'IPCC, qui sont considérés avec une révérence quasi religieuse, ne sont pas exempts d'erreurs. On y affirme, par exemple, que certains pays africains verront leur production agricole diminuer de moitié d'ici 2020. Tout qui a un minimum de connaissance de l'agriculture et du climat perçoit immédiatement qu'il s'agit là d'une invraisemblance profonde. J'ai examiné ce point précis de près (d'abord sur le site web de la FAO et ensuite ici) pour montrer comment, d'erreurs de traduction en synthèses de raccourcis de résumés ces incongruités peuvent prendre naissance.

L'auteur de ce billet a passé les trente-cinq dernières années a étudier les interactions entre climate et agriculture. Non pas dans une optique théorique mais pratique, en aidant nombre de pays à prévoir leurs récoltes. Je suis catastrophé (on me passera l'expression) de lire que notre futur serait fait de désastres liés au climat. Actuellement, les facteurs extrêmes atmosphériques sont certes spectaculaires, mais leur impact est insignifiant, notamment sur la production agricole. Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chroniques du climat (poches de sécheresse, grêle, insectes favorisés par les conditions climatiques etc) conduisent à des pertes bien plus importantes et pour la plupart invisibles.

Il y a ensuite le fait que les projections d'impact font interagir un climat futur (incertain) avec toutes nos activités futures (dont nos systèmes de production agricole) qui sont encore plus incertaines. La vérité, c'est que nous sommes dans un flou profond, et ce n'est pas le nombre de publications qui y changera grand chose.

Pas plus tard qu'il y a quelques jours (24 novembre 2011), un réexamen des donnés climatiques anciennes par Schmittner et al. semble indiquer que, peut-être, nous avons surestimé la force du lien entre gaz carbonique et température de l'atmosphère. La nouvelle a bien entendu été reprise par la presse internet populaire, par exemple Science Daily qui annonce Climate Sensitivity to Carbon Dioxide More Limited Than Extreme Projections, Research Shows. En deux mots: les augmentations de température projetées seraient excessives, ce qui réduirait aussi l'augmentaton du niveau de la mer (effet dû surtout à la dilatation thermique de l'eau). Voilà qui décevrait les catastrophistes! J'attends avec impatience les réactions!

En attendant, j'ai écrit le petit texte ci-dessous pour expliquer mon point de vue! J'hésite à l'appeler un credo climatique, parce que je sais ce que credo a de dogmatique... Je l'appellerai donc

Exercice de style en forme de credo climatique

Je crois au climat qui change
qui a toujours changé et continuera a changer
depuis que les saisons ne sont plus ce qu'elles étaient
que les volcans crachent poussières et CO2
que la constante solaire n'arrête pas de varier
que les océans et l'atmopshère interagissent
que l'astronomie existe et que Milankovic est son prophète
Je crois aussi que l’homme intensifie et accélère le changement
par ses émissions de gaz à effet de serre
sa myopie intellectuelle
son appât du gain
et le mépris pour ses enfants
Je crois que les impacts du climat – comme tous les impacts -
sont et resteront le produit de deux facteurs inégaux
les caractéristiques du climat et la vulnérabilité de notre société
dont la concentration géographique de nos activités
leur localisation
la destruction des milieux naturels en surface et en nombre
et tous nos oeufs dans les mêmes paniers
energétique
alimentaire
et politique
J'ai confiance en notre fabuleuse faculté d’adaptation en tant qu’espèce
Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de procréer
qu'il y aura des ruptures
que nous apprendrons la leçon
et qu'ensuite nous repartirons
Je ne crois pas au catastrophisme climatique
Je n'accepte pas le principe d’autorité et par conséquent
je ne crois pas en l’infaillibilité du GIEC
qui est trop souvent
opportuniste
dogmatique
incompétent
autoritaire
partial
animé de motivations politiques
et ridicule quand il pratique la science par consensus
Je ne crois pas qu'il soit juste de mépriser les incroyants
les agnostiques comme les athées missionnaires
même s’ils sont
ignorants
intéressés
créationnistes
ou producteurs de pétrole
Car il vrai que
nous sommes tous à l'image de notre temps
même les génies:
Kepler faisait des horoscopes très demandés
Newton voulait transformer en or les métaux vulgaires
Chasles a collectionné des autographes en français de
Jules César
Aristote
Cléopatre
et Alexandre le Grand
le British Museum a acheté les faux manuscrits d'Islam Akhun, un analphabète
les traductions de l'étrusque abondent
et Teilhard de Chardin a eu son heure de gloire
Car il est vrai que les saintes écritures ont accueilli in illo tempore
deconstructing point access
electrochemically induced nuclear fusion of deuterium
transformative hermeneutics of quantum gravity
et human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE
Tant il est vrai que
peu de certitudes sont absolues, si ce n'est dans la foi
la vérité évolue au gré du temps et même des modes
ce qui est accepté aujourd'hui
sera faux, ou moins faux, demain
tant de grands scientifiques d'aujourd'hui
seront oubliés dès demain
et plus d'un tacheron obscur ressuscitera
Car en vérité
notre espace et nos ressources sont limités
notre évolution technologique est plus rapide
que celle de nos vieux gènes
le climat est notre seule ressource inépuisable
il continuera d'exister et de changer
avec ou sans ce fou d'homo sapiens
la crédulité des foules
le GIEC
et les menées de ses grands prêtres
la manipulation de nos peurs
notre manque de confiance en l'avenir
et la mort de Dieu
Amen

 

Remerciements

Je tiens à remercier Jacques du Guerny pour ses commentaires critiques sur l'exercice de style.

Notes

Pour "Kepler faisait des horo­scopes très demandés" voir Connor, 2005.

Pour "Decons­truc­ting point access" voir Phillips & Kent, 2009; "Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deuterium", voir Fleischmann et al., 1989 ; "Trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity", voir Sokal, 1996; "Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE", voir Dayenas et al. 1988. Il s'agit, dans l'ordre, d'un canular, de la publication qui a lancé le débat et la controverse sur la fusion froide, d'un autre canular et de l'article sur la "mémoire de l'eau". Voir wikipedia pour les détails. Tous ces articles ont été acceptés par des revues qui ont pignon sur rue, voire des revues prestigieuses. Ils montrent que la science est fragile, et procède souvent par tâtons. Pour les articles de Fleischmann et celui de Dayenas, le débat n'est certainement pas clos.

Références

Connor, J.A. 2005. Kepler's Witch. Harper-Collins eBooks. Kindle Edition. Loc. 978-80: Astrology was for the seventeenth century what economics is for the twenty-first. Astrology tried to form predictions about an uncertain future based on strict mathematical calculation, just as economics does with the laws of the market. Both are wrong about as often as they are right. Loc. 986-94: Because his love for puzzles and acrostics had started when he was a child, Kepler was particularly good at reading signs. He soon learned, however, that being a good astrologer required more than just math skills. One student, Rebstock, a fellow with a red face and beer breath, accosted Kepler in the hallway and demanded a horoscope. Kepler reluctantly agreed and, after obtaining the man’s birth date, set to calculating his chart. What Kepler learned that day, however, is how dangerous it is to read all the signs. Rebstock’s noisy drinking habits had to be taken into account, so Kepler predicted that the fellow would one day become a drunk, which wasn’t much of a stretch. The stars tell all, but so does beer breath. Rebstock didn’t like the report and forced his way into Kepler’s room, where the two duked it out. The next day, Kepler asked Mästlin for advice. What should he do? If he was going to be an astrologer, he had to read all the available signs, and that included a beer breath, because the stars were so often hard to read. Sometimes his predictions worked and sometimes they didn’t, so what could he do to make them more secure? Mästlin told him to just predict disaster. That would be bound to come true sooner or later. Loc 1334-38: In 1595, partly from his calculations and partly from his commonsense reading of the times, Kepler made three predictions: one, a terrible winter, with bitter cold weather that would damage fruit trees and cause hardship all around; two, an attack by the Turks from the south; and three, a peasant uprising. All three came true. That winter was so bad, they said, that anytime a shepherd in the mountains blew his nose, it would pop off.9 The Turks did attack, which wasn’t all that surprising, and there was a peasant revolt, again, not all that surprising. Suddenly, Kepler was a celebrity.

Dayenas, E., F.Beauvais, J.Amara, M.Oberbaum, B.Robinzon, A.Miadonna, A. Tedeschi, B.Pomeranz, P.Fortner, P.Belon, J.Sainte-Laudy, B.Poitevin & J.Benveniste. 1988. Human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE. Nature, 333:816-818. Avec une Editorial reservation en fin d'article: Readers of this article may share the incredulity of the many referees who have commented on several versions of it during the past several months. The essence of the result is that an aqueous solution of an antibody retains its ability to evoke a biological response even when diluted to such an extent that there is a negligible chance of there being a single molecule in any sample. There is rfo physical basis for such an activity. With the kind collaboration of Professor Benveniste, Nature has therefore arranged for independent investigators to observe repetitions of the experiments. A report of this investigation will appear shortly.

de Saint-Exupéry, A. 1943. Le petit prince, Gallimard.

Fleischmann, M., S. Pons & M. Hawkins. 1989. Electrochemically induced nuclear fusion of Deuterium. J. Electroanal. Chem. 261:301-308. L'article original avait omis le troisième auteur, qui a ensuite été ajouté, avec les excuses de Fleischmann et Pons, dans une liste d'errata.

Hoffer, E. 1963. The ordeal of change. New York: Harper and Row. 136 pp. Très nombreuses réimpressions.

Phillips, D. & A.Kent. 2009. Deconstructing Access Points. Accepted for publication in the peer reviwed The Open Information Science Journal (TOISCIJ). Plus de détails ici: http://scholarlykitchen.sspnet.org/?s=phrenology 47: 217-252.

Schmittner, A., N.M.Urban,  J.D. Shakun, N.M. Mahowald, P.U. Clark, P. J. Bartlein, A. C. Mix,  A.Rosell-Melé. 2011. Climate Sensitivity Estimated from Temperature Reconstructions of the Last Glacial Maximum. Sciencexpress, 4 pp.+ 3 figs. http://www.sciencemag.org/content/early/2011/11/22/science.1203513

Sokal, A.D. 1996. Transgressing the Boundaries: Towards a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity. Social Text, 46/

 

De part et d'autre des 2000 watts

Le concept de la Société à 2 000 watts est né à Zurich en 1998. Il propose aux « personnes qui vivent dans les pays riches » d'utiliser au maximum 2 000 watts par an tout en ne faisant aucun compromis sur leur confort de vie. Cette quantité représente la consommation moyenne de la population mondiale, soit 17 500 kWh ou 2 700 litres de pétrole.

La mesure semble drastique puisque l'Européen brûle actuellement 6 000 W/an et l'Américain... le double! Il faut donc diviser respectivement leur consommation par 3 et par 6. Établir si la chose est réaliste ou non est pour le moins délicat, mais nous pouvons toutefois nous livrer à quelques calculs.

Tout d'abord, quelques règles de trois. Le United States Census Bureau nous apprend que les États-Unis possèdent actuellement 307,894 millions d'habitants (disons 308 millions), soit 4,5% de la population mondiale : 6,796 millions. Et selon Wikipédia, nous sommes actuellement 731 millions d'Européens.

Ce qui nous mène au tableau suivant.

Région Population

(millions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consommation

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000

3 696

Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778 8 082
Monde 6 796 2 000 13 592
Monde-(USA+Europe) 5 757 957 5 510

Les pays "non riches" auraient donc une consommation annuelle moyenne de près de 1 000 W/personne. Bigre, je m'étais donc fait des idées avec toutes ces images de gosses affamés et de populations déportées. Et cela donne quoi en équivalent pétrole? 2 700 litres / 2 000 * 957 = 1 292 litres de pétrole, soit trois litres et demi par jour et par personne. Bon, c'est moins que nous mais c'est moins grave que je pensais. Bonne chose!

Mais voilà qu'un doute me traverse. La lecture du site zurichois m'avait conduit à accepter l'équation "Pays riches = USA + Europe". Mais le Japon, le Brésil, le Vénézuela, la Chine. Ne doivent-ils pas entrer dans la balance? D'autant que les États-Unis ne représentent que 4,5% de l'humanité souffrante. D'accord, la plus grande surface des ces pays est peuplée de gens dont la principale consommation énergétique se résume au travail musculaire, mais passer au blanc des villes comma Caracas, Sao Paulo ou Hongkong ne peut se faire sans un examen préalable. D'autant qu'il me semble bien qu'elles constituent des économies émergentes qui vont peser de plus en plus lourd.

Et puis il y a aussi le Canada, et l'Australie. Bon, je sais bien, ce sont des coins un peu bizarres mais on ne va tout de même pas les exclure en raison de leurs gastronomies douteuses et de leurs accents impossibles.

Bien, l'infatigable Wikipédia va nous aider à dresser un tableau des villes avec lesquelles il faut sans doute compter :

Ville Pays Population
Tokyo–Yokohama Japan 34,670,000
Seoul–Incheon South Korea 19,660,000
São Paulo Brazil 19,505,000
Mexico City Mexico 18,585,000
Osaka–Kobe–Kyoto Japan 17,310,000
Shanghai People's Republic of China 14,655,000
Shenzhen People's Republic of China 14,230,000
Buenos Aires Argentina 12,925,000
Beijing People's Republic of China 12,780,000
Guangzhou–Foshan People's Republic of China 11,850,000
Rio de Janeiro Brazil 11,400,000
Istanbul Turkey 11,330,000
Nagoya Japan 9,285,000
Tianjin People's Republic of China 8,340,000
Johannesburg South Africa 7,500,000
Hong Kong Hong Kong, China 7,000,000
Kuala Lumpur Malaysia 5,715,000
Riyadh Saudi Arabia 4,650,000
Singapore Singapore 4,485,000
Porto Alegre Brazil 3,495,000
Durban South Africa 3,195,000
Cape Town South Africa 3,175,000
Jeddah Saudi Arabia 3,115,000
Salvador Brazil 3,100,000
Caracas Venezuela 2,645,000
Dubai United Arab Emirates 2,335,000
Fukuoka Japan 2,245,000
Kuwait City Kuwait 2,190,000
Brasília Brazil 2,185,000

Nous pourrions continuer (Moscou etc.) mais arrêtons-nous déjà ici : en ajoutant le Canada et l'Australie, nous avons atteint une population plus large que celles des U.S.A : 339 millions d'habitants!

Consommation énergétique par personne

Que consomment tous ces gens? L'absence de données précises nous impose une certaine audace L'épatant Gapminder nous confirme graphiquement que la consommation énergétique est fortement corrélée au revenu moyen. Et, à titre d'exemple, Tokyo est la ville la plus riche du monde. Osaka est en 8e position, suivie par Séoul et Mexico City. Hongkong est en 13e position, Buenos Aires en 16e et Singapore en 18e tandis que Vienne n'arrive que cinquantième. Nous pouvons donc estimer sans trop de risque que ces populations brûlent au moins autant d'énergie que l'occidental moyen, soit 7 778 W/an. Adoptons donc cette valeur de travail.

Nous pouvons maintenant insérer une nouvelle ligne dans notre tableau.

Région Population

(millions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consommation

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000 3 696
Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778

8 082

oubliés de Zurich 339 7 778 2 637
Monde 6 796 2 000 13 592
Populations pauvres 5 418 487 2 637

Et bien voilà : les pauvres sont deux fois plus pauvres que ne le laissait entendre le tableau zurichois (et sans doute plus encore, les hypothèses ayant été réalisées a minima.)

Quelle est la conclusion de cette histoire? Je ne savais pas très bien comment l'amener et vous remercie de me poser la question. J'en vois en fait plusieurs.

  1. Même avec les meilleures intentions du monde, grossir le trait à des fins de communication peut avoir des effets pervers qui faussent l'analyse et peuvent mener à adopter des stratégies qui ne sont pas nécessairement les meilleures. Comme me répétait mon prof de biologie : « De la précision, sinon c'est la catastrophe! »
  2. Le modèle selon lequel l'Europe et l'Amérique sont les deux poles de la richesse mondiale est dépassé, et le sera de plus en plus.
  3. L'écart entre les gros consommateurs d'énergie et les petits est de 1/25 et non de 1/12.

Alors, il serait à l'évidence très utile que les gros consommateurs modèrent quelque peu leur goinfrerie énergétique. Mais il  est au moins aussi indispensable que les exclus de la gabegie puissent avoir accès à plus : il n'y a pas de développement durable sans énergie.

Il me semble fondamental d'intégrer cette donnée à l'équation, comme il me semble indispensable de coupler la démarche écologique à une réflexion humaniste.

Pourquoi ne pas le faire en imaginant un mécanisme de solidarité assez simple?

Le Système européen d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre est devenu un marché très spéculatif mais aussi un peu honteux. L'instauration d'une taxe sur ces opérations offrirait la possibilité de financer l'installation d'éoliennes, de petites centrales hydroélectriques ou de capteurs solaires à destination de populations pauvres. J'imagine qu'elle serait aussi de nature à redorer quelque peu l'image des spéculateurs.

Bref, un Plan Marchall énergétique alimenté par la spéculation sur les droits d'émission.

avk

Sources

Le Lourd Bilan des biocarburants

Un litre de biocarburant génère entre 17 et 420 (!) fois plus de CO2 qu'un litre de carburant fossile.

Tillman et Fargione

Tillman et Fargione

Cette gabegie de CO2 trouve sa source principale en amont de la production agricole ; le pétrole, lui, est déjà produit et déjà stocké. La production de bioéthanol nécessite d'énormes surfaces de terres fertiles, et ces surfaces sont prises sur la forêt. Or, une parcelle de forêt capte toujours beaucoup plus de carbone atmosphérique qu'une parcelle de terre agricole. En outre, lors du défrichage, une partie importante du carbone défriché va se retrouver dans l'atmosphère. Si le bioéthanol, une fois dans le moteur, est effectivement un peu plus propre, une étude publiée par Joe Fargione et David Tilman dans The Nature Conservancy et par l'University of Minnesota, démontre qu'il faudrait attendre 420 ans pour que la balance du CO2 retrouve son équilibre.

La solution qui consiste à consacrer des terres agricoles aux biocarburants ne fait que déplacer le problème : les fermier américains alternaient traditionnellement la culture du maïs avec celle du soja. La demande croissante en éthanol en a convaincu de nombreux de ne plus se consacrer qu'au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le principal exportateur après avoir défriché ce qu'il fallait de forêt pour en organiser la culture.

Le bilan du bioéthanol en termes de CO2 est donc catastrophique. Il faut arrêter de donner des labels écologiques aux voitures appelant ce type de carburant. À moins qu'une solution plus réaliste n'émerge, par exemple par l'utilisation du plancton.

Un autre aspect particulièrement noir des agrobiocarburants est qu'ils font directement concurrence avec l'alimentation, particulièrement dans les pays pauvres. Le marché des aliments de base peut devenir hautement spéculatif : il y a quelques mois, le prix de la tortilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l'essentiel de l'alimentation, déclenchant de très importants mouvements sociaux. C'est que, désormais, le maïs mexicain se vend très bien aux firmes américaines de biocarburants.

De tels effets sont observés alors que les biocarburants ne font que commencer leur percée. Si ceux-ci continuent leur ascension, les instabilités géopolitiques, financières et sociologiques liées au pétrole nous paraîtront bien anodines.

Que nos ressources fossiles soient limitées est une évidence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solution est une folie. Les forêts doivent rester des forêts pour le maintien de la biodiversité et la stabilisation du cycle du carbone. Et les champs doivent servir à nourrir les hommes.

avk

Sources

www1.umn.edu/umnnews/Feature_Stories/The_dark_side_of_biofuels.html
www.reuters.com/article/bondsNews/idUSN0715309720080207
www.radiohc.cu/espanol/comentarios/mayo07/comentario10mayo.htm
www.liberation.fr/actualite/monde/229270.FR.php
www.ecoportal.net/content/view/full/69023

Vingt-quatre îles

« Vingt-quatre îles de l'archipel indonésien ont disparu ces dernières années. Selon certains modèles, 2.000 îles de l'archipel pourraient disparaître en une génération, soit d'ici 2030. » Voici ce qu'affirme en substance Freddy Numberi, le ministre indonésien des Affaires maritimes s'appuyant sur une étude de l'Université Jadavpur de Calcutta.

Le tsunami du 24 décembre 2004 est responsable de la disparition de quatre d'entre elles, au nord de Sumatra. Les vingt autres, dans la province de Riau et dans l’archipel des Mille îles ont disparu du fait des dommages environnementaux.

Bien sûr, il s'agit toujours de causes multiples : montée des eaux, érosion côtière, disparition des mangroves, augmentation de la violence cyclonique. De telle sorte que la rhétorique gardera son droit de cité et permettra d'estomper cette alarme : les îles disparaissent.

J'ai entendu aussi qu'il faut relativiser : l'archipel indonésien compte plus de 17.000 îles et la perte de 24 îles inhabitées n'est guère signifiante. C'est bien sûr un peu embêtant pour la biodiversité mais elle en a vu d'autres...

Il y a quelques mois, l'île de Lohachara (Delta du Gange) a été totalement immergée. Six mille familles y vivaient dans les années 80.

Bien sûr, ici aussi, on pourra me rétorquer que l'Inde en a vu d'autres...

Ecolo et pro-nucléaire

Un symbole, c'est très fort, très difficile à déconstruire, d'où l'importance de bien le choisir au départ. La grande erreur des écologistes est probablement d'avoir fait de la lutte contre le nucléaire un symbole dont ils ne peuvent se détacher, cédant ainsi à un dogmatisme peu raisonnable.

Les énergies renouvelables peuvent apporter des solutions réelles mais actuellement locales, et interviennent peu dans le bilan planétaire. J'y reviendrai prochainement.

Voici cinq éléments favorables au remplacement de l'énergie fossile par l'énergie nucléaire.

  • Il suffit d'un gramme d'uranium pour produire autant d'énergie qu'une tonne de pétrole.
  • Ce gramme d'uranium ne produit de 4% de déchets non réutilisables (soit 0,04 gr).
  • Ces 0,04 gr de déchets sont solides, inertes et peuvent être tenus à l'écart des écosystèmes, contrairement aux énergies fossiles dont les produits secondaires sont dissipés dans l'atmosphère.
  • 90% de la radioactivité de ces 0,04 gr disparaît dans les 10 ans.
  • Des solutions économiquement réalistes existent pour assurer une gestion à très long terme de ces déchets. Aucune n'existe pour les déchets des énergies fossiles qui sont la cause première de la plus grande catastrophe écologique de tous les temps : le réchauffement climatique.

Quant aux dangers, il convient de ne pas les minimiser et de conforter l'indépendance des organismes de normalisation et de contrôle.

D'un autre côté, il ne faut pas négliger les corollaires directes de l'industrie pétrolière : conflits armés, soutien à des dictatures, marées noires, pollutions urbaines. L'aversion de nombreux écologistes pour le nucléaire en est la complice naïve, et mon vote pour eux devient chaque année un peu plus pénible.

Un réconfort toutefois, cette vision écologique pro-nucléaire a un partisan de choix en la personne du fondateur de l'hypothèse Gaia : James Lovelock.