complexité

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A priori, la mort est la seule expé­rience qui nous semble iné­luc­table : quelle que soit notre condi­tion, aussi prudent que soit notre par­cours, notre vie est limitée dans le temps.

Pour­quoi meurt-on ?

Les méca­nismes de la sélec­tion natu­relle qui ont permis l’apparition de l’espèce humaine reposent en grande partie sur le phé­no­mène de la mort : il faut bien que les anciennes géné­ra­tions dis­pa­raissent si on veut que les nou­velles s’imposent. Et les décès pure­ment acci­den­tels ne suf­fisent pas. Le fait de limiter natu­rel­le­ment la durée de vie cel­lu­laire (apop­tose) est un facteur de pres­sion sélec­tive qui accé­lère la dyna­mique de l’évolution et, par consé­quent, la renforce.

Télo­mères (en blanc)

Concrè­te­ment, l’apoptose est liée à la dégra­da­tion des télo­mères, ces bou­chons ter­mi­naux des chro­mo­somes qui tiennent fonc­tion­nel­le­ment du petit cylindre de plas­tique à la fin des lacets de chaus­sures. Ces struc­tures sont syn­thé­ti­sées par une enzyme, la télo­mé­rase, lors du pro­cessus de répli­ca­tion de l’ADN. Si la télo­mé­rase est très active durant la période embryo­lo­gique et foetale, elle ne s’exprime plus guère après que dans les cel­lules ger­mi­nales et dans cer­taines cel­lules cancéreuses.

Les cel­lules soma­tiques, dépour­vues tota­le­ment ou presque de cette enzyme après la nais­sance, se divisent dès lors privées de la pleine pro­tec­tion des télo­mères qui dis­pa­raissent après une cin­quan­taine de divi­sions. Les chro­mo­somes subissent par consé­quent les mitoses ulté­rieures avec des dom­mages (alté­ra­tion de l’information, fusion de deux chro­mo­somes…) empê­chant de nou­velles divi­sions et menant à la mort cel­lu­laire et au vieillis­se­ment de l’organisme.

Comme l’explique Richard Dawkins 1 : « …/ les gènes qui réus­sissent auront ten­dance à retarder la mort de leurs machines à survie, au moins jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus se repro­duire. (…) il est évident qu’un gène létal qui fera effet à retar­de­ment sera plus stable dans le pool génique qu’un autre qui fera effet tout de suite. (…) Ainsi, selon cette théorie, la séni­lité n’est que le sous-produit de l’accumulation dans le pool génique de gènes létaux et de gènes semi-létaux à effet retard, qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet de la sélec­tion natu­relle sim­ple­ment parce qu’ils ne font sentir leurs effets que très tard. »

Les récentes simu­la­tions infor­ma­tiques d’André C. R. Martins 2 mettent en pré­sence des popu­la­tions d’organismes immor­tels avec des com­pé­ti­teurs mortels. Elles démontrent clai­re­ment que « When condi­tions change, a senes­cent species can drive immortal com­pe­ti­tors to extinc­tion. This counter-intuitive result arises from the pruning caused by the death of elder indi­vi­duals. When there is change and muta­tion, each gene­ra­tion is slightly better adapted to the new condi­tions, but some older indi­vi­duals survive by chance. Senes­cence can eli­mi­nate those from the genetic pool. Even though indi­vi­dual selec­tion forces can some­times win over group selec­tion ones, it is not exactly the indi­vi­dual that is selected but its lineage. While senes­cence damages the indi­vi­duals and has an evo­lu­tio­nary cost, it has a benefit of its own. It allows each lineage to adapt faster to chan­ging condi­tions. We age because the world changes. »

Évo­lu­tion des simu­la­tions d’André C. R. Martins

Il y a pour­tant des immortels

Par « immor­tels », je ne parle pas ici des orga­nismes dotés de méca­nismes de pré­ser­va­tion qui leur confèrent une grande lon­gé­vité tels cer­tains tar­di­grades3, mais bien d’organismes dont la seule façon de mourir est de suc­comber à un acci­dent, une maladie ou une pré­da­tion. Bref il existe des orga­nismes qui ne meurent pas « de mort natu­relle » pour adopter cette étrange expression.

La sexua­lité, qui brasse le maté­riel géné­tique des indi­vidus d’une même espèce, n’est pas le seul mode de repro­duc­tion. La plupart des orga­nismes se repro­duisent par scis­si­pa­rité. Dans ce cas, l’avantage sélectif que la mort confère aux espèces sexuées, cet avan­tage semble net­te­ment moins impor­tant, voire absent. De fait, à l’instar des cel­lules ger­mi­nales des plu­ri­cel­lu­laires, de nom­breux uni­cel­lu­laires ne sont en effet pas soumis à la pres­sion sélec­tive d’une mort pro­grammée et jouissent d’une immor­ta­lité théorique.

Tur­ri­topsis nutricula

Étran­ge­ment, ils ne sont pas seuls à être exemptés d’apoptose et cer­tains orga­nismes au cycle de vie com­plexe, pré­tendent aussi à l’immortalité. C’est le cas de la méduse Tur­ri­topsis nutri­cula qui peut — en réponse à des condi­tions dif­fi­ciles — retourner à l’état de polype, lequel a la pos­si­bi­lité de se mul­ti­plier avant de reprendre un état de méduse.4

Cer­tains vers plats (pla­naires) consti­tuent un autre exemple inté­res­sant car cer­tains sont dotés comme nous d’une sexua­lité tandis que les autres se repro­dui­sant par scis­si­pa­rité. Or, les deux types de pla­naires sont éga­le­ment capables de se régé­nérer indé­fi­ni­ment en recons­ti­tuant les tissus néces­saires. Et ce sans que l’on observe de dif­fé­rence géné­tique entre les tissus ori­gi­nels et les tissus régé­nérés. Chez ces pla­naires, l’activité de la télo­mé­rase, pro­tec­trice des télo­mères, reste constante et leur garantit une éter­nelle jeu­nesse. 5

Bref, de nom­breux exemples natu­rels existent qui prouvent que la mort n’est pas un méca­nisme inéluctable.

Mais qu’est-ce qui nous ennuie dans la mort ?

Toutes les reli­gions affir­mant de pair l’existence d’un Dieu et la survie de l’esprit confirment ceci : ce qui nous ennuie vrai­ment dans la mort, ce n’est pas tant la fin de la vie que la fin de l’esprit.

Bien sûr, une autre chose nous ennuie aussi mais elle se produit avant la mort : c’est la vieillesse. « Mourir cela n’est rien. Mais vieillir… » C’est que, nous l’avons vu, la vieillesse n’est rien d’autre que l’accumulation de petites morts cel­lu­laires avec tout ce que cela entraîne comme mala­dies, dys­fonc­tion­ne­ments, dou­leurs et handicaps.

Dès lors, le vieux rêve d’immortalité peut prendre deux direc­tions. La pre­mière est bio­lo­gique mais semble semée d’embûches. En effet, le phé­no­mène d’apoptose qui condamne nos cel­lules est — par le même méca­nisme — notre meilleure pro­tec­tion contre le cancer. D’autres pistes existent tou­te­fois comme celle des cel­lules souches qui vient d’enregistrer des résul­tats inté­res­sants. 6

La seconde direc­tion est infor­ma­tique. Elle consiste à sauver l’esprit avant que la dégra­da­tion bio­lo­gique de l’individu ne l’atteigne…

Projets d’immortalité

Si les rêves d’immortalité ont prix corps dans de nom­breux mythes et romans, peu de projets de recherche publiques y ont été consa­crés. Tou­te­fois, l’idée que nous puis­sions dis­poser de copies par­faites de l’information contenue dans nos cer­veaux n’est ni neuve ni extra­or­di­naire. L’hypothèse de l’IA forte 7 gagne en cré­di­bi­lité chaque jour, per­met­tant de penser que l’expression de cette infor­ma­tion ne sera pas une pâle copie de nos sou­ve­nirs mais bien nous-mêmes avec nos émo­tions, aspi­ra­tions et tout ce qui fait que ce que nous sommes.

Un projet initié par un mil­liar­daire russe, Dmitry Itskov, constitue un premier pas dans cette direc­tion : le 2045 Avatar Project. Un objectif est de trans­planter un cerveau humain dans un robot huma­noïde d’ici une dizaine d’années ans. Une étape ulté­rieure sera de rem­placer le cerveau bio­lo­gique par un cerveau arti­fi­ciel. 8

Étapes du 2045 Avatar Project

Je ne sais si ce projet par­ti­cu­lier dispose de toutes les garan­ties voulues pour mener pareille entre­prise à bien. En revanche, je ne doute guère que nous sommes à un car­re­four où convergent deux cou­rants impor­tants. Tout d’abord, une accé­lé­ra­tion fou­droyante de notre com­pré­hen­sion des pro­cessus de l’esprit et des tech­no­lo­gies qui y sont liées de près ou de loin. Enfin, une pri­va­ti­sa­tion de plus en plus effi­cace de recherches autre­fois réser­vées à de lourdes admi­nis­tra­tions telles que la NASA. Cette conver­gence confère à l’intelligence humaine un bras de levier excep­tionnel capable de sou­lever des obs­tacles qui nous étaient apparus comme immuables.

Bien sûr, cette muta­tion sera la plus impor­tante de toutes celles que l’humanité ait vécues. Du fait des faci­lités d’interfaçage des indi­vidus numé­risés, d’autoreprogrammabilité et de repro­duc­ti­bi­lité, la notion même d’individualité perdra vite toute signification.

Face à un tel chan­ge­ment, toute ten­ta­tive de pré­vi­sion semble absurde… si ce n’est celle qu’Haldane fit il y a plus d’un siècle : « Ce qui ne fut pas sera, et per­sonne n’est à l’abri. »


  1. Dawkins, Richard. Le gène égoïste. [Nouv. éd.]. ed. Paris: O. Jacob, 2003. p 66. 
  2. Martins ACR (2011) Change and Aging Senes­cence as an Adap­ta­tion. PLoS ONE 6(9): e24328. doi:10.1371/journal.pone.0024328 
  3. Cer­tains tar­di­grades peuvent ralentir leur méta­bo­lisme de telle manière qu’il semble tota­le­ment à l’arrêt (cryp­to­biose). 
  4. Piraino, S.; Boero, F.; Aesch­bach, B.; Schmid, V. (1996). « Rever­sing the Life Cycle: Medusae Trans­for­ming into Polyps and Cell Trans­dif­fe­ren­tia­tion in Tur­ri­topsis nutri­cula (Cni­daria, Hydrozoa) ». The Bio­lo­gical Bul­letin (Bio­lo­gical Bul­letin, Vol. 190, No. 3) 190 (3): 302–312. 
  5. Thomas C. J. Tan, Ruman Rahman, Farah Jaber-Hijazi, Daniel A. Felix, Chen Chen, Edward J. Louis, and Aziz Aboo­baker. Telo­mere main­te­nance and telo­me­rase acti­vity are dif­fe­ren­tially regu­lated in asexual and sexual worms. PNAS 2012 : 1118885109v1-201118885. 
  6. Inhi­bi­tion of acti­vated per­icen­tro­meric SINE/Alu repeat trans­crip­tion in senes­cent human adult stem cells reins­tates self-renewal. Cell Cycle, Volume 10, Issue 17, Sep­tember 1, 2011. 
  7. Selon la thèse de l’Intelligence Arti­fi­cielle forte, il est pos­sible de construire une machine consciente d’elle-même et dis­po­sant de sen­ti­ments. (Étant entendu que les termes « conscient » et « sen­ti­ments » sont définis de la même façon que pour un être humain.) 
  8. http://​2045​.com/ 

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English version avai­lable here.

Cet article examine plu­sieurs méthodes qui ont montré une capa­cité cer­taine de prévoir le futur. La pre­mière com­prend des équa­tions simples (lois de puis­sance, power laws) dont les coef­fi­cients empi­riques ont pu être déter­minés sur plu­sieurs ordres de gran­deur dans des condi­tions très variées. Les modèles sous-jaçants sont à la limite de plu­sieurs dis­ci­plines, de l’écologie à la socio­logie. Vient ensuite le suivi sys­té­ma­tique des innom­brables sources d’information numé­riques sur l’actualité dont nous dis­po­so­sons doré­na­vant, approche connue sous le nom de cultu­ro­mique (note 3). Fina­le­ment, la vieille méthode des seuils cri­tiques chère aux anciens polé­mo­logues (Bou­thoul, 1962) et dont le dépas­se­ment conduit à des chan­ge­ments qua­li­ta­tifs a été remis à l’honneur dans le cas des émeutes liées au prix des denrées ali­men­taires.

Peut-on prévoir le futur à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux, en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la ther­mo­dy­na­mique (Voir note 1)? Il semble bien que la réponse soit oui, et de nombre de publi­ca­tions scien­ti­fiques récentes vont dans ce sens.

1. Equa­tions empiriques

Com­men­çons par quelques articles publiés il y a deux ans environ par Bohor­quez et al. (2009) et par Johnson et al. (2011). Dans le cas du premier article,

Fré­quence cumulée d’actes de guerre en Afgha­nistan en fonc­tion du nombre de blessés (a) nombre de tels actes depuis le 5ooème jour des opé­ra­tions dans le pays (b). Figure com­posée à partir de deux figures de Bohor­quez, 2009. Voir note 2.

les auteurs sont des ingé­nieurs, des phy­si­ciens et un éco­no­miste. A l’époque de la publi­ca­tion, Bohor­quez tra­vaillait au Depart­ment of Indus­trial Engi­nee­ring and CEIBA Complex Systems Research Center à l’Uni­ver­sidad de Los Andes à Bogota, en Colombie. Les scien­ti­fiques qui cosignent l’article de Johnson com­prennent un plus grand nombre de dis­ci­plines, de la bio­logie à la socio­logie en passant par l’informatique et la phy­sique. Johnson lui-même est un phy­si­cien de l’université de Miami. Notons par ailleurs que ces deux groupes tra­vailent en collaboration.

Que disent ces articles? D’abord qu’il existe un loi de puis­sance (power law) très simple qui relie l’intervalle entre deux attaques terr­ro­ristes (ou actions bel­li­queuses). Cet inter­valle a ten­dance à rac­courcir en même temps que les ter­ro­ristes apprennent leur métier. Si la loi est connue, la date de la pro­chaine attaque peut être estimée (avec une cer­taine erreur, bien évi­dem­ment). Il existe aussi un rapport simple entre l’importance des attaques et leur fré­quence: la fré­quence diminue avec la « taille » des attaques à la puis­sance 2.5 (Gilbert, 2009).

Le mérite de ces travaux est qu’ils relient de manière quan­ti­ta­tive cer­tains com­por­te­ments humains vio­lents ou non (au-delà du ter­ro­risme, donc), l’écologie et cer­tains modèles éco­no­miques (ce n’est pas par hasard que nous avons l’éco-logie et l’éco-nomie!). Ils ne manquent pas de rap­peler d’autres études (Bet­ten­court et al, 2007; Bet­ten­court et  West, 2011) qui uti­lisent des lois de puis­sance pour décrire les rela­tions entre la taille des villes (mesurée par leur nombre d’habitants) et une col­lec­tion dis­pa­rate d’indicateurs qui vont du salaire moyen au nombre d’inventeurs en passant par la consom­ma­tion  d’électtricité des ménages et la densité des sta­tions d’essence. Ces travaux per­mettent eux aussi de « prédire » la façon dont un certain nombre de variables vont se com­porter dans le futur, disons en 2050. En effet, beau­coup d’indicateurs sont liés à la popu­la­tion comme variable indé­pen­dante, laquelle popu­la­tion est très pré­vi­sible puisque la majo­rité des êtres humains qui peu­ple­ront la terre en 2050 sont déjà nés. Par ailleurs, les pro­jec­tions de popu­la­tion faites au cours de l’immédiat après-guerre (je parle de 1940–45) se sont avérées éton­nam­ment exactes (voir par exemple Chi, 2009).

Figure extraite de Lagi et al., 2011: his­to­rique des émeutes/révolutions depuis 2004 en fonc­tion d’un indice de prix des denrées alimentaires.

2. Cultu­ro­mique

Récem­ment, d’autres auteurs, dont Leetaru (2011), ont abordé les pré­vi­sions d’une manière radi­ca­le­ment dif­fé­rente, basée sur le fait que nous dis­po­sons main­te­nant d’énormes bases de données numé­riques rela­tives à la presse écrite et parlée et aux agences de presse, sans parler des sites web des jour­naux et maga­zines natio­naux et inter­na­tio­naux. Ces bases de données couvrent au moins les trente der­nières années. Les tech­niques d’exploration des données (data mining) per­mettent de trouver cer­tains termes, leur fré­quence, leur asso­cia­tion avec d’autres termes, ainsi que leur ton et leur géo­lo­ca­tion. Le ton (tone en anglais, mais mood serait plus appro­prié) et la géo­lo­ca­tion consti­tuent la prin­ci­pale inn­va­tion apportée par Leetaru. Le ton est donné par des termes « postifs » ou « néga­tifs » comme « ter­rible », « amé­lio­ra­tion » ou « heureux ». La géo­lo­ca­tion consiste sim­ple­ment à situer géo­gra­phi­que­ment tous ces termes. Cette approche, que Leetaru appelle « cultu­ro­mique » (note 3) lui a permis de faire des pré­vi­sions à court terme rela­tives aux révo­lu­tions en Egypte, Tunisie et Lybie, de voir se pré­parer le conflit en Serbie et prédire la sta­bi­lité de l’Arabie Saou­dite jusqu’en 2012. Appli­quée à la loca­li­sa­tion de Ossama Bib Laden, la méthode iden­tifie une région qui com­prend Abbo­tabad où le raid état­su­nien a fina­le­ment eu raison de lui.

3. Dépas­se­ment de seuils critiques

Je ter­mi­nerai en signa­lant une étude très remar­quée de Lagi et al. (2011) dont une des­crip­tion très lisible est donnée par Johnson, 2011 (Il s’agit d’un autre Johnson que l’auteur cité plus haut.) Ces auteurs ont observé une asso­cia­tion his­to­rique entre cer­taines émeutes et la cherté des denrées ali­men­taires. Le seuil se situe vers 220 $/tonne en prix cou­rants et vers 190$/tonne en prix constants de 2004. Il a été dépassé en 2008 et en concor­dance avec le Prin­temps Arabe. Selon les auteurs, si la ten­dance des prix cou­rante se main­tient, les pro­chaines révo­lu­tions sont à attendre entre juillet 2012 et août 2013.

4. Conclu­sion

Dans l’ensemble, ces méthodes sont inté­res­santes, et l’engouement suscité par les articles de Leetari, Lagi et ceux issus du cercle de Geof­frey West (p.ex. Bet­ten­court et al.) témoignent de l’intérêt des milieux scien­ti­fiques comme de celui de la prese géné­ra­liste pour les pré­vi­sions. Il me semble,  cepen­dant,  que le succès des méthodes soit dû à l’abondance des données dis­po­nibles plus qu’à la nou­veauté des approches. D’une cer­taines façon, ces méthodes témoignent toutes de l’importance et de l’efficacité de l’internet. La note de Leetari, par exemple, n’a pas souf­fert de sa publi­ca­tion sur un site jusqu’alors confi­den­tiel. Le village global existe bel et bien!

Notes

Note 1 : Cette note est un clin d’oeil. La phrase est extraite avec quelques modi­fi­ca­tions mineures de Wiki­pedia: La psy­cho­his­toire est une science ima­ginée par l’auteur de science-fiction Nat Schachner et déve­loppée plus lar­ge­ment par Isaac Asimov (1920–1992) dont le but est de prévoir l’Histoire à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la thermodynamique.

Note 2 : La partie supé­rieure de la figure (a) indique que 100% des actes de guerre font au moins une victime, alors que 1/1000 fait 100 vic­times. Partie infé­rieure (b): 8 évé­ne­ments par jour ne se pro­duisent pra­ti­que­ment jamais, alors quer 30% des jours sont carac­té­risés par deux événements.

Note 3 : cultu­ro­mics en anglais. Comme ther­mo­dy­na­mics devient « la ther­mo­dy­na­mique » et cyn­di­nics « la cyn­di­nique » j’ai osé le terme de « culturomique »

Refe­rences

Bet­ten­court, L.M.A., J.Lobo, D.Helbing, C.Kühnert & G.B. West. 2007. Growth, inno­va­tion, scaling, and the pace of life in cities. PNAS, 104(17):7301–7306.

Bet­ten­court, L.M.A & G.B. West. 2011. Bigger Cities do more with less: new science reveals why cities become more pro­duc­tive and effi­cient as they grow. 305(3):51–53.

Bohor­quez, J.C., S.Gourley, A.R.Dixon, M.Spagat & N.F.Johnson. 2009. Common ecology quan­ti­fies human insur­gency. Nature 462:911–914.

Bou­thoul, G. 1962. Le Phénomène-Guerre. Petite biblio­thèque Payot, Paris. 283 pp.

Chi, G. 2009. Can know­ledge improve popu­la­tion fore­casts at sub­county levels? Demography,46:405–427. Dis­po­nible sur le net. Voir aussi http://​www​.esri​.com/​l​i​b​r​a​r​y​/​w​h​i​t​e​p​a​p​e​r​s​/​p​d​f​s​/​e​v​a​l​u​a​t​i​n​g​-​p​o​p​u​lation.pdf et http://​www​.ageing​.ox​.ac​.uk/​f​i​l​e​s​/​w​o​r​k​i​n​g​p​a​p​er_507.pdf

Gilbert, N. 2009. Model­lers claim wars are predictable.Insurgent attacks follow a uni­versal pattern of timing and casual­ties. Nature 462:836. L’article de Gilbert est une pré­sen­ta­tion du travail de Bohor­quez et al., 2009.

Johnson, E.M. 2011. Freedom to Riot: On the Evo­lu­tion of Col­lec­tive Vio­lence.

Johnson, N.F., S.Carran, J.Botner, K.Fontaine, N.Laxague, P.Nuetzel, J.Turnley & B.Tivnan. 2011. Pat­terns of Esca­la­tions in Insurgent and Ter­ro­rist Acti­vity. Science 333(81):81–84. Voir aussi NPR staff, 2011. Math Can Predict Insurgent Attacks.

Lagi, M., K.Z.Bertrand & Y.Bar-Yam. 2011. The Food Crises and Poli­tical Insta­bi­lity in North Africa and the Middle East. http://​arxiv​.org/​a​b​s​/​1​108.2455v1. L’article est téĺé­char­geable.

K.H.Leetaru. 2011. Cultu­ro­mics: fore­cas­ting large-scale human beha­viour using glocal news mwdia tone in time and space. First Monday,  16(9). This is an internet publi­ca­tion. Voir ce site. Voir aussi http://www.kurzweilai.net/culturomics-2–0-forecasting-large-scale-human-behavior-using-global-news-media-tone-in-time-and-space qui com­prend des ani­ma­tions intéressantes.

 

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Science is the belief in the igno­rance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Prin­ceton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire par­ti­cu­lier nommé PEAR : Prin­ceton Engi­nee­ring Ano­ma­lies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phé­no­mènes dif­fi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des cir­cuits élec­tro­niques [1]. Les acti­vités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la pro­blé­ma­tique ini­tiale devient de mieux en mieux com­prise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions com­plexes qui peuvent exister entre des cir­cuits élec­tro­niques et leurs uti­li­sa­teurs, en rela­tion avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des cir­cuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une pro­ba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien cali­brée.  L’expérience consiste à demander à un uti­li­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résul­tats ont été accu­mulés au cours d’une dizaine d’années, par une cen­taine d’expérimentateurs.

A expé­rience sur­pre­nante, résul­tats sur­pre­nants : la fré­quence de 0 et de 1 dans la séquence générée est cor­rélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quan­tité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue sta­tis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un indi­vidu à un autre : cer­tains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), cer­tains obtiennent pré­fé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résul­tats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une fal­si­fi­ca­tion obs­cu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des pré­jugés pro­fon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heu­reu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode uti­lisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures uni­ver­sités au monde. En plus, et le fait est suf­fi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dis­po­nibles à qui­conque voulait les ana­lyser à sa manière. Sur cette base, des argu­ments ont été pro­posés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses col­la­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient cer­tains résul­tats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beau­coup de méthodes sta­tis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot– incroyables. Dans ces condi­tions, la réac­tion des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion tech­nique pour­quoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir hon­nê­te­ment si elles le sont. Je me sou­viens avoir discuté en man­geant avec un pro­fes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, phy­si­cien et père de Michel, sur les sour­ciers [5] : je racon­tais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sour­cier ». Le fait même de trouver que cette ques­tion méri­tait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la caté­gorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résul­tats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résul­tats faux, et c’est normal : c’est uni­que­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résul­tats ini­tiaux. Dans le cas des résul­tats de PEAR, per­sonne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Ben­ve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Ben­ve­niste a eu beau contrer un par un les argu­ments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], ana­lyser dif­fé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de sta­tis­ti­ciens [7], changer de modèle bio­lo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résul­tats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Reve­nons à PEAR. Les résul­tats sont fas­ci­nants, mais pas néces­sai­re­ment cho­quants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La pre­mière éven­tua­lité n’est pas très dif­fé­rente d’un pro­blème bien connu en méca­nique quan­tique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système phy­sique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus sur­pre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple clas­sique est le posi­tron qui par beau­coup d’aspects peut être compris comme un élec­tron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements pré­sents influencés par le futur, pour ana­lyser notam­ment des situa­tions d’enchevêtrement quan­tique [10]. Pour­quoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans cer­tains domaines et qu’on les rejette de manière épi­der­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  tou­jours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les pré­jugés, qui ont le dernier mot. Le rai­son­ne­ment libre et non orienté n’est pos­sible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori pos­sible. On accepte des recherches débri­dées sur les par­ti­cules élé­men­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le rai­son­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a pos­te­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sour­ciers était, pour ce pro­fes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capa­cités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immé­diat. Les cas de construc­tion de sou­ve­nirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi ins­truc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magi­cien cache à sa victime ce qu’il fait. Des sys­tèmes de eye-tracking montrent pour­tant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direc­tion, ce qui suggère que le truc exploite un méca­nisme cog­nitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la per­cep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment phy­sique immé­diat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phé­no­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élu­ci­dées. La pre­mière étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong ques­tion, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Cor­re­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Ope­rator Inten­tion: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Dif­fe­rences in Human/Machine Ano­ma­lies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jef­ferys, Baye­sian Ana­lysis of Random Event Gene­rator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sour­ciers, Presse Uni­ver­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Ben­ve­niste pour publier ses résul­tats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scan­dale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) pré­sen­tait donc les résul­tats de 4 équipes de recherche : celle de Ben­ve­niste, une ita­lienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Ben­ve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cor­nillet, B. Poi­tevin, A. Spira, L’agitation de solu­tions hau­te­ment diluées n’induit pas d’activité bio­lo­gique spé­ci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beau­vais, L’âme des molé­cules — une his­toire de la « mémoire de l’eau », Col­lec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dis­po­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, cha­pitre 27, Pyg­ma­lion : 1979) rap­porte un cas frap­pant de deux concep­tions bio­lo­giques pour­tant contraires –à propos des rap­ports entre phy­lo­ge­nèse et onto­ge­nèse– qui furent uti­li­sées suc­ces­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hal­lu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nou­velle science : la neu­ro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

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Alisa Miller, chef de Public Radio Inter­na­tional, évoque avec humour les méca­nismes par les­quels les médias amé­ri­cains offrent une vision dis­tordue du monde pour épan­cher une soif modeste mais réelle d’informations inter­na­tio­nales. Avec des sta­tis­tiques et des gra­phiques par­ti­cu­liè­re­ment éclairants.

Ceci en écho loin­tain à un ancien billet.

avk

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Nous nous trou­vons devant un para­doxe : la mul­ti­pli­ca­tion des vec­teurs d’information crée une nébu­leuse qui nuit à la trans­mis­sion de la connaissance.

Trois fac­teurs inter­dé­pen­dants concourent à l’expliquer : la tech­no­logie, la com­plexité et l’économie.

George Fre­de­rick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connais­sance que j’utilise quo­ti­dien­ne­ment, mon iPhone gère une dizaine de pro­to­coles dif­fé­rents donnant chacun accès une masse infor­ma­tion­nelle que mon esprit assi­mile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebon­dis­sons de texte en texte, suivant un fil indé­fini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en déga­geons des impres­sions floues et avons de plus en plus de mal à syn­thé­tiser ce que nous avons retenu de cette immer­sion.
Sur le plan social, la situa­tion est encore pire : notre société occi­den­tale rend les outils d’édition et de partage acces­sibles à chacun, mais sans ces outils com­plé­men­taires que sont le respect du texte, le trans­fert des réfé­rences, la véri­fi­ca­tion des sources, l’examen de la per­ti­nence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information por­teuse du savoir ori­ginel, le texte de réfé­rence.
À force de trans­mis­sions par­tielles, de com­men­taires, de copier-coller, de négli­gences volon­taires ou non, la dis­tance entre l’information et la connais­sance s’est creusée.

2. L’effondrement du moder­nisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible com­plexité du monde. Il y a deux géné­ra­tions, nous vivions dans un monde infini dont nous pen­sions pouvoir maî­triser les para­mètres fon­da­men­taux. Aujourd’hui, nous nous heur­tons à la fini­tude des res­sources et à notre inca­pa­cité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi impor­tants que la météo, les popu­la­tions de pois­sons ou la finance mon­diale.
Nous sommes donc rési­gnés, dans le meilleur des cas, à des poli­tiques de très courts termes, à des actions pure­ment locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confu­sion infor­ma­tion­nelle et ces limi­ta­tions déci­sion­nelles se révèlent être des sources de profits impor­tants pour de nom­breux grou­pe­ments d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nou­velles tech­no­lo­gies impliquent direc­te­ment les modèles socioé­co­no­miques pla­né­taires, et sont d’une impor­tance capi­tale tant pour les ONG que pour les mul­ti­na­tio­nales ou les entités poli­tiques. Ces der­niers uti­lisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objec­tifs, et la dif­fi­culté de modé­liser cer­tains phé­no­mènes com­plexes rend dif­fi­cile la réfu­ta­tion de leurs poli­tiques.
Pour­tant, portés par leur opti­misme, cer­tains vont trop loin et pro­pagent des infor­ma­tions faci­le­ment réfu­tables. Cer­tains camouflent des posi­tions idéo­lo­giques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduc­tion facile des construc­tions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contri­buer à favo­riser l’accès à la connais­sance de notre monde, des prin­ci­paux pro­blèmes qu’il tra­verse et des solu­tions envi­sa­gées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambi­tieux. C’est pour­quoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vau­drait la peine de conti­nuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sen­si­bi­lité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

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Le social book­mar­king est apparu en 2005 avec de​.licio​.us dont le succès pro­vient en grande partie… de son succès. C’est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socia­li­sa­tion – a son impor­tance. En 2006 est apparu Stum­bleUpon, plus struc­turé et per­met­tant de dire d’un clic « j’aime » ou « j’aime pas », d’intégrer son propre site, de main­tenir un petit blog et surtout d’intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Mar­shall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l’impression que cela servait surtout à tromper l’ennui. Une floppée d’autres sites émer­gèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses impor­tantes : l’importation facile des signets du navi­ga­teur, une inter­face lumi­neuse, la pos­si­bi­lité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C’était devenu mon outil pour par­tager mes décou­vertes avec des amis, et pour m’assurer une acces­si­bi­lité à mes signets lors de mes dépla­ce­ments. J’y ai décou­vert aussi quelques sites inté­res­sants. Pour­tant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu’il fait le choix auda­cieux de l’open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social book­mar­king que j’utilisais pour une option fan­tas­tique : celle qui permet de sur­li­gner des pas­sages. Lorsque je rédige un article, j’ai pris l’habitude, grâce à l’extension de Diigo, de sur­li­gner les pas­sages impor­tants et de les stocker dans une liste per­son­nelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d’un clic j’ai non seule­ment accès à mes sources mais encore aux pas­sages sur­li­gnés. Épatant, même si l’usage que j’en faisais était très per­sonnel. De fait, l’aspect social de Diigo était han­di­capé par plu­sieurs lour­deurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd’hui même, une fois votre compte ouvert et l’extension ins­tallée sur votre navi­ga­teur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu’un site vous plait, sur­li­gnez éven­tuel­le­ment les pas­sages impor­tants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous per­mettra de donner une des­crip­tion, d’en choisir le carac­tère privé ou public, de pré­venir Twitter, d’ajouter ce signet à une liste que vous aurez préa­la­ble­ment créée, d’informer un groupe etc.

Ulté­rieu­re­ment, vous retrou­verez ce site avec le sur­li­gnage, mais vous verrez aussi qui d’autre l’a mis en signet public et quelles anno­ta­tions y ont été ajou­tées par la communauté.

Parmi la cen­taine de nou­veautés de la version 3, j’en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent direc­te­ment acces­sibles dans votre barre laté­rale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre laté­rale, il est pos­sible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fati­guera pas rapi­de­ment mais pour le moment, c’est assez bluffant.
  3. Il est désor­mais pos­sible à une équipe (de cher­cheurs ou de rédac­teurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dic­tion­naire de mots-clés afin d’éviter de voir ces plé­thores de tags syno­ny­miques ou mal ortho­gra­phiés qui pol­luent géné­ra­le­ment ce genre de sites.
  4. L’option People like me vous permet, sur base de vos der­niers signets, de décou­vrir les gens qui par­tagent le plus vos inté­rêts et dès lors, d’augmenter vos chances de décou­vrir non seule­ment des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n’est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, Face­Book et l’email sont à votre portée pour par­tager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désor­mais une solu­tion effi­cace à dif­fé­rentes pré­oc­cu­pa­tions qui dépassent de loin le simple social net­wor­king. C’est désor­mais un outil majeur pour qui­conque désire struc­turer, stocker et par­tager en ligne une infor­ma­tion qui ne se limite par à une URL.

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Voir clair

La com­plexité envahit toute notre sphère de connais­sance. Nous ne pouvons plus faire sem­blant que le monde est simple.

Com­prendre les sou­bre­sauts de la finance, l’évolution de la bio­di­ver­sité, les mou­ve­ments des sociétés, l’impact de nou­veautés tech­no­lo­giques demande de faire appel à un ensemble impor­tant de para­mètres inter­dé­pen­dants. La pré­sen­ta­tion tex­tuelle de ces données ne permet plus guère de per­ce­voir les phé­no­mènes qu’elles décrivent et une impor­tance nou­velle investit l’art de la visua­li­sa­tion. The Art of Complex Pro­blems Solving est à ce titre auto-référentiel.

Quelques sites méritent d’être référencés :

A tout sei­gneur tout honneur, Visual­com­plexity est le site de réfé­rence pour la modé­li­sa­tion des réseaux com­plexes : col­la­bo­ra­tion sur des projets cultu­rels, simi­la­rités cultu­relles sur base des achats, inter­dé­pen­dance des fac­teurs d’obésité ou encore une repré­sen­ta­tion de la blo­go­sphère de Sin­ga­pore. L’exemple ci-dessous illustre par exemple la bio­chimie du méta­bo­lisme humain.

Le blog Urban Car­to­graphy col­lecte des visua­li­sa­tions de sys­tèmes aussi variés que les rela­tions de Lou Bega ou les pro­ba­bi­lités des causes de décès (tiens, on a deux fois plus de chances de mourir d’un coup de feu que de se faire ren­verser par une voiture…) Les sources ne sont pas tou­jours clai­re­ment indi­quées, et la fia­bi­lité des données sujette à caution. Reste la qualité et la créa­ti­vité de cer­taines planches.

Stran­ge­maps est lui tota­le­ment dédié à la car­to­gra­phie illus­tra­tive, pro­po­sant des cartes géo­gra­phiques contem­po­raines ou non mettant en pers­pec­tive une pro­blé­ma­tique onto­lo­gique, sociale ou géo­po­li­tique. L’exemple suivant illustre le che­mi­ne­ment de Neil Amstrong sur la Lune com­pa­ra­ti­ve­ment à un terrain de football :

Gap­minder est un outil que j’affectionne tout par­ti­cu­liè­re­ment. Une cen­taine de données récentes (prin­ci­pa­le­ment éco­no­miques et démo­gra­phiques) en abcisse, et autant en ordon­nées. Comment se répar­tissent les espé­rances de vie en fonc­tion des revenus annuels? Dans quelle mesure les dépenses mili­taires sont-elles liées à l’analphabétisme? Vous sélec­tionnez et vous ana­lysez. Dif­fi­cile de faire mieux en matière d’interactivité et de clarté.

Et puis, il y a Indexed, le blog de Jessica Hagy, qui décrit la vie, l’univers et le reste au moyen de petits dia­grammes de Venn. Je crois que Jessica com­prend tout. Et moi-même, j’y vois désor­mais un peu plus clair…

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So what is this mind of ours: what are these atoms with conscious­ness? Last week’s pota­toes! They now can remember what was going on in my mind a year ago…a mind which has long ago been replaced.
(Richard P. Feynman)


Je suis en train de me remé­morer un épisode
de mon enfance et je vous invite à faire la même chose. Je me sou­viens d’un son et d’une odeur comme si j’y étais. Vous vous dites peut-être qu’il n’y a là rien de bien sur­pre­nant, puisque j’y étais. Et bien, en un certain sens, je pré­tends n’avoir pas assisté à ces épi­sodes dont je me sou­viens si bien. Pas plus que vous d’ailleurs.

Des ana­lyses de tra­ceurs radio­ac­tifs montrent que les molé­cules d’eau restent en moyenne 4 semaines dans notre corps, les atomes des os y restent quelques mois, les plus longs temps de séjour ne sont que de quelques années [1, 2]. Chaque année, 98 % de la matière qui constitue notre corps est rem­placée. Pra­ti­que­ment, notre corps ne contient plus aucun des atomes qui le consti­tuaient durant notre enfance. Comme le résume mali­cieu­se­ment Feynman: ce sont les atomes des pommes de terre que nous avons mangées la semaine der­nière qui sont aujourd’hui le support maté­riel de nos sou­ve­nirs d’enfance! Ou pire. Du sou­venir des pensées que nous avions étant enfants.

Notre iden­tité intime ne se confond donc pas avec celle de la matière qui constitue notre corps, pas même notre cerveau, puisqu’elle est constam­ment rem­placée alors que nous restons nous-mêmes [2]. Nos sou­ve­nirs, notre conscience, nos sen­ti­ments, n’ont comme support maté­riel que la forme de la matière, pas la matière elle-même. Nous sommes comme un tour­billon qui est à chaque instant fait d’une eau dif­fé­rente, mais qui garde sa forme au cours du temps. Com­pre­nons nous : nous ne sommes pas l’eau qui constitue le tour­billon, nous ne sommes que la forme du tourbillon.

Steve Grand, le créa­teur du jeu infor­ma­tique Crea­tures, suggère qu’il n’y a pas de dif­fé­rence fon­da­men­tale entre la forme et la matière [3]. La dif­fé­rence que nous per­ce­vons pour­rait bien n’être qu’un biais anthro­po­cen­trique [1]. Consi­dé­rons l’électron. On le consi­dère comme une par­ti­cule maté­rielle, mais on ne détecte sa pré­sence que par ses effets élec­tro­ma­gné­tiques. De beau­coup de points de vue, l’électron peut donc être compris comme étant une défor­ma­tion du champ élec­tro­ma­gné­tique qui ne s’atténue pas au cours du temps. L’électron serait au champ élec­tro­ma­gné­tique ce que le tour­billon est à l’eau : une forme per­sis­tante. Idem du proton. Et quand un proton et un élec­tron se ren­contrent, ils créent une nou­velle forme per­sis­tante : l’atome d’hydrogène. Et ainsi de suite pour la chimie de plus en plus com­plexe qui mène à la vie et à la conscience par une hié­rar­chi­sa­tion des formes. Et les esprits conscients ne seraient qu’une forme per­sis­tante de plus, dont la nature n’est pas fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rente des autres phénomènes.

Cedric Gommes

Sources

[1] Richard Dawkins, « Queerer than we can suppose », http://​www​.ted​.com/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​t​a​l​k​s​/​r​i​c​h​a​r​d​_​d​a​w​k​i​n​s​_​o​n​_​o​u​r​_​q​u​e​e​r​_​u​n​i​verse.html
[2] Tor Nor­re­tran­ders, « Per­ma­nent rein­car­na­tion »,
http://​www​.edge​.org/​q​2​0​0​8​/​q08_4.html
[3] Steve Grand, « Effing the inef­fable: an engi­nee­ring approach to conscious­ness »
http://​machi​nes​li​keus​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​E​ffing.html

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Le centre d’un cercle est le point équi­dis­tant aux points de sa cir­con­fé­rence. Cette simple défi­ni­tion dépend des symé­tries par­ti­cu­lières du cercle. Si l’on consi­dère une figure aussi simple que le tri­angle, ce ne sont pas moins de 3.000 points qui peuvent être qua­li­fiés de centres (centre de gravité, ortho­centre, centre du cercle inscrit…)

Attachons-nous au centre de gravité. C’est le point pour lequel la somme des dis­tances qui le séparent des autres points de l’objet est mini­male. Pour connaître le centre (de gravité) d’un pays, il suffit ainsi d’en découper la fron­tière dans une plan­chette de bois et de faire tenir cet objet en équi­libre sur un doigt. Le doigt pointe alors sur le centre du pays.

Cette défi­ni­tion peut s’appliquer à tout réseau pour autant que la notion de dis­tance soit définie comme le nombre d’intermédiaires néces­saires pour en relier deux élé­ments. C’est le prin­cipe du nombre d’Erdös [1] ou de celui de Bacon [2].

Dès 1929, l’écrivain Frigyes Karinthy imagina le concept des Six degrés de sépa­ra­tion, selon lequel toute per­sonne sur le globe peut être reliée à toute autre par une chaîne de six maillons de rela­tions indi­vi­duelles au maximum. Stanley Milgram étudia cette thèse dans son Étude du petit monde qui constitue un fon­de­ment capital pour l’analyse des réseaux sociaux. Face­Book, Wiki­pedia et le P2P reposent en grande partie sur ces fon­da­tions. L’une des consé­quences avérées est que c’est la soli­dité des liens faibles qui donne aux réseaux sociaux leurs cohérences.

C’est sur ces bases que Stephen Dohan s’est posée une ques­tion toute simple : quel est le centre de Wiki­pedia? Autre­ment dit, quel est l’article le plus proche de tous les autres, celui qui mini­mi­sera le nombre de clics à effec­tuer pour atteindre un article arbitraire?

La réponse est «  2007 ″, éloi­gnée en moyenne des autres articles de 3,65 clics. Mais cette page est tri­viale car il s’agit en fait d’une longue liste. En ne consi­dé­rant que les articles, le centre de Wiki­pedia est «  United Kingdom  », moyen­ne­ment dis­tante des autres de 3,67 clics. Il est suivi de «  Billie Jean King  » (3,68 clics) et de «  United States  » (3,69 clics).

Le Royaume Uni et les États-Unis ne sur­prennent guère… mais qui est donc Billie Jean King? Une ancienne joueuse de tennis à la bio­gra­phie par­ti­cu­liè­re­ment détaillée. Se trouver au centre faci­lite les contacts mais ne les stimule pas.

avk

Notes

[1] Le nombre d’Erdös d’un mathé­ma­ti­cien peut être défini de la façon suivante:

  • Le nombre d’Erdős de Paul Erdős vaut zéro ;
  • le nombre d’Erdős d’un mathé­ma­ti­cien M est le plus petit nombre d’Erdős de tous les mathé­ma­ti­ciens avec qui M a cosigné un article mathé­ma­tique, plus un (si M a un nombre de Erdős qui vaut 1, cela signifie qu’il a écrit un article avec Erdős) ;
  • si M n’a cosigné aucun article avec ces mathé­ma­ti­ciens, il a par défi­ni­tion un nombre d’Erdős infini.

[2] Le nombre de (Kevin) Bacon est au cinéma ce que le nombre d’Erdös est aux mathé­ma­tiques. Ronald Reagan a un nombre de Bacon de 2 : Il a tourné en 61 The Young Doctors avec l’acteur Eddie Albert, lequel a joué dans The Big Picture avec Kevin Bacon.

Réfé­rences

Dolan, Stephen. The Six Degrees of Wiki­pedia.

Gra­no­vetter, Mark. The Strength of Weak Ties; Ame­rican Journal of Socio­logy, Vol. 78, No. 6., May 1973, pp 1360–1380

Milgram, Stanley and J. Travers. An Expe­ri­mental Study of the Small World Problem , Socio­metry, 1969, Vol. 32, No. 4. (1), pp. 425–443.

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Chris Jordan propose un regard sai­sis­sant sur la société américaine.

L’artiste est souvent tenté d’utiliser l’émotion sus­citée par une image pour induire un propos poli­tique : un oiseau mazouté, un enfant-soldat… Mais dans quelle mesure cette image est-elle représentative?

À l’inverse, les chiffres décri­vant notre empreinte éco­lo­gique ou les sta­tis­tiques de ventes d’armes apportent plus de rigueur pour adopter une posi­tion, mais ces chiffres sont froids, peu ras­sem­bleurs, voire même hors de portée de nos capa­cités de représentation.

Les images de Chris Jordan visua­lisent des quan­tités brutes : les quinze mil­lions de feuilles de papiers uti­li­sées toutes les cinq minutes aux États-Unis, ou les deux mil­lions de bou­teilles en plas­tique uti­li­sées dans ces mêmes cinq minutes.


[ Chris Jordan ]

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C’est bien en 2006 qu’a réel­le­ment débarqué l’an 2000. Petit retour en arrière sur une année dont cer­taines avan­cées en matière d’interfaces pour­raient bien changer le monde en profondeur.

Tout d’abord, le mélange de plus en plus intime entre ce que l’on dési­gnait par « réel » et « virtuel » produit une réalité aug­mentée : l’économie vir­tuelle de Second Life inter­fère désor­mais avec l’économie bien réelle et des logi­ciels détectent les humeurs de la blo­go­sphère.

L’interface homme-machine se déve­loppe for­te­ment aussi. Le cyber­sexe dépasse désor­mais le simple télé-paluchage syn­chrone ou asyn­chrone ; des sen­seurs acous­tiques trans­forment n’importe quelle surface en clavier : une inter­face ‘télé­pa­thique’ permet l’encodage de courts et simples textes ; un implant cer­vical permet de piloter un bras arti­fi­ciel et de lire les emails… Tout cela, par le biais de l’informatique quan­tique, laisse pré­sager une inté­gra­tion totale de l’informatique et de notre cerveau.

Mais l’interfaçage peut être plus pro­saïque : nos tubes diges­tifs peuvent se pré­parer à rece­voir des robots médi­caux ; les­quels occu­pe­ront bientôt tous les ter­rains, y compris le terrain mili­taire.

Au niveau de ses capa­cités de réflexion, l’ordinateur évolue aussi.. L’ordinateur quan­tique peut déjà addi­tionner deux nombres tandis que l’ordinateur à base d’ADN est imbat­table au tic-tac-toe. De son côté, l’ordinateur clas­sique a pris de l’avance, puisqu’il devient conscient.

L’animal n’est pas absent des nou­velles inter­faces. Il est par exemple pos­sible par exemple de jouer contre des ham­sters ou encore d’utiliser une limace afin de per­mettre à un robot de détecter des sources lumineuses.

Enfin, j’ai aussi épinglé la veste d’invisibilité (actuel­le­ment limitée aux micro-ondes d’une lon­gueur d’onde précise) ; le gel doté de capa­cités som­maires d’auto-organisation et per­met­tant notam­ment d’endiguer une hémor­ragie en quelques secondes ; les voi­tures réel­le­ment auto-mobiles ; qui font même des courses dans le traffic réel.

Niveau spatial, on pro­jette des voyages tou­ris­tiques autour de la Lune et on relance l’ascenseur spatial.

Quand j’ouvre le journal, je retrouve mes impres­sions de gosse plongé dans Jules Verne. Et j’adore ça!

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Le site drunk​men​wor​khere​.org fête le premier anni­ver­saire d’une très inté­res­sante expérience.

Ces gent­lemen ont construit un site de 2.147.483.647 pages web arrangé selon une arbo­res­cence binaire : la page prin­ci­pale est liée à 2 pages secon­daires, les­quelles sont à leur tour chacune liée à 2 pages etc. Un peu comme l’arbre généa­lo­gique d’une bac­térie vous voyez…

Ensuite, ils ont observé le che­mi­ne­ment des petits robots lancés par Google, msn et Yahoo, che­mi­ne­ment repré­senté sous forme de trois arbres. Quelle inter­pré­ta­tion peut-on en tirer?

Tout d’abord, la plupart des pages restent incon­nues des trois engins de recherche, ce qui est pré­vi­sible vu la taille du site mais néan­moins ras­su­rant : il existe tou­jours une masse de chemins de tra­verses, des sites sau­vages non cata­lo­gués où la main du bot n’a jamais mis le pied.

Autre point éton­nant, Yahoo est de loin le plus actif, tant en pro­fon­deur que dans la durée. Son arbo­res­cence est la plus touffue.

Google est lui le plus sys­té­ma­tique avec une arbo­res­cence d’une belle symé­trie, tandis que msn semble manquer quelque peu d’engrais.

Aussi, diverses bizar­re­ries se pro­duisent auprès de cer­tains noeuds qui, sans que l’on com­prenne bien pour­quoi, bootsent lit­té­ra­le­ment l’énergie de Google ou de msn.

Enfin, je ne me lasse pas de visua­liser les ani­ma­tion mon­trant la crois­sance de ces arbres, et de m’émerveiller que des robots vir­tuels cir­cu­lant selon des chemins que même leurs concep­teurs ne peuvent prévoir, au travers de réseaux infor­ma­tiques en muta­tions constante afin de réfé­rencer des masses d’octets struc­turés sous le vocables de pages web… que ces robots suivent un chemin visuel­le­ment com­pa­rable à celui d’êtres vivants sau­vages et libres

avk

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Livre éclai­rant que celui de Chris­tian Morel : Les Déci­sions absurdes. Au travers d’un ensemble d’anecdotes tragi-comiques, il démontre les méca­nismes par les­quels un groupe humain peut foncer dans le mur. L’accident de Chal­lenger a été causé par des élé­ments connus de l’ensemble des déci­deurs avant le lan­ce­ment. Deux pétro­liers se foncent l’un sur l’autre alors qu’ils se voient au radar bien long­temps à l’avance et qu’ils ont toute liberté de manoeuvre. Toutes ces déci­sions ne nous semblent absurdes que par notre incom­pré­hen­sion de cer­tains méca­nismes fon­da­men­taux de communication.

Un exemple : « …/ la chute du Boeing 737 d’Air Florida dans le Potomac le 13 janvier 1982, à Washington, au moment du décol­lage. Lors de la check-list, les pilotes avaient omis d’enclencher le méca­nisme de dégi­vrage alors qu’il nei­geait et gelait (…) Lorsque le pilote a inter­rogé « dégi­vrage? » dans la check-list, le com­man­dant a répondu « off! » et ils n’en ont plus reparlé. » Cinq per­sonnes sur­vé­curent parmi les soixante-dix-neuf per­sonnes à bord. Absurde?

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Mon­sieur X est cour­tier, il tra­vaille pour la société de Bourse Mizuho Secu­ri­ties, au Japon. La journée se termine et il vaque à de petites tran­sac­tions de routine. Il lui faut notam­ment vendre 1 action J-Com au prix de 610.000 yens. Il remplit le for­mu­laire en ligne, presse le bouton de vali­da­tion, relit machi­na­le­ment le coupon de la tran­sac­tion et là, met plu­sieurs secondes à com­prendre que sa vie vient de bas­culer. Il vient de mettre en vente 610.000 actions J-Com au prix uni­taire de 1 yen. Dopé par un tsunami d’adrénaline, il passe dans les minutes qui suivent des ordres de rachat de ces actions afin de limiter les dégâts mais 100.000 titres ont déjà été achetés, ce qui valo­rise tout de même la gaffe à 275 mil­lions d’euros, sans compter que 30% de la société J-Com se retrouvent désor­mais pro­priété d’un groupe suisse dont la seule moti­va­tion était de faire une belle plus-value.

Voilà pour l’anecdote.

Un paral­lèle : Le nombre d’accidents impli­quant un visi­teur et un animal, dans les zoo et parcs ani­ma­liers amé­ri­cains, est en aug­men­ta­tion alors que les normes de sécu­rité sont plus strictes qu’il y a quelques décennies.

Je crois que le pro­blème est le même. Nos sys­tèmes infor­ma­tiques nous sécu­risent au moyen d’alertes, de pos­si­bi­lités d’Undo, de stra­té­gies de sau­ve­gardes. Les zoos dis­posent de grillages, de fosses, de caméras de sur­veillances, de gar­diens, de pan­neaux. Bref, nous évo­luons dans un monde où de telles pré­cau­tions sont prises pour nous éviter cer­tains dangers que ces dangers se virtualisent.

Fina­le­ment, Pierre Dac n’avait peut-être pas tout à fait tort en pré­ve­nant : « Un homme averti en vaut deux. En cas d’accident, ne pré­venez per­sonne, cela dou­ble­rait le nombre de victimes! »

www​.mizuho​-fg​.co​.jp

 

avk

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Comment com­mu­ni­quer gra­phi­que­ment sur un produit? Qu’est-ce qu’une bonne pré­sen­ta­tion? Une infor­ma­tion com­plète et détaillée est-elle pré­fé­rable à une icône simple et universelle?


La réponse diverge bien sûr selon que l’on évoque une notice de médi­ca­ment ou une indi­ca­tion à placer sur la porte des toi­lettes. Tou­te­fois, il est de nom­breux cas où ce dilemme ne trouve pas une réso­lu­tion simple et mène à des stra­té­gies radi­ca­le­ment opposées.


L’excellent blog de Garr Reynold est dédié à ce type de pro­blèmes. Il scrute avec passion et humour les trans­pa­rents d’entreprises, les pan­neaux signa­lé­tiques du métro, les affiches publi­ci­taires et, ce mois-ci, analyse la façon dont Steve Jobs et Bill Gates com­mu­niquent lors de leurs grandes messes annuelles.

Lumi­neux!

pre​sen​ta​tionzen​.blogs​.com

 

avk

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