La Qualification terroriste

Stop Making Sense
Talking Heads (1984)

Depuis 2010, la France a qualifié de terrorisme djihadistes 17 attentats commis sur son territoire. (Dans le même temps, 91 actes de terrorismes – non meurtriers et non médiatisés – ont été commis dans la mouvance de l’indépendantisme corse.)1

À l’exception probable de la cyber attaque contre TV5 Monde qui ne fit ni mort ni blessé, tous ces actes ont été commis par des Français et ont permis la mise en place de lois limitant les libertés individuelles et de dispositifs augmentant les capacités de surveillance de l’État.

Sur ces 17 événements, la plupart ont été requalifiés par la suite : l’attentat de Joué-lès-Tours (20/12/2014) était un fait divers ; l’attentat à la voiture-bélier dans les rues de Dijon (22/12/2014) a été commis par un déséquilibré influencé par le récit médiatique des « attentats » récents ; l’attentat comparable, dans le marché de Noël de Nantes (22/12/2014) était en fait une tentative de suicide dont la forme démontre – s’il en était besoin – la force de contagion dudit récit médiatique. Le dernier en date (Saint-Quentin-Fallavier, 26/06/2015) s’est révélé être un fait divers grossièrement mis en scène.

Dans le passé, le rock, la violence télévisuelle, les jeux de rôle ou les jeux vidéo inspirèrent certains auteurs et furent désignés à l’opprobre par les médias. Maintenant ce sont les « discours de haine », et notamment ceux appelant au djihad de l’épée2 qui inspirent les médias et, en conséquence, certains auteurs.

Restent bien sûr les attentats commis par Mohammed Merah (tueries de 2012), les frères Kouachi (Charlie Hebdo, 07/01/2015) et Amedy Coulibaly (07-09/01/2015), attentats dont la nature terroriste djihadiste reste l’explication canonique. Qui sont ces personnes ?

  • Mohammed Merah est un enfant gâté dans une banlieue pauvre, fan des Simpson et de PlayStation, adepte de foot et de rodéos urbains, délinquant récidiviste bien éloigné des préceptes du Coran. Ses actes semblent d’ailleurs plus inspirés par Call of Duty que par le Coran. Le djihad interdit le meurtre d’enfants. Il en tue trois.
  • Les frères Kouachi sont orphelins, élevés par la République. Petites formations, petits boulots. La fréquentation d’un groupe de jeunes salafistes parisiens forgera un embryon d’idéal et de recherche de sens. L’un d’eux suivra un entraînement armé au Yémen, ce qui n’empêchera pas de perdre une chaussure et sa carte d’identité, d’improviser des tirs inutiles sur des cibles improvisées. L’autre s’intéresse plus aux vidéos pornos. Le djihad interdit le meurtre de femmes. Ils en tuent une. Les auteurs se réclament d’AQPA qui ne revendique (de façon ambiguë) l’attentat qu’une semaine plus tard.
  • Amedy Coulibaly connaît les frères Kouachi. C’est un délinquant multirécidiviste. Avant sa prise d’otage du magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes, il tue lui aussi une femme, ainsi qu’un joggeur. Le djihad interdit le meurtre de femmes mais aussi d’innocents.

Autant de profils dont la motivation religieuse semble difficile à trouver. Alors, petit à petit, le récit médiatique déconnecte le djihad du religieux pour en faire un fait politique propre toutefois à une communauté liée par une religion ou, à tout le moins, par une culture religieuse. On en vient à parler de « guerre de civilisations3. »

La vitesse avec laquelle les médias et la sphère gouvernementale française brandissent et amplifient la qualification terroriste repose sur des mécanismes évidents profitables à diverses parties...

Si l’auteur est présenté comme déséquilibré, le discours médiatique se structurera autour de l’idée de responsabilité de l’état et de celle la personne. Le débat abordera la question d’une société qui développe en son sein des individus potentiellement dangereux qu’elle ne sait pas gérer. Il sera question d’insécurité endogène.

Au contraire, si l’auteur est présenté comme le bras armé d’une mouvance djihadiste, le discours médiatique se structurera autour des ennemis probables de la sécurité nationale, autour des valeurs que défendent nos représentants démocratiques, autours de réformes qui attaqueront certes un peu nos libertés individuelles mais dont on voit l’absolue nécessité.freedom_security1

  1. La qualification terroriste est donc profitable au politique : elle augmente le capital-sympathie des citoyens à l’égard du pouvoir en place. Ce faisant, elle crée un contexte propice à la mise en place de lois sécuritaires et de procédures liberticides. De plus, elle détourne de l’attention citoyenne les problèmes socio-économiques.
  2. La qualification terroriste est bien sûr aussi profitable aux médias. Outre de hauts indices d’audience qu’ils peuvent maintenir par un story-telling de tension continue, ils renforcent leur accointance avec le pouvoir politique à grands renforts de débats et d’interviews augmentant la visibilité des acteurs auto-proclamés de la lutte pour notre sécurité.
  3. Bien sûr, la qualification terroriste est grandement profitable aux mouvements tels qu’Al Quaïda ou EIIL qui peuvent, à peu de frais, mettre leur imprimatur sur des actes qu’ils n’ont ni planifiés ni financés ni commis. Ils acquièrent un gain d’autorité sur les populations qu’ils asservissent ainsi qu’une personnalité symbolique internationale.
  4. Enfin, la qualification terroriste offre une plus-value à ceux qui commettent les actes et qui peuvent transformer un acte de violence ordinaire en geste politique. La formule de l’anthropologue Alain Bertho4 ne dit rien d’autre : « Nous n’avons pas affaire à une radicalisation de l’Islam, mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale (...) Le djihadisme, c'est une façon de mettre un sens à une révolte désespérée. »

Alessandro Baricco5 a expliqué que ceux qui ont construit la mondialisation sont ceux qui en profitent le plus, et que cette construction reposait sur des fictions dont la force leur a donné souffle et vie. En imaginant des moines zen connectés à Internet, nous avons créé des moines zen connectés à Internet. De même, en développant une fiction d’Islam radical à l’attaque de nos valeurs occidentales, nous en faisons une réalité. Victor Hugo résume cela d’une formule mille fois démontrée : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. »

En aval (et non pas en amont) se trouve EIIL qui, dans un Irak et une Syrie que nous démocraties occidentales ont dévastés, se posent en conquérants et en porteurs de sens. Chaque fois que nous crions « Attentat djihadiste ! », eux envoient une revendication. Et chacun, de son côté, profite de cette logique absurde qui se nourrit de notre tragique et éperdue recherche de sens.

Plus encore, la qualification terroriste est une arme infiniment plus puissante que le terrorisme : elle ne meurtrit pas les chairs mais engourdit et conforme les esprits. Elle fait partie intégrante d’un mécanisme de ségrégation sociale fondé non sur l’accroissement du capital mais sur la capacité de chacun de décoder le monde.

Ce qui est sans doute le bien le plus précieux de tout homme libre.

avk

 


  1. Wikipedia
  2. Le djihad est principalement une lutte purificatrice contre le Mal, principalement en soi-même. Le djihad de l’épée (pour reprendre la distinction d’Averroès, n’est généralement pas considéré comme une obligation et doit respecter des règles très précises comme le respect des prisonniers, des femmes, enfants et vieillards, et l’interdiction de mutiler – donc décapiter – les corps). Le fait que tant EIIL que nos démocraties ne s’encombrent pas de ces détails laisse entrevoir un intérêt commun à redéfinir ce qu’est le djihad.
  3. Manuel Valls, 28 juin 2015 (suite au fait divers de Saint-Quentin-Fallavier).
  4. Bertho, Alain. Une islamisation de la révolte radicale. (regards.fr, 11 mai 2015)
  5. Barisso, Alessandro. Next, petit livre sur la globalisation et le monde à venir. (Paris : Albin Michel, 2002)

Le terrorisme est notre modèle social

On nous Claudia Schieffer
On nous Paul-Loup Sulitzer
Oh le mal qu'on peut nous faire
(Alain Souchon, Foule Sentimentale)

Un extraterrestre curieux de comprendre les terriens ne se soucierait certainement pas de savoir ce qui différencie les frères Kaouchi d’Anders Breivik. Ou de ces adolescents nord-américains qui, à la suite d’Eric Harris et Dylan Klebold du lycée Columbine, ouvrent régulièrement le feu sur leurs condisciples. Ou encore de ce Nordine Amrani qui a mitraillé une foule à Liège en 2011. Cet extraterrestre se demanderait simplement pourquoi certaines personnes se mettent tout à coup à tirer sur leurs semblables par un acte qui semble échapper à toute logique, fut-elle de vengeance.

On m’opposera sans doute que les attentats djihadistes sont d’une autre nature, puisqu’ils sont le fait de gens manipulés, pris en main par des organisations obéissant à une logique implacable. Mon point de vue est que le djihad occidental peut être vu comme l’instrumentalisation par ces organisations d’un phénomène plus général qui touche plus largement nos sociétés.

On pourrait ajouter à la liste des Breiviks ces phénomènes apparentés que sont les sectes destructrices de l’individu, le suicide des adolescents, et peut-être cette récente épidémie de burnouts. On peut naturellement trouver des explications contingentes à tous ces évènements : le patron d’untel était une ordure; tel adolescent était tyrannisé par ses condisciples; tel autre avait croisé le chemin d’un imam fondamentaliste. Il est pourtant difficile d’admettre que des causes si diverses donnent lieu à des effets si semblables. L’explication la plus simple est qu’il s’agit dans tous les cas de réactions de personnes fragiles à une même forme de pression sociale. C’est cette pression que j’apparente à du terrorisme.

Qui n’aspire pas à trouver un sens à sa vie? Face à l’universalité de ce besoin, le modèle qu’on nous offre le plus souvent est celui de la vacuité obscène du monde des célébrités et de l’argent. De la téléréalité aux joueurs de foot en passant par les familles princières. Et toute cette fange est liée par des messages publicitaires insidieux dont la somme constitue une espèce de norme qui s’auto-entretient. On aimerait nous laisser croire qu’il est normal de conduire des voitures luxueuses, d’avoir un travail (pardon, un job) épanouissant, d’avoir une plastique à la Photoshop, que les jouets offerts aux enfants rassemblent les familles, et que les sociétés de télécom rapprochent les gens. Parce que tu le vaux bien! Et si tu n’as rien de tout cela, qu’est-ce que tu vaux?

Tous ces messages sont terroristes par leur pendant négatif. Si tu n’achètes pas mon produit, tu n’auras rien de ce à quoi tu aspires le plus. La menace la plus courante dans les publicités est une forme de « tu n’auras pas d’amis » ou « tu ne coucheras pas avec elle/lui ». Des choses simples en somme. On ne s’y prendrait pas autrement si on voulait délibérément créer des gens mal dans leur peau : attisez leurs frustrations et engagez ceux qui le peuvent dans un processus de consommation sans fin qui n’arrange que vous. Est-il vraiment surprenant que les plus fragilisés d’entre nous disjonctent?

Mettre le djihad occidental exclusivement sur le dos de fondamentalistes manipulateurs est une manière de nous laver les mains: c'est nous qui leur fournissons le terreau. Un peu comme ces gens bienpensants qui mettaient la fusillade de Columbine sur le dos de Marilyn Manson, dont les tueurs étaient fans. A ce titre, je vous invite à écouter l'interview que Michael Moore fait de Marilyn Manson dans Bowling for Columbine. De mémoire, l’interview se termine plus ou moins comme ceci.
Moore : Qu’est-ce que tu leur dirais à ces gosses, si tu en avais l’occasion?
Manson : Je ne leur dirais rien. J’écouterais ce qu’ils ont à dire. Personne ne les écoute jamais.
Il y a fort à parier que la seule personne qui ait jamais fait mine d’écouter les frères Kaouchi quand ils étaient des adolescents en quête de sens a malheureusement été un islamiste fondamentaliste.

J’entendais ce matin un quarteron de politiciens wallons de tous bords, réunis par la gravité de la situation, proposer à l’unisson … des cours d’éducation au « vivre ensemble ». Quel emplâtre sur une jambe de bois! Une leçon de plus qu’on veut faire à des enfants déjà perdus, et qui ajoutera une norme supplémentaire à un modèle social dans lequel ils ne se reconnaissent de toute façon pas. Pour s'attaquer aux Breiviks et autres Kaouchis, il faudra à nos politiciens plus de discernement et de courage. Suite à cette interview de Marilyn Manson, une de ses connaissances l’aurait maladroitement complimenté en ces termes : « Je ne te savais pas si malin. » Et l’autre de répondre : « Je ne te savais pas si con. »

Cedric Gommes

Racisme et liberté d'expression

Régulièrement, suite à la médiatisation d'événements relatant la réaction du politique à des faits ou propos racistes, les réseaux sociaux répandent des statuts tels que « Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit. »

Le racisme est une opinion.

Je crois personnellement que le racisme est une opinion et un délit. Mais cette tournure est plus gênante car elle place le délit d'opinion au centre du problème, et aucune démocratie n'aime reconnaître qu'elle dispose d'une police de la pensée.

De quoi parle-t-on ? Une « opinion », c'est un ensemble de jugements. Il n'y a rien de scientifique là-dedans. Une opinion ne s'assortit a priori d'aucune valeur de vérité. Des phrases telles que « Les Noirs sont paresseux », « Les Juifs sont roublards » ou « Les Arabes sont des voleurs. » sont à l'évidence des opinions. Qu'un état les sanctionne ne suffit pas à changer leur nature.

Qu'une opinion soit fondée ou non, stupide ou non, méchante ou non est un autre problème (dont ne se préoccupe généralement guère le politique) : les dresseurs d'horoscopes et autres lecteurs d'avenir ne risquent pas la prison s'ils s'en tiennent là. Bref, dire des bêtises ne ressort pas du pénal, et une opinion n'est qu'une opinion.

Ce n'est qu'à partir du moment où une opinion se confronte à la critique scientifique qu'elle peut acquérir quelque valeur de vérité. Et le propre d'une démarche scientifique est de générer des énoncés réfutables, de telle sorte que, passant ces épreuves, l'opinion sera soit invalidée, soit sans cesse remise en question.

En refusant de considérer le racisme comme une opinion, on empêche cette dynamique et on le constitue en dogme. C'est très symptomatique de certaines intelligentsias de renforcer ce qu'elle prétendent vouloir détruire. Sans doute est-il bon d'avoir un ennemi sombre afin de montrer à quel point on est soi-même lumineux... dangereuse politique !

Un raisonnement fallacieux

La mécanique du racisme repose sur un raisonnement fallacieux :

  1. On considère une caractéristique visible d'un groupe humain (p. ex. la peau noire) ;
  2. Sur base de l'observation (biaisée ou non) d'un petit groupe, on associe certaines valeurs à cette caractéristique (le fait de courir vite aux Jeux Olympiques)
  3. On néglige des sous-groupes dépourvus de ces valeurs (peu de Pygmées, bien que noirs, ont remporté le 100 m.)
  4. On néglige des individus non caractéristiques pourvus de ces valeurs (des Blancs ont remporté le 100 m)
  5. La caractéristique (peau noire) étant héréditaire, on sous-entend que les valeurs (courir vite) le sont aussi.

Ce type de paralogisme n'est pas un produit de notre société contemporaine. On en trouve par exemple traces écrites dans l'Ancien Testament ou chez Hippocrate, ainsi que dans la plupart des civilisations.

Bien, le fait qu'un raisonnement soit fallacieux n'implique pas qu'il soit faux. De nombreux racistes pourront rétorquer que c'est nier l'évidence que de refuser que les Noirs sont plus rapides que les Blancs au 100 mètres. Et qu'évoquer les Pygmées, c'est comme évoquer les poissons volants pour tenter de démontrer que les poissons ont des ailes : un contre-exemple n'invalide pas une règle.

Déconstruire le racisme

Certes. L'invalidation du racisme est autre et passe, à nouveau, par la définition des mots employés, et maintenant par le mot « race »

Regrouper les organismes vivants est le rôle de la taxonomie, et cette dernière utilise de nombreux types de classes (taxons) ayant chacune sa définition : règne, embranchement, classe, ordre, famille, genre, espèce, sous-espèce etc. Aucune trace du mot « race » là-dedans !

Si ce terme n'est plus utilisé par les scientifiques, ce n'est pas pour des raisons de bien-pensance, mais parce qu'il est trop peu défini. C'est un peu comme le mot « légume » qui peut désigner tantôt des fruits (tomate p. ex.), tantôt des feuilles, des fleurs ou encore des racines. Aucun scientifique ne parle de légume parce que ce terme ne répond qu'à un paramètre précis et peu important (son type d'utilisation dans notre tradition culinaire) dont on ne peut rien déduire d'autre.

Il n'y a qu'en cuisine que l'on parle de légume, et qu'en élevage que l'on parle de race. Or, il semble pertinent, dans un contexte politique et juridique, d'utiliser des termes scientifiques qui permettent une caractérisation précise. (Après tout, c'est bien ce que cherchent les racistes, non !?)

Alors, sur un plan taxonomique où se situe l'homme ? (Ne m'attaquez pas sur la description entre paranthèses, volontairement très très simplifiée !)

  • Règne : animal (nous devons manger d'autres êtres vivants)
  • Embranchement : cordé (symétrie bilatérale... entre autres!)
  • Sous-embranchement : vertébré (nous avons des vertèbres)
  • Classe : mammifère (nous avons des mamelles)
  • Sous-classe : thérien (nous ne pondons pas d'oeufs)
  • Infra-classe : euthérien (le placenta nous est connu)
  • Ordre : primate (la vision l'emporte sur l'olfaction, etc.)
  • Sous-ordre : haplorhinien (la truffe fait place au nez)
  • Infra-ordre : simiiforme (arrière de l'orbite occulaire fermé)
  • Micro-ordre : catarhinien (narines rapprochées et ouverte vers le bas)
  • Super-famille : hominoïdé (nous avons un coccyx)
  • Famille : hominidé (face prognathe et bipédie)
  • Sous-famille : homininé (humains, chimpanzés et gorilles)
  • Tribu : hominien (humains et chimpanzés)
  • Genre : homo (homme actuel et espèces éteintes)
  • Espèce : homo sapiens (cerveau volumineux, pilosité réduite...)

Fort bien, mais ne peut-on pas continuer ? Si l'on veut poursuivre la taxonomie de façon plus fine, il convient de parler de « sous-espèce » et non de « race ». Ce n'est pas qu'une question de mots puisque le taxon « sous-espèce » est nettement défini comme un « groupe d'individus qui se trouvent isolés et qui évoluent en dehors du courant génétique de la sous-espèce de référence1. »

L'idée de sous-espèces humaines n'est donc a priori pas absurde puisque la plupart des espèces animales possèdent de telles variations. Les mécanismes de l'évolution favorisent les individus qui ont un fitness génétique adapté au milieu, et la dissémination des homo sapiens en des zones très différentes au niveau climatique (et donc écologique) a conduit à privilégier certaines allèles dont témoignent d'évidentes signatures phénotypiques.

Là où il y a un os, c'est que ces variations locales ont été perturbées par de très nombreux phénomènes de migration et de nomadisme qui ont généré un important métissage. Aucun groupe humain référencé n'a jamais vécu isolé assez longtemps, de telle sorte qu'il n'y ait pas de sous-espèces.

En outre, il a été démontré2 que le phénomène de dérive génétique (évolution de la fréquence d'un gène causée par des phénomènes aléatoires comme le hasard des accouplements) produit une érosion de la biodiversité dans les populations importantes et est donc un second facteur antagoniste à l'apparition de sous-espèces humaines.

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Enfin, on comprendra sans peine que la pression de l'environnement permettra de privilégier des allèles conduisant à une peau plus ou moins pigmentée. Il serait assez difficile de concevoir un environnement privilégiant une valeur morale, ou un environnement privilégiant les individus les plus idiots. De telle manière que, même s'il existait des sous-espèces humaines, celles-ci ne pourraient que difficilement servir d'assise scientifique à des préjugés racistes.

D'autre part, on constate aussi que l'Afrique contient 100 % de la diversité génétique humaine, ce qui semble logique quand on considère la grande diversité d'environnements de ce continent3.

Quant aux subdivisions taxonomiques plus fines encore (variété, sous-variété, forme, sous-forme), elles n'ont de sens qu'en botanique et en mycologie.

Si donc parler de races n'a rien de scientifique pour des espèces possédant des embranchements en sous-espèces, c'est totalement insensé pour l'être humain qui ne subdivise guère qu'en populations.

Il faut encore ajouter que la notion-même d'espèce est de plus en plus remise en question. En effet, l'espèce se définit comme l'ensemble des individus potentiellement inter-féconds, mais de trop nombreux contre-exemples (les tigrons, nés d'un tigre et d'un lion sont non seulement viables mais fertiles et peuvent se reproduire avec un tigron, un tigre ou un lion !) fragilisent cette définition. Alors, la race…

La banalité du racisme

Mais alors, pourquoi le racisme est-il si répandu ? Le raisonnement fallacieux cité plus haut n'est probablement qu'un mécanisme de renforcement a posteriori. Le racisme pourrait être beaucoup plus répandu, voire universel et contré seulement au prix d'efforts. Bien sûr, cette idée d'un racisme naturel qui demande à être corseté ou étouffé n'est guère confortable. Pourtant, certaines expériences4 tendent à démontrer que de nombreuses personnes ayant un discours égalitaire et anti-raciste (re)tombent très facilement dans des postures racistes quand elles relâchent leur attention. Et ce racisme implicite semble exister chez les enfants indépendamment de l'éducation qu'ils reçoivent5.

Nous savons que les stéréotypes et les préjugés sont des stratégies rapides (et donc souvent un peu idiotes) qui nous permettent de prendre des décisions sans connaître tous les éléments nécessaires.

Le racisme se développe d'autant plus que les capacités de réflexion et que l'accès à une culture scientifique s'appauvrissent ; d'autant plus aussi que les schémas mentaux répondent à des dogmes rigides plutôt qu'à des énoncés réfutables.

Ceci implique que le respect des individus au-delà des différences phénotypiques et/ou culturelles n'est pas inné. Ce respect demande un travail d'éducation faisant appel à la logique, au raisonnement et à la culture.

De la criminalisation du racisme

Cet effort ne peut se faire à coup de décrets, ni en récitant comme un mantra orwellien que le racisme est un délit et non une opinion.

Une société qui choisit d'interdire (voire de criminaliser) plutôt que d'éduquer crée plusieurs problèmes :

  1. Les racistes resteront racistes. Simplement, ne pouvant en parler ouvertement qu'entre eux, ils développeront des mécanismes de groupe, soudés par l'adversité qu'il ressentent à l'égard de la société. Les plus subtils feront recette en surfant sur le fil de la légalité, obligeant le législatif à revoir sans cesse son arsenal à coup de mesures ad hoc.
  2. La société rogne sur une liberté importante qui est celle d'expression. Elle s'instaure en garant du bien et du mal, considérant qu'une insulte comme « sale nègre » est plus grave que « sale rouquin ».
  3. Elle rabaisse la science au rang de simple opinion puisqu'elle (la société) préjuge que les récits scientifiques n'ont aucune supériorité leur permettant de venir à bout des préjugés racistes.

En fait, je crois que, si de nombreuses sociétés préfèrent l'interdiction à l'éducation, c'est simplement parce que beaucoup de politiciens sont eux-même incapables de dire en quoi le racisme est une erreur. Plus généralement, je crois aussi que beaucoup utilisent - dans d'autres matières - des raisonnements fallacieux comparables à ceux qui sous-tendent le racisme.

Le racisme est sans doute un bon indicateur du degré d'inculture d'une civilisation, c'est entendu. Mais le fait de vouloir taire des opinions considérées comme dangereuses est un indicateur encore plus pertinent car il ne mesure pas des individus lambda mais ceux-là même que la démocratie a élu pour en rédiger ses lois.

Il faut réapprendre comment s'articule un raisonnement, comment confronter des idées les unes aux autres mais aussi à l'observation et à l'expérience. Pour tout cela, il est impératif que les mots gardent leur signification. « Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » a justement écrit Confucius.

Que des individus feignent de l'ignorer pour justifier le racisme est une bêtise.

Que la société feigne de l'ignorer au nom de la démocratie est une infamie.

avk

 


  1. International Code of Zoological Nomenclature.
  2. Strachan and Read. Human molecular genetics.
  3. Edwards, AWF (2003). Human genetic diversity: Lewontin's fallacy. BioEssays 25 (8): 798–801.
  4. Devine, Patricia G.; Forscher, Patrick S.; Austin, Anthony J.; Cox, William T. L. (2012). Long-term reduction in implicit race bias: A prejudice habit-breaking intervention in Journal of Experimental Social Psychology 48 (6): 1267–1278.
  5. Smith, Jeremy A.; Jason Marsh; Rodolfo Mendoza-Denton. Are We Born Racist?: New Insights from Neuroscience and Positive Psychology Paperback. Beacon Press, Berkley.

L'inconfortable posture NOMA

Du respect

Le respect est une valeur que la plupart des civilisations, des religions et des mouvements philosophique tiennent en haute estime. Elle implique que l'on accepte qu'une personne pense différemment, ce qui est très bien car cela permet d'éviter des conflits bien coûteux.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul avantage puisque la personne qui en fait montre se hisse au-dessus de possibles querelles, affirmant par là une compréhension et donc une intelligence qui ne sont pas données à tout le monde. Être respectueux est donc doublement gratifiant.

Sur le plan religieux par exemple, les croyants entretenant commerce spirituel avec d'autres confessions sont tenus pour plus éclairés que ceux-là qui se battent, à Jérusalem, Belfast ou dans les Balkans pour faire prévaloir leur interprétation de tel texte considéré comme sacré. Qui n'a pas été ému par ces images de Juifs et de Musulmans fraternisant sur un champ de ruines ou dans un film de Gérard Oury ?

Je me souviens d'un raisonnement fallacieux véhiculé par des autocollants que l'industrie cigarettière avait distribués lorsque les politiques s'interrogeaient sur la pertinence d'interdire le tabac dans les restaurants : « Fumeur ou pas, restons courtois. » Cette phrase est fallacieuse en ce sens qu'elle ignore l'une des prémisses du débat sur la tabagie dans les lieux publics : le fait d'enfumer ses voisins de table est un manque de courtoisie.

Un autre raisonnement fallacieux consiste à assimiler une chose à une autre. Par exemple, à assimiler les personnes à leurs idées, on en vient à considérer que ce sont les idées qu'il convient de respecter avant les hommes. La notion de blasphème n'est rien d'autre. Et le respect des idées, c'est l'exact opposé de la démarche scientifique qui recherche la confrontation (la fameuse réfutabilité poperrienne).

L'eau dans le vin

Quiconque a déjà mis de l'eau dans son vin sait pertinemment qu'il n'a réussit qu'à gâcher chacun des deux breuvages. Pourtant, c'est bel et bien ce que cherchent à faire de nombreux scientifiques athées confrontés à des interlocuteurs croyants. Prenons l'exemple du catholicisme. Un catholique se distingue principalement d'un chrétien par le fait qu'il accepte certains dogmes comme l'Assomption de la Vierge (qui implique que celle-ci soit montée au ciel corps et âme) ou la transsubstantiation (qui implique une transmutation réelle, non symbolique, du vin en sang et de l'hostie en chair).

Un scientifique athée ne peut (comme scientifique) ni ne veut (comme athée) accepter l'idée que le vin se change systématiquement en sang à chaque rituel eucharistique. Pourtant, alors qu'il n'hésitera pas à donner son avis sur le réchauffement climatique, sur la vie extraterrestre, sur l'intelligence artificielle ou sur les neutrinos supraluminiques, il se censurera s'il est question de la montée de la Vierge ou de la survivance d'une âme après la mort. Sans doute sous le couvert que ne pas respecter des idées qui sont aussi ancrées dans l'identité d'un homme, c'est aussi manquer de respect à cet homme.

NOMA

L'avancée des sciences de l'évolution et des neurosciences depuis les années 80 ont exacerbé ce type de confusion à tel point que certains chercheurs américains, par ailleurs croyants, ont proposé un étrange modèle qui semble se populariser dans de nombreuses sphères académiques.

Dans Rocks of Ages: Science and Religion in the Fullness of Life1, Stephen Jay Gould affirme que « la science et la religion ne se regardent pas de travers mais s'entrelacent dans des figures complexes qui s'offrent des similitudes croisée à chaque échelle fractale. » Bref, pour le respectable paléontologue, science et religion ne sont pas en concurrence mais bien dans des rapports de complémentarité et d'homologie. Il appelle donc religieux et scientifiques de bonne volonté à considérer ce qui lui apparaît comme une évidence et à avancer main dans la main dans cette posture diplomatique désormais connue sous l'étiquette de Non-overlapping magisteria (NOMA) ou d'accommodationisme.

Bien sûr, Gould peut mettre en doute certains dogmes catholiques mais il reste selon lui des éléments tels que l'âme qu'il considère à la fois exister et être en dehors du magistère de la science : « Moreover, while I cannot personally accept the Catholic view of souls, I surely honor the metaphorical value of such a concept both for grounding moral discussion and for expressing what we most value about human potentiality: our decency, care, and all the ethical and intellectual struggles that the evolution of consciousness imposed upon us. »2

Le NOMA reçut un crédit inespéré quand, en 1999, la National Academy of Sciences déclara que « Scientists, like many others, are touched with awe at the order and complexity of nature. Indeed, many scientists are deeply religious. But science and religion occupy two separate realms of human experience. Demanding that they be combined detracts from the glory of each. »3 C'est beau comme du Walt Disney.

Tel est donc le partage des braves demandé par le NOMA : la science garde l'empirisme et la modélisation du monde matériel ; la religion se voit attribuer les questionnements fondamentaux et la morale surnaturelle.

... ou plutôt OMA

Quelques éléments devraient toutefois être considérés par les scientifiques séduits par le visage avenant de NOMA.

  1. Les religions ont des causes et des effets qui sont notamment historiques, économiques et psychologiques. La démarche scientifique cesser d'étudier l'histoire, de dresser des modèles économiques et se détourner de la biochimie du cerveau ? Une réponse positive marquerait un recul par rapport aux acquis des Lumières. Une réponse négative ne satisfera pas de nombreux croyants. Il y a overlapping.
  2. Les religions reposent chacune sur un corpus de récits qui sont scientifiques de nature : miracles, sacrements, prières et autres événements surnaturels qui ont pour principale caractéristique d'être réels, mesurables et en contradiction avec les principes de la science en vigueur. Les plus hauts dignitaires religieux ne semblent guère prêts à déclarer que tout ceci n'est que métaphores et symboles. Ici encore, il y a overlapping.
  3. Pourquoi la religion serait-elle le seul objet que la science ne pourrait pas étudier, critiquer et aborder rationnellement ? Si l'objet religieux transcende le monde naturel, une étude matérialiste ne pourrait en aucun cas lui nuire. Après tout, étudier le phénomène amoureux ne nuit guère aux sentiments. L'overlapping ne devrait pas gèner la foi.
  4. NOMA présuppose que le monde n'est pas totalement rationnel, puisque les questionnements fondamentaux n'y sont pas objets de démarche empirique. C'est là un postulat qui semble taillé pour les religions et qui, dès lors, ne pourra jamais être réfuté. Le NOMA se verrouille de lui même, ce qui le rend encore un peu moins sympathique. Ce verrouillage est un overlapping.
  5. La démarche scientifique repose sur le critère de réfutabilité, lequel ne doit être en rien limité. Si j'énonce que « La Lune est en fromage blanc », tout le monde est en droit de tenter de réfuter cet exposé sans aucune restriction. Je pourrai à mon tour essayer de réfuter ces réfutations. Cette dynamique contradictoire s'enrichira d'observations, expérimentations et modélisations qui renforceront l'une ou l'autre thèse. Mais si l'on s'interdit de toucher à certains objets de notre monde, on pourra parfois se trouver en face d'énoncés qui ne pourront plus être réfutés. Et petit à petit, le domaine scientifique s'effilochera au détriment du magistère religieux. Nouvel overlapping.
  6. À l'image de l'Intelligent Design qui n'est autre que du créationnisme outrageusement maquillé, NOMA semble bien être une version moderne de cette vieille histoire où l'on pouvait goûter de tous les fruits du jardin sauf d'un seul: celui de la connaissance.

Le propre de la démarche scientifique est – quand elle n'est pas dévoyée – d'accepter tout énoncé qui se prête à la réfutation. C'est un système ouvert. Le propre d'un système religieux – quand il n'est pas dévoyé –, c'est de reposer sur des récits qui ne sont pas réfutables.

C'est un vieux débat de savoir si les démocraties doivent accepter en leur sein des partis qui veulent sa mort. De nombreux dictateurs sont venus ainsi au pouvoir, démocratiquement élus, pour voter l'abolition de la démocratie. Personnellement, je pense ce risque acceptable, du moins dans des sociétés disposant d'un certain niveau d'éducation et de canaux d'informations contradictoires. Même si le risque est réel, c'est acceptable car les partis démocratiques pourront combattre leurs adversaires à armes égales. Ce serait en revanche inacceptable si ces partis étaient protégés par une clause de non-agression.

Croyants et scientifiques doivent convenir – peu importe que ce soit pour des raisons distinctes – que le monde est unique et cohérent. Y construire un mur de Berlin tel que le NOMA est une insulte à l'intelligence et, m'ont confié des amis croyants, à la foi.

Le respect des hommes et des femmes est le ciment d'une civilisation ouverte.
Le respect des idées est le terreau du dogmatisme.

Et si vous n'êtes pas d'accord, bienvenue !

avk

Références

Wikipedia


  1. Gould, Stephen Jay (2002). Rocks of Ages: Science and Religion in the Fullness of Life. New York: Ballantine Books. ISBN 034545040X. 
  2. Gould, Stephen Jay (1997). "Nonoverlapping Magisteria." Natural History 106 (March): 16–22. 
  3. Steering Committee on Science and Creationism (1999). "Science and Creationism: A View from the National Academy of Sciences". NAS Press. Retrieved 2007-11-16. 

Pseudo-ethnicité et néo-dogmatisme

Une controverse intéressante s'est développée ces derniers jours dans le petit monde de l'anthropologie. Au départ, un article sur le site web de NatureNews présente une étude génétique des populations descendant des Tainos, autochtones des Caraïbes à l´époque de Christophe Colomb, en indiquant que ces Tainos n'existent plus. Or, beaucoup de personnes se considèrent, à tort ou à raison, comme Tainos, d'où la controverse qui a rapidement débordé le cadre scientifique.

Breaking the Law of Averages

En cette époque où même le climat a peur de changer, tant il est surveillé de près par les orthodoxes (pour la dernière affaire en date, cliquez ici, ou ici, ou ici), où certains neutrinos se mêlent d'arriver au Gran Sasso avec 60 ns (nanosecondes) d'avance, on n'est jamais trop prudent: Nature a fait the right thing et s'est excusé: This article originally stated that the Taíno were extinct, which is incorrect. Nature apologizes for the offence caused, and has corrected the text to better explain the research project described.

Evidemment, qu'est-ce qu'un peuple? A priori, je suis, moi même un Trévire (Celte) du haplogroupe R1b1a2a1a1b3 dont l'origine se trouve autour de la Suisse/Tyrol/Italie du Nord et qui est habituellement associé à la culture de La Tène-Hallstatt... bien qu'on trouve un ilot solitaire de  R1b1a2a1a1b3 au Bashkortostan, allez savoir pourquoi! Je peux donc déclarer que je suis Celte de chez Celte, mais ça n'engage évidemment que moi!

Etre Taino est assurément une autre paire de manches. Une personne qui se déclare Taino écrit quelque part que la Tainicité (comme la judaïcité!) se transmet par les femmes. Faisons le Gedankenexperiment suivant: prenons une Taino "pure"  en 1492; elle-même et ses descendantes ne procréent qu'avec des non Tainos. Qui voyons-nous en 2011? Je ne sais pas au juste quels sont les traits typiques des "vrais" Tainos, mais il est probable que je ne les reconnaitrais pas. Même chose avec les Oglala, les Apaches et les Mohicans etc.qui ressemblent dorénavant bien plus à M et Mme Smith qu'à leurs ancêtres précolombiens (sauf le Mohican, peut-être).

Si une personne se déclare Wallonne (je suis prudent!!!) ou Oglala, elle est Wallonne ou Oglala! Je me souviens avoir lu la phrase suivante chez Malraux à l'époque où j'étais fan (et Malraux lui-même était ministre de la culture de Gaulle, ce qui nous fait 1959 à 1969: j'allais avoir 20 ans!) est Juif qui se veut Juif, et ce n'est pas les Khazars qui me démentiront (1).

Evidemment, ce n'est pas réllement de leur plein gré que les Tainos, Oglalas et Apaches sont très mélangés aujourd'hui, certainement bien plus qu'en 1492. Je pense donc avec Dienekes que les Tainos existent certainement un peu moins en 2011 qu'en 1492, même  s'il est parfaitement possible de se déclarer Taino! Il reste quand même la question de savoir ce qui fait un Taino. La langue, peut-être? Les uns disent qu'il n'en reste que quelques mots dans une langue mélangée d'espagnol, alors que d'autres affirment la parler.  Et nous savons par ailleurs que langue et ethnicité ne se superposent pas toujours (voir, par exemple, Cavalli-Sforza, 1994).

Il est possible, en théorie, d'être un vrai Taino "ethnique" et de l'ignorer. A l'autre bout du spectre, nous avons le Trévire R1b1a2a1a1b3 qui ne sait pas un mot de Taino, sauf peut-être colibri, iguane et tabacù , et qui n'est certainement pas Taino. Entre ces deux extrêmes, tout est possible.

La morale de cette histoire c'est que le politiquement correct a un prix, qu'à force de courtiser et Margot et sa soeur nous finirons par vendre notre âme. En d'autres termes, la distance n'est pas si grande entre les négationnismes de tout poil, le créationnisme et les excuses de Nature.

 

Références

L.L. Cavalli-Sforza. 1997. Genes, peoples, and languages. PNAS, 94:7719–7724. Disponible ici.

Note

(1) Je n'ai malheureusement pas retrouvé la citation de Malraux sur le web: c'est sans doute la seule citation qui n'est pas sur le web, ou alors, c'est ma mémoire qui me joue des tours. Quelqu'un peut-il m'aider?

English variant: click here

 

Quand les ténèbres viendront.

« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d'un millénaire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des générations le souvenir de la Cité de Dieu ! » -- Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une information qui me ramène à cette nouvelle d’Isaac Asimov dont le titre original, Nightfall, avait bénéficié de cette traduction : « Quand les ténèbres viendront. » L'auteur y prenait la citation d'Emerson à contre-pied pour dépeindre la fragilité du savoir et des civilisations.

Perry and his book

Aujourd'hui, c'est Rick Perry, gouverneur du Texas, qui donne son avis sur le réchauffement climatique : « Je crois qu'il y a un certain nombre de scientifiques qui ont manipulé les données afin de récolter de l'argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scientifiques remettent en question l'idée originale que c'est le réchauffement climatique induit par l'homme qui est la cause du changement climatique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà chevauché dans son dernier livre [1] où il qualifiait la recherche climatique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s'effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connaissance. Croire, c’est choisir une posture malgré son ignorance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contradicteurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai simplement dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on instille le doute, on décrédibilise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connaissance sur seule base d’une croyance, c'est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le problème n’est pas de mettre en doute le modèle dominant. Après tout, c'est plutôt sain qu'il n'y ait pas unanimité totale autour de modèles aussi complexes que ceux de la climatologie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spécialité. Mais si les arguments de ce dernier sont de niveau à faire s'interroger un auditeur de TF1 moyennement cultivé, ceux de Rick Perry sont tout simplement inexistants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des raisonnements. Non, Rick Perry croit en certaines choses et pas à d’autres. Voila ! D'un côté, un millier de scientifiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d'années sur des peta-octets de données dans un esprit de concurrence où l'erreur de l'un fera la renommée de l'autre ; et de l'autre, des gens comme Perry qui disent simplement : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbécile ; il a suivi un parcours universitaire, dispose de talents d’orateur et des compétences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négligeable. Mais c’est très inquiétant.

Car comme des centaines de millions de personnes, Rick Perry est convaincu de l'inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible originelle est un texte parfait ne comportant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse présenter quelque erreur de traduction ou coquille éditoriale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gouverneur du Texas. Et pour tout dire, elle pourrait bien l’aider à atteindre la Présidence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chipoteries comme la réfutabilité poperienne et autres théories de la validation du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pourrait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créationniste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don't know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créationnisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe commencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la climatologie et à la biologie, c’est maintenant la géologie qui est priée de faire montre de tolérance : oui, la tectonique des plaques, tout ça...

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rudement plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argument. Et puis, tous les amis, les voisins, les collègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krugmann explique très bien que le Parti républicain est en train de devenir un parti anti-science. Seulement voilà, cette tendance ne se limite pas à une classe politique. Pendant que les chapeliers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libéraux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des architectes feng shui, introduisent le chamanisme dans l’entreprise et alternent chimiothérapie avec séminaires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scientifiques découvrent émerveillés l’existence des étoiles, la population terrifiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera totalement mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus personne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
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[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

Science, conscience et non-science

Science is the belief in the ignorance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Princeton jusqu’en 2007 un laboratoire particulier nommé PEAR : Princeton Engineering Anomalies Research. Ce laboratoire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phénomènes difficiles à prévoir et parfois étranges dans des circuits électroniques [1]. Les activités du laboratoire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la problématique initiale devient de mieux en mieux comprise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les interactions complexes qui peuvent exister entre des circuits électroniques et leurs utilisateurs, en relation avec leur état de conscience.

Une expérience célèbre de PEAR est basée sur des générateurs de nombres aléatoires [2]: ce sont des circuits électroniques qui génèrent de manière imprévisible une séquence de 0 et de 1, avec une probabilité de 1/2 extrêmement bien calibrée.  L’expérience consiste à demander à un utilisateur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime explicitement un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le générateur. Les résultats ont été accumulés au cours d’une dizaine d’années, par une centaine d’expérimentateurs.

A expérience surprenante, résultats surprenants : la fréquence de 0 et de 1 dans la séquence générée est corrélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quantité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indiscutable d’un point de vue statistique. On observe aussi une grande variabilité d’un individu à un autre : certains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), certains obtiennent préférentiellement des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résultats vous choquent au point que vous soupçonniez une falsification obscurantiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des préjugés profondément ancrés sur la manière dont le monde doit fonctionner. Heureusement, la science est là pour voir les choses en toute objectivité. En l’occurrence, la méthode utilisée par Jahn est scientifiquement irréprochable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures universités au monde. En plus, et le fait est suffisamment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues disponibles à quiconque voulait les analyser à sa manière. Sur cette base, des arguments ont été proposés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses collaborateurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balayeraient certains résultats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beaucoup de méthodes statistiques généralement acceptées.

Le fait intéressant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot- incroyables. Dans ces conditions, la réaction des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argumentation technique pourquoi les conclusions sont fausses, et non pas à savoir honnêtement si elles le sont. Je me souviens avoir discuté en mangeant avec un professeur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, physicien et père de Michel, sur les sourciers [5] : je racontais les expériences ingénieuses faites par ce dernier pour essayer de déterminer s’il y avait oui ou non un « signal du sourcier ». Le fait même de trouver que cette question méritait une réponse argumentée m’a valu d’être classé définitivement dans la catégorie des crétins par mon interlocuteur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scientifique reconnue n’a jamais accepté de publier les résultats de PEAR, indépendamment d’une transparence méthodologique absolue.

Contrairement à une idée reçue, les revues scientifiques publient régulièrement des résultats faux, et c’est normal : c’est uniquement par la publication que d’autres équipes peuvent répéter les expériences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut apparaître concernant la signification et la portée éventuelle des résultats initiaux. Dans le cas des résultats de PEAR, personne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Benveniste dans l’affaire que des journalistes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Benveniste a eu beau contrer un par un les arguments de ses pairs et détracteurs, faire reproduire ses expériences par d’autres laboratoires que le sien [6], analyser différemment les données en s’associant à une équipe reconnue de statisticiens [7], changer de modèle biologique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui reprochait c’était ses résultats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Revenons à PEAR. Les résultats sont fascinants, mais pas nécessairement choquants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La première éventualité n’est pas très différente d’un problème bien connu en mécanique quantique : un observateur modifie l’état d’un système physique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éventualité, elle peut paraître plus surprenante mais elle n’est pas inédite : un exemple classique est le positron qui par beaucoup d’aspects peut être compris comme un électron qui remonterait le temps. On parle parfois aussi très sérieusement de rétrocausation, c'est-à-dire d’événements présents influencés par le futur, pour analyser notamment des situations d’enchevêtrement quantique [10]. Pourquoi accepte-t-on des explications de cet ordre dans certains domaines et qu’on les rejette de manière épidermique dans d’autres ?

La seule explication qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scientifiques doutent de la méthode scientifique elle-même et que dans ces conditions c'est  toujours le « bon sens » et la conviction, c'est à dire les préjugés, qui ont le dernier mot. Le raisonnement libre et non orienté n'est possible que dans des contextes où il n’y a pas de conviction a priori possible. On accepte des recherches débridées sur les particules élémentaires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le raisonnement vient souvent rationaliser a posteriori ce qui est tenu intuitivement pour vrai [11]. Refuser de parler objectivement des sourciers était, pour ce professeur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capacités d’analyse.

Or, des faits bien documentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la conviction, même en ce qui concerne notre environnement immédiat. Les cas de construction de souvenirs, par exemple, montrent à quel point une conviction peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi instructive [12]. Un autre exemple intéressant est celui des spectacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonctionne parce que le magicien cache à sa victime ce qu’il fait. Des systèmes de eye-tracking montrent pourtant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direction, ce qui suggère que le truc exploite un mécanisme cognitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vraisemblable que des mécanismes du même ordre soient à l’œuvre dans la perception que nous avons de notre environnement physique immédiat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phénomènes macroscopiques qui échappaient à notre conscience, pour des raisons qui gagneraient elles-mêmes à être élucidées. La première étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong question, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Correlations of Random Binary Sequences with Pre-Stated Operator Intention: A Review of a 12-Year Program. J. Scientific Exploration, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Differences in Human/Machine Anomalies, J. Scientific Exploration, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jefferys, Bayesian Analysis of Random Event Generator Data, J. Scientific Exploration, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sourciers, Presse Universitaire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des conditions imposée par Nature à Benveniste pour publier ses résultats était qu’ils soient confirmés préalablement par d’autres laboratoires que le sien ; l’article par lequel le scandale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) présentait donc les résultats de 4 équipes de recherche : celle de Benveniste, une italienne, une canadienne, et une israélienne.
[7] J. Benveniste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cornillet, B. Poitevin, A. Spira, L’agitation de solutions hautement diluées n’induit pas d’activité biologique spécifique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beauvais, L'âme des molécules - une histoire de la "mémoire de l'eau", Collection Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; disponible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scientific Exploration, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, chapitre 27, Pygmalion : 1979) rapporte un cas frappant de deux conceptions biologiques pourtant contraires -à propos des rapports entre phylogenèse et ontogenèse- qui furent utilisées successivement pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colonisation de l’Afrique.
[12] TED.com: Oliver Sacks, What hallucination reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nouvelle science : la neuromagie, Pour la Science, 377, mars 2009.

Les paroles divines sont éternelles et immuables.

Mes pérégrinations sur la toile me ramènent une assez vieille histoire dont l'actualité reste vive. En 2000, une célèbre journaliste radio américaine, Dr. Laura Schlessinger, déclara que l'homosexualité est une perversion. Sa justification fut le classique argument d'autorité biblique : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination. » (Lévitique, chapitre 18, verset 22)

L'anecdote prend tout son sel avec une lettre qui lui parvint dans le courrier des auditeurs. Cette missive vitaminée émanait de John Nichols, éditorialiste du Capital Times. La voici :

Cher Docteur Laura,

Merci de tant faire pour éduquer les gens à la Loi de Dieu. J'apprends beaucoup à votre écoute et essaie de partager cet enseignement avec le plus grand nombre. Quand quelqu'un défend l'homosexualité, je brandis le Lévitique 18:22, point final.

Toutefois, concernant d'autres lois du Lévitique et de l'Exode, j'aurais besoin de nouveaux conseils avisés de votre part, afin des les interpréter au mieux. Ainsi :

- Quand je brûle un taureau en sacrifice, je sais que cette odeur est douce au Seigneur (Lev. 1:10-17). Elle ne plait cependant pas à mes voisins. Comme trouver le meilleur compromis?

- Je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans l'Exode 21:7. De nos jours, quel serait le meilleur prix pour une fille de son âge ?

- Je sais qu'aucun contact ne m'est permis avec une femme durant ses périodes de menstruation (Lev. 15:19-24). Le problème est : comment le savoir? J'ai essayé de demander mais la plupart des femmes en prennent ombrage.

- Le Lévitique 25:44 dit clairement que je peux acheter des esclaves des nations alentours, mâles et femelles. Un de mes amis affirme que cela s'applique seulement aux Mexicains, et non aux Canadiens. Pourriez-vous clarifier ce point? Pourquoi ne pourrais-je pas posséder de Canadiens?

- J'ai un voisin qui persiste à travailler le samedi. L'Exode 35:2 dit clairement qu'il doit être mis à mort. Suis-je moralement obligé de le tuer moi-même ?

- Un de mes amis m'affirme que, si manger des fruits de mer est une abomination (Lev. 11:10), c'est tout de même moins grave que l'homosexualité. Je ne suis pas d'accord ! Qu'en pensez-vous?

- Le Lévitique 21:18 dit que l'on ne peut pas approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. Je dois bien admettre que je porte des lunettes. Mon acuité visuelle doit-elle être de 20/20 ou existe-il une certaine tolérance?

- Je sais que toucher le peau d'un cochon mort me rend impur (Lev. 11:6-8) mais puis-je tout de même jouer au football en portant des gants?

- Mon oncle possède une ferme. Il viole le Lévitique 19:19 en plantant dans un même champ deux types de cultures différentes. Sa femme fait de même en portant des vêtements faits de différents tissus (mélange coton/polyester). Il a aussi tendance à médire et à blasphémer. Est-il vraiment nécessaire de réunir tous les habitants du village pour le lapider? (Lev. 24:10-16) Ne pourrait-on pas simplement les brûler vifs lors d'une simple réunion de famille, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches? (Lev. 20:14)

Je sais que vous avez étudié ces matières de façon approfondie et ne doute pas que vous puissiez m'aider.

Merci encore pour nous rappeler que les paroles divines sont éternelles et immuables.

Sincèrement,
Un auditeur fidèle

avk

Source

Snopes