croyance

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Du respect
Le respect est une valeur que la plupart des civi­li­sa­tions, des reli­gions et des mou­ve­ments phi­lo­so­phique tiennent en haute estime. Elle implique que l’on accepte qu’une per­sonne pense dif­fé­rem­ment, ce qui est très bien car cela permet d’éviter des conflits bien coûteux.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul avan­tage puisque la per­sonne qui en fait montre se hisse au-dessus de pos­sibles que­relles, affir­mant par là une com­pré­hen­sion et donc une intel­li­gence qui ne sont pas données à tout le monde. Être res­pec­tueux est donc dou­ble­ment gratifiant.

Sur le plan reli­gieux par exemple, les croyants entre­te­nant com­merce spi­ri­tuel avec d’autres confes­sions sont tenus pour plus éclairés que ceux-là qui se battent, à Jéru­salem, Belfast ou dans les Balkans pour faire pré­va­loir leur inter­pré­ta­tion de tel texte consi­déré comme sacré. Qui n’a pas été ému par ces images de Juifs et de Musul­mans fra­ter­ni­sant sur un champ de ruines ou dans un film de Gérard Oury ?

Je me sou­viens d’un rai­son­ne­ment fal­la­cieux véhi­culé par des auto­col­lants que l’industrie ciga­ret­tière avait dis­tri­bués lorsque les poli­tiques s’interrogeaient sur la per­ti­nence d’interdire le tabac dans les res­tau­rants : « Fumeur ou pas, restons cour­tois. » Cette phrase est fal­la­cieuse en ce sens qu’elle ignore l’une des pré­misses du débat sur la tabagie dans les lieux publics : le fait d’enfumer ses voisins de table est un manque de courtoisie.

Un autre rai­son­ne­ment fal­la­cieux consiste à assi­miler une chose à une autre. Par exemple, à assi­miler les per­sonnes à leurs idées, on en vient à consi­dérer que ce sont les idées qu’il convient de res­pecter avant les hommes. La notion de blas­phème n’est rien d’autre. Et le respect des idées, c’est l’exact opposé de la démarche scien­ti­fique qui recherche la confron­ta­tion (la fameuse réfu­ta­bi­lité poperrienne).

L’eau dans le vin
Qui­conque a déjà mis de l’eau dans son vin sait per­ti­nem­ment qu’il n’a réussit qu’à gâcher chacun des deux breu­vages. Pour­tant, c’est bel et bien ce que cherchent à faire de nom­breux scien­ti­fiques athées confrontés à des inter­lo­cu­teurs croyants. Prenons l’exemple du catho­li­cisme. Un catho­lique se dis­tingue prin­ci­pa­le­ment d’un chré­tien par le fait qu’il accepte cer­tains dogmes comme l’Assomp­tion de la Vierge (qui implique que celle-ci soit montée au ciel corps et âme) ou la trans­sub­stan­tia­tion (qui implique une trans­mu­ta­tion réelle, non sym­bo­lique, du vin en sang et de l’hostie en chair).

Un scien­ti­fique athée ne peut (comme scien­ti­fique) ni ne veut (comme athée) accepter l’idée que le vin se change sys­té­ma­ti­que­ment en sang à chaque rituel eucha­ris­tique. Pour­tant, alors qu’il n’hésitera pas à donner son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, sur la vie extra­ter­restre, sur l’intelligence arti­fi­cielle ou sur les neu­trinos supra­lu­mi­niques, il se cen­su­rera s’il est ques­tion de la montée de la Vierge ou de la sur­vi­vance d’une âme après la mort. Sans doute sous le couvert que ne pas res­pecter des idées qui sont aussi ancrées dans l’identité d’un homme, c’est aussi manquer de respect à cet homme.

NOMA
L’avancée des sciences de l’évolution et des neu­ros­ciences depuis les années 80 ont exa­cerbé ce type de confu­sion à tel point que cer­tains cher­cheurs amé­ri­cains, par ailleurs croyants, ont proposé un étrange modèle qui semble se popu­la­riser dans de nom­breuses sphères académiques.

Dans Rocks of Ages: Science and Reli­gion in the Full­ness of Life1, Stephen Jay Gould affirme que « la science et la reli­gion ne se regardent pas de travers mais s’entrelacent dans des figures com­plexes qui s’offrent des simi­li­tudes croisée à chaque échelle frac­tale. » Bref, pour le res­pec­table paléon­to­logue, science et reli­gion ne sont pas en concur­rence mais bien dans des rap­ports de com­plé­men­ta­rité et d’homologie. Il appelle donc reli­gieux et scien­ti­fiques de bonne volonté à consi­dérer ce qui lui appa­raît comme une évi­dence et à avancer main dans la main dans cette posture diplo­ma­tique désor­mais connue sous l’étiquette de Non-overlapping magis­teria (NOMA) ou d’accommodationisme.

Bien sûr, Gould peut mettre en doute cer­tains dogmes catho­liques mais il reste selon lui des élé­ments tels que l’âme qu’il consi­dère à la fois exister et être en dehors du magis­tère de la science : « Moreover, while I cannot per­so­nally accept the Catholic view of souls, I surely honor the meta­pho­rical value of such a concept both for groun­ding moral dis­cus­sion and for expres­sing what we most value about human poten­tia­lity: our decency, care, and all the ethical and intel­lec­tual struggles that the evo­lu­tion of conscious­ness imposed upon us. »2

Le NOMA reçut un crédit ines­péré quand, en 1999, la National Academy of Sciences déclara que « Scien­tists, like many others, are touched with awe at the order and com­plexity of nature. Indeed, many scien­tists are deeply reli­gious. But science and reli­gion occupy two sepa­rate realms of human expe­rience. Deman­ding that they be com­bined detracts from the glory of each. »3 C’est beau comme du Walt Disney.

Tel est donc le partage des braves demandé par le NOMA : la science garde l’empirisme et la modé­li­sa­tion du monde maté­riel ; la reli­gion se voit attri­buer les ques­tion­ne­ments fon­da­men­taux et la morale surnaturelle.

… ou plutôt OMA
Quelques élé­ments devraient tou­te­fois être consi­dérés par les scien­ti­fiques séduits par le visage avenant de NOMA.

  1. Les reli­gions ont des causes et des effets qui sont notam­ment his­to­riques, éco­no­miques et psy­cho­lo­giques. La démarche scien­ti­fique cesser d’étudier l’histoire, de dresser des modèles éco­no­miques et se détourner de la bio­chimie du cerveau ? Une réponse posi­tive mar­que­rait un recul par rapport aux acquis des Lumières. Une réponse néga­tive ne satis­fera pas de nom­breux croyants. Il y a over­lap­ping.
  2. Les reli­gions reposent chacune sur un corpus de récits qui sont scien­ti­fiques de nature : miracles, sacre­ments, prières et autres évé­ne­ments sur­na­tu­rels qui ont pour prin­ci­pale carac­té­ris­tique d’être réels, mesu­rables et en contra­dic­tion avec les prin­cipes de la science en vigueur. Les plus hauts digni­taires reli­gieux ne semblent guère prêts à déclarer que tout ceci n’est que méta­phores et sym­boles. Ici encore, il y a over­lap­ping.
  3. Pour­quoi la reli­gion serait-elle le seul objet que la science ne pour­rait pas étudier, cri­ti­quer et aborder ration­nel­le­ment ? Si l’objet reli­gieux trans­cende le monde naturel, une étude maté­ria­liste ne pour­rait en aucun cas lui nuire. Après tout, étudier le phé­no­mène amou­reux ne nuit guère aux sen­ti­ments. L’over­lap­ping ne devrait pas gèner la foi.
  4. NOMA pré­sup­pose que le monde n’est pas tota­le­ment rationnel, puisque les ques­tion­ne­ments fon­da­men­taux n’y sont pas objets de démarche empi­rique. C’est là un pos­tulat qui semble taillé pour les reli­gions et qui, dès lors, ne pourra jamais être réfuté. Le NOMA se ver­rouille de lui même, ce qui le rend encore un peu moins sym­pa­thique. Ce ver­rouillage est un over­lap­ping.
  5. La démarche scien­ti­fique repose sur le critère de réfu­ta­bi­lité, lequel ne doit être en rien limité. Si j’énonce que « La Lune est en fromage blanc », tout le monde est en droit de tenter de réfuter cet exposé sans aucune res­tric­tion. Je pourrai à mon tour essayer de réfuter ces réfu­ta­tions. Cette dyna­mique contra­dic­toire s’enrichira d’observations, expé­ri­men­ta­tions et modé­li­sa­tions qui ren­for­ce­ront l’une ou l’autre thèse. Mais si l’on s’interdit de toucher à cer­tains objets de notre monde, on pourra parfois se trouver en face d’énoncés qui ne pour­ront plus être réfutés. Et petit à petit, le domaine scien­ti­fique s’effilochera au détri­ment du magis­tère reli­gieux. Nouvel over­lap­ping.
  6. À l’image de l’Intel­li­gent Design qui n’est autre que du créa­tion­nisme outra­geu­se­ment maquillé, NOMA semble bien être une version moderne de cette vieille his­toire où l’on pouvait goûter de tous les fruits du jardin sauf d’un seul: celui de la connaissance.

Le propre de la démarche scien­ti­fique est – quand elle n’est pas dévoyée – d’accepter tout énoncé qui se prête à la réfu­ta­tion. C’est un système ouvert. Le propre d’un système reli­gieux – quand il n’est pas dévoyé –, c’est de reposer sur des récits qui ne sont pas réfutables.

C’est un vieux débat de savoir si les démo­cra­ties doivent accepter en leur sein des partis qui veulent sa mort. De nom­breux dic­ta­teurs sont venus ainsi au pouvoir, démo­cra­ti­que­ment élus, pour voter l’abolition de la démo­cratie. Per­son­nel­le­ment, je pense ce risque accep­table, du moins dans des sociétés dis­po­sant d’un certain niveau d’éducation et de canaux d’informations contra­dic­toires. Même si le risque est réel, c’est accep­table car les partis démo­cra­tiques pour­ront com­battre leurs adver­saires à armes égales. Ce serait en revanche inac­cep­table si ces partis étaient pro­tégés par une clause de non-agression.

Croyants et scien­ti­fiques doivent convenir – peu importe que ce soit pour des raisons dis­tinctes – que le monde est unique et cohé­rent. Y construire un mur de Berlin tel que le NOMA est une insulte à l’intelligence et, m’ont confié des amis croyants, à la foi.

Le respect des hommes et des femmes est le ciment d’une civi­li­sa­tion ouverte.
Le respect des idées est le terreau du dogmatisme.

Et si vous n’êtes pas d’accord, bienvenue !

avk

Réfé­rences

Wiki­pedia


  1. Gould, Stephen Jay (2002). Rocks of Ages: Science and Reli­gion in the Full­ness of Life. New York: Bal­lan­tine Books. ISBN 034545040X
  2. Gould, Stephen Jay (1997). « Nono­ver­lap­ping Magis­teria. » Natural History 106 (March): 16–22. 
  3. Stee­ring Com­mittee on Science and Crea­tio­nism (1999). « Science and Crea­tio­nism: A View from the National Academy of Sciences ». NAS Press. Retrieved 2007-11-16. 

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Une contro­verse inté­res­sante s’est déve­loppée ces der­niers jours dans le petit monde de l’anthropologie. Au départ, un article sur le site web de Natu­re­News pré­sente une étude géné­tique des popu­la­tions des­cen­dant des Tainos, autoch­tones des Caraïbes à l´époque de Chris­tophe Colomb, en indi­quant que ces Tainos n’existent plus. Or, beau­coup de per­sonnes se consi­dèrent, à tort ou à raison, comme Tainos, d’où la contro­verse qui a rapi­de­ment débordé le cadre scientifique.

Brea­king the Law of Averages

En cette époque où même le climat a peur de changer, tant il est sur­veillé de près par les ortho­doxes (pour la der­nière affaire en date, cliquez ici, ou ici, ou ici), où cer­tains neu­trinos se mêlent d’arriver au Gran Sasso avec 60 ns (nano­se­condes) d’avance, on n’est jamais trop prudent: Nature a fait the right thing et s’est excusé: This article ori­gi­nally stated that the Taíno were extinct, which is incor­rect. Nature apo­lo­gizes for the offence caused, and has cor­rected the text to better explain the research project des­cribed.

Evi­dem­ment, qu’est-ce qu’un peuple? A priori, je suis, moi même un Trévire (Celte) du haplo­groupe R1b1a2a1a1b3 dont l’origine se trouve autour de la Suisse/Tyrol/Italie du Nord et qui est habi­tuel­le­ment associé à la culture de La Tène-Hallstatt… bien qu’on trouve un ilot soli­taire de  R1b1a2a1a1b3 au Bash­kor­tostan, allez savoir pour­quoi! Je peux donc déclarer que je suis Celte de chez Celte, mais ça n’engage évi­dem­ment que moi!

Etre Taino est assu­ré­ment une autre paire de manches. Une per­sonne qui se déclare Taino écrit quelque part que la Tai­ni­cité (comme la judaï­cité!) se transmet par les femmes. Faisons le Gedan­ke­nex­pe­riment suivant: prenons une Taino « pure »  en 1492; elle-même et ses des­cen­dantes ne pro­créent qu’avec des non Tainos. Qui voyons-nous en 2011? Je ne sais pas au juste quels sont les traits typiques des « vrais » Tainos, mais il est pro­bable que je ne les recon­nai­trais pas. Même chose avec les Oglala, les Apaches et les Mohi­cans etc.qui res­semblent doré­na­vant bien plus à M et Mme Smith qu’à leurs ancêtres pré­co­lom­biens (sauf le Mohican, peut-être).

Si une per­sonne se déclare Wal­lonne (je suis prudent!!!) ou Oglala, elle est Wal­lonne ou Oglala! Je me sou­viens avoir lu la phrase sui­vante chez Malraux à l’époque où j’étais fan (et Malraux lui-même était ministre de la culture de Gaulle, ce qui nous fait 1959 à 1969: j’allais avoir 20 ans!) est Juif qui se veut Juif, et ce n’est pas les Khazars qui me démen­ti­ront (1).

Evi­dem­ment, ce n’est pas rél­le­ment de leur plein gré que les Tainos, Oglalas et Apaches sont très mélangés aujourd’hui, cer­tai­ne­ment bien plus qu’en 1492. Je pense donc avec Dienekes que les Tainos existent cer­tai­ne­ment un peu moins en 2011 qu’en 1492, même  s’il est par­fai­te­ment pos­sible de se déclarer Taino! Il reste quand même la ques­tion de savoir ce qui fait un Taino. La langue, peut-être? Les uns disent qu’il n’en reste que quelques mots dans une langue mélangée d’espagnol, alors que d’autres affirment la parler.  Et nous savons par ailleurs que langue et eth­ni­cité ne se super­posent pas tou­jours (voir, par exemple, Cavalli-Sforza, 1994).

Il est pos­sible, en théorie, d’être un vrai Taino « eth­nique » et de l’ignorer. A l’autre bout du spectre, nous avons le Trévire R1b1a2a1a1b3 qui ne sait pas un mot de Taino, sauf peut-être colibri, iguane et tabacù , et qui n’est cer­tai­ne­ment pas Taino. Entre ces deux extrêmes, tout est possible.

La morale de cette his­toire c’est que le poli­ti­que­ment correct a un prix, qu’à force de cour­tiser et Margot et sa soeur nous fini­rons par vendre notre âme. En d’autres termes, la dis­tance n’est pas si grande entre les néga­tion­nismes de tout poil, le créa­tion­nisme et les excuses de Nature.

 

Réfé­rences

L.L. Cavalli-Sforza. 1997. Genes, peoples, and lan­guages. PNAS, 94:7719–7724. Dis­po­nible ici.

Note

(1) Je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas retrouvé la cita­tion de Malraux sur le web: c’est sans doute la seule cita­tion qui n’est pas sur le web, ou alors, c’est ma mémoire qui me joue des tours. Quelqu’un peut-il m’aider?

English variant: click here

 

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« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un mil­lé­naire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des géné­ra­tions le sou­venir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nou­velle d’Isaac Asimov dont le titre ori­ginal, Night­fall, avait béné­ficié de cette tra­duc­tion : « Quand les ténèbres vien­dront. » L’auteur y prenait la cita­tion d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fra­gi­lité du savoir et des civilisations.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gou­ver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont mani­pulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en ques­tion l’idée ori­gi­nale que c’est le réchauf­fe­ment cli­ma­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment cli­ma­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà che­vauché dans son dernier livre [1] où il qua­li­fiait la recherche cli­ma­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son igno­rance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai sim­ple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on ins­tille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le pro­blème n’est pas de mettre en doute le modèle domi­nant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas una­ni­mité totale autour de modèles aussi com­plexes que ceux de la cli­ma­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spé­cia­lité. Mais si les argu­ments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un audi­teur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout sim­ple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des rai­son­ne­ments. Non, Rick Perry croit en cer­taines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent sim­ple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbé­cile ; il a suivi un par­cours uni­ver­si­taire, dispose de talents d’orateur et des com­pé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquiétant.

Car comme des cen­taines de mil­lions de per­sonnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible ori­gi­nelle est un texte parfait ne com­por­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse pré­senter quelque erreur de tra­duc­tion ou coquille édi­to­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gou­ver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pour­rait bien l’aider à atteindre la Pré­si­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chi­po­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théo­ries de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pour­rait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe com­mencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la cli­ma­to­logie et à la bio­logie, c’est main­te­nant la géo­logie qui est priée de faire montre de tolé­rance : oui, la tec­to­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rude­ment plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argu­ment. Et puis, tous les amis, les voisins, les col­lègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krug­mann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seule­ment voilà, cette ten­dance ne se limite pas à une classe poli­tique. Pendant que les cha­pe­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libé­raux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le cha­ma­nisme dans l’entreprise et alternent chi­mio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion ter­ri­fiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus per­sonne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
—-

[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

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Science is the belief in the igno­rance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Prin­ceton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire par­ti­cu­lier nommé PEAR : Prin­ceton Engi­nee­ring Ano­ma­lies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phé­no­mènes dif­fi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des cir­cuits élec­tro­niques [1]. Les acti­vités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la pro­blé­ma­tique ini­tiale devient de mieux en mieux com­prise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions com­plexes qui peuvent exister entre des cir­cuits élec­tro­niques et leurs uti­li­sa­teurs, en rela­tion avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des cir­cuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une pro­ba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien cali­brée.  L’expérience consiste à demander à un uti­li­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résul­tats ont été accu­mulés au cours d’une dizaine d’années, par une cen­taine d’expérimentateurs.

A expé­rience sur­pre­nante, résul­tats sur­pre­nants : la fré­quence de 0 et de 1 dans la séquence générée est cor­rélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quan­tité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue sta­tis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un indi­vidu à un autre : cer­tains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), cer­tains obtiennent pré­fé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résul­tats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une fal­si­fi­ca­tion obs­cu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des pré­jugés pro­fon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heu­reu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode uti­lisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures uni­ver­sités au monde. En plus, et le fait est suf­fi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dis­po­nibles à qui­conque voulait les ana­lyser à sa manière. Sur cette base, des argu­ments ont été pro­posés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses col­la­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient cer­tains résul­tats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beau­coup de méthodes sta­tis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot– incroyables. Dans ces condi­tions, la réac­tion des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion tech­nique pour­quoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir hon­nê­te­ment si elles le sont. Je me sou­viens avoir discuté en man­geant avec un pro­fes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, phy­si­cien et père de Michel, sur les sour­ciers [5] : je racon­tais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sour­cier ». Le fait même de trouver que cette ques­tion méri­tait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la caté­gorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résul­tats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résul­tats faux, et c’est normal : c’est uni­que­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résul­tats ini­tiaux. Dans le cas des résul­tats de PEAR, per­sonne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Ben­ve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Ben­ve­niste a eu beau contrer un par un les argu­ments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], ana­lyser dif­fé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de sta­tis­ti­ciens [7], changer de modèle bio­lo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résul­tats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Reve­nons à PEAR. Les résul­tats sont fas­ci­nants, mais pas néces­sai­re­ment cho­quants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La pre­mière éven­tua­lité n’est pas très dif­fé­rente d’un pro­blème bien connu en méca­nique quan­tique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système phy­sique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus sur­pre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple clas­sique est le posi­tron qui par beau­coup d’aspects peut être compris comme un élec­tron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements pré­sents influencés par le futur, pour ana­lyser notam­ment des situa­tions d’enchevêtrement quan­tique [10]. Pour­quoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans cer­tains domaines et qu’on les rejette de manière épi­der­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  tou­jours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les pré­jugés, qui ont le dernier mot. Le rai­son­ne­ment libre et non orienté n’est pos­sible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori pos­sible. On accepte des recherches débri­dées sur les par­ti­cules élé­men­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le rai­son­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a pos­te­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sour­ciers était, pour ce pro­fes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capa­cités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immé­diat. Les cas de construc­tion de sou­ve­nirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi ins­truc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magi­cien cache à sa victime ce qu’il fait. Des sys­tèmes de eye-tracking montrent pour­tant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direc­tion, ce qui suggère que le truc exploite un méca­nisme cog­nitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la per­cep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment phy­sique immé­diat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phé­no­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élu­ci­dées. La pre­mière étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong ques­tion, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Cor­re­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Ope­rator Inten­tion: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Dif­fe­rences in Human/Machine Ano­ma­lies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jef­ferys, Baye­sian Ana­lysis of Random Event Gene­rator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sour­ciers, Presse Uni­ver­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Ben­ve­niste pour publier ses résul­tats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scan­dale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) pré­sen­tait donc les résul­tats de 4 équipes de recherche : celle de Ben­ve­niste, une ita­lienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Ben­ve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cor­nillet, B. Poi­tevin, A. Spira, L’agitation de solu­tions hau­te­ment diluées n’induit pas d’activité bio­lo­gique spé­ci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beau­vais, L’âme des molé­cules — une his­toire de la « mémoire de l’eau », Col­lec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dis­po­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, cha­pitre 27, Pyg­ma­lion : 1979) rap­porte un cas frap­pant de deux concep­tions bio­lo­giques pour­tant contraires –à propos des rap­ports entre phy­lo­ge­nèse et onto­ge­nèse– qui furent uti­li­sées suc­ces­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hal­lu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nou­velle science : la neu­ro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

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Mes péré­gri­na­tions sur la toile me ramènent une assez vieille his­toire dont l’actualité reste vive. En 2000, une célèbre jour­na­liste radio amé­ri­caine, Dr. Laura Schles­singer, déclara que l’homosexualité est une per­ver­sion. Sa jus­ti­fi­ca­tion fut le clas­sique argu­ment d’autorité biblique : « Tu ne cou­cheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abo­mi­na­tion. » (Lévi­tique, cha­pitre 18, verset 22)

L’anecdote prend tout son sel avec une lettre qui lui parvint dans le cour­rier des audi­teurs. Cette missive vita­minée émanait de John Nichols, édi­to­ria­liste du Capital Times. La voici :

Cher Docteur Laura,

Merci de tant faire pour éduquer les gens à la Loi de Dieu. J’apprends beau­coup à votre écoute et essaie de par­tager cet ensei­gne­ment avec le plus grand nombre. Quand quelqu’un défend l’homosexualité, je brandis le Lévi­tique 18:22, point final.

Tou­te­fois, concer­nant d’autres lois du Lévi­tique et de l’Exode, j’aurais besoin de nou­veaux conseils avisés de votre part, afin des les inter­préter au mieux. Ainsi :

- Quand je brûle un taureau en sacri­fice, je sais que cette odeur est douce au Sei­gneur (Lev. 1:10–17). Elle ne plait cepen­dant pas à mes voisins. Comme trouver le meilleur compromis?

- Je sou­hai­te­rais vendre ma fille comme ser­vante, tel que c’est indiqué dans l’Exode 21:7. De nos jours, quel serait le meilleur prix pour une fille de son âge ?

- Je sais qu’aucun contact ne m’est permis avec une femme durant ses périodes de mens­trua­tion (Lev. 15:19–24). Le pro­blème est : comment le savoir? J’ai essayé de demander mais la plupart des femmes en prennent ombrage.

- Le Lévi­tique 25:44 dit clai­re­ment que je peux acheter des esclaves des nations alen­tours, mâles et femelles. Un de mes amis affirme que cela s’applique seule­ment aux Mexi­cains, et non aux Cana­diens. Pourriez-vous cla­ri­fier ce point? Pour­quoi ne pourrais-je pas pos­séder de Canadiens?

- J’ai un voisin qui per­siste à tra­vailler le samedi. L’Exode 35:2 dit clai­re­ment qu’il doit être mis à mort. Suis-je mora­le­ment obligé de le tuer moi-même ?

- Un de mes amis m’affirme que, si manger des fruits de mer est une abo­mi­na­tion (Lev. 11:10), c’est tout de même moins grave que l’homosexualité. Je ne suis pas d’accord ! Qu’en pensez-vous?

- Le Lévi­tique 21:18 dit que l’on ne peut pas appro­cher de l’autel de Dieu si on a des pro­blèmes de vue. Je dois bien admettre que je porte des lunettes. Mon acuité visuelle doit-elle être de 20/20 ou existe-il une cer­taine tolérance?

- Je sais que toucher le peau d’un cochon mort me rend impur (Lev. 11:6–8) mais puis-je tout de même jouer au foot­ball en portant des gants?

- Mon oncle possède une ferme. Il viole le Lévi­tique 19:19 en plan­tant dans un même champ deux types de cultures dif­fé­rentes. Sa femme fait de même en portant des vête­ments faits de dif­fé­rents tissus (mélange coton/polyester). Il a aussi ten­dance à médire et à blas­phémer. Est-il vrai­ment néces­saire de réunir tous les habi­tants du village pour le lapider? (Lev. 24:10–16) Ne pourrait-on pas sim­ple­ment les brûler vifs lors d’une simple réunion de famille, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches? (Lev. 20:14)

Je sais que vous avez étudié ces matières de façon appro­fondie et ne doute pas que vous puis­siez m’aider.

Merci encore pour nous rap­peler que les paroles divines sont éter­nelles et immuables.

Sin­cè­re­ment,
Un audi­teur fidèle

avk

Source

Snopes

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source : Jesus and Mo
via : Oldcola’s Coffee and Sci(ence)

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Religious logic

[from the excellent The Best Article Every Day]

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Peu de gens croient savoir le nombre d’accordeurs de piano qu’il y a Chicago. Pour­tant, si on ne s’intéresse qu’à un ordre de gran­deur, c’est un nombre facile à estimer. Le résultat en soi pré­sente assez peu d’intérêt, mais la méthode est intéressante.Il y a vrai­sem­bla­ble­ment 2 mil­lions d’habitants à Chicago, c’est à dire 500 000 familles, dont sans doute une sur 100 possède un piano, il y a donc 5000 pianos. Chaque piano doit être accordé tous les 2 ans, et ça néces­site 1/2 journée de travail. L’accordage de tous les pianos de Chicago repré­sente donc 1250 jour­nées de travail par an, c’est grosso modo du travail à temps plein pour 4 per­sonnes. En comp­tant que ces gens ne font vrai­sem­bla­ble­ment pas ça à temps plein, 10 accor­deurs serait un chiffre plau­sible. Compte tenu des incer­ti­tudes sur les chiffres uti­lisés, il y en a peut être 1, ou peut être 100, mais pas 1000 !

On peut uti­liser le même type de rai­son­ne­ment pour estimer la pro­duc­tion céréa­lière mon­diale, le nombre de cen­trales nucléaires qui ali­mentent la télé­phonie mobile, la part des ser­viettes jetables dans le prix des Big Macs, et même le nombre de civi­li­sa­tion extra­ter­restres dans notre galaxie. On raconte qu’Enrico Fermi man­geait silen­cieu­se­ment en com­pa­gnie de col­lègues avec qui il construi­sait la bombe ato­mique, quand il s’est soudain écrié « Mais où sont-ils ? » [1]. Il venait d’estimer que la Terre aurait déjà du être explorée à de nom­breuses reprises par des extraterrestres.

L’estimation à la Fermi du nombre de civi­li­sa­tions extra­ter­restres dans notre galaxie porte aujourd’hui le nom d’équation de Drake [2]. Elle com­porte une suc­ces­sion de fac­teurs tels que (1) le nombre d’étoiles crées chaque année, (2) la frac­tion des étoiles qui ont des pla­nètes habi­tables, (3) la frac­tion de celles-ci où la vie appa­raît, et (4) la durée de vie d’une civi­li­sa­tion capable de com­mu­ni­quer sur des dis­tances inter­stel­laires. On fait géné­ra­le­ment l’hypothèse que la Terre n’est pas excep­tion­nelle, c’est-à-dire que chaque étoile possède de l’ordre d’une planète où la vie appa­raît. Selon les esti­ma­tions, on trouve entre 100 et 10000 civi­li­sa­tions extra­ter­restres dans notre envi­ron­ne­ment immé­diat [3]. Si on étend ce calcul à tout l’Univers visible, il faut mul­ti­plier ce chiffre par 100 milliards !

Parmi les nom­breuses courses est-ouest de la guerre froide, il y avait notam­ment la recherche des extra­ter­restres. C’est dans ce contexte qu’est né le projet amé­ri­cain « Search for Extra-Terrestrial Intel­li­gence » (SETI), pendant que les Russes avaient un projet simi­laire [4]. Et en tout ce temps, per­sonne n’a rien vu : « Mais où sont-ils ? » [5]. On admet géné­ra­le­ment que les dif­fi­cultés tech­no­lo­giques liées aux voyages inter­stel­laires ne peuvent pas être la réponse. Il y a là-haut des sys­tèmes solaires deux fois plus âgés que le notre, ce qui permet d’imaginer qu’il existe des tech­no­lo­gies autant supé­rieures à la notre, que la notre est supé­rieure à celle des algues bleues. Bref, c’est un vrai mystère.

L’explication la plus simple serait que notre forme de vie est très rare. Et il n’y aurait que deux expli­ca­tions pos­sibles : soit il y a dans l’évolution de la vie ter­restre une étape que nous avons déjà tra­versée qui était hau­te­ment impro­bable, soit la durée de vie d’une civi­li­sa­tion à haute tech­no­logie est très courte. Dans un texte inté­res­sant [6], Nick Bostrom explique pour­quoi il espère qu’on ne trou­vera pas trace de vie sur Mars. Si on trou­vait de la vie sur la pre­mière planète qu’on explore autre que la terre, ça vou­drait dire que la vie est un phé­no­mène banal dans l’Univers. Tout cela aug­men­te­rait la vrai­sem­blance du deuxième scé­nario, et nos jours seraient comptés [7].

Cedric Gommes

Sources

[1] Wiki­pedia : Fermi_paradox
[2] Wiki­pedia : Drake_equation
[3] L. Gresh & R. Wein­berg, « The science of the Super­he­roes », Wiley 2002.
[4] Wiki­pedia : SETI
[5] Leo Szilard aurait répondu à Fermi « they are already among us — but they call them­selves Hun­ga­rians ».
[6] nick­bos­trom [PDF]
[7] Phi­lip­pulus le Pro­phète, « La fin est proche », In: L’étoile mys­té­rieuse, Hergé.

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Lorsque Des­cartes propose le ratio­na­lisme comme méthode de recherche de la vérité, c’est surtout le scep­ti­cisme qu’il promeut face à l’autorité intel­lec­tuelle. De la même manière, le ratio­na­lisme du Siècle des Lumières est avant tout opposé au dog­ma­tisme et à l’obscurantisme. Vouloir faire du ratio­na­lisme une valeur posi­tive serait naïf et prétentieux.La ratio­na­lité est avant tout un sen­ti­ment : ce n’est que par une forme d’introspection que nous nous convain­quons de l’existence ou non d’un lien logique entre deux faits ou deux idées. Serait-ce même au départ de données prag­ma­tiques, comment l’introspection pourrait-elle nous apprendre quoique ce soit sur un autre sujet que sur nous même?

Si les faits nous donnent parfois l’illusion que la raison permet de com­prendre le monde, c’est parce qu’elle repré­sente un avan­tage évo­lutif. Elle est notre capa­cité à orga­niser nos sou­ve­nirs sous une forme propre à faire des pré­vi­sions utiles à notre survie ou à notre repro­duc­tion. Elle n’est donc que le reflet du monde dans lequel nous vivons ; c’est notre adap­ta­tion intime à notre envi­ron­ne­ment qui fait que cer­tains phé­no­mènes natu­rels peuvent être orga­nisés selon des sys­tèmes qui nous semblent logiques. Par beau­coup d’aspects, la science n’est rien d’autre qu’une com­mu­ni­ca­tion codi­fiée de notre com­pré­hen­sion ins­tinc­tive du monde.

En d’autres termes, c’est parce que nous sommes bien adaptés à notre envi­ron­ne­ment que nos intui­tions sont parfois cor­rectes, et que l’introspection peut être construc­tive. Pour tout ce qui n’est pas tra­di­tion­nel­le­ment néces­saire à la survie de l’espèce, rien ne garantit l’utilité de la raison humaine.

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Denver (Colo­rado) :

Frank­fort (Kentucky) :

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Nous avons tous lu Tintin au Tibet. Nous avons tous entendu le dalaï-lama. Nous aimons tous le Tibet. Spi­ri­tua­lité, intem­po­ra­lité, blancheur.

Le Lotus Bleu, c’était autre chose. Une his­toire com­plexe où s’affrontent des puis­sances mili­taires, finan­cières. La drogue, la folie, le crime.

Tintin ren­contre Chang en Chine. Il com­prendra là la dure com­plexité du monde. C’est au Tibet qu’il le retrou­vera. Et c’est là qu’il com­prendra que la com­plexité est un masque. Les larmes de Tintin relient les deux albums.

Une inva­sion chinoise?

Depuis le XIIe siècle, le Tibet est chinois et le dalaï-lama avait géné­ra­le­ment un statut de gou­ver­neur qu’il par­ta­geait à cer­taines époques avec le Panchen-lama. En 1720, le Tibet devient un pro­tec­torat chinois : l’identité cultu­relle était garantie mais le com­merce, la diplo­matie et la défense étaient du ressort de la Chine. La pré­sence de tibé­tain sur de nom­breux monu­ments chinois en tant qu’une des cinq langues offi­cielles, en témoigne.

Les choses changent en 1904 lorsque les Bri­tan­niques enva­hissent la région de façon san­glante. Quatre ans plus tard, la Chine reprend le contrôle et ce n’est qu’après la révo­lu­tion de 1911 que le Tibet pro­clame son indé­pen­dance, indé­pen­dance que n’acceptera pas la Chine.

En 1950, le troupes com­mu­nistes chi­noises reviennent au Tibet, ce qui est qua­lifié d’invasion par les États-Unis alors en pleine fièvre anti­com­mu­niste. La CIA arme et entraine les guer­riers tibé­tains et, en 1959, aide le dalaï-lama à s’exiler en Inde.

Si l’on peut parler de conflit ter­ri­to­rial d’indépendance, le pré­senter comme une inva­sion n’est pas conforme à la réalité his­to­rique. Je ne défends pas là la vision chi­noise, j’expose celle de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale exprimée depuis long­temps par l’ONU et par la Com­mu­nauté Européenne.

Que tout le monde main­te­nant se mette à parler d’invasion est étrange… à moins que les récents enjeux com­mer­ciaux puissent expli­quer ce revi­re­ment idéologique.

Une popu­la­tion opprimée?

La Chine moderne n’est pas mon modèle de civi­li­sa­tion. Les droits de l’homme sont consi­dérés comme un gadget inutile, les médias sont des marion­nettes du Parti, le régime poli­tique est une farce et la justice n’est citée en exemple que par Ségo­lène Royal. Ça ne donne pas envie, c’est sûr.

Pour autant, voir dans le Tibet du dalaï-lama un sanc­tuaire consacré à la spi­ri­tua­lité et échap­pant à la cor­rup­tion du maté­ria­lisme occi­dental est sans doute un peu naïf.

Quel était la situa­tion du Tibet avant le départ de dalaï-lama?

1. Théo­cratie absolue : Ni parti ni élec­tions. Ni média non plus d’ailleurs.

2. Oli­gar­chie et servage de la popu­la­tion : Par exemple, le com­man­dant en chef de l’armée tibé­taine, ami proche du dalaï-lama, pos­sé­dait 4.000 kilo­mètres carrés de terre et régnait sur 3.500 serfs. Les monas­tères pou­vaient enlever de force des enfants de paysans pour les enrôler comme domes­tiques, dan­seurs ou soldats. [A. Tom Grun­feld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996)]

3. Droits de l’homme : Si la peine de mort n’était pas appli­quée acti­ve­ment, la torture était d’usage courant : brisure des membres, énu­cléa­tion des yeux, uti­li­sa­tion d’une pano­plie proche de celle de notre moyen-age. Bien sûr, les enfants de paysans n’avaient ni sco­la­ri­sa­tion ni accès aux soins de santé. [Felix Greene, A Curtain of Igno­rance (Garden City, N.Y. : Dou­bleday, 1961) ; Waddell, Landon, and O’Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain]

Ça ne donne pas envie non plus. A vrai dire, ça donne encore moins envie.

La domi­na­tion chi­noise est donc un sale coup pour l’oligarchie tibé­taine. Les images d’émeutes montrent clai­re­ment que les oppo­sants sont des moines ou des tibé­tains de milieux favo­risés. Pour la plus grande partie de la popu­la­tion, je crois que c’est plutôt une bonne chose.

Mais vous savez comment sont les reli­gions : elles ont le chic pour vous faire croire que ce qui est bon est mauvais et vice-versa. En plus, s’il faut recon­naître quelque chose au dalai-lama, c’est que c’est un com­mu­ni­ca­teur fabu­leux, le genre Steve Jobs vous voyez. En plus, son produit, c’est la vision d’un monde drô­le­ment sympa. Vrai­ment le genre de chose dont nous avons tous besoin. Et en plus, y croire ne coûte pas un cent…

Alors? Alors, si l’on se pré­oc­cupe de droits de l’homme, de liberté de la presse, de démo­cratie et de déve­lop­pe­ment indi­vi­duel, il est sans doute légi­time de lancer des actions contre la Chine. Mais le faire au nom du Tibet est grotesque.

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Après le Comté de Polk, voici celui de Pinellas, tou­jours en Floride. Là aussi, la Com­mis­sion de l’enseignement prend majo­ri­tai­re­ment parti pour l’Intel­li­gent Design.

Voici les argu­ments de quatre de ses membres :

« The entire theory of evo­lu­tion is not scien­tific fact. Intel­li­gent design balances it out. » — Nancy Bostock, Chair­person

« I’d pro­bably ideally like to keep it all [evo­lu­tion and Intel­li­gent Design] out of the class­room. If it’s going to create this much contro­versy, how impor­tant is it? »
— Peggy O’Shea, Vice Chair­person

« I think that stu­dents should be given the oppor­tu­nity to view all theo­ries on how man evolved and let their science back­ground and their reli­gious back­ground take over as to which one they believe in. »
— Jane Gallucci

« To teach one [evo­lu­tion] as if nothing else existed, I think we’re doing our stu­dents a dis­ser­vice. » — Carol Cook

Promis, je ne pos­terai pas un billet à chaque Comté qui bascule, mais il me sem­blait impor­tant d’illustrer que la pro­gres­sion du phé­no­mène est impor­tante et que, chaque semaine, c’est l’éducation scien­ti­fique de plu­sieurs dizaines de mil­liers d’enfants qui se teinte de religieux.

Il ne s’agit pas de faits isolés mais d’un mou­ve­ment de fond.

[ source ]

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Il y a pas mal de Comtés nommés Polk aux États-Unis, mais aucun d’entre eux ne béné­ficie d’une renommée fra­cas­sante en Europe.

Celui de Floride vient de faire une avancée déci­sive vers la noto­riété. Situé en plein centre de la Pénin­sule, il dispose d’une éco­nomie flo­ris­sante, de plus de 600.000 habi­tants et de nom­breux éta­blis­se­ments d’enseignement. Bref, ce n’est pas un petit patelin oublié de la civilisation.

Dans le bon Comté de Polk, rap­porte The Ledger, la Com­mis­sion de l’enseignement a une confi­gu­ra­tion par­ti­cu­lière : sur sept membres, quatre sont favo­rables à l’enseignement de l’Intel­li­gent Design, une n’a pas d’avis, deux y sont opposés.


La très fer­vente Mar­garet Lofton, Pré­si­dente, a déjà déclaré : « Si j’étais amenée à voter sur ce point, j’interdirais l’enseignement du darwinisme. »

Or dans un mois, en janvier 2008, cette Com­mis­sion va se réunir afin de voter les nou­veaux stan­dards en matière d’enseignement de l’évolution. Puisque le pro­cessus démo­cra­tique y semble plus puis­sant que la vérité scien­ti­fique, je pense qu’il y a quelque chose à faire : contacter ces per­sonnes. Leur envoyer des liens vers des sites scien­ti­fiques, leur expli­quer que leurs déci­sions ne sont pas seule­ment atten­dues dans leur Comté, mais partout dans le monde, les convaincre que la science ne met pas en péril le salut de leurs enfants.

Comment les contacter? Rien de plus simple :

Kay Fields (Dis­trict 5) : 863–802-5483
Kay.​Fields@​polk-​fl.​net

Tim Harris (Dis­trict 7) : 863–808-0005
Tim.​Harris@​polk-​fl.​net

Mar­garet Lofton (Dis­trict 6, Chairman) : 863–294-9076
Margaret.​Lofton@​polk-​fl.​net

Hazel Sellers (Dis­trict 3) : 863–533-7714
Hazel.​Sellers@​polk-​fl.​net

Lori Cun­nin­gham (Dis­trict 2, Vice-Chairman) : 863–512-1656
Lori.​Cunningham@​polk-​fl.​net

Et, tant qu’à faire, pour­quoi pas un email de soutien aux deux défen­seurs d’un ensei­gne­ment scientifique?

Frank O’Reilly (Dis­trict 1)
Frank.​Oreilly@​polk-​fl.​net

Brenda Reddout (Dis­trict 4)
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Mes emails ont été expé­diés il y a une heure.

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Le créa­tion­nisme et son avatar post­mo­derne, l’Intel­li­gent Design, uti­lisent une rhé­to­rique simple pour faire des adeptes parmi les chré­tiens les plus modérés. La stra­tégie est simple : mettre dos à dos la théorie dar­wi­nienne et la Bible. Il suffit alors de déforcer la pre­mière et pour cela, tous les argu­ments sont bons.

L’Intel­li­gent Design s’affiche de plus en plus comme une opinion res­pec­table. Qui s’y oppose prend le risque de passer pour into­lé­rant. Il y a quelques années, une cam­pagne pro-tabac uti­li­sait la même stra­tégie du « dos-à-dos ». Le slogan était : «Fumeur ou pas, restons cour­tois». Il gommait l’idée simple que l’un était l’agresseur et l’autre l’agressé. Le méca­nisme est simi­laire ici : mettre sur un pied d’égalité un dogme et un modèle scien­ti­fique cohé­rent, corrélé par des faits et soumis à la cri­tique scientifique.

Amis croyants, si vous pensez que la foi et la science ne sont pas anta­go­nistes par nature, ce billet est pour vous…

1. C’est écrit dans la Bible.
«God’s Word is true, or evo­lu­tion is true. There’s no room for com­pro­mise.» [crea­tion­mu­seum]

Argu­ment d’autorité. La Bible est un récit. De nom­breux autres récits, scien­ti­fiques ou non, reli­gieux ou non, fic­tion­nels ou non, sont en contra­dic­tion avec divers pas­sages de la Bible. Croire que la Bible a raison sim­ple­ment parce que c’est la Bible est une convic­tion, par un argument.

2. Ma foi me pousse à croire le récit biblique.

Sub­jec­ti­visme. La foi de nom­breux chré­tiens les pousse à com­prendre cer­tains pas­sages bibliques comme des méta­phores. Un argu­ment en leur faveur est que cer­tains pas­sages sont compris comme méta­pho­riques même par les chré­tiens créa­tion­nistes. Si tous les chré­tiens s’accordent sur le fait que des méta­phores peuvent être pré­sentes dans la Bible, pour­quoi la Genèse ne pourrait-elle être inter­prétée ainsi?

3. Le dar­wi­nisme diminue le rôle de Dieu.
«Dar­wi­nism rules out the pos­si­bi­lity of God or any guiding intel­li­gence playing a role in life’s origin and deve­lop­ment. Within western culture Darwinism’s ascent has been truly meteoric.» [Cosmic Pour­suit, William Dembski, 1998]

Diver­sion. Pour qui pense que Dieu a planté chaque arbre indi­vi­duel­le­ment, l’affirmation qu’une entre­prise de jar­di­nage ait planté celui de mon jardin doit être blas­phé­ma­toire. Le dar­wi­nisme n’est dan­ge­reux que pour l’idée d’un Dieu anthro­po­cen­trique. Il n’interfère nul­le­ment avec l’idée d’un Dieu omni­po­tent et omniscient.

4. Argu­ment téléo­lo­gique : la beauté et la com­plexité des méca­nismes de la nature démontrent l’existence de Dieu.

Appel à l’émotion, non-sequitur. C’est une convic­tion, non un argu­ment. Elle est parfois sou­tenue par les argu­ments du hasard ou de la com­plexité (voir plus loin).

5. Darwin était athée.

Dis­crédit, non-sequitur. Argu­ment étrange, sauf à consi­dérer «Païens ont tort, chres­tiens ont droit.» Étrange et faux : Darwin était chré­tien. Il a étudié la théo­logie à Cam­bridge. Sa théorie de la sélec­tion natu­relle date de 1838 et s’est édifiée sur base d’éléments récoltés durant le voyage du Beagle, de 1831 à 1836. Darwin ne devint agnos­tique qu’en 1851, suite à la mort de sa fille Annie.

6. Le dar­wi­nisme est une théorie maté­ria­liste.
«Debun­king the tra­di­tional concep­tions of both God and man, thin­kers such as Charles Darwin, Karl Marx, and Sigmund Freud por­trayed humans not as moral and spi­ri­tual beings, but as animals or machines who inha­bited a uni­verse ruled by purely imper­sonal forces and whose beha­vior and very thoughts were dic­tated by the unben­ding forces of biology, che­mistry, and envi­ron­ment.» [The Wedge Stra­tegy]

Non sequitur. Cet argu­ment n’a de poids qu’à deux conditions :

a. Il est exact (reste à le démon­trer).
b. Les théo­ries maté­ria­listes ont tou­jours tort face aux théo­ries spi­ri­tua­listes. Cette démons­tra­tion est elle inutile puisque les chré­tiens fon­da­men­ta­listes adopte eux-même parfois une posi­tion inverse : ils croient en la trans­ub­stan­tia­tion. Pour eux, l’hostie donnée en com­mu­nion n’est pas seule­ment investie de l’esprit du Christ mais que sa sub­stance maté­rielle est réel­le­ment modifiée.

7. Le dar­wi­nisme est contredit par les der­nières avan­cées scientifiques.

Diver­sion. Bien sûr, la science pro­gresse, les théo­ries s’affinent et se com­plètent. Dans son excellent blog, Tom Roud résume par­fai­te­ment l’absurdité de l’argument :
« (…) Dembski affirme que le fait que cer­tains orga­nismes aient des moyens de contrôler leur taux de muta­tion contredit le dar­wi­nisme. Autant repro­cher à Galilée de ne pas avoir intro­duit la notion d’espace-temps ! Ce que Dembski ne recon­naît pas, c’est que la théorie de l’évolution pro­posée par Darwin est avant tout un cadre concep­tuel : ce n’est pas parce que Darwin n’a pas anti­cipé les décou­vertes récentes de la bio­logie que sa théorie ne colle pas à ces découvertes.»

8. L’évolutionnisme met le hasard au centre de tout ses méca­nismes. Il est impos­sible qu’une méca­nique aussi com­plexe que l’homme, même que chaque cellule, soit le fruit du hasard. Un archi­tecte est nécessaire.

Inexac­ti­tude, non-sequitur. Bien sûr, si l’on met les atomes consti­tu­tifs d’un homme dans un tonneau et que l’on secoue, il n’en sortira jamais un homme. Cet argu­ment cari­ca­ture le dis­cours scien­ti­fique. Ce que l’évolutionnisme avance, c’est qu’une sélec­tion natu­relle s’opère au hasard. Ce hasard n’est pas tota­le­ment aléa­toire puisqu’il s’opère dans le cadre étroit des lois de la logique, de la phy­sique et de la chimie. Ces lois étant uni­ver­selles, une sélec­tion cumu­la­tive appa­raît qui permet l’émergence de struc­tures complexes.

9. Si les muta­tions appa­raissent de façon aléa­toire, comment un organe aussi com­plexe qu’un oeil peut évoluer? Il est clair que toutes les muta­tions ont convergé pour en faire une méca­nique aussi com­plexe et parfaite.

Fausse alter­na­tive, incom­pré­hen­sion. Quand nous regar­dons en arrière le chemin qu’a par­couru l’évolution pour arriver à un organe tel que l’oeil, nous avons imman­qua­ble­ment le sen­ti­ment trom­peur d’une évo­lu­tion dirigée. C’est que nous ne voyons alors que le chemin qui a abouti. La masse fan­tas­tique d’essais infruc­tueux nous est invi­sible. Cela revient à s’étonner qu’un sper­ma­to­zoïde minus­cule, sans organe de sens ni cerveau réus­sisse le miracle de fran­chir la dis­tance colos­sale qui le sépare de l’ovule. S’il n’y avait qu’un seul sper­ma­to­zoïde, ce serait bien un miracle… mais il y en a des dizaines de millions.

10. Le deuxième prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique affirme que des sys­tèmes com­plexes ne peuvent pas appa­raître tout seuls.

Inexac­ti­tude. Ce prin­cipe énonce en fait que «Toute trans­for­ma­tion d’un système ther­mo­dy­na­mique s’effectue avec aug­men­ta­tion de l’entropie globale incluant l’entropie du système et du milieu exté­rieur.» Il n’implique nul­le­ment que, loca­le­ment, des sys­tèmes ordonnés appa­raissent, au prix d’une aug­men­ta­tion de l’entropie du milieu et d’une dis­si­pa­tion d’énergie. De nom­breux modèles validés par l’observation par l’expérience montrent que non seule­ment des struc­tures com­plexes peuvent se former, mais en outre qu’elles peuvent se main­tenir hors de l’état d’équilibre (cel­lules de Bénard, réac­tions Belousov-Zhabotinsky, travaux de Prigogine…)

11. Les évo­lu­tion­niste eux-même admettent que cer­taines espèces n’évoluent pas.

Fausse alter­na­tive. Bien sûr. Cela implique seule­ment qu’elles ont atteint un seuil d’équilibre.

12. Les dar­wi­nisme a servi à jus­ti­fier des crimes contre l’humanité.

Dis­crédit, non-sequitur. C’est exact. Récu­pérer une science pour asseoir une croyance reli­gieuse, poli­tique ou idéo­lo­gique peut mener aux plus grandes monstruosités.

13. Les muta­tions dégradent l’organisme et ne le font pas évoluer.

Inexac­ti­tude. Si c’était le cas, les entre­prises de l’agro-alimentaire n’investiraient pas tant dans les OGM. Une muta­tion modifie le patri­moine géné­tique. Parfois, cette muta­tion per­turbe les fonc­tions méta­bo­liques, pro­vo­cant parfois des défi­ciences voire la mort de la cellule mutée. Souvent, la muta­tion est neutre : elle inter­vient dans une partie du maté­riel géné­tique non codant (introns). Plus rare­ment, la modi­fi­ca­tion peut avoir des effets posi­tifs. C’est là qu’intervient la sélec­tion natu­relle : un orga­nisme ayant subi une muta­tion qui le ren­force aura plus de chance de sur­vivre et de trans­mettre cette muta­tion à une des­cen­dance que l’organisme ayant subi une muta­tion qui diminue ses chances de survie et de repro­duc­tion. C’est le méca­nisme du hope­full monster par lequel une muta­tion favo­rable se trans­mettra plus faci­le­ment qu’une autre.

14. L’histoire de la science, et par­ti­cu­liè­re­ment de l’évolutionnisme, four­mille d’erreurs, de fraudes, de canulars.

Dis­crédit, Non sequitur. Oui, comme toute acti­vité humaine. Elle intègre cepen­dant des méca­nismes qui ont permi de mettre ces erreurs, fraudes et canu­lars en lumière. La reli­gion et la foi ne dis­posent pas de tels méca­nismes, et ne sont guère plus pré­ser­vées de la failli­bi­lité humaine.

15. Si les fos­siles sont la trace d’animaux dis­parus et que l’évolution est continue, il devrait exister des fos­siles inter­mé­diaires. Le fait qu’il n’y en ait pas prouve que la théorie de l’évolution est une fable.

Inexac­ti­tude. Mais il y en a, et de très nom­breux dont le premier est bien sûr l’Archéoptéryx. Voir Evi­dence of Evo­lu­tio­nary Tran­si­tions de Michael Benton.

16. Pour l’homme en tous cas, impos­sible de parler d’évolution puisqu’il est doté de conscience. C’est donc une dif­fé­rence qua­li­ta­tive et non plus sim­ple­ment quan­ti­ta­tive qui le dis­tingue des animaux.

Inexac­ti­tude, ambi­guïté. Reste à définir cette conscience qui serait qua­li­ta­ti­ve­ment absente du monde animal. L’on peut sim­ple­ment noter que l’éthologie a mis en évi­dence dans le monde animal (non humain) des apti­tudes et com­por­te­ments tels que la conscience de soi, la capa­cité d’abstraction, le rire, l’amour, la fidé­lité, la tra­hison, le suicide, le langage sym­bo­lique, l’empathie, l’altruisme, la soli­da­rité, l’utilisation d’outils, la trans­mis­sion de savoir et de rituels.

17. On n’a jamais observé de muta­tion condui­sant à une aug­men­ta­tion de l’information géné­tique.

Inexac­ti­tude.
Argu­ment spé­cieux : on n’observe pas les muta­tions puisqu’elles inter­viennent de façon, aléa­toire, on observe leurs effets. Ceci dit, l’augmentation de maté­riel géné­tique au sein de la cellule a déjà été prouvé à diverses reprises. Le prin­cipal méca­nisme est la dupli­ca­tion de gènes suivie de la diver­gence de l’une des copies. D’autres méca­nismes ont été observés tels que l’endobiose par laquelle deux orga­nismes fusionnent (d’où les mito­chon­dries p. ex.) ou plus cou­ram­ment les méca­nismes rétroviraux.

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The Best Article Every Day publie un flo­ri­lège de pré­dic­tions péremp­toires qui démontrent, s’il le fallait encore, que la vision d’un leader est moins impor­tante que sa capa­cité à mobi­liser les foules. Petite sélec­tion de mise en bouche :

«We will bury you.»
Nikita Kru­sh­chev, Soviet Premier, pre­dic­ting Soviet com­mu­nism will win over U.S. capi­ta­lism, 1958.

«Eve­ry­thing that can be invented has been invented.»
Charles H. Duell, an offi­cial at the US patent office, 1899.

«It will be gone by June.»
Variety, passing jud­ge­ment on rock ‘n roll in 1955.

«This anti­trust thing will blow over.»
Bill Gates, founder of Microsoft.

«It will be years — not in my time — before a woman will become Prime Minister.»
Mar­garet That­cher, future Prime Minister, October 26th, 1969.

«Read my lips: NO NEW TAXES
George Bush, 1988.

«That virus is a pus­sycat.»
Dr. Peter Dues­berg, molecular-biology pro­fessor at U.C. Ber­keley, on HIV, 1988.

«Sen­sible and res­pon­sible women do not want to vote.»
Grover Cle­ve­land, U.S. Pre­sident, 1905.

«That the auto­mo­bile has prac­ti­cally reached the limit of its deve­lop­ment is sug­gested by the fact that during the past year no impro­ve­ments of a radical nature have been intro­duced.»
Scien­tific Ame­rican, Jan. 2 edition, 1909.

«Heavier-than-air flying machines are impos­sible.»
Lord Kelvin, British mathe­ma­ti­cian and phy­si­cist, pre­sident of the British Royal Society, 1895.

«Radio has no future.»
Lord Kelvin, Scot­tish mathe­ma­ti­cian and phy­si­cist, former pre­sident of the Royal Society, 1897.

«Nuclear-powered vacuum clea­ners will pro­bably be a reality in 10 years.»
Alex Lewyt, pre­sident of vacuum cleaner company Lewyt Corp., in the New York Times in 1955.

«Atomic energy might be as good as our present-day explo­sives, but it is unli­kely to produce any­thing very much more dan­ge­rous.»
Winston Chur­chill, British Prime Minister, 1939.

«It’s a great inven­tion but who would want to use it anyway?»
Ruther­ford B. Hayes, U.S. Pre­sident, after a demons­tra­tion of Alexander Bell’s tele­phone, 1876.

«X-rays will prove to be a hoax.»
Lord Kelvin, Pre­sident of the Royal Society, 1883.

«The pho­no­graph has no com­mer­cial value at all.»
Thomas Edison, Ame­rican inventor, 1880s.

[source]

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Je découvre un livre sai­sis­sant : The Physics of Christianity.

Son auteur, Frank Tipler, fait partie de cette mou­vance de croyants voulant nourrir leur foi de maté­riaux scien­ti­fiques. Vous le savez : je suis en général partagé entre l’amusement et l’agacement. L’amusement parce que cela me semble à la fois réduc­tion­niste et mal­adroit. L’agacement parce que ce mou­ve­ment prend une ampleur consi­dé­rable et contribue à une sorte de rela­ti­visme absolu où le théo­rème de Pytha­gore et la vir­gi­nité de Marie sont des énoncés de même valeur.

Bref, je ne peux résister au plaisir de vous citer un passage croquignolet :

If Jesus indeed rose from the dead using the mecha­nism des­cribed in Chapter 8, namely elec­tro­weak tun­ne­ling to convert matter into energy, and if indeed this was done with the inten­tion of showing us how to use the same process, then we our­selves should be able to learn how to turn matter into either elec­tro­ma­gnetic energy or neu­trinos within a few decades.

Tout le livre est comme ça.

Les cri­tiques? Là, c’est l’élément inquiétant :

A thril­ling ride to the far edges of modern physics.” –New York Times

A dazz­ling exer­cise in scien­tific spe­cu­la­tion, as rigo­rously argued as it is boldly conceived.” –Wall Street Journal

Tipler has written a mas­ter­piece confer­ring much-craved scien­tific res­pec­ta­bi­lity on what we have always wanted to believe in.” –Science

More rea­dable than Roger Penrose’s The Emperor’s New Mind or Douglas Hofstadter’s Gödel, Escher, Bach … an ima­gi­na­tive escha­to­lo­gical enter­tain­ment appro­priate to the approa­ching end of the mil­len­nium.” –New Orleans Times-Picayune

Unde­niably fas­ci­na­ting…” –Seattle Times

Tipler’s brash announ­ce­ments are challenging—and enter­tai­ning. Although written from the view­point of a Ph.D., anyone should be able to get a kick out of the professor’s big-bang ideas.” –Publi­shers Weekly

Dans mes petites pré­oc­cu­pa­tions, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique vient de rétrograder…

avk

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YouTube is like contem­po­rary music : too much sax and violins!

Quelques chré­tiens ont donc eu un rêve : un YouTube rien que pour eux, où l’on peut chanter les louanges du Patron en rap ; où l’on démontre que les fos­siles ont tou­jours été des fos­siles ; où l’on peut voir comment les musul­mans pré­parent des sales coups dans leurs mos­quées ; et où l’on peut prouver l’existence de Dieu en éplu­chant une banane.

Ça s’appelle GodTube et, contrai­re­ment à ce que je pensais dans un premier temps, ce n’est pas du second degré!

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Vous êtes médecin et vous venez de rece­voir un test pour détecter la picotte volante. Les études épis­té­mio­lo­giques ont montré que 1% de la popu­la­tion en est atteinte, et vous êtes sub­mergé de patients qui attendent d’être ras­surés ou soignés.

Les symp­tômes de cette nou­velle maladie sont vagues mais heu­reu­se­ment, vous venez de rece­voir un test épatant. Ce test est fiable à 99% : 99% des malades pro­duisent un résultat positif, et 99% des per­sonnes saines pro­duisent un résultat négatif.

Ques­tion : Si un test est positif, quelle est la pro­ba­bi­lité pour que la patient soit malade?

Vous avez répondu 99%? Vous avez tort : la réponse est 50%. Rassurez-vous, la grande majo­rité des gens auront cédé comme vous à leur intui­tion et négligé la pré­misse : seul 1% de la popu­la­tion est touché.

Si vous n’êtes pas convaincu, l’explication du théo­rème de Bayes qui éclaircit ce petit mystère se trouve détaillée sur Wiki­pedia.

Et Dieu dans tout ça?

Et bien, le fait que son exis­tence soit iden­ti­fiée comme très pro­bable par de plus en plus de mes contem­po­rains tient souvent du même méca­nisme. Celui-ci peut être incons­cient : nous aimons tous penser que telle chose est plus ou moins pro­bable, mais nous détes­tons devoir y réflé­chir en pro­fon­deur. Sans cela, le monde serait allégé de bien des lote­ries, casinos, mara­bouts et autres aigrefins.

L’argument de com­plexité (« Un monde aussi merveilleux/complexe/riche ne peut être le fruit du hasard! ») repose sur le même biais d’intuition. Sub­sti­tuer tem­po­rai­re­ment l’émerveillement à la raison pure est une capa­cité dont j’espère chacun capable, et qui par­ti­cipe au réen­chan­te­ment du monde. Nous gagnons en beau ce que nous perdons en vrai.

Fair enough disent les anglais… pour autant que cela ne dérape pas trop.

Loin du fair-play, Richard Swin­burne nage lui dans d’autres eaux : il utilise les mathé­ma­tiques baye­siennes pour tenter de démon­trer l’existence de Dieu. Ce dis­tingué pro­fes­seur de l’Oxford Uni­ver­sity estima en 1979 l’existence de Dieu à «more than 50 percent». Sa publi­ca­tion The Resur­rec­tion of God Incar­nate discute de la pro­ba­bi­lité que Dieu s’incarne.

L’utilisation de l’arsenal des pro­ba­bi­lités dans un texte théo­lo­gique est redou­table car elle donne un crédit scien­ti­fique au lecteur qui, rebuté, saute de confiance les pas­sages tech­niques. Or, les bases mêmes de son rai­son­ne­ment font état d’une mécon­nais­sance colos­sale des pro­ba­bi­lités (ou d’une mal­hon­nê­teté de même ampleur). Ici encore, le rai­son­ne­ment repose sur des pré­misses fausses, arbi­traires ou indémontrées.

En effet, la base de son dis­cours est du genre : « Dieu existe ou n’existe pas. Si nous n’en savons rien d’autre, nous devons donner à son exis­tence une pro­ba­bi­lité de 50% ». Partant de là, il ajoute divers élé­ments pour faire grimper la probabilité.

La réplique de Richard Dawkins fait éclater l’inconsistance des pré­misses : « Les montres à tête de spa­ghetti existent ou n’existent pas. Il y a donc 50% de chance qu’ils existent. » Ben oui…

Ceci prê­te­rait à rire, si l’Université d’Oxford et sa branche édi­to­riale, l’Oxford Uni­ver­sity Press, ne cau­tion­naient de leur pres­tige de tristes fadaises qui ali­mentent les sombres moulins transatlantiques.

avk

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Fin 1974, dans un café de Buenos Aires, le jour­na­liste Orlando Barone réunit Jorge Luis Borges et Ernesto Sabato. Après avoir parlé des rêves, de Macbeth et des titres curieux donnés à cer­tains livres à l’époque de la Révo­lu­tion Fran­çaise, la conver­sa­tion vient sur Dieu…

BARONE : Et quelle est votre opinion sur Dieu, Borges?BORGES : C’est la plus grande créa­tion de la lit­té­ra­ture fan­tas­tique. Ce qu’ont pu ima­giner Wells, Kafka ou Poe n’est rien comparé à ce qu’a imaginé la théo­logie. L’idée d’un être parfait, omni­scient et tout-puissant est réel­le­ment fantastique.

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