Racisme et liberté d’expression

Régu­liè­re­ment, suite à la média­ti­sa­tion d’événements relatant la réaction du politique à des faits ou propos racistes, les réseaux sociaux répandent des statuts tels que « Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. »

Le racisme est une opinion.

Je crois person­nel­le­ment que le racisme est une opinion et un délit. Mais cette tournure est plus gênante car elle place le délit d’opinion au centre du problème, et aucune démo­cratie n’aime recon­naître qu’elle dispose d’une police de la pensée.

De quoi parle-t-on ? Une « opinion », c’est un ensemble de jugements. Il n’y a rien de scien­ti­fique là-dedans. Une opinion ne s’assortit a priori d’aucune valeur de vérité. Des phrases telles que « Les Noirs sont paresseux », « Les Juifs sont roublards » ou « Les Arabes sont des voleurs. » sont à l’évidence des opinions. Qu’un état les sanc­tionne ne suffit pas à changer leur nature.

Qu’une opinion soit fondée ou non, stupide ou non, méchante ou non est un autre problème (dont ne se préoccupe géné­ra­le­ment guère le politique) : les dresseurs d’horoscopes et autres lecteurs d’avenir ne risquent pas la prison s’ils s’en tiennent là. Bref, dire des bêtises ne ressort pas du pénal, et une opinion n’est qu’une opinion.

Ce n’est qu’à partir du moment où une opinion se confronte à la critique scien­ti­fique qu’elle peut acquérir quelque valeur de vérité. Et le propre d’une démarche scien­ti­fique est de générer des énoncés réfu­tables, de telle sorte que, passant ces épreuves, l’opinion sera soit invalidée, soit sans cesse remise en question.

En refusant de consi­dérer le racisme comme une opinion, on empêche cette dynamique et on le constitue en dogme. C’est très symp­to­ma­tique de certaines intel­li­gent­sias de renforcer ce qu’elle prétendent vouloir détruire. Sans doute est-il bon d’avoir un ennemi sombre afin de montrer à quel point on est soi-même lumineux… dange­reuse politique !

Un raisonnement fallacieux

La mécanique du racisme repose sur un raison­ne­ment falla­cieux :

  1. On considère une carac­té­ris­tique visible d’un groupe humain (p. ex. la peau noire) ;
  2. Sur base de l’observation (biaisée ou non) d’un petit groupe, on associe certaines valeurs à cette carac­té­ris­tique (le fait de courir vite aux Jeux Olym­piques)
  3. On néglige des sous-groupes dépourvus de ces valeurs (peu de Pygmées, bien que noirs, ont remporté le 100 m.)
  4. On néglige des individus non carac­té­ris­tiques pourvus de ces valeurs (des Blancs ont remporté le 100 m)
  5. La carac­té­ris­tique (peau noire) étant héré­di­taire, on sous-entend que les valeurs (courir vite) le sont aussi.

Ce type de para­lo­gisme n’est pas un produit de notre société contem­po­raine. On en trouve par exemple traces écrites dans l’Ancien Testament ou chez Hippo­crate, ainsi que dans la plupart des civi­li­sa­tions.

Bien, le fait qu’un raison­ne­ment soit falla­cieux n’implique pas qu’il soit faux. De nombreux racistes pourront rétorquer que c’est nier l’évidence que de refuser que les Noirs sont plus rapides que les Blancs au 100 mètres. Et qu’évoquer les Pygmées, c’est comme évoquer les poissons volants pour tenter de démontrer que les poissons ont des ailes : un contre-exemple n’invalide pas une règle.

Déconstruire le racisme

Certes. L’invalidation du racisme est autre et passe, à nouveau, par la défi­ni­tion des mots employés, et main­te­nant par le mot « race »

Regrouper les orga­nismes vivants est le rôle de la taxonomie, et cette dernière utilise de nombreux types de classes (taxons) ayant chacune sa défi­ni­tion : règne, embran­che­ment, classe, ordre, famille, genre, espèce, sous-espèce etc. Aucune trace du mot « race » là-dedans !

Si ce terme n’est plus utilisé par les scien­ti­fiques, ce n’est pas pour des raisons de bien-pensance, mais parce qu’il est trop peu défini. C’est un peu comme le mot « légume » qui peut désigner tantôt des fruits (tomate p. ex.), tantôt des feuilles, des fleurs ou encore des racines. Aucun scien­ti­fique ne parle de légume parce que ce terme ne répond qu’à un paramètre précis et peu important (son type d’utilisation dans notre tradition culinaire) dont on ne peut rien déduire d’autre.

Il n’y a qu’en cuisine que l’on parle de légume, et qu’en élevage que l’on parle de race. Or, il semble pertinent, dans un contexte politique et juridique, d’utiliser des termes scien­ti­fiques qui permettent une carac­té­ri­sa­tion précise. (Après tout, c’est bien ce que cherchent les racistes, non !?)

Alors, sur un plan taxo­no­mique où se situe l’homme ? (Ne m’attaquez pas sur la descrip­tion entre paran­thèses, volon­tai­re­ment très très simpli­fiée !)

  • Règne : animal (nous devons manger d’autres êtres vivants)
  • Embran­che­ment : cordé (symétrie bila­té­rale… entre autres!)
  • Sous-embran­che­ment : vertébré (nous avons des vertèbres)
  • Classe : mammifère (nous avons des mamelles)
  • Sous-classe : thérien (nous ne pondons pas d’oeufs)
  • Infra-classe : euthérien (le placenta nous est connu)
  • Ordre : primate (la vision l’emporte sur l’olfaction, etc.)
  • Sous-ordre : haplo­rhi­nien (la truffe fait place au nez)
  • Infra-ordre : simii­forme (arrière de l’orbite occulaire fermé)
  • Micro-ordre : cata­rhi­nien (narines rappro­chées et ouverte vers le bas)
  • Super-famille : hominoïdé (nous avons un coccyx)
  • Famille : hominidé (face prognathe et bipédie)
  • Sous-famille : homininé (humains, chim­panzés et gorilles)
  • Tribu : hominien (humains et chim­panzés)
  • Genre : homo (homme actuel et espèces éteintes)
  • Espèce : homo sapiens (cerveau volu­mi­neux, pilosité réduite…)

Fort bien, mais ne peut-on pas continuer ? Si l’on veut pour­suivre la taxonomie de façon plus fine, il convient de parler de « sous-espèce » et non de « race ». Ce n’est pas qu’une question de mots puisque le taxon « sous-espèce » est nettement défini comme un « groupe d’individus qui se trouvent isolés et qui évoluent en dehors du courant génétique de la sous-espèce de référence1. »

L’idée de sous-espèces humaines n’est donc a priori pas absurde puisque la plupart des espèces animales possèdent de telles varia­tions. Les méca­nismes de l’évolution favo­risent les individus qui ont un fitness génétique adapté au milieu, et la dissé­mi­na­tion des homo sapiens en des zones très diffé­rentes au niveau clima­tique (et donc écolo­gique) a conduit à privi­lé­gier certaines allèles dont témoignent d’évidentes signa­tures phéno­ty­piques.

Là où il y a un os, c’est que ces varia­tions locales ont été pertur­bées par de très nombreux phéno­mènes de migration et de nomadisme qui ont généré un important métissage. Aucun groupe humain référencé n’a jamais vécu isolé assez longtemps, de telle sorte qu’il n’y ait pas de sous-espèces.

En outre, il a été démontré2 que le phénomène de dérive génétique (évolution de la fréquence d’un gène causée par des phéno­mènes aléa­toires comme le hasard des accou­ple­ments) produit une érosion de la biodi­ver­sité dans les popu­la­tions impor­tantes et est donc un second facteur anta­go­niste à l’apparition de sous-espèces humaines.

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Arbre de l’ADN mito­chon­drial humain (© Wikimedia)

Enfin, on comprendra sans peine que la pression de l’environnement permettra de privi­lé­gier des allèles condui­sant à une peau plus ou moins pigmentée. Il serait assez difficile de concevoir un envi­ron­ne­ment privi­lé­giant une valeur morale, ou un envi­ron­ne­ment privi­lé­giant les individus les plus idiots. De telle manière que, même s’il existait des sous-espèces humaines, celles-ci ne pour­raient que diffi­ci­le­ment servir d’assise scien­ti­fique à des préjugés racistes.

D’autre part, on constate aussi que l’Afrique contient 100 % de la diversité génétique humaine, ce qui semble logique quand on considère la grande diversité d’environnements de ce continent3.

Quant aux subdi­vi­sions taxo­no­miques plus fines encore (variété, sous-variété, forme, sous-forme), elles n’ont de sens qu’en botanique et en mycologie.

Si donc parler de races n’a rien de scien­ti­fique pour des espèces possédant des embran­che­ments en sous-espèces, c’est tota­le­ment insensé pour l’être humain qui ne subdivise guère qu’en popu­la­tions.

Il faut encore ajouter que la notion-même d’espèce est de plus en plus remise en question. En effet, l’espèce se définit comme l’ensemble des individus poten­tiel­le­ment inter-féconds, mais de trop nombreux contre-exemples (les tigrons, nés d’un tigre et d’un lion sont non seulement viables mais fertiles et peuvent se repro­duire avec un tigron, un tigre ou un lion !) fragi­lisent cette défi­ni­tion. Alors, la race…

La banalité du racisme

Mais alors, pourquoi le racisme est-il si répandu ? Le raison­ne­ment falla­cieux cité plus haut n’est proba­ble­ment qu’un mécanisme de renfor­ce­ment a poste­riori. Le racisme pourrait être beaucoup plus répandu, voire universel et contré seulement au prix d’efforts. Bien sûr, cette idée d’un racisme naturel qui demande à être corseté ou étouffé n’est guère confor­table. Pourtant, certaines expé­riences4 tendent à démontrer que de nombreuses personnes ayant un discours égali­taire et anti-raciste (re)tombent très faci­le­ment dans des postures racistes quand elles relâchent leur attention. Et ce racisme implicite semble exister chez les enfants indé­pen­dam­ment de l’éducation qu’ils reçoivent5.

Nous savons que les stéréo­types et les préjugés sont des stra­té­gies rapides (et donc souvent un peu idiotes) qui nous permettent de prendre des décisions sans connaître tous les éléments néces­saires.

Le racisme se développe d’autant plus que les capacités de réflexion et que l’accès à une culture scien­ti­fique s’appauvrissent ; d’autant plus aussi que les schémas mentaux répondent à des dogmes rigides plutôt qu’à des énoncés réfu­tables.

Ceci implique que le respect des individus au-delà des diffé­rences phéno­ty­piques et/ou cultu­relles n’est pas inné. Ce respect demande un travail d’éducation faisant appel à la logique, au raison­ne­ment et à la culture.

De la criminalisation du racisme

Cet effort ne peut se faire à coup de décrets, ni en récitant comme un mantra orwellien que le racisme est un délit et non une opinion.

Une société qui choisit d’interdire (voire de crimi­na­liser) plutôt que d’éduquer crée plusieurs problèmes :

  1. Les racistes resteront racistes. Simple­ment, ne pouvant en parler ouver­te­ment qu’entre eux, ils déve­lop­pe­ront des méca­nismes de groupe, soudés par l’adversité qu’il ressentent à l’égard de la société. Les plus subtils feront recette en surfant sur le fil de la légalité, obligeant le légis­latif à revoir sans cesse son arsenal à coup de mesures ad hoc.
  2. La société rogne sur une liberté impor­tante qui est celle d’expression. Elle s’instaure en garant du bien et du mal, consi­dé­rant qu’une insulte comme « sale nègre » est plus grave que « sale rouquin ».
  3. Elle rabaisse la science au rang de simple opinion puisqu’elle (la société) préjuge que les récits scien­ti­fiques n’ont aucune supé­rio­rité leur permet­tant de venir à bout des préjugés racistes.

En fait, je crois que, si de nombreuses sociétés préfèrent l’interdiction à l’éducation, c’est simple­ment parce que beaucoup de poli­ti­ciens sont eux-même inca­pables de dire en quoi le racisme est une erreur. Plus géné­ra­le­ment, je crois aussi que beaucoup utilisent — dans d’autres matières — des raison­ne­ments falla­cieux compa­rables à ceux qui sous-tendent le racisme.

Le racisme est sans doute un bon indi­ca­teur du degré d’inculture d’une civi­li­sa­tion, c’est entendu. Mais le fait de vouloir taire des opinions consi­dé­rées comme dange­reuses est un indi­ca­teur encore plus pertinent car il ne mesure pas des individus lambda mais ceux-là même que la démo­cratie a élu pour en rédiger ses lois.

Il faut réap­prendre comment s’articule un raison­ne­ment, comment confronter des idées les unes aux autres mais aussi à l’observation et à l’expérience. Pour tout cela, il est impératif que les mots gardent leur signi­fi­ca­tion. « Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » a justement écrit Confucius.

Que des individus feignent de l’ignorer pour justifier le racisme est une bêtise.

Que la société feigne de l’ignorer au nom de la démo­cratie est une infamie.

avk

 


  1. Inter­na­tional Code of Zoolo­gical Nomen­cla­ture.
  2. Strachan and Read. Human molecular genetics.
  3. Edwards, AWF (2003). Human genetic diversity: Lewontin’s fallacy. BioEssays 25 (8): 798–801.
  4. Devine, Patricia G.; Forscher, Patrick S.; Austin, Anthony J.; Cox, William T. L. (2012). Long-term reduction in implicit race bias: A prejudice habit-breaking inter­ven­tion in Journal of Expe­ri­mental Social Psycho­logy 48 (6): 1267–1278.
  5. Smith, Jeremy A.; Jason Marsh; Rodolfo Mendoza-Denton. Are We Born Racist?: New Insights from Neuros­cience and Positive Psycho­logy Paperback. Beacon Press, Berkley.

Pourquoi mourir ?

A priori, la mort est la seule expé­rience qui nous semble inéluc­table : quelle que soit notre condition, aussi prudent que soit notre parcours, notre vie est limitée dans le temps.

Pourquoi meurt-on ?

Les méca­nismes de la sélection naturelle qui ont permis l’apparition de l’espèce humaine reposent en grande partie sur le phénomène de la mort : il faut bien que les anciennes géné­ra­tions dispa­raissent si on veut que les nouvelles s’imposent. Et les décès purement acci­den­tels ne suffisent pas. Le fait de limiter natu­rel­le­ment la durée de vie cellu­laire (apoptose) est un facteur de pression sélective qui accélère la dynamique de l’évolution et, par consé­quent, la renforce.

Télomères (en blanc)

Concrè­te­ment, l’apoptose est liée à la dégra­da­tion des télomères, ces bouchons terminaux des chro­mo­somes qui tiennent fonc­tion­nel­le­ment du petit cylindre de plastique à la fin des lacets de chaus­sures. Ces struc­tures sont synthé­ti­sées par une enzyme, la télo­mé­rase, lors du processus de répli­ca­tion de l’ADN. Si la télo­mé­rase est très active durant la période embryo­lo­gique et foetale, elle ne s’exprime plus guère après que dans les cellules germi­nales et dans certaines cellules cancé­reuses.

Les cellules soma­tiques, dépour­vues tota­le­ment ou presque de cette enzyme après la naissance, se divisent dès lors privées de la pleine protec­tion des télomères qui dispa­raissent après une cinquan­taine de divisions. Les chro­mo­somes subissent par consé­quent les mitoses ulté­rieures avec des dommages (alté­ra­tion de l’information, fusion de deux chro­mo­somes…) empêchant de nouvelles divisions et menant à la mort cellu­laire et au vieillis­se­ment de l’organisme.

Comme l’explique Richard Dawkins 1 : « …/ les gènes qui réus­sissent auront tendance à retarder la mort de leurs machines à survie, au moins jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus se repro­duire. (…) il est évident qu’un gène létal qui fera effet à retar­de­ment sera plus stable dans le pool génique qu’un autre qui fera effet tout de suite. (…) Ainsi, selon cette théorie, la sénilité n’est que le sous-produit de l’accumulation dans le pool génique de gènes létaux et de gènes semi-létaux à effet retard, qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet de la sélection naturelle simple­ment parce qu’ils ne font sentir leurs effets que très tard. »

Les récentes simu­la­tions infor­ma­tiques d’André C. R. Martins 2 mettent en présence des popu­la­tions d’organismes immortels avec des compé­ti­teurs mortels. Elles démontrent clai­re­ment que « When condi­tions change, a senescent species can drive immortal compe­ti­tors to extinc­tion. This counter-intuitive result arises from the pruning caused by the death of elder indi­vi­duals. When there is change and mutation, each gene­ra­tion is slightly better adapted to the new condi­tions, but some older indi­vi­duals survive by chance. Senes­cence can eliminate those from the genetic pool. Even though indi­vi­dual selection forces can sometimes win over group selection ones, it is not exactly the indi­vi­dual that is selected but its lineage. While senes­cence damages the indi­vi­duals and has an evolu­tio­nary cost, it has a benefit of its own. It allows each lineage to adapt faster to changing condi­tions. We age because the world changes. »

Évolution des simu­la­tions d’André C. R. Martins

Il y a pourtant des immortels

Par « immortels », je ne parle pas ici des orga­nismes dotés de méca­nismes de préser­va­tion qui leur confèrent une grande longévité tels certains tardi­grades3, mais bien d’organismes dont la seule façon de mourir est de succomber à un accident, une maladie ou une prédation. Bref il existe des orga­nismes qui ne meurent pas « de mort naturelle » pour adopter cette étrange expres­sion.

La sexualité, qui brasse le matériel génétique des individus d’une même espèce, n’est pas le seul mode de repro­duc­tion. La plupart des orga­nismes se repro­duisent par scis­si­pa­rité. Dans ce cas, l’avantage sélectif que la mort confère aux espèces sexuées, cet avantage semble nettement moins important, voire absent. De fait, à l’instar des cellules germi­nales des pluri­cel­lu­laires, de nombreux unicel­lu­laires ne sont en effet pas soumis à la pression sélective d’une mort programmée et jouissent d’une immor­ta­lité théorique.

Tur­ri­topsis nutri­cula

Étran­ge­ment, ils ne sont pas seuls à être exemptés d’apoptose et certains orga­nismes au cycle de vie complexe, prétendent aussi à l’immortalité. C’est le cas de la méduse Turri­topsis nutricula qui peut — en réponse à des condi­tions diffi­ciles — retourner à l’état de polype, lequel a la possi­bi­lité de se multi­plier avant de reprendre un état de méduse.4

Certains vers plats (planaires) consti­tuent un autre exemple inté­res­sant car certains sont dotés comme nous d’une sexualité tandis que les autres se repro­dui­sant par scis­si­pa­rité. Or, les deux types de planaires sont également capables de se régénérer indé­fi­ni­ment en recons­ti­tuant les tissus néces­saires. Et ce sans que l’on observe de diffé­rence génétique entre les tissus originels et les tissus régénérés. Chez ces planaires, l’activité de la télo­mé­rase, protec­trice des télomères, reste constante et leur garantit une éternelle jeunesse. 5

Bref, de nombreux exemples naturels existent qui prouvent que la mort n’est pas un mécanisme inéluc­table.

Mais qu’est-ce qui nous ennuie dans la mort ?

Toutes les religions affirmant de pair l’existence d’un Dieu et la survie de l’esprit confirment ceci : ce qui nous ennuie vraiment dans la mort, ce n’est pas tant la fin de la vie que la fin de l’esprit.

Bien sûr, une autre chose nous ennuie aussi mais elle se produit avant la mort : c’est la vieillesse. « Mourir cela n’est rien. Mais vieillir… » C’est que, nous l’avons vu, la vieillesse n’est rien d’autre que l’accumulation de petites morts cellu­laires avec tout ce que cela entraîne comme maladies, dysfonc­tion­ne­ments, douleurs et handicaps.

Dès lors, le vieux rêve d’immortalité peut prendre deux direc­tions. La première est biolo­gique mais semble semée d’embûches. En effet, le phénomène d’apoptose qui condamne nos cellules est — par le même mécanisme — notre meilleure protec­tion contre le cancer. D’autres pistes existent toutefois comme celle des cellules souches qui vient d’enregistrer des résultats inté­res­sants. 6

La seconde direction est infor­ma­tique. Elle consiste à sauver l’esprit avant que la dégra­da­tion biolo­gique de l’individu ne l’atteigne…

Projets d’immortalité

Si les rêves d’immortalité ont prix corps dans de nombreux mythes et romans, peu de projets de recherche publiques y ont été consacrés. Toutefois, l’idée que nous puissions disposer de copies parfaites de l’information contenue dans nos cerveaux n’est ni neuve ni extra­or­di­naire. L’hypothèse de l’IA forte 7 gagne en crédi­bi­lité chaque jour, permet­tant de penser que l’expression de cette infor­ma­tion ne sera pas une pâle copie de nos souvenirs mais bien nous-mêmes avec nos émotions, aspi­ra­tions et tout ce qui fait que ce que nous sommes.

Un projet initié par un milliar­daire russe, Dmitry Itskov, constitue un premier pas dans cette direction : le 2045 Avatar Project. Un objectif est de trans­planter un cerveau humain dans un robot humanoïde d’ici une dizaine d’années ans. Une étape ulté­rieure sera de remplacer le cerveau biolo­gique par un cerveau arti­fi­ciel. 8

Étapes du 2045 Avatar Project

Je ne sais si ce projet parti­cu­lier dispose de toutes les garanties voulues pour mener pareille entre­prise à bien. En revanche, je ne doute guère que nous sommes à un carrefour où convergent deux courants impor­tants. Tout d’abord, une accé­lé­ra­tion foudroyante de notre compré­hen­sion des processus de l’esprit et des tech­no­lo­gies qui y sont liées de près ou de loin. Enfin, une priva­ti­sa­tion de plus en plus efficace de recherches autrefois réservées à de lourdes admi­nis­tra­tions telles que la NASA. Cette conver­gence confère à l’intelligence humaine un bras de levier excep­tionnel capable de soulever des obstacles qui nous étaient apparus comme immuables.

Bien sûr, cette mutation sera la plus impor­tante de toutes celles que l’humanité ait vécues. Du fait des facilités d’interfaçage des individus numérisés, d’autoreprogrammabilité et de repro­duc­ti­bi­lité, la notion même d’individualité perdra vite toute signi­fi­ca­tion.

Face à un tel chan­ge­ment, toute tentative de prévision semble absurde… si ce n’est celle qu’Haldane fit il y a plus d’un siècle : « Ce qui ne fut pas sera, et personne n’est à l’abri. »


  1. Dawkins, Richard. Le gène égoïste. [Nouv. éd.]. ed. Paris: O. Jacob, 2003. p 66. 
  2. Martins ACR (2011) Change and Aging Senes­cence as an Adap­ta­tion. PLoS ONE 6(9): e24328. doi:10.1371/journal.pone.0024328 
  3. Certains tardi­grades peuvent ralentir leur méta­bo­lisme de telle manière qu’il semble tota­le­ment à l’arrêt (cryp­to­biose). 
  4. Piraino, S.; Boero, F.; Aeschbach, B.; Schmid, V. (1996). «Reversing the Life Cycle: Medusae Trans­for­ming into Polyps and Cell Trans­dif­fe­ren­tia­tion in Turri­topsis nutricula (Cnidaria, Hydrozoa)». The Biolo­gical Bulletin (Biolo­gical Bulletin, Vol. 190, No. 3) 190 (3): 302–312. 
  5. Thomas C. J. Tan, Ruman Rahman, Farah Jaber-Hijazi, Daniel A. Felix, Chen Chen, Edward J. Louis, and Aziz Aboobaker. Telomere main­te­nance and telo­me­rase activity are diffe­ren­tially regulated in asexual and sexual worms. PNAS 2012 : 1118885109v1-201118885. 
  6. Inhi­bi­tion of activated pericen­tro­meric SINE/Alu repeat trans­crip­tion in senescent human adult stem cells reins­tates self-renewal. Cell Cycle, Volume 10, Issue 17, September 1, 2011. 
  7. Selon la thèse de l’Intelligence Arti­fi­cielle forte, il est possible de construire une machine consciente d’elle-même et disposant de senti­ments. (Étant entendu que les termes « conscient » et « senti­ments » sont définis de la même façon que pour un être humain.) 
  8. http://​2045​.com/ 

Quand les ténèbres viendront.

« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un millé­naire, combien plus les hommes croi­raient-ils, adore­raient-ils et conser­ve­raient-ils pendant des géné­ra­tions le souvenir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nouvelle d’Isaac Asimov dont le titre original, Nightfall, avait bénéficié de cette traduc­tion : « Quand les ténèbres viendront. » L’auteur y prenait la citation d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fragilité du savoir et des civi­li­sa­tions.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gouver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment clima­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont manipulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en question l’idée originale que c’est le réchauf­fe­ment clima­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment clima­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà chevauché dans son dernier livre [1] où il quali­fiait la recherche clima­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son ignorance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai simple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on instille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le problème n’est pas de mettre en doute le modèle dominant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas unanimité totale autour de modèles aussi complexes que ceux de la clima­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spécia­lité. Mais si les arguments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un auditeur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout simple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des raison­ne­ments. Non, Rick Perry croit en certaines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent simple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbécile ; il a suivi un parcours univer­si­taire, dispose de talents d’orateur et des compé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquié­tant.

Car comme des centaines de millions de personnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible origi­nelle est un texte parfait ne compor­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse présenter quelque erreur de traduc­tion ou coquille édito­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gouver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pourrait bien l’aider à atteindre la Prési­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chipo­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théories de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pourrait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe commencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la clima­to­logie et à la biologie, c’est main­te­nant la géologie qui est priée de faire montre de tolérance : oui, la tecto­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rudement plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argument. Et puis, tous les amis, les voisins, les collègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krugmann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seulement voilà, cette tendance ne se limite pas à une classe politique. Pendant que les chape­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libéraux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le chama­nisme dans l’entreprise et alternent chimio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion terrifiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus personne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
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[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

Pour une archéologie émotionnelle

À côté des émotions indi­vi­duelles existent des émotions complexes modelées par nos inter­ac­tions sociales. L’évolution de ces dernières pourrait ouvrir la voie à une nouvelle disci­pline : l’archéologie émotion­nelle.

Au catalogue des émotions disparues figure la Ferrea Voluptas (volupté de fer) de Pétrarque, qui disparut sans doute avec le latin. La perver­sion d’aujourd’hui se teinte d’aspects moraux, éthiques et médico-légaux. La Ferrea voluptas est tout aussi dure, mais moins pesante et plus libre.

Autre absente, l’acédie était tellement répandue au VIe siècle que l’Église envisagea d’en faire le huitième péché capital. C’était une démo­ti­va­tion spiri­tuelle, un sentiment d’« à quoi bon » lié à l’objet religieux, un estom­pe­ment de la foi, un relâ­che­ment de la ferveur. Certains psycho­logues contem­po­rains la remettent au goût du jour, mais dans une acception beaucoup plus large : l’acédie du chômeur par exemple.

J’ai un faible parti­cu­lier pour la dubi­ta­tion : le plaisir subtil d’échapper à la réponse directe, de faire durer la douce tension née du ques­tion­ne­ment.

Certaines émotions sont-elles actuel­le­ment menacées d’extinction ? J’éprouve quelque crainte pour le scrupule (petite pierre pointue dans le cerveau, selon les Latins) ou la magna­ni­mité.

Je me souviens aussi du terrible et puissant sentiment d’egrégore, fusion­nant les ressentis indi­vi­duels en une énergie de groupe. Lui, c’est autre chose, il semble tellement présent lors de certains rassem­ble­ments poli­tiques, sportifs, évan­gé­liques ou encore de télé-réalité que seul le mot qui le désigne tombe dans l’oubli.

avk

Rationalisme anthropocentrique

Lorsque Descartes propose le ratio­na­lisme comme méthode de recherche de la vérité, c’est surtout le scep­ti­cisme qu’il promeut face à l’autorité intel­lec­tuelle. De la même manière, le ratio­na­lisme du Siècle des Lumières est avant tout opposé au dogma­tisme et à l’obscurantisme. Vouloir faire du ratio­na­lisme une valeur positive serait naïf et prétentieux.La ratio­na­lité est avant tout un sentiment : ce n’est que par une forme d’introspection que nous nous convain­quons de l’existence ou non d’un lien logique entre deux faits ou deux idées. Serait-ce même au départ de données prag­ma­tiques, comment l’introspection pourrait-elle nous apprendre quoique ce soit sur un autre sujet que sur nous même?

Si les faits nous donnent parfois l’illusion que la raison permet de comprendre le monde, c’est parce qu’elle repré­sente un avantage évolutif. Elle est notre capacité à organiser nos souvenirs sous une forme propre à faire des prévi­sions utiles à notre survie ou à notre repro­duc­tion. Elle n’est donc que le reflet du monde dans lequel nous vivons ; c’est notre adap­ta­tion intime à notre envi­ron­ne­ment qui fait que certains phéno­mènes naturels peuvent être organisés selon des systèmes qui nous semblent logiques. Par beaucoup d’aspects, la science n’est rien d’autre qu’une commu­ni­ca­tion codifiée de notre compré­hen­sion instinc­tive du monde.

En d’autres termes, c’est parce que nous sommes bien adaptés à notre envi­ron­ne­ment que nos intui­tions sont parfois correctes, et que l’introspection peut être construc­tive. Pour tout ce qui n’est pas tradi­tion­nel­le­ment néces­saire à la survie de l’espèce, rien ne garantit l’utilité de la raison humaine.

Pinellas County, Florida

Après le Comté de Polk, voici celui de Pinellas, toujours en Floride. Là aussi, la Commis­sion de l’enseignement prend majo­ri­tai­re­ment parti pour l’Intel­li­gent Design.

Voici les arguments de quatre de ses membres :

« The entire theory of evolution is not scien­tific fact. Intel­li­gent design balances it out. » — Nancy Bostock, Chair­person

« I’d probably ideally like to keep it all [evolution and Intel­li­gent Design] out of the classroom. If it’s going to create this much contro­versy, how important is it? »
— Peggy O’Shea, Vice Chair­person

« I think that students should be given the oppor­tu­nity to view all theories on how man evolved and let their science back­ground and their religious back­ground take over as to which one they believe in. »
— Jane Gallucci

« To teach one [evolution] as if nothing else existed, I think we’re doing our students a disser­vice. » — Carol Cook

Promis, je ne posterai pas un billet à chaque Comté qui bascule, mais il me semblait important d’illustrer que la progres­sion du phénomène est impor­tante et que, chaque semaine, c’est l’éducation scien­ti­fique de plusieurs dizaines de milliers d’enfants qui se teinte de religieux.

Il ne s’agit pas de faits isolés mais d’un mouvement de fond.

[ source ]

Polk County, Florida

Il y a pas mal de Comtés nommés Polk aux États-Unis, mais aucun d’entre eux ne bénéficie d’une renommée fracas­sante en Europe.

Celui de Floride vient de faire une avancée décisive vers la notoriété. Situé en plein centre de la Péninsule, il dispose d’une économie floris­sante, de plus de 600.000 habitants et de nombreux établis­se­ments d’enseignement. Bref, ce n’est pas un petit patelin oublié de la civi­li­sa­tion.

Dans le bon Comté de Polk, rapporte The Ledger, la Commis­sion de l’enseignement a une confi­gu­ra­tion parti­cu­lière : sur sept membres, quatre sont favo­rables à l’enseignement de l’Intel­li­gent Design, une n’a pas d’avis, deux y sont opposés.


La très fervente Margaret Lofton, Prési­dente, a déjà déclaré : « Si j’étais amenée à voter sur ce point, j’interdirais l’enseignement du darwi­nisme. »

Or dans un mois, en janvier 2008, cette Commis­sion va se réunir afin de voter les nouveaux standards en matière d’enseignement de l’évolution. Puisque le processus démo­cra­tique y semble plus puissant que la vérité scien­ti­fique, je pense qu’il y a quelque chose à faire : contacter ces personnes. Leur envoyer des liens vers des sites scien­ti­fiques, leur expliquer que leurs décisions ne sont pas seulement attendues dans leur Comté, mais partout dans le monde, les convaincre que la science ne met pas en péril le salut de leurs enfants.

Comment les contacter? Rien de plus simple :

Kay Fields (District 5) : 863–802-5483
Kay.​Fields@​polk-​fl.​net

Tim Harris (District 7) : 863–808-0005
Tim.​Harris@​polk-​fl.​net

Margaret Lofton (District 6, Chairman) : 863–294-9076
Margaret.​Lofton@​polk-​fl.​net

Hazel Sellers (District 3) : 863–533-7714
Hazel.​Sellers@​polk-​fl.​net

Lori Cunnin­gham (District 2, Vice-Chairman) : 863–512-1656
Lori.​Cunningham@​polk-​fl.​net

Et, tant qu’à faire, pourquoi pas un email de soutien aux deux défen­seurs d’un ensei­gne­ment scien­ti­fique?

Frank O’Reilly (District 1)
Frank.​Oreilly@​polk-​fl.​net

Brenda Reddout (District 4)
Brenda.​Reddout@​polk-​fl.​net

Mes emails ont été expédiés il y a une heure.

Arguments créationnistes : 17 réfutations

Le créa­tion­nisme et son avatar post­mo­derne, l’Intel­li­gent Design, utilisent une rhéto­rique simple pour faire des adeptes parmi les chrétiens les plus modérés. La stratégie est simple : mettre dos à dos la théorie darwi­nienne et la Bible. Il suffit alors de déforcer la première et pour cela, tous les arguments sont bons.

L’Intel­li­gent Design s’affiche de plus en plus comme une opinion respec­table. Qui s’y oppose prend le risque de passer pour into­lé­rant. Il y a quelques années, une campagne pro-tabac utilisait la même stratégie du «dos-à-dos». Le slogan était : «Fumeur ou pas, restons courtois». Il gommait l’idée simple que l’un était l’agresseur et l’autre l’agressé. Le mécanisme est similaire ici : mettre sur un pied d’égalité un dogme et un modèle scien­ti­fique cohérent, corrélé par des faits et soumis à la critique scien­ti­fique.

Amis croyants, si vous pensez que la foi et la science ne sont pas anta­go­nistes par nature, ce billet est pour vous…

1. C’est écrit dans la Bible.
«God’s Word is true, or evolution is true. There’s no room for compro­mise.» [crea­tion­mu­seum]

Argument d’autorité. La Bible est un récit. De nombreux autres récits, scien­ti­fiques ou non, religieux ou non, fiction­nels ou non, sont en contra­dic­tion avec divers passages de la Bible. Croire que la Bible a raison simple­ment parce que c’est la Bible est une convic­tion, par un argument.

2. Ma foi me pousse à croire le récit biblique.

Subjec­ti­visme. La foi de nombreux chrétiens les pousse à comprendre certains passages bibliques comme des méta­phores. Un argument en leur faveur est que certains passages sont compris comme méta­pho­riques même par les chrétiens créa­tion­nistes. Si tous les chrétiens s’accordent sur le fait que des méta­phores peuvent être présentes dans la Bible, pourquoi la Genèse ne pourrait-elle être inter­prétée ainsi?

3. Le darwi­nisme diminue le rôle de Dieu.
«Darwinism rules out the possi­bi­lity of God or any guiding intel­li­gence playing a role in life’s origin and deve­lop­ment. Within western culture Darwinism’s ascent has been truly meteoric.» [Cosmic Poursuit, William Dembski, 1998]

Diversion. Pour qui pense que Dieu a planté chaque arbre indi­vi­duel­le­ment, l’affirmation qu’une entre­prise de jardinage ait planté celui de mon jardin doit être blas­phé­ma­toire. Le darwi­nisme n’est dangereux que pour l’idée d’un Dieu anthro­po­cen­trique. Il n’interfère nullement avec l’idée d’un Dieu omni­po­tent et omni­scient.

4. Argument téléo­lo­gique : la beauté et la complexité des méca­nismes de la nature démontrent l’existence de Dieu.

Appel à l’émotion, non-sequitur. C’est une convic­tion, non un argument. Elle est parfois soutenue par les arguments du hasard ou de la complexité (voir plus loin).

5. Darwin était athée.

Discrédit, non-sequitur. Argument étrange, sauf à consi­dérer «Païens ont tort, chres­tiens ont droit.» Étrange et faux : Darwin était chrétien. Il a étudié la théologie à Cambridge. Sa théorie de la sélection naturelle date de 1838 et s’est édifiée sur base d’éléments récoltés durant le voyage du Beagle, de 1831 à 1836. Darwin ne devint agnos­tique qu’en 1851, suite à la mort de sa fille Annie.

6. Le darwi­nisme est une théorie maté­ria­liste.
«Debunking the tradi­tional concep­tions of both God and man, thinkers such as Charles Darwin, Karl Marx, and Sigmund Freud portrayed humans not as moral and spiritual beings, but as animals or machines who inhabited a universe ruled by purely imper­sonal forces and whose behavior and very thoughts were dictated by the unbending forces of biology, chemistry, and envi­ron­ment.» [The Wedge Strategy]

Non sequitur. Cet argument n’a de poids qu’à deux condi­tions :

a. Il est exact (reste à le démontrer).
b. Les théories maté­ria­listes ont toujours tort face aux théories spiri­tua­listes. Cette démons­tra­tion est elle inutile puisque les chrétiens fonda­men­ta­listes adopte eux-même parfois une position inverse : ils croient en la trans­ub­stan­tia­tion. Pour eux, l’hostie donnée en communion n’est pas seulement investie de l’esprit du Christ mais que sa substance maté­rielle est réel­le­ment modifiée.

7. Le darwi­nisme est contredit par les dernières avancées scien­ti­fiques.

Diversion. Bien sûr, la science progresse, les théories s’affinent et se complètent. Dans son excellent blog, Tom Roud résume parfai­te­ment l’absurdité de l’argument :
« (…) Dembski affirme que le fait que certains orga­nismes aient des moyens de contrôler leur taux de mutation contredit le darwi­nisme. Autant reprocher à Galilée de ne pas avoir introduit la notion d’espace-temps ! Ce que Dembski ne reconnaît pas, c’est que la théorie de l’évolution proposée par Darwin est avant tout un cadre concep­tuel : ce n’est pas parce que Darwin n’a pas anticipé les décou­vertes récentes de la biologie que sa théorie ne colle pas à ces décou­vertes.»

8. L’évolutionnisme met le hasard au centre de tout ses méca­nismes. Il est impos­sible qu’une mécanique aussi complexe que l’homme, même que chaque cellule, soit le fruit du hasard. Un archi­tecte est néces­saire.

Inexac­ti­tude, non-sequitur. Bien sûr, si l’on met les atomes consti­tu­tifs d’un homme dans un tonneau et que l’on secoue, il n’en sortira jamais un homme. Cet argument cari­ca­ture le discours scien­ti­fique. Ce que l’évolutionnisme avance, c’est qu’une sélection naturelle s’opère au hasard. Ce hasard n’est pas tota­le­ment aléatoire puisqu’il s’opère dans le cadre étroit des lois de la logique, de la physique et de la chimie. Ces lois étant univer­selles, une sélection cumu­la­tive apparaît qui permet l’émergence de struc­tures complexes.

9. Si les mutations appa­raissent de façon aléatoire, comment un organe aussi complexe qu’un oeil peut évoluer? Il est clair que toutes les mutations ont convergé pour en faire une mécanique aussi complexe et parfaite.

Fausse alter­na­tive, incom­pré­hen­sion. Quand nous regardons en arrière le chemin qu’a parcouru l’évolution pour arriver à un organe tel que l’oeil, nous avons imman­qua­ble­ment le sentiment trompeur d’une évolution dirigée. C’est que nous ne voyons alors que le chemin qui a abouti. La masse fantas­tique d’essais infruc­tueux nous est invisible. Cela revient à s’étonner qu’un sper­ma­to­zoïde minuscule, sans organe de sens ni cerveau réussisse le miracle de franchir la distance colossale qui le sépare de l’ovule. S’il n’y avait qu’un seul sper­ma­to­zoïde, ce serait bien un miracle… mais il y en a des dizaines de millions.

10. Le deuxième principe de la ther­mo­dy­na­mique affirme que des systèmes complexes ne peuvent pas appa­raître tout seuls.

Inexac­ti­tude. Ce principe énonce en fait que «Toute trans­for­ma­tion d’un système ther­mo­dy­na­mique s’effectue avec augmen­ta­tion de l’entropie globale incluant l’entropie du système et du milieu extérieur.» Il n’implique nullement que, loca­le­ment, des systèmes ordonnés appa­raissent, au prix d’une augmen­ta­tion de l’entropie du milieu et d’une dissi­pa­tion d’énergie. De nombreux modèles validés par l’observation par l’expérience montrent que non seulement des struc­tures complexes peuvent se former, mais en outre qu’elles peuvent se maintenir hors de l’état d’équilibre (cellules de Bénard, réactions Belousov-Zhabo­tinsky, travaux de Prigogine…)

11. Les évolu­tion­niste eux-même admettent que certaines espèces n’évoluent pas.

Fausse alter­na­tive. Bien sûr. Cela implique seulement qu’elles ont atteint un seuil d’équilibre.

12. Les darwi­nisme a servi à justifier des crimes contre l’humanité.

Discrédit, non-sequitur. C’est exact. Récupérer une science pour asseoir une croyance reli­gieuse, politique ou idéo­lo­gique peut mener aux plus grandes mons­truo­sités.

13. Les mutations dégradent l’organisme et ne le font pas évoluer.

Inexac­ti­tude. Si c’était le cas, les entre­prises de l’agro-alimentaire n’investiraient pas tant dans les OGM. Une mutation modifie le patri­moine génétique. Parfois, cette mutation perturbe les fonctions méta­bo­liques, provocant parfois des défi­ciences voire la mort de la cellule mutée. Souvent, la mutation est neutre : elle inter­vient dans une partie du matériel génétique non codant (introns). Plus rarement, la modi­fi­ca­tion peut avoir des effets positifs. C’est là qu’intervient la sélection naturelle : un organisme ayant subi une mutation qui le renforce aura plus de chance de survivre et de trans­mettre cette mutation à une descen­dance que l’organisme ayant subi une mutation qui diminue ses chances de survie et de repro­duc­tion. C’est le mécanisme du hopefull monster par lequel une mutation favorable se trans­mettra plus faci­le­ment qu’une autre.

14. L’histoire de la science, et parti­cu­liè­re­ment de l’évolutionnisme, fourmille d’erreurs, de fraudes, de canulars.

Discrédit, Non sequitur. Oui, comme toute activité humaine. Elle intègre cependant des méca­nismes qui ont permi de mettre ces erreurs, fraudes et canulars en lumière. La religion et la foi ne disposent pas de tels méca­nismes, et ne sont guère plus préser­vées de la failli­bi­lité humaine.

15. Si les fossiles sont la trace d’animaux disparus et que l’évolution est continue, il devrait exister des fossiles inter­mé­diaires. Le fait qu’il n’y en ait pas prouve que la théorie de l’évolution est une fable.

Inexac­ti­tude. Mais il y en a, et de très nombreux dont le premier est bien sûr l’Archéoptéryx. Voir Evidence of Evolu­tio­nary Tran­si­tions de Michael Benton.

16. Pour l’homme en tous cas, impos­sible de parler d’évolution puisqu’il est doté de conscience. C’est donc une diffé­rence quali­ta­tive et non plus simple­ment quan­ti­ta­tive qui le distingue des animaux.

Inexac­ti­tude, ambiguïté. Reste à définir cette conscience qui serait quali­ta­ti­ve­ment absente du monde animal. L’on peut simple­ment noter que l’éthologie a mis en évidence dans le monde animal (non humain) des aptitudes et compor­te­ments tels que la conscience de soi, la capacité d’abstraction, le rire, l’amour, la fidélité, la trahison, le suicide, le langage symbo­lique, l’empathie, l’altruisme, la soli­da­rité, l’utilisation d’outils, la trans­mis­sion de savoir et de rituels.

17. On n’a jamais observé de mutation condui­sant à une augmen­ta­tion de l’information génétique.

Inexac­ti­tude.
Argument spécieux : on n’observe pas les mutations puisqu’elles inter­viennent de façon, aléatoire, on observe leurs effets. Ceci dit, l’augmentation de matériel génétique au sein de la cellule a déjà été prouvé à diverses reprises. Le principal mécanisme est la dupli­ca­tion de gènes suivie de la diver­gence de l’une des copies. D’autres méca­nismes ont été observés tels que l’endobiose par laquelle deux orga­nismes fusionnent (d’où les mito­chon­dries p. ex.) ou plus couram­ment les méca­nismes rétro­vi­raux.