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Une contro­verse inté­res­sante s’est déve­loppée ces der­niers jours dans le petit monde de l’anthropologie. Au départ, un article sur le site web de Natu­re­News pré­sente une étude géné­tique des popu­la­tions des­cen­dant des Tainos, autoch­tones des Caraïbes à l´époque de Chris­tophe Colomb, en indi­quant que ces Tainos n’existent plus. Or, beau­coup de per­sonnes se consi­dèrent, à tort ou à raison, comme Tainos, d’où la contro­verse qui a rapi­de­ment débordé le cadre scientifique.

Brea­king the Law of Averages

En cette époque où même le climat a peur de changer, tant il est sur­veillé de près par les ortho­doxes (pour la der­nière affaire en date, cliquez ici, ou ici, ou ici), où cer­tains neu­trinos se mêlent d’arriver au Gran Sasso avec 60 ns (nano­se­condes) d’avance, on n’est jamais trop prudent: Nature a fait the right thing et s’est excusé: This article ori­gi­nally stated that the Taíno were extinct, which is incor­rect. Nature apo­lo­gizes for the offence caused, and has cor­rected the text to better explain the research project des­cribed.

Evi­dem­ment, qu’est-ce qu’un peuple? A priori, je suis, moi même un Trévire (Celte) du haplo­groupe R1b1a2a1a1b3 dont l’origine se trouve autour de la Suisse/Tyrol/Italie du Nord et qui est habi­tuel­le­ment associé à la culture de La Tène-Hallstatt… bien qu’on trouve un ilot soli­taire de  R1b1a2a1a1b3 au Bash­kor­tostan, allez savoir pour­quoi! Je peux donc déclarer que je suis Celte de chez Celte, mais ça n’engage évi­dem­ment que moi!

Etre Taino est assu­ré­ment une autre paire de manches. Une per­sonne qui se déclare Taino écrit quelque part que la Tai­ni­cité (comme la judaï­cité!) se transmet par les femmes. Faisons le Gedan­ke­nex­pe­riment suivant: prenons une Taino « pure »  en 1492; elle-même et ses des­cen­dantes ne pro­créent qu’avec des non Tainos. Qui voyons-nous en 2011? Je ne sais pas au juste quels sont les traits typiques des « vrais » Tainos, mais il est pro­bable que je ne les recon­nai­trais pas. Même chose avec les Oglala, les Apaches et les Mohi­cans etc.qui res­semblent doré­na­vant bien plus à M et Mme Smith qu’à leurs ancêtres pré­co­lom­biens (sauf le Mohican, peut-être).

Si une per­sonne se déclare Wal­lonne (je suis prudent!!!) ou Oglala, elle est Wal­lonne ou Oglala! Je me sou­viens avoir lu la phrase sui­vante chez Malraux à l’époque où j’étais fan (et Malraux lui-même était ministre de la culture de Gaulle, ce qui nous fait 1959 à 1969: j’allais avoir 20 ans!) est Juif qui se veut Juif, et ce n’est pas les Khazars qui me démen­ti­ront (1).

Evi­dem­ment, ce n’est pas rél­le­ment de leur plein gré que les Tainos, Oglalas et Apaches sont très mélangés aujourd’hui, cer­tai­ne­ment bien plus qu’en 1492. Je pense donc avec Dienekes que les Tainos existent cer­tai­ne­ment un peu moins en 2011 qu’en 1492, même  s’il est par­fai­te­ment pos­sible de se déclarer Taino! Il reste quand même la ques­tion de savoir ce qui fait un Taino. La langue, peut-être? Les uns disent qu’il n’en reste que quelques mots dans une langue mélangée d’espagnol, alors que d’autres affirment la parler.  Et nous savons par ailleurs que langue et eth­ni­cité ne se super­posent pas tou­jours (voir, par exemple, Cavalli-Sforza, 1994).

Il est pos­sible, en théorie, d’être un vrai Taino « eth­nique » et de l’ignorer. A l’autre bout du spectre, nous avons le Trévire R1b1a2a1a1b3 qui ne sait pas un mot de Taino, sauf peut-être colibri, iguane et tabacù , et qui n’est cer­tai­ne­ment pas Taino. Entre ces deux extrêmes, tout est possible.

La morale de cette his­toire c’est que le poli­ti­que­ment correct a un prix, qu’à force de cour­tiser et Margot et sa soeur nous fini­rons par vendre notre âme. En d’autres termes, la dis­tance n’est pas si grande entre les néga­tion­nismes de tout poil, le créa­tion­nisme et les excuses de Nature.

 

Réfé­rences

L.L. Cavalli-Sforza. 1997. Genes, peoples, and lan­guages. PNAS, 94:7719–7724. Dis­po­nible ici.

Note

(1) Je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas retrouvé la cita­tion de Malraux sur le web: c’est sans doute la seule cita­tion qui n’est pas sur le web, ou alors, c’est ma mémoire qui me joue des tours. Quelqu’un peut-il m’aider?

English variant: click here

 

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« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un mil­lé­naire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des géné­ra­tions le sou­venir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nou­velle d’Isaac Asimov dont le titre ori­ginal, Night­fall, avait béné­ficié de cette tra­duc­tion : « Quand les ténèbres vien­dront. » L’auteur y prenait la cita­tion d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fra­gi­lité du savoir et des civilisations.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gou­ver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont mani­pulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en ques­tion l’idée ori­gi­nale que c’est le réchauf­fe­ment cli­ma­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment cli­ma­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà che­vauché dans son dernier livre [1] où il qua­li­fiait la recherche cli­ma­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son igno­rance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai sim­ple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on ins­tille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le pro­blème n’est pas de mettre en doute le modèle domi­nant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas una­ni­mité totale autour de modèles aussi com­plexes que ceux de la cli­ma­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spé­cia­lité. Mais si les argu­ments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un audi­teur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout sim­ple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des rai­son­ne­ments. Non, Rick Perry croit en cer­taines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent sim­ple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbé­cile ; il a suivi un par­cours uni­ver­si­taire, dispose de talents d’orateur et des com­pé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquiétant.

Car comme des cen­taines de mil­lions de per­sonnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible ori­gi­nelle est un texte parfait ne com­por­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse pré­senter quelque erreur de tra­duc­tion ou coquille édi­to­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gou­ver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pour­rait bien l’aider à atteindre la Pré­si­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chi­po­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théo­ries de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pour­rait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe com­mencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la cli­ma­to­logie et à la bio­logie, c’est main­te­nant la géo­logie qui est priée de faire montre de tolé­rance : oui, la tec­to­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rude­ment plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argu­ment. Et puis, tous les amis, les voisins, les col­lègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krug­mann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seule­ment voilà, cette ten­dance ne se limite pas à une classe poli­tique. Pendant que les cha­pe­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libé­raux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le cha­ma­nisme dans l’entreprise et alternent chi­mio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion ter­ri­fiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus per­sonne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
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[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

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Science is the belief in the igno­rance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Prin­ceton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire par­ti­cu­lier nommé PEAR : Prin­ceton Engi­nee­ring Ano­ma­lies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phé­no­mènes dif­fi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des cir­cuits élec­tro­niques [1]. Les acti­vités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la pro­blé­ma­tique ini­tiale devient de mieux en mieux com­prise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions com­plexes qui peuvent exister entre des cir­cuits élec­tro­niques et leurs uti­li­sa­teurs, en rela­tion avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des cir­cuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une pro­ba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien cali­brée.  L’expérience consiste à demander à un uti­li­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résul­tats ont été accu­mulés au cours d’une dizaine d’années, par une cen­taine d’expérimentateurs.

A expé­rience sur­pre­nante, résul­tats sur­pre­nants : la fré­quence de 0 et de 1 dans la séquence générée est cor­rélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quan­tité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue sta­tis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un indi­vidu à un autre : cer­tains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), cer­tains obtiennent pré­fé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résul­tats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une fal­si­fi­ca­tion obs­cu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des pré­jugés pro­fon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heu­reu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode uti­lisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures uni­ver­sités au monde. En plus, et le fait est suf­fi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dis­po­nibles à qui­conque voulait les ana­lyser à sa manière. Sur cette base, des argu­ments ont été pro­posés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses col­la­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient cer­tains résul­tats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beau­coup de méthodes sta­tis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot– incroyables. Dans ces condi­tions, la réac­tion des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion tech­nique pour­quoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir hon­nê­te­ment si elles le sont. Je me sou­viens avoir discuté en man­geant avec un pro­fes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, phy­si­cien et père de Michel, sur les sour­ciers [5] : je racon­tais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sour­cier ». Le fait même de trouver que cette ques­tion méri­tait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la caté­gorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résul­tats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résul­tats faux, et c’est normal : c’est uni­que­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résul­tats ini­tiaux. Dans le cas des résul­tats de PEAR, per­sonne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Ben­ve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Ben­ve­niste a eu beau contrer un par un les argu­ments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], ana­lyser dif­fé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de sta­tis­ti­ciens [7], changer de modèle bio­lo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résul­tats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Reve­nons à PEAR. Les résul­tats sont fas­ci­nants, mais pas néces­sai­re­ment cho­quants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La pre­mière éven­tua­lité n’est pas très dif­fé­rente d’un pro­blème bien connu en méca­nique quan­tique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système phy­sique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus sur­pre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple clas­sique est le posi­tron qui par beau­coup d’aspects peut être compris comme un élec­tron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements pré­sents influencés par le futur, pour ana­lyser notam­ment des situa­tions d’enchevêtrement quan­tique [10]. Pour­quoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans cer­tains domaines et qu’on les rejette de manière épi­der­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  tou­jours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les pré­jugés, qui ont le dernier mot. Le rai­son­ne­ment libre et non orienté n’est pos­sible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori pos­sible. On accepte des recherches débri­dées sur les par­ti­cules élé­men­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le rai­son­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a pos­te­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sour­ciers était, pour ce pro­fes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capa­cités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immé­diat. Les cas de construc­tion de sou­ve­nirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi ins­truc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magi­cien cache à sa victime ce qu’il fait. Des sys­tèmes de eye-tracking montrent pour­tant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direc­tion, ce qui suggère que le truc exploite un méca­nisme cog­nitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la per­cep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment phy­sique immé­diat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phé­no­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élu­ci­dées. La pre­mière étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong ques­tion, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Cor­re­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Ope­rator Inten­tion: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Dif­fe­rences in Human/Machine Ano­ma­lies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jef­ferys, Baye­sian Ana­lysis of Random Event Gene­rator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sour­ciers, Presse Uni­ver­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Ben­ve­niste pour publier ses résul­tats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scan­dale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) pré­sen­tait donc les résul­tats de 4 équipes de recherche : celle de Ben­ve­niste, une ita­lienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Ben­ve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cor­nillet, B. Poi­tevin, A. Spira, L’agitation de solu­tions hau­te­ment diluées n’induit pas d’activité bio­lo­gique spé­ci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beau­vais, L’âme des molé­cules — une his­toire de la « mémoire de l’eau », Col­lec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dis­po­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, cha­pitre 27, Pyg­ma­lion : 1979) rap­porte un cas frap­pant de deux concep­tions bio­lo­giques pour­tant contraires –à propos des rap­ports entre phy­lo­ge­nèse et onto­ge­nèse– qui furent uti­li­sées suc­ces­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hal­lu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nou­velle science : la neu­ro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

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De la futilité

Étendu à rien foutre devant la télé, zapette en main, voilà que je tombe sur une émis­sion dont le concept est de trans­former la bagnole pourrie d’un brave gars en un engin ruti­lant pourvu de gadgets élec­tro­niques à vous couper le sifflet. Pensée sombre, au passage, pour ma vieille Volvo qui aurait bien besoin d’un lavage et de nou­veaux pneus. La liste des trans­for­ma­tions est impres­sion­nante, une sono de dix milles démons dans le coffre, des écrans partout, une machine à café inté­grée au tableau de bord, un lustre (oui, un lustre !) en guise de pla­fon­nier, trente-six bidules et machins plus tape-à-l’œil qu’indispensables, pein­ture per­son­na­lisée, tuning agressif… D’une cer­taine manière, c’est beau. Ce n’est plus une voiture c’est… je ne sais pas ce que c’est, mais ce truc ne devrait même plus rouler. Le proprio est content, les artistes sont fiers, les spon­sors de l’émission se frottent les mains. Et moi j’ai comme une envie de vomir.

Je me rends compte que je viens de passer plu­sieurs minutes, sub­jugué par cette affaire, et j’ai honte pour ce temps perdu. Quitte à ne rien faire devant la télé, il y avait sûre­ment des choses plus inté­res­santes à regarder. Je zappe furieu­se­ment et, comme un fait exprès, il n’y a que des conne­ries sur toutes les chaînes. D’accord, ce que j’estime être des conne­ries est peut-être d’un intérêt capital pour d’autres et réci­pro­que­ment, mais je suis sûr que vous me com­prenez, n’est-ce pas ?

Bien qu’engourdi, j’essaye de réflé­chir. Ce genre d’émission va inciter de nom­breuses per­sonnes à « tuner » leur caisse et cela par­ti­cipe au déve­lop­pe­ment d’une cer­taine éco­nomie. La nausée me revient : une éco­nomie de la futi­lité dont, je n’en doute pas, d’habiles prê­cheurs pour­ront néan­moins jus­ti­fier de l’utilité fon­da­men­tale pour l’équilibre et la bonne santé de la société. On connaît ce dis­cours et ses rac­courcis fumeux. En voici un autre : une sono de 1000 Watts et trois néons dans le coffre d’une voiture peuvent per­mettre, par le jeu de mys­té­rieux leviers éco­no­miques, à des traîne-misère de Ban­ga­lore de manger à leur faim.

Un vertige me saisit, tant de choses futiles sur l’étal de la culture et de la consom­ma­tion alors que l’on devrait s’atteler prio­ri­tai­re­ment à sauver le monde. Je ne suis pas contre le fait de s’amuser et de se faire plaisir de temps en temps, loin de là, mais le mode de vie qui nous est proposé me fait penser au panem et cir­censes des romains dont l’empire s’effondrait dans l’indifférence des jouis­seurs. D’abord cette émis­sion, son concept et ses résul­tats concrets ; puis des mil­liers d’idiots qui comme moi l’on regardée ; des cen­taines qui en seront influencés ; un idiot tout seul qui trouve le moyen d’en faire un article pour ce blog ; ce blog lui-même si on va par là et ses lec­teurs car je ne vous oublie pas. Et ce n’est là qu’un épi­phé­no­mène insi­gni­fiant dans la manne des futi­lités où nous nous enli­sons jour­nel­le­ment alors que la situa­tion pla­né­taire est des plus pré­oc­cu­pante. Je cherche rapi­de­ment ce qui, à mes yeux, pour­rait sym­bo­liser à l’heure actuelle le comble de la futi­lité, et je pense à Paris Hilton. Je viens de me faire pari­shil­to­niser par une émis­sion débile.

Qu’est-ce que je peux y faire ? Je ne peux pas inter­dire ce que j’estime inutile et dom­ma­geable, ni remo­deler la société à ma guise. Je peux au moins dire ce que je pense et inciter d’aucuns à penser et agir avec plus de cir­cons­pec­tion. Mais il reste que j’ai le sen­ti­ment d’avoir par­ti­cipé, par mon inertie en regar­dant cette émis­sion, à accroître le déficit moral de l’humanité. Comment puis-je trans­former ce moment d’égarement ?

Une autre infor­ma­tion croise alors ma réflexion. Un fait divers. Des bagarres éclatent dans un lycée amé­ri­cain parce que des noirs, en sep­tembre 2007 n’est-ce pas, sou­haitent eux aussi pro­fiter de l’ombre d’un arbre, ombre tra­di­tion­nel­le­ment réservée aux blancs. On croit rêver. Mais non, il y a des images. Dont une me révolte plus que les gueules cassées. Plutôt que de pri­vi­lé­gier le dia­logue ou même d’imposer un règle­ment non dis­cri­mi­na­toire, les « res­pon­sables » ont abattu l’arbre. Ben oui, il n’avait qu’à pas être là à dis­penser bête­ment son ombre géné­reuse. Soit, je sais ce que je vais faire, planter deux arbres. Et vous ?

Thomas

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Souvenez-vous, cela a com­mencé avec ce brave et méri­tant balayeur de rue… Un jour, las de se voir décon­si­déré par une société esti­mant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une reva­lo­ri­sa­tion de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un chan­ge­ment de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la ser­pillière chez Madame et bri­quait les bureaux de Mon­sieur la nuit, devint une « tech­ni­cienne de sur­faces ». Dans la foulée, le pom­piste du coin se trans­forma en « adjoint à la dis­tri­bu­tion des pro­duits pétro­liers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la trans­mis­sion des com­mu­ni­ca­tions écrites ». Que de belles pro­mo­tions grâce aux­quelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux consi­dérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !

Depuis, la situa­tion n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en par­ti­cu­lier, s’est insi­nuée au travers du langage jusqu’à conta­miner les domaines les plus subal­ternes, les plus insensés des pré­oc­cu­pa­tions humaines. Cette censure impli­cite pollue des expres­sions qui jusque-là appa­rais­saient claires, immé­dia­te­ment com­pré­hen­sibles, souvent belles ou judi­cieu­se­ment imagées, et tou­jours res­pec­tueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes res­pec­tueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.

Faut-il le rap­peler, un con restera tou­jours un con, peu importe ses capa­cités d’élocution. D’ailleurs, il est immé­dia­te­ment per­cep­tible que le fait de traiter avec condes­cen­dance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condes­cen­dance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contem­po­rains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?

Parmi ces nou­velles pré­cau­tions ora­toires, celles tou­chant les cou­leurs et les ethnies sont pas­sa­ble­ment fas­ci­nantes tant elles enfoncent leurs uti­li­sa­teurs dans l’absurdité et l’embarras ! (Remar­quez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces cen­seurs insensés et inso­lents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus per­sonne n’oserait uti­liser le terme nègre en société pour dési­gner un Afri­cain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condes­cen­dance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration pre­mière (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nou­velle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spé­ci­mens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de consi­dérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « per­sonnes de couleur ». Pathé­tique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des dif­fé­rences, c’est là une très mau­vaise stratégie.

Il fau­drait au contraire inciter les curio­sités, varier les goûts, mélanger les genres, per­mettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour dis­cri­mi­na­tion ou insulte. Trop com­pliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui pré­fèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « huma­niste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des ali­ments, bientôt des convic­tions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Mar­seille. Orwell n’est pas loin.

Pré­voyons le pire, créons une intel­li­gentsia under­ground où il sera pos­sible de parler libre­ment de tout et de rien, sans parti pris ni méchan­ceté gra­tuite, sans avoir à redouter une assi­gna­tion en justice pour avoir osé uti­liser les mots du dic­tion­naire ; où il sera pos­sible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offus­qués inca­pables d’un minimum de cri­tique his­to­rique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » ima­ginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes cen­seurs, d’indiscernables Cau­ca­siens bon teint ; et le tout en dégus­tant du camem­bert au lait cru et des cho­co­lats sans matière grasse ajoutée…

Thomas

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Je découvre un livre sai­sis­sant : The Physics of Christianity.

Son auteur, Frank Tipler, fait partie de cette mou­vance de croyants voulant nourrir leur foi de maté­riaux scien­ti­fiques. Vous le savez : je suis en général partagé entre l’amusement et l’agacement. L’amusement parce que cela me semble à la fois réduc­tion­niste et mal­adroit. L’agacement parce que ce mou­ve­ment prend une ampleur consi­dé­rable et contribue à une sorte de rela­ti­visme absolu où le théo­rème de Pytha­gore et la vir­gi­nité de Marie sont des énoncés de même valeur.

Bref, je ne peux résister au plaisir de vous citer un passage croquignolet :

If Jesus indeed rose from the dead using the mecha­nism des­cribed in Chapter 8, namely elec­tro­weak tun­ne­ling to convert matter into energy, and if indeed this was done with the inten­tion of showing us how to use the same process, then we our­selves should be able to learn how to turn matter into either elec­tro­ma­gnetic energy or neu­trinos within a few decades.

Tout le livre est comme ça.

Les cri­tiques? Là, c’est l’élément inquiétant :

A thril­ling ride to the far edges of modern physics.” –New York Times

A dazz­ling exer­cise in scien­tific spe­cu­la­tion, as rigo­rously argued as it is boldly conceived.” –Wall Street Journal

Tipler has written a mas­ter­piece confer­ring much-craved scien­tific res­pec­ta­bi­lity on what we have always wanted to believe in.” –Science

More rea­dable than Roger Penrose’s The Emperor’s New Mind or Douglas Hofstadter’s Gödel, Escher, Bach … an ima­gi­na­tive escha­to­lo­gical enter­tain­ment appro­priate to the approa­ching end of the mil­len­nium.” –New Orleans Times-Picayune

Unde­niably fas­ci­na­ting…” –Seattle Times

Tipler’s brash announ­ce­ments are challenging—and enter­tai­ning. Although written from the view­point of a Ph.D., anyone should be able to get a kick out of the professor’s big-bang ideas.” –Publi­shers Weekly

Dans mes petites pré­oc­cu­pa­tions, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique vient de rétrograder…

avk

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Langue sauce piquante, le gai blog des cor­rec­teurs du Monde, relève le texte suivant :

C’est le décor âpre de la Grèce du Nord, quelque part entre Salo­nique et la fron­tière bulgare, où l’auteur est née dans les années 50.

Pro­fi­tant de la syntaxe pour informer de l’identité sexuelle de l’écrivain, le rédac­teur accorde le par­ti­cipe passé au féminin.

C’est une faute dont la fré­quence est en aug­men­ta­tion : l’accord se fait avec le nom «auteur» et non avec le sexe de la per­sonne, de l’animal ou de l’objet désigné par ce nom. Sim­ple­ment parce que la syntaxe est une affaire de mots et non de choses. Assi­miler l’un à l’autre, c’est confondre la carte et le ter­ri­toire. Choisir de lier fau­ti­ve­ment le genre et le sexe implique de ne pouvoir parler d’une chose et d’un être que si l’on connaît son iden­tité sexuelle. Pas simple pour les fourmis ou les géraniums.

Et fina­le­ment, n’est-ce pas nuire à la cause que l’on croit servir que d’indiquer sys­té­ma­ti­que­ment l’appartenance sexuelle des acteurs de nos phrases?

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Somewhere here

Il y a trois semaines, un Gallois a envoyé ses veux de Noël à un ami habi­tant les Cor­nouailles. Ne connais­sant pas son adresse, il a indiqué son nom et dessiné une carte sur l’enveloppe. Après neuf jours, le Royal Mail délivra le pli à son destinataire.

Moi, ce genre d’histoire, ça me met de bonne humeur!

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Va à la Mecque !

Ce midi, au guichet d’information d’un temple com­mer­cial, je dois rece­voir une nou­velle carte me per­met­tant de sortir du parking. Une famille est devant moi. Je devine le père, la mère et leur petit garçon. Je devine aussi un pro­blème de réduc­tion sur un produit, que la cais­sière n’aurait pas pris en compte.

Bon. J’attends mon tour. La valeur d’une civi­li­sa­tion se mesure à la gran­deur de ses épreuves initiatiques.

Le ton monte. Ce qui suit m’impose de pré­ciser que la famille devant moi est d’origine maghrébine.

Soudain, la pré­posée fait un pas de côté pour me mettre en ligne de mire et m’intime :

- Qu’est-ce que je peux faire pour vous?

L’homme me regarde inter­loqué. Tout aussi inter­loqué, je demande à l’employée de finir avec ce client.

- J’ai fini avec lui!

L’homme fait un pas de côté aussi pour me laisser la place et je montre ma carte de parking inopé­rante. Tandis que la femme me cherche une autre carte, il précise en me sou­riant : “Je préfère vous laisser passer, notre affaire risque de durer un certain temps.”

Enten­dant cela, la femme se redresse vio­lem­ment, me jette ma nou­velle carte de parking sur le comp­toir et lui lance d’une voix étran­glée : “Va à la Mecque, toi!”

Son visage est blanc. Elle le regarde dans les yeux. Que se passe-t-il dans l’esprit de cette petite femme aux cheveux gris? Qui voit-elle dans cette famille ou dans cet homme?

Je prends mon ticket et remercie l’homme. Sa femme et son fils se sont éloi­gnés dans la galerie. L’employée est tou­jours là, tendue comme un piège, et lui relance “Alors, t’es pas parti?! Allez, vas-y, à la Mecque!”

Et lui de répondre : “Je n’irai pas cette année : dans une dizaine d’années seule­ment. Aller à la Mecque, j’en rêve et c’est un rêve que je réa­li­serai. Puissiez-vous avoir de telles rêves Madame et, au réveil, la cer­ti­tude que vous les réaliserez.”

Et moi de noter cela dans mon carnet avant de nourrir le dieu parking de ma petite offrande de carton.

avk

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Je crois que c’est un sketch des Monty Pythons. Chris­tophe Colomb (John Cleese) accoste. Des Indiens qui avaient aperçu ses navires sont déjà sur la plage et Colomb s’adresse à eux : « Je vous ai trouvés! »

Ce à quoi les Indiens répondent : « Nous n’étions pas perdus, nous savions que nous étions ici. » Colomb réflé­chit un peu et dit : « Enfin, au moins vous ai-je décou­verts ici, sur cette plage. » Et aussi bien les Indiens que les Conquis­ta­dors conviennent par un silence gêné que c’est là un argu­ment plutôt bancal.

Peut-être aussi comprennent-ils que ce qui se passe à ce moment n’est pas aussi impor­tant que cela, que les choses impor­tantes sont tou­jours passées, ou à venir, ou sim­ple­ment rêvées.

avk

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Extrait d’un post récent sur une liste Men­sanne. Il fait suite à un échange entre des membres qui s’indignent des bombes lar­guées sur le Liban, et d’autres qui adoptent une posture prag­ma­tique d’impuissance et refusent d’ajouter du pathos au pathos…

Je me sou­viens d’un bout de dia­logue d’une pièce de Jean Anouilh (La Répé­ti­tion ou l’amour puni) — à propos de l’Amour jus­te­ment — entre un homme de qua­rante ans, éméché et désa­busé, et une jeune fille dont le maître du château est éper­du­ment amou­reux :HÉROS : Vous appren­drez bien assez vite que la pièce ne com­porte que deux ou trois rôles, deux ou trois situa­tions, tou­jours les mêmes, et que ce qui jaillit irré­sis­ti­ble­ment du coeur dans les plus grands moments d’extase, ça n’est jamais qu’un vieux texte éculé, rabâché depuis l’aube du monde par des bouches aujourd’hui sans dents.

LUCILE : Mais c’est depuis hier que j’aime Tigre, et j’ai vingt ans. Alors vos petits dis­cours avec moi, c’est du temps perdu.

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Un ami m’a rappelé cette scène dans Le Mépris de Godard : Bardot dis­pa­raît dans l’escalier en lançant à Piccoli : « Je ne t’aime plus c’est tout. Il n’y a rien à com­prendre. Je ne t’aime plus. » Et Piccoli, de ne pouvoir taire un dernier : « Pourquoi? »

Et je me sou­viens ensuite de la scène d’ouverture où Bardot s’énumère, nue sur le lit : « Tu aimes mes cuisses? Tu aimes mes fesses? Tu pré­fères mes seins ou la pointe de mes seins? »

Combien d’escaliers, combien de pour­quoi, pour faire prendre leur pleine valeur à des ques­tions insi­gni­fiantes?

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Retour du Théâtre de la Place, à Liège, où se jouait Hamlet mis en scène par Hubert Colas. À boire et à manger : riche et belle scé­no­gra­phie, une troupe où les meilleurs élé­ments (Claire Dela­porte Rojas) côtoient les pires, une durée absurde (cinq heures!), une lumière et une musique splen­dides (Arvo Part).

Ce qui me vaut d’en parler ici est la liberté prise avec le texte. Un exemple parmi d’autres que me res­titue ma mémoire :

« Mes tablettes! mes tablettes! Il importe d’y noter qu’un homme peut sourire, sourire, et n’être qu’un scélérat. »

devient :

« Salaud, salaud! Où sont mes tablettes? Je dois y noter qu’un homme peut sourire et n’être qu’un salaud »

De telle diver­gences foi­sonnent, trop légères pour dénoter une inten­tion claire, trop lourdes pour passer inaper­çues. Et je m’interroge. Pour­quoi s’imposer le travail de modi­fier le texte ori­ginal alors que :

  • il est connu ;
  • il est bon ;
  • il est en phase avec la mise en scène (si le choix avait été de trans­poser la situa­tion dans la ban­lieue pari­sienne en 2006, bon, une recherche de cohé­rence aurait pu être invoquée) ;
  • c’est Hamlet!

Et puisque je pose la ques­tion, n’attendez pas de moi une réponse. Tout ce que je peux vous dire, c’est que, sur le moment, ça m’a joli­ment foutu en rogne.

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Musik Messe de Frank­furt : dis­cus­sion pure­ment tech­nique sur la publi­ca­tion numé­rique de fichiers musi­caux inédits et les dif­fé­rents types de licences dis­po­nibles. Comme souvent, quelqu’un qui a du mal à suivre tire la dis­cus­sion vers le bas sous couvert de vouloir lui faire prendre de la hauteur. Il glisse la bonne vieille peau de banane : « Et la frac­ture numérique? »

Cette diver­sion m’agace et je réagis un peu trop vive­ment : « Ben oui, pro­fiter de la musique sur Internet néces­site un ordi­na­teur et une connexion. C’est comme pour les voi­tures ou les vacances : avoir de l’argent favo­rise l’accès à ce qui s’achète. »

Levée de bou­cliers. On s’insurge d’un côté, on me donne raison de l’autre. Le bon vieux clivage gauche/droite n’en finit pas de mourir. Et sur le coup, je suis catalogué…

Dans le train du retour, je lis une étude de Chomsky sur la logique des conser­va­teurs américains :

…/Donc, si vous êtes un sans-abri qui dort dans les rues de Man­hattan, votre premier soucis doit être que les gens dans les hôtels de maître soient heureux, parce qu’alors ils vont investir, l’économie ira bien, les choses fonc­tion­ne­ront, et alors peut-être qu’un petit quelque chose redes­cendra tout dou­ce­ment vers vous. Mais s’ils ne sont pas heureux, tout va finir par s’arrêter et vous ne rece­vrez même pas les petites miettes. (…) Ceci est une méta­phore de toute la société [américaine].

Je l’aime bien, Chomsky, il nous man­quera. Comme nous manque Louis Pauwels. Comme nous manque aussi cette capa­cité à voir combien peut être juste un dis­cours opposé à celui que nous tenons.

avk

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Il y a des noms comme ça, quand on les entend on a envie de sourire, ils font du bien sans trop que l’on sache pour­quoi. Pour le nom de Darry Cowl, sans doute est-ce une vieille boîte de petites choses qui viennent des étés de l’enfance. Je me sou­viens que mes genoux étaient tou­jours écor­chés, que mes poches étaient pleines de cailloux, que j’aimais les faire rouler sous mes doigts. Je me sou­viens de mes peurs étou­fées et de mes rêves splendides.

Je me sou­viens du son que faisait la clé de mon père dans la serrure, quand il ren­trait le soir. Je me sou­viens de l’odeur des crèpes et de la cas­so­nade humide. Et je me sou­viens de la voix de mon grand-père qui me disait : « Viens voir, mon grand, il y a un Darry Cowl à la télé. »

Nos­talgie, je te connais. Reste encore un peu, puis ferme la porte en sortant.

avk

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This is how I remember it. The room was smal­lish and unex­pec­tedly cozy. At the tables around it, sure enough, were smoky-looking, hooded-eyed, tweedy, some­times hatted, heavily made-up but rather weather-beaten persons I took to be members of the Italian aris­to­cracy (.…) The conver­sa­tion level was low but intense, there was a dis­creet clin­king of plates somew­here out of sight, and a soli­tary ample man at a table by himself was already well into a plate of scampi. Eve­ry­body, even the scampi man, looked up as I made my entrance…

Jan Morris

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La radio. Six, puis quatre atten­tats à Londres. Blair est au G8 et dit qu’il revient à Londres. Chirac fait suc­céder sa sym­pa­thie à ses féli­ci­ta­tions de la veille. Bush pense conti­nuer sa guerre au ter­ro­risme (et je sens qu’il prie pour « que per­sonne ne me demande si je suis en train de la gagner ou de la perdre »). Aujourd’hui : édi­tions spé­ciales, grosses man­chettes, invités, inter­views entre confrères, petits récits et grandes analyses.

Trente-sept morts. Moi, je me dit que c’est pas mal en terme d’efficacité média­tique. Avec le World Trade Center, nous étions dans le mytho­lo­gique mais aussi dans le coûteux, voire dans le dérai­son­nable. À Londres, nous reve­nons à échelle humaine. 37 morts pour 4 atten­tats, cela fait grosso-modo 9 morts (et 120 blessés plus ou moins lourds) par bombe. L’on est dans des pro­por­tions qui sont quo­ti­diennes dans bien des régions du monde. L’opération est bien moins coû­teuse en vies humaines que, je ne sais pas moi, la ciga­rette l’automobile ou la cani­cule. On s’achemine vers le ter­ro­risme propre.

Il faut dire qu’il y avait des images. Du sang et des car­casses métal­liques mais cela, c’est assez commun. En plein Londres c’est plus ori­ginal (quoique, le métro, cela manque réel­le­ment de visuel.) Aussi, il y avait tous ces lon­do­niens à pied dans les rues, se deman­dant comment rentrer chez eux. L’imaginaire aussi : et si cela arri­vait à Paris, à Bruxelles ou à Redu? Alors Vil­lepin et Verhofd­stadt expliquent pour l’un que le plan Vigi­pi­rate passe au rouge et pour l’autre qu’il n’y a aucune raison de prendre des mesures sup­plé­men­taires. Nou­veaux com­men­taires, inter­views entre confrères, petits récits et grandes ana­lyses. D’attentats en atten­tats, la machine média­tique s’améliore dans ses capa­cités d’amplifier un phé­no­mène (qu’il est poli­ti­que­ment plus correct d’amplifier que de minimiser).

Un forum isla­miste fait paraître un texte reven­di­catif. On s’interroge mol­le­ment sur les moti­va­tions. Acte reli­gieux? Poli­tique? Culturel, Socio­lo­gique? Psy­cho­pa­tho­lo­gique? Com­men­taires, inter­views entre confrères, petits récits et grandes analyses.

Pour­quoi Londres? Pour­quoi cette date? A cause du G8, des jeux olym­piques, du procès de l’imam Bazar? Com­men­taires, ana­lyses, etc.

J’ai parlé d’efficacité média­tique, ce qui est très limi­tatif. Un type qui meurt du cancer après avoir pollué ses contem­po­rains durant des décen­nies ne produit rien (sauf 10 cm2 d’autoroute s’il a légué ses poumons à l’état). Pour leur part, ces 37 morts n’ont pas seule­ment produit une belle caisse de réso­nance à un courant ter­ro­riste, ils ont boosté la popu­la­rité de poli­ti­ciens, confortés des idéo­lo­gies en sens divers, dyna­misé les ventes de presse écrite et les audi­mats, ali­menté les conver­sa­tions dans les familles, les can­tines et les librai­ries de quar­tier, res­serré des liens sociaux, suscité inter­ro­ga­tions chez les intel­lec­tuels et conforté cer­ti­tudes chez ceux qui en ont besoin.

Dans la version mon­dia­liste du ter­ro­risme, il y a de plus en plus de gagnants et de moins en moins de perdants…

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Je me sou­viens d’une comp­tine, chantée par une petite fille sur une mélodie de Brahms :

Six, cinq, quatre, trois, deux, un et une
Mon oiseau a perdu ses plumes
Plumes de bois, plumes de fer
Nous nous retrouv’rons en Enfer.
Plumes de fer, plumes de bois
Le Paradis est pour le Roi.

Et je me sou­viens d’avoir pensé de ces phrases, de cette musique et de ce film magique (au sens premier de ce terme gal­vaudé) qui les a réunis, d’avoir pensé qu’ils seraient désor­mais part de moi-même. Ce qu’ils sont devenus.

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Passé deux heures avec un conseiller minis­té­riel, dans une confu­sion que je sais ne pas être seul à avoir expérimentée…

On two occa­sions I have been asked [by members of Par­lia­ment!] : « Pray, Mr. Babbage, if you put into the machine wrong figures, will the right answers come out? » I am not able rightly to appre­hend the kind of confu­sion of ideas that could provoke such a ques­tion.

Charles Babbage

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Aller au concert, c’est comme aller à la messe ou acheter une voiture. Avez-vous remarqué comme tout le monde est content de sa voiture? C’est que, si on a dépensé des mois de labeur dans l’achat d’un véhi­cule et que l’on s’est trompé, on risque de passer un fameux imbé­cile, erreur de juge­ment que l’on veut éviter à ses proches. On est donc très content de sa Smart mar­su­pi­lami, de sa Lada vert mou­tarde ou de sa Mer­cedes Camargue d’occasion à laquelle il manque une portière.

Au concert aussi, on est très content. Si on y est, c’est que l’on a fait une démarche proac­tive pour y consa­crer quelques heures et une somme qui, compte tenu des à-côtés, peut s’avérer coquette. Et comme on est content, on applaudit. Sur le millier de concerts aux­quels j’ai assisté, je ne me sou­viens que d’un qui ne se soit clôturé par des applau­dis­se­ments mais par une alerte à la bombe (qui, pour réussie qu’elle fut, n’entraîna guère que des réac­tions atten­dues d’indignés nantis : « Si on ne peut même plus aller au concert… »).

Pour­tant, nous avons tous entendu parler de tomates lancées aux inter­prètes. Est-ce une légende? Pas du tout mais nous devons constater que cette belle tra­di­tion pota­gère se perd. Le lancer d’objets (parfois conton­dants) est une tra­di­tion qui s’estompe dans nos tièdes contrées où l’applaudissement a pris valeur de contrat moral. À l’entrée on paye de confiance, à la sortie on applaudit de conten­te­ment. Notez que l’on applaudit aussi désor­mais à l’entrée des musi­ciens, comme pour les encou­rager. Il arrive même (sans doute par déli­ca­tesse pour la frange la moins cultivée du public) d’applaudir entre les mou­ve­ments… un peu comme au cirque. De son côté, le chef peut applaudir l’un ou l’autre inter­prète, le soliste peut féli­citer le chef et le premier violon. J’ai aussi vu les cordes applaudir (à coups d’archets) le chef ou le soliste, ou encore le chef et l’orchestre applaudir le public. Bref, ça fait parfois un peu par­touze. Ça glisse au pays des merveilles…

Le musi­cien qui joue comme un cochon doit-il être exonéré d’une sanc­tion directe? Ce n’est pas cela, le statut de l’artiste. Ceux qui me connaissent me savent l’oeil bien­veillant et le verbe aimable. Mais si la Twingo que l’on me vend a les essuie-glaces montés dans l’habitacle, si mon La Romanée-Conti 64 a un arrière-goût de Paic Citron ou si mes radio­gra­phies den­taires affichent un kyste aux ovaires, ma ronde civi­lité ne m’empêchera pas de signaler l’erreur et d’en demander répa­ra­tion. L’artiste n’a pas une obli­ga­tion de résultat mais bien de moyens. Quel serait ce contrat où l’une des parties ne s’engage à rien?

Et si nous pas­sions au cha­pitre 2 du Marabout-flash ‘Je vais au concert’? Le cha­pitre ‘Je ne suis pas content du tout’ nous explique que l’on peut ne pas applaudir, que l’on peut sortir osten­si­ble­ment dès la fin de la der­nière note, que l’on peut même huer (après le concert si c’est sim­ple­ment mauvais mais aussi pendant si l’escroquerie ne fait aucun doute) voire lancer des pro­jec­tiles mous dans les limites auto­ri­sées par le Code pénal. Je ne recom­mande tou­te­fois pas de siffler, ce type de signal étant bien sûr sus­cep­tible d’être mal inter­prété par les inter­prètes les moins subtils.

Et puis, entre-nous, vous n’avez jamais eu plaisir à crever les petites bulles de ces feuilles de plas­tique de rem­bour­rage? Moi, ça me fait un bien fou…

avk

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