Le terrorisme est notre modèle social

On nous Claudia Schieffer
On nous Paul-Loup Sulitzer
Oh le mal qu’on peut nous faire
(Alain Souchon, Foule Senti­men­tale)

Un extra­ter­restre curieux de comprendre les terriens ne se soucie­rait certai­ne­ment pas de savoir ce qui diffé­rencie les frères Kaouchi d’Anders Breivik. Ou de ces adoles­cents nord-améri­cains qui, à la suite d’Eric Harris et Dylan Klebold du lycée Columbine, ouvrent régu­liè­re­ment le feu sur leurs condis­ciples. Ou encore de ce Nordine Amrani qui a mitraillé une foule à Liège en 2011. Cet extra­ter­restre se deman­de­rait simple­ment pourquoi certaines personnes se mettent tout à coup à tirer sur leurs semblables par un acte qui semble échapper à toute logique, fut-elle de vengeance.

On m’opposera sans doute que les attentats djiha­distes sont d’une autre nature, puisqu’ils sont le fait de gens manipulés, pris en main par des orga­ni­sa­tions obéissant à une logique impla­cable. Mon point de vue est que le djihad occi­dental peut être vu comme l’instrumentalisation par ces orga­ni­sa­tions d’un phénomène plus général qui touche plus largement nos sociétés.

On pourrait ajouter à la liste des Breiviks ces phéno­mènes appa­rentés que sont les sectes destruc­trices de l’individu, le suicide des adoles­cents, et peut-être cette récente épidémie de burnouts. On peut natu­rel­le­ment trouver des expli­ca­tions contin­gentes à tous ces évène­ments : le patron d’untel était une ordure; tel adoles­cent était tyrannisé par ses condis­ciples; tel autre avait croisé le chemin d’un imam fonda­men­ta­liste. Il est pourtant difficile d’admettre que des causes si diverses donnent lieu à des effets si semblables. L’explication la plus simple est qu’il s’agit dans tous les cas de réactions de personnes fragiles à une même forme de pression sociale. C’est cette pression que j’apparente à du terro­risme.

Qui n’aspire pas à trouver un sens à sa vie? Face à l’universalité de ce besoin, le modèle qu’on nous offre le plus souvent est celui de la vacuité obscène du monde des célé­brités et de l’argent. De la télé­réa­lité aux joueurs de foot en passant par les familles prin­cières. Et toute cette fange est liée par des messages publi­ci­taires insidieux dont la somme constitue une espèce de norme qui s’auto-entretient. On aimerait nous laisser croire qu’il est normal de conduire des voitures luxueuses, d’avoir un travail (pardon, un job) épanouis­sant, d’avoir une plastique à la Photoshop, que les jouets offerts aux enfants rassemblent les familles, et que les sociétés de télécom rapprochent les gens. Parce que tu le vaux bien! Et si tu n’as rien de tout cela, qu’est-ce que tu vaux?

Tous ces messages sont terro­ristes par leur pendant négatif. Si tu n’achètes pas mon produit, tu n’auras rien de ce à quoi tu aspires le plus. La menace la plus courante dans les publi­cités est une forme de « tu n’auras pas d’amis » ou « tu ne coucheras pas avec elle/lui ». Des choses simples en somme. On ne s’y prendrait pas autrement si on voulait déli­bé­ré­ment créer des gens mal dans leur peau : attisez leurs frus­tra­tions et engagez ceux qui le peuvent dans un processus de consom­ma­tion sans fin qui n’arrange que vous. Est-il vraiment surpre­nant que les plus fragi­lisés d’entre nous disjonctent?

Mettre le djihad occi­dental exclu­si­ve­ment sur le dos de fonda­men­ta­listes mani­pu­la­teurs est une manière de nous laver les mains: c’est nous qui leur four­nis­sons le terreau. Un peu comme ces gens bien­pen­sants qui mettaient la fusillade de Columbine sur le dos de Marilyn Manson, dont les tueurs étaient fans. A ce titre, je vous invite à écouter l’interview que Michael Moore fait de Marilyn Manson dans Bowling for Columbine. De mémoire, l’interview se termine plus ou moins comme ceci.
Moore : Qu’est-ce que tu leur dirais à ces gosses, si tu en avais l’occasion?
Manson : Je ne leur dirais rien. J’écouterais ce qu’ils ont à dire. Personne ne les écoute jamais.
Il y a fort à parier que la seule personne qui ait jamais fait mine d’écouter les frères Kaouchi quand ils étaient des adoles­cents en quête de sens a malheu­reu­se­ment été un islamiste fonda­men­ta­liste.

J’entendais ce matin un quarteron de poli­ti­ciens wallons de tous bords, réunis par la gravité de la situation, proposer à l’unisson … des cours d’éducation au « vivre ensemble ». Quel emplâtre sur une jambe de bois! Une leçon de plus qu’on veut faire à des enfants déjà perdus, et qui ajoutera une norme supplé­men­taire à un modèle social dans lequel ils ne se recon­naissent de toute façon pas. Pour s’attaquer aux Breiviks et autres Kaouchis, il faudra à nos poli­ti­ciens plus de discer­ne­ment et de courage. Suite à cette interview de Marilyn Manson, une de ses connais­sances l’aurait maladroi­te­ment compli­menté en ces termes : « Je ne te savais pas si malin. » Et l’autre de répondre : « Je ne te savais pas si con. »

Cedric Gommes

Pseudo-ethnicité et néo-dogmatisme

Une contro­verse inté­res­sante s’est déve­loppée ces derniers jours dans le petit monde de l’anthropologie. Au départ, un article sur le site web de Natu­re­News présente une étude génétique des popu­la­tions descen­dant des Tainos, autoch­tones des Caraïbes à l´époque de Chris­tophe Colomb, en indiquant que ces Tainos n’existent plus. Or, beaucoup de personnes se consi­dèrent, à tort ou à raison, comme Tainos, d’où la contro­verse qui a rapi­de­ment débordé le cadre scien­ti­fique.

Breaking the Law of Averages

En cette époque où même le climat a peur de changer, tant il est surveillé de près par les ortho­doxes (pour la dernière affaire en date, cliquez ici, ou ici, ou ici), où certains neutrinos se mêlent d’arriver au Gran Sasso avec 60 ns (nano­se­condes) d’avance, on n’est jamais trop prudent: Nature a fait the right thing et s’est excusé: This article origi­nally stated that the Taíno were extinct, which is incorrect. Nature apolo­gizes for the offence caused, and has corrected the text to better explain the research project described.

Evidem­ment, qu’est-ce qu’un peuple? A priori, je suis, moi même un Trévire (Celte) du haplo­groupe R1b1a2a1a1b3 dont l’origine se trouve autour de la Suisse/Tyrol/Italie du Nord et qui est habi­tuel­le­ment associé à la culture de La Tène-Hallstatt… bien qu’on trouve un ilot solitaire de  R1b1a2a1a1b3 au Bash­kor­tostan, allez savoir pourquoi! Je peux donc déclarer que je suis Celte de chez Celte, mais ça n’engage évidem­ment que moi!

Etre Taino est assu­ré­ment une autre paire de manches. Une personne qui se déclare Taino écrit quelque part que la Tainicité (comme la judaïcité!) se transmet par les femmes. Faisons le Gedan­ke­nex­pe­riment suivant: prenons une Taino «pure»  en 1492; elle-même et ses descen­dantes ne procréent qu’avec des non Tainos. Qui voyons-nous en 2011? Je ne sais pas au juste quels sont les traits typiques des «vrais» Tainos, mais il est probable que je ne les recon­nai­trais pas. Même chose avec les Oglala, les Apaches et les Mohicans etc.qui ressemblent doré­na­vant bien plus à M et Mme Smith qu’à leurs ancêtres préco­lom­biens (sauf le Mohican, peut-être).

Si une personne se déclare Wallonne (je suis prudent!!!) ou Oglala, elle est Wallonne ou Oglala! Je me souviens avoir lu la phrase suivante chez Malraux à l’époque où j’étais fan (et Malraux lui-même était ministre de la culture de Gaulle, ce qui nous fait 1959 à 1969: j’allais avoir 20 ans!) est Juif qui se veut Juif, et ce n’est pas les Khazars qui me démen­ti­ront (1).

Evidem­ment, ce n’est pas réllement de leur plein gré que les Tainos, Oglalas et Apaches sont très mélangés aujourd’hui, certai­ne­ment bien plus qu’en 1492. Je pense donc avec Dienekes que les Tainos existent certai­ne­ment un peu moins en 2011 qu’en 1492, même  s’il est parfai­te­ment possible de se déclarer Taino! Il reste quand même la question de savoir ce qui fait un Taino. La langue, peut-être? Les uns disent qu’il n’en reste que quelques mots dans une langue mélangée d’espagnol, alors que d’autres affirment la parler.  Et nous savons par ailleurs que langue et ethnicité ne se super­posent pas toujours (voir, par exemple, Cavalli-Sforza, 1994).

Il est possible, en théorie, d’être un vrai Taino «ethnique» et de l’ignorer. A l’autre bout du spectre, nous avons le Trévire R1b1a2a1a1b3 qui ne sait pas un mot de Taino, sauf peut-être colibri, iguane et tabacù , et qui n’est certai­ne­ment pas Taino. Entre ces deux extrêmes, tout est possible.

La morale de cette histoire c’est que le poli­ti­que­ment correct a un prix, qu’à force de courtiser et Margot et sa soeur nous finirons par vendre notre âme. En d’autres termes, la distance n’est pas si grande entre les néga­tion­nismes de tout poil, le créa­tion­nisme et les excuses de Nature.

 

Réfé­rences

L.L. Cavalli-Sforza. 1997. Genes, peoples, and languages. PNAS, 94:7719–7724. Dispo­nible ici.

Note

(1) Je n’ai malheu­reu­se­ment pas retrouvé la citation de Malraux sur le web: c’est sans doute la seule citation qui n’est pas sur le web, ou alors, c’est ma mémoire qui me joue des tours. Quelqu’un peut-il m’aider?

English variant: click here

 

Quand les ténèbres viendront.

« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un millé­naire, combien plus les hommes croi­raient-ils, adore­raient-ils et conser­ve­raient-ils pendant des géné­ra­tions le souvenir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nouvelle d’Isaac Asimov dont le titre original, Nightfall, avait bénéficié de cette traduc­tion : « Quand les ténèbres viendront. » L’auteur y prenait la citation d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fragilité du savoir et des civi­li­sa­tions.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gouver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment clima­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont manipulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en question l’idée originale que c’est le réchauf­fe­ment clima­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment clima­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà chevauché dans son dernier livre [1] où il quali­fiait la recherche clima­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son ignorance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai simple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on instille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le problème n’est pas de mettre en doute le modèle dominant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas unanimité totale autour de modèles aussi complexes que ceux de la clima­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spécia­lité. Mais si les arguments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un auditeur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout simple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des raison­ne­ments. Non, Rick Perry croit en certaines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent simple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbécile ; il a suivi un parcours univer­si­taire, dispose de talents d’orateur et des compé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquié­tant.

Car comme des centaines de millions de personnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible origi­nelle est un texte parfait ne compor­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse présenter quelque erreur de traduc­tion ou coquille édito­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gouver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pourrait bien l’aider à atteindre la Prési­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chipo­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théories de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pourrait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe commencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la clima­to­logie et à la biologie, c’est main­te­nant la géologie qui est priée de faire montre de tolérance : oui, la tecto­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rudement plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argument. Et puis, tous les amis, les voisins, les collègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krugmann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seulement voilà, cette tendance ne se limite pas à une classe politique. Pendant que les chape­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libéraux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le chama­nisme dans l’entreprise et alternent chimio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion terrifiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus personne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
—-

[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

Science, conscience et non-science

Science is the belief in the ignorance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Princeton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire parti­cu­lier nommé PEAR : Princeton Engi­nee­ring Anomalies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phéno­mènes diffi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des circuits élec­tro­niques [1]. Les activités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la problé­ma­tique initiale devient de mieux en mieux comprise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions complexes qui peuvent exister entre des circuits élec­tro­niques et leurs utili­sa­teurs, en relation avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des circuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une proba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien calibrée.  L’expérience consiste à demander à un utili­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résultats ont été accumulés au cours d’une dizaine d’années, par une centaine d’expérimentateurs.

A expé­rience surpre­nante, résultats surpre­nants : la fréquence de 0 et de 1 dans la séquence générée est corrélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quantité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue statis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un individu à un autre : certains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), certains obtiennent préfé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résultats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une falsi­fi­ca­tion obscu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des préjugés profon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heureu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode utilisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures univer­sités au monde. En plus, et le fait est suffi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dispo­nibles à quiconque voulait les analyser à sa manière. Sur cette base, des arguments ont été proposés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses colla­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient certains résultats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beaucoup de méthodes statis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot- incroyables. Dans ces condi­tions, la réaction des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion technique pourquoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir honnê­te­ment si elles le sont. Je me souviens avoir discuté en mangeant avec un profes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, physicien et père de Michel, sur les sourciers [5] : je racontais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sourcier ». Le fait même de trouver que cette question méritait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la catégorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résultats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résultats faux, et c’est normal : c’est unique­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résultats initiaux. Dans le cas des résultats de PEAR, personne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scien­ti­fique explique l’anathème jeté sur Jacques Benve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Benve­niste a eu beau contrer un par un les arguments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], analyser diffé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de statis­ti­ciens [7], changer de modèle biolo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résultats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Revenons à PEAR. Les résultats sont fasci­nants, mais pas néces­sai­re­ment choquants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La première éven­tua­lité n’est pas très diffé­rente d’un problème bien connu en mécanique quantique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système physique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus surpre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple classique est le positron qui par beaucoup d’aspects peut être compris comme un électron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements présents influencés par le futur, pour analyser notamment des situa­tions d’enchevêtrement quantique [10]. Pourquoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans certains domaines et qu’on les rejette de manière épider­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  toujours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les préjugés, qui ont le dernier mot. Le raison­ne­ment libre et non orienté n’est possible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori possible. On accepte des recherches débridées sur les parti­cules élémen­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le raison­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a poste­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sourciers était, pour ce profes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capacités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immédiat. Les cas de construc­tion de souvenirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi instruc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magicien cache à sa victime ce qu’il fait. Des systèmes de eye-tracking montrent pourtant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direction, ce qui suggère que le truc exploite un mécanisme cognitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la percep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment physique immédiat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phéno­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élucidées. La première étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possi­bi­lité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong question, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Corre­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Operator Intention: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Diffe­rences in Human/Machine Anomalies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jefferys, Bayesian Analysis of Random Event Generator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sourciers, Presse Univer­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Benve­niste pour publier ses résultats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scandale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) présen­tait donc les résultats de 4 équipes de recherche : celle de Benve­niste, une italienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Benve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cornillet, B. Poitevin, A. Spira, L’agitation de solutions hautement diluées n’induit pas d’activité biolo­gique spéci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beauvais, L’âme des molécules — une histoire de la «mémoire de l’eau», Collec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dispo­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, chapitre 27, Pygmalion : 1979) rapporte un cas frappant de deux concep­tions biolo­giques pourtant contraires -à propos des rapports entre phylo­ge­nèse et onto­ge­nèse- qui furent utilisées succes­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hallu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nouvelle science : la neuro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

De la futilité

Étendu à rien foutre devant la télé, zapette en main, voilà que je tombe sur une émission dont le concept est de trans­former la bagnole pourrie d’un brave gars en un engin rutilant pourvu de gadgets élec­tro­niques à vous couper le sifflet. Pensée sombre, au passage, pour ma vieille Volvo qui aurait bien besoin d’un lavage et de nouveaux pneus. La liste des trans­for­ma­tions est impres­sion­nante, une sono de dix milles démons dans le coffre, des écrans partout, une machine à café intégrée au tableau de bord, un lustre (oui, un lustre !) en guise de plafon­nier, trente-six bidules et machins plus tape-à-l’œil qu’indispensables, peinture person­na­lisée, tuning agressif… D’une certaine manière, c’est beau. Ce n’est plus une voiture c’est… je ne sais pas ce que c’est, mais ce truc ne devrait même plus rouler. Le proprio est content, les artistes sont fiers, les sponsors de l’émission se frottent les mains. Et moi j’ai comme une envie de vomir.

Je me rends compte que je viens de passer plusieurs minutes, subjugué par cette affaire, et j’ai honte pour ce temps perdu. Quitte à ne rien faire devant la télé, il y avait sûrement des choses plus inté­res­santes à regarder. Je zappe furieu­se­ment et, comme un fait exprès, il n’y a que des conneries sur toutes les chaînes. D’accord, ce que j’estime être des conneries est peut-être d’un intérêt capital pour d’autres et réci­pro­que­ment, mais je suis sûr que vous me comprenez, n’est-ce pas ?

Bien qu’engourdi, j’essaye de réfléchir. Ce genre d’émission va inciter de nombreuses personnes à « tuner » leur caisse et cela participe au déve­lop­pe­ment d’une certaine économie. La nausée me revient : une économie de la futilité dont, je n’en doute pas, d’habiles prêcheurs pourront néanmoins justifier de l’utilité fonda­men­tale pour l’équilibre et la bonne santé de la société. On connaît ce discours et ses raccourcis fumeux. En voici un autre : une sono de 1000 Watts et trois néons dans le coffre d’une voiture peuvent permettre, par le jeu de mysté­rieux leviers écono­miques, à des traîne-misère de Bangalore de manger à leur faim.

Un vertige me saisit, tant de choses futiles sur l’étal de la culture et de la consom­ma­tion alors que l’on devrait s’atteler prio­ri­tai­re­ment à sauver le monde. Je ne suis pas contre le fait de s’amuser et de se faire plaisir de temps en temps, loin de là, mais le mode de vie qui nous est proposé me fait penser au panem et circenses des romains dont l’empire s’effondrait dans l’indifférence des jouis­seurs. D’abord cette émission, son concept et ses résultats concrets ; puis des milliers d’idiots qui comme moi l’on regardée ; des centaines qui en seront influencés ; un idiot tout seul qui trouve le moyen d’en faire un article pour ce blog ; ce blog lui-même si on va par là et ses lecteurs car je ne vous oublie pas. Et ce n’est là qu’un épiphé­no­mène insi­gni­fiant dans la manne des futilités où nous nous enlisons jour­nel­le­ment alors que la situation plané­taire est des plus préoc­cu­pante. Je cherche rapi­de­ment ce qui, à mes yeux, pourrait symbo­liser à l’heure actuelle le comble de la futilité, et je pense à Paris Hilton. Je viens de me faire pari­shil­to­niser par une émission débile.

Qu’est-ce que je peux y faire ? Je ne peux pas interdire ce que j’estime inutile et domma­geable, ni remodeler la société à ma guise. Je peux au moins dire ce que je pense et inciter d’aucuns à penser et agir avec plus de circons­pec­tion. Mais il reste que j’ai le sentiment d’avoir participé, par mon inertie en regardant cette émission, à accroître le déficit moral de l’humanité. Comment puis-je trans­former ce moment d’égarement ?

Une autre infor­ma­tion croise alors ma réflexion. Un fait divers. Des bagarres éclatent dans un lycée américain parce que des noirs, en septembre 2007 n’est-ce pas, souhaitent eux aussi profiter de l’ombre d’un arbre, ombre tradi­tion­nel­le­ment réservée aux blancs. On croit rêver. Mais non, il y a des images. Dont une me révolte plus que les gueules cassées. Plutôt que de privi­lé­gier le dialogue ou même d’imposer un règlement non discri­mi­na­toire, les « respon­sables » ont abattu l’arbre. Ben oui, il n’avait qu’à pas être là à dispenser bêtement son ombre généreuse. Soit, je sais ce que je vais faire, planter deux arbres. Et vous ?

Thomas

Botus et mouche cousue

Souvenez-vous, cela a commencé avec ce brave et méritant balayeur de rue… Un jour, las de se voir décon­si­déré par une société estimant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une reva­lo­ri­sa­tion de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un chan­ge­ment de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la serpillière chez Madame et briquait les bureaux de Monsieur la nuit, devint une « tech­ni­cienne de surfaces ». Dans la foulée, le pompiste du coin se trans­forma en « adjoint à la distri­bu­tion des produits pétro­liers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la trans­mis­sion des commu­ni­ca­tions écrites ». Que de belles promo­tions grâce auxquelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux consi­dérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !

Depuis, la situation n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en parti­cu­lier, s’est insinuée au travers du langage jusqu’à conta­miner les domaines les plus subal­ternes, les plus insensés des préoc­cu­pa­tions humaines. Cette censure implicite pollue des expres­sions qui jusque-là appa­rais­saient claires, immé­dia­te­ment compré­hen­sibles, souvent belles ou judi­cieu­se­ment imagées, et toujours respec­tueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes respec­tueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.

Faut-il le rappeler, un con restera toujours un con, peu importe ses capacités d’élocution. D’ailleurs, il est immé­dia­te­ment percep­tible que le fait de traiter avec condes­cen­dance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condes­cen­dance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contem­po­rains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?

Parmi ces nouvelles précau­tions oratoires, celles touchant les couleurs et les ethnies sont passa­ble­ment fasci­nantes tant elles enfoncent leurs utili­sa­teurs dans l’absurdité et l’embarras ! (Remarquez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces censeurs insensés et insolents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus personne n’oserait utiliser le terme nègre en société pour désigner un Africain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condes­cen­dance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration première (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nouvelle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spécimens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de consi­dérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « personnes de couleur ». Pathé­tique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des diffé­rences, c’est là une très mauvaise stratégie.

Il faudrait au contraire inciter les curio­sités, varier les goûts, mélanger les genres, permettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour discri­mi­na­tion ou insulte. Trop compliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui préfèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « humaniste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des aliments, bientôt des convic­tions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Marseille. Orwell n’est pas loin.

Prévoyons le pire, créons une intel­li­gentsia under­ground où il sera possible de parler librement de tout et de rien, sans parti pris ni méchan­ceté gratuite, sans avoir à redouter une assi­gna­tion en justice pour avoir osé utiliser les mots du diction­naire ; où il sera possible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offusqués inca­pables d’un minimum de critique histo­rique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » imaginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes censeurs, d’indiscernables Cauca­siens bon teint ; et le tout en dégustant du camembert au lait cru et des chocolats sans matière grasse ajoutée…

Thomas

The Physics of Christianity

Je découvre un livre saisis­sant : The Physics of Chris­tia­nity.

Son auteur, Frank Tipler, fait partie de cette mouvance de croyants voulant nourrir leur foi de matériaux scien­ti­fiques. Vous le savez : je suis en général partagé entre l’amusement et l’agacement. L’amusement parce que cela me semble à la fois réduc­tion­niste et maladroit. L’agacement parce que ce mouvement prend une ampleur consi­dé­rable et contribue à une sorte de rela­ti­visme absolu où le théorème de Pythagore et la virginité de Marie sont des énoncés de même valeur.

Bref, je ne peux résister au plaisir de vous citer un passage croqui­gnolet :

If Jesus indeed rose from the dead using the mechanism described in Chapter 8, namely elec­tro­weak tunneling to convert matter into energy, and if indeed this was done with the intention of showing us how to use the same process, then we ourselves should be able to learn how to turn matter into either elec­tro­ma­gnetic energy or neutrinos within a few decades.

Tout le livre est comme ça.

Les critiques? Là, c’est l’élément inquié­tant :

A thrilling ride to the far edges of modern physics.” –New York Times

A dazzling exercise in scien­tific specu­la­tion, as rigo­rously argued as it is boldly conceived.” –Wall Street Journal

Tipler has written a master­piece confer­ring much-craved scien­tific respec­ta­bi­lity on what we have always wanted to believe in.” –Science

More readable than Roger Penrose’s The Emperor’s New Mind or Douglas Hofstadter’s Gödel, Escher, Bach … an imagi­na­tive escha­to­lo­gical enter­tain­ment appro­priate to the approa­ching end of the millen­nium.” –New Orleans Times-Picayune

Unde­niably fasci­na­ting…” –Seattle Times

Tipler’s brash announ­ce­ments are challenging—and enter­tai­ning. Although written from the viewpoint of a Ph.D., anyone should be able to get a kick out of the professor’s big-bang ideas.” –Publi­shers Weekly

Dans mes petites préoc­cu­pa­tions, le réchauf­fe­ment clima­tique vient de rétro­grader…

avk

Galanterie, féminisme et syntaxe

Langue sauce piquante, le gai blog des correc­teurs du Monde, relève le texte suivant :

C’est le décor âpre de la Grèce du Nord, quelque part entre Salonique et la frontière bulgare, où l’auteur est née dans les années 50.

Profitant de la syntaxe pour informer de l’identité sexuelle de l’écrivain, le rédacteur accorde le participe passé au féminin.

C’est une faute dont la fréquence est en augmen­ta­tion : l’accord se fait avec le nom «auteur» et non avec le sexe de la personne, de l’animal ou de l’objet désigné par ce nom. Simple­ment parce que la syntaxe est une affaire de mots et non de choses. Assimiler l’un à l’autre, c’est confondre la carte et le terri­toire. Choisir de lier fauti­ve­ment le genre et le sexe implique de ne pouvoir parler d’une chose et d’un être que si l’on connaît son identité sexuelle. Pas simple pour les fourmis ou les géraniums.

Et fina­le­ment, n’est-ce pas nuire à la cause que l’on croit servir que d’indiquer systé­ma­ti­que­ment l’appartenance sexuelle des acteurs de nos phrases?

Somewhere here

Il y a trois semaines, un Gallois a envoyé ses veux de Noël à un ami habitant les Cornouailles. Ne connais­sant pas son adresse, il a indiqué son nom et dessiné une carte sur l’enveloppe. Après neuf jours, le Royal Mail délivra le pli à son desti­na­taire.

Moi, ce genre d’histoire, ça me met de bonne humeur!

Va à la Mecque !

Ce midi, au guichet d’information d’un temple commer­cial, je dois recevoir une nouvelle carte me permet­tant de sortir du parking. Une famille est devant moi. Je devine le père, la mère et leur petit garçon. Je devine aussi un problème de réduction sur un produit, que la caissière n’aurait pas pris en compte.

Bon. J’attends mon tour. La valeur d’une civi­li­sa­tion se mesure à la grandeur de ses épreuves initia­tiques.

Le ton monte. Ce qui suit m’impose de préciser que la famille devant moi est d’origine magh­ré­bine.

Soudain, la préposée fait un pas de côté pour me mettre en ligne de mire et m’intime :

- Qu’est-ce que je peux faire pour vous?

L’homme me regarde inter­loqué. Tout aussi inter­loqué, je demande à l’employée de finir avec ce client.

- J’ai fini avec lui!

L’homme fait un pas de côté aussi pour me laisser la place et je montre ma carte de parking inopé­rante. Tandis que la femme me cherche une autre carte, il précise en me souriant : “Je préfère vous laisser passer, notre affaire risque de durer un certain temps.”

Entendant cela, la femme se redresse violem­ment, me jette ma nouvelle carte de parking sur le comptoir et lui lance d’une voix étranglée : “Va à la Mecque, toi!”

Son visage est blanc. Elle le regarde dans les yeux. Que se passe-t-il dans l’esprit de cette petite femme aux cheveux gris? Qui voit-elle dans cette famille ou dans cet homme?

Je prends mon ticket et remercie l’homme. Sa femme et son fils se sont éloignés dans la galerie. L’employée est toujours là, tendue comme un piège, et lui relance “Alors, t’es pas parti?! Allez, vas-y, à la Mecque!”

Et lui de répondre : “Je n’irai pas cette année : dans une dizaine d’années seulement. Aller à la Mecque, j’en rêve et c’est un rêve que je réali­serai. Puissiez-vous avoir de telles rêves Madame et, au réveil, la certitude que vous les réali­serez.”

Et moi de noter cela dans mon carnet avant de nourrir le dieu parking de ma petite offrande de carton.

avk