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Beau­coup de gens pensent que le climat est un des pro­blèmes majeurs de notre époque. C’est faux, parce que le climat est d’abord une for­mi­dable res­source natu­relle. C’est grâce aux res­sources du climat que les plantes poussent (chaleur, rayon­ne­ment, eau) et nous nou­rissent. C’est aussi grâce au climat que tournent les éoliennes et que l’eau séva­pore et s’accumule dans les barrages.

« J’ai de sérieuses raisons de croire que la planète d’où venait le petit prince est l’astéroïde B 612. Cet asté­roïde n’a été aperçu qu’une fois au téles­cope, en 1909, par un astro­nome turc. Il avait fait alors une grande démons­tra­tion de sa décou­verte à un Congrès Inter­na­tional d’Astronomie. Mais per­sonne ne l’avait cru à cause de son costume. Les grandes per­sonnes sont comme ça. Heu­reu­se­ment pour la répu­ta­tion de l’astéroïde B 612 un dic­ta­teur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s’habiller à l’Européenne. L’astronome refit sa démons­tra­tion en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis. » Antoine de Saint Exupéry, Le petit prince. illus­tra­tions extraites de http://​www​.thought​for​theday​.com​.au/​i​m​a​g​e​s​/​T​h​e​_​l​i​t​t​l​e​_​p​r​i​nce_II.pdf

Le climat est la seule res­source natu­relle dont nous ne verrons pas la fin, qui ne s’épuisera pas tant que la terre sera terre et que le soleil restera soleil. Mais le climat change, et le chan­ge­ment du climat est perçu comme un risque majeur à cause de son impor­tance pour de très nom­breuses acti­vités humaines. Le climat est chan­geant (variable) par nature, et nous accé­lé­rons sa varia­bi­lité par nos acti­vités, surtout indus­trielles et agri­coles (trans­ports, pro­duc­tion d’energie, uti­li­sa­tion d’engrais, défri­che­ments etc).

Il se fait que nous, êtres humains, crai­gnons le chan­ge­ment. Nous pensons que le chan­ge­ment est néces­sai­re­ment négatif et nous avons une peur irrai­sonnée de ce qui n’est pas entiè­re­ment pré­vi­sible. Il faut relire Eric Hoffer (1976), un philosophe-docker New-Yorkais qui a analysé les racines de notre phobie du chan­ge­ment et les com­por­te­ments que nous adop­tons quand nous sommes en état d’incertitude.

Je pense que notre réac­tion face au chan­ge­ment cli­ma­tique est souvent, elle aussi, irra­tion­nelle, et très mal informée. Mais nous avons une excuse: nous faisons confiance à ceux qui savent. Qui sont-ils, ceux qui savent? Avant tout le GIEC (Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­mental sur l’évolution du climat), mieux connu sous son sigle anglais IPCC. Le GIEC est un groupe d’experts à la struc­ture très hié­ra­chisée établi en 1988 par l’Orga­ni­sa­tion Météo­ro­lo­gique Mon­diale et le Pro­gramme des Nations Unies pour l’Environnement. Depuis 1988, le bébé a grandi, il a pris de l’assurance et de l’arrogance; il nous prédit désastres, misère, famines et autres points de non retour.

Beau­coup de cli­ma­to­logues, autre­ment gens sensés et pla­cides, ont pris goût au pouvoir. Ils ont érigé leur fond de com­merce en dogme; ils détiennent doré­va­vant la vérité et per­sé­cutent toutes les déviances… J’ai publié ailleurs des notes dans ce sens, sur le mode humo­ris­tique (par exemple ici). Il se fait que les rap­ports pério­diques d’IPCC, qui sont consi­dérés avec une révé­rence quasi reli­gieuse, ne sont pas exempts d’erreurs. On y affirme, par exemple, que cer­tains pays afri­cains verront leur pro­duc­tion agri­cole dimi­nuer de moitié d’ici 2020. Tout qui a un minimum de connais­sance de l’agriculture et du climat perçoit immé­dia­te­ment qu’il s’agit là d’une invrai­sem­blance pro­fonde. J’ai examiné ce point précis de près (d’abord sur le site web de la FAO et ensuite ici) pour montrer comment, d’erreurs de tra­duc­tion en syn­thèses de rac­courcis de résumés ces incon­gruités peuvent prendre naissance.

L’auteur de ce billet a passé les trente-cinq der­nières années a étudier les inter­ac­tions entre climate et agri­cul­ture. Non pas dans une optique théo­rique mais pra­tique, en aidant nombre de pays à prévoir leurs récoltes. Je suis catas­trophé (on me passera l’expression) de lire que notre futur serait fait de désastres liés au climat. Actuel­le­ment, les fac­teurs extrêmes atmo­sphé­riques sont certes spec­ta­cu­laires, mais leur impact est insi­gni­fiant, notam­ment sur la pro­duc­tion agri­cole. Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chro­niques du climat (poches de séche­resse, grêle, insectes favo­risés par les condi­tions cli­ma­tiques etc) conduisent à des pertes bien plus impor­tantes et pour la plupart invisibles.

Il y a ensuite le fait que les pro­jec­tions d’impact font inter­agir un climat futur (incer­tain) avec toutes nos acti­vités futures (dont nos sys­tèmes de pro­duc­tion agri­cole) qui sont encore plus incer­taines. La vérité, c’est que nous sommes dans un flou profond, et ce n’est pas le nombre de publi­ca­tions qui y chan­gera grand chose.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours (24 novembre 2011), un réexamen des donnés cli­ma­tiques anciennes par Schmittner et al. semble indi­quer que, peut-être, nous avons sur­es­timé la force du lien entre gaz car­bo­nique et tem­pé­ra­ture de l’atmosphère. La nou­velle a bien entendu été reprise par la presse internet popu­laire, par exemple Science Daily qui annonce Climate Sen­si­ti­vity to Carbon Dioxide More Limited Than Extreme Pro­jec­tions, Research Shows. En deux mots: les aug­men­ta­tions de tem­pé­ra­ture pro­je­tées seraient exces­sives, ce qui rédui­rait aussi l’augmentaton du niveau de la mer (effet dû surtout à la dila­ta­tion ther­mique de l’eau). Voilà qui déce­vrait les catas­tro­phistes! J’attends avec impa­tience les réactions!

En atten­dant, j’ai écrit le petit texte ci-dessous pour expli­quer mon point de vue! J’hésite à l’appeler un credo cli­ma­tique, parce que je sais ce que credo a de dog­ma­tique… Je l’appellerai donc

Exer­cice de style en forme de credo cli­ma­tique

Je crois au climat qui change
qui a tou­jours changé et conti­nuera a changer
depuis que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient
que les volcans crachent pous­sières et CO2
que la constante solaire n’arrête pas de varier
que les océans et l’atmopshère interagissent
que l’astronomie existe et que Milan­kovic est son prophète
Je crois aussi que l’homme inten­sifie et accé­lère le changement
par ses émis­sions de gaz à effet de serre
sa myopie intellectuelle
son appât du gain
et le mépris pour ses enfants
Je crois que les impacts du climat – comme tous les impacts -
sont et res­te­ront le produit de deux fac­teurs inégaux
les carac­té­ris­tiques du climat et la vul­né­ra­bi­lité de notre société
dont la concen­tra­tion géo­gra­phique de nos activités
leur loca­li­sa­tion
la des­truc­tion des milieux natu­rels en surface et en nombre
et tous nos oeufs dans les mêmes paniers
ener­gé­tique
ali­men­taire
et poli­tique
J’ai confiance en notre fabu­leuse faculté d’adaptation en tant qu’espèce
Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de procréer
qu’il y aura des ruptures
que nous appren­drons la leçon
et qu’ensuite nous repartirons
Je ne crois pas au catas­tro­phisme climatique
Je n’accepte pas le prin­cipe d’autorité et par conséquent
je ne crois pas en l’infaillibilité du GIEC
qui est trop souvent
oppor­tu­niste
dog­ma­tique
incom­pé­tent
auto­ri­taire
partial
animé de moti­va­tions politiques
et ridi­cule quand il pra­tique la science par consensus
Je ne crois pas qu’il soit juste de mépriser les incroyants
les agnos­tiques comme les athées missionnaires
même s’ils sont
igno­rants
inté­ressés
créa­tion­nistes
ou pro­duc­teurs de pétrole
Car il vrai que
nous sommes tous à l’image de notre temps
même les génies:
Kepler faisait des horo­scopes très demandés
Newton voulait trans­former en or les métaux vulgaires
Chasles a col­lec­tionné des auto­graphes en fran­çais de
Jules César
Aris­tote
Cléo­patre
et Alexandre le Grand
le British Museum a acheté les faux manus­crits d’Islam Akhun, un analphabète
les tra­duc­tions de l’étrusque abondent
et Teil­hard de Chardin a eu son heure de gloire
Car il est vrai que les saintes écri­tures ont accueilli in illo tempore
decons­truc­ting point access
elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deuterium
trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity
et human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE
Tant il est vrai que
peu de cer­ti­tudes sont abso­lues, si ce n’est dans la foi
la vérité évolue au gré du temps et même des modes
ce qui est accepté aujourd’hui
sera faux, ou moins faux, demain
tant de grands scien­ti­fiques d’aujourd’hui
seront oubliés dès demain
et plus d’un tacheron obscur ressuscitera
Car en vérité
notre espace et nos res­sources sont limités
notre évo­lu­tion tech­no­lo­gique est plus rapide
que celle de nos vieux gènes
le climat est notre seule res­source inépuisable
il conti­nuera d’exister et de changer
avec ou sans ce fou d’homo sapiens
la cré­du­lité des foules
le GIEC
et les menées de ses grands prêtres
la mani­pu­la­tion de nos peurs
notre manque de confiance en l’avenir
et la mort de Dieu
Amen

 

Remer­cie­ments

Je tiens à remer­cier Jacques du Guerny pour ses com­men­taires cri­tiques sur l’exercice de style.

Notes

Pour « Kepler faisait des horo­scopes très demandés » voir Connor, 2005.

Pour « Decons­truc­ting point access » voir Phil­lips & Kent, 2009; « Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deu­te­rium », voir Flei­sch­mann et al., 1989 ; « Trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity », voir Sokal, 1996; « Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE », voir Dayenas et al. 1988. Il s’agit, dans l’ordre, d’un canular, de la publi­ca­tion qui a lancé le débat et la contro­verse sur la fusion froide, d’un autre canular et de l’article sur la « mémoire de l’eau ». Voir wiki­pedia pour les détails. Tous ces articles ont été acceptés par des revues qui ont pignon sur rue, voire des revues pres­ti­gieuses. Ils montrent que la science est fragile, et procède souvent par tâtons. Pour les articles de Flei­sch­mann et celui de Dayenas, le débat n’est cer­tai­ne­ment pas clos.

Réfé­rences

Connor, J.A. 2005. Kepler’s Witch. Harper-Collins eBooks. Kindle Edition. Loc. 978–80: Astro­logy was for the seven­teenth century what eco­no­mics is for the twenty-first. Astro­logy tried to form pre­dic­tions about an uncer­tain future based on strict mathe­ma­tical cal­cu­la­tion, just as eco­no­mics does with the laws of the market. Both are wrong about as often as they are right. Loc. 986–94: Because his love for puzzles and acros­tics had started when he was a child, Kepler was par­ti­cu­larly good at reading signs. He soon learned, however, that being a good astro­loger required more than just math skills. One student, Reb­stock, a fellow with a red face and beer breath, accosted Kepler in the hallway and demanded a horo­scope. Kepler reluc­tantly agreed and, after obtai­ning the man’s birth date, set to cal­cu­la­ting his chart. What Kepler learned that day, however, is how dan­ge­rous it is to read all the signs. Rebstock’s noisy drin­king habits had to be taken into account, so Kepler pre­dicted that the fellow would one day become a drunk, which wasn’t much of a stretch. The stars tell all, but so does beer breath. Reb­stock didn’t like the report and forced his way into Kepler’s room, where the two duked it out. The next day, Kepler asked Mästlin for advice. What should he do? If he was going to be an astro­loger, he had to read all the avai­lable signs, and that included a beer breath, because the stars were so often hard to read. Some­times his pre­dic­tions worked and some­times they didn’t, so what could he do to make them more secure? Mästlin told him to just predict disaster. That would be bound to come true sooner or later. Loc 1334–38: In 1595, partly from his cal­cu­la­tions and partly from his com­mon­sense reading of the times, Kepler made three pre­dic­tions: one, a ter­rible winter, with bitter cold weather that would damage fruit trees and cause hard­ship all around; two, an attack by the Turks from the south; and three, a peasant upri­sing. All three came true. That winter was so bad, they said, that anytime a she­pherd in the moun­tains blew his nose, it would pop off.9 The Turks did attack, which wasn’t all that sur­pri­sing, and there was a peasant revolt, again, not all that sur­pri­sing. Sud­denly, Kepler was a celebrity.

Dayenas, E., F.Beauvais, J.Amara, M.Oberbaum, B.Robinzon, A.Miadonna, A. Tedeschi, B.Pomeranz, P.Fortner, P.Belon, J.Sainte-Laudy, B.Poitevin & J.Benveniste. 1988. Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE. Nature, 333:816–818. Avec une Edi­to­rial reser­va­tion en fin d’article: Readers of this article may share the incre­du­lity of the many refe­rees who have com­mented on several ver­sions of it during the past several months. The essence of the result is that an aqueous solu­tion of an anti­body retains its ability to evoke a bio­lo­gical res­ponse even when diluted to such an extent that there is a negli­gible chance of there being a single mole­cule in any sample. There is rfo phy­sical basis for such an acti­vity. With the kind col­la­bo­ra­tion of Pro­fessor Ben­ve­niste, Nature has the­re­fore arranged for inde­pendent inves­ti­ga­tors to observe repe­ti­tions of the expe­ri­ments. A report of this inves­ti­ga­tion will appear shortly.

de Saint-Exupéry, A. 1943. Le petit prince, Gallimard.

Flei­sch­mann, M., S. Pons & M. Hawkins. 1989. Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of Deu­te­rium. J. Elec­troanal. Chem. 261:301–308. L’article ori­ginal avait omis le troi­sième auteur, qui a ensuite été ajouté, avec les excuses de Flei­sch­mann et Pons, dans une liste d’errata.

Hoffer, E. 1963. The ordeal of change. New York: Harper and Row. 136 pp. Très nom­breuses réimpressions.

Phil­lips, D. & A.Kent. 2009. Decons­truc­ting Access Points. Accepted for publi­ca­tion in the peer reviwed The Open Infor­ma­tion Science Journal (TOISCIJ). Plus de détails ici: http://​scho​lar​ly​kit​chen​.sspnet​.org/​?​s​=​phrenology 47: 217–252.

Schmittner, A., N.M.Urban,  J.D. Shakun, N.M. Maho­wald, P.U. Clark, P. J. Bart­lein, A. C. Mix,  A.Rosell-Melé. 2011. Climate Sen­si­ti­vity Esti­mated from Tem­pe­ra­ture Recons­truc­tions of the Last Glacial Maximum. Scien­cex­press, 4 pp.+ 3 figs. http://​www​.scien​cemag​.org/​c​o​n​t​e​n​t​/​e​a​r​l​y​/​2​0​1​1​/​1​1​/​2​2​/​s​c​i​e​n​ce.1203513

Sokal, A.D. 1996. Trans­gres­sing the Boun­da­ries: Towards a Trans­for­ma­tive Her­me­neu­tics of Quantum Gravity. Social Text, 46/

 

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Alisa Miller, chef de Public Radio Inter­na­tional, évoque avec humour les méca­nismes par les­quels les médias amé­ri­cains offrent une vision dis­tordue du monde pour épan­cher une soif modeste mais réelle d’informations inter­na­tio­nales. Avec des sta­tis­tiques et des gra­phiques par­ti­cu­liè­re­ment éclairants.

Ceci en écho loin­tain à un ancien billet.

avk

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Nous nous trou­vons devant un para­doxe : la mul­ti­pli­ca­tion des vec­teurs d’information crée une nébu­leuse qui nuit à la trans­mis­sion de la connaissance.

Trois fac­teurs inter­dé­pen­dants concourent à l’expliquer : la tech­no­logie, la com­plexité et l’économie.

George Fre­de­rick Watts

1. Parmi tous les outils d’acquisition de connais­sance que j’utilise quo­ti­dien­ne­ment, mon iPhone gère une dizaine de pro­to­coles dif­fé­rents donnant chacun accès une masse infor­ma­tion­nelle que mon esprit assi­mile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebon­dis­sons de texte en texte, suivant un fil indé­fini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en déga­geons des impres­sions floues et avons de plus en plus de mal à syn­thé­tiser ce que nous avons retenu de cette immer­sion.
Sur le plan social, la situa­tion est encore pire : notre société occi­den­tale rend les outils d’édition et de partage acces­sibles à chacun, mais sans ces outils com­plé­men­taires que sont le respect du texte, le trans­fert des réfé­rences, la véri­fi­ca­tion des sources, l’examen de la per­ti­nence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information por­teuse du savoir ori­ginel, le texte de réfé­rence.
À force de trans­mis­sions par­tielles, de com­men­taires, de copier-coller, de négli­gences volon­taires ou non, la dis­tance entre l’information et la connais­sance s’est creusée.

2. L’effondrement du moder­nisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible com­plexité du monde. Il y a deux géné­ra­tions, nous vivions dans un monde infini dont nous pen­sions pouvoir maî­triser les para­mètres fon­da­men­taux. Aujourd’hui, nous nous heur­tons à la fini­tude des res­sources et à notre inca­pa­cité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi impor­tants que la météo, les popu­la­tions de pois­sons ou la finance mon­diale.
Nous sommes donc rési­gnés, dans le meilleur des cas, à des poli­tiques de très courts termes, à des actions pure­ment locales ou à des options très aléatoires.

3. Cette confu­sion infor­ma­tion­nelle et ces limi­ta­tions déci­sion­nelles se révèlent être des sources de profits impor­tants pour de nom­breux grou­pe­ments d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nou­velles tech­no­lo­gies impliquent direc­te­ment les modèles socioé­co­no­miques pla­né­taires, et sont d’une impor­tance capi­tale tant pour les ONG que pour les mul­ti­na­tio­nales ou les entités poli­tiques. Ces der­niers uti­lisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objec­tifs, et la dif­fi­culté de modé­liser cer­tains phé­no­mènes com­plexes rend dif­fi­cile la réfu­ta­tion de leurs poli­tiques.
Pour­tant, portés par leur opti­misme, cer­tains vont trop loin et pro­pagent des infor­ma­tions faci­le­ment réfu­tables. Cer­tains camouflent des posi­tions idéo­lo­giques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduc­tion facile des construc­tions vouées à l’échec.

L’objectif de ce blog est de contri­buer à favo­riser l’accès à la connais­sance de notre monde, des prin­ci­paux pro­blèmes qu’il tra­verse et des solu­tions envi­sa­gées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambi­tieux. C’est pour­quoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vau­drait la peine de conti­nuer : la beauté et le plaisir.

Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.

Nous pensons que la sen­si­bi­lité et l’intelligence doivent guider nos démarches.

Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.

avk

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Depuis quelques mois, Google a implé­menté dans son inter­face de recherche une fonc­tion de sug­ges­tion fondée sur les requêtes les plus fré­quentes com­men­çant par les carac­tères que vous êtes en train de taper.

Prévue dans un premier temps pour faire gagner quelques frac­tions de secondes à l’utilisateur, cette fonc­tion offre une image frap­pante des pré­oc­cu­pa­tions des inter­nautes pour autant que l’on choi­sisse des débuts de phrases ouvertes.

Il en ressort entre autres la convic­tion que Dieu n’est pas un ins­pec­teur de poisson (puisqu’il semble être un astro­naute), que l’on soit per­plexe sur les méca­nismes à mettre en place pour tomber enceinte, que l’aérophagie cause plus d’anxiété que la soli­tude, et qu’une masse consi­dé­rable d’internautes sont « extrê­me­ment ter­ri­fiés par »… les Chinois. Heu­reu­se­ment, une sin­gu­lière bouffée d’intérêt pour les équa­tions qua­dra­tiques vient relever le niveau.

D’autres facettes goo­gliennes de notre belle huma­nité? Les com­men­taires vous sont ouverts!

avk

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Après un lan­ce­ment cala­mi­teux, le fan­tas­tique projet Euro­peanaest désor­mais en ligne et, bien que tou­jours en phase de test, ça décoiffe dou­ce­ment : textes, illus­tra­tions gra­phiques, extraits sonores et vidéos de près de 70 contri­bu­teurs dont la Bibio­thèque natio­nale de France, la Fun­dação Calouste Gul­ben­kian, la Biblio­thèque Royale de Bel­gique et The British Library. Le par­ti­moine actuel de 2 mil­lions d’objets numé­riques sera triplé lors du lan­ce­ment de la version 1.0, en 2010​.Il reste tou­te­fois pas mal de choses à amé­liorer : robus­tesse du système et cohé­rence des données. Vous trou­verez en effet bien le vian­dier de Taillevent hébergé par la Biblio­thèque natio­nale de France, mais le lien ne vous mènera que vers une page d’erreur doù il vous faudra recom­mencer la recherche! En outre, la pos­si­bi­lité pour­tant capi­tale de créer un compte propre afin de stocker ses recherches a été tem­po­rai­re­ment et mys­té­rieu­se­ment sup­primée. Don’t worry, be crappy comme ils disent, Outre-Atlantique.

Un petit aperçu en quelques clics? Mais avec plaisir…

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Le social book­mar­king est apparu en 2005 avec de​.licio​.us dont le succès pro­vient en grande partie… de son succès. C’est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socia­li­sa­tion – a son impor­tance. En 2006 est apparu Stum­bleUpon, plus struc­turé et per­met­tant de dire d’un clic « j’aime » ou « j’aime pas », d’intégrer son propre site, de main­tenir un petit blog et surtout d’intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Mar­shall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l’impression que cela servait surtout à tromper l’ennui. Une floppée d’autres sites émer­gèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses impor­tantes : l’importation facile des signets du navi­ga­teur, une inter­face lumi­neuse, la pos­si­bi­lité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C’était devenu mon outil pour par­tager mes décou­vertes avec des amis, et pour m’assurer une acces­si­bi­lité à mes signets lors de mes dépla­ce­ments. J’y ai décou­vert aussi quelques sites inté­res­sants. Pour­tant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu’il fait le choix auda­cieux de l’open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social book­mar­king que j’utilisais pour une option fan­tas­tique : celle qui permet de sur­li­gner des pas­sages. Lorsque je rédige un article, j’ai pris l’habitude, grâce à l’extension de Diigo, de sur­li­gner les pas­sages impor­tants et de les stocker dans une liste per­son­nelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d’un clic j’ai non seule­ment accès à mes sources mais encore aux pas­sages sur­li­gnés. Épatant, même si l’usage que j’en faisais était très per­sonnel. De fait, l’aspect social de Diigo était han­di­capé par plu­sieurs lour­deurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd’hui même, une fois votre compte ouvert et l’extension ins­tallée sur votre navi­ga­teur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu’un site vous plait, sur­li­gnez éven­tuel­le­ment les pas­sages impor­tants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous per­mettra de donner une des­crip­tion, d’en choisir le carac­tère privé ou public, de pré­venir Twitter, d’ajouter ce signet à une liste que vous aurez préa­la­ble­ment créée, d’informer un groupe etc.

Ulté­rieu­re­ment, vous retrou­verez ce site avec le sur­li­gnage, mais vous verrez aussi qui d’autre l’a mis en signet public et quelles anno­ta­tions y ont été ajou­tées par la communauté.

Parmi la cen­taine de nou­veautés de la version 3, j’en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent direc­te­ment acces­sibles dans votre barre laté­rale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre laté­rale, il est pos­sible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fati­guera pas rapi­de­ment mais pour le moment, c’est assez bluffant.
  3. Il est désor­mais pos­sible à une équipe (de cher­cheurs ou de rédac­teurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dic­tion­naire de mots-clés afin d’éviter de voir ces plé­thores de tags syno­ny­miques ou mal ortho­gra­phiés qui pol­luent géné­ra­le­ment ce genre de sites.
  4. L’option People like me vous permet, sur base de vos der­niers signets, de décou­vrir les gens qui par­tagent le plus vos inté­rêts et dès lors, d’augmenter vos chances de décou­vrir non seule­ment des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n’est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, Face­Book et l’email sont à votre portée pour par­tager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désor­mais une solu­tion effi­cace à dif­fé­rentes pré­oc­cu­pa­tions qui dépassent de loin le simple social net­wor­king. C’est désor­mais un outil majeur pour qui­conque désire struc­turer, stocker et par­tager en ligne une infor­ma­tion qui ne se limite par à une URL.

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Voir clair

La com­plexité envahit toute notre sphère de connais­sance. Nous ne pouvons plus faire sem­blant que le monde est simple.

Com­prendre les sou­bre­sauts de la finance, l’évolution de la bio­di­ver­sité, les mou­ve­ments des sociétés, l’impact de nou­veautés tech­no­lo­giques demande de faire appel à un ensemble impor­tant de para­mètres inter­dé­pen­dants. La pré­sen­ta­tion tex­tuelle de ces données ne permet plus guère de per­ce­voir les phé­no­mènes qu’elles décrivent et une impor­tance nou­velle investit l’art de la visua­li­sa­tion. The Art of Complex Pro­blems Solving est à ce titre auto-référentiel.

Quelques sites méritent d’être référencés :

A tout sei­gneur tout honneur, Visual­com­plexity est le site de réfé­rence pour la modé­li­sa­tion des réseaux com­plexes : col­la­bo­ra­tion sur des projets cultu­rels, simi­la­rités cultu­relles sur base des achats, inter­dé­pen­dance des fac­teurs d’obésité ou encore une repré­sen­ta­tion de la blo­go­sphère de Sin­ga­pore. L’exemple ci-dessous illustre par exemple la bio­chimie du méta­bo­lisme humain.

Le blog Urban Car­to­graphy col­lecte des visua­li­sa­tions de sys­tèmes aussi variés que les rela­tions de Lou Bega ou les pro­ba­bi­lités des causes de décès (tiens, on a deux fois plus de chances de mourir d’un coup de feu que de se faire ren­verser par une voiture…) Les sources ne sont pas tou­jours clai­re­ment indi­quées, et la fia­bi­lité des données sujette à caution. Reste la qualité et la créa­ti­vité de cer­taines planches.

Stran­ge­maps est lui tota­le­ment dédié à la car­to­gra­phie illus­tra­tive, pro­po­sant des cartes géo­gra­phiques contem­po­raines ou non mettant en pers­pec­tive une pro­blé­ma­tique onto­lo­gique, sociale ou géo­po­li­tique. L’exemple suivant illustre le che­mi­ne­ment de Neil Amstrong sur la Lune com­pa­ra­ti­ve­ment à un terrain de football :

Gap­minder est un outil que j’affectionne tout par­ti­cu­liè­re­ment. Une cen­taine de données récentes (prin­ci­pa­le­ment éco­no­miques et démo­gra­phiques) en abcisse, et autant en ordon­nées. Comment se répar­tissent les espé­rances de vie en fonc­tion des revenus annuels? Dans quelle mesure les dépenses mili­taires sont-elles liées à l’analphabétisme? Vous sélec­tionnez et vous ana­lysez. Dif­fi­cile de faire mieux en matière d’interactivité et de clarté.

Et puis, il y a Indexed, le blog de Jessica Hagy, qui décrit la vie, l’univers et le reste au moyen de petits dia­grammes de Venn. Je crois que Jessica com­prend tout. Et moi-même, j’y vois désor­mais un peu plus clair…

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Le centre d’un cercle est le point équi­dis­tant aux points de sa cir­con­fé­rence. Cette simple défi­ni­tion dépend des symé­tries par­ti­cu­lières du cercle. Si l’on consi­dère une figure aussi simple que le tri­angle, ce ne sont pas moins de 3.000 points qui peuvent être qua­li­fiés de centres (centre de gravité, ortho­centre, centre du cercle inscrit…)

Attachons-nous au centre de gravité. C’est le point pour lequel la somme des dis­tances qui le séparent des autres points de l’objet est mini­male. Pour connaître le centre (de gravité) d’un pays, il suffit ainsi d’en découper la fron­tière dans une plan­chette de bois et de faire tenir cet objet en équi­libre sur un doigt. Le doigt pointe alors sur le centre du pays.

Cette défi­ni­tion peut s’appliquer à tout réseau pour autant que la notion de dis­tance soit définie comme le nombre d’intermédiaires néces­saires pour en relier deux élé­ments. C’est le prin­cipe du nombre d’Erdös [1] ou de celui de Bacon [2].

Dès 1929, l’écrivain Frigyes Karinthy imagina le concept des Six degrés de sépa­ra­tion, selon lequel toute per­sonne sur le globe peut être reliée à toute autre par une chaîne de six maillons de rela­tions indi­vi­duelles au maximum. Stanley Milgram étudia cette thèse dans son Étude du petit monde qui constitue un fon­de­ment capital pour l’analyse des réseaux sociaux. Face­Book, Wiki­pedia et le P2P reposent en grande partie sur ces fon­da­tions. L’une des consé­quences avérées est que c’est la soli­dité des liens faibles qui donne aux réseaux sociaux leurs cohérences.

C’est sur ces bases que Stephen Dohan s’est posée une ques­tion toute simple : quel est le centre de Wiki­pedia? Autre­ment dit, quel est l’article le plus proche de tous les autres, celui qui mini­mi­sera le nombre de clics à effec­tuer pour atteindre un article arbitraire?

La réponse est «  2007 ″, éloi­gnée en moyenne des autres articles de 3,65 clics. Mais cette page est tri­viale car il s’agit en fait d’une longue liste. En ne consi­dé­rant que les articles, le centre de Wiki­pedia est «  United Kingdom  », moyen­ne­ment dis­tante des autres de 3,67 clics. Il est suivi de «  Billie Jean King  » (3,68 clics) et de «  United States  » (3,69 clics).

Le Royaume Uni et les États-Unis ne sur­prennent guère… mais qui est donc Billie Jean King? Une ancienne joueuse de tennis à la bio­gra­phie par­ti­cu­liè­re­ment détaillée. Se trouver au centre faci­lite les contacts mais ne les stimule pas.

avk

Notes

[1] Le nombre d’Erdös d’un mathé­ma­ti­cien peut être défini de la façon suivante:

  • Le nombre d’Erdős de Paul Erdős vaut zéro ;
  • le nombre d’Erdős d’un mathé­ma­ti­cien M est le plus petit nombre d’Erdős de tous les mathé­ma­ti­ciens avec qui M a cosigné un article mathé­ma­tique, plus un (si M a un nombre de Erdős qui vaut 1, cela signifie qu’il a écrit un article avec Erdős) ;
  • si M n’a cosigné aucun article avec ces mathé­ma­ti­ciens, il a par défi­ni­tion un nombre d’Erdős infini.

[2] Le nombre de (Kevin) Bacon est au cinéma ce que le nombre d’Erdös est aux mathé­ma­tiques. Ronald Reagan a un nombre de Bacon de 2 : Il a tourné en 61 The Young Doctors avec l’acteur Eddie Albert, lequel a joué dans The Big Picture avec Kevin Bacon.

Réfé­rences

Dolan, Stephen. The Six Degrees of Wiki­pedia.

Gra­no­vetter, Mark. The Strength of Weak Ties; Ame­rican Journal of Socio­logy, Vol. 78, No. 6., May 1973, pp 1360–1380

Milgram, Stanley and J. Travers. An Expe­ri­mental Study of the Small World Problem , Socio­metry, 1969, Vol. 32, No. 4. (1), pp. 425–443.

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I. SUBJECTIVISMES ETC.
où la seule chose qui compte fina­le­ment, c’est d’imposer ses idées…

I1. Sub­jec­ti­visme

L’exemple parfait du sub­jec­ti­visme est incarné par Martin Luther King lorsqu’il s’écrie : « Nous tenons ces vérités pour évi­dentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pour­rait s’écrier tout aussi sub­jec­ti­ve­ment : « Nous tenons ces vérités pour évi­dentes par elles-mêmes que cer­taines races sont supé­rieurs à d’autres. »

Bref, le sub­jec­ti­visme est désar­mant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les per­sonnes dénuées de tout esprit critique.

Deux sub­jec­ti­vismes par­ti­cu­liers ont été définis : celui du psy­cho­logue (Psychologist’s fallacy) et celui de l’historien (Historian’s fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un sti­mulus de la même façon que l’observateur : « Il sur­sau­tera dès que l’image du serpent apparaîtra. »

Le sub­jec­ti­visme de l’historien est ana­logue. Il consiste à penser que les déci­deurs du passé dis­po­saient des mêmes infor­ma­tions et de la même pers­pec­tive que l’historien actuel : « Napo­léon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le sub­jec­ti­visme de l’historien est proche du déter­mi­nisme rétros­pectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.

I2. Appel à l’ignorance (Argu­mentum ad ignorantiam)

Ici, le sub­jec­ti­visme s’engouffre dans l’impossibilité que l’on a de déter­miner une valeur de cré­di­bi­lité aux prémisses.

« Ce n’était ni un avion ni un héli­co­ptère, c’était donc une sou­coupe volante! »

I3. Raison par forfait (Argu­mentum ad nauseam, Argu­mentum verbosium)

Au manque de réfé­rences de l’appel à l’ignorance s’oppose la masse impra­ti­cable de réfé­rences de la raison par forfait :

« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l’intégralité des tra­duc­tions des oeuvres de Sha­kes­peare et leurs variantes dans leurs édi­tions successives. »

I4. Argu­mentum a silentio

L’argumentum a silencio consiste à déduire l’ignorance d’une per­sonne de son silence. C’est très tentant, je sais…

« Comment s’appelle l’oiseleur de la Flûte enchantée?
– Je le sais mais je ne veux pas le dire.
– Tu ne le sais pas, tout simplement! »

I5. Argu­mentum ad logicam

Argu­ment affir­mant que si un argu­ment est fal­la­cieux, sa conclu­sion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affir­ma­tions de la Bible. C’est bien la preuve de Dieu n’existe pas! »

I6. Pensée magique

La simple volonté prend ici valeur de pré­misse. Ici, l’argumentation n’offre guère de prise à une réfu­ta­tion utile. Nous sommes proches de la prière…

« Je n’ai jamais eu d’accident mortel, ce n’est pas ce soir que j’en aurai un! »

I7. Plurium interrogationum

Il s’agit d’une ques­tion chargée de pré­misses non démon­trées, ou orien­tant la réponse. La seule façon de s’en sortir est de reca­drer la question.

« Frappez-vous encore votre femme? »

I8. Cari­ca­ture (Strawman)

Trom­perie fondée sur une repré­sen­ta­tion déformée de l’argument de l’adversaire.

« - J’estime que la nudité pour­rait être auto­risée sur cette plage.
– Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d’orgie. »

I9. L’Homme masqué (Masked man fallacy)

L’utilisation de dési­gna­teurs dis­tincts dans une struc­ture logique par­faite peut mener à une erreur lorsqu’ils recouvrent un seul et même objet.

« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n’est pas mon père. »

I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)

Cette trom­perie se rap­proche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l’exposé d’une autre.

« Mais vous mentez!?
– Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »

I11. Appel à la modé­ra­tion (Argu­mentum ad temperantiam)

Cette erreur consiste à consi­dérer que la vérité doit se situer entre deux posi­tions opposées.

« Dix mille mani­fes­tants selon la police, 30.000 selon les orga­ni­sa­teurs… nous pouvons rai­son­na­ble­ment penser qu’ils étaient grosso-modo 20.000 à s’être déplacés. »

I12. Mani­pu­la­tion des probabilités

« Il y a une chance sur mille qu’une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu’il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »

I13. Biais de la solu­tion par­faite (Nirvana fallacy, Perfect solu­tion fallacy)

Rejet d’une solu­tion au seul motif qu’elle n’est pas parfaite.

« Les pré­ser­va­tifs sont à éviter : il arrive que cer­tains se déchirent. »

I14. Effets de manches (Style over sub­stance fallacy)

« Parce que j’aime autant vous dire que pour moi, Mon­sieur Eric, avec ses cos­tumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de man­chette en simili et ses pompes à l’italienne fabri­quées à Gre­noble, eh ben, c’est rien qu’un demi-sel. Et là, je parle juste ques­tion pré­sen­ta­tion, parce que si je voulais me lancer dans la psy­cha­na­lyse, j’ajouterais que c’est le roi des cons… » (Audiard, Le Cave se rebiffe)

I15. Faux dilemme

Limiter les solu­tions pos­sibles à une alter­na­tive arbitraire.

« Alors, fina­le­ment, vous êtes pour ou contre les légumes? »

I16. Fausse corrélation

« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favo­rise donc la calvitie. »

I17. Non Sequitur

« Il fait beau aujourd’hui. Il pleuvra donc demain. »

I18. Néga­tion de la preuve

« Il n’est pas mort parce que je l’ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu’il a touché le sol! »

I19. Trai­te­ment spécial (Special Pleading)

Appli­quer à un échan­tillon des règles dif­fé­rentes de celles qui s’appliquent à la popu­la­tion géné­rale, sans jus­ti­fi­ca­tion adéquate.

« Je trouve normal que chacun soit res­pon­sable des dégâts qu’il commet, et je recon­nais avoir cassé la voiture de mon voisin. Tou­te­fois, j’espère que vous ne me deman­derez pas de financer les réparations. »

I20. L’effet Eliza

Ce biais de rai­son­ne­ment consiste à donner à un énoncé plus de sens qu’il n’en a vrai­ment. Eliza est un logi­ciel algo­rith­mique simu­lant une conver­sa­tion avec un psychiatre.

Eliza : Comment vas-tu aujourd’hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sen­ti­ment.
Humain : Je crois qu’il n’y a que toi qui me comprenne.

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

www​.nizkor​.org

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H. ERREURS DE LOGIQUE
où l’on se perd dans la pure logique…

H1. Affir­ma­tion d’une disjonction

Erreur de logique pro­po­si­tion­nelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.

« J’ai entendu qu’il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)

H2. Affir­ma­tion du conséquent

Erreur de logique pro­po­si­tion­nelle : estimer que si B est une consé­quence de A, il ne peut être qu’une consé­quence de A.

« Si j’ai une grippe, je serai fié­vreux. Comme j’ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »

H3. Néga­tion de l’antécédent

Erreur de logique pro­po­si­tion­nelle : estimer que si B est une consé­quence de A, l’absence de A implique l’absence de B.

« Si j’ai une grippe, je serai fié­vreux. Comme je n’ai pas de grippe, ce ther­mo­mètre se trompe. »

H4. Erreur existentielle

Erreur de quan­ti­fi­ca­teur : dans un syl­lo­gisme, une pré­misse manque pour aboutir à la conclusion.

« Les licornes sont des animaux, donc cer­tains animaux sont des licornes. »

(Dans le cadre d’un syl­lo­gisme caté­go­rique, on parlera de Fallacy of the undis­tri­buted middle)

H5. Conver­sion illicite

Erreur de quan­ti­fi­ca­teur : estimer que si un argu­ment est vrai, son inverse l’est aussi.

« Tous les carrés sont des rec­tangles, et vice-versa. »

H6. Quan­ti­fier shift

Réso­lu­tion fautive des quantificateurs

« Chaque per­sonne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »

H7. Qua­ternio ter­mi­norum (Fallacy of four terms)

L’erreur se glisse lorsqu’un qua­trième terme appa­raît subrep­ti­ce­ment dans un syl­lo­gisme qui doit en com­porter trois.

« Les phi­lo­sophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

H8. Conclu­sion affir­ma­tive d’une pré­misse négative

Lorsqu’un syl­lo­gisme caté­go­rique mène à une conclu­sion posi­tive après une ou deux pré­misses négatives.

« Aucun homme n’est un poisson, aucun poisson n’est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »


H9. Pré­misse majeure illicite

Le terme majeur n’est pas dis­tri­buée dans la pré­misse majeure.

« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n’est un homme. Donc, aucune licorne n’est mortelle. »

H10. Pré­misse mineure illicite

Le terme mineur n’est pas dis­tribué dans la pré­misse mineure.

« Tous les hommes sont des pri­mates, tous les hommes sont des mam­mi­fères. Donc, tous les mam­mi­fères sont des primates. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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G. GÉNÉRALISATIONS INVALIDES
où l’on a tout de suite tout compris…

G1. Géné­ra­li­sa­tion hâtive (Secundum quid)

« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »

G2. Géné­ra­li­sa­tion exces­sive (A dicto simpliciter)

Cette erreur consiste à négliger l’exception.

« Enfoncer un couteau dans le ventre d’une per­sonne est un crime. Les chi­rur­giens le font. Ce sont donc des criminels. »

G3. Géné­ra­li­sa­tion exces­sive (Ad dictum simpliciter)

À l’inverse, ici l’exception est consi­dérée pour uni­ver­sa­liser une posi­tion par­ti­cu­lière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.

« Fumer n’est pas dan­ge­reux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort cen­te­naire d’un acci­dent de skate-board. »

G4. Biais de repré­sen­ta­ti­vité (Conjunc­tion fallacy)

Consister à fonder son juge­ment sur un échan­tillon biaisé, non repré­sen­tatif de la population.

« Depuis mon com­par­ti­ment de train, j’ai pu constater sur un échan­tillon de 70 pas­sages à niveau que tous sans excep­tion ont leurs bar­rières fermées. »

G5. Mani­pu­la­tion des statistiques

« La majo­rité des humains sont des femmes.
La majo­rité des femmes ont les cheveux noirs.
La majo­rité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »

G6. Spot­light fallacy

Il s’agit d’une mani­pu­la­tion des sta­tis­tiques consis­tant à pré­sup­poser que l’échantillon consi­déré recouvre l’ensemble de la population.

« Toute femme sait ce qu’accoucher veut dire. »

G7. Thought-terminating cliché

En fran­çais dans le texte. Ce terme proposé par le psy­chiatre Robert Jay Lifton désigne des for­mules des­ti­nées à bloquer la réfexion. Il s’agit clai­re­ment de mani­pu­la­tion (éven­tuel­le­ment incons­ciente) et s’utilise afin de sou­mettre une com­mu­nauté à un dogme. C’est l’une des tech­niques uti­li­sées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la dis­so­nance cog­ni­tive. Ce dogme peut être consi­déré comme la pro­po­si­tion et le Thought-terminating cliché comme une géné­ra­li­sa­tion inva­lide puisque la réflexion qui per­met­trait d’arriver à toute autre conclu­sion est étouffée dans l’oeuf. Les réfé­rences sys­té­ma­tiques au popu­lisme ou au nazisme (loi de Godwin) pro­cèdent du même ordre. La Nov­langue d’Orwell (1984) est fondée sur ce prin­cipe. (La formule uti­lisée peut en outre générer un second rai­son­ne­ment falacieux.)

« Insha’Allah »
« On n’a pas tou­jours ce que l’on veut. »

G8. Mis­lea­ding vividness

Cette erreur consiste à favo­riser la géné­ra­li­sa­tion d’un cas isolé en l’entourant d’images frappantes.

« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suf­fo­quait, pleu­rait et, en se levant, il a ren­versé l’aquarium sur la télé­vi­sion qui a implosé. Depuis, il n’est plus tout à fait le même. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

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F. DIGRESSIONS (RED HERRING)
où l’on s’égare sur les petits chemins de traverse…

Une digres­sion est un argu­ment détour­nant la dis­cus­sion du point ori­ginal. Ici encore, cette classe est com­bi­nable avec d’autres, notam­ment avec les trom­pe­ries ad hominem ou les argu­ments d’autorité.

F1. La Charge de la preuve (Burden of proof)

Un niveau de rigueur est néces­saire afin de démon­trer un argu­ment. Le rai­son­ne­ment fal­la­cieux consiste à pré­tendre abu­si­ve­ment que ce niveau n’est pas atteint et à déplacer la dis­cus­sion sur ce terrain.

F2. Ren­ver­se­ment de la charge de la preuve (Nega­tive proof fallacy)

Cette erreur repose sur la dif­fi­culté qu’il y a à savoir qui doit apporter la preuve d’une affir­ma­tion. Plu­sieurs cas peuvent se pré­senter. Lorsque le cadre rhé­to­rique est déter­miné par des règles, il faut s’y conformer (par­le­ment, procès, ins­truc­tion judi­ciaire…). Lorsque la logique seule doit s’appliquer, la pro­po­si­tion de Carl Sagan est la meilleure voie à suivre : « Des affir­ma­tions extra­or­di­naires néces­sitent des preuves extraordinaires. »

Dans un cadre stric­te­ment scien­ti­fique, Karl Popper a démontré qu’une affir­ma­tion peut être qua­li­fiée de scien­ti­fique à la condi­tion d’être réfu­table, c’est-à-dire s’il est pos­sible de consi­gner une obser­va­tion ou de mener une expé­rience qui démontre que l’affirmation est fausse.

« Prouvez-moi que le Monstre du Loch Ness n’existe pas! »

F3. Fausse objection

« Il faut que j’en parle à ma femme… »

F4. Argu­mentum ad lapidem

Consi­dérer un argu­ment comme absurde sans aucun argu­ment logique.

« C’est mon ami : il ne ferai jamais une chose pareille! »

F5. Hausser la barre (Moving the goal post)

Aug­menter en cours d’argumentation les exi­gences néces­saires à la vali­da­tion de la conclusion.

« Il me faut un disque dur de 500 Go.
– Celui-ci a une capa­cité de 750 Go.
– Oui, mais il est cher. »

F6. Sno­bisme chro­no­lo­gique (Chro­no­lo­gical snobbery)

Arguer qu’un argu­ment est faux en vertu du fait qu’un autre argu­ment de la même époque s’est révélé faux lui aussi.

« Vous me dites que la Terre est ronde, mais cette théorie s’est déve­loppée à une époque où l’on croyait à la géné­ra­tion spontanée! »

F7. La fausse piste

Intro­duire un élément tota­le­ment étranger à la discussion.

« Peu avant l’accident, j’ai remarqué que le vent se levait. »

F8. Asteraz fallacy

Affirmer qu’une pré­misse est exacte parce qu’une autre pré­misse l’est.

« Comme vous le savez, 2 x 2 = 4. De même 87 x 93 = 8.000. En consé­quence, la somme des deux fait 8.004 »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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E. APPELS A L’ÉMOTION
où l’émotion prévaut sur la raison…

L’appel à l’émotion tente de cré­di­bi­liser une pro­po­si­tion sur base des émo­tions qu’elle suscite. C’est l’un des prin­ci­paux rai­son­ne­ments fal­la­cieux. Tout d’abord parce qu’elles offrent une arti­cu­la­tion facile du dis­cours rai­sonné à l’expression des sen­ti­ments bruts. Ensuite parce qu’il peut prendre de nom­breuses formes.

Elles sont plus déli­cates à décons­truire car les inva­lider est souvent pris comme une défiance non seule­ment au rai­son­ne­ment inva­lide, mais aussi à l’émotion qui le sous-tend.


E1. Appel aux consé­quences (Argu­mentum ad consequentiam)

Cette erreur de rai­son­ne­ment est cou­rante et parfois dif­fi­cile à iden­ti­fier. Elle consiste à valider une pro­po­si­tion en fonc­tion du désa­gré­ment que son infir­ma­tion pour­rait apporter.

« Dieu existe : tant de gens on éprouvent la pré­sence » peut se déployer de la façon sui­vante : « Tant de gens sentent que Dieu existe et intègre cette impres­sion à leur façon de vivre qu’il serait dommage que ce ne soit pas le cas : Dieu existe. »

Le méca­nisme est assez proche de la dis­so­nance cog­ni­tive par laquelle on est amené à estimer bons les choix coûteux que l’on fait. Si l’on paye cher une voiture d’occasion qui s’avère désas­treuse, s’avouer que l’on s’est trompé ajoute un constat pénible à la déception :

« Non seule­ment c’est une épave, mais je suis en plus un fameux imbécile! »

E2. Le doigt dans l’engrenage (Sunk cost fallacy)

Enchaî­ne­ment de petites com­pro­mis­sions logiques. La pre­mière ne semble pas porter à consé­quence pour l’interlocuteur, mais les sui­vantes ont des impli­ca­tions de plus en plus grandes qu’il est amené à accepter s’il ne veut pas admettre qu’il a eu tort d’accepter la première.

Deux groupes d’étudiants fumeurs. On demande au premier d’arrêter de fumer durant une semaine. On demande au second d’arrêter de fumer un jour et, à la fin de la journée, on leur demande de pro­longer l’expérience de six jours. Le taux d’acceptation sera supé­rieur dans le second groupe.

E3. Appel à la terreur (Argu­mentum ad metum)

« La lutte contre le ter­ro­risme implique la sup­pres­sion de cer­taines libertés civiles. »

E4. La raison du plus fort (Argu­mentum ad baculum)

Cet argu­ment est géné­ra­le­ment classé dans les appels à l’autorité. Pour­tant c’est plus à l’émotion qu’il s’adresse de par les menaces qu’il dégage.

« La ligne du Parti est la bonne, et le Goulag attend ceux qui en doutent. »

E5. Appel à la flatterie

« … parce que vous le valez bien!  »

E6. Appel au ridicule

« Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous des­cendez du singe?  » (l’évêque d’Oxford à Th. Huxley qui défen­dait le darwinisme)

E7. Appel à la haine (Argu­mentum ad odium)

« Ce n’est qu’en votant pour moi que vous aurez une chance de vous débar­rasser de ces étrangers. »

E8. Appel à la pitié (argu­mentum ad misericordiam)

« Je roulais trop vite Mon­sieur l’agent, mais c’était pour être plus vite auprès de mon pauvre papa mourant. »

E9. Appel à la fierté (Argu­mentum ad Superbium)

« Seuls les esprits éclairés pour­ront com­prendre notre action… »

E9. Pré­parer le terrain (Poi­so­ning the well)

Où l’on pré­sente l’information de telle sorte que l’interlocuteur sera plus gêné avec une réponse qu’avec une autre.

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

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D. ARGUMENTS AD HOMINEM (Argu­mentum ad hominem)
où les défauts de l’auteur sont évoqués…

Les argu­ments ad hominem n’appartiennent pas à pro­pre­ment parler aux appels à l’autorité mais ils pro­cèdent d’un méca­nisme simi­laire, géné­ra­le­ment uti­lisés pour dis­cré­diter une pro­po­si­tion. Au lieu d’attaquer la pro­po­si­tion, ils attaquent la per­sonne qui le défend. Cer­tains appels à l’autorité par­fai­te­ment symé­triques sont d’ailleurs parfois classés dans cette caté­gorie (argu­mentum ad cru­menam p. ex. selon lequel le riche fait auto­rité sur le pauvre).

D1. Argu­mentum ad personam

La per­son­na­lité de l’auteur dis­cré­dite son propos.

« Et c’est cette canaille qui vou­drait nous faire croire que la Terre est ronde! »

D2. Argu­mentum ad hominem circumstantae

« Il prétend que Dieu n’existe pas, mais il a fait de la prison! »

D3. Appel aux moti­va­tions (Appeal to motive)

Où une pré­misse est inva­lidée sur base des moti­va­tions du locuteur.

« Il a voté ainsi parce que sa femme en pro­fi­tera indirectement. »

D4. Tu quoque

L’argument Tu quoque consiste à dis­cré­diter une pro­po­si­tion parce que son auteur lui-même a agi en contra­dic­tion avec elle.

« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rous­seau peut écrire sur l’éducation des enfants alors qu’il a aban­donné les siens ? » (Voltaire)

Une autre forme du Tu quoque consiste à démon­trer son inno­cence par le seul fait de la culpa­bi­lité de son adversaire :

« Ah! Vous voyez bien qui de nous deux est le menteur! » (lorsque l’adversaire vient d’être pris en fla­grant délit)

D5. Culpa­bi­lité par association

Décré­di­bi­liser une per­sonne parce que sa pro­po­si­tion est simi­laire à celle d’une per­sonne ou d’un groupe dis­cré­dité, et ainsi dis­cré­diter la pro­po­si­tion elle-même.

« Vous dites que les pauvres meurent de faim. C’est un argu­ment de com­mu­niste. Vous ne vous attendez pas à ce que l’on prête atten­tion aux propos d’un communiste?! »

« Vous êtes végé­ta­rien? Hitler l’était aussi…! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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C. APPELS A L’AUTORITÉ
où les qua­lités de l’auteur entrent en jeu…

Les appels à l’autorité sont les argu­ments fal­la­cieux les plus visibles et les plus simples à démonter : il suffit de mettre en doute que l’élément qui donne auto­rité donne aussi une connais­sance infaillible sur le sujet traité.

Un effet pervers est que, par une sorte de rela­ti­visme absolu, les appels légi­times à l’autorité sont régu­liè­re­ment dénoncés comme abusifs : « Je ne recon­nais pas de légi­ti­mité à cette cour de justice. »

L’appel à l’autorité n’est un argu­ment fal­la­cieux que lorsque les cri­tères de cré­di­bi­lité concer­nant l’énoncé ne sont pas rassemblés.

C1. Argu­ment d’autorité (Argu­mentum ad verecundiam)

« C’est vrai­ment le corps du Christ : c’est Mon­sieur le curé qui l’a dit! »

C2. La raison du plus riche (Argu­mentum ad crumenam)

« Ce n’est tout de même pas ce clo­chard qui va me dire comment mener ma vie!? »

C3. La raison du plus pauvre (Argu­mentum ad lazarum)

« Pour nous, un euro, c’est un euro. Nous connais­sons la valeur des choses. Alors, quand on vous dit que le capi­ta­lisme est le pire des modèles, nous savons de quoi nous parlons. »

C4. La loi du nombre (Argu­mentum ad populum)

« L’astrologie existe dans toutes les civi­li­sa­tions. Elle est donc fondée. »

C5. Appel à la tra­di­tion (Argu­mentum ad antiquitatem)

« Avant l’électricité, les gens se débrouillaient très bien. L’électricité est donc superflue. »

C6. Appel à la nou­veauté (Argu­mentum ad novitatem)

« Tu devrais essayer : c’est tout nouveau! »

C7. Appel à la nature (Natu­ra­listic fallacy)

« Cela ne peut pas vous faire de mal : c’est 100% naturel! »

C8. L’honneur par association

« Je ne suis pas un imbé­cile, puisque je suis doua­nier. » (Fernand Raynaud)

C9. La vérité pure et simple (Bare asser­tion fallacy)

Le degré zéro de l’argument d’autorité puisque tout locu­teur fait auto­rité pour autant qu’il affirme que ce qu’il dit est vrai.

« La lune est en fromage blanc.
– Non!?
– Si-si, c’est vrai!
– Ah ben ça alors! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

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B. CAUSALITÉ DISCUTABLE (NON CAUSA PRO CAUSA)
où l’on fait passer pour cer­taine une cause incor­recte ou douteuse…


B1. Conclu­sion hors de propos (Igno­ratio elenchi)

Selon Aris­tote, l’Ignoratio elenchi recouvre l’ensemble des rai­son­ne­ments fal­la­cieux. Dans son accep­tion contem­po­raine tou­te­fois, il désigne l’absence totale de lien entre une pré­misse et une conclusion.

Lors d’un concours de piano : « Le can­didat suivant est un si gentil garçon. Il mérite vrai­ment de gagner. »

B2. Post hoc ergo propter hoc

Confu­sion entre syn­chro­ni­cité et causalité.

« Tu m’as appelé alors que je pensais jus­te­ment à toi : c’est très fort, ce qu’il y a entre nous! »

Cette confu­sion touche de près au sub­jec­ti­visme, à celui de l’historien par exemple : « Par ce dis­cours, César scella son destin et celui de Rome. »

B3. Cum hoc ergo propter hoc

Confu­sion entre cor­ré­la­tion et causalité.

« Les courbes démontrent que les ventes de glace sont liées aux ventes de maillots. »

B4. Sim­pli­fi­ca­tion excessive

Le fait de négliger la mul­ti­pli­cité des causes d’un problème.

« Encore une tuerie! Quand donc interdira-t-on les jeux vidéos?! »


B5. Ren­ver­se­ment de la cau­sa­lité (Wrong direction)

« Les malades n’ayant pas de poux, ceux-ci sont béné­fiques pour la santé. » (croyance médiévale)

B6. Com­pa­raison incomplète

Ne précise pas l’élément de com­pa­raison (très courant en publicité).

« Cette lessive est un peu plus chère mais bien meilleure. »

B7. Com­pa­raison inconsistante

Compare dif­fé­rents élé­ments d’un produit à ceux de dif­fé­rents pro­duits (très courant aussi en publicité).

« Cette voiture est moins chère qu’une Ferrari, plus rapide qu’une De Dion-Bouton et plus sexy qu’une Traban. »

B8. Fausse ana­logie (Com­parer des poires et des oranges, False analogy)

Un rai­son­ne­ment repo­sant sur une ana­logie n’est valide que si l’analogie est pertinente.

L’exemple suivant est une fausse ana­logie repo­sant sur une équi­vo­ca­tion puisque le mot horloge revêt à la fois une accep­tion pre­mière (avec hor­loger) et méta­pho­rique (avec univers).

« L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer // Que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. » (Vol­taire, Les Cabales)


B9. Regres­sion fallacy

Jus­ti­fi­ca­tion d’un argu­ment par des fluc­tua­tions indépendantes.

« J’étais si fatigué hier. Ce matin, j’ai mangé un oeuf et j’étais en pleine forme toute la journée. »


B10. Monte-Carlo (Gambler’s fallacy)

Croyance que la pro­ba­bi­lité d’un évé­ne­ment aléa­toire est influencée par ses occur­rences précédentes.

« Le 7 sort beau­coup ce soir. Mise tout dessus! »


B11. Monte-Carlo inverse (Inverse gambler’s fallacy)

Croyance qu’un évé­ne­ment de faible pro­ba­bi­lité ne peut appa­raître qu’après de nom­breux essais préalables.

« Il a fait un double six au premier lancer : ses dés doivent être truqués! »


B12. La théorie des dominos (Slip­pery slope)

Cette trom­perie consiste à pré­tendre qu’un argu­ment doit être refusé car il mène­rait pro­gres­si­ve­ment à une catastrophe.

« Si vous auto­risez le port du jeans à l’école, le signal sera donné que nous assou­plis­sons les règles, les élèves man­ge­rons en classe, télé­pho­ne­ront, arri­ve­rons en retard, les pro­fes­seurs seront démo­tivés, l’école deviendra un lieu de débauche et de vio­lence, le savoir ne sera plus transmis et ce sera la fin de la civilisation. »

Il est inté­res­sant de constater que si un rai­son­ne­ment fal­la­cieux de ce type est régu­liè­re­ment adopté par une société dont il devient une réfé­rence éthique : c’est le prin­cipe de précaution.


B13. L’erreur du Conti­nuum (Fallacy of the beard)

Cette erreur repose sur les fron­tières floues de cer­tains concepts. Elle a été mise en évi­dence dans le premier para­doxe sorite :

Un grain de sable ne constitue pas un tas.
L’ajout d’un grain ne fait pas d’un non-tas un tas.
A l’inverse, un tas de sable auquel on enlève un grain reste un tas.
La sous­trac­tion d’un grain ne fait jamais d’un tas un non-tas.
Il n’existe donc pas de nombre n tel que n soit un non-tas et n+1 soit un tas.
On ne peut donc pas créer de tas de sable en accu­mu­lant des grains de sables.

B14. Cause ani­miste (Ani­mistic fallacy)

La cause ani­miste affirme que le hasard ne peut expli­quer des évé­ne­ments de faibles probabilité.

« Regardez la com­plexité d’une cellule, d’un oeil, de l’univers. Comment mieux démon­trer l’existence d’un Créateur? »

L’objection de Hoyle est un cas par­ti­cu­lier de la cause ani­miste. Fred Hoyle esti­mait que la pro­ba­bi­lité d’obtenir par la chance seule­ment une séquence fonc­tion­nelle d’acides aminés était simi­laire à celle qu’un ouragan pouvait avoir d’assembler un Boeing 747 au moyen des débris trouvés sur son passage. Le carac­tère fal­la­cieux de cet argu­ment a été démontré par Richard Dawkins. Il ali­mente tou­jours de nom­breux dis­cours créationnistes.


B15. Le Tireur d’élite texan (Texas sharp­shooter fallacy)

Le Tireur d’élite texan est une trom­perie qui consiste à inter­préter ou mani­puler des données non rele­vantes de façon à les faire entrer dans l’argumentation. Le nom se réfère à une his­toire où un indi­vidu a peint des cercles concen­triques autour d’un impact de balle pour afin de se pré­senter comme tireur d’élite.

« Cet homme a gagné le gros lot. Incroyable! Il y avait une chance sur un million. » (En fait, quelqu’un allait gagner le gros lot. Prévoir le gagnant a priori aurait été très peu pro­bable. Constater qu’il y en a un a pos­te­riori est abso­lu­ment normal.)


B16. Péti­tion de prin­cipe (Petitio prin­cipii, Begging the question)

La pro­po­si­tion est démon­trée impli­ci­te­ment dans les prémisses.

« Dieu possède toutes les per­fec­tions ; or l’existence est une per­fec­tion, donc Dieu existe. » (Des­cartes, Médi­ta­tions métaphysiques).

B17. Argu­ment de la néces­sité (Fallacy of necessity)

Où, sous le couvert d’un syl­lo­gisme, on applique à la conclu­sion le degré de néces­sité de l’une des prémisses.

« Je touche une allo­ca­tion parce que je suis malade. Or, j’ai besoin d’argent. Je ne peux donc pas guérir. » (La néces­sité de la pre­mière pré­misse ne peut être appli­quée à la conclu­sion puisque la gué­rison me per­mettra de gagner de l’argent en retravaillant.)

B18. Argu­ment de l’homoncule

Où une entité est sug­gérée afin d’éviter une régres­sion infinie… Ce type de rai­son­ne­ment fal­la­cieux a été mis en évi­dence par Daniel Dennett (Conscious­ness Explained) dans son modèle du théâtre car­té­sien : Des­cartes affir­mait que la conscience impli­quait une âme imma­té­rielle qui obser­vait la repré­sen­ta­tion cer­vi­cale du monde, comme un spec­ta­teur au théâtre.

B19. Argu­ment circulaire

L’argument cir­cu­laire est un type par­ti­cu­lier de péti­tion de prin­cipe, par­ti­cu­liè­re­ment utilisé en théologie.

« Mon frère n’aime pas les épi­nards // Et c’est heureux pour mon frère car // S’il les aimait, il en man­ge­rait // Or il ne peut les sup­porter » [Nino Ferrer, Madame Robert]

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Scho­pen­hauer, Arthur. The Art of Controversy

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Pra­ti­quer la mau­vaise foi est un art et une science qui dispose d’une large palette d’outils. Les anglais leurs donnent le nom de fallacy qui ne possède pas d’homologue dans notre langue. Fal­lacie serait pour­tant un joli mot mais nous n’avons que l’adjectif « fal­la­cieux » à notre disposition.

Un rai­son­ne­ment est un méca­nisme per­met­tant de savoir si une pro­po­si­tion est vraie ou fausse. Le rai­son­ne­ment s’appuie sur des pro­po­si­tions de départ dont la valeur de vérité est connue (les pré­misses) et sur un ensemble de rela­tions logiques (les inférences).

Un exemple type est le fameux syllogisme :

A. Tous les hommes sont mortels. (pré­misse majeure)
B. Socrate est un homme. (pré­misse mineure)
C. Socrate est donc mortel. (conclusion)

Les deux pré­misses étant vraies et l’inférence valide, la conclu­sion est avérée.

Un rai­son­ne­ment fal­la­cieux est un argu­ment qui mène de façon inva­lide à une conclusion :

A. Ce qui est rare est cher.
B. Un cheval bon marché est rare.
C. Un cheval bon marché est donc cher.

Un rai­son­ne­ment fal­la­cieux peut tou­te­fois mener à une conclu­sion exacte, mais qui restera non démontrée :

A. Socrate n’est pas tous les hommes.
B. Tous les hommes ne sont pas immor­tels.
C. Socrate est donc mortel.

Les rai­son­ne­ments fal­la­cieux sont à la fois fas­ci­nants et aga­çants puisqu’ils nous mettent face à face avec nos propres limites de rai­son­ne­ments. Quoi de plus hor­ri­pi­lant que de se trouver face à quelqu’un de mau­vaise foi, qui déploie une rhé­to­rique retorse que l’on est bien inca­pable d’invalider. Soit on aban­donne de guerre lasse, soit on se sur­prend à adopter soi-même une argu­men­ta­tion inva­lide mais alors… à quoi joue-t-on?

Le fait est que nous sommes souvent bien dépourvus. L’orthographe et la gram­maire s’apprennent dès le plus jeune âge. Pour les tech­niques de rai­son­ne­ment, chacun est laissé à lui-même comme s’il n’existait aucun savoir trans­mis­sible qui per­mette d’échanger des idées avec toutes les garan­ties d’une construc­tion solide. L’art de la rhé­to­rique et la science de la logique ont quitté les salles de classes.

Il y a pour­tant là sujet d’étude. Pour ce qui est des rai­son­ne­ments fal­la­cieux, Aris­tote, Scho­pen­hauer, John Stuart Mill ou David Kelley ont chacun entre­pris d’en dresser une taxo­nomie. Celles-ci sont diver­gentes et reposent la plupart sur une dis­tinc­tion préa­lable : le rai­son­ne­ment est-il fal­la­cieux dans sa forme ou non? L’opposition entre rai­son­ne­ments fal­la­cieux formels et infor­mels est ten­tante mais génère de nom­breuses incon­sis­tances. De par leur nature, les rai­son­ne­ments pervers jouent souvent sur les deux tableaux à la fois. L’on constate ainsi que les auteurs classent tantôt l’équivocation ou le rai­son­ne­ment cir­cu­laire dans l’une ou l’autre classe. Autre dicho­tomie ren­con­trée : la dis­tinc­tion repo­sant sur la bonne foi du locu­teur (para­lo­gisme) ou sa volonté de tromper (syl­lo­gisme). Force est de constater que les méca­nismes de trom­perie sont souvent indé­pen­dants de l’intention du locuteur.

La pré­sente ten­ta­tive de syn­thèse fait donc l’économie d’une dicho­tomie fon­da­men­tale et propose neuf classes prin­ci­pales. Mais l’objectif de cette petite étude est moins d’offrir une sys­té­ma­tique rigou­reuse que d’aider l’honnête homme à ne pas perdre pied lorsqu’il est confronté à lon­gueur de journée à des…

« Encore une tuerie! Quand donc interdira-t-on les jeux vidéos?! »

et autres…

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

On y va par étapes. Suivez le guide et faites atten­tion où vous mettez les pieds.

A. TROMPERIES VERBALES
où l’on joue sur les mots…

A1. Équi­vo­ca­tion

L’équivocation est une faute de rai­son­ne­ment à la fois for­melle et infor­melle, qui joue sur les accep­tions mul­tiples de termes uti­lisés. Par­ti­cu­liè­re­ment agaçant.

« Les ânes ont de longues oreilles. Benoît est un âne. Il a donc de longues oreilles. »

A2. Loki’s Wager

Consiste à décréter que, puisqu’un concept n’est pas clai­re­ment défini, il ne peut être discuté. C’est la forme la plus extrème de l’équivocation.

« Tu dis que tu es amou­reux alors que tu ne peux même pas définir le mot « amour »! »

L’argument selon lequel la nature d’une divi­nité ne peut être dis­cutée puisqu’elle dépasse notre enten­de­ment est un Loki’s wager.

A3. Amphi­bo­logie

L’amphibologie offre un carac­tère équi­voque com­pa­rable, mais fondé sur la struc­ture grammaticale.

« John apprit à Mary que sa mère était malade. » (La mère de qui?)

A4. Aucun bon Écos­sais (No true Scotsman)

Dans Thin­king about Thin­king, Antony Flew donne l’exemple suivant :

Argu­ment: « No Scotsman puts sugar on his por­ridge.« 
  Reply: « But my uncle Angus, who is a Scotsman, likes sugar with his por­ridge.« 
  Rebuttal: « Aye, but no true Scotsman puts sugar on his porridge. »

Cer­tains auteurs y voient un argu­ment cir­cu­laire, puisque cela sous-entend que la façon de déguster le por­ridge inter­vient dans la défi­ni­tion d’un « true Scotsman ». En ce sens, il s’agirait plutôt d’un argu­ment en spirale puisqu’il y a sur­en­chère sur l’authenticité de la qualité. (On imagine faci­le­ment la suite : « But Uncle Angus is a true Scotsman etc. »)

A5. Para­lo­gisme de com­po­si­tion (Fallacy of composition)

Cette erreur, parfois assi­milée à une géné­ra­li­sa­tion abusive, consiste à doter le tout de la pro­priété d’une partie.

« Qui sauve un homme sauve tous les hommes. »

A6. Para­lo­gisme de divi­sion (Fallacy of division)

À l’inverse, cette erreur consiste à attri­buer à un élément une pro­priété de l’ensemble auquel il appartient.

« Les Répu­bli­cains sont pour la peine de mort. Tu votes répu­bli­cain. Tu es donc pour la peine de mort. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Intro­duc­tion et trom­pe­ries verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l’autorité

4. Argu­ments ad hominem

5. Appels à l’émotion

6. Digres­sions

7. Géné­ra­li­sa­tions invalides

8. Erreurs de logique

9. Sub­jec­ti­vismes etc.

SOURCES

Aris­totle, De Sophis­tici Elenchi.

Baillar­geon, Normand. Petit Cours d’autodéfense intel­lec­tuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Rea­so­ning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déduc­tive et induc­tive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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Denver (Colo­rado) :

Frank­fort (Kentucky) :

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Le créa­tion­nisme et son avatar post­mo­derne, l’Intel­li­gent Design, uti­lisent une rhé­to­rique simple pour faire des adeptes parmi les chré­tiens les plus modérés. La stra­tégie est simple : mettre dos à dos la théorie dar­wi­nienne et la Bible. Il suffit alors de déforcer la pre­mière et pour cela, tous les argu­ments sont bons.

L’Intel­li­gent Design s’affiche de plus en plus comme une opinion res­pec­table. Qui s’y oppose prend le risque de passer pour into­lé­rant. Il y a quelques années, une cam­pagne pro-tabac uti­li­sait la même stra­tégie du « dos-à-dos ». Le slogan était : «Fumeur ou pas, restons cour­tois». Il gommait l’idée simple que l’un était l’agresseur et l’autre l’agressé. Le méca­nisme est simi­laire ici : mettre sur un pied d’égalité un dogme et un modèle scien­ti­fique cohé­rent, corrélé par des faits et soumis à la cri­tique scientifique.

Amis croyants, si vous pensez que la foi et la science ne sont pas anta­go­nistes par nature, ce billet est pour vous…

1. C’est écrit dans la Bible.
«God’s Word is true, or evo­lu­tion is true. There’s no room for com­pro­mise.» [crea­tion­mu­seum]

Argu­ment d’autorité. La Bible est un récit. De nom­breux autres récits, scien­ti­fiques ou non, reli­gieux ou non, fic­tion­nels ou non, sont en contra­dic­tion avec divers pas­sages de la Bible. Croire que la Bible a raison sim­ple­ment parce que c’est la Bible est une convic­tion, par un argument.

2. Ma foi me pousse à croire le récit biblique.

Sub­jec­ti­visme. La foi de nom­breux chré­tiens les pousse à com­prendre cer­tains pas­sages bibliques comme des méta­phores. Un argu­ment en leur faveur est que cer­tains pas­sages sont compris comme méta­pho­riques même par les chré­tiens créa­tion­nistes. Si tous les chré­tiens s’accordent sur le fait que des méta­phores peuvent être pré­sentes dans la Bible, pour­quoi la Genèse ne pourrait-elle être inter­prétée ainsi?

3. Le dar­wi­nisme diminue le rôle de Dieu.
«Dar­wi­nism rules out the pos­si­bi­lity of God or any guiding intel­li­gence playing a role in life’s origin and deve­lop­ment. Within western culture Darwinism’s ascent has been truly meteoric.» [Cosmic Pour­suit, William Dembski, 1998]

Diver­sion. Pour qui pense que Dieu a planté chaque arbre indi­vi­duel­le­ment, l’affirmation qu’une entre­prise de jar­di­nage ait planté celui de mon jardin doit être blas­phé­ma­toire. Le dar­wi­nisme n’est dan­ge­reux que pour l’idée d’un Dieu anthro­po­cen­trique. Il n’interfère nul­le­ment avec l’idée d’un Dieu omni­po­tent et omniscient.

4. Argu­ment téléo­lo­gique : la beauté et la com­plexité des méca­nismes de la nature démontrent l’existence de Dieu.

Appel à l’émotion, non-sequitur. C’est une convic­tion, non un argu­ment. Elle est parfois sou­tenue par les argu­ments du hasard ou de la com­plexité (voir plus loin).

5. Darwin était athée.

Dis­crédit, non-sequitur. Argu­ment étrange, sauf à consi­dérer «Païens ont tort, chres­tiens ont droit.» Étrange et faux : Darwin était chré­tien. Il a étudié la théo­logie à Cam­bridge. Sa théorie de la sélec­tion natu­relle date de 1838 et s’est édifiée sur base d’éléments récoltés durant le voyage du Beagle, de 1831 à 1836. Darwin ne devint agnos­tique qu’en 1851, suite à la mort de sa fille Annie.

6. Le dar­wi­nisme est une théorie maté­ria­liste.
«Debun­king the tra­di­tional concep­tions of both God and man, thin­kers such as Charles Darwin, Karl Marx, and Sigmund Freud por­trayed humans not as moral and spi­ri­tual beings, but as animals or machines who inha­bited a uni­verse ruled by purely imper­sonal forces and whose beha­vior and very thoughts were dic­tated by the unben­ding forces of biology, che­mistry, and envi­ron­ment.» [The Wedge Stra­tegy]

Non sequitur. Cet argu­ment n’a de poids qu’à deux conditions :

a. Il est exact (reste à le démon­trer).
b. Les théo­ries maté­ria­listes ont tou­jours tort face aux théo­ries spi­ri­tua­listes. Cette démons­tra­tion est elle inutile puisque les chré­tiens fon­da­men­ta­listes adopte eux-même parfois une posi­tion inverse : ils croient en la trans­ub­stan­tia­tion. Pour eux, l’hostie donnée en com­mu­nion n’est pas seule­ment investie de l’esprit du Christ mais que sa sub­stance maté­rielle est réel­le­ment modifiée.

7. Le dar­wi­nisme est contredit par les der­nières avan­cées scientifiques.

Diver­sion. Bien sûr, la science pro­gresse, les théo­ries s’affinent et se com­plètent. Dans son excellent blog, Tom Roud résume par­fai­te­ment l’absurdité de l’argument :
« (…) Dembski affirme que le fait que cer­tains orga­nismes aient des moyens de contrôler leur taux de muta­tion contredit le dar­wi­nisme. Autant repro­cher à Galilée de ne pas avoir intro­duit la notion d’espace-temps ! Ce que Dembski ne recon­naît pas, c’est que la théorie de l’évolution pro­posée par Darwin est avant tout un cadre concep­tuel : ce n’est pas parce que Darwin n’a pas anti­cipé les décou­vertes récentes de la bio­logie que sa théorie ne colle pas à ces découvertes.»

8. L’évolutionnisme met le hasard au centre de tout ses méca­nismes. Il est impos­sible qu’une méca­nique aussi com­plexe que l’homme, même que chaque cellule, soit le fruit du hasard. Un archi­tecte est nécessaire.

Inexac­ti­tude, non-sequitur. Bien sûr, si l’on met les atomes consti­tu­tifs d’un homme dans un tonneau et que l’on secoue, il n’en sortira jamais un homme. Cet argu­ment cari­ca­ture le dis­cours scien­ti­fique. Ce que l’évolutionnisme avance, c’est qu’une sélec­tion natu­relle s’opère au hasard. Ce hasard n’est pas tota­le­ment aléa­toire puisqu’il s’opère dans le cadre étroit des lois de la logique, de la phy­sique et de la chimie. Ces lois étant uni­ver­selles, une sélec­tion cumu­la­tive appa­raît qui permet l’émergence de struc­tures complexes.

9. Si les muta­tions appa­raissent de façon aléa­toire, comment un organe aussi com­plexe qu’un oeil peut évoluer? Il est clair que toutes les muta­tions ont convergé pour en faire une méca­nique aussi com­plexe et parfaite.

Fausse alter­na­tive, incom­pré­hen­sion. Quand nous regar­dons en arrière le chemin qu’a par­couru l’évolution pour arriver à un organe tel que l’oeil, nous avons imman­qua­ble­ment le sen­ti­ment trom­peur d’une évo­lu­tion dirigée. C’est que nous ne voyons alors que le chemin qui a abouti. La masse fan­tas­tique d’essais infruc­tueux nous est invi­sible. Cela revient à s’étonner qu’un sper­ma­to­zoïde minus­cule, sans organe de sens ni cerveau réus­sisse le miracle de fran­chir la dis­tance colos­sale qui le sépare de l’ovule. S’il n’y avait qu’un seul sper­ma­to­zoïde, ce serait bien un miracle… mais il y en a des dizaines de millions.

10. Le deuxième prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique affirme que des sys­tèmes com­plexes ne peuvent pas appa­raître tout seuls.

Inexac­ti­tude. Ce prin­cipe énonce en fait que «Toute trans­for­ma­tion d’un système ther­mo­dy­na­mique s’effectue avec aug­men­ta­tion de l’entropie globale incluant l’entropie du système et du milieu exté­rieur.» Il n’implique nul­le­ment que, loca­le­ment, des sys­tèmes ordonnés appa­raissent, au prix d’une aug­men­ta­tion de l’entropie du milieu et d’une dis­si­pa­tion d’énergie. De nom­breux modèles validés par l’observation par l’expérience montrent que non seule­ment des struc­tures com­plexes peuvent se former, mais en outre qu’elles peuvent se main­tenir hors de l’état d’équilibre (cel­lules de Bénard, réac­tions Belousov-Zhabotinsky, travaux de Prigogine…)

11. Les évo­lu­tion­niste eux-même admettent que cer­taines espèces n’évoluent pas.

Fausse alter­na­tive. Bien sûr. Cela implique seule­ment qu’elles ont atteint un seuil d’équilibre.

12. Les dar­wi­nisme a servi à jus­ti­fier des crimes contre l’humanité.

Dis­crédit, non-sequitur. C’est exact. Récu­pérer une science pour asseoir une croyance reli­gieuse, poli­tique ou idéo­lo­gique peut mener aux plus grandes monstruosités.

13. Les muta­tions dégradent l’organisme et ne le font pas évoluer.

Inexac­ti­tude. Si c’était le cas, les entre­prises de l’agro-alimentaire n’investiraient pas tant dans les OGM. Une muta­tion modifie le patri­moine géné­tique. Parfois, cette muta­tion per­turbe les fonc­tions méta­bo­liques, pro­vo­cant parfois des défi­ciences voire la mort de la cellule mutée. Souvent, la muta­tion est neutre : elle inter­vient dans une partie du maté­riel géné­tique non codant (introns). Plus rare­ment, la modi­fi­ca­tion peut avoir des effets posi­tifs. C’est là qu’intervient la sélec­tion natu­relle : un orga­nisme ayant subi une muta­tion qui le ren­force aura plus de chance de sur­vivre et de trans­mettre cette muta­tion à une des­cen­dance que l’organisme ayant subi une muta­tion qui diminue ses chances de survie et de repro­duc­tion. C’est le méca­nisme du hope­full monster par lequel une muta­tion favo­rable se trans­mettra plus faci­le­ment qu’une autre.

14. L’histoire de la science, et par­ti­cu­liè­re­ment de l’évolutionnisme, four­mille d’erreurs, de fraudes, de canulars.

Dis­crédit, Non sequitur. Oui, comme toute acti­vité humaine. Elle intègre cepen­dant des méca­nismes qui ont permi de mettre ces erreurs, fraudes et canu­lars en lumière. La reli­gion et la foi ne dis­posent pas de tels méca­nismes, et ne sont guère plus pré­ser­vées de la failli­bi­lité humaine.

15. Si les fos­siles sont la trace d’animaux dis­parus et que l’évolution est continue, il devrait exister des fos­siles inter­mé­diaires. Le fait qu’il n’y en ait pas prouve que la théorie de l’évolution est une fable.

Inexac­ti­tude. Mais il y en a, et de très nom­breux dont le premier est bien sûr l’Archéoptéryx. Voir Evi­dence of Evo­lu­tio­nary Tran­si­tions de Michael Benton.

16. Pour l’homme en tous cas, impos­sible de parler d’évolution puisqu’il est doté de conscience. C’est donc une dif­fé­rence qua­li­ta­tive et non plus sim­ple­ment quan­ti­ta­tive qui le dis­tingue des animaux.

Inexac­ti­tude, ambi­guïté. Reste à définir cette conscience qui serait qua­li­ta­ti­ve­ment absente du monde animal. L’on peut sim­ple­ment noter que l’éthologie a mis en évi­dence dans le monde animal (non humain) des apti­tudes et com­por­te­ments tels que la conscience de soi, la capa­cité d’abstraction, le rire, l’amour, la fidé­lité, la tra­hison, le suicide, le langage sym­bo­lique, l’empathie, l’altruisme, la soli­da­rité, l’utilisation d’outils, la trans­mis­sion de savoir et de rituels.

17. On n’a jamais observé de muta­tion condui­sant à une aug­men­ta­tion de l’information géné­tique.

Inexac­ti­tude.
Argu­ment spé­cieux : on n’observe pas les muta­tions puisqu’elles inter­viennent de façon, aléa­toire, on observe leurs effets. Ceci dit, l’augmentation de maté­riel géné­tique au sein de la cellule a déjà été prouvé à diverses reprises. Le prin­cipal méca­nisme est la dupli­ca­tion de gènes suivie de la diver­gence de l’une des copies. D’autres méca­nismes ont été observés tels que l’endobiose par laquelle deux orga­nismes fusionnent (d’où les mito­chon­dries p. ex.) ou plus cou­ram­ment les méca­nismes rétroviraux.

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Deux projets ency­clo­pé­diques viennent de voir le jour, qui illus­trent de façon aca­dé­mique et parfois émou­vante la biodiversité.

La Bio­di­ver­sity Heri­tage Library compte déjà 1.250.000 pages, aux­quelles vont s’ajouter de nou­velles numé­ri­sa­tions mul­ti­média issues de dix ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques de renom amé­ri­caines et bri­tan­niques (dont l’université Harvard, la Smith­so­nian Ins­ti­tu­tion et le Musée d’histoire natu­relle de Londres).

L’Ency­clo­pedia of life se pré­sente quant à lui comme un éco­sys­tème de sites web dont la crois­sance orga­niques tiendra plus de wiki­pedia, s’ouvrant à des contri­bu­tions d’amateurs. À terme, ce projet devrait offrir une page telle que ce pro­to­type à chaque espèce vivante.

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