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Je ne suis pas l’auteur de cette idée, ni ne sais où je l’ai entendue. Sommes-nous jamais l’auteur de nos idées? La voici :

La cri­tique est par essence char­pentée par ses règles internes et indé­pen­dante de consi­dé­ra­tions externes à la lit­té­ra­ture. Elle s’adresse en revanche à tous. Or, petit à petit, la cri­tique pure s’est retran­chée dans les cénacles académiques.

D’un autre côté, il n’y a jamais eu tant d’émissions de cri­tique à la radio et à la télé­vi­sion. Mais dans ces média, on ne parle que des nou­veautés : il y a une connexion directe avec le marché. Aucun média ne ferait une émis­sion sur Madame Bovary (sauf bien sûr si Luc Besson en sort une adap­ta­tion). Tout le monde s’en fout. On veut sim­ple­ment entendre Amélie Nothomb parler de fruits pourris et voir son grand chapeau.

On me dira : c’est le marché mon gars! Ben oui, bien sûr, mais si l’on veut à nouveau mettre le nivel­le­ment culturel sur le dos du marché libre, on risque de se heurter à un os de taille car le seul média accueillant aussi bien des cri­tiques d’Harry Potter que du Banquet de Platon est… Amazon.

L’universel revêt bien des masques.

avk

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Le site drunk​men​wor​khere​.org fête le premier anni­ver­saire d’une très inté­res­sante expérience.

Ces gent­lemen ont construit un site de 2.147.483.647 pages web arrangé selon une arbo­res­cence binaire : la page prin­ci­pale est liée à 2 pages secon­daires, les­quelles sont à leur tour chacune liée à 2 pages etc. Un peu comme l’arbre généa­lo­gique d’une bac­térie vous voyez…

Ensuite, ils ont observé le che­mi­ne­ment des petits robots lancés par Google, msn et Yahoo, che­mi­ne­ment repré­senté sous forme de trois arbres. Quelle inter­pré­ta­tion peut-on en tirer?

Tout d’abord, la plupart des pages restent incon­nues des trois engins de recherche, ce qui est pré­vi­sible vu la taille du site mais néan­moins ras­su­rant : il existe tou­jours une masse de chemins de tra­verses, des sites sau­vages non cata­lo­gués où la main du bot n’a jamais mis le pied.

Autre point éton­nant, Yahoo est de loin le plus actif, tant en pro­fon­deur que dans la durée. Son arbo­res­cence est la plus touffue.

Google est lui le plus sys­té­ma­tique avec une arbo­res­cence d’une belle symé­trie, tandis que msn semble manquer quelque peu d’engrais.

Aussi, diverses bizar­re­ries se pro­duisent auprès de cer­tains noeuds qui, sans que l’on com­prenne bien pour­quoi, bootsent lit­té­ra­le­ment l’énergie de Google ou de msn.

Enfin, je ne me lasse pas de visua­liser les ani­ma­tion mon­trant la crois­sance de ces arbres, et de m’émerveiller que des robots vir­tuels cir­cu­lant selon des chemins que même leurs concep­teurs ne peuvent prévoir, au travers de réseaux infor­ma­tiques en muta­tions constante afin de réfé­rencer des masses d’octets struc­turés sous le vocables de pages web… que ces robots suivent un chemin visuel­le­ment com­pa­rable à celui d’êtres vivants sau­vages et libres

avk

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L’OCLC (Online Com­puter Library Center) fournit plus de 53.000 biblio­thèques amé­ri­caines, ce qui lui permet de publier un tableau inté­res­sant : le top 1.000 des livres les plus répandus dans les biblio­thèques amé­ri­caines. Quelques bana­lités et quelques surprises.

Bon, d’abord des confirmations :

  • La Bible arrive en n°1 ;
  • Sha­kes­peare est l’auteur le plus présent ;
  • 75% des auteurs sont anglo-saxons.

Ensuite les surprises :

  • Le n°2 est joli­ment inconnu en Europe : « 2000 Census of popu­la­tion and housing » ;
  • Huck­le­berry Finn se posi­tionne après L’Odyssée et l’Iliade ;
  • Stephen King est absent du top 1.000 ;
  • L’Origine des espèces est en posi­tion 124, ce qui est pro­ba­ble­ment la meilleure nou­velle de cette liste…

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Livre éclai­rant que celui de Chris­tian Morel : Les Déci­sions absurdes. Au travers d’un ensemble d’anecdotes tragi-comiques, il démontre les méca­nismes par les­quels un groupe humain peut foncer dans le mur. L’accident de Chal­lenger a été causé par des élé­ments connus de l’ensemble des déci­deurs avant le lan­ce­ment. Deux pétro­liers se foncent l’un sur l’autre alors qu’ils se voient au radar bien long­temps à l’avance et qu’ils ont toute liberté de manoeuvre. Toutes ces déci­sions ne nous semblent absurdes que par notre incom­pré­hen­sion de cer­tains méca­nismes fon­da­men­taux de communication.

Un exemple : « …/ la chute du Boeing 737 d’Air Florida dans le Potomac le 13 janvier 1982, à Washington, au moment du décol­lage. Lors de la check-list, les pilotes avaient omis d’enclencher le méca­nisme de dégi­vrage alors qu’il nei­geait et gelait (…) Lorsque le pilote a inter­rogé « dégi­vrage? » dans la check-list, le com­man­dant a répondu « off! » et ils n’en ont plus reparlé. » Cinq per­sonnes sur­vé­curent parmi les soixante-dix-neuf per­sonnes à bord. Absurde?

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Mon­sieur X est cour­tier, il tra­vaille pour la société de Bourse Mizuho Secu­ri­ties, au Japon. La journée se termine et il vaque à de petites tran­sac­tions de routine. Il lui faut notam­ment vendre 1 action J-Com au prix de 610.000 yens. Il remplit le for­mu­laire en ligne, presse le bouton de vali­da­tion, relit machi­na­le­ment le coupon de la tran­sac­tion et là, met plu­sieurs secondes à com­prendre que sa vie vient de bas­culer. Il vient de mettre en vente 610.000 actions J-Com au prix uni­taire de 1 yen. Dopé par un tsunami d’adrénaline, il passe dans les minutes qui suivent des ordres de rachat de ces actions afin de limiter les dégâts mais 100.000 titres ont déjà été achetés, ce qui valo­rise tout de même la gaffe à 275 mil­lions d’euros, sans compter que 30% de la société J-Com se retrouvent désor­mais pro­priété d’un groupe suisse dont la seule moti­va­tion était de faire une belle plus-value.

Voilà pour l’anecdote.

Un paral­lèle : Le nombre d’accidents impli­quant un visi­teur et un animal, dans les zoo et parcs ani­ma­liers amé­ri­cains, est en aug­men­ta­tion alors que les normes de sécu­rité sont plus strictes qu’il y a quelques décennies.

Je crois que le pro­blème est le même. Nos sys­tèmes infor­ma­tiques nous sécu­risent au moyen d’alertes, de pos­si­bi­lités d’Undo, de stra­té­gies de sau­ve­gardes. Les zoos dis­posent de grillages, de fosses, de caméras de sur­veillances, de gar­diens, de pan­neaux. Bref, nous évo­luons dans un monde où de telles pré­cau­tions sont prises pour nous éviter cer­tains dangers que ces dangers se virtualisent.

Fina­le­ment, Pierre Dac n’avait peut-être pas tout à fait tort en pré­ve­nant : « Un homme averti en vaut deux. En cas d’accident, ne pré­venez per­sonne, cela dou­ble­rait le nombre de victimes! »

www​.mizuho​-fg​.co​.jp

 

avk

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X-Files, Matrix et le Da Vinci Code sont des fic­tions. Le livre de Thierry Meyssan (vous savez, la grosse conspi­ra­tion du 9–11 avec le Penta­gone détruit par un missile et un avion qui dis­pa­raît…), est un essai. Le public de ces oeuvres est le même : ce sont ces cer­veaux dont les chaînes com­mer­ciales fac­turent du temps de dis­po­ni­bi­lité à Coca-Cola.

Le point commun : on nous cache des choses, ce que nous voyons n’est qu’un décor, les évé­ne­ments sont scé­na­risés, le grand scé­na­riste se cache, les règles du grand jeu nous sont incon­nues. Faisons abs­trac­tion de la qualité de ces oeuvres et attachons-nous au Da Vinci Code. La pre­mière page suffit pour que le lecteur moyen­ne­ment cultivé et légè­re­ment cri­tique se rende compte de l’imposture intel­lec­tuelle qui consiste à faire expli­ci­te­ment passer pour his­to­riques de pures inventions.

Le complot inverti réside dans le fait que la plupart des lec­teurs n’ont, à l’ouverture du livre, stric­te­ment aucun sens cri­tique. C’est bien naturel : l’oeuvre se pré­sente d’abord comme fic­tion­nelle et le contrat de base entre tout consom­ma­teur de fiction et l’oeuvre est bien d’accepter d’entrer dans le jeu. Or, cette accep­ta­tion étant signée, l’auteur annonce faus­se­ment la rigueur de cer­tains élé­ments. Bien joué! Ce faisant, il ins­tille un doute sur la véra­cité d’éléments d’une his­toire deve­nant ‘offi­cielle’. Ne nous y trom­pons pas : ce doute n’est pas celui qui préside à toute démarche scien­ti­fique. Il est celui qui tend à mettre sur le même pied récits consis­tants et racon­tars de comp­toirs. Il est le pain de la décons­truc­tion obs­cu­ran­tiste. Pour­tant la saveur de ces deux doutes est proche, elle active les mêmes glandes et prélude au même plaisir de décou­verte et d’exploration de terres inconnues.

Ainsi que le rap­pelle Guillaume Bigot (Toute l’Histoire du Monde, Fayard 2005) : « L’histoire remplit deux fonc­tions : en tant que science humaine, elle recherche la vérité. En tant que récit, elle offre un sens aux indi­vidus autant qu’aux groupes. »

Le Da Vinci Code est donc l’une des pièces d’un ‘complot’ incons­cient qui par­ti­cipe à la décons­truc­tion de la vérité et des récits qui façonnent notre iden­tité commune. Vu comme une méta­phore, il est auto-référentiel et ironique.

avk

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Connaissez-vous Mit­chell Kapor? Je ne le connais­sais pas non plus, jusqu’à suivre un lien du très inté­res­sant Mac­Digit. Kapor est l’inventeur de 1, 2, 3 sur Atari, de Lotus, de Lotus Notes et d’Improv (pour les pri­vi­lé­giés de l’histoire infor­ma­tique, comme moi, à avoir tra­vaillé sur NeXT).

Bref, consta­tant que les succès infor­ma­tique étaient plus tri­bu­taires du mar­ke­ting que de l’innovation, Mit­chell Kapor s’est détaché du code et attaché à une vision plus poli­tique de l’informatique. Il a ainsi créé l’Elec­tronic Fron­tier Foun­da­tion, chargée de pro­téger les libertés civiques mises à mal avec l’arrivée des ordi­na­teurs et le fichage des individus.

Vision­naire un jour, vision­naire tou­jours? Cer­tains de ses projets me semblent mériter une atten­tion aiguë, ils pour­raient se trouver à l’origine de cer­tains piliers du monde de demain. À visiter donc : http://​www​.kapor​.com/​p​r​o​j​e​c​t​s​/​index.html

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