Racisme et liberté d'expression

Régulièrement, suite à la médiatisation d'événements relatant la réaction du politique à des faits ou propos racistes, les réseaux sociaux répandent des statuts tels que « Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit. »

Le racisme est une opinion.

Je crois personnellement que le racisme est une opinion et un délit. Mais cette tournure est plus gênante car elle place le délit d'opinion au centre du problème, et aucune démocratie n'aime reconnaître qu'elle dispose d'une police de la pensée.

De quoi parle-t-on ? Une « opinion », c'est un ensemble de jugements. Il n'y a rien de scientifique là-dedans. Une opinion ne s'assortit a priori d'aucune valeur de vérité. Des phrases telles que « Les Noirs sont paresseux », « Les Juifs sont roublards » ou « Les Arabes sont des voleurs. » sont à l'évidence des opinions. Qu'un état les sanctionne ne suffit pas à changer leur nature.

Qu'une opinion soit fondée ou non, stupide ou non, méchante ou non est un autre problème (dont ne se préoccupe généralement guère le politique) : les dresseurs d'horoscopes et autres lecteurs d'avenir ne risquent pas la prison s'ils s'en tiennent là. Bref, dire des bêtises ne ressort pas du pénal, et une opinion n'est qu'une opinion.

Ce n'est qu'à partir du moment où une opinion se confronte à la critique scientifique qu'elle peut acquérir quelque valeur de vérité. Et le propre d'une démarche scientifique est de générer des énoncés réfutables, de telle sorte que, passant ces épreuves, l'opinion sera soit invalidée, soit sans cesse remise en question.

En refusant de considérer le racisme comme une opinion, on empêche cette dynamique et on le constitue en dogme. C'est très symptomatique de certaines intelligentsias de renforcer ce qu'elle prétendent vouloir détruire. Sans doute est-il bon d'avoir un ennemi sombre afin de montrer à quel point on est soi-même lumineux... dangereuse politique !

Un raisonnement fallacieux

La mécanique du racisme repose sur un raisonnement fallacieux :

  1. On considère une caractéristique visible d'un groupe humain (p. ex. la peau noire) ;
  2. Sur base de l'observation (biaisée ou non) d'un petit groupe, on associe certaines valeurs à cette caractéristique (le fait de courir vite aux Jeux Olympiques)
  3. On néglige des sous-groupes dépourvus de ces valeurs (peu de Pygmées, bien que noirs, ont remporté le 100 m.)
  4. On néglige des individus non caractéristiques pourvus de ces valeurs (des Blancs ont remporté le 100 m)
  5. La caractéristique (peau noire) étant héréditaire, on sous-entend que les valeurs (courir vite) le sont aussi.

Ce type de paralogisme n'est pas un produit de notre société contemporaine. On en trouve par exemple traces écrites dans l'Ancien Testament ou chez Hippocrate, ainsi que dans la plupart des civilisations.

Bien, le fait qu'un raisonnement soit fallacieux n'implique pas qu'il soit faux. De nombreux racistes pourront rétorquer que c'est nier l'évidence que de refuser que les Noirs sont plus rapides que les Blancs au 100 mètres. Et qu'évoquer les Pygmées, c'est comme évoquer les poissons volants pour tenter de démontrer que les poissons ont des ailes : un contre-exemple n'invalide pas une règle.

Déconstruire le racisme

Certes. L'invalidation du racisme est autre et passe, à nouveau, par la définition des mots employés, et maintenant par le mot « race »

Regrouper les organismes vivants est le rôle de la taxonomie, et cette dernière utilise de nombreux types de classes (taxons) ayant chacune sa définition : règne, embranchement, classe, ordre, famille, genre, espèce, sous-espèce etc. Aucune trace du mot « race » là-dedans !

Si ce terme n'est plus utilisé par les scientifiques, ce n'est pas pour des raisons de bien-pensance, mais parce qu'il est trop peu défini. C'est un peu comme le mot « légume » qui peut désigner tantôt des fruits (tomate p. ex.), tantôt des feuilles, des fleurs ou encore des racines. Aucun scientifique ne parle de légume parce que ce terme ne répond qu'à un paramètre précis et peu important (son type d'utilisation dans notre tradition culinaire) dont on ne peut rien déduire d'autre.

Il n'y a qu'en cuisine que l'on parle de légume, et qu'en élevage que l'on parle de race. Or, il semble pertinent, dans un contexte politique et juridique, d'utiliser des termes scientifiques qui permettent une caractérisation précise. (Après tout, c'est bien ce que cherchent les racistes, non !?)

Alors, sur un plan taxonomique où se situe l'homme ? (Ne m'attaquez pas sur la description entre paranthèses, volontairement très très simplifiée !)

  • Règne : animal (nous devons manger d'autres êtres vivants)
  • Embranchement : cordé (symétrie bilatérale... entre autres!)
  • Sous-embranchement : vertébré (nous avons des vertèbres)
  • Classe : mammifère (nous avons des mamelles)
  • Sous-classe : thérien (nous ne pondons pas d'oeufs)
  • Infra-classe : euthérien (le placenta nous est connu)
  • Ordre : primate (la vision l'emporte sur l'olfaction, etc.)
  • Sous-ordre : haplorhinien (la truffe fait place au nez)
  • Infra-ordre : simiiforme (arrière de l'orbite occulaire fermé)
  • Micro-ordre : catarhinien (narines rapprochées et ouverte vers le bas)
  • Super-famille : hominoïdé (nous avons un coccyx)
  • Famille : hominidé (face prognathe et bipédie)
  • Sous-famille : homininé (humains, chimpanzés et gorilles)
  • Tribu : hominien (humains et chimpanzés)
  • Genre : homo (homme actuel et espèces éteintes)
  • Espèce : homo sapiens (cerveau volumineux, pilosité réduite...)

Fort bien, mais ne peut-on pas continuer ? Si l'on veut poursuivre la taxonomie de façon plus fine, il convient de parler de « sous-espèce » et non de « race ». Ce n'est pas qu'une question de mots puisque le taxon « sous-espèce » est nettement défini comme un « groupe d'individus qui se trouvent isolés et qui évoluent en dehors du courant génétique de la sous-espèce de référence1. »

L'idée de sous-espèces humaines n'est donc a priori pas absurde puisque la plupart des espèces animales possèdent de telles variations. Les mécanismes de l'évolution favorisent les individus qui ont un fitness génétique adapté au milieu, et la dissémination des homo sapiens en des zones très différentes au niveau climatique (et donc écologique) a conduit à privilégier certaines allèles dont témoignent d'évidentes signatures phénotypiques.

Là où il y a un os, c'est que ces variations locales ont été perturbées par de très nombreux phénomènes de migration et de nomadisme qui ont généré un important métissage. Aucun groupe humain référencé n'a jamais vécu isolé assez longtemps, de telle sorte qu'il n'y ait pas de sous-espèces.

En outre, il a été démontré2 que le phénomène de dérive génétique (évolution de la fréquence d'un gène causée par des phénomènes aléatoires comme le hasard des accouplements) produit une érosion de la biodiversité dans les populations importantes et est donc un second facteur antagoniste à l'apparition de sous-espèces humaines.

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Enfin, on comprendra sans peine que la pression de l'environnement permettra de privilégier des allèles conduisant à une peau plus ou moins pigmentée. Il serait assez difficile de concevoir un environnement privilégiant une valeur morale, ou un environnement privilégiant les individus les plus idiots. De telle manière que, même s'il existait des sous-espèces humaines, celles-ci ne pourraient que difficilement servir d'assise scientifique à des préjugés racistes.

D'autre part, on constate aussi que l'Afrique contient 100 % de la diversité génétique humaine, ce qui semble logique quand on considère la grande diversité d'environnements de ce continent3.

Quant aux subdivisions taxonomiques plus fines encore (variété, sous-variété, forme, sous-forme), elles n'ont de sens qu'en botanique et en mycologie.

Si donc parler de races n'a rien de scientifique pour des espèces possédant des embranchements en sous-espèces, c'est totalement insensé pour l'être humain qui ne subdivise guère qu'en populations.

Il faut encore ajouter que la notion-même d'espèce est de plus en plus remise en question. En effet, l'espèce se définit comme l'ensemble des individus potentiellement inter-féconds, mais de trop nombreux contre-exemples (les tigrons, nés d'un tigre et d'un lion sont non seulement viables mais fertiles et peuvent se reproduire avec un tigron, un tigre ou un lion !) fragilisent cette définition. Alors, la race…

La banalité du racisme

Mais alors, pourquoi le racisme est-il si répandu ? Le raisonnement fallacieux cité plus haut n'est probablement qu'un mécanisme de renforcement a posteriori. Le racisme pourrait être beaucoup plus répandu, voire universel et contré seulement au prix d'efforts. Bien sûr, cette idée d'un racisme naturel qui demande à être corseté ou étouffé n'est guère confortable. Pourtant, certaines expériences4 tendent à démontrer que de nombreuses personnes ayant un discours égalitaire et anti-raciste (re)tombent très facilement dans des postures racistes quand elles relâchent leur attention. Et ce racisme implicite semble exister chez les enfants indépendamment de l'éducation qu'ils reçoivent5.

Nous savons que les stéréotypes et les préjugés sont des stratégies rapides (et donc souvent un peu idiotes) qui nous permettent de prendre des décisions sans connaître tous les éléments nécessaires.

Le racisme se développe d'autant plus que les capacités de réflexion et que l'accès à une culture scientifique s'appauvrissent ; d'autant plus aussi que les schémas mentaux répondent à des dogmes rigides plutôt qu'à des énoncés réfutables.

Ceci implique que le respect des individus au-delà des différences phénotypiques et/ou culturelles n'est pas inné. Ce respect demande un travail d'éducation faisant appel à la logique, au raisonnement et à la culture.

De la criminalisation du racisme

Cet effort ne peut se faire à coup de décrets, ni en récitant comme un mantra orwellien que le racisme est un délit et non une opinion.

Une société qui choisit d'interdire (voire de criminaliser) plutôt que d'éduquer crée plusieurs problèmes :

  1. Les racistes resteront racistes. Simplement, ne pouvant en parler ouvertement qu'entre eux, ils développeront des mécanismes de groupe, soudés par l'adversité qu'il ressentent à l'égard de la société. Les plus subtils feront recette en surfant sur le fil de la légalité, obligeant le législatif à revoir sans cesse son arsenal à coup de mesures ad hoc.
  2. La société rogne sur une liberté importante qui est celle d'expression. Elle s'instaure en garant du bien et du mal, considérant qu'une insulte comme « sale nègre » est plus grave que « sale rouquin ».
  3. Elle rabaisse la science au rang de simple opinion puisqu'elle (la société) préjuge que les récits scientifiques n'ont aucune supériorité leur permettant de venir à bout des préjugés racistes.

En fait, je crois que, si de nombreuses sociétés préfèrent l'interdiction à l'éducation, c'est simplement parce que beaucoup de politiciens sont eux-même incapables de dire en quoi le racisme est une erreur. Plus généralement, je crois aussi que beaucoup utilisent - dans d'autres matières - des raisonnements fallacieux comparables à ceux qui sous-tendent le racisme.

Le racisme est sans doute un bon indicateur du degré d'inculture d'une civilisation, c'est entendu. Mais le fait de vouloir taire des opinions considérées comme dangereuses est un indicateur encore plus pertinent car il ne mesure pas des individus lambda mais ceux-là même que la démocratie a élu pour en rédiger ses lois.

Il faut réapprendre comment s'articule un raisonnement, comment confronter des idées les unes aux autres mais aussi à l'observation et à l'expérience. Pour tout cela, il est impératif que les mots gardent leur signification. « Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » a justement écrit Confucius.

Que des individus feignent de l'ignorer pour justifier le racisme est une bêtise.

Que la société feigne de l'ignorer au nom de la démocratie est une infamie.

avk

 


  1. International Code of Zoological Nomenclature.
  2. Strachan and Read. Human molecular genetics.
  3. Edwards, AWF (2003). Human genetic diversity: Lewontin's fallacy. BioEssays 25 (8): 798–801.
  4. Devine, Patricia G.; Forscher, Patrick S.; Austin, Anthony J.; Cox, William T. L. (2012). Long-term reduction in implicit race bias: A prejudice habit-breaking intervention in Journal of Experimental Social Psychology 48 (6): 1267–1278.
  5. Smith, Jeremy A.; Jason Marsh; Rodolfo Mendoza-Denton. Are We Born Racist?: New Insights from Neuroscience and Positive Psychology Paperback. Beacon Press, Berkley.

Pour une archéologie émotionnelle

À côté des émotions individuelles existent des émotions complexes modelées par nos interactions sociales. L'évolution de ces dernières pourrait ouvrir la voie à une nouvelle discipline : l'archéologie émotionnelle.

Au catalogue des émotions disparues figure la Ferrea Voluptas (volupté de fer) de Pétrarque, qui disparut sans doute avec le latin. La perversion d'aujourd'hui se teinte d'aspects moraux, éthiques et médico-légaux. La Ferrea voluptas est tout aussi dure, mais moins pesante et plus libre.

Autre absente, l'acédie était tellement répandue au VIe siècle que l'Église envisagea d'en faire le huitième péché capital. C'était une démotivation spirituelle, un sentiment d'« à quoi bon » lié à l'objet religieux, un estompement de la foi, un relâchement de la ferveur. Certains psychologues contemporains la remettent au goût du jour, mais dans une acception beaucoup plus large : l'acédie du chômeur par exemple.

J'ai un faible particulier pour la dubitation : le plaisir subtil d'échapper à la réponse directe, de faire durer la douce tension née du questionnement.

Certaines émotions sont-elles actuellement menacées d'extinction ? J'éprouve quelque crainte pour le scrupule (petite pierre pointue dans le cerveau, selon les Latins) ou la magnanimité.

Je me souviens aussi du terrible et puissant sentiment d'egrégore, fusionnant les ressentis individuels en une énergie de groupe. Lui, c'est autre chose, il semble tellement présent lors de certains rassemblements politiques, sportifs, évangéliques ou encore de télé-réalité que seul le mot qui le désigne tombe dans l'oubli.

avk

Zimbabwe et confusions numériques

En mai dernier, les planches à billets zimbabwéennes sortaient une coupure de 250.000.000 ZWD, signe d'une hyperinflation estimée en juin à 9.030.000%. Dans l'hypothèse où ces chiffres veulent encore dire quelque chose, c'est-à-dire qu'il existe un marché pour une telle monnaie, 1 USD = 40.000.000.000 ZWD.

  • 1983 : USD $1 = ZWD 1$
  • 2000: USD $1 = ZWD 1,000$
  • 2006: USD $1 = ZWD 100,000$
  • 2006: USD $1 = ZWD 500,000,000$
  • 2008: USD $1 = ZWD 18,700,000,000$

Ancienne colonie anglaise, le Zimbabwe a gardé l'anglais comme langue officielle, ce qui ne facilite pas les choses lorsque l'on manipule quotidiennement des sommes dépassant le milliard.

En français, les choses sont relativement simples :

  • un milliard = 1.000 millions (10**9) ;
  • un billon = 1.000 milliards (10**12) ;
  • un trillion = 1.000.000 billions (10**18) ;
  • etc.

Notons toutefois que beaucoup de gens pense que milliard est le synonyme populaire de billion, faisant ainsi une erreur d'un facteur 1.000.

En anglais, la confusion est encore bien pire, ainsi que l'explique l'excellent Neil Minkley. La signification d'un terme tel que billion varie selon le type d'anglais (British ou American), mais aussi selon le dictionnaire considéré.

Ainsi, selon le Harrap's Unabridged, « trillon » pourra être compris par un anglophone comme 10**12 (Anglais) ou comme 10**18 (Américain) :

Français    British English    American English
milliard    billion            billion
billion     trillion           trillion
trillion    trillion           quintillion

tandis que pour le Grand Dictionnaire Hachette-Oxford, « trillion » est ambigu pour les Américains et « billion » est ambigu pour les Anglais :

Français    British English    American English
milliard    billion            billion
billion     billion            trillion
trillion    trillion           trillion

En fait, les deux usages sont permis selon que l'on considère une short-scale acception ou une long-scale acception (laquelle intègre aussi billiard et trilliard). Mais il ne semble guère exister de convention permettant de trancher.

Pensée émue pour tous les Zimbabwéens qui se trouvent en aval de la planche à billets, et plus particulièrement pour les comptables.

avk

Sources :

Anglais pratique (Neil Minkley)

CIA factbook

Wikipedia : Long and short scales

Wikipedia : Zimbabwe

Worldbank

Les Raisonnements fallacieux (9)

I. SUBJECTIVISMES ETC.
où la seule chose qui compte finalement, c'est d'imposer ses idées...

I1. Subjectivisme

L'exemple parfait du subjectivisme est incarné par Martin Luther King lorsqu'il s'écrie : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pourrait s'écrier tout aussi subjectivement : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que certaines races sont supérieurs à d'autres. »

Bref, le subjectivisme est désarmant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les personnes dénuées de tout esprit critique.

Deux subjectivismes particuliers ont été définis : celui du psychologue (Psychologist's fallacy) et celui de l'historien (Historian's fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un stimulus de la même façon que l'observateur : « Il sursautera dès que l'image du serpent apparaîtra. »

Le subjectivisme de l'historien est analogue. Il consiste à penser que les décideurs du passé disposaient des mêmes informations et de la même perspective que l'historien actuel : « Napoléon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le subjectivisme de l'historien est proche du déterminisme rétrospectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.

I2. Appel à l'ignorance (Argumentum ad ignorantiam)

Ici, le subjectivisme s'engouffre dans l'impossibilité que l'on a de déterminer une valeur de crédibilité aux prémisses.

« Ce n'était ni un avion ni un hélicoptère, c'était donc une soucoupe volante! »

I3. Raison par forfait (Argumentum ad nauseam, Argumentum verbosium)

Au manque de références de l'appel à l'ignorance s'oppose la masse impraticable de références de la raison par forfait :

« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l'intégralité des traductions des oeuvres de Shakespeare et leurs variantes dans leurs éditions successives. »

I4. Argumentum a silentio

L'argumentum a silencio consiste à déduire l'ignorance d'une personne de son silence. C'est très tentant, je sais...

« Comment s'appelle l'oiseleur de la Flûte enchantée?
- Je le sais mais je ne veux pas le dire.
- Tu ne le sais pas, tout simplement! »

I5. Argumentum ad logicam

Argument affirmant que si un argument est fallacieux, sa conclusion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affirmations de la Bible. C'est bien la preuve de Dieu n'existe pas! »

I6. Pensée magique

La simple volonté prend ici valeur de prémisse. Ici, l'argumentation n'offre guère de prise à une réfutation utile. Nous sommes proches de la prière...

« Je n'ai jamais eu d'accident mortel, ce n'est pas ce soir que j'en aurai un! »

I7. Plurium interrogationum

Il s'agit d'une question chargée de prémisses non démontrées, ou orientant la réponse. La seule façon de s'en sortir est de recadrer la question.

« Frappez-vous encore votre femme? »

I8. Caricature (Strawman)

Tromperie fondée sur une représentation déformée de l'argument de l'adversaire.

« - J'estime que la nudité pourrait être autorisée sur cette plage.
- Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d'orgie. »

I9. L'Homme masqué (Masked man fallacy)

L'utilisation de désignateurs distincts dans une structure logique parfaite peut mener à une erreur lorsqu'ils recouvrent un seul et même objet.

« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n'est pas mon père. »

I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)

Cette tromperie se rapproche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l'exposé d'une autre.

« Mais vous mentez!?
- Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »

I11. Appel à la modération (Argumentum ad temperantiam)

Cette erreur consiste à considérer que la vérité doit se situer entre deux positions opposées.

« Dix mille manifestants selon la police, 30.000 selon les organisateurs... nous pouvons raisonnablement penser qu'ils étaient grosso-modo 20.000 à s'être déplacés. »

I12. Manipulation des probabilités

« Il y a une chance sur mille qu'une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu'il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »

I13. Biais de la solution parfaite (Nirvana fallacy, Perfect solution fallacy)

Rejet d'une solution au seul motif qu'elle n'est pas parfaite.

« Les préservatifs sont à éviter : il arrive que certains se déchirent. »

I14. Effets de manches (Style over substance fallacy)

« Parce que j'aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l'italienne fabriquées à Grenoble, eh ben, c'est rien qu'un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons... » (Audiard, Le Cave se rebiffe)

I15. Faux dilemme

Limiter les solutions possibles à une alternative arbitraire.

« Alors, finalement, vous êtes pour ou contre les légumes? »

I16. Fausse corrélation

« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favorise donc la calvitie. »

I17. Non Sequitur

« Il fait beau aujourd'hui. Il pleuvra donc demain. »

I18. Négation de la preuve

« Il n'est pas mort parce que je l'ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu'il a touché le sol! »

I19. Traitement spécial (Special Pleading)

Appliquer à un échantillon des règles différentes de celles qui s'appliquent à la population générale, sans justification adéquate.

« Je trouve normal que chacun soit responsable des dégâts qu'il commet, et je reconnais avoir cassé la voiture de mon voisin. Toutefois, j'espère que vous ne me demanderez pas de financer les réparations. »

I20. L'effet Eliza

Ce biais de raisonnement consiste à donner à un énoncé plus de sens qu'il n'en a vraiment. Eliza est un logiciel algorithmique simulant une conversation avec un psychiatre.

Eliza : Comment vas-tu aujourd'hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sentiment.
Humain : Je crois qu'il n'y a que toi qui me comprenne.

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (8)

H. ERREURS DE LOGIQUE
où l'on se perd dans la pure logique...

H1. Affirmation d'une disjonction

Erreur de logique propositionnelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.

« J'ai entendu qu'il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)

H2. Affirmation du conséquent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, il ne peut être qu'une conséquence de A.

« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme j'ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »

H3. Négation de l'antécédent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, l'absence de A implique l'absence de B.

« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme je n'ai pas de grippe, ce thermomètre se trompe. »

H4. Erreur existentielle

Erreur de quantificateur : dans un syllogisme, une prémisse manque pour aboutir à la conclusion.

« Les licornes sont des animaux, donc certains animaux sont des licornes. »

(Dans le cadre d'un syllogisme catégorique, on parlera de Fallacy of the undistributed middle)

H5. Conversion illicite

Erreur de quantificateur : estimer que si un argument est vrai, son inverse l'est aussi.

« Tous les carrés sont des rectangles, et vice-versa. »

H6. Quantifier shift

Résolution fautive des quantificateurs

« Chaque personne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »

H7. Quaternio terminorum (Fallacy of four terms)

L'erreur se glisse lorsqu'un quatrième terme apparaît subrepticement dans un syllogisme qui doit en comporter trois.

« Les philosophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

H8. Conclusion affirmative d'une prémisse négative

Lorsqu'un syllogisme catégorique mène à une conclusion positive après une ou deux prémisses négatives.

« Aucun homme n'est un poisson, aucun poisson n'est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »


H9. Prémisse majeure illicite

Le terme majeur n'est pas distribuée dans la prémisse majeure.

« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n'est un homme. Donc, aucune licorne n'est mortelle. »

H10. Prémisse mineure illicite

Le terme mineur n'est pas distribué dans la prémisse mineure.

« Tous les hommes sont des primates, tous les hommes sont des mammifères. Donc, tous les mammifères sont des primates. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (7)

G. GÉNÉRALISATIONS INVALIDES
où l'on a tout de suite tout compris...

G1. Généralisation hâtive (Secundum quid)

« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »

G2. Généralisation excessive (A dicto simpliciter)

Cette erreur consiste à négliger l'exception.

« Enfoncer un couteau dans le ventre d'une personne est un crime. Les chirurgiens le font. Ce sont donc des criminels. »

G3. Généralisation excessive (Ad dictum simpliciter)

À l'inverse, ici l'exception est considérée pour universaliser une position particulière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.

« Fumer n'est pas dangereux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort centenaire d'un accident de skate-board. »

G4. Biais de représentativité (Conjunction fallacy)

Consister à fonder son jugement sur un échantillon biaisé, non représentatif de la population.

« Depuis mon compartiment de train, j’ai pu constater sur un échantillon de 70 passages à niveau que tous sans exception ont leurs barrières fermées. »

G5. Manipulation des statistiques

« La majorité des humains sont des femmes.
La majorité des femmes ont les cheveux noirs.
La majorité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »

G6. Spotlight fallacy

Il s'agit d'une manipulation des statistiques consistant à présupposer que l'échantillon considéré recouvre l'ensemble de la population.

« Toute femme sait ce qu'accoucher veut dire. »

G7. Thought-terminating cliché

En français dans le texte. Ce terme proposé par le psychiatre Robert Jay Lifton désigne des formules destinées à bloquer la réfexion. Il s'agit clairement de manipulation (éventuellement inconsciente) et s'utilise afin de soumettre une communauté à un dogme. C'est l'une des techniques utilisées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la dissonance cognitive. Ce dogme peut être considéré comme la proposition et le Thought-terminating cliché comme une généralisation invalide puisque la réflexion qui permettrait d'arriver à toute autre conclusion est étouffée dans l'oeuf. Les références systématiques au populisme ou au nazisme (loi de Godwin) procèdent du même ordre. La Novlangue d'Orwell (1984) est fondée sur ce principe. (La formule utilisée peut en outre générer un second raisonnement falacieux.)

« Insha'Allah »
« On n'a pas toujours ce que l'on veut. »

G8. Misleading vividness

Cette erreur consiste à favoriser la généralisation d'un cas isolé en l'entourant d'images frappantes.

« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suffoquait, pleurait et, en se levant, il a renversé l'aquarium sur la télévision qui a implosé. Depuis, il n'est plus tout à fait le même. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (6)

F. DIGRESSIONS (RED HERRING)
où l'on s'égare sur les petits chemins de traverse...

Une digression est un argument détournant la discussion du point original. Ici encore, cette classe est combinable avec d'autres, notamment avec les tromperies ad hominem ou les arguments d'autorité.

F1. La Charge de la preuve (Burden of proof)

Un niveau de rigueur est nécessaire afin de démontrer un argument. Le raisonnement fallacieux consiste à prétendre abusivement que ce niveau n'est pas atteint et à déplacer la discussion sur ce terrain.

F2. Renversement de la charge de la preuve (Negative proof fallacy)

Cette erreur repose sur la difficulté qu'il y a à savoir qui doit apporter la preuve d'une affirmation. Plusieurs cas peuvent se présenter. Lorsque le cadre rhétorique est déterminé par des règles, il faut s'y conformer (parlement, procès, instruction judiciaire...). Lorsque la logique seule doit s'appliquer, la proposition de Carl Sagan est la meilleure voie à suivre : « Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. »

Dans un cadre strictement scientifique, Karl Popper a démontré qu'une affirmation peut être qualifiée de scientifique à la condition d'être réfutable, c'est-à-dire s'il est possible de consigner une observation ou de mener une expérience qui démontre que l'affirmation est fausse.

« Prouvez-moi que le Monstre du Loch Ness n'existe pas! »

F3. Fausse objection

« Il faut que j'en parle à ma femme... »

F4. Argumentum ad lapidem

Considérer un argument comme absurde sans aucun argument logique.

« C'est mon ami : il ne ferai jamais une chose pareille! »

F5. Hausser la barre (Moving the goal post)

Augmenter en cours d'argumentation les exigences nécessaires à la validation de la conclusion.

« Il me faut un disque dur de 500 Go.
- Celui-ci a une capacité de 750 Go.
- Oui, mais il est cher. »

F6. Snobisme chronologique (Chronological snobbery)

Arguer qu'un argument est faux en vertu du fait qu'un autre argument de la même époque s'est révélé faux lui aussi.

« Vous me dites que la Terre est ronde, mais cette théorie s'est développée à une époque où l'on croyait à la génération spontanée! »

F7. La fausse piste

Introduire un élément totalement étranger à la discussion.

« Peu avant l'accident, j'ai remarqué que le vent se levait. »

F8. Asteraz fallacy

Affirmer qu'une prémisse est exacte parce qu'une autre prémisse l'est.

« Comme vous le savez, 2 x 2 = 4. De même 87 x 93 = 8.000. En conséquence, la somme des deux fait 8.004 »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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Les Raisonnements fallacieux (5)

E. APPELS A L'ÉMOTION
où l'émotion prévaut sur la raison...

L'appel à l'émotion tente de crédibiliser une proposition sur base des émotions qu'elle suscite. C'est l'un des principaux raisonnements fallacieux. Tout d'abord parce qu'elles offrent une articulation facile du discours raisonné à l'expression des sentiments bruts. Ensuite parce qu'il peut prendre de nombreuses formes.

Elles sont plus délicates à déconstruire car les invalider est souvent pris comme une défiance non seulement au raisonnement invalide, mais aussi à l'émotion qui le sous-tend.


E1. Appel aux conséquences (Argumentum ad consequentiam)

Cette erreur de raisonnement est courante et parfois difficile à identifier. Elle consiste à valider une proposition en fonction du désagrément que son infirmation pourrait apporter.

« Dieu existe : tant de gens on éprouvent la présence » peut se déployer de la façon suivante : « Tant de gens sentent que Dieu existe et intègre cette impression à leur façon de vivre qu'il serait dommage que ce ne soit pas le cas : Dieu existe. »

Le mécanisme est assez proche de la dissonance cognitive par laquelle on est amené à estimer bons les choix coûteux que l'on fait. Si l'on paye cher une voiture d'occasion qui s'avère désastreuse, s'avouer que l'on s'est trompé ajoute un constat pénible à la déception :

« Non seulement c'est une épave, mais je suis en plus un fameux imbécile! »

E2. Le doigt dans l'engrenage (Sunk cost fallacy)

Enchaînement de petites compromissions logiques. La première ne semble pas porter à conséquence pour l'interlocuteur, mais les suivantes ont des implications de plus en plus grandes qu'il est amené à accepter s'il ne veut pas admettre qu'il a eu tort d'accepter la première.

Deux groupes d'étudiants fumeurs. On demande au premier d'arrêter de fumer durant une semaine. On demande au second d'arrêter de fumer un jour et, à la fin de la journée, on leur demande de prolonger l'expérience de six jours. Le taux d'acceptation sera supérieur dans le second groupe.

E3. Appel à la terreur (Argumentum ad metum)

« La lutte contre le terrorisme implique la suppression de certaines libertés civiles. »

E4. La raison du plus fort (Argumentum ad baculum)

Cet argument est généralement classé dans les appels à l'autorité. Pourtant c'est plus à l'émotion qu'il s'adresse de par les menaces qu'il dégage.

« La ligne du Parti est la bonne, et le Goulag attend ceux qui en doutent. »

E5. Appel à la flatterie

« ... parce que vous le valez bien!  »

E6. Appel au ridicule

« Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe?  » (l'évêque d'Oxford à Th. Huxley qui défendait le darwinisme)

E7. Appel à la haine (Argumentum ad odium)

« Ce n'est qu'en votant pour moi que vous aurez une chance de vous débarrasser de ces étrangers. »

E8. Appel à la pitié (argumentum ad misericordiam)

« Je roulais trop vite Monsieur l'agent, mais c'était pour être plus vite auprès de mon pauvre papa mourant. »

E9. Appel à la fierté (Argumentum ad Superbium)

« Seuls les esprits éclairés pourront comprendre notre action... »

E9. Préparer le terrain (Poisoning the well)

Où l'on présente l'information de telle sorte que l'interlocuteur sera plus gêné avec une réponse qu'avec une autre.

« Je crois que je vais acheter cette robe. Comment tu la trouves? »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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Les Raisonnements fallacieux (4)

D. ARGUMENTS AD HOMINEM (Argumentum ad hominem)
où les défauts de l'auteur sont évoqués...

Les arguments ad hominem n'appartiennent pas à proprement parler aux appels à l'autorité mais ils procèdent d'un mécanisme similaire, généralement utilisés pour discréditer une proposition. Au lieu d'attaquer la proposition, ils attaquent la personne qui le défend. Certains appels à l'autorité parfaitement symétriques sont d'ailleurs parfois classés dans cette catégorie (argumentum ad crumenam p. ex. selon lequel le riche fait autorité sur le pauvre).

D1. Argumentum ad personam

La personnalité de l'auteur discrédite son propos.

« Et c'est cette canaille qui voudrait nous faire croire que la Terre est ronde! »

D2. Argumentum ad hominem circumstantae

« Il prétend que Dieu n'existe pas, mais il a fait de la prison! »

D3. Appel aux motivations (Appeal to motive)

Où une prémisse est invalidée sur base des motivations du locuteur.

« Il a voté ainsi parce que sa femme en profitera indirectement. »

D4. Tu quoque

L'argument Tu quoque consiste à discréditer une proposition parce que son auteur lui-même a agi en contradiction avec elle.

« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rousseau peut écrire sur l'éducation des enfants alors qu'il a abandonné les siens ? » (Voltaire)

Une autre forme du Tu quoque consiste à démontrer son innocence par le seul fait de la culpabilité de son adversaire :

« Ah! Vous voyez bien qui de nous deux est le menteur! » (lorsque l'adversaire vient d'être pris en flagrant délit)

D5. Culpabilité par association

Décrédibiliser une personne parce que sa proposition est similaire à celle d'une personne ou d'un groupe discrédité, et ainsi discréditer la proposition elle-même.

« Vous dites que les pauvres meurent de faim. C'est un argument de communiste. Vous ne vous attendez pas à ce que l'on prête attention aux propos d'un communiste?! »

« Vous êtes végétarien? Hitler l'était aussi...! »

avk

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1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

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Les Raisonnements fallacieux (3)

C. APPELS A L'AUTORITÉ
où les qualités de l'auteur entrent en jeu...

Les appels à l'autorité sont les arguments fallacieux les plus visibles et les plus simples à démonter : il suffit de mettre en doute que l'élément qui donne autorité donne aussi une connaissance infaillible sur le sujet traité.

Un effet pervers est que, par une sorte de relativisme absolu, les appels légitimes à l'autorité sont régulièrement dénoncés comme abusifs : « Je ne reconnais pas de légitimité à cette cour de justice. »

L'appel à l'autorité n'est un argument fallacieux que lorsque les critères de crédibilité concernant l'énoncé ne sont pas rassemblés.

C1. Argument d'autorité (Argumentum ad verecundiam)

« C'est vraiment le corps du Christ : c'est Monsieur le curé qui l'a dit! »

C2. La raison du plus riche (Argumentum ad crumenam)

« Ce n'est tout de même pas ce clochard qui va me dire comment mener ma vie!? »

C3. La raison du plus pauvre (Argumentum ad lazarum)

« Pour nous, un euro, c'est un euro. Nous connaissons la valeur des choses. Alors, quand on vous dit que le capitalisme est le pire des modèles, nous savons de quoi nous parlons. »

C4. La loi du nombre (Argumentum ad populum)

« L'astrologie existe dans toutes les civilisations. Elle est donc fondée. »

C5. Appel à la tradition (Argumentum ad antiquitatem)

« Avant l'électricité, les gens se débrouillaient très bien. L'électricité est donc superflue. »

C6. Appel à la nouveauté (Argumentum ad novitatem)

« Tu devrais essayer : c'est tout nouveau! »

C7. Appel à la nature (Naturalistic fallacy)

« Cela ne peut pas vous faire de mal : c'est 100% naturel! »

C8. L'honneur par association

« Je ne suis pas un imbécile, puisque je suis douanier. » (Fernand Raynaud)

C9. La vérité pure et simple (Bare assertion fallacy)

Le degré zéro de l'argument d'autorité puisque tout locuteur fait autorité pour autant qu'il affirme que ce qu'il dit est vrai.

« La lune est en fromage blanc.
- Non!?
- Si-si, c'est vrai!
- Ah ben ça alors! »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

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