Racisme et liberté d'expression

Régulièrement, suite à la médiatisation d'événements relatant la réaction du politique à des faits ou propos racistes, les réseaux sociaux répandent des statuts tels que « Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit. »

Le racisme est une opinion.

Je crois personnellement que le racisme est une opinion et un délit. Mais cette tournure est plus gênante car elle place le délit d'opinion au centre du problème, et aucune démocratie n'aime reconnaître qu'elle dispose d'une police de la pensée.

De quoi parle-t-on ? Une « opinion », c'est un ensemble de jugements. Il n'y a rien de scientifique là-dedans. Une opinion ne s'assortit a priori d'aucune valeur de vérité. Des phrases telles que « Les Noirs sont paresseux », « Les Juifs sont roublards » ou « Les Arabes sont des voleurs. » sont à l'évidence des opinions. Qu'un état les sanctionne ne suffit pas à changer leur nature.

Qu'une opinion soit fondée ou non, stupide ou non, méchante ou non est un autre problème (dont ne se préoccupe généralement guère le politique) : les dresseurs d'horoscopes et autres lecteurs d'avenir ne risquent pas la prison s'ils s'en tiennent là. Bref, dire des bêtises ne ressort pas du pénal, et une opinion n'est qu'une opinion.

Ce n'est qu'à partir du moment où une opinion se confronte à la critique scientifique qu'elle peut acquérir quelque valeur de vérité. Et le propre d'une démarche scientifique est de générer des énoncés réfutables, de telle sorte que, passant ces épreuves, l'opinion sera soit invalidée, soit sans cesse remise en question.

En refusant de considérer le racisme comme une opinion, on empêche cette dynamique et on le constitue en dogme. C'est très symptomatique de certaines intelligentsias de renforcer ce qu'elle prétendent vouloir détruire. Sans doute est-il bon d'avoir un ennemi sombre afin de montrer à quel point on est soi-même lumineux... dangereuse politique !

Un raisonnement fallacieux

La mécanique du racisme repose sur un raisonnement fallacieux :

  1. On considère une caractéristique visible d'un groupe humain (p. ex. la peau noire) ;
  2. Sur base de l'observation (biaisée ou non) d'un petit groupe, on associe certaines valeurs à cette caractéristique (le fait de courir vite aux Jeux Olympiques)
  3. On néglige des sous-groupes dépourvus de ces valeurs (peu de Pygmées, bien que noirs, ont remporté le 100 m.)
  4. On néglige des individus non caractéristiques pourvus de ces valeurs (des Blancs ont remporté le 100 m)
  5. La caractéristique (peau noire) étant héréditaire, on sous-entend que les valeurs (courir vite) le sont aussi.

Ce type de paralogisme n'est pas un produit de notre société contemporaine. On en trouve par exemple traces écrites dans l'Ancien Testament ou chez Hippocrate, ainsi que dans la plupart des civilisations.

Bien, le fait qu'un raisonnement soit fallacieux n'implique pas qu'il soit faux. De nombreux racistes pourront rétorquer que c'est nier l'évidence que de refuser que les Noirs sont plus rapides que les Blancs au 100 mètres. Et qu'évoquer les Pygmées, c'est comme évoquer les poissons volants pour tenter de démontrer que les poissons ont des ailes : un contre-exemple n'invalide pas une règle.

Déconstruire le racisme

Certes. L'invalidation du racisme est autre et passe, à nouveau, par la définition des mots employés, et maintenant par le mot « race »

Regrouper les organismes vivants est le rôle de la taxonomie, et cette dernière utilise de nombreux types de classes (taxons) ayant chacune sa définition : règne, embranchement, classe, ordre, famille, genre, espèce, sous-espèce etc. Aucune trace du mot « race » là-dedans !

Si ce terme n'est plus utilisé par les scientifiques, ce n'est pas pour des raisons de bien-pensance, mais parce qu'il est trop peu défini. C'est un peu comme le mot « légume » qui peut désigner tantôt des fruits (tomate p. ex.), tantôt des feuilles, des fleurs ou encore des racines. Aucun scientifique ne parle de légume parce que ce terme ne répond qu'à un paramètre précis et peu important (son type d'utilisation dans notre tradition culinaire) dont on ne peut rien déduire d'autre.

Il n'y a qu'en cuisine que l'on parle de légume, et qu'en élevage que l'on parle de race. Or, il semble pertinent, dans un contexte politique et juridique, d'utiliser des termes scientifiques qui permettent une caractérisation précise. (Après tout, c'est bien ce que cherchent les racistes, non !?)

Alors, sur un plan taxonomique où se situe l'homme ? (Ne m'attaquez pas sur la description entre paranthèses, volontairement très très simplifiée !)

  • Règne : animal (nous devons manger d'autres êtres vivants)
  • Embranchement : cordé (symétrie bilatérale... entre autres!)
  • Sous-embranchement : vertébré (nous avons des vertèbres)
  • Classe : mammifère (nous avons des mamelles)
  • Sous-classe : thérien (nous ne pondons pas d'oeufs)
  • Infra-classe : euthérien (le placenta nous est connu)
  • Ordre : primate (la vision l'emporte sur l'olfaction, etc.)
  • Sous-ordre : haplorhinien (la truffe fait place au nez)
  • Infra-ordre : simiiforme (arrière de l'orbite occulaire fermé)
  • Micro-ordre : catarhinien (narines rapprochées et ouverte vers le bas)
  • Super-famille : hominoïdé (nous avons un coccyx)
  • Famille : hominidé (face prognathe et bipédie)
  • Sous-famille : homininé (humains, chimpanzés et gorilles)
  • Tribu : hominien (humains et chimpanzés)
  • Genre : homo (homme actuel et espèces éteintes)
  • Espèce : homo sapiens (cerveau volumineux, pilosité réduite...)

Fort bien, mais ne peut-on pas continuer ? Si l'on veut poursuivre la taxonomie de façon plus fine, il convient de parler de « sous-espèce » et non de « race ». Ce n'est pas qu'une question de mots puisque le taxon « sous-espèce » est nettement défini comme un « groupe d'individus qui se trouvent isolés et qui évoluent en dehors du courant génétique de la sous-espèce de référence1. »

L'idée de sous-espèces humaines n'est donc a priori pas absurde puisque la plupart des espèces animales possèdent de telles variations. Les mécanismes de l'évolution favorisent les individus qui ont un fitness génétique adapté au milieu, et la dissémination des homo sapiens en des zones très différentes au niveau climatique (et donc écologique) a conduit à privilégier certaines allèles dont témoignent d'évidentes signatures phénotypiques.

Là où il y a un os, c'est que ces variations locales ont été perturbées par de très nombreux phénomènes de migration et de nomadisme qui ont généré un important métissage. Aucun groupe humain référencé n'a jamais vécu isolé assez longtemps, de telle sorte qu'il n'y ait pas de sous-espèces.

En outre, il a été démontré2 que le phénomène de dérive génétique (évolution de la fréquence d'un gène causée par des phénomènes aléatoires comme le hasard des accouplements) produit une érosion de la biodiversité dans les populations importantes et est donc un second facteur antagoniste à l'apparition de sous-espèces humaines.

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Arbre de l'ADN mitochondrial humain (© Wikimedia)

Enfin, on comprendra sans peine que la pression de l'environnement permettra de privilégier des allèles conduisant à une peau plus ou moins pigmentée. Il serait assez difficile de concevoir un environnement privilégiant une valeur morale, ou un environnement privilégiant les individus les plus idiots. De telle manière que, même s'il existait des sous-espèces humaines, celles-ci ne pourraient que difficilement servir d'assise scientifique à des préjugés racistes.

D'autre part, on constate aussi que l'Afrique contient 100 % de la diversité génétique humaine, ce qui semble logique quand on considère la grande diversité d'environnements de ce continent3.

Quant aux subdivisions taxonomiques plus fines encore (variété, sous-variété, forme, sous-forme), elles n'ont de sens qu'en botanique et en mycologie.

Si donc parler de races n'a rien de scientifique pour des espèces possédant des embranchements en sous-espèces, c'est totalement insensé pour l'être humain qui ne subdivise guère qu'en populations.

Il faut encore ajouter que la notion-même d'espèce est de plus en plus remise en question. En effet, l'espèce se définit comme l'ensemble des individus potentiellement inter-féconds, mais de trop nombreux contre-exemples (les tigrons, nés d'un tigre et d'un lion sont non seulement viables mais fertiles et peuvent se reproduire avec un tigron, un tigre ou un lion !) fragilisent cette définition. Alors, la race…

La banalité du racisme

Mais alors, pourquoi le racisme est-il si répandu ? Le raisonnement fallacieux cité plus haut n'est probablement qu'un mécanisme de renforcement a posteriori. Le racisme pourrait être beaucoup plus répandu, voire universel et contré seulement au prix d'efforts. Bien sûr, cette idée d'un racisme naturel qui demande à être corseté ou étouffé n'est guère confortable. Pourtant, certaines expériences4 tendent à démontrer que de nombreuses personnes ayant un discours égalitaire et anti-raciste (re)tombent très facilement dans des postures racistes quand elles relâchent leur attention. Et ce racisme implicite semble exister chez les enfants indépendamment de l'éducation qu'ils reçoivent5.

Nous savons que les stéréotypes et les préjugés sont des stratégies rapides (et donc souvent un peu idiotes) qui nous permettent de prendre des décisions sans connaître tous les éléments nécessaires.

Le racisme se développe d'autant plus que les capacités de réflexion et que l'accès à une culture scientifique s'appauvrissent ; d'autant plus aussi que les schémas mentaux répondent à des dogmes rigides plutôt qu'à des énoncés réfutables.

Ceci implique que le respect des individus au-delà des différences phénotypiques et/ou culturelles n'est pas inné. Ce respect demande un travail d'éducation faisant appel à la logique, au raisonnement et à la culture.

De la criminalisation du racisme

Cet effort ne peut se faire à coup de décrets, ni en récitant comme un mantra orwellien que le racisme est un délit et non une opinion.

Une société qui choisit d'interdire (voire de criminaliser) plutôt que d'éduquer crée plusieurs problèmes :

  1. Les racistes resteront racistes. Simplement, ne pouvant en parler ouvertement qu'entre eux, ils développeront des mécanismes de groupe, soudés par l'adversité qu'il ressentent à l'égard de la société. Les plus subtils feront recette en surfant sur le fil de la légalité, obligeant le législatif à revoir sans cesse son arsenal à coup de mesures ad hoc.
  2. La société rogne sur une liberté importante qui est celle d'expression. Elle s'instaure en garant du bien et du mal, considérant qu'une insulte comme « sale nègre » est plus grave que « sale rouquin ».
  3. Elle rabaisse la science au rang de simple opinion puisqu'elle (la société) préjuge que les récits scientifiques n'ont aucune supériorité leur permettant de venir à bout des préjugés racistes.

En fait, je crois que, si de nombreuses sociétés préfèrent l'interdiction à l'éducation, c'est simplement parce que beaucoup de politiciens sont eux-même incapables de dire en quoi le racisme est une erreur. Plus généralement, je crois aussi que beaucoup utilisent - dans d'autres matières - des raisonnements fallacieux comparables à ceux qui sous-tendent le racisme.

Le racisme est sans doute un bon indicateur du degré d'inculture d'une civilisation, c'est entendu. Mais le fait de vouloir taire des opinions considérées comme dangereuses est un indicateur encore plus pertinent car il ne mesure pas des individus lambda mais ceux-là même que la démocratie a élu pour en rédiger ses lois.

Il faut réapprendre comment s'articule un raisonnement, comment confronter des idées les unes aux autres mais aussi à l'observation et à l'expérience. Pour tout cela, il est impératif que les mots gardent leur signification. « Quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté. » a justement écrit Confucius.

Que des individus feignent de l'ignorer pour justifier le racisme est une bêtise.

Que la société feigne de l'ignorer au nom de la démocratie est une infamie.

avk

 


  1. International Code of Zoological Nomenclature.
  2. Strachan and Read. Human molecular genetics.
  3. Edwards, AWF (2003). Human genetic diversity: Lewontin's fallacy. BioEssays 25 (8): 798–801.
  4. Devine, Patricia G.; Forscher, Patrick S.; Austin, Anthony J.; Cox, William T. L. (2012). Long-term reduction in implicit race bias: A prejudice habit-breaking intervention in Journal of Experimental Social Psychology 48 (6): 1267–1278.
  5. Smith, Jeremy A.; Jason Marsh; Rodolfo Mendoza-Denton. Are We Born Racist?: New Insights from Neuroscience and Positive Psychology Paperback. Beacon Press, Berkley.

L'inconfortable posture NOMA

Du respect

Le respect est une valeur que la plupart des civilisations, des religions et des mouvements philosophique tiennent en haute estime. Elle implique que l'on accepte qu'une personne pense différemment, ce qui est très bien car cela permet d'éviter des conflits bien coûteux.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul avantage puisque la personne qui en fait montre se hisse au-dessus de possibles querelles, affirmant par là une compréhension et donc une intelligence qui ne sont pas données à tout le monde. Être respectueux est donc doublement gratifiant.

Sur le plan religieux par exemple, les croyants entretenant commerce spirituel avec d'autres confessions sont tenus pour plus éclairés que ceux-là qui se battent, à Jérusalem, Belfast ou dans les Balkans pour faire prévaloir leur interprétation de tel texte considéré comme sacré. Qui n'a pas été ému par ces images de Juifs et de Musulmans fraternisant sur un champ de ruines ou dans un film de Gérard Oury ?

Je me souviens d'un raisonnement fallacieux véhiculé par des autocollants que l'industrie cigarettière avait distribués lorsque les politiques s'interrogeaient sur la pertinence d'interdire le tabac dans les restaurants : « Fumeur ou pas, restons courtois. » Cette phrase est fallacieuse en ce sens qu'elle ignore l'une des prémisses du débat sur la tabagie dans les lieux publics : le fait d'enfumer ses voisins de table est un manque de courtoisie.

Un autre raisonnement fallacieux consiste à assimiler une chose à une autre. Par exemple, à assimiler les personnes à leurs idées, on en vient à considérer que ce sont les idées qu'il convient de respecter avant les hommes. La notion de blasphème n'est rien d'autre. Et le respect des idées, c'est l'exact opposé de la démarche scientifique qui recherche la confrontation (la fameuse réfutabilité poperrienne).

L'eau dans le vin

Quiconque a déjà mis de l'eau dans son vin sait pertinemment qu'il n'a réussit qu'à gâcher chacun des deux breuvages. Pourtant, c'est bel et bien ce que cherchent à faire de nombreux scientifiques athées confrontés à des interlocuteurs croyants. Prenons l'exemple du catholicisme. Un catholique se distingue principalement d'un chrétien par le fait qu'il accepte certains dogmes comme l'Assomption de la Vierge (qui implique que celle-ci soit montée au ciel corps et âme) ou la transsubstantiation (qui implique une transmutation réelle, non symbolique, du vin en sang et de l'hostie en chair).

Un scientifique athée ne peut (comme scientifique) ni ne veut (comme athée) accepter l'idée que le vin se change systématiquement en sang à chaque rituel eucharistique. Pourtant, alors qu'il n'hésitera pas à donner son avis sur le réchauffement climatique, sur la vie extraterrestre, sur l'intelligence artificielle ou sur les neutrinos supraluminiques, il se censurera s'il est question de la montée de la Vierge ou de la survivance d'une âme après la mort. Sans doute sous le couvert que ne pas respecter des idées qui sont aussi ancrées dans l'identité d'un homme, c'est aussi manquer de respect à cet homme.

NOMA

L'avancée des sciences de l'évolution et des neurosciences depuis les années 80 ont exacerbé ce type de confusion à tel point que certains chercheurs américains, par ailleurs croyants, ont proposé un étrange modèle qui semble se populariser dans de nombreuses sphères académiques.

Dans Rocks of Ages: Science and Religion in the Fullness of Life1, Stephen Jay Gould affirme que « la science et la religion ne se regardent pas de travers mais s'entrelacent dans des figures complexes qui s'offrent des similitudes croisée à chaque échelle fractale. » Bref, pour le respectable paléontologue, science et religion ne sont pas en concurrence mais bien dans des rapports de complémentarité et d'homologie. Il appelle donc religieux et scientifiques de bonne volonté à considérer ce qui lui apparaît comme une évidence et à avancer main dans la main dans cette posture diplomatique désormais connue sous l'étiquette de Non-overlapping magisteria (NOMA) ou d'accommodationisme.

Bien sûr, Gould peut mettre en doute certains dogmes catholiques mais il reste selon lui des éléments tels que l'âme qu'il considère à la fois exister et être en dehors du magistère de la science : « Moreover, while I cannot personally accept the Catholic view of souls, I surely honor the metaphorical value of such a concept both for grounding moral discussion and for expressing what we most value about human potentiality: our decency, care, and all the ethical and intellectual struggles that the evolution of consciousness imposed upon us. »2

Le NOMA reçut un crédit inespéré quand, en 1999, la National Academy of Sciences déclara que « Scientists, like many others, are touched with awe at the order and complexity of nature. Indeed, many scientists are deeply religious. But science and religion occupy two separate realms of human experience. Demanding that they be combined detracts from the glory of each. »3 C'est beau comme du Walt Disney.

Tel est donc le partage des braves demandé par le NOMA : la science garde l'empirisme et la modélisation du monde matériel ; la religion se voit attribuer les questionnements fondamentaux et la morale surnaturelle.

... ou plutôt OMA

Quelques éléments devraient toutefois être considérés par les scientifiques séduits par le visage avenant de NOMA.

  1. Les religions ont des causes et des effets qui sont notamment historiques, économiques et psychologiques. La démarche scientifique cesser d'étudier l'histoire, de dresser des modèles économiques et se détourner de la biochimie du cerveau ? Une réponse positive marquerait un recul par rapport aux acquis des Lumières. Une réponse négative ne satisfera pas de nombreux croyants. Il y a overlapping.
  2. Les religions reposent chacune sur un corpus de récits qui sont scientifiques de nature : miracles, sacrements, prières et autres événements surnaturels qui ont pour principale caractéristique d'être réels, mesurables et en contradiction avec les principes de la science en vigueur. Les plus hauts dignitaires religieux ne semblent guère prêts à déclarer que tout ceci n'est que métaphores et symboles. Ici encore, il y a overlapping.
  3. Pourquoi la religion serait-elle le seul objet que la science ne pourrait pas étudier, critiquer et aborder rationnellement ? Si l'objet religieux transcende le monde naturel, une étude matérialiste ne pourrait en aucun cas lui nuire. Après tout, étudier le phénomène amoureux ne nuit guère aux sentiments. L'overlapping ne devrait pas gèner la foi.
  4. NOMA présuppose que le monde n'est pas totalement rationnel, puisque les questionnements fondamentaux n'y sont pas objets de démarche empirique. C'est là un postulat qui semble taillé pour les religions et qui, dès lors, ne pourra jamais être réfuté. Le NOMA se verrouille de lui même, ce qui le rend encore un peu moins sympathique. Ce verrouillage est un overlapping.
  5. La démarche scientifique repose sur le critère de réfutabilité, lequel ne doit être en rien limité. Si j'énonce que « La Lune est en fromage blanc », tout le monde est en droit de tenter de réfuter cet exposé sans aucune restriction. Je pourrai à mon tour essayer de réfuter ces réfutations. Cette dynamique contradictoire s'enrichira d'observations, expérimentations et modélisations qui renforceront l'une ou l'autre thèse. Mais si l'on s'interdit de toucher à certains objets de notre monde, on pourra parfois se trouver en face d'énoncés qui ne pourront plus être réfutés. Et petit à petit, le domaine scientifique s'effilochera au détriment du magistère religieux. Nouvel overlapping.
  6. À l'image de l'Intelligent Design qui n'est autre que du créationnisme outrageusement maquillé, NOMA semble bien être une version moderne de cette vieille histoire où l'on pouvait goûter de tous les fruits du jardin sauf d'un seul: celui de la connaissance.

Le propre de la démarche scientifique est – quand elle n'est pas dévoyée – d'accepter tout énoncé qui se prête à la réfutation. C'est un système ouvert. Le propre d'un système religieux – quand il n'est pas dévoyé –, c'est de reposer sur des récits qui ne sont pas réfutables.

C'est un vieux débat de savoir si les démocraties doivent accepter en leur sein des partis qui veulent sa mort. De nombreux dictateurs sont venus ainsi au pouvoir, démocratiquement élus, pour voter l'abolition de la démocratie. Personnellement, je pense ce risque acceptable, du moins dans des sociétés disposant d'un certain niveau d'éducation et de canaux d'informations contradictoires. Même si le risque est réel, c'est acceptable car les partis démocratiques pourront combattre leurs adversaires à armes égales. Ce serait en revanche inacceptable si ces partis étaient protégés par une clause de non-agression.

Croyants et scientifiques doivent convenir – peu importe que ce soit pour des raisons distinctes – que le monde est unique et cohérent. Y construire un mur de Berlin tel que le NOMA est une insulte à l'intelligence et, m'ont confié des amis croyants, à la foi.

Le respect des hommes et des femmes est le ciment d'une civilisation ouverte.
Le respect des idées est le terreau du dogmatisme.

Et si vous n'êtes pas d'accord, bienvenue !

avk

Références

Wikipedia


  1. Gould, Stephen Jay (2002). Rocks of Ages: Science and Religion in the Fullness of Life. New York: Ballantine Books. ISBN 034545040X. 
  2. Gould, Stephen Jay (1997). "Nonoverlapping Magisteria." Natural History 106 (March): 16–22. 
  3. Steering Committee on Science and Creationism (1999). "Science and Creationism: A View from the National Academy of Sciences". NAS Press. Retrieved 2007-11-16. 

Quand les ténèbres viendront.

« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d'un millénaire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des générations le souvenir de la Cité de Dieu ! » -- Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une information qui me ramène à cette nouvelle d’Isaac Asimov dont le titre original, Nightfall, avait bénéficié de cette traduction : « Quand les ténèbres viendront. » L'auteur y prenait la citation d'Emerson à contre-pied pour dépeindre la fragilité du savoir et des civilisations.

Perry and his book

Aujourd'hui, c'est Rick Perry, gouverneur du Texas, qui donne son avis sur le réchauffement climatique : « Je crois qu'il y a un certain nombre de scientifiques qui ont manipulé les données afin de récolter de l'argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scientifiques remettent en question l'idée originale que c'est le réchauffement climatique induit par l'homme qui est la cause du changement climatique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà chevauché dans son dernier livre [1] où il qualifiait la recherche climatique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s'effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connaissance. Croire, c’est choisir une posture malgré son ignorance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contradicteurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai simplement dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on instille le doute, on décrédibilise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connaissance sur seule base d’une croyance, c'est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le problème n’est pas de mettre en doute le modèle dominant. Après tout, c'est plutôt sain qu'il n'y ait pas unanimité totale autour de modèles aussi complexes que ceux de la climatologie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spécialité. Mais si les arguments de ce dernier sont de niveau à faire s'interroger un auditeur de TF1 moyennement cultivé, ceux de Rick Perry sont tout simplement inexistants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des raisonnements. Non, Rick Perry croit en certaines choses et pas à d’autres. Voila ! D'un côté, un millier de scientifiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d'années sur des peta-octets de données dans un esprit de concurrence où l'erreur de l'un fera la renommée de l'autre ; et de l'autre, des gens comme Perry qui disent simplement : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbécile ; il a suivi un parcours universitaire, dispose de talents d’orateur et des compétences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négligeable. Mais c’est très inquiétant.

Car comme des centaines de millions de personnes, Rick Perry est convaincu de l'inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible originelle est un texte parfait ne comportant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse présenter quelque erreur de traduction ou coquille éditoriale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gouverneur du Texas. Et pour tout dire, elle pourrait bien l’aider à atteindre la Présidence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chipoteries comme la réfutabilité poperienne et autres théories de la validation du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pourrait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créationniste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don't know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créationnisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe commencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la climatologie et à la biologie, c’est maintenant la géologie qui est priée de faire montre de tolérance : oui, la tectonique des plaques, tout ça...

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rudement plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argument. Et puis, tous les amis, les voisins, les collègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krugmann explique très bien que le Parti républicain est en train de devenir un parti anti-science. Seulement voilà, cette tendance ne se limite pas à une classe politique. Pendant que les chapeliers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libéraux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des architectes feng shui, introduisent le chamanisme dans l’entreprise et alternent chimiothérapie avec séminaires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scientifiques découvrent émerveillés l’existence des étoiles, la population terrifiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera totalement mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus personne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
----

[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

Science, conscience et non-science

Science is the belief in the ignorance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Princeton jusqu’en 2007 un laboratoire particulier nommé PEAR : Princeton Engineering Anomalies Research. Ce laboratoire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phénomènes difficiles à prévoir et parfois étranges dans des circuits électroniques [1]. Les activités du laboratoire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la problématique initiale devient de mieux en mieux comprise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les interactions complexes qui peuvent exister entre des circuits électroniques et leurs utilisateurs, en relation avec leur état de conscience.

Une expérience célèbre de PEAR est basée sur des générateurs de nombres aléatoires [2]: ce sont des circuits électroniques qui génèrent de manière imprévisible une séquence de 0 et de 1, avec une probabilité de 1/2 extrêmement bien calibrée.  L’expérience consiste à demander à un utilisateur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime explicitement un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le générateur. Les résultats ont été accumulés au cours d’une dizaine d’années, par une centaine d’expérimentateurs.

A expérience surprenante, résultats surprenants : la fréquence de 0 et de 1 dans la séquence générée est corrélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quantité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indiscutable d’un point de vue statistique. On observe aussi une grande variabilité d’un individu à un autre : certains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), certains obtiennent préférentiellement des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résultats vous choquent au point que vous soupçonniez une falsification obscurantiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des préjugés profondément ancrés sur la manière dont le monde doit fonctionner. Heureusement, la science est là pour voir les choses en toute objectivité. En l’occurrence, la méthode utilisée par Jahn est scientifiquement irréprochable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures universités au monde. En plus, et le fait est suffisamment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues disponibles à quiconque voulait les analyser à sa manière. Sur cette base, des arguments ont été proposés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses collaborateurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balayeraient certains résultats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beaucoup de méthodes statistiques généralement acceptées.

Le fait intéressant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot- incroyables. Dans ces conditions, la réaction des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argumentation technique pourquoi les conclusions sont fausses, et non pas à savoir honnêtement si elles le sont. Je me souviens avoir discuté en mangeant avec un professeur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, physicien et père de Michel, sur les sourciers [5] : je racontais les expériences ingénieuses faites par ce dernier pour essayer de déterminer s’il y avait oui ou non un « signal du sourcier ». Le fait même de trouver que cette question méritait une réponse argumentée m’a valu d’être classé définitivement dans la catégorie des crétins par mon interlocuteur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scientifique reconnue n’a jamais accepté de publier les résultats de PEAR, indépendamment d’une transparence méthodologique absolue.

Contrairement à une idée reçue, les revues scientifiques publient régulièrement des résultats faux, et c’est normal : c’est uniquement par la publication que d’autres équipes peuvent répéter les expériences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut apparaître concernant la signification et la portée éventuelle des résultats initiaux. Dans le cas des résultats de PEAR, personne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Benveniste dans l’affaire que des journalistes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Benveniste a eu beau contrer un par un les arguments de ses pairs et détracteurs, faire reproduire ses expériences par d’autres laboratoires que le sien [6], analyser différemment les données en s’associant à une équipe reconnue de statisticiens [7], changer de modèle biologique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui reprochait c’était ses résultats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Revenons à PEAR. Les résultats sont fascinants, mais pas nécessairement choquants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La première éventualité n’est pas très différente d’un problème bien connu en mécanique quantique : un observateur modifie l’état d’un système physique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éventualité, elle peut paraître plus surprenante mais elle n’est pas inédite : un exemple classique est le positron qui par beaucoup d’aspects peut être compris comme un électron qui remonterait le temps. On parle parfois aussi très sérieusement de rétrocausation, c'est-à-dire d’événements présents influencés par le futur, pour analyser notamment des situations d’enchevêtrement quantique [10]. Pourquoi accepte-t-on des explications de cet ordre dans certains domaines et qu’on les rejette de manière épidermique dans d’autres ?

La seule explication qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scientifiques doutent de la méthode scientifique elle-même et que dans ces conditions c'est  toujours le « bon sens » et la conviction, c'est à dire les préjugés, qui ont le dernier mot. Le raisonnement libre et non orienté n'est possible que dans des contextes où il n’y a pas de conviction a priori possible. On accepte des recherches débridées sur les particules élémentaires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le raisonnement vient souvent rationaliser a posteriori ce qui est tenu intuitivement pour vrai [11]. Refuser de parler objectivement des sourciers était, pour ce professeur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capacités d’analyse.

Or, des faits bien documentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la conviction, même en ce qui concerne notre environnement immédiat. Les cas de construction de souvenirs, par exemple, montrent à quel point une conviction peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi instructive [12]. Un autre exemple intéressant est celui des spectacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonctionne parce que le magicien cache à sa victime ce qu’il fait. Des systèmes de eye-tracking montrent pourtant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direction, ce qui suggère que le truc exploite un mécanisme cognitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vraisemblable que des mécanismes du même ordre soient à l’œuvre dans la perception que nous avons de notre environnement physique immédiat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phénomènes macroscopiques qui échappaient à notre conscience, pour des raisons qui gagneraient elles-mêmes à être élucidées. La première étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong question, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Correlations of Random Binary Sequences with Pre-Stated Operator Intention: A Review of a 12-Year Program. J. Scientific Exploration, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Differences in Human/Machine Anomalies, J. Scientific Exploration, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jefferys, Bayesian Analysis of Random Event Generator Data, J. Scientific Exploration, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sourciers, Presse Universitaire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des conditions imposée par Nature à Benveniste pour publier ses résultats était qu’ils soient confirmés préalablement par d’autres laboratoires que le sien ; l’article par lequel le scandale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) présentait donc les résultats de 4 équipes de recherche : celle de Benveniste, une italienne, une canadienne, et une israélienne.
[7] J. Benveniste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cornillet, B. Poitevin, A. Spira, L’agitation de solutions hautement diluées n’induit pas d’activité biologique spécifique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beauvais, L'âme des molécules - une histoire de la "mémoire de l'eau", Collection Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; disponible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scientific Exploration, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, chapitre 27, Pygmalion : 1979) rapporte un cas frappant de deux conceptions biologiques pourtant contraires -à propos des rapports entre phylogenèse et ontogenèse- qui furent utilisées successivement pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colonisation de l’Afrique.
[12] TED.com: Oliver Sacks, What hallucination reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nouvelle science : la neuromagie, Pour la Science, 377, mars 2009.

Du nombre d’accordeurs de pianos à Chicago à l’avenir de l’humanité

Peu de gens croient savoir le nombre d’accordeurs de piano qu’il y a Chicago. Pourtant, si on ne s’intéresse qu’à un ordre de grandeur, c’est un nombre facile à estimer. Le résultat en soi présente assez peu d'intérêt, mais la méthode est intéressante.Il y a vraisemblablement 2 millions d’habitants à Chicago, c’est à dire 500 000 familles, dont sans doute une sur 100 possède un piano, il y a donc 5000 pianos. Chaque piano doit être accordé tous les 2 ans, et ça nécessite 1/2 journée de travail. L’accordage de tous les pianos de Chicago représente donc 1250 journées de travail par an, c'est grosso modo du travail à temps plein pour 4 personnes. En comptant que ces gens ne font vraisemblablement pas ça à temps plein, 10 accordeurs serait un chiffre plausible. Compte tenu des incertitudes sur les chiffres utilisés, il y en a peut être 1, ou peut être 100, mais pas 1000 !

On peut utiliser le même type de raisonnement pour estimer la production céréalière mondiale, le nombre de centrales nucléaires qui alimentent la téléphonie mobile, la part des serviettes jetables dans le prix des Big Macs, et même le nombre de civilisation extraterrestres dans notre galaxie. On raconte qu’Enrico Fermi mangeait silencieusement en compagnie de collègues avec qui il construisait la bombe atomique, quand il s’est soudain écrié « Mais où sont-ils ? » [1]. Il venait d’estimer que la Terre aurait déjà du être explorée à de nombreuses reprises par des extraterrestres.

L’estimation à la Fermi du nombre de civilisations extraterrestres dans notre galaxie porte aujourd’hui le nom d’équation de Drake [2]. Elle comporte une succession de facteurs tels que (1) le nombre d’étoiles crées chaque année, (2) la fraction des étoiles qui ont des planètes habitables, (3) la fraction de celles-ci où la vie apparaît, et (4) la durée de vie d’une civilisation capable de communiquer sur des distances interstellaires. On fait généralement l’hypothèse que la Terre n’est pas exceptionnelle, c'est-à-dire que chaque étoile possède de l’ordre d’une planète où la vie apparaît. Selon les estimations, on trouve entre 100 et 10000 civilisations extraterrestres dans notre environnement immédiat [3]. Si on étend ce calcul à tout l’Univers visible, il faut multiplier ce chiffre par 100 milliards !

Parmi les nombreuses courses est-ouest de la guerre froide, il y avait notamment la recherche des extraterrestres. C’est dans ce contexte qu’est né le projet américain « Search for Extra-Terrestrial Intelligence » (SETI), pendant que les Russes avaient un projet similaire [4]. Et en tout ce temps, personne n’a rien vu : « Mais où sont-ils ? » [5]. On admet généralement que les difficultés technologiques liées aux voyages interstellaires ne peuvent pas être la réponse. Il y a là-haut des systèmes solaires deux fois plus âgés que le notre, ce qui permet d’imaginer qu’il existe des technologies autant supérieures à la notre, que la notre est supérieure à celle des algues bleues. Bref, c’est un vrai mystère.

L’explication la plus simple serait que notre forme de vie est très rare. Et il n’y aurait que deux explications possibles : soit il y a dans l’évolution de la vie terrestre une étape que nous avons déjà traversée qui était hautement improbable, soit la durée de vie d’une civilisation à haute technologie est très courte. Dans un texte intéressant [6], Nick Bostrom explique pourquoi il espère qu’on ne trouvera pas trace de vie sur Mars. Si on trouvait de la vie sur la première planète qu’on explore autre que la terre, ça voudrait dire que la vie est un phénomène banal dans l’Univers. Tout cela augmenterait la vraisemblance du deuxième scénario, et nos jours seraient comptés [7].

Cedric Gommes

Sources

[1] Wikipedia : Fermi_paradox
[2] Wikipedia : Drake_equation
[3] L. Gresh & R. Weinberg, « The science of the Superheroes », Wiley 2002.
[4] Wikipedia : SETI
[5] Leo Szilard aurait répondu à Fermi « they are already among us - but they call themselves Hungarians ».
[6] nickbostrom [PDF]
[7] Philippulus le Prophète, « La fin est proche », In: L’étoile mystérieuse, Hergé.

Pourquoi croit-on que les voitures vont plus vite dans la file d’à coté ?

Sans doute parce qu’elles vont effectivement plus vite dans la file d’à coté. Et si vous passez d’une file à l’autre, ça n’y changera rien : la plupart du temps, vous serez dans la file la plus lente. Comme tout le monde d’ailleurs.
C’est parce qu’une file est dense qu’elle est lente, parce qu’on ajuste sa vitesse à la distance qui nous sépare de la voiture de devant. C’est pour la même raison que le traffic est plus rapide dans un tronçon peu dense, où la distance entre véhicules est grande. Dans une situation de traffic hétérogène, les voitures lentes sont donc nécessairement plus nombreuses que les voitures rapides. Pour fixer les idées, imaginons que les files lentes contiennent 2/3 des voitures, et que les files rapides en contiennent 1/3.

Chaque conducteur est alternativement dans une zone rapide et dans une zone lente. Soit qu’il change de file, soit que son tronçon devienne temporairement plus rapide ou plus lent. Comme la proportion globale de véhicules dans les tronçons rapides et lents est de 1/3 et 2/3, chaque conducteur individuellement passe 2/3 du temps à rouler plus lentement que les autres, et seulement 1/3 du temps à rouler plus vite. Bref, 2 fois sur 3, les voitures d’à coté vont bel et bien plus vite.

Cedric Gommes

Source

http://plus.maths.org/issue17/features/traffic/index.html

Les Raisonnements fallacieux (9)

I. SUBJECTIVISMES ETC.
où la seule chose qui compte finalement, c'est d'imposer ses idées...

I1. Subjectivisme

L'exemple parfait du subjectivisme est incarné par Martin Luther King lorsqu'il s'écrie : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ». Pris dans la ferveur, nous pouvons oublier que le Ku Klux Klan pourrait s'écrier tout aussi subjectivement : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que certaines races sont supérieurs à d'autres. »

Bref, le subjectivisme est désarmant de naïveté et ne prêche que les convaincus ou les personnes dénuées de tout esprit critique.

Deux subjectivismes particuliers ont été définis : celui du psychologue (Psychologist's fallacy) et celui de l'historien (Historian's fallacy). Le premier consiste à penser que le sujet réagira à un stimulus de la même façon que l'observateur : « Il sursautera dès que l'image du serpent apparaîtra. »

Le subjectivisme de l'historien est analogue. Il consiste à penser que les décideurs du passé disposaient des mêmes informations et de la même perspective que l'historien actuel : « Napoléon a été idiot de se lancer dans cette bataille! » Le subjectivisme de l'historien est proche du déterminisme rétrospectif que peut revêtir le Post hoc ergo propter hoc.

I2. Appel à l'ignorance (Argumentum ad ignorantiam)

Ici, le subjectivisme s'engouffre dans l'impossibilité que l'on a de déterminer une valeur de crédibilité aux prémisses.

« Ce n'était ni un avion ni un hélicoptère, c'était donc une soucoupe volante! »

I3. Raison par forfait (Argumentum ad nauseam, Argumentum verbosium)

Au manque de références de l'appel à l'ignorance s'oppose la masse impraticable de références de la raison par forfait :

« Votre avis aura du crédit quand vous aurez étudié comme moi l'intégralité des traductions des oeuvres de Shakespeare et leurs variantes dans leurs éditions successives. »

I4. Argumentum a silentio

L'argumentum a silencio consiste à déduire l'ignorance d'une personne de son silence. C'est très tentant, je sais...

« Comment s'appelle l'oiseleur de la Flûte enchantée?
- Je le sais mais je ne veux pas le dire.
- Tu ne le sais pas, tout simplement! »

I5. Argumentum ad logicam

Argument affirmant que si un argument est fallacieux, sa conclusion doit être fausse.

« Vous me dites que Dieu existe sur seule base des affirmations de la Bible. C'est bien la preuve de Dieu n'existe pas! »

I6. Pensée magique

La simple volonté prend ici valeur de prémisse. Ici, l'argumentation n'offre guère de prise à une réfutation utile. Nous sommes proches de la prière...

« Je n'ai jamais eu d'accident mortel, ce n'est pas ce soir que j'en aurai un! »

I7. Plurium interrogationum

Il s'agit d'une question chargée de prémisses non démontrées, ou orientant la réponse. La seule façon de s'en sortir est de recadrer la question.

« Frappez-vous encore votre femme? »

I8. Caricature (Strawman)

Tromperie fondée sur une représentation déformée de l'argument de l'adversaire.

« - J'estime que la nudité pourrait être autorisée sur cette plage.
- Non. Nos enfants ne peuvent être confrontés à des scènes d'orgie. »

I9. L'Homme masqué (Masked man fallacy)

L'utilisation de désignateurs distincts dans une structure logique parfaite peut mener à une erreur lorsqu'ils recouvrent un seul et même objet.

« Je connais mon père, je ne connais pas le voleur. Donc, le voleur n'est pas mon père. »

I10. Deux faux font un vrai (Two wrongs make a right)

Cette tromperie se rapproche du Tu quoque sans être pour autant ad hominem. Elle consiste à excuser une faute par l'exposé d'une autre.

« Mais vous mentez!?
- Et vous, avez-vous tenu vos promesses? »

I11. Appel à la modération (Argumentum ad temperantiam)

Cette erreur consiste à considérer que la vérité doit se situer entre deux positions opposées.

« Dix mille manifestants selon la police, 30.000 selon les organisateurs... nous pouvons raisonnablement penser qu'ils étaient grosso-modo 20.000 à s'être déplacés. »

I12. Manipulation des probabilités

« Il y a une chance sur mille qu'une bombe soit dans cet avion et une chance sur un million qu'il y en ait deux. Je prends donc une bombe avec moi par prudence. »

I13. Biais de la solution parfaite (Nirvana fallacy, Perfect solution fallacy)

Rejet d'une solution au seul motif qu'elle n'est pas parfaite.

« Les préservatifs sont à éviter : il arrive que certains se déchirent. »

I14. Effets de manches (Style over substance fallacy)

« Parce que j'aime autant vous dire que pour moi, Monsieur Eric, avec ses costumes tissés en Ecosse à Roubaix, ses boutons de manchette en simili et ses pompes à l'italienne fabriquées à Grenoble, eh ben, c'est rien qu'un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation, parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons... » (Audiard, Le Cave se rebiffe)

I15. Faux dilemme

Limiter les solutions possibles à une alternative arbitraire.

« Alors, finalement, vous êtes pour ou contre les légumes? »

I16. Fausse corrélation

« Tous les chauves ont bu du lait étant enfant. Le lait favorise donc la calvitie. »

I17. Non Sequitur

« Il fait beau aujourd'hui. Il pleuvra donc demain. »

I18. Négation de la preuve

« Il n'est pas mort parce que je l'ai poussé par la fenêtre, il est mort parce qu'il a touché le sol! »

I19. Traitement spécial (Special Pleading)

Appliquer à un échantillon des règles différentes de celles qui s'appliquent à la population générale, sans justification adéquate.

« Je trouve normal que chacun soit responsable des dégâts qu'il commet, et je reconnais avoir cassé la voiture de mon voisin. Toutefois, j'espère que vous ne me demanderez pas de financer les réparations. »

I20. L'effet Eliza

Ce biais de raisonnement consiste à donner à un énoncé plus de sens qu'il n'en a vraiment. Eliza est un logiciel algorithmique simulant une conversation avec un psychiatre.

Eliza : Comment vas-tu aujourd'hui?
Humain : Je me sens seul.
Eliza : Dis-moi plus sur ce sentiment.
Humain : Je crois qu'il n'y a que toi qui me comprenne.

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (8)

H. ERREURS DE LOGIQUE
où l'on se perd dans la pure logique...

H1. Affirmation d'une disjonction

Erreur de logique propositionnelle : prendre un ou inclusif pour un ou exclusif.

« J'ai entendu qu'il pleuvra demain. On ne verra donc pas le soleil. » (Dans une journée, les deux sont possibles.)

H2. Affirmation du conséquent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, il ne peut être qu'une conséquence de A.

« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme j'ai de la fièvre, je dois avoir une grippe. »

H3. Négation de l'antécédent

Erreur de logique propositionnelle : estimer que si B est une conséquence de A, l'absence de A implique l'absence de B.

« Si j'ai une grippe, je serai fiévreux. Comme je n'ai pas de grippe, ce thermomètre se trompe. »

H4. Erreur existentielle

Erreur de quantificateur : dans un syllogisme, une prémisse manque pour aboutir à la conclusion.

« Les licornes sont des animaux, donc certains animaux sont des licornes. »

(Dans le cadre d'un syllogisme catégorique, on parlera de Fallacy of the undistributed middle)

H5. Conversion illicite

Erreur de quantificateur : estimer que si un argument est vrai, son inverse l'est aussi.

« Tous les carrés sont des rectangles, et vice-versa. »

H6. Quantifier shift

Résolution fautive des quantificateurs

« Chaque personne a une femme qui est sa mère. Donc, il y a une femme qui est la mère de chaque personne. »

H7. Quaternio terminorum (Fallacy of four terms)

L'erreur se glisse lorsqu'un quatrième terme apparaît subrepticement dans un syllogisme qui doit en comporter trois.

« Les philosophes sont mortels, Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. »

H8. Conclusion affirmative d'une prémisse négative

Lorsqu'un syllogisme catégorique mène à une conclusion positive après une ou deux prémisses négatives.

« Aucun homme n'est un poisson, aucun poisson n'est immortel. Donc tous les hommes sont immortels. »


H9. Prémisse majeure illicite

Le terme majeur n'est pas distribuée dans la prémisse majeure.

« Tous les hommes sont mortels. Aucune licorne n'est un homme. Donc, aucune licorne n'est mortelle. »

H10. Prémisse mineure illicite

Le terme mineur n'est pas distribué dans la prémisse mineure.

« Tous les hommes sont des primates, tous les hommes sont des mammifères. Donc, tous les mammifères sont des primates. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia

Les Raisonnements fallacieux (7)

G. GÉNÉRALISATIONS INVALIDES
où l'on a tout de suite tout compris...

G1. Généralisation hâtive (Secundum quid)

« Mon dernier patron était un salaud. Ce sont tous des salauds. »

G2. Généralisation excessive (A dicto simpliciter)

Cette erreur consiste à négliger l'exception.

« Enfoncer un couteau dans le ventre d'une personne est un crime. Les chirurgiens le font. Ce sont donc des criminels. »

G3. Généralisation excessive (Ad dictum simpliciter)

À l'inverse, ici l'exception est considérée pour universaliser une position particulière. Les Anglais appellent cette manoeuvre le Cherry picking.

« Fumer n'est pas dangereux : mon grand-père a fumé toute sa vie et est mort centenaire d'un accident de skate-board. »

G4. Biais de représentativité (Conjunction fallacy)

Consister à fonder son jugement sur un échantillon biaisé, non représentatif de la population.

« Depuis mon compartiment de train, j’ai pu constater sur un échantillon de 70 passages à niveau que tous sans exception ont leurs barrières fermées. »

G5. Manipulation des statistiques

« La majorité des humains sont des femmes.
La majorité des femmes ont les cheveux noirs.
La majorité des humains sont des femmes aux cheveux noirs. »

G6. Spotlight fallacy

Il s'agit d'une manipulation des statistiques consistant à présupposer que l'échantillon considéré recouvre l'ensemble de la population.

« Toute femme sait ce qu'accoucher veut dire. »

G7. Thought-terminating cliché

En français dans le texte. Ce terme proposé par le psychiatre Robert Jay Lifton désigne des formules destinées à bloquer la réfexion. Il s'agit clairement de manipulation (éventuellement inconsciente) et s'utilise afin de soumettre une communauté à un dogme. C'est l'une des techniques utilisées dans le lavage de cerveau car elle amplifie la dissonance cognitive. Ce dogme peut être considéré comme la proposition et le Thought-terminating cliché comme une généralisation invalide puisque la réflexion qui permettrait d'arriver à toute autre conclusion est étouffée dans l'oeuf. Les références systématiques au populisme ou au nazisme (loi de Godwin) procèdent du même ordre. La Novlangue d'Orwell (1984) est fondée sur ce principe. (La formule utilisée peut en outre générer un second raisonnement falacieux.)

« Insha'Allah »
« On n'a pas toujours ce que l'on veut. »

G8. Misleading vividness

Cette erreur consiste à favoriser la généralisation d'un cas isolé en l'entourant d'images frappantes.

« Tu donnes des cookies à ton enfant? Mais souviens-toi lorsque Oncle Georges en a avalé un de travers : il est devenu rouge, suffoquait, pleurait et, en se levant, il a renversé l'aquarium sur la télévision qui a implosé. Depuis, il n'est plus tout à fait le même. »

avk

TABLE DES MATIÈRES

1. Introduction et tromperies verbales

2. Non causa pro causa

3. Appels à l'autorité

4. Arguments ad hominem

5. Appels à l'émotion

6. Digressions

7. Généralisations invalides

8. Erreurs de logique

9. Subjectivismes etc.

SOURCES

Aristotle, De Sophistici Elenchi.

Baillargeon, Normand. Petit Cours d'autodéfense intellectuelle. Ed. Lux: Québec, 2005.

Kelley, David. The Art of Reasoning. W.W. Norton: New York, 1998.

Mill, John Stuart. Système de Logique. Livre 5. Les sophismes, in Système de logique déductive et inductive, Pierre Mardaga éditeur: Bruxelles, 1988.

Schopenhauer, Arthur. The Art of Controversy

www.nizkor.org

wikipedia