Dans un texte français courant, les règles fixant l’usage des majuscules sont assez simples. La majuscule s’utilise en début de phrase, et pour quelques mots réservés (dont la mémorisation est nettement moins simple). Pour les titres en revanche, les conventions orthotypographiques sont un peu plus complexes mais un peu de méthode permet de s’en sortir facilement.
1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de périodique prend une majuscule initiale, exception faite des noms propres.
À la recherche du temps perdu
1.1. Si le titre est composé seulement d’un adjectif qualificatif suivi d’un substantif, le substantif prend également une majuscule.
Tristes Tropiques (mais : Mon oncle)
1.2. Si le titre est composé seulement de deux substantifs successifs, chaque substantif prend une majuscule.
France Soir
1.3. Si le titre est composé seulement de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule.
Guerre et Paix (mais : Être et avoir)
1.4. Si le titre commence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier substantif prend une majuscule, ainsi que tout adjectif ou adverbe précédant.
Les Très Riches Heures du duc de Berry
1.5. Si le titre est constitué de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule, ainsi que les adjectifs qualificatifs ou adverbes éventuels les précédant.
La Belle et la Bête
2. En cas de sous-titre ou de titre double, les principes précédents s’appliquent à chaque partie (seule exception : si le sous-titre commence par un article défini, cet article prend exceptionnellement une minuscule initiale).
Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile
Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl
3. Les titres prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En particulier, les substantifs madame, mademoiselle et monsieur s’abrègent en Mme, Mlle et M. au singulier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu’ils constituent le premier mot du titre. Lorsqu’ils sont écrits au long, ils prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.
Le Voyage de M. Perrichon
Monsieur de Pourceaugnac
Les Quatre Filles du docteur March
La Faute de l’abbé Mouret
4. Quand l’auteur a clairement choisi une typographie originale, il est généralement préférable de la respecter si cette graphie est justifiée et ne nuit pas aux requêtes.
eXistenZ
Ah oui, un petit détail encore : les majuscules accentuées ne perdent pas leur accent. Cette coupable pratique trouve son origine dans les processus de composition de textes à base de caractères mobiles qui n’offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L’erreur a donc été longtemps tolérée en raisons de difficultés techniques. [4]
L’informatique ayant résolu le problème, il n’y a plus aucune excuse à commettre cette faute, source de tant de « JAURESASSASSINE ! » et autres « LEPRESIDENTCHAHUTE A L’ASSEMBLEE ! »
avk
Sources
[1] Lexique Des Règles Typographiques En Usage à L’imprimerie Nationale. Paris : Imprimerie nationale, 2002.
[2] Abrégé typographique à l’usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.
Selon l’institut d’audience Nielsen, un Américain moyen passe quotidiennement 4 heures 49 minutes devant son téléviseur, durée en augmentation constante depuis 10 ans [1]. Le Syndicat National de la Publicité Télévisée nous informe pour sa part qu’un Français consomme un nettement moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails intéressants.
Ainsi, la télévision capte quotidiennement sur le territoire français 44,2 millions d’habitants durant, donc, 3h20’, ce qui mène à une consommation annuelle de 3.226 milliards de minutes drainant des recettes publicitaires de 3,98 milliards d’euros de janvier à août 2009 [2]. En extrapolant pour une période annuelle, nous obtenons 5,97 milliards d’euros bruts. En forçant le trait, disons que les publicitaires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télévision. En fait, le chiffre n’intègre pas les frais de gestion et de production qui, une fois injectés dans l’équation et selon un mien ami travaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.
On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garanties sur le retour probable sur investissement. La fameuse citation de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confirmation dans ces chiffres :
« Soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…). Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. »
Bien sûr, l’économie n’est pas la seule à bénéficier de la mise en réceptivité de ces cerveaux. Le politique et plus généralement la société elle-même profitent du formatage intellectuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d’abstinence télévisuelle? Qu’offre Internet pour étancher notre soif d’images qui bougent?
Pour ce qui est des émissions télévisuelles redistribuées sur le net, impossible de faire ici le catalogue de l’offre individuel des chaînes mais beaucoup d’entre elles offrent, en léger différé, les journaux télévisés et, en plus grand différé, des reportages tels que les Questions à la Une de la RTBF ou tels que l’on en trouve aussi sur ARTETV. Je veux aussi mentionner l’excellent site de l’INA qui propose gratuitement un catalogue impressionnant de 23.000 heures d’archives télévisuelles (parmi les 300.000 heures de programmes archivés annuellement) pour les nostalgiques des Cinq Colonnes à la Une ou d’Apostrophes. À destination des chercheurs et étudiants, l’INA a par ailleurs mis en place un site spécifique. Mais ne nous égarons pas…
Vous n’oserez sans doute pas l’avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n’est pas encore très connue sur le Vieux Continent, mais un grand nombre de séries télévisées sont visionnables gratuitement en streaming sur l’excellent Hulu qui offre une qualité de diffusion exceptionnelle… aux États-Unis. En effet, issu d’une joint venture entre NBC Universal, News Corp., The Walt Disney Company et Providence Equity Partners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a toutefois encouragé certaines initiatives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.
TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclusivement sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c’est que serveur de TVGorge n’héberge aucune vidéo mais une base de données de liens pointant toujours vers la source de diffusion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s’interrompent ou qui calent en plein milieu de l’intrigue. Vous allez sur le site, cherchez votre série dans une interface claire et cliquez simplement sur l’épisode désiré! Bien sûr, pas de téléchargement possible sans contorsions coupables! Seule question : combien de temps mettra la horde d’avocats fourbie par les propriétaires de programmes pour trouver l’astuce contraignant TVGorge à ne plus disposer gratuitement d’aussi gracieux liens?
L’offre de CastTV est un peu plus diversifiée et son interface se rapproche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes…), le service propose des émissions telles que l’Eurovision ou la remise des Oscars, une centaine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fantastique Bad Girls from Mars!) Sont disponibles aussi de nombreuses vidéos musicales d’artistes tels que Guns ‘n Roses, AC/DC ou Bill Evans.
FanCast adopte pour sa part une interface encyclopédique inspirée d’IMDB. Cette division de la Comcast Corporation profite de son impressionnant catalogue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Paramount, Warner Bros et Disney) est payante en téléchargement ou location. Une grande partie est toutefois gratuite, servant d’appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publicité. Vous y épencherez aussi votre soif de télé réalité, de documentaires généralistes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show…). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien FanCast qui vous donnera l’expérience télévisuelle la plus probante. Ah oui, c’est souvent très lent au démarrage et quelques vidéos sont indisponibles…
Bon, passons maintenant à des choses plus intéressantes, et donc plus éloignées de l’expérience télévisuelle classique. Outre des sites tels que YouTube et Dailymotion où, à moins de savoir préalablement ce que l’on cherche, il est bien difficile de naviguer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l’honnête homme qui désire simplement passer quelques heures à découvrir, voire à vous émerveiller.
Joost (prononcez « juiced »») a été fondé par les créateurs de Skype et distribue les vidéos en peer-to-peer. J’étais un peu sceptique quand à la fiabilité d’un tel mode de diffusion pour des programmes de télévision, mais je dois reconnaître que l’expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait nécessaire l’utilisation d’un logiciel dédié, c’est désormais une interface web qui a été adoptée. Joost dispose d’un très gros catalogue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui pénalisent les utilisateurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques milliers d’heures de programmes accessibles: documentaires, shows, vidéos musicales et surtout,parmi les films, quelques classiques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton…
Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fictions et programmes télé. Je m’en voudrais toutefois de ne pas signaler deux sites exceptionnels tournés respectivement vers les documentaires et vers la diffusion de conférences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom explicite de Documentaryheaven. Financé par les dons et quelques publicités relativement discrètes, il ne possède actuellement qu’un millier de documentaires, mais la plupart de grande qualité, de la dissection d’un éléphant à une lecture de Chomsky sur la morale politique. À suivre, assurément.
Enfin, il y a TED. TED (Technology, Entertainment, Design) est une fondation américaine organisant depuis 1990 des conférences sur des « ideas worth spreading ». La diversité des thèmes, la brièveté des interventions (limitées à 18 minutes), la qualité des intervenants et la diffusion sur leur site web ont fait de TED un fantastique incubateur d’idées. Parmi les conférenciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les conférences, librement diffusables, sont disponibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une application iPhone vient même de sortir.
Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d’infidélité vis-à-vis de votre téléviseur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémorable définition de la vulgarité audiovisuelle [5] comme électrochoc ultime :
Alisa Miller, chef de Public Radio International, évoque avec humour les mécanismes par lesquels les médias américains offrent une vision distordue du monde pour épancher une soif modeste mais réelle d’informations internationales. Avec des statistiques et des graphiques particulièrement éclairants.
Depuis quelques mois, Google a implémenté dans son interface de recherche une fonction de suggestion fondée sur les requêtes les plus fréquentes commençant par les caractères que vous êtes en train de taper.
Prévue dans un premier temps pour faire gagner quelques fractions de secondes à l’utilisateur, cette fonction offre une image frappante des préoccupations des internautes pour autant que l’on choisisse des débuts de phrases ouvertes.
Il en ressort entre autres la conviction que Dieu n’est pas un inspecteur de poisson (puisqu’il semble être un astronaute), que l’on soit perplexe sur les mécanismes à mettre en place pour tomber enceinte, que l’aérophagie cause plus d’anxiété que la solitude, et qu’une masse considérable d’internautes sont « extrêmement terrifiés par »… les Chinois. Heureusement, une singulière bouffée d’intérêt pour les équations quadratiques vient relever le niveau.
D’autres facettes googliennes de notre belle humanité? Les commentaires vous sont ouverts!
Après un lancement calamiteux, le fantastique projet Europeanaest désormais en ligne et, bien que toujours en phase de test, ça décoiffe doucement : textes, illustrations graphiques, extraits sonores et vidéos de près de 70 contributeurs dont la Bibiothèque nationale de France, la Fundação Calouste Gulbenkian, la Bibliothèque Royale de Belgique et The British Library. Le partimoine actuel de 2 millions d’objets numériques sera triplé lors du lancement de la version 1.0, en 2010.Il reste toutefois pas mal de choses à améliorer : robustesse du système et cohérence des données. Vous trouverez en effet bien le viandier de Taillevent hébergé par la Bibliothèque nationale de France, mais le lien ne vous mènera que vers une page d’erreur doù il vous faudra recommencer la recherche! En outre, la possibilité pourtant capitale de créer un compte propre afin de stocker ses recherches a été temporairement et mystérieusement supprimée. Don’t worry, be crappy comme ils disent, Outre-Atlantique.
Un petit aperçu en quelques clics? Mais avec plaisir…
Le social bookmarking est apparu en 2005 avec de.licio.us dont le succès provient en grande partie… de son succès. C’est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socialisation – a son importance. En 2006 est apparu StumbleUpon, plus structuré et permettant de dire d’un clic « j’aime » ou « j’aime pas », d’intégrer son propre site, de maintenir un petit blog et surtout d’intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Marshall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l’impression que cela servait surtout à tromper l’ennui. Une floppée d’autres sites émergèrent dans ma plus grande indifférence.
En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses importantes : l’importation facile des signets du navigateur, une interface lumineuse, la possibilité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C’était devenu mon outil pour partager mes découvertes avec des amis, et pour m’assurer une accessibilité à mes signets lors de mes déplacements. J’y ai découvert aussi quelques sites intéressants. Pourtant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu’il fait le choix audacieux de l’open source.
Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.
Diigo est un site de social bookmarking que j’utilisais pour une option fantastique : celle qui permet de surligner des passages. Lorsque je rédige un article, j’ai pris l’habitude, grâce à l’extension de Diigo, de surligner les passages importants et de les stocker dans une liste personnelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d’un clic j’ai non seulement accès à mes sources mais encore aux passages surlignés. Épatant, même si l’usage que j’en faisais était très personnel. De fait, l’aspect social de Diigo était handicapé par plusieurs lourdeurs structurelles.
Dans sa version 3, relookée aujourd’hui même, une fois votre compte ouvert et l’extension installée sur votre navigateur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu’un site vous plait, surlignez éventuellement les passages importants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous permettra de donner une description, d’en choisir le caractère privé ou public, de prévenir Twitter, d’ajouter ce signet à une liste que vous aurez préalablement créée, d’informer un groupe etc.
Ultérieurement, vous retrouverez ce site avec le surlignage, mais vous verrez aussi qui d’autre l’a mis en signet public et quelles annotations y ont été ajoutées par la communauté.
Parmi la centaine de nouveautés de la version 3, j’en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.
Tous vos signets Diigo se trouvent directement accessibles dans votre barre latérale, rendant désuets vos signets locaux.
Par la même barre latérale, il est possible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fatiguera pas rapidement mais pour le moment, c’est assez bluffant.
Il est désormais possible à une équipe (de chercheurs ou de rédacteurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dictionnaire de mots-clés afin d’éviter de voir ces pléthores de tags synonymiques ou mal orthographiés qui polluent généralement ce genre de sites.
L’option People like me vous permet, sur base de vos derniers signets, de découvrir les gens qui partagent le plus vos intérêts et dès lors, d’augmenter vos chances de découvrir non seulement des sites mais surtout des contenus intéressants.
Le partage n’est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, FaceBook et l’email sont à votre portée pour partager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.
Diigo offre désormais une solution efficace à différentes préoccupations qui dépassent de loin le simple social networking. C’est désormais un outil majeur pour quiconque désire structurer, stocker et partager en ligne une information qui ne se limite par à une URL.
L’utilisation des guillemets est, en français, source de nombreux malentendus : confusion entre guillemets français et anglais ; difficultés d’évaluer la pertinence de leur utilisation ; méconnaissance des règles d’usage des espaces de proximité et j’en passe de plus croquignolettes.
Bref, c’est le genre de chose que l’on n’apprend pas à l’école et dont on se dit avec raison que son ignorance ne nous empêchera pas d’atteindre le bonheur.
Ce n’est donc pas sur la voie du bonheur que ce petit billet devrait vous mener, mais sur celle, plus escarpée, de la perfection. Ce qui n’est pas mal non plus. En prime, l’usage d’une typographie correcte a des avantages épatants :
Renforcement des habitudes (et dès lors plus grande fluidité) de lecture et d’écriture ;
Cohérence des textes et simplification des processus d’édition ;
Atténuation des situations confuses ;
Adoption d’une esthétique typographique conçue dans le respect des règles.
1. Les acteurs en présence
Les guillemets français (ou typographiques) sont comme « ceci ». [guillemet gauche Unicode U+00AB ;
guillemet droit Unicode U+00BB]
Les guillemets anglais sont comme “ceci”. [guillemet-apostrophe double culbuté Unicode U+201C ;
guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
Les guillemets allemands sont comme „ceci“. [guillemet-virgule double inférieur Unicode U+201E ;
guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
Les guillemets droits (ou dactylographiques) sont comme « ceci » . [guille dactylo ou guillemet droit Unicode U+0022]
2. Que veulent dire les guillemets ?
Les guillemets marquent une distance de l’auteur vis-à-vis des éléments entre guillemets. Il peut s’agir d’une citation, d’une réserve, d’une erreur ou d’un jugement avec lequel l’auteur veut marquer sa divergence.
Le cas des citations peut se révéler extrêmement complexe lorsqu’elles comportent plusieurs alinéas et/ou des dialogues. Je ne considèrerai ici que les cas simples.
3. Oublier les guillemets droits et allemands.
Simplifions le problème : on peut oublier les guillemets droits. Il s’agit d’une invention spécifique aux machines à écrire et rendue obsolète par l’informatique moderne. Ils peuvent servir à désigner des minutes, des secondes ou des pouces, mais plus jamais faire office de guillemets, excepté en programmation.
Quant aux guillemets allemands, ils ne sont jamais utilisés en français.
4. Guillemets français ou anglais ?
Toujours des guillemets français sauf en cas d’imbrication. Il est alors recommandé d’utiliser les guillemets anglais en second rang.
« Je m’en souviens bien, dit-elle, c’était écrit : “Peinture fraîche”. »
En troisième rang, l’usage de l’italique est toléré quoique les guillemets français puissent réapparaître.
« Je m’en souviens bien, dit-elle, c’était écrit : “Peinture frêche”. »
Alors que les guillemets anglais génèrent de nombreuses collisions malheureuses (L’“intelligentsia”), les guillemets français s’articulent dans le texte avec plus de fluidité puisqu’occupant l’espace d’un caractère à part entière. Ils provoquent aussi moins de ruptures dans le gris typographique.
5. Guillemets ou italique ?
Ici encore, les guillemets français sont la règle. Hormis la citation de 3e rang où son usage est toléré, l’italique doit être utilisé dans deux cas :
La citation en langues étrangères : « My God ! » s’écria-t-elle.
La dénotation (par opposition à la connotation marquée par les guillemets) : Le mot dénotation n’est pas facile à définir.
6. Et les titres d’oeuvres ?
Ici, l’italique est la règle. Les guillemets ne sont autorisés que lorsque l’italique est impraticable : écriture manuscrite ou dactylographique par exemple, ainsi que les emails en texte pur.
7. Quelles espaces utiliser ?
Une espace insécable doit toujours être placée à l’intérieur du guillemet français, et une espace sécable à l’extérieur. La nature de cette espace est toutefois sujette à controverse et varie de plus dans la francophonie : les usages français, canadiens et suisses divergent… les Suisses allant jusqu’à proscrire les espaces internes!
L’espace insécable Unicode étant plus large que l’espace normale, je suggère l’utilisation d’une espace fine insécable disponible en Unicode [U+202F]… tout en étant conscient de la difficulté de parfois l’implémenter : la typographie de ce billet le démontre.
Aucune espace interne n’accompagne en revanche les guillemets anglais.
8. Le point final vient-il avant ou après le guillemet final?
Les guillemets encadrent tous les éléments avec lesquels la distance est prise, y compris les signes de ponctuation. (« Oh! Tu as vu ? » me dit-elle.)
Toutefois, lorsqu’une citation termine une phrase et est elle-même une phrase complète, il y a assimilation de la ponctuation de la phrase par celle de la citation et la phrase se termine par un guillemet. (Elle me dit simplement : « Je t’aime. »)
Lorsque la citation est un enchaînement de la phrase principale, c’est la ponctuation principale qui absorbe celle de la citation. (Elle me dit que « son amour est infini ».)
Enfin, lorsque les ponctuations de la citation et de la phrase principale divergent, toutes deux sont conservées. (Elle eut le culot de me demander : « Tu ne m’en veux pas ? » !)
9. Transgresser
Eh bien oui, la typographie actuelle sort des cadres établis, entretient des rapports de plus en plus intimes avec les autres éléments de la page : illustrations, mise en page… Tout est possible à qui possède assez de talent et de métier. La barrière est ouverte, sortons du jardin.
Mais ne confondons pas transgression et ignorance!
Nous avons tous lu Tintin au Tibet. Nous avons tous entendu le dalaï-lama. Nous aimons tous le Tibet. Spiritualité, intemporalité, blancheur.
Le Lotus Bleu, c’était autre chose. Une histoire complexe où s’affrontent des puissances militaires, financières. La drogue, la folie, le crime.
Tintin rencontre Chang en Chine. Il comprendra là la dure complexité du monde. C’est au Tibet qu’il le retrouvera. Et c’est là qu’il comprendra que la complexité est un masque. Les larmes de Tintin relient les deux albums.
Une invasion chinoise?
Depuis le XIIe siècle, le Tibet est chinois et le dalaï-lama avait généralement un statut de gouverneur qu’il partageait à certaines époques avec le Panchen-lama. En 1720, le Tibet devient un protectorat chinois : l’identité culturelle était garantie mais le commerce, la diplomatie et la défense étaient du ressort de la Chine. La présence de tibétain sur de nombreux monuments chinois en tant qu’une des cinq langues officielles, en témoigne.
Les choses changent en 1904 lorsque les Britanniques envahissent la région de façon sanglante. Quatre ans plus tard, la Chine reprend le contrôle et ce n’est qu’après la révolution de 1911 que le Tibet proclame son indépendance, indépendance que n’acceptera pas la Chine.
En 1950, le troupes communistes chinoises reviennent au Tibet, ce qui est qualifié d’invasion par les États-Unis alors en pleine fièvre anticommuniste. La CIA arme et entraine les guerriers tibétains et, en 1959, aide le dalaï-lama à s’exiler en Inde.
Si l’on peut parler de conflit territorial d’indépendance, le présenter comme une invasion n’est pas conforme à la réalité historique. Je ne défends pas là la vision chinoise, j’expose celle de la communauté internationale exprimée depuis longtemps par l’ONU et par la Communauté Européenne.
Que tout le monde maintenant se mette à parler d’invasion est étrange… à moins que les récents enjeux commerciaux puissent expliquer ce revirement idéologique.
Une population opprimée?
La Chine moderne n’est pas mon modèle de civilisation. Les droits de l’homme sont considérés comme un gadget inutile, les médias sont des marionnettes du Parti, le régime politique est une farce et la justice n’est citée en exemple que par Ségolène Royal. Ça ne donne pas envie, c’est sûr.
Pour autant, voir dans le Tibet du dalaï-lama un sanctuaire consacré à la spiritualité et échappant à la corruption du matérialisme occidental est sans doute un peu naïf.
Quel était la situation du Tibet avant le départ de dalaï-lama?
1. Théocratie absolue : Ni parti ni élections. Ni média non plus d’ailleurs.
2. Oligarchie et servage de la population : Par exemple, le commandant en chef de l’armée tibétaine, ami proche du dalaï-lama, possédait 4.000 kilomètres carrés de terre et régnait sur 3.500 serfs. Les monastères pouvaient enlever de force des enfants de paysans pour les enrôler comme domestiques, danseurs ou soldats. [A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996)]
3. Droits de l’homme : Si la peine de mort n’était pas appliquée activement, la torture était d’usage courant : brisure des membres, énucléation des yeux, utilisation d’une panoplie proche de celle de notre moyen-age. Bien sûr, les enfants de paysans n’avaient ni scolarisation ni accès aux soins de santé. [Felix Greene, A Curtain of Ignorance (Garden City, N.Y. : Doubleday, 1961) ; Waddell, Landon, and O’Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain]
Ça ne donne pas envie non plus. A vrai dire, ça donne encore moins envie.
La domination chinoise est donc un sale coup pour l’oligarchie tibétaine. Les images d’émeutes montrent clairement que les opposants sont des moines ou des tibétains de milieux favorisés. Pour la plus grande partie de la population, je crois que c’est plutôt une bonne chose.
Mais vous savez comment sont les religions : elles ont le chic pour vous faire croire que ce qui est bon est mauvais et vice-versa. En plus, s’il faut reconnaître quelque chose au dalai-lama, c’est que c’est un communicateur fabuleux, le genre Steve Jobs vous voyez. En plus, son produit, c’est la vision d’un monde drôlement sympa. Vraiment le genre de chose dont nous avons tous besoin. Et en plus, y croire ne coûte pas un cent…
Alors? Alors, si l’on se préoccupe de droits de l’homme, de liberté de la presse, de démocratie et de développement individuel, il est sans doute légitime de lancer des actions contre la Chine. Mais le faire au nom du Tibet est grotesque.
The Best Article Every Day publie un florilège de prédictions péremptoires qui démontrent, s’il le fallait encore, que la vision d’un leader est moins importante que sa capacité à mobiliser les foules. Petite sélection de mise en bouche :
«We will bury you.» Nikita Krushchev, Soviet Premier, predicting Soviet communism will win over U.S. capitalism, 1958.
«Everything that can be invented has been invented.» Charles H. Duell, an official at the US patent office, 1899.
«It will be gone by June.» Variety, passing judgement on rock ‘n roll in 1955.
«This antitrust thing will blow over.» Bill Gates, founder of Microsoft.
«It will be years — not in my time — before a woman will become Prime Minister.» Margaret Thatcher, future Prime Minister, October 26th, 1969.
«Read my lips: NONEWTAXES.» George Bush, 1988.
«That virus is a pussycat.» Dr. Peter Duesberg, molecular-biology professor at U.C. Berkeley, on HIV, 1988.
«Sensible and responsible women do not want to vote.» Grover Cleveland, U.S. President, 1905.
«That the automobile has practically reached the limit of its development is suggested by the fact that during the past year no improvements of a radical nature have been introduced.» Scientific American, Jan. 2 edition, 1909.
«Heavier-than-air flying machines are impossible.» Lord Kelvin, British mathematician and physicist, president of the British Royal Society, 1895.
«Radio has no future.» Lord Kelvin, Scottish mathematician and physicist, former president of the Royal Society, 1897.
«Nuclear-powered vacuum cleaners will probably be a reality in 10 years.» Alex Lewyt, president of vacuum cleaner company Lewyt Corp., in the New York Times in 1955.
«Atomic energy might be as good as our present-day explosives, but it is unlikely to produce anything very much more dangerous.» Winston Churchill, British Prime Minister, 1939.
«It’s a great invention but who would want to use it anyway?» Rutherford B. Hayes, U.S. President, after a demonstration of Alexander Bell’s telephone, 1876.
«X-rays will prove to be a hoax.» Lord Kelvin, President of the Royal Society, 1883.
«The phonograph has no commercial value at all.» Thomas Edison, American inventor, 1880s.
Étendu à rien foutre devant la télé, zapette en main, voilà que je tombe sur une émission dont le concept est de transformer la bagnole pourrie d’un brave gars en un engin rutilant pourvu de gadgets électroniques à vous couper le sifflet. Pensée sombre, au passage, pour ma vieille Volvo qui aurait bien besoin d’un lavage et de nouveaux pneus. La liste des transformations est impressionnante, une sono de dix milles démons dans le coffre, des écrans partout, une machine à café intégrée au tableau de bord, un lustre (oui, un lustre !) en guise de plafonnier, trente-six bidules et machins plus tape-à-l’œil qu’indispensables, peinture personnalisée, tuning agressif… D’une certaine manière, c’est beau. Ce n’est plus une voiture c’est… je ne sais pas ce que c’est, mais ce truc ne devrait même plus rouler. Le proprio est content, les artistes sont fiers, les sponsors de l’émission se frottent les mains. Et moi j’ai comme une envie de vomir.
Je me rends compte que je viens de passer plusieurs minutes, subjugué par cette affaire, et j’ai honte pour ce temps perdu. Quitte à ne rien faire devant la télé, il y avait sûrement des choses plus intéressantes à regarder. Je zappe furieusement et, comme un fait exprès, il n’y a que des conneries sur toutes les chaînes. D’accord, ce que j’estime être des conneries est peut-être d’un intérêt capital pour d’autres et réciproquement, mais je suis sûr que vous me comprenez, n’est-ce pas ?
Bien qu’engourdi, j’essaye de réfléchir. Ce genre d’émission va inciter de nombreuses personnes à « tuner » leur caisse et cela participe au développement d’une certaine économie. La nausée me revient : une économie de la futilité dont, je n’en doute pas, d’habiles prêcheurs pourront néanmoins justifier de l’utilité fondamentale pour l’équilibre et la bonne santé de la société. On connaît ce discours et ses raccourcis fumeux. En voici un autre : une sono de 1000 Watts et trois néons dans le coffre d’une voiture peuvent permettre, par le jeu de mystérieux leviers économiques, à des traîne-misère de Bangalore de manger à leur faim.
Un vertige me saisit, tant de choses futiles sur l’étal de la culture et de la consommation alors que l’on devrait s’atteler prioritairement à sauver le monde. Je ne suis pas contre le fait de s’amuser et de se faire plaisir de temps en temps, loin de là, mais le mode de vie qui nous est proposé me fait penser au panem et circenses des romains dont l’empire s’effondrait dans l’indifférence des jouisseurs. D’abord cette émission, son concept et ses résultats concrets ; puis des milliers d’idiots qui comme moi l’on regardée ; des centaines qui en seront influencés ; un idiot tout seul qui trouve le moyen d’en faire un article pour ce blog ; ce blog lui-même si on va par là et ses lecteurs car je ne vous oublie pas. Et ce n’est là qu’un épiphénomène insignifiant dans la manne des futilités où nous nous enlisons journellement alors que la situation planétaire est des plus préoccupante. Je cherche rapidement ce qui, à mes yeux, pourrait symboliser à l’heure actuelle le comble de la futilité, et je pense à Paris Hilton. Je viens de me faire parishiltoniser par une émission débile.
Qu’est-ce que je peux y faire ? Je ne peux pas interdire ce que j’estime inutile et dommageable, ni remodeler la société à ma guise. Je peux au moins dire ce que je pense et inciter d’aucuns à penser et agir avec plus de circonspection. Mais il reste que j’ai le sentiment d’avoir participé, par mon inertie en regardant cette émission, à accroître le déficit moral de l’humanité. Comment puis-je transformer ce moment d’égarement ?
Une autre information croise alors ma réflexion. Un fait divers. Des bagarres éclatent dans un lycée américain parce que des noirs, en septembre 2007 n’est-ce pas, souhaitent eux aussi profiter de l’ombre d’un arbre, ombre traditionnellement réservée aux blancs. On croit rêver. Mais non, il y a des images. Dont une me révolte plus que les gueules cassées. Plutôt que de privilégier le dialogue ou même d’imposer un règlement non discriminatoire, les « responsables » ont abattu l’arbre. Ben oui, il n’avait qu’à pas être là à dispenser bêtement son ombre généreuse. Soit, je sais ce que je vais faire, planter deux arbres. Et vous ?
Souvenez-vous, cela a commencé avec ce brave et méritant balayeur de rue… Un jour, las de se voir déconsidéré par une société estimant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une revalorisation de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un changement de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la serpillière chez Madame et briquait les bureaux de Monsieur la nuit, devint une « technicienne de surfaces ». Dans la foulée, le pompiste du coin se transforma en « adjoint à la distribution des produits pétroliers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la transmission des communications écrites ». Que de belles promotions grâce auxquelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux considérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !
Depuis, la situation n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en particulier, s’est insinuée au travers du langage jusqu’à contaminer les domaines les plus subalternes, les plus insensés des préoccupations humaines. Cette censure implicite pollue des expressions qui jusque-là apparaissaient claires, immédiatement compréhensibles, souvent belles ou judicieusement imagées, et toujours respectueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes respectueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.
Faut-il le rappeler, un con restera toujours un con, peu importe ses capacités d’élocution. D’ailleurs, il est immédiatement perceptible que le fait de traiter avec condescendance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condescendance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contemporains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?
Parmi ces nouvelles précautions oratoires, celles touchant les couleurs et les ethnies sont passablement fascinantes tant elles enfoncent leurs utilisateurs dans l’absurdité et l’embarras ! (Remarquez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces censeurs insensés et insolents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus personne n’oserait utiliser le terme nègre en société pour désigner un Africain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condescendance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration première (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nouvelle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spécimens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de considérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « personnes de couleur ». Pathétique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des différences, c’est là une très mauvaise stratégie.
Il faudrait au contraire inciter les curiosités, varier les goûts, mélanger les genres, permettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour discrimination ou insulte. Trop compliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui préfèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « humaniste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des aliments, bientôt des convictions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Marseille. Orwell n’est pas loin.
Prévoyons le pire, créons une intelligentsia underground où il sera possible de parler librement de tout et de rien, sans parti pris ni méchanceté gratuite, sans avoir à redouter une assignation en justice pour avoir osé utiliser les mots du dictionnaire ; où il sera possible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offusqués incapables d’un minimum de critique historique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » imaginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes censeurs, d’indiscernables Caucasiens bon teint ; et le tout en dégustant du camembert au lait cru et des chocolats sans matière grasse ajoutée…
Le droit d’auteur est une matière complexe, en perpétuelle évolution, et dont les modalités d’application varient de pays à pays.
Comme chaque bloggeur ne peut s’inscrire en fac de droit pour savoir s’il peut utiliser le mot « Coca-Cola » dans son blog, Daily Blog Tips publie un court article répondant à 12 questions de base. Les pinailleurs s’en donneront à coeur joie mais pour les autres, cela me semble constituer une très bonne base.
Je ne suis pas l’auteur de cette idée, ni ne sais où je l’ai entendue. Sommes-nous jamais l’auteur de nos idées? La voici :
La critique est par essence charpentée par ses règles internes et indépendante de considérations externes à la littérature. Elle s’adresse en revanche à tous. Or, petit à petit, la critique pure s’est retranchée dans les cénacles académiques.
D’un autre côté, il n’y a jamais eu tant d’émissions de critique à la radio et à la télévision. Mais dans ces média, on ne parle que des nouveautés : il y a une connexion directe avec le marché. Aucun média ne ferait une émission sur Madame Bovary (sauf bien sûr si Luc Besson en sort une adaptation). Tout le monde s’en fout. On veut simplement entendre Amélie Nothomb parler de fruits pourris et voir son grand chapeau.
On me dira : c’est le marché mon gars! Ben oui, bien sûr, mais si l’on veut à nouveau mettre le nivellement culturel sur le dos du marché libre, on risque de se heurter à un os de taille car le seul média accueillant aussi bien des critiques d’Harry Potter que du Banquet de Platon est… Amazon.
Vous êtes médecin et vous venez de recevoir un test pour détecter la picotte volante. Les études épistémiologiques ont montré que 1% de la population en est atteinte, et vous êtes submergé de patients qui attendent d’être rassurés ou soignés.
Les symptômes de cette nouvelle maladie sont vagues mais heureusement, vous venez de recevoir un test épatant. Ce test est fiable à 99% : 99% des malades produisent un résultat positif, et 99% des personnes saines produisent un résultat négatif.
Question : Si un test est positif, quelle est la probabilité pour que la patient soit malade?
Vous avez répondu 99%? Vous avez tort : la réponse est 50%. Rassurez-vous, la grande majorité des gens auront cédé comme vous à leur intuition et négligé la prémisse : seul 1% de la population est touché.
Si vous n’êtes pas convaincu, l’explication du théorème de Bayes qui éclaircit ce petit mystère se trouve détaillée sur Wikipedia.
Et Dieu dans tout ça?
Et bien, le fait que son existence soit identifiée comme très probable par de plus en plus de mes contemporains tient souvent du même mécanisme. Celui-ci peut être inconscient : nous aimons tous penser que telle chose est plus ou moins probable, mais nous détestons devoir y réfléchir en profondeur. Sans cela, le monde serait allégé de bien des loteries, casinos, marabouts et autres aigrefins.
L’argument de complexité (« Un monde aussi merveilleux/complexe/riche ne peut être le fruit du hasard! ») repose sur le même biais d’intuition. Substituer temporairement l’émerveillement à la raison pure est une capacité dont j’espère chacun capable, et qui participe au réenchantement du monde. Nous gagnons en beau ce que nous perdons en vrai.
Fair enough disent les anglais… pour autant que cela ne dérape pas trop.
Loin du fair-play, Richard Swinburne nage lui dans d’autres eaux : il utilise les mathématiques bayesiennes pour tenter de démontrer l’existence de Dieu. Ce distingué professeur de l’Oxford University estima en 1979 l’existence de Dieu à «more than 50 percent». Sa publication The Resurrection of God Incarnate discute de la probabilité que Dieu s’incarne.
L’utilisation de l’arsenal des probabilités dans un texte théologique est redoutable car elle donne un crédit scientifique au lecteur qui, rebuté, saute de confiance les passages techniques. Or, les bases mêmes de son raisonnement font état d’une méconnaissance colossale des probabilités (ou d’une malhonnêteté de même ampleur). Ici encore, le raisonnement repose sur des prémisses fausses, arbitraires ou indémontrées.
En effet, la base de son discours est du genre : « Dieu existe ou n’existe pas. Si nous n’en savons rien d’autre, nous devons donner à son existence une probabilité de 50% ». Partant de là, il ajoute divers éléments pour faire grimper la probabilité.
La réplique de Richard Dawkins fait éclater l’inconsistance des prémisses : « Les montres à tête de spaghetti existent ou n’existent pas. Il y a donc 50% de chance qu’ils existent. » Ben oui…
Ceci prêterait à rire, si l’Université d’Oxford et sa branche éditoriale, l’Oxford University Press, ne cautionnaient de leur prestige de tristes fadaises qui alimentent les sombres moulins transatlantiques.
Une jeune fille est morte au Brésil.
La cause de la mort : sous-alimentation.
La cause de la sous-alimentation : anorexie.
La cause de l’anorexie : le regard des autres.
Depuis 48 heures, 12 médias, 1 collègue et 1 amie m’ont évoqué cette mort.
Depuis 48 heures, 34.560 enfants sont aussi morts de faim, plus discrètement.
La cause de ces morts : sous-alimentation.
La cause de la sous-alimentation : remèdes insuffisants à la mauvaise répartition des ressources alimentaires.
La cause de cette insuffisance : l’absence de regard des autres.
Je me souviens de cette phrase de Valéry : « Si le regard pouvait tuer ou engendrer, la rue serait pleine de cadavres et de femmes grosses » et me dis que sur ce coup, il manqua de lucidité.
Je me souviens aussi de cette phrase de Jacques Bergier auquel un journaliste demanda hors-propos : « Que faites-vous contre la faim dans le monde? et qui répondit :
«Les locomotives à vapeur apparaissent quand c’est le temps des locomotives à vapeur. » écrivait Charles Fort, amateur d’étrange et scribe des miracles. Il ne suffit pas à l’enregistrement magnétique d’être découvert pour être utilisé. Il fallut que le monde soit prêt à l’accueillir. Cette histoire passionnante est relatée dans Magnetic Recording : The first 100 Years (E. Daniel, C. Mee, M. Clark ; IEEE Press, 1998).
Le télégraphone a été inventé en 1898 par l’ingénieur danois Valdemar Poulsen. Il s’agissait d’une corde de piano sur laquelle était traîné un électro-aimant relié à un microphone. Cette corde de piano initiale, portant quelques mots de la voix de son inventeur, a disparu.
Le nom de Thomas Edison est aujourd’hui plus célèbre que celui de Poulsen. Il est vrai que le phonographe fut inventé vingt ans auparavant. En revanche, l’enregistrement mécanique a aujourd’hui disparu et la quasi-totalité des données informatiques, musiques, vidéos, et autres enregistrements se réalise sur supports magnétiques, enfants de la corde de piano de Poulsen, et non des cylindres en cire d’Edison.
Poulsen perfectionne son invention dès la première année, notemment en enroulant le câble autour d’un cylindre, ce qui la rend transportable. Il connaît des succès de foule et d’estime mais les industriels sont pour le moins réservés. Poulsen commet probablement une erreur en présentant son invention comme apte à enregistrer les conversations téléphoniques. La société AT&T prévoit que de telles possibilités sont de natures à inquiéter ses clients.
Cette association d’idée entre l’enregistrement magnétique et les indiscrétions (association à laquelle a échappé l’enregistrement mécanique) va pourtant permettre au télégraphone de survivre. À l’aube de 14–18 (vingt ans ont passé), l’armée allemande (via une filiale américaine de Telefunken et à l’insu de son inventeur) commande quelques appareils qui serviront à des fins d’espionnage. L’armée américaine découvre le pot-aux-roses et s’emploira dès lors à surveiller de près les recherches dans le domaine de l’enregistrement magnétique.
En revanche, l’Allemagne a pu profiter de la première technologie de l’enregistrement magnétique et pousse les recherches en ce domaine. L’étape ultérieure est réalisée par Fritz Pfleumer, chimiste autrichien, en 1928… 30 ans après la corde de piano, il a l’idée de recouvrir des bandes de particules magnétiques, tandis que Kurt Stille réussit à améliorer le télégraphophone. Il est désormais possible d’enregistrer 30 minutes de musique sur un cylindre de 20 centimètres.
La BBC, dès sa création en 1931, utilisera ce procédé pour stocker les discours les plus importants. Probablement est-ce cette adoption qui consacrera l’enregistrement magnétique comme technologie d’avenir. En effet, tout va désormais s’enchaîner très vite. L’histoire de l’enregistrement magnétique va s’entrelacer avec l’histoire des hommes de façon de plus en plus intime jusqu’à en infléchir épisodiquement le cours.
La gestapo enregistrera ses interrogatoires, les cassettes audio permettront à tout un chacun d’enregistrer aussi facilement que l’on fait une photo de vacances, des bandes magnétiques feront tomber un président américain, des lois règlementeront le stockage des données et, aujourd’hui, les supports magnétiques contiennent plus d’information que tout autre, malgré la concurrence encore timide du stockage optique.
L’on en vient à penser que le cerveau humain est aussi un support magnétique et qu’il est regrettable que ce dernier ne puisse pas communiquer de façon plus directe avec ses petits frères à base de ferrite ou de silicium… « Ce qui ne fut pas sera, prévient Haldane, et il poursuit : Et personne n’est à l’abri. »
La radio. Six, puis quatre attentats à Londres. Blair est au G8 et dit qu’il revient à Londres. Chirac fait succéder sa sympathie à ses félicitations de la veille. Bush pense continuer sa guerre au terrorisme (et je sens qu’il prie pour « que personne ne me demande si je suis en train de la gagner ou de la perdre »). Aujourd’hui : éditions spéciales, grosses manchettes, invités, interviews entre confrères, petits récits et grandes analyses.
Trente-sept morts. Moi, je me dit que c’est pas mal en terme d’efficacité médiatique. Avec le World Trade Center, nous étions dans le mythologique mais aussi dans le coûteux, voire dans le déraisonnable. À Londres, nous revenons à échelle humaine. 37 morts pour 4 attentats, cela fait grosso-modo 9 morts (et 120 blessés plus ou moins lourds) par bombe. L’on est dans des proportions qui sont quotidiennes dans bien des régions du monde. L’opération est bien moins coûteuse en vies humaines que, je ne sais pas moi, la cigarette l’automobile ou la canicule. On s’achemine vers le terrorisme propre.
Il faut dire qu’il y avait des images. Du sang et des carcasses métalliques mais cela, c’est assez commun. En plein Londres c’est plus original (quoique, le métro, cela manque réellement de visuel.) Aussi, il y avait tous ces londoniens à pied dans les rues, se demandant comment rentrer chez eux. L’imaginaire aussi : et si cela arrivait à Paris, à Bruxelles ou à Redu? Alors Villepin et Verhofdstadt expliquent pour l’un que le plan Vigipirate passe au rouge et pour l’autre qu’il n’y a aucune raison de prendre des mesures supplémentaires. Nouveaux commentaires, interviews entre confrères, petits récits et grandes analyses. D’attentats en attentats, la machine médiatique s’améliore dans ses capacités d’amplifier un phénomène (qu’il est politiquement plus correct d’amplifier que de minimiser).
Un forum islamiste fait paraître un texte revendicatif. On s’interroge mollement sur les motivations. Acte religieux? Politique? Culturel, Sociologique? Psychopathologique? Commentaires, interviews entre confrères, petits récits et grandes analyses.
Pourquoi Londres? Pourquoi cette date? A cause du G8, des jeux olympiques, du procès de l’imam Bazar? Commentaires, analyses, etc.
J’ai parlé d’efficacité médiatique, ce qui est très limitatif. Un type qui meurt du cancer après avoir pollué ses contemporains durant des décennies ne produit rien (sauf 10 cm2 d’autoroute s’il a légué ses poumons à l’état). Pour leur part, ces 37 morts n’ont pas seulement produit une belle caisse de résonance à un courant terroriste, ils ont boosté la popularité de politiciens, confortés des idéologies en sens divers, dynamisé les ventes de presse écrite et les audimats, alimenté les conversations dans les familles, les cantines et les librairies de quartier, resserré des liens sociaux, suscité interrogations chez les intellectuels et conforté certitudes chez ceux qui en ont besoin.
Dans la version mondialiste du terrorisme, il y a de plus en plus de gagnants et de moins en moins de perdants…
« Vous vous rendez compte, me demandait mon coiffeur lors de l’ultime visite que je rendis à son officine, il faut même payer pour la musique maintenant! » Étant ligoté dans son fauteuil et à la merci d’instruments particulièrement tranchants, j’acquiesçai d’un « tsssss! » compatissant. (La lâcheté est un sentiment salutaire qu’il faut un certain courage pour recommander, signe d’une certaine confusion des temps, sans doute.)
Simultanément, je me lançai dans un dialogue intérieur où je convins avec moi-même du caractère singulier de cette indignation. Cet honnête artiste capillaire trouve probablement normal de payer son papier peint, son chauffage, son électricité mais ne comprend tout simplement pas qu’il lui faille payer pour la musique. Il ne s’offusque pas des pratiques commerciales en général puisqu’il encourage son client à passer à la caisse après avoir laissé une partie de lui-même sur le sol. Alors quoi? Imagine-t-il que les compositeurs, les interprètes, les éditeurs, les producteurs et autres compagnons de la chose musicale sont de gentils petits lutins vivant dans le pays merveilleux où l’argent n’existe pas?
Cruelle erreur! Non seulement eux aussi ont des enfants qui veulent pincer le nez de Monsieur Mouche à Disneyland Paris, mais en outre leur place dans la société présente deux qualités qui devrait nous pousser à plus de décence. a/ Les biens qu’ils produisent ne sont pas de première nécessité (nous sommes donc libre de nous en passer) ; b/ ces biens sont a priori de nature à enjoliver le monde. À l’heure où même les écologistes défendent les marchands d’armes de Herstal, la chose n’est pas négligeable.
Il y a quelques semaines, je faisais remarquer à une stagiaire qu’il était préférable, du moins ouvertement et dans l’immeuble de la Sabam, de ne pas faire de piratage d’oeuvres musicales. Elle ouvrit tout ronds ses charmants yeux et, ouvrant de même sa charmante bouche, me demanda pourquoi. Je crus bredouiller que chacun aime bien être rétribué pour ses heures de travail et que l’industrie automobile aurait pas mal de soucis s’il était aussi facile de copier une voiture qu’un morceau de musique. Elle en convint docilement, son stage comptant pour 50% dans la réussite de son année.
Pourtant, je m’interroge. En quoi est-il difficile de comprendre que le piratage est du vol? Pourquoi, en dehors du fait qu’il est difficile de brider la grande indulgence que l’on a pour soi-même, est-on tellement enclin à minimiser ce fait? J’entends parfois comme argument que si les CD étaient moins chers, on ne les piraterait moins. L’argument est pied-nickléen : j’imagine avec délice le voleur de voiture tenir le même raisonnement devant le juge.
Soyons clairs, je ne crois pas que le piratage soit la cause principale de la crise actuelle de la production musicale. Je sais aussi que certains producteurs sont de lumineux margoulins qui ont créé des demandes tellement fortes qu’ils sont en partie responsables de l’actuel retour de manivelle. Je pense en outre que la gratuité de la musique est désormais techniquement possible et même souhaitable pour autant que le choix en soit fait par toutes les parties concernées. Soit!
Il n’en reste pas moins que, dans ce monde si tristement dépourvu de petits lutins qui est le nôtre, certaines choses ont un prix. Et, tout bien considéré, je crois que c’est une bonne chose que la musique en fasse partie.
Connaissez-vous Mitchell Kapor? Je ne le connaissais pas non plus, jusqu’à suivre un lien du très intéressant MacDigit. Kapor est l’inventeur de 1, 2, 3 sur Atari, de Lotus, de Lotus Notes et d’Improv (pour les privilégiés de l’histoire informatique, comme moi, à avoir travaillé sur NeXT).
Bref, constatant que les succès informatique étaient plus tributaires du marketing que de l’innovation, Mitchell Kapor s’est détaché du code et attaché à une vision plus politique de l’informatique. Il a ainsi créé l’Electronic Frontier Foundation, chargée de protéger les libertés civiques mises à mal avec l’arrivée des ordinateurs et le fichage des individus.
Visionnaire un jour, visionnaire toujours? Certains de ses projets me semblent mériter une attention aiguë, ils pourraient se trouver à l’origine de certains piliers du monde de demain. À visiter donc : http://www.kapor.com/projects/index.html
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