La Qualification terroriste

Stop Making Sense
Talking Heads (1984)

Depuis 2010, la France a qualifié de terro­risme djiha­distes 17 attentats commis sur son terri­toire. (Dans le même temps, 91 actes de terro­rismes – non meur­triers et non média­tisés – ont été commis dans la mouvance de l’indépendantisme corse.)1

À l’exception probable de la cyber attaque contre TV5 Monde qui ne fit ni mort ni blessé, tous ces actes ont été commis par des Français et ont permis la mise en place de lois limitant les libertés indi­vi­duelles et de dispo­si­tifs augmen­tant les capacités de surveillance de l’État.

Sur ces 17 événe­ments, la plupart ont été requa­li­fiés par la suite : l’attentat de Joué-lès-Tours (20/12/2014) était un fait divers ; l’attentat à la voiture-bélier dans les rues de Dijon (22/12/2014) a été commis par un déséqui­libré influencé par le récit média­tique des « attentats » récents ; l’attentat compa­rable, dans le marché de Noël de Nantes (22/12/2014) était en fait une tentative de suicide dont la forme démontre – s’il en était besoin – la force de contagion dudit récit média­tique. Le dernier en date (Saint-Quentin-Fallavier, 26/06/2015) s’est révélé être un fait divers gros­siè­re­ment mis en scène.

Dans le passé, le rock, la violence télé­vi­suelle, les jeux de rôle ou les jeux vidéo inspi­rèrent certains auteurs et furent désignés à l’opprobre par les médias. Main­te­nant ce sont les « discours de haine », et notamment ceux appelant au djihad de l’épée2 qui inspirent les médias et, en consé­quence, certains auteurs.

Restent bien sûr les attentats commis par Mohammed Merah (tueries de 2012), les frères Kouachi (Charlie Hebdo, 07/01/2015) et Amedy Coulibaly (07–09/01/2015), attentats dont la nature terro­riste djiha­diste reste l’explication canonique. Qui sont ces personnes ?

  • Mohammed Merah est un enfant gâté dans une banlieue pauvre, fan des Simpson et de PlayS­ta­tion, adepte de foot et de rodéos urbains, délin­quant réci­di­viste bien éloigné des préceptes du Coran. Ses actes semblent d’ailleurs plus inspirés par Call of Duty que par le Coran. Le djihad interdit le meurtre d’enfants. Il en tue trois.
  • Les frères Kouachi sont orphelins, élevés par la Répu­blique. Petites forma­tions, petits boulots. La fréquen­ta­tion d’un groupe de jeunes sala­fistes parisiens forgera un embryon d’idéal et de recherche de sens. L’un d’eux suivra un entraî­ne­ment armé au Yémen, ce qui n’empêchera pas de perdre une chaussure et sa carte d’identité, d’improviser des tirs inutiles sur des cibles impro­vi­sées. L’autre s’intéresse plus aux vidéos pornos. Le djihad interdit le meurtre de femmes. Ils en tuent une. Les auteurs se réclament d’AQPA qui ne reven­dique (de façon ambiguë) l’attentat qu’une semaine plus tard.
  • Amedy Coulibaly connaît les frères Kouachi. C’est un délin­quant multi­ré­ci­di­viste. Avant sa prise d’otage du magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes, il tue lui aussi une femme, ainsi qu’un joggeur. Le djihad interdit le meurtre de femmes mais aussi d’innocents.

Autant de profils dont la moti­va­tion reli­gieuse semble difficile à trouver. Alors, petit à petit, le récit média­tique décon­necte le djihad du religieux pour en faire un fait politique propre toutefois à une commu­nauté liée par une religion ou, à tout le moins, par une culture reli­gieuse. On en vient à parler de « guerre de civi­li­sa­tions3. »

La vitesse avec laquelle les médias et la sphère gouver­ne­men­tale française bran­dissent et ampli­fient la quali­fi­ca­tion terro­riste repose sur des méca­nismes évidents profi­tables à diverses parties…

Si l’auteur est présenté comme déséqui­libré, le discours média­tique se struc­tu­rera autour de l’idée de respon­sa­bi­lité de l’état et de celle la personne. Le débat abordera la question d’une société qui développe en son sein des individus poten­tiel­le­ment dangereux qu’elle ne sait pas gérer. Il sera question d’insécurité endogène.

Au contraire, si l’auteur est présenté comme le bras armé d’une mouvance djiha­diste, le discours média­tique se struc­tu­rera autour des ennemis probables de la sécurité nationale, autour des valeurs que défendent nos repré­sen­tants démo­cra­tiques, autours de réformes qui atta­que­ront certes un peu nos libertés indi­vi­duelles mais dont on voit l’absolue nécessité.freedom_security1

  1. La quali­fi­ca­tion terro­riste est donc profi­table au politique : elle augmente le capital-sympathie des citoyens à l’égard du pouvoir en place. Ce faisant, elle crée un contexte propice à la mise en place de lois sécu­ri­taires et de procé­dures liber­ti­cides. De plus, elle détourne de l’attention citoyenne les problèmes socio-écono­miques.
  2. La quali­fi­ca­tion terro­riste est bien sûr aussi profi­table aux médias. Outre de hauts indices d’audience qu’ils peuvent maintenir par un story-telling de tension continue, ils renforcent leur accoin­tance avec le pouvoir politique à grands renforts de débats et d’interviews augmen­tant la visi­bi­lité des acteurs auto-proclamés de la lutte pour notre sécurité.
  3. Bien sûr, la quali­fi­ca­tion terro­riste est gran­de­ment profi­table aux mouve­ments tels qu’Al Quaïda ou EIIL qui peuvent, à peu de frais, mettre leur impri­matur sur des actes qu’ils n’ont ni planifiés ni financés ni commis. Ils acquièrent un gain d’autorité sur les popu­la­tions qu’ils asser­vissent ainsi qu’une person­na­lité symbo­lique inter­na­tio­nale.
  4. Enfin, la quali­fi­ca­tion terro­riste offre une plus-value à ceux qui commettent les actes et qui peuvent trans­former un acte de violence ordinaire en geste politique. La formule de l’anthropologue Alain Bertho4 ne dit rien d’autre : « Nous n’avons pas affaire à une radi­ca­li­sa­tion de l’Islam, mais plutôt à une isla­mi­sa­tion de la révolte radicale (…) Le djiha­disme, c’est une façon de mettre un sens à une révolte déses­pérée. »

Ales­sandro Baricco5 a expliqué que ceux qui ont construit la mondia­li­sa­tion sont ceux qui en profitent le plus, et que cette construc­tion reposait sur des fictions dont la force leur a donné souffle et vie. En imaginant des moines zen connectés à Internet, nous avons créé des moines zen connectés à Internet. De même, en déve­lop­pant une fiction d’Islam radical à l’attaque de nos valeurs occi­den­tales, nous en faisons une réalité. Victor Hugo résume cela d’une formule mille fois démontrée : « À force de montrer au peuple un épou­van­tail, on crée le monstre réel. »

En aval (et non pas en amont) se trouve EIIL qui, dans un Irak et une Syrie que nous démo­cra­ties occi­den­tales ont dévastés, se posent en conqué­rants et en porteurs de sens. Chaque fois que nous crions « Attentat djiha­diste ! », eux envoient une reven­di­ca­tion. Et chacun, de son côté, profite de cette logique absurde qui se nourrit de notre tragique et éperdue recherche de sens.

Plus encore, la quali­fi­ca­tion terro­riste est une arme infi­ni­ment plus puissante que le terro­risme : elle ne meurtrit pas les chairs mais engourdit et conforme les esprits. Elle fait partie inté­grante d’un mécanisme de ségré­ga­tion sociale fondé non sur l’accroissement du capital mais sur la capacité de chacun de décoder le monde.

Ce qui est sans doute le bien le plus précieux de tout homme libre.

avk

 


  1. Wikipedia
  2. Le djihad est prin­ci­pa­le­ment une lutte puri­fi­ca­trice contre le Mal, prin­ci­pa­le­ment en soi-même. Le djihad de l’épée (pour reprendre la distinc­tion d’Averroès, n’est géné­ra­le­ment pas considéré comme une obli­ga­tion et doit respecter des règles très précises comme le respect des prison­niers, des femmes, enfants et vieillards, et l’interdiction de mutiler – donc décapiter – les corps). Le fait que tant EIIL que nos démo­cra­ties ne s’encombrent pas de ces détails laisse entrevoir un intérêt commun à redéfinir ce qu’est le djihad.
  3. Manuel Valls, 28 juin 2015 (suite au fait divers de Saint-Quentin-Fallavier).
  4. Bertho, Alain. Une isla­mi­sa­tion de la révolte radicale. (regards​.fr, 11 mai 2015)
  5. Barisso, Ales­sandro. Next, petit livre sur la globa­li­sa­tion et le monde à venir. (Paris : Albin Michel, 2002)

Heurs et Malheurs des majuscules de titre

Dans un texte français courant, les règles fixant l’usage des majus­cules sont assez simples. La majuscule s’utilise en début de phrase, et pour quelques mots réservés (dont la mémo­ri­sa­tion est nettement moins simple). Pour les titres en revanche, les conven­tions ortho­ty­po­gra­phiques sont un peu plus complexes mais un peu de méthode permet de s’en sortir faci­le­ment.

1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de pério­dique prend une majuscule initiale, exception faite des noms propres.

À la recherche du temps perdu

1.1. Si le titre est composé seulement d’un adjectif quali­fi­catif suivi d’un substantif, le substantif prend également une majuscule.

Tristes Tropiques (mais : Mon oncle)

1.2. Si le titre est composé seulement de deux substan­tifs succes­sifs, chaque substantif prend une majuscule.

France Soir

1.3. Si le titre est composé seulement de substan­tifs énumérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule.

Guerre et Paix (mais : Être et avoir)

1.4. Si le titre commence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier substantif prend une majuscule, ainsi que tout adjectif ou adverbe précédant.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

1.5. Si le titre est constitué de substan­tifs énumérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule, ainsi que les adjectifs quali­fi­ca­tifs ou adverbes éventuels les précédant.

La Belle et la Bête

2. En cas de sous-titre ou de titre double, les principes précé­dents s’appliquent à chaque partie (seule exception : si le sous-titre commence par un article défini, cet article prend excep­tion­nel­le­ment une minuscule initiale).

Le Barbier de Séville ou la Précau­tion inutile

Pirates des Caraïbes : La Malé­dic­tion du Black Pearl

3. Les titres prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En parti­cu­lier, les substan­tifs madame, made­moi­selle et monsieur s’abrègent en Mme, Mlle et M. au singulier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu’ils consti­tuent le premier mot du titre. Lorsqu’ils sont écrits au long, ils prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.

Le Voyage de M. Perrichon

Monsieur de Pour­ceau­gnac

Les Quatre Filles du docteur March

La Faute de l’abbé Mouret

4. Quand l’auteur a clai­re­ment choisi une typo­gra­phie originale, il est géné­ra­le­ment préfé­rable de la respecter si cette graphie est justifiée et ne nuit pas aux requêtes.

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Ah oui, un petit détail encore : les majus­cules accen­tuées ne perdent pas leur accent. Cette coupable pratique trouve son origine dans les processus de compo­si­tion de textes à base de carac­tères mobiles qui n’offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L’erreur a donc été longtemps tolérée en raisons de diffi­cultés tech­niques. [4]

L’informatique ayant résolu le problème, il n’y a plus aucune excuse à commettre cette faute, source de tant de « JAURES ASSASSINE ! » et autres « LE PRESIDENT CHAHUTE A L’ASSEMBLEE ! »

avk

Sources

[1] Lexique Des Règles Typo­gra­phiques En Usage à L’imprimerie Nationale. Paris : Impri­merie nationale, 2002.

[2] Abrégé typo­gra­phique à l’usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.

[3] Wikipedia : Conven­tions typo­gra­phiques

[4] Ency­clo­pédie de la typo­gra­phie

Vivre sans TV.

Selon l’institut d’audience Nielsen, un Américain moyen passe quoti­dien­ne­ment 4 heures 49 minutes devant son télé­vi­seur, durée en augmen­ta­tion constante depuis 10 ans [1]. Le Syndicat National de la Publicité Télévisée nous informe pour sa part qu’un Français consomme un nettement moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails inté­res­sants.

Ainsi, la télé­vi­sion capte quoti­dien­ne­ment sur le terri­toire français 44,2 millions d’habitants durant, donc, 3h20’, ce qui mène à une consom­ma­tion annuelle de 3.226 milliards de minutes drainant des recettes publi­ci­taires de 3,98 milliards d’euros de janvier à août 2009 [2]. En extra­po­lant pour une période annuelle, nous obtenons 5,97 milliards d’euros bruts. En forçant le trait, disons que les publi­ci­taires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télé­vi­sion. En fait, le chiffre n’intègre pas les frais de gestion et de produc­tion qui, une fois injectés dans l’équation et selon un mien ami travaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.

On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garanties sur le retour probable sur inves­tis­se­ment. La fameuse citation de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confir­ma­tion dans ces chiffres :

« Soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publi­ci­taire soit perçu, il faut que le cerveau du télé­spec­ta­teur soit dispo­nible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre dispo­nible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain dispo­nible (…). Il faut chercher en perma­nence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. »

Bien sûr, l’économie n’est pas la seule à béné­fi­cier de la mise en récep­ti­vité de ces cerveaux. Le politique et plus géné­ra­le­ment la société elle-même profitent du formatage intel­lec­tuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d’abstinence télé­vi­suelle? Qu’offre Internet pour étancher notre soif d’images qui bougent?

Pour ce qui est des émissions télé­vi­suelles redis­tri­buées sur le net, impos­sible de faire ici le catalogue de l’offre indi­vi­duel des chaînes mais beaucoup d’entre elles offrent, en léger différé, les journaux télévisés et, en plus grand différé, des repor­tages tels que les Questions à la Une de la RTBF ou tels que l’on en trouve aussi sur ARTE TV. Je veux aussi mentionner l’excellent site de l’INA qui propose gratui­te­ment un catalogue impres­sion­nant de 23.000 heures d’archives télé­vi­suelles (parmi les 300.000 heures de programmes archivés annuel­le­ment) pour les nostal­giques des Cinq Colonnes à la Une ou d’Apos­trophes. À desti­na­tion des cher­cheurs et étudiants, l’INA a par ailleurs mis en place un site spéci­fique. Mais ne nous égarons pas…

Vous n’oserez sans doute pas l’avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n’est pas encore très connue sur le Vieux Continent, mais un grand nombre de séries télé­vi­sées sont vision­nables gratui­te­ment en streaming sur l’excellent Hulu qui offre une qualité de diffusion excep­tion­nelle… aux États-Unis. En effet, issu d’une joint venture entre NBC Universal, News Corp., The Walt Disney Company et Provi­dence Equity Partners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a toutefois encouragé certaines initia­tives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.

TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclu­si­ve­ment sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c’est que serveur de TVGorge n’héberge aucune vidéo mais une base de données de liens pointant toujours vers la source de diffusion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s’interrompent ou qui calent en plein milieu de l’intrigue. Vous allez sur le site, cherchez votre série dans une interface claire et cliquez simple­ment sur l’épisode désiré! Bien sûr, pas de télé­char­ge­ment possible sans contor­sions coupables! Seule question : combien de temps mettra la horde d’avocats fourbie par les proprié­taires de programmes pour trouver l’astuce contrai­gnant TVGorge à ne plus disposer gratui­te­ment d’aussi gracieux liens?

L’offre de CastTV est un peu plus diver­si­fiée et son interface se rapproche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes…), le service propose des émissions telles que l’Eurovision ou la remise des Oscars, une centaine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fantas­tique Bad Girls from Mars!) Sont dispo­nibles aussi de nombreuses vidéos musicales d’artistes tels que Guns ‘n Roses, AC/DC ou Bill Evans.

FanCast adopte pour sa part une interface ency­clo­pé­dique inspirée d’IMDB. Cette division de la Comcast Corpo­ra­tion profite de son impres­sion­nant catalogue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Paramount, Warner Bros et Disney) est payante en télé­char­ge­ment ou location. Une grande partie est toutefois gratuite, servant d’appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publicité. Vous y épen­cherez aussi votre soif de télé réalité, de docu­men­taires géné­ra­listes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show…). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien FanCast qui vous donnera l’expérience télé­vi­suelle la plus probante. Ah oui, c’est souvent très lent au démarrage et quelques vidéos sont indis­po­nibles…

Bon, passons main­te­nant à des choses plus inté­res­santes, et donc plus éloignées de l’expérience télé­vi­suelle classique. Outre des sites tels que YouTube et Daily­mo­tion où, à moins de savoir préa­la­ble­ment ce que l’on cherche, il est bien difficile de naviguer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l’honnête homme qui désire simple­ment passer quelques heures à découvrir, voire à vous émer­veiller.

Joost (prononcez «juiced») a été fondé par les créateurs de Skype et distribue les vidéos en peer-to-peer. J’étais un peu sceptique quand à la fiabilité d’un tel mode de diffusion pour des programmes de télé­vi­sion, mais je dois recon­naître que l’expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait néces­saire l’utilisation d’un logiciel dédié, c’est désormais une interface web qui a été adoptée. Joost dispose d’un très gros catalogue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui péna­lisent les utili­sa­teurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques milliers d’heures de programmes acces­sibles: docu­men­taires, shows, vidéos musicales et surtout,parmi les films, quelques clas­siques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton

Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fictions et programmes télé. Je m’en voudrais toutefois de ne pas signaler deux sites excep­tion­nels tournés respec­ti­ve­ment vers les docu­men­taires et vers la diffusion de confé­rences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom explicite de Docu­men­ta­ry­heaven. Financé par les dons et quelques publi­cités rela­ti­ve­ment discrètes, il ne possède actuel­le­ment qu’un millier de docu­men­taires, mais la plupart de grande qualité, de la dissec­tion d’un éléphant à une lecture de Chomsky sur la morale politique. À suivre, assu­ré­ment.

Enfin, il y a TED. TED (Tech­no­logy, Enter­tain­ment, Design) est une fondation améri­caine orga­ni­sant depuis 1990 des confé­rences sur des « ideas worth spreading ». La diversité des thèmes, la brièveté des inter­ven­tions (limitées à 18 minutes), la qualité des inter­ve­nants et la diffusion sur leur site web ont fait de TED un fantas­tique incu­ba­teur d’idées. Parmi les confé­ren­ciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les confé­rences, librement diffu­sables, sont dispo­nibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une appli­ca­tion iPhone vient même de sortir.

Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d’infidélité vis-à-vis de votre télé­vi­seur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémorable défi­ni­tion de la vulgarité audio­vi­suelle [5] comme élec­tro­choc ultime :

avk

Sources

[1] Nielsen

[2] SNPTV

[3] Entretien privé dans une taverne bruxel­loise devant quelques Grim­bergen Optimo Bruno

[4] Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain dispo­nible »

[5] Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

Notre vision distordue du monde

Alisa Miller, chef de Public Radio Inter­na­tional, évoque avec humour les méca­nismes par lesquels les médias améri­cains offrent une vision distordue du monde pour épancher une soif modeste mais réelle d’informations inter­na­tio­nales. Avec des statis­tiques et des graphiques parti­cu­liè­re­ment éclai­rants.

Ceci en écho lointain à un ancien billet.

avk

Le miroir du monde

Depuis quelques mois, Google a implé­menté dans son interface de recherche une fonction de sugges­tion fondée sur les requêtes les plus fréquentes commen­çant par les carac­tères que vous êtes en train de taper.

Prévue dans un premier temps pour faire gagner quelques fractions de secondes à l’utilisateur, cette fonction offre une image frappante des préoc­cu­pa­tions des inter­nautes pour autant que l’on choisisse des débuts de phrases ouvertes.

Il en ressort entre autres la convic­tion que Dieu n’est pas un inspec­teur de poisson (puisqu’il semble être un astro­naute), que l’on soit perplexe sur les méca­nismes à mettre en place pour tomber enceinte, que l’aérophagie cause plus d’anxiété que la solitude, et qu’une masse consi­dé­rable d’internautes sont «extrê­me­ment terrifiés par»… les Chinois. Heureu­se­ment, une singu­lière bouffée d’intérêt pour les équations quadra­tiques vient relever le niveau.

D’autres facettes googliennes de notre belle humanité? Les commen­taires vous sont ouverts!

avk

Europeana, à petits pas

Après un lancement cala­mi­teux, le fantas­tique projet Europeanaest désormais en ligne et, bien que toujours en phase de test, ça décoiffe doucement : textes, illus­tra­tions graphiques, extraits sonores et vidéos de près de 70 contri­bu­teurs dont la Bibio­thèque nationale de France, la Fundação Calouste Gulben­kian, la Biblio­thèque Royale de Belgique et The British Library. Le parti­moine actuel de 2 millions d’objets numé­riques sera triplé lors du lancement de la version 1.0, en 2010​.Il reste toutefois pas mal de choses à améliorer : robus­tesse du système et cohérence des données. Vous trouverez en effet bien le viandier de Taillevent hébergé par la Biblio­thèque nationale de France, mais le lien ne vous mènera que vers une page d’erreur doù il vous faudra recom­mencer la recherche! En outre, la possi­bi­lité pourtant capitale de créer un compte propre afin de stocker ses recherches a été tempo­rai­re­ment et mysté­rieu­se­ment supprimée. Don’t worry, be crappy comme ils disent, Outre-Atlan­tique.

Un petit aperçu en quelques clics? Mais avec plaisir…

Diigo : Social Information Networking

Le social book­mar­king est apparu en 2005 avec de​.licio​.us dont le succès provient en grande partie… de son succès. C’est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socia­li­sa­tion – a son impor­tance. En 2006 est apparu Stum­bleUpon, plus structuré et permet­tant de dire d’un clic « j’aime » ou « j’aime pas », d’intégrer son propre site, de maintenir un petit blog et surtout d’intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Marshall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l’impression que cela servait surtout à tromper l’ennui. Une floppée d’autres sites émer­gèrent dans ma plus grande indif­fé­rence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses impor­tantes : l’importation facile des signets du navi­ga­teur, une interface lumineuse, la possi­bi­lité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C’était devenu mon outil pour partager mes décou­vertes avec des amis, et pour m’assurer une acces­si­bi­lité à mes signets lors de mes dépla­ce­ments. J’y ai découvert aussi quelques sites inté­res­sants. Pourtant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu’il fait le choix audacieux de l’open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social book­mar­king que j’utilisais pour une option fantas­tique : celle qui permet de surligner des passages. Lorsque je rédige un article, j’ai pris l’habitude, grâce à l’extension de Diigo, de surligner les passages impor­tants et de les stocker dans une liste person­nelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d’un clic j’ai non seulement accès à mes sources mais encore aux passages surlignés. Épatant, même si l’usage que j’en faisais était très personnel. De fait, l’aspect social de Diigo était handicapé par plusieurs lourdeurs struc­tu­relles.

Dans sa version 3, relookée aujourd’hui même, une fois votre compte ouvert et l’extension installée sur votre navi­ga­teur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu’un site vous plait, surlignez éven­tuel­le­ment les passages impor­tants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous permettra de donner une descrip­tion, d’en choisir le caractère privé ou public, de prévenir Twitter, d’ajouter ce signet à une liste que vous aurez préa­la­ble­ment créée, d’informer un groupe etc.

Ulté­rieu­re­ment, vous retrou­verez ce site avec le surli­gnage, mais vous verrez aussi qui d’autre l’a mis en signet public et quelles anno­ta­tions y ont été ajoutées par la commu­nauté.

Parmi la centaine de nouveautés de la version 3, j’en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent direc­te­ment acces­sibles dans votre barre latérale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre latérale, il est possible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fatiguera pas rapi­de­ment mais pour le moment, c’est assez bluffant.
  3. Il est désormais possible à une équipe (de cher­cheurs ou de rédac­teurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un diction­naire de mots-clés afin d’éviter de voir ces pléthores de tags syno­ny­miques ou mal ortho­gra­phiés qui polluent géné­ra­le­ment ce genre de sites.
  4. L’option People like me vous permet, sur base de vos derniers signets, de découvrir les gens qui partagent le plus vos intérêts et dès lors, d’augmenter vos chances de découvrir non seulement des sites mais surtout des contenus inté­res­sants.
  5. Le partage n’est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, FaceBook et l’email sont à votre portée pour partager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désormais une solution efficace à diffé­rentes préoc­cu­pa­tions qui dépassent de loin le simple social networ­king. C’est désormais un outil majeur pour quiconque désire struc­turer, stocker et partager en ligne une infor­ma­tion qui ne se limite par à une URL.

Le point sur les guillemets

L’utilisation des guille­mets est, en français, source de nombreux malen­tendus : confusion entre guille­mets français et anglais ; diffi­cultés d’évaluer la perti­nence de leur utili­sa­tion ; mécon­nais­sance des règles d’usage des espaces de proximité et j’en passe de plus croqui­gno­lettes.

Bref, c’est le genre de chose que l’on n’apprend pas à l’école et dont on se dit avec raison que son ignorance ne nous empêchera pas d’atteindre le bonheur.

Ce n’est donc pas sur la voie du bonheur que ce petit billet devrait vous mener, mais sur celle, plus escarpée, de la perfec­tion. Ce qui n’est pas mal non plus. En prime, l’usage d’une typo­gra­phie correcte a des avantages épatants :

  • Renfor­ce­ment des habitudes (et dès lors plus grande fluidité) de lecture et d’écriture ;
  • Cohérence des textes et simpli­fi­ca­tion des processus d’édition ;
  • Atté­nua­tion des situa­tions confuses ;
  • Adoption d’une esthé­tique typo­gra­phique conçue dans le respect des règles.

1. Les acteurs en présence

  • Les guille­mets français (ou typo­gra­phiques) sont comme « ceci ».
    [guillemet gauche Unicode U+00AB ;
    guillemet droit Unicode U+00BB]
  • Les guille­mets anglais sont comme “ceci”.
    [guillemet-apos­trophe double culbuté Unicode U+201C ;
    guillemet-apos­trophe double Unicode U+201D]
  • Les guille­mets allemands sont comme „ceci“.
    [guillemet-virgule double inférieur Unicode U+201E ;
    guillemet-apos­trophe double Unicode U+201D]
  • Les guille­mets droits (ou dacty­lo­gra­phiques) sont comme «ceci».
    [guille dactylo ou guillemet droit Unicode U+0022]

2. Que veulent dire les guille­mets ?

Les guille­mets marquent une distance de l’auteur vis-à-vis des éléments entre guille­mets. Il peut s’agir d’une citation, d’une réserve, d’une erreur ou d’un jugement avec lequel l’auteur veut marquer sa diver­gence.

Le cas des citations peut se révéler extrê­me­ment complexe lorsqu’elles comportent plusieurs alinéas et/ou des dialogues. Je ne consi­dè­rerai ici que les cas simples.

3. Oublier les guille­mets droits et allemands.

Simpli­fions le problème : on peut oublier les guille­mets droits. Il s’agit d’une invention spéci­fique aux machines à écrire et rendue obsolète par l’informatique moderne. Ils peuvent servir à désigner des minutes, des secondes ou des pouces, mais plus jamais faire office de guille­mets, excepté en program­ma­tion.

Quant aux guille­mets allemands, ils ne sont jamais utilisés en français.

4. Guille­mets français ou anglais ?

Toujours des guille­mets français sauf en cas d’imbrication. Il est alors recom­mandé d’utiliser les guille­mets anglais en second rang.

« Je m’en souviens bien, dit-elle, c’était écrit : “Peinture fraîche”. »

En troisième rang, l’usage de l’italique est toléré quoique les guille­mets français puissent réap­pa­raître.

« Je m’en souviens bien, dit-elle, c’était écrit : “Peinture frêche”. »

Alors que les guille­mets anglais génèrent de nombreuses colli­sions malheu­reuses (L’“intelligentsia”), les guille­mets français s’articulent dans le texte avec plus de fluidité puisqu’occupant l’espace d’un caractère à part entière. Ils provoquent aussi moins de ruptures dans le gris typo­gra­phique.

5. Guille­mets ou italique ?

Ici encore, les guille­mets français sont la règle. Hormis la citation de 3e rang où son usage est toléré, l’italique doit être utilisé dans deux cas :

  • La citation en langues étran­gères : « My God ! » s’écria-t-elle.
  • La déno­ta­tion (par oppo­si­tion à la conno­ta­tion marquée par les guille­mets) : Le mot déno­ta­tion n’est pas facile à définir.

6. Et les titres d’oeuvres ?

Ici, l’italique est la règle. Les guille­mets ne sont autorisés que lorsque l’italique est impra­ti­cable : écriture manus­crite ou dacty­lo­gra­phique par exemple, ainsi que les emails en texte pur.

7. Quelles espaces utiliser ?

Une espace insécable doit toujours être placée à l’intérieur du guillemet français, et une espace sécable à l’extérieur. La nature de cette espace est toutefois sujette à contro­verse et varie de plus dans la fran­co­phonie : les usages français, canadiens et suisses divergent… les Suisses allant jusqu’à proscrire les espaces internes!

L’espace insécable Unicode étant plus large que l’espace normale, je suggère l’utilisation d’une espace fine insécable dispo­nible en Unicode [U+202F]… tout en étant conscient de la diffi­culté de parfois l’implémenter : la typo­gra­phie de ce billet le démontre.

Aucune espace interne n’accompagne en revanche les guille­mets anglais.

8. Le point final vient-il avant ou après le guillemet final?

Les guille­mets encadrent tous les éléments avec lesquels la distance est prise, y compris les signes de ponc­tua­tion. (« Oh! Tu as vu ? » me dit-elle.)

Toutefois, lorsqu’une citation termine une phrase et est elle-même une phrase complète, il y a assi­mi­la­tion de la ponc­tua­tion de la phrase par celle de la citation et la phrase se termine par un guillemet. (Elle me dit simple­ment : « Je t’aime. »)

Lorsque la citation est un enchaî­ne­ment de la phrase prin­ci­pale, c’est la ponc­tua­tion prin­ci­pale qui absorbe celle de la citation. (Elle me dit que « son amour est infini ».)

Enfin, lorsque les ponc­tua­tions de la citation et de la phrase prin­ci­pale divergent, toutes deux sont conser­vées. (Elle eut le culot de me demander : « Tu ne m’en veux pas ? » !)

9. Trans­gresser

Eh bien oui, la typo­gra­phie actuelle sort des cadres établis, entre­tient des rapports de plus en plus intimes avec les autres éléments de la page : illus­tra­tions, mise en page… Tout est possible à qui possède assez de talent et de métier. La barrière est ouverte, sortons du jardin.

Mais ne confon­dons pas trans­gres­sion et ignorance!

avk

Sources

Le Bon Usage
Oeuvrez les guille­mets
Ortho­ty­po­gra­phie
Wikipedia

Et si Pékin avait raison?

Nous avons tous lu Tintin au Tibet. Nous avons tous entendu le dalaï-lama. Nous aimons tous le Tibet. Spiri­tua­lité, intem­po­ra­lité, blancheur.

Le Lotus Bleu, c’était autre chose. Une histoire complexe où s’affrontent des puis­sances mili­taires, finan­cières. La drogue, la folie, le crime.

Tintin rencontre Chang en Chine. Il comprendra là la dure complexité du monde. C’est au Tibet qu’il le retrou­vera. Et c’est là qu’il comprendra que la complexité est un masque. Les larmes de Tintin relient les deux albums.

Une invasion chinoise?

Depuis le XIIe siècle, le Tibet est chinois et le dalaï-lama avait géné­ra­le­ment un statut de gouver­neur qu’il parta­geait à certaines époques avec le Panchen-lama. En 1720, le Tibet devient un protec­torat chinois : l’identité cultu­relle était garantie mais le commerce, la diplo­matie et la défense étaient du ressort de la Chine. La présence de tibétain sur de nombreux monuments chinois en tant qu’une des cinq langues offi­cielles, en témoigne.

Les choses changent en 1904 lorsque les Britan­niques enva­hissent la région de façon sanglante. Quatre ans plus tard, la Chine reprend le contrôle et ce n’est qu’après la révo­lu­tion de 1911 que le Tibet proclame son indé­pen­dance, indé­pen­dance que n’acceptera pas la Chine.

En 1950, le troupes commu­nistes chinoises reviennent au Tibet, ce qui est qualifié d’invasion par les États-Unis alors en pleine fièvre anti­com­mu­niste. La CIA arme et entraine les guerriers tibétains et, en 1959, aide le dalaï-lama à s’exiler en Inde.

Si l’on peut parler de conflit terri­to­rial d’indépendance, le présenter comme une invasion n’est pas conforme à la réalité histo­rique. Je ne défends pas là la vision chinoise, j’expose celle de la commu­nauté inter­na­tio­nale exprimée depuis longtemps par l’ONU et par la Commu­nauté Euro­péenne.

Que tout le monde main­te­nant se mette à parler d’invasion est étrange… à moins que les récents enjeux commer­ciaux puissent expliquer ce revi­re­ment idéo­lo­gique.

Une popu­la­tion opprimée?

La Chine moderne n’est pas mon modèle de civi­li­sa­tion. Les droits de l’homme sont consi­dérés comme un gadget inutile, les médias sont des marion­nettes du Parti, le régime politique est une farce et la justice n’est citée en exemple que par Ségolène Royal. Ça ne donne pas envie, c’est sûr.

Pour autant, voir dans le Tibet du dalaï-lama un sanc­tuaire consacré à la spiri­tua­lité et échappant à la corrup­tion du maté­ria­lisme occi­dental est sans doute un peu naïf.

Quel était la situation du Tibet avant le départ de dalaï-lama?

1. Théo­cratie absolue : Ni parti ni élections. Ni média non plus d’ailleurs.

2. Oligar­chie et servage de la popu­la­tion : Par exemple, le comman­dant en chef de l’armée tibétaine, ami proche du dalaï-lama, possédait 4.000 kilo­mètres carrés de terre et régnait sur 3.500 serfs. Les monas­tères pouvaient enlever de force des enfants de paysans pour les enrôler comme domes­tiques, danseurs ou soldats. [A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996)]

3. Droits de l’homme : Si la peine de mort n’était pas appliquée acti­ve­ment, la torture était d’usage courant : brisure des membres, énucléa­tion des yeux, utili­sa­tion d’une panoplie proche de celle de notre moyen-age. Bien sûr, les enfants de paysans n’avaient ni scola­ri­sa­tion ni accès aux soins de santé. [Felix Greene, A Curtain of Ignorance (Garden City, N.Y. : Doubleday, 1961) ; Waddell, Landon, and O’Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain]

Ça ne donne pas envie non plus. A vrai dire, ça donne encore moins envie.

La domi­na­tion chinoise est donc un sale coup pour l’oligarchie tibétaine. Les images d’émeutes montrent clai­re­ment que les opposants sont des moines ou des tibétains de milieux favorisés. Pour la plus grande partie de la popu­la­tion, je crois que c’est plutôt une bonne chose.

Mais vous savez comment sont les religions : elles ont le chic pour vous faire croire que ce qui est bon est mauvais et vice-versa. En plus, s’il faut recon­naître quelque chose au dalai-lama, c’est que c’est un commu­ni­ca­teur fabuleux, le genre Steve Jobs vous voyez. En plus, son produit, c’est la vision d’un monde drôlement sympa. Vraiment le genre de chose dont nous avons tous besoin. Et en plus, y croire ne coûte pas un cent…

Alors? Alors, si l’on se préoccupe de droits de l’homme, de liberté de la presse, de démo­cratie et de déve­lop­pe­ment indi­vi­duel, il est sans doute légitime de lancer des actions contre la Chine. Mais le faire au nom du Tibet est grotesque.

Prédictions hasardeuses

The Best Article Every Day publie un florilège de prédic­tions péremp­toires qui démontrent, s’il le fallait encore, que la vision d’un leader est moins impor­tante que sa capacité à mobiliser les foules. Petite sélection de mise en bouche :

«We will bury you.»
Nikita Krushchev, Soviet Premier, predic­ting Soviet communism will win over U.S. capi­ta­lism, 1958.

«Every­thing that can be invented has been invented.»
Charles H. Duell, an official at the US patent office, 1899.

«It will be gone by June.»
Variety, passing judgement on rock ‘n roll in 1955.

«This antitrust thing will blow over.»
Bill Gates, founder of Microsoft.

«It will be years — not in my time — before a woman will become Prime Minister.»
Margaret Thatcher, future Prime Minister, October 26th, 1969.

«Read my lips: NO NEW TAXES
George Bush, 1988.

«That virus is a pussycat.»
Dr. Peter Duesberg, molecular-biology professor at U.C. Berkeley, on HIV, 1988.

«Sensible and respon­sible women do not want to vote.»
Grover Cleveland, U.S. President, 1905.

«That the auto­mo­bile has prac­ti­cally reached the limit of its deve­lop­ment is suggested by the fact that during the past year no impro­ve­ments of a radical nature have been intro­duced.»
Scien­tific American, Jan. 2 edition, 1909.

«Heavier-than-air flying machines are impos­sible.»
Lord Kelvin, British mathe­ma­ti­cian and physicist, president of the British Royal Society, 1895.

«Radio has no future.»
Lord Kelvin, Scottish mathe­ma­ti­cian and physicist, former president of the Royal Society, 1897.

«Nuclear-powered vacuum cleaners will probably be a reality in 10 years.»
Alex Lewyt, president of vacuum cleaner company Lewyt Corp., in the New York Times in 1955.

«Atomic energy might be as good as our present-day explo­sives, but it is unlikely to produce anything very much more dangerous.»
Winston Churchill, British Prime Minister, 1939.

«It’s a great invention but who would want to use it anyway?»
Ruther­ford B. Hayes, U.S. President, after a demons­tra­tion of Alexander Bell’s telephone, 1876.

«X-rays will prove to be a hoax.»
Lord Kelvin, President of the Royal Society, 1883.

«The phono­graph has no commer­cial value at all.»
Thomas Edison, American inventor, 1880s.

[source]