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Dans un texte fran­çais courant, les règles fixant l’usage des majus­cules sont assez simples. La majus­cule s’utilise en début de phrase, et pour quelques mots réservés (dont la mémo­ri­sa­tion est net­te­ment moins simple). Pour les titres en revanche, les conven­tions ortho­ty­po­gra­phiques sont un peu plus com­plexes mais un peu de méthode permet de s’en sortir facilement.

1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de pério­dique prend une majus­cule ini­tiale, excep­tion faite des noms propres.

À la recherche du temps perdu

1.1. Si le titre est composé seule­ment d’un adjectif qua­li­fi­catif suivi d’un sub­stantif, le sub­stantif prend éga­le­ment une majus­cule.

Tristes Tro­piques (mais : Mon oncle)

1.2. Si le titre est composé seule­ment de deux sub­stan­tifs suc­ces­sifs, chaque sub­stantif prend une majus­cule.

France Soir

1.3. Si le titre est composé seule­ment de sub­stan­tifs énu­mérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque sub­stantif prend une majus­cule.

Guerre et Paix (mais : Être et avoir)

1.4. Si le titre com­mence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier sub­stantif prend une majus­cule, ainsi que tout adjectif ou adverbe pré­cé­dant.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

1.5. Si le titre est constitué de sub­stan­tifs énu­mérés ou mis en oppo­si­tion (« et », « ou »), chaque sub­stantif prend une majus­cule, ainsi que les adjec­tifs qua­li­fi­ca­tifs ou adverbes éven­tuels les pré­cé­dant.

La Belle et la Bête

2. En cas de sous-titre ou de titre double, les prin­cipes pré­cé­dents s’appliquent à chaque partie (seule excep­tion : si le sous-titre com­mence par un article défini, cet article prend excep­tion­nel­le­ment une minus­cule ini­tiale).

Le Barbier de Séville ou la Pré­cau­tion inutile

Pirates des Caraïbes : La Malé­dic­tion du Black Pearl

3. Les titres prennent une minus­cule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En par­ti­cu­lier, les sub­stan­tifs madame, made­moi­selle et mon­sieur s’abrègent en Mme, Mlle et M. au sin­gu­lier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu’ils consti­tuent le premier mot du titre. Lorsqu’ils sont écrits au long, ils prennent une minus­cule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.

Le Voyage de M. Perrichon

Mon­sieur de Pourceaugnac

Les Quatre Filles du docteur March

La Faute de l’abbé Mouret

4. Quand l’auteur a clai­re­ment choisi une typo­gra­phie ori­gi­nale, il est géné­ra­le­ment pré­fé­rable de la res­pecter si cette graphie est jus­ti­fiée et ne nuit pas aux requêtes.

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Ah oui, un petit détail encore : les majus­cules accen­tuées ne perdent pas leur accent. Cette cou­pable pra­tique trouve son origine dans les pro­cessus de com­po­si­tion de textes à base de carac­tères mobiles qui n’offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L’erreur a donc été long­temps tolérée en raisons de dif­fi­cultés tech­niques. [4]

L’informatique ayant résolu le pro­blème, il n’y a plus aucune excuse à com­mettre cette faute, source de tant de « JAURES ASSASSINE ! » et autres « LE PRESIDENT CHAHUTE A L’ASSEMBLEE ! »

avk

Sources

[1] Lexique Des Règles Typo­gra­phiques En Usage à L’imprimerie Natio­nale. Paris : Impri­merie natio­nale, 2002.

[2] Abrégé typo­gra­phique à l’usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.

[3] Wiki­pedia : Conven­tions typographiques

[4] Ency­clo­pédie de la typographie

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Selon l’institut d’audience Nielsen, un Amé­ri­cain moyen passe quo­ti­dien­ne­ment 4 heures 49 minutes devant son télé­vi­seur, durée en aug­men­ta­tion constante depuis 10 ans [1]. Le Syn­dicat National de la Publi­cité Télé­visée nous informe pour sa part qu’un Fran­çais consomme un net­te­ment moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails intéressants.

Ainsi, la télé­vi­sion capte quo­ti­dien­ne­ment sur le ter­ri­toire fran­çais 44,2 mil­lions d’habitants durant, donc, 3h20’, ce qui mène à une consom­ma­tion annuelle de 3.226 mil­liards de minutes drai­nant des recettes publi­ci­taires de 3,98 mil­liards d’euros de janvier à août 2009 [2]. En extra­po­lant pour une période annuelle, nous obte­nons 5,97 mil­liards d’euros bruts. En forçant le trait, disons que les publi­ci­taires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télé­vi­sion. En fait, le chiffre n’intègre pas les frais de gestion et de pro­duc­tion qui, une fois injectés dans l’équation et selon un mien ami tra­vaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.

On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garan­ties sur le retour pro­bable sur inves­tis­se­ment. La fameuse cita­tion de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confir­ma­tion dans ces chiffres :

« Soyons réa­liste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publi­ci­taire soit perçu, il faut que le cerveau du télé­spec­ta­teur soit dis­po­nible. Nos émis­sions ont pour voca­tion de le rendre dis­po­nible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le pré­parer entre deux mes­sages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain dis­po­nible (…). Il faut cher­cher en per­ma­nence les pro­grammes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les ten­dances, dans un contexte où l’information s’accélère, se mul­ti­plie et se bana­lise. »

Bien sûr, l’économie n’est pas la seule à béné­fi­cier de la mise en récep­ti­vité de ces cer­veaux. Le poli­tique et plus géné­ra­le­ment la société elle-même pro­fitent du for­ma­tage intel­lec­tuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d’abstinence télé­vi­suelle? Qu’offre Internet pour étan­cher notre soif d’images qui bougent?

Pour ce qui est des émis­sions télé­vi­suelles redis­tri­buées sur le net, impos­sible de faire ici le cata­logue de l’offre indi­vi­duel des chaînes mais beau­coup d’entre elles offrent, en léger différé, les jour­naux télé­visés et, en plus grand différé, des repor­tages tels que les Ques­tions à la Une de la RTBF ou tels que l’on en trouve aussi sur ARTE TV. Je veux aussi men­tionner l’excellent site de l’INA qui propose gra­tui­te­ment un cata­logue impres­sion­nant de 23.000 heures d’archives télé­vi­suelles (parmi les 300.000 heures de pro­grammes archivés annuel­le­ment) pour les nos­tal­giques des Cinq Colonnes à la Une ou d’Apos­trophes. À des­ti­na­tion des cher­cheurs et étu­diants, l’INA a par ailleurs mis en place un site spé­ci­fique. Mais ne nous égarons pas…

Vous n’oserez sans doute pas l’avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n’est pas encore très connue sur le Vieux Conti­nent, mais un grand nombre de séries télé­vi­sées sont vision­nables gra­tui­te­ment en strea­ming sur l’excellent Hulu qui offre une qualité de dif­fu­sion excep­tion­nelle… aux États-Unis. En effet, issu d’une joint venture entre NBC Uni­versal, News Corp., The Walt Disney Company et Pro­vi­dence Equity Part­ners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a tou­te­fois encou­ragé cer­taines ini­tia­tives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.

TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclu­si­ve­ment sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c’est que serveur de TVGorge n’héberge aucune vidéo mais une base de données de liens poin­tant tou­jours vers la source de dif­fu­sion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s’interrompent ou qui calent en plein milieu de l’intrigue. Vous allez sur le site, cher­chez votre série dans une inter­face claire et cliquez sim­ple­ment sur l’épisode désiré! Bien sûr, pas de télé­char­ge­ment pos­sible sans contor­sions cou­pables! Seule ques­tion : combien de temps mettra la horde d’avocats fourbie par les pro­prié­taires de pro­grammes pour trouver l’astuce contrai­gnant TVGorge à ne plus dis­poser gra­tui­te­ment d’aussi gra­cieux liens?

L’offre de CastTV est un peu plus diver­si­fiée et son inter­face se rap­proche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes…), le service propose des émis­sions telles que l’Eurovision ou la remise des Oscars, une cen­taine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fan­tas­tique Bad Girls from Mars!) Sont dis­po­nibles aussi de nom­breuses vidéos musi­cales d’artistes tels que Guns ‘n Roses, AC/DC ou Bill Evans.

FanCast adopte pour sa part une inter­face ency­clo­pé­dique ins­pirée d’IMDB. Cette divi­sion de la Comcast Cor­po­ra­tion profite de son impres­sion­nant cata­logue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Para­mount, Warner Bros et Disney) est payante en télé­char­ge­ment ou loca­tion. Une grande partie est tou­te­fois gra­tuite, servant d’appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publi­cité. Vous y épen­cherez aussi votre soif de télé réalité, de docu­men­taires géné­ra­listes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show…). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c’est bien FanCast qui vous donnera l’expérience télé­vi­suelle la plus pro­bante. Ah oui, c’est souvent très lent au démar­rage et quelques vidéos sont indisponibles…

Bon, passons main­te­nant à des choses plus inté­res­santes, et donc plus éloi­gnées de l’expérience télé­vi­suelle clas­sique. Outre des sites tels que YouTube et Dai­ly­mo­tion où, à moins de savoir préa­la­ble­ment ce que l’on cherche, il est bien dif­fi­cile de navi­guer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l’honnête homme qui désire sim­ple­ment passer quelques heures à décou­vrir, voire à vous émerveiller.

Joost (pro­noncez  « juiced »») a été fondé par les créa­teurs de Skype et dis­tribue les vidéos en peer-to-peer. J’étais un peu scep­tique quand à la fia­bi­lité d’un tel mode de dif­fu­sion pour des pro­grammes de télé­vi­sion, mais je dois recon­naître que l’expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait néces­saire l’utilisation d’un logi­ciel dédié, c’est désor­mais une inter­face web qui a été adoptée. Joost dispose d’un très gros cata­logue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui péna­lisent les uti­li­sa­teurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques mil­liers d’heures de pro­grammes acces­sibles: docu­men­taires, shows, vidéos musi­cales et surtout,parmi les films, quelques clas­siques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton

Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fic­tions et pro­grammes télé. Je m’en vou­drais tou­te­fois de ne pas signaler deux sites excep­tion­nels tournés res­pec­ti­ve­ment vers les docu­men­taires et vers la dif­fu­sion de confé­rences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom expli­cite de Docu­men­ta­ry­heaven. Financé par les dons et quelques publi­cités rela­ti­ve­ment dis­crètes, il ne possède actuel­le­ment qu’un millier de docu­men­taires, mais la plupart de grande qualité, de la dis­sec­tion d’un élé­phant à une lecture de Chomsky sur la morale poli­tique. À suivre, assurément.

Enfin, il y a TED. TED (Tech­no­logy, Enter­tain­ment, Design) est une fon­da­tion amé­ri­caine orga­ni­sant depuis 1990 des confé­rences sur des « ideas worth sprea­ding ». La diver­sité des thèmes, la briè­veté des inter­ven­tions (limi­tées à 18 minutes), la qualité des inter­ve­nants et la dif­fu­sion sur leur site web ont fait de TED un fan­tas­tique incu­ba­teur d’idées. Parmi les confé­ren­ciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les confé­rences, libre­ment dif­fu­sables, sont dis­po­nibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une appli­ca­tion iPhone vient même de sortir.

Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d’infidélité vis-à-vis de votre télé­vi­seur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémo­rable défi­ni­tion de la vul­ga­rité audio­vi­suelle [5] comme élec­tro­choc ultime :

avk

Sources

[1] Nielsen

[2] SNPTV

[3] Entre­tien privé dans une taverne bruxel­loise devant quelques Grim­bergen Optimo Bruno

[4] Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain disponible »

[5] Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

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Alisa Miller, chef de Public Radio Inter­na­tional, évoque avec humour les méca­nismes par les­quels les médias amé­ri­cains offrent une vision dis­tordue du monde pour épan­cher une soif modeste mais réelle d’informations inter­na­tio­nales. Avec des sta­tis­tiques et des gra­phiques par­ti­cu­liè­re­ment éclairants.

Ceci en écho loin­tain à un ancien billet.

avk

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Depuis quelques mois, Google a implé­menté dans son inter­face de recherche une fonc­tion de sug­ges­tion fondée sur les requêtes les plus fré­quentes com­men­çant par les carac­tères que vous êtes en train de taper.

Prévue dans un premier temps pour faire gagner quelques frac­tions de secondes à l’utilisateur, cette fonc­tion offre une image frap­pante des pré­oc­cu­pa­tions des inter­nautes pour autant que l’on choi­sisse des débuts de phrases ouvertes.

Il en ressort entre autres la convic­tion que Dieu n’est pas un ins­pec­teur de poisson (puisqu’il semble être un astro­naute), que l’on soit per­plexe sur les méca­nismes à mettre en place pour tomber enceinte, que l’aérophagie cause plus d’anxiété que la soli­tude, et qu’une masse consi­dé­rable d’internautes sont « extrê­me­ment ter­ri­fiés par »… les Chinois. Heu­reu­se­ment, une sin­gu­lière bouffée d’intérêt pour les équa­tions qua­dra­tiques vient relever le niveau.

D’autres facettes goo­gliennes de notre belle huma­nité? Les com­men­taires vous sont ouverts!

avk

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Après un lan­ce­ment cala­mi­teux, le fan­tas­tique projet Euro­peanaest désor­mais en ligne et, bien que tou­jours en phase de test, ça décoiffe dou­ce­ment : textes, illus­tra­tions gra­phiques, extraits sonores et vidéos de près de 70 contri­bu­teurs dont la Bibio­thèque natio­nale de France, la Fun­dação Calouste Gul­ben­kian, la Biblio­thèque Royale de Bel­gique et The British Library. Le par­ti­moine actuel de 2 mil­lions d’objets numé­riques sera triplé lors du lan­ce­ment de la version 1.0, en 2010​.Il reste tou­te­fois pas mal de choses à amé­liorer : robus­tesse du système et cohé­rence des données. Vous trou­verez en effet bien le vian­dier de Taillevent hébergé par la Biblio­thèque natio­nale de France, mais le lien ne vous mènera que vers une page d’erreur doù il vous faudra recom­mencer la recherche! En outre, la pos­si­bi­lité pour­tant capi­tale de créer un compte propre afin de stocker ses recherches a été tem­po­rai­re­ment et mys­té­rieu­se­ment sup­primée. Don’t worry, be crappy comme ils disent, Outre-Atlantique.

Un petit aperçu en quelques clics? Mais avec plaisir…

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Le social book­mar­king est apparu en 2005 avec de​.licio​.us dont le succès pro­vient en grande partie… de son succès. C’est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socia­li­sa­tion – a son impor­tance. En 2006 est apparu Stum­bleUpon, plus struc­turé et per­met­tant de dire d’un clic « j’aime » ou « j’aime pas », d’intégrer son propre site, de main­tenir un petit blog et surtout d’intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Mar­shall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l’impression que cela servait surtout à tromper l’ennui. Une floppée d’autres sites émer­gèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses impor­tantes : l’importation facile des signets du navi­ga­teur, une inter­face lumi­neuse, la pos­si­bi­lité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C’était devenu mon outil pour par­tager mes décou­vertes avec des amis, et pour m’assurer une acces­si­bi­lité à mes signets lors de mes dépla­ce­ments. J’y ai décou­vert aussi quelques sites inté­res­sants. Pour­tant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu’il fait le choix auda­cieux de l’open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social book­mar­king que j’utilisais pour une option fan­tas­tique : celle qui permet de sur­li­gner des pas­sages. Lorsque je rédige un article, j’ai pris l’habitude, grâce à l’extension de Diigo, de sur­li­gner les pas­sages impor­tants et de les stocker dans une liste per­son­nelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d’un clic j’ai non seule­ment accès à mes sources mais encore aux pas­sages sur­li­gnés. Épatant, même si l’usage que j’en faisais était très per­sonnel. De fait, l’aspect social de Diigo était han­di­capé par plu­sieurs lour­deurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd’hui même, une fois votre compte ouvert et l’extension ins­tallée sur votre navi­ga­teur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu’un site vous plait, sur­li­gnez éven­tuel­le­ment les pas­sages impor­tants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous per­mettra de donner une des­crip­tion, d’en choisir le carac­tère privé ou public, de pré­venir Twitter, d’ajouter ce signet à une liste que vous aurez préa­la­ble­ment créée, d’informer un groupe etc.

Ulté­rieu­re­ment, vous retrou­verez ce site avec le sur­li­gnage, mais vous verrez aussi qui d’autre l’a mis en signet public et quelles anno­ta­tions y ont été ajou­tées par la communauté.

Parmi la cen­taine de nou­veautés de la version 3, j’en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent direc­te­ment acces­sibles dans votre barre laté­rale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre laté­rale, il est pos­sible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fati­guera pas rapi­de­ment mais pour le moment, c’est assez bluffant.
  3. Il est désor­mais pos­sible à une équipe (de cher­cheurs ou de rédac­teurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dic­tion­naire de mots-clés afin d’éviter de voir ces plé­thores de tags syno­ny­miques ou mal ortho­gra­phiés qui pol­luent géné­ra­le­ment ce genre de sites.
  4. L’option People like me vous permet, sur base de vos der­niers signets, de décou­vrir les gens qui par­tagent le plus vos inté­rêts et dès lors, d’augmenter vos chances de décou­vrir non seule­ment des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n’est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, Face­Book et l’email sont à votre portée pour par­tager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désor­mais une solu­tion effi­cace à dif­fé­rentes pré­oc­cu­pa­tions qui dépassent de loin le simple social net­wor­king. C’est désor­mais un outil majeur pour qui­conque désire struc­turer, stocker et par­tager en ligne une infor­ma­tion qui ne se limite par à une URL.

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L’utilisation des guille­mets est, en fran­çais, source de nom­breux mal­en­tendus : confu­sion entre guille­mets fran­çais et anglais ; dif­fi­cultés d’évaluer la per­ti­nence de leur uti­li­sa­tion ; mécon­nais­sance des règles d’usage des espaces de proxi­mité et j’en passe de plus croquignolettes.

Bref, c’est le genre de chose que l’on n’apprend pas à l’école et dont on se dit avec raison que son igno­rance ne nous empê­chera pas d’atteindre le bonheur.

Ce n’est donc pas sur la voie du bonheur que ce petit billet devrait vous mener, mais sur celle, plus escarpée, de la per­fec­tion. Ce qui n’est pas mal non plus. En prime, l’usage d’une typo­gra­phie cor­recte a des avan­tages épatants :

  • Ren­for­ce­ment des habi­tudes (et dès lors plus grande flui­dité) de lecture et d’écriture ;
  • Cohé­rence des textes et sim­pli­fi­ca­tion des pro­cessus d’édition ;
  • Atté­nua­tion des situa­tions confuses ;
  • Adop­tion d’une esthé­tique typo­gra­phique conçue dans le respect des règles.

1. Les acteurs en présence

  • Les guille­mets fran­çais (ou typo­gra­phiques) sont comme « ceci ».
    [guillemet gauche Unicode U+00AB ;
    guillemet droit Unicode U+00BB]
  • Les guille­mets anglais sont comme “ceci”.
    [guillemet-apostrophe double culbuté Unicode U+201C ;
    guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
  • Les guille­mets alle­mands sont comme „ceci“.
    [guillemet-virgule double infé­rieur Unicode U+201E ;
    guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
  • Les guille­mets droits (ou dac­ty­lo­gra­phiques) sont comme  « ceci » .
    [guille dactylo ou guillemet droit Unicode U+0022]

2. Que veulent dire les guillemets ?

Les guille­mets marquent une dis­tance de l’auteur vis-à-vis des élé­ments entre guille­mets. Il peut s’agir d’une cita­tion, d’une réserve, d’une erreur ou d’un juge­ment avec lequel l’auteur veut marquer sa divergence.

Le cas des cita­tions peut se révéler extrê­me­ment com­plexe lorsqu’elles com­portent plu­sieurs alinéas et/ou des dia­logues. Je ne consi­dè­rerai ici que les cas simples.

3. Oublier les guille­mets droits et allemands.

Sim­pli­fions le pro­blème : on peut oublier les guille­mets droits. Il s’agit d’une inven­tion spé­ci­fique aux machines à écrire et rendue obso­lète par l’informatique moderne. Ils peuvent servir à dési­gner des minutes, des secondes ou des pouces, mais plus jamais faire office de guille­mets, excepté en programmation.

Quant aux guille­mets alle­mands, ils ne sont jamais uti­lisés en français.

4. Guille­mets fran­çais ou anglais ?

Tou­jours des guille­mets fran­çais sauf en cas d’imbrication. Il est alors recom­mandé d’utiliser les guille­mets anglais en second rang.

« Je m’en sou­viens bien, dit-elle, c’était écrit : “Pein­ture fraîche”. »

En troi­sième rang, l’usage de l’italique est toléré quoique les guille­mets fran­çais puissent réapparaître.

« Je m’en sou­viens bien, dit-elle, c’était écrit : “Pein­ture frêche”. »

Alors que les guille­mets anglais génèrent de nom­breuses col­li­sions mal­heu­reuses (L’“intelligentsia”), les guille­mets fran­çais s’articulent dans le texte avec plus de flui­dité puisqu’occupant l’espace d’un carac­tère à part entière. Ils pro­voquent aussi moins de rup­tures dans le gris typographique.

5. Guille­mets ou italique ?

Ici encore, les guille­mets fran­çais sont la règle. Hormis la cita­tion de 3e rang où son usage est toléré, l’italique doit être utilisé dans deux cas :

  • La cita­tion en langues étran­gères : « My God ! » s’écria-t-elle.
  • La déno­ta­tion (par oppo­si­tion à la conno­ta­tion marquée par les guille­mets) : Le mot déno­ta­tion n’est pas facile à définir.

6. Et les titres d’oeuvres ?

Ici, l’italique est la règle. Les guille­mets ne sont auto­risés que lorsque l’italique est impra­ti­cable : écri­ture manus­crite ou dac­ty­lo­gra­phique par exemple, ainsi que les emails en texte pur.

7. Quelles espaces utiliser ?

Une espace insé­cable doit tou­jours être placée à l’intérieur du guillemet fran­çais, et une espace sécable à l’extérieur. La nature de cette espace est tou­te­fois sujette à contro­verse et varie de plus dans la fran­co­phonie : les usages fran­çais, cana­diens et suisses divergent… les Suisses allant jusqu’à pros­crire les espaces internes!

L’espace insé­cable Unicode étant plus large que l’espace normale, je suggère l’utilisation d’une espace fine insé­cable dis­po­nible en Unicode [U+202F]… tout en étant conscient de la dif­fi­culté de parfois l’implémenter : la typo­gra­phie de ce billet le démontre.

Aucune espace interne n’accompagne en revanche les guille­mets anglais.

8. Le point final vient-il avant ou après le guillemet final?

Les guille­mets encadrent tous les élé­ments avec les­quels la dis­tance est prise, y compris les signes de ponc­tua­tion. (« Oh! Tu as vu ? » me dit-elle.)

Tou­te­fois, lorsqu’une cita­tion termine une phrase et est elle-même une phrase com­plète, il y a assi­mi­la­tion de la ponc­tua­tion de la phrase par celle de la cita­tion et la phrase se termine par un guillemet. (Elle me dit sim­ple­ment : « Je t’aime. »)

Lorsque la cita­tion est un enchaî­ne­ment de la phrase prin­ci­pale, c’est la ponc­tua­tion prin­ci­pale qui absorbe celle de la cita­tion. (Elle me dit que « son amour est infini ».)

Enfin, lorsque les ponc­tua­tions de la cita­tion et de la phrase prin­ci­pale divergent, toutes deux sont conser­vées. (Elle eut le culot de me demander : « Tu ne m’en veux pas ? » !)

9. Trans­gresser

Eh bien oui, la typo­gra­phie actuelle sort des cadres établis, entre­tient des rap­ports de plus en plus intimes avec les autres élé­ments de la page : illus­tra­tions, mise en page… Tout est pos­sible à qui possède assez de talent et de métier. La bar­rière est ouverte, sortons du jardin.

Mais ne confon­dons pas trans­gres­sion et ignorance!

avk

Sources

Le Bon Usage
Oeuvrez les guille­mets
Ortho­ty­po­gra­phie
Wiki­pedia

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Nous avons tous lu Tintin au Tibet. Nous avons tous entendu le dalaï-lama. Nous aimons tous le Tibet. Spi­ri­tua­lité, intem­po­ra­lité, blancheur.

Le Lotus Bleu, c’était autre chose. Une his­toire com­plexe où s’affrontent des puis­sances mili­taires, finan­cières. La drogue, la folie, le crime.

Tintin ren­contre Chang en Chine. Il com­prendra là la dure com­plexité du monde. C’est au Tibet qu’il le retrou­vera. Et c’est là qu’il com­prendra que la com­plexité est un masque. Les larmes de Tintin relient les deux albums.

Une inva­sion chinoise?

Depuis le XIIe siècle, le Tibet est chinois et le dalaï-lama avait géné­ra­le­ment un statut de gou­ver­neur qu’il par­ta­geait à cer­taines époques avec le Panchen-lama. En 1720, le Tibet devient un pro­tec­torat chinois : l’identité cultu­relle était garantie mais le com­merce, la diplo­matie et la défense étaient du ressort de la Chine. La pré­sence de tibé­tain sur de nom­breux monu­ments chinois en tant qu’une des cinq langues offi­cielles, en témoigne.

Les choses changent en 1904 lorsque les Bri­tan­niques enva­hissent la région de façon san­glante. Quatre ans plus tard, la Chine reprend le contrôle et ce n’est qu’après la révo­lu­tion de 1911 que le Tibet pro­clame son indé­pen­dance, indé­pen­dance que n’acceptera pas la Chine.

En 1950, le troupes com­mu­nistes chi­noises reviennent au Tibet, ce qui est qua­lifié d’invasion par les États-Unis alors en pleine fièvre anti­com­mu­niste. La CIA arme et entraine les guer­riers tibé­tains et, en 1959, aide le dalaï-lama à s’exiler en Inde.

Si l’on peut parler de conflit ter­ri­to­rial d’indépendance, le pré­senter comme une inva­sion n’est pas conforme à la réalité his­to­rique. Je ne défends pas là la vision chi­noise, j’expose celle de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale exprimée depuis long­temps par l’ONU et par la Com­mu­nauté Européenne.

Que tout le monde main­te­nant se mette à parler d’invasion est étrange… à moins que les récents enjeux com­mer­ciaux puissent expli­quer ce revi­re­ment idéologique.

Une popu­la­tion opprimée?

La Chine moderne n’est pas mon modèle de civi­li­sa­tion. Les droits de l’homme sont consi­dérés comme un gadget inutile, les médias sont des marion­nettes du Parti, le régime poli­tique est une farce et la justice n’est citée en exemple que par Ségo­lène Royal. Ça ne donne pas envie, c’est sûr.

Pour autant, voir dans le Tibet du dalaï-lama un sanc­tuaire consacré à la spi­ri­tua­lité et échap­pant à la cor­rup­tion du maté­ria­lisme occi­dental est sans doute un peu naïf.

Quel était la situa­tion du Tibet avant le départ de dalaï-lama?

1. Théo­cratie absolue : Ni parti ni élec­tions. Ni média non plus d’ailleurs.

2. Oli­gar­chie et servage de la popu­la­tion : Par exemple, le com­man­dant en chef de l’armée tibé­taine, ami proche du dalaï-lama, pos­sé­dait 4.000 kilo­mètres carrés de terre et régnait sur 3.500 serfs. Les monas­tères pou­vaient enlever de force des enfants de paysans pour les enrôler comme domes­tiques, dan­seurs ou soldats. [A. Tom Grun­feld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996)]

3. Droits de l’homme : Si la peine de mort n’était pas appli­quée acti­ve­ment, la torture était d’usage courant : brisure des membres, énu­cléa­tion des yeux, uti­li­sa­tion d’une pano­plie proche de celle de notre moyen-age. Bien sûr, les enfants de paysans n’avaient ni sco­la­ri­sa­tion ni accès aux soins de santé. [Felix Greene, A Curtain of Igno­rance (Garden City, N.Y. : Dou­bleday, 1961) ; Waddell, Landon, and O’Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain]

Ça ne donne pas envie non plus. A vrai dire, ça donne encore moins envie.

La domi­na­tion chi­noise est donc un sale coup pour l’oligarchie tibé­taine. Les images d’émeutes montrent clai­re­ment que les oppo­sants sont des moines ou des tibé­tains de milieux favo­risés. Pour la plus grande partie de la popu­la­tion, je crois que c’est plutôt une bonne chose.

Mais vous savez comment sont les reli­gions : elles ont le chic pour vous faire croire que ce qui est bon est mauvais et vice-versa. En plus, s’il faut recon­naître quelque chose au dalai-lama, c’est que c’est un com­mu­ni­ca­teur fabu­leux, le genre Steve Jobs vous voyez. En plus, son produit, c’est la vision d’un monde drô­le­ment sympa. Vrai­ment le genre de chose dont nous avons tous besoin. Et en plus, y croire ne coûte pas un cent…

Alors? Alors, si l’on se pré­oc­cupe de droits de l’homme, de liberté de la presse, de démo­cratie et de déve­lop­pe­ment indi­vi­duel, il est sans doute légi­time de lancer des actions contre la Chine. Mais le faire au nom du Tibet est grotesque.

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The Best Article Every Day publie un flo­ri­lège de pré­dic­tions péremp­toires qui démontrent, s’il le fallait encore, que la vision d’un leader est moins impor­tante que sa capa­cité à mobi­liser les foules. Petite sélec­tion de mise en bouche :

«We will bury you.»
Nikita Kru­sh­chev, Soviet Premier, pre­dic­ting Soviet com­mu­nism will win over U.S. capi­ta­lism, 1958.

«Eve­ry­thing that can be invented has been invented.»
Charles H. Duell, an offi­cial at the US patent office, 1899.

«It will be gone by June.»
Variety, passing jud­ge­ment on rock ‘n roll in 1955.

«This anti­trust thing will blow over.»
Bill Gates, founder of Microsoft.

«It will be years — not in my time — before a woman will become Prime Minister.»
Mar­garet That­cher, future Prime Minister, October 26th, 1969.

«Read my lips: NO NEW TAXES
George Bush, 1988.

«That virus is a pus­sycat.»
Dr. Peter Dues­berg, molecular-biology pro­fessor at U.C. Ber­keley, on HIV, 1988.

«Sen­sible and res­pon­sible women do not want to vote.»
Grover Cle­ve­land, U.S. Pre­sident, 1905.

«That the auto­mo­bile has prac­ti­cally reached the limit of its deve­lop­ment is sug­gested by the fact that during the past year no impro­ve­ments of a radical nature have been intro­duced.»
Scien­tific Ame­rican, Jan. 2 edition, 1909.

«Heavier-than-air flying machines are impos­sible.»
Lord Kelvin, British mathe­ma­ti­cian and phy­si­cist, pre­sident of the British Royal Society, 1895.

«Radio has no future.»
Lord Kelvin, Scot­tish mathe­ma­ti­cian and phy­si­cist, former pre­sident of the Royal Society, 1897.

«Nuclear-powered vacuum clea­ners will pro­bably be a reality in 10 years.»
Alex Lewyt, pre­sident of vacuum cleaner company Lewyt Corp., in the New York Times in 1955.

«Atomic energy might be as good as our present-day explo­sives, but it is unli­kely to produce any­thing very much more dan­ge­rous.»
Winston Chur­chill, British Prime Minister, 1939.

«It’s a great inven­tion but who would want to use it anyway?»
Ruther­ford B. Hayes, U.S. Pre­sident, after a demons­tra­tion of Alexander Bell’s tele­phone, 1876.

«X-rays will prove to be a hoax.»
Lord Kelvin, Pre­sident of the Royal Society, 1883.

«The pho­no­graph has no com­mer­cial value at all.»
Thomas Edison, Ame­rican inventor, 1880s.

[source]

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De la futilité

Étendu à rien foutre devant la télé, zapette en main, voilà que je tombe sur une émis­sion dont le concept est de trans­former la bagnole pourrie d’un brave gars en un engin ruti­lant pourvu de gadgets élec­tro­niques à vous couper le sifflet. Pensée sombre, au passage, pour ma vieille Volvo qui aurait bien besoin d’un lavage et de nou­veaux pneus. La liste des trans­for­ma­tions est impres­sion­nante, une sono de dix milles démons dans le coffre, des écrans partout, une machine à café inté­grée au tableau de bord, un lustre (oui, un lustre !) en guise de pla­fon­nier, trente-six bidules et machins plus tape-à-l’œil qu’indispensables, pein­ture per­son­na­lisée, tuning agressif… D’une cer­taine manière, c’est beau. Ce n’est plus une voiture c’est… je ne sais pas ce que c’est, mais ce truc ne devrait même plus rouler. Le proprio est content, les artistes sont fiers, les spon­sors de l’émission se frottent les mains. Et moi j’ai comme une envie de vomir.

Je me rends compte que je viens de passer plu­sieurs minutes, sub­jugué par cette affaire, et j’ai honte pour ce temps perdu. Quitte à ne rien faire devant la télé, il y avait sûre­ment des choses plus inté­res­santes à regarder. Je zappe furieu­se­ment et, comme un fait exprès, il n’y a que des conne­ries sur toutes les chaînes. D’accord, ce que j’estime être des conne­ries est peut-être d’un intérêt capital pour d’autres et réci­pro­que­ment, mais je suis sûr que vous me com­prenez, n’est-ce pas ?

Bien qu’engourdi, j’essaye de réflé­chir. Ce genre d’émission va inciter de nom­breuses per­sonnes à « tuner » leur caisse et cela par­ti­cipe au déve­lop­pe­ment d’une cer­taine éco­nomie. La nausée me revient : une éco­nomie de la futi­lité dont, je n’en doute pas, d’habiles prê­cheurs pour­ront néan­moins jus­ti­fier de l’utilité fon­da­men­tale pour l’équilibre et la bonne santé de la société. On connaît ce dis­cours et ses rac­courcis fumeux. En voici un autre : une sono de 1000 Watts et trois néons dans le coffre d’une voiture peuvent per­mettre, par le jeu de mys­té­rieux leviers éco­no­miques, à des traîne-misère de Ban­ga­lore de manger à leur faim.

Un vertige me saisit, tant de choses futiles sur l’étal de la culture et de la consom­ma­tion alors que l’on devrait s’atteler prio­ri­tai­re­ment à sauver le monde. Je ne suis pas contre le fait de s’amuser et de se faire plaisir de temps en temps, loin de là, mais le mode de vie qui nous est proposé me fait penser au panem et cir­censes des romains dont l’empire s’effondrait dans l’indifférence des jouis­seurs. D’abord cette émis­sion, son concept et ses résul­tats concrets ; puis des mil­liers d’idiots qui comme moi l’on regardée ; des cen­taines qui en seront influencés ; un idiot tout seul qui trouve le moyen d’en faire un article pour ce blog ; ce blog lui-même si on va par là et ses lec­teurs car je ne vous oublie pas. Et ce n’est là qu’un épi­phé­no­mène insi­gni­fiant dans la manne des futi­lités où nous nous enli­sons jour­nel­le­ment alors que la situa­tion pla­né­taire est des plus pré­oc­cu­pante. Je cherche rapi­de­ment ce qui, à mes yeux, pour­rait sym­bo­liser à l’heure actuelle le comble de la futi­lité, et je pense à Paris Hilton. Je viens de me faire pari­shil­to­niser par une émis­sion débile.

Qu’est-ce que je peux y faire ? Je ne peux pas inter­dire ce que j’estime inutile et dom­ma­geable, ni remo­deler la société à ma guise. Je peux au moins dire ce que je pense et inciter d’aucuns à penser et agir avec plus de cir­cons­pec­tion. Mais il reste que j’ai le sen­ti­ment d’avoir par­ti­cipé, par mon inertie en regar­dant cette émis­sion, à accroître le déficit moral de l’humanité. Comment puis-je trans­former ce moment d’égarement ?

Une autre infor­ma­tion croise alors ma réflexion. Un fait divers. Des bagarres éclatent dans un lycée amé­ri­cain parce que des noirs, en sep­tembre 2007 n’est-ce pas, sou­haitent eux aussi pro­fiter de l’ombre d’un arbre, ombre tra­di­tion­nel­le­ment réservée aux blancs. On croit rêver. Mais non, il y a des images. Dont une me révolte plus que les gueules cassées. Plutôt que de pri­vi­lé­gier le dia­logue ou même d’imposer un règle­ment non dis­cri­mi­na­toire, les « res­pon­sables » ont abattu l’arbre. Ben oui, il n’avait qu’à pas être là à dis­penser bête­ment son ombre géné­reuse. Soit, je sais ce que je vais faire, planter deux arbres. Et vous ?

Thomas

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Souvenez-vous, cela a com­mencé avec ce brave et méri­tant balayeur de rue… Un jour, las de se voir décon­si­déré par une société esti­mant la valeur de ses sujets sur des titres et des paillettes plutôt que sur des actes utiles à elle-même, celui-ci décida de réclamer une reva­lo­ri­sa­tion de son statut. Il n’obtint pas l’augmentation de salaire escomptée, pas même un nouveau balai, mais eut droit à un chan­ge­ment de nom ! De balayeur, il devint « agent d’entretien ». Sa femme, qui le jour passait la ser­pillière chez Madame et bri­quait les bureaux de Mon­sieur la nuit, devint une « tech­ni­cienne de sur­faces ». Dans la foulée, le pom­piste du coin se trans­forma en « adjoint à la dis­tri­bu­tion des pro­duits pétro­liers » tandis que le facteur se muait en « préposé pour la trans­mis­sion des com­mu­ni­ca­tions écrites ». Que de belles pro­mo­tions grâce aux­quelles, c’était évident, ces gens allaient mieux vivre, être mieux consi­dérés, se voir ouvrir des portes autres que celles de service !

Depuis, la situa­tion n’a fait qu’empirer ! L’hypocrisie latente de tout un chacun et des salauds en par­ti­cu­lier, s’est insi­nuée au travers du langage jusqu’à conta­miner les domaines les plus subal­ternes, les plus insensés des pré­oc­cu­pa­tions humaines. Cette censure impli­cite pollue des expres­sions qui jusque-là appa­rais­saient claires, immé­dia­te­ment com­pré­hen­sibles, souvent belles ou judi­cieu­se­ment imagées, et tou­jours res­pec­tueuses lorsque dites par des gens eux-mêmes res­pec­tueux d’autrui ou ne voulant exprimer rien de plus que le sens premier des termes employés.

Faut-il le rap­peler, un con restera tou­jours un con, peu importe ses capa­cités d’élocution. D’ailleurs, il est immé­dia­te­ment per­cep­tible que le fait de traiter avec condes­cen­dance quelqu’un d’agent d’entretien est juste pire que de le traiter de balayeur avec la même condes­cen­dance. Où est l’évolution escomptée dans la façon de penser de nos contem­po­rains, si ce n’est ce gain d’hypocrisie ?

Parmi ces nou­velles pré­cau­tions ora­toires, celles tou­chant les cou­leurs et les ethnies sont pas­sa­ble­ment fas­ci­nantes tant elles enfoncent leurs uti­li­sa­teurs dans l’absurdité et l’embarras ! (Remar­quez que j’ai dit « ethnie » et non « race », tant j’ai peur de me faire taper sur les doigts par ces cen­seurs insensés et inso­lents qui sifflent sur nos… bref). N’en déplaise à Léopold Senghor lui-même, plus per­sonne n’oserait uti­liser le terme nègre en société pour dési­gner un Afri­cain noir de peau. On a pu dire « un noir », mais on a vite senti une petite touche de condes­cen­dance. Alors on a pu dire « un black », mais à l’admiration pre­mière (le beau black sportif…), s’est vite ajouté une nou­velle touche de dédain. Rien à faire, un raciste reste un raciste comme un con reste un con. Alors, le nègre, le noir, le black et tous les autres spé­ci­mens humains un peu plus colorés que ce qu’il est convenu de consi­dérer comme du blanc ( ?), sont devenus des « per­sonnes de couleur ». Pathé­tique ! Surtout, si le but est d’éveiller les gens au respect d’autrui et des dif­fé­rences, c’est là une très mau­vaise stratégie.

Il fau­drait au contraire inciter les curio­sités, varier les goûts, mélanger les genres, per­mettre les débats d’idées sans risquer le dépôt de plainte pour dis­cri­mi­na­tion ou insulte. Trop com­pliqué pour ces cohortes de petits penseurs-censeurs qui pré­fèrent jouer du bâton. Le vaccin contre la connerie n’existe pas. Alors, pour faire « huma­niste » et se donner bonne conscience à peu de frais, l’heure est à « l’insipidation » de tout, des mots, des images, des ali­ments, bientôt des convic­tions et des pensées intimes. Vive l’autocensure et le savon de Mar­seille. Orwell n’est pas loin.

Pré­voyons le pire, créons une intel­li­gentsia under­ground où il sera pos­sible de parler libre­ment de tout et de rien, sans parti pris ni méchan­ceté gra­tuite, sans avoir à redouter une assi­gna­tion en justice pour avoir osé uti­liser les mots du dic­tion­naire ; où il sera pos­sible de lire un « Tintin au Congo » non remanié par de soi-disant offus­qués inca­pables d’un minimum de cri­tique his­to­rique ; à regarder le dessin animé « Le secret de l’espadon » en s’indignant que les « méchants jaunes » ima­ginés par Jacobs à l’époque du « péril jaune » soient devenus, pour le bon plaisir de ces mêmes cen­seurs, d’indiscernables Cau­ca­siens bon teint ; et le tout en dégus­tant du camem­bert au lait cru et des cho­co­lats sans matière grasse ajoutée…

Thomas

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Le droit d’auteur est une matière com­plexe, en per­pé­tuelle évo­lu­tion, et dont les moda­lités d’application varient de pays à pays.

Comme chaque blog­geur ne peut s’inscrire en fac de droit pour savoir s’il peut uti­liser le mot « Coca-Cola » dans son blog, Daily Blog Tips publie un court article répon­dant à 12 ques­tions de base. Les pinailleurs s’en don­ne­ront à coeur joie mais pour les autres, cela me semble consti­tuer une très bonne base.

C’est ici : 12 do’s and dont’s.

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Je ne suis pas l’auteur de cette idée, ni ne sais où je l’ai entendue. Sommes-nous jamais l’auteur de nos idées? La voici :

La cri­tique est par essence char­pentée par ses règles internes et indé­pen­dante de consi­dé­ra­tions externes à la lit­té­ra­ture. Elle s’adresse en revanche à tous. Or, petit à petit, la cri­tique pure s’est retran­chée dans les cénacles académiques.

D’un autre côté, il n’y a jamais eu tant d’émissions de cri­tique à la radio et à la télé­vi­sion. Mais dans ces média, on ne parle que des nou­veautés : il y a une connexion directe avec le marché. Aucun média ne ferait une émis­sion sur Madame Bovary (sauf bien sûr si Luc Besson en sort une adap­ta­tion). Tout le monde s’en fout. On veut sim­ple­ment entendre Amélie Nothomb parler de fruits pourris et voir son grand chapeau.

On me dira : c’est le marché mon gars! Ben oui, bien sûr, mais si l’on veut à nouveau mettre le nivel­le­ment culturel sur le dos du marché libre, on risque de se heurter à un os de taille car le seul média accueillant aussi bien des cri­tiques d’Harry Potter que du Banquet de Platon est… Amazon.

L’universel revêt bien des masques.

avk

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Vous êtes médecin et vous venez de rece­voir un test pour détecter la picotte volante. Les études épis­té­mio­lo­giques ont montré que 1% de la popu­la­tion en est atteinte, et vous êtes sub­mergé de patients qui attendent d’être ras­surés ou soignés.

Les symp­tômes de cette nou­velle maladie sont vagues mais heu­reu­se­ment, vous venez de rece­voir un test épatant. Ce test est fiable à 99% : 99% des malades pro­duisent un résultat positif, et 99% des per­sonnes saines pro­duisent un résultat négatif.

Ques­tion : Si un test est positif, quelle est la pro­ba­bi­lité pour que la patient soit malade?

Vous avez répondu 99%? Vous avez tort : la réponse est 50%. Rassurez-vous, la grande majo­rité des gens auront cédé comme vous à leur intui­tion et négligé la pré­misse : seul 1% de la popu­la­tion est touché.

Si vous n’êtes pas convaincu, l’explication du théo­rème de Bayes qui éclaircit ce petit mystère se trouve détaillée sur Wiki­pedia.

Et Dieu dans tout ça?

Et bien, le fait que son exis­tence soit iden­ti­fiée comme très pro­bable par de plus en plus de mes contem­po­rains tient souvent du même méca­nisme. Celui-ci peut être incons­cient : nous aimons tous penser que telle chose est plus ou moins pro­bable, mais nous détes­tons devoir y réflé­chir en pro­fon­deur. Sans cela, le monde serait allégé de bien des lote­ries, casinos, mara­bouts et autres aigrefins.

L’argument de com­plexité (« Un monde aussi merveilleux/complexe/riche ne peut être le fruit du hasard! ») repose sur le même biais d’intuition. Sub­sti­tuer tem­po­rai­re­ment l’émerveillement à la raison pure est une capa­cité dont j’espère chacun capable, et qui par­ti­cipe au réen­chan­te­ment du monde. Nous gagnons en beau ce que nous perdons en vrai.

Fair enough disent les anglais… pour autant que cela ne dérape pas trop.

Loin du fair-play, Richard Swin­burne nage lui dans d’autres eaux : il utilise les mathé­ma­tiques baye­siennes pour tenter de démon­trer l’existence de Dieu. Ce dis­tingué pro­fes­seur de l’Oxford Uni­ver­sity estima en 1979 l’existence de Dieu à «more than 50 percent». Sa publi­ca­tion The Resur­rec­tion of God Incar­nate discute de la pro­ba­bi­lité que Dieu s’incarne.

L’utilisation de l’arsenal des pro­ba­bi­lités dans un texte théo­lo­gique est redou­table car elle donne un crédit scien­ti­fique au lecteur qui, rebuté, saute de confiance les pas­sages tech­niques. Or, les bases mêmes de son rai­son­ne­ment font état d’une mécon­nais­sance colos­sale des pro­ba­bi­lités (ou d’une mal­hon­nê­teté de même ampleur). Ici encore, le rai­son­ne­ment repose sur des pré­misses fausses, arbi­traires ou indémontrées.

En effet, la base de son dis­cours est du genre : « Dieu existe ou n’existe pas. Si nous n’en savons rien d’autre, nous devons donner à son exis­tence une pro­ba­bi­lité de 50% ». Partant de là, il ajoute divers élé­ments pour faire grimper la probabilité.

La réplique de Richard Dawkins fait éclater l’inconsistance des pré­misses : « Les montres à tête de spa­ghetti existent ou n’existent pas. Il y a donc 50% de chance qu’ils existent. » Ben oui…

Ceci prê­te­rait à rire, si l’Université d’Oxford et sa branche édi­to­riale, l’Oxford Uni­ver­sity Press, ne cau­tion­naient de leur pres­tige de tristes fadaises qui ali­mentent les sombres moulins transatlantiques.

avk

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Je mange.

Une jeune fille est morte au Brésil.
La cause de la mort : sous-alimentation.
La cause de la sous-alimentation : ano­rexie.
La cause de l’anorexie : le regard des autres.

Depuis 48 heures, 12 médias, 1 col­lègue et 1 amie m’ont évoqué cette mort.
Depuis 48 heures, 34.560 enfants sont aussi morts de faim, plus discrètement.

La cause de ces morts : sous-alimentation.
La cause de la sous-alimentation : remèdes insuf­fi­sants à la mau­vaise répar­ti­tion des res­sources ali­men­taires.
La cause de cette insuf­fi­sance : l’absence de regard des autres.

Je me sou­viens de cette phrase de Valéry : « Si le regard pouvait tuer ou engen­drer, la rue serait pleine de cadavres et de femmes grosses » et me dis que sur ce coup, il manqua de lucidité.

Je me sou­viens aussi de cette phrase de Jacques Bergier auquel un jour­na­liste demanda hors-propos : « Que faites-vous contre la faim dans le monde? et qui répondit :

- Je mange. »

avk

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L’OCLC (Online Com­puter Library Center) fournit plus de 53.000 biblio­thèques amé­ri­caines, ce qui lui permet de publier un tableau inté­res­sant : le top 1.000 des livres les plus répandus dans les biblio­thèques amé­ri­caines. Quelques bana­lités et quelques surprises.

Bon, d’abord des confirmations :

  • La Bible arrive en n°1 ;
  • Sha­kes­peare est l’auteur le plus présent ;
  • 75% des auteurs sont anglo-saxons.

Ensuite les surprises :

  • Le n°2 est joli­ment inconnu en Europe : « 2000 Census of popu­la­tion and housing » ;
  • Huck­le­berry Finn se posi­tionne après L’Odyssée et l’Iliade ;
  • Stephen King est absent du top 1.000 ;
  • L’Origine des espèces est en posi­tion 124, ce qui est pro­ba­ble­ment la meilleure nou­velle de cette liste…

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«Les loco­mo­tives à vapeur appa­raissent quand c’est le temps des loco­mo­tives à vapeur. » écri­vait Charles Fort, amateur d’étrange et scribe des miracles. Il ne suffit pas à l’enregistrement magné­tique d’être décou­vert pour être utilisé. Il fallut que le monde soit prêt à l’accueillir. Cette his­toire pas­sion­nante est relatée dans Magnetic Recor­ding : The first 100 Years (E. Daniel, C. Mee, M. Clark ; IEEE Press, 1998).

Le télé­gra­phone a été inventé en 1898 par l’ingénieur danois Val­demar Poulsen. Il s’agissait d’une corde de piano sur laquelle était traîné un électro-aimant relié à un micro­phone. Cette corde de piano ini­tiale, portant quelques mots de la voix de son inven­teur, a disparu.

Le nom de Thomas Edison est aujourd’hui plus célèbre que celui de Poulsen. Il est vrai que le pho­no­graphe fut inventé vingt ans aupa­ra­vant. En revanche, l’enregistrement méca­nique a aujourd’hui disparu et la quasi-totalité des données infor­ma­tiques, musiques, vidéos, et autres enre­gis­tre­ments se réalise sur sup­ports magné­tiques, enfants de la corde de piano de Poulsen, et non des cylindres en cire d’Edison.

Poulsen per­fec­tionne son inven­tion dès la pre­mière année, notem­ment en enrou­lant le câble autour d’un cylindre, ce qui la rend trans­por­table. Il connaît des succès de foule et d’estime mais les indus­triels sont pour le moins réservés. Poulsen commet pro­ba­ble­ment une erreur en pré­sen­tant son inven­tion comme apte à enre­gis­trer les conver­sa­tions télé­pho­niques. La société AT&T prévoit que de telles pos­si­bi­lités sont de natures à inquiéter ses clients.

Cette asso­cia­tion d’idée entre l’enregistrement magné­tique et les indis­cré­tions (asso­cia­tion à laquelle a échappé l’enregistrement méca­nique) va pour­tant per­mettre au télé­gra­phone de sur­vivre. À l’aube de 14–18 (vingt ans ont passé), l’armée alle­mande (via une filiale amé­ri­caine de Tele­funken et à l’insu de son inven­teur) com­mande quelques appa­reils qui ser­vi­ront à des fins d’espionnage. L’armée amé­ri­caine découvre le pot-aux-roses et s’emploira dès lors à sur­veiller de près les recherches dans le domaine de l’enregistrement magnétique.

En revanche, l’Allemagne a pu pro­fiter de la pre­mière tech­no­logie de l’enregistrement magné­tique et pousse les recherches en ce domaine. L’étape ulté­rieure est réa­lisée par Fritz Pfleumer, chi­miste autri­chien, en 1928… 30 ans après la corde de piano, il a l’idée de recou­vrir des bandes de par­ti­cules magné­tiques, tandis que Kurt Stille réussit à amé­liorer le télé­gra­pho­phone. Il est désor­mais pos­sible d’enregistrer 30 minutes de musique sur un cylindre de 20 centimètres.

La BBC, dès sa créa­tion en 1931, uti­li­sera ce procédé pour stocker les dis­cours les plus impor­tants. Pro­ba­ble­ment est-ce cette adop­tion qui consa­crera l’enregistrement magné­tique comme tech­no­logie d’avenir. En effet, tout va désor­mais s’enchaîner très vite. L’histoire de l’enregistrement magné­tique va s’entrelacer avec l’histoire des hommes de façon de plus en plus intime jusqu’à en inflé­chir épi­so­di­que­ment le cours.

La gestapo enre­gis­trera ses inter­ro­ga­toires, les cas­settes audio per­met­tront à tout un chacun d’enregistrer aussi faci­le­ment que l’on fait une photo de vacances, des bandes magné­tiques feront tomber un pré­sident amé­ri­cain, des lois règle­men­te­ront le sto­ckage des données et, aujourd’hui, les sup­ports magné­tiques contiennent plus d’information que tout autre, malgré la concur­rence encore timide du sto­ckage optique.

L’on en vient à penser que le cerveau humain est aussi un support magné­tique et qu’il est regret­table que ce dernier ne puisse pas com­mu­ni­quer de façon plus directe avec ses petits frères à base de ferrite ou de sili­cium… « Ce qui ne fut pas sera, pré­vient Haldane, et il pour­suit : Et per­sonne n’est à l’abri. »

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La radio. Six, puis quatre atten­tats à Londres. Blair est au G8 et dit qu’il revient à Londres. Chirac fait suc­céder sa sym­pa­thie à ses féli­ci­ta­tions de la veille. Bush pense conti­nuer sa guerre au ter­ro­risme (et je sens qu’il prie pour « que per­sonne ne me demande si je suis en train de la gagner ou de la perdre »). Aujourd’hui : édi­tions spé­ciales, grosses man­chettes, invités, inter­views entre confrères, petits récits et grandes analyses.

Trente-sept morts. Moi, je me dit que c’est pas mal en terme d’efficacité média­tique. Avec le World Trade Center, nous étions dans le mytho­lo­gique mais aussi dans le coûteux, voire dans le dérai­son­nable. À Londres, nous reve­nons à échelle humaine. 37 morts pour 4 atten­tats, cela fait grosso-modo 9 morts (et 120 blessés plus ou moins lourds) par bombe. L’on est dans des pro­por­tions qui sont quo­ti­diennes dans bien des régions du monde. L’opération est bien moins coû­teuse en vies humaines que, je ne sais pas moi, la ciga­rette l’automobile ou la cani­cule. On s’achemine vers le ter­ro­risme propre.

Il faut dire qu’il y avait des images. Du sang et des car­casses métal­liques mais cela, c’est assez commun. En plein Londres c’est plus ori­ginal (quoique, le métro, cela manque réel­le­ment de visuel.) Aussi, il y avait tous ces lon­do­niens à pied dans les rues, se deman­dant comment rentrer chez eux. L’imaginaire aussi : et si cela arri­vait à Paris, à Bruxelles ou à Redu? Alors Vil­lepin et Verhofd­stadt expliquent pour l’un que le plan Vigi­pi­rate passe au rouge et pour l’autre qu’il n’y a aucune raison de prendre des mesures sup­plé­men­taires. Nou­veaux com­men­taires, inter­views entre confrères, petits récits et grandes ana­lyses. D’attentats en atten­tats, la machine média­tique s’améliore dans ses capa­cités d’amplifier un phé­no­mène (qu’il est poli­ti­que­ment plus correct d’amplifier que de minimiser).

Un forum isla­miste fait paraître un texte reven­di­catif. On s’interroge mol­le­ment sur les moti­va­tions. Acte reli­gieux? Poli­tique? Culturel, Socio­lo­gique? Psy­cho­pa­tho­lo­gique? Com­men­taires, inter­views entre confrères, petits récits et grandes analyses.

Pour­quoi Londres? Pour­quoi cette date? A cause du G8, des jeux olym­piques, du procès de l’imam Bazar? Com­men­taires, ana­lyses, etc.

J’ai parlé d’efficacité média­tique, ce qui est très limi­tatif. Un type qui meurt du cancer après avoir pollué ses contem­po­rains durant des décen­nies ne produit rien (sauf 10 cm2 d’autoroute s’il a légué ses poumons à l’état). Pour leur part, ces 37 morts n’ont pas seule­ment produit une belle caisse de réso­nance à un courant ter­ro­riste, ils ont boosté la popu­la­rité de poli­ti­ciens, confortés des idéo­lo­gies en sens divers, dyna­misé les ventes de presse écrite et les audi­mats, ali­menté les conver­sa­tions dans les familles, les can­tines et les librai­ries de quar­tier, res­serré des liens sociaux, suscité inter­ro­ga­tions chez les intel­lec­tuels et conforté cer­ti­tudes chez ceux qui en ont besoin.

Dans la version mon­dia­liste du ter­ro­risme, il y a de plus en plus de gagnants et de moins en moins de perdants…

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« Vous vous rendez compte, me deman­dait mon coif­feur lors de l’ultime visite que je rendis à son offi­cine, il faut même payer pour la musique main­te­nant! » Étant ligoté dans son fau­teuil et à la merci d’instruments par­ti­cu­liè­re­ment tran­chants, j’acquiesçai d’un « tsssss! » com­pa­tis­sant. (La lâcheté est un sen­ti­ment salu­taire qu’il faut un certain courage pour recom­mander, signe d’une cer­taine confu­sion des temps, sans doute.)

Simul­ta­né­ment, je me lançai dans un dia­logue inté­rieur où je convins avec moi-même du carac­tère sin­gu­lier de cette indi­gna­tion. Cet honnête artiste capil­laire trouve pro­ba­ble­ment normal de payer son papier peint, son chauf­fage, son élec­tri­cité mais ne com­prend tout sim­ple­ment pas qu’il lui faille payer pour la musique. Il ne s’offusque pas des pra­tiques com­mer­ciales en général puisqu’il encou­rage son client à passer à la caisse après avoir laissé une partie de lui-même sur le sol. Alors quoi? Imagine-t-il que les com­po­si­teurs, les inter­prètes, les édi­teurs, les pro­duc­teurs et autres com­pa­gnons de la chose musi­cale sont de gentils petits lutins vivant dans le pays mer­veilleux où l’argent n’existe pas?

Cruelle erreur! Non seule­ment eux aussi ont des enfants qui veulent pincer le nez de Mon­sieur Mouche à Dis­ney­land Paris, mais en outre leur place dans la société pré­sente deux qua­lités qui devrait nous pousser à plus de décence. a/ Les biens qu’ils pro­duisent ne sont pas de pre­mière néces­sité (nous sommes donc libre de nous en passer) ; b/ ces biens sont a priori de nature à enjo­liver le monde. À l’heure où même les éco­lo­gistes défendent les mar­chands d’armes de Herstal, la chose n’est pas négligeable.

Il y a quelques semaines, je faisais remar­quer à une sta­giaire qu’il était pré­fé­rable, du moins ouver­te­ment et dans l’immeuble de la Sabam, de ne pas faire de pira­tage d’oeuvres musi­cales. Elle ouvrit tout ronds ses char­mants yeux et, ouvrant de même sa char­mante bouche, me demanda pour­quoi. Je crus bre­douiller que chacun aime bien être rétribué pour ses heures de travail et que l’industrie auto­mo­bile aurait pas mal de soucis s’il était aussi facile de copier une voiture qu’un morceau de musique. Elle en convint doci­le­ment, son stage comp­tant pour 50% dans la réus­site de son année.

Pour­tant, je m’interroge. En quoi est-il dif­fi­cile de com­prendre que le pira­tage est du vol? Pour­quoi, en dehors du fait qu’il est dif­fi­cile de brider la grande indul­gence que l’on a pour soi-même, est-on tel­le­ment enclin à mini­miser ce fait? J’entends parfois comme argu­ment que si les CD étaient moins chers, on ne les pira­te­rait moins. L’argument est pied-nickléen : j’imagine avec délice le voleur de voiture tenir le même rai­son­ne­ment devant le juge.

Soyons clairs, je ne crois pas que le pira­tage soit la cause prin­ci­pale de la crise actuelle de la pro­duc­tion musi­cale. Je sais aussi que cer­tains pro­duc­teurs sont de lumi­neux mar­gou­lins qui ont créé des demandes tel­le­ment fortes qu’ils sont en partie res­pon­sables de l’actuel retour de mani­velle. Je pense en outre que la gra­tuité de la musique est désor­mais tech­ni­que­ment pos­sible et même sou­hai­table pour autant que le choix en soit fait par toutes les parties concer­nées. Soit!

Il n’en reste pas moins que, dans ce monde si tris­te­ment dépourvu de petits lutins qui est le nôtre, cer­taines choses ont un prix. Et, tout bien consi­déré, je crois que c’est une bonne chose que la musique en fasse partie.

avk

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Connaissez-vous Mit­chell Kapor? Je ne le connais­sais pas non plus, jusqu’à suivre un lien du très inté­res­sant Mac­Digit. Kapor est l’inventeur de 1, 2, 3 sur Atari, de Lotus, de Lotus Notes et d’Improv (pour les pri­vi­lé­giés de l’histoire infor­ma­tique, comme moi, à avoir tra­vaillé sur NeXT).

Bref, consta­tant que les succès infor­ma­tique étaient plus tri­bu­taires du mar­ke­ting que de l’innovation, Mit­chell Kapor s’est détaché du code et attaché à une vision plus poli­tique de l’informatique. Il a ainsi créé l’Elec­tronic Fron­tier Foun­da­tion, chargée de pro­téger les libertés civiques mises à mal avec l’arrivée des ordi­na­teurs et le fichage des individus.

Vision­naire un jour, vision­naire tou­jours? Cer­tains de ses projets me semblent mériter une atten­tion aiguë, ils pour­raient se trouver à l’origine de cer­tains piliers du monde de demain. À visiter donc : http://​www​.kapor​.com/​p​r​o​j​e​c​t​s​/​index.html

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