La Qualification terroriste

Stop Making Sense
Talking Heads (1984)

Depuis 2010, la France a qualifié de terrorisme djihadistes 17 attentats commis sur son territoire. (Dans le même temps, 91 actes de terrorismes – non meurtriers et non médiatisés – ont été commis dans la mouvance de l’indépendantisme corse.)1

À l’exception probable de la cyber attaque contre TV5 Monde qui ne fit ni mort ni blessé, tous ces actes ont été commis par des Français et ont permis la mise en place de lois limitant les libertés individuelles et de dispositifs augmentant les capacités de surveillance de l’État.

Sur ces 17 événements, la plupart ont été requalifiés par la suite : l’attentat de Joué-lès-Tours (20/12/2014) était un fait divers ; l’attentat à la voiture-bélier dans les rues de Dijon (22/12/2014) a été commis par un déséquilibré influencé par le récit médiatique des « attentats » récents ; l’attentat comparable, dans le marché de Noël de Nantes (22/12/2014) était en fait une tentative de suicide dont la forme démontre – s’il en était besoin – la force de contagion dudit récit médiatique. Le dernier en date (Saint-Quentin-Fallavier, 26/06/2015) s’est révélé être un fait divers grossièrement mis en scène.

Dans le passé, le rock, la violence télévisuelle, les jeux de rôle ou les jeux vidéo inspirèrent certains auteurs et furent désignés à l’opprobre par les médias. Maintenant ce sont les « discours de haine », et notamment ceux appelant au djihad de l’épée2 qui inspirent les médias et, en conséquence, certains auteurs.

Restent bien sûr les attentats commis par Mohammed Merah (tueries de 2012), les frères Kouachi (Charlie Hebdo, 07/01/2015) et Amedy Coulibaly (07-09/01/2015), attentats dont la nature terroriste djihadiste reste l’explication canonique. Qui sont ces personnes ?

  • Mohammed Merah est un enfant gâté dans une banlieue pauvre, fan des Simpson et de PlayStation, adepte de foot et de rodéos urbains, délinquant récidiviste bien éloigné des préceptes du Coran. Ses actes semblent d’ailleurs plus inspirés par Call of Duty que par le Coran. Le djihad interdit le meurtre d’enfants. Il en tue trois.
  • Les frères Kouachi sont orphelins, élevés par la République. Petites formations, petits boulots. La fréquentation d’un groupe de jeunes salafistes parisiens forgera un embryon d’idéal et de recherche de sens. L’un d’eux suivra un entraînement armé au Yémen, ce qui n’empêchera pas de perdre une chaussure et sa carte d’identité, d’improviser des tirs inutiles sur des cibles improvisées. L’autre s’intéresse plus aux vidéos pornos. Le djihad interdit le meurtre de femmes. Ils en tuent une. Les auteurs se réclament d’AQPA qui ne revendique (de façon ambiguë) l’attentat qu’une semaine plus tard.
  • Amedy Coulibaly connaît les frères Kouachi. C’est un délinquant multirécidiviste. Avant sa prise d’otage du magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes, il tue lui aussi une femme, ainsi qu’un joggeur. Le djihad interdit le meurtre de femmes mais aussi d’innocents.

Autant de profils dont la motivation religieuse semble difficile à trouver. Alors, petit à petit, le récit médiatique déconnecte le djihad du religieux pour en faire un fait politique propre toutefois à une communauté liée par une religion ou, à tout le moins, par une culture religieuse. On en vient à parler de « guerre de civilisations3. »

La vitesse avec laquelle les médias et la sphère gouvernementale française brandissent et amplifient la qualification terroriste repose sur des mécanismes évidents profitables à diverses parties...

Si l’auteur est présenté comme déséquilibré, le discours médiatique se structurera autour de l’idée de responsabilité de l’état et de celle la personne. Le débat abordera la question d’une société qui développe en son sein des individus potentiellement dangereux qu’elle ne sait pas gérer. Il sera question d’insécurité endogène.

Au contraire, si l’auteur est présenté comme le bras armé d’une mouvance djihadiste, le discours médiatique se structurera autour des ennemis probables de la sécurité nationale, autour des valeurs que défendent nos représentants démocratiques, autours de réformes qui attaqueront certes un peu nos libertés individuelles mais dont on voit l’absolue nécessité.freedom_security1

  1. La qualification terroriste est donc profitable au politique : elle augmente le capital-sympathie des citoyens à l’égard du pouvoir en place. Ce faisant, elle crée un contexte propice à la mise en place de lois sécuritaires et de procédures liberticides. De plus, elle détourne de l’attention citoyenne les problèmes socio-économiques.
  2. La qualification terroriste est bien sûr aussi profitable aux médias. Outre de hauts indices d’audience qu’ils peuvent maintenir par un story-telling de tension continue, ils renforcent leur accointance avec le pouvoir politique à grands renforts de débats et d’interviews augmentant la visibilité des acteurs auto-proclamés de la lutte pour notre sécurité.
  3. Bien sûr, la qualification terroriste est grandement profitable aux mouvements tels qu’Al Quaïda ou EIIL qui peuvent, à peu de frais, mettre leur imprimatur sur des actes qu’ils n’ont ni planifiés ni financés ni commis. Ils acquièrent un gain d’autorité sur les populations qu’ils asservissent ainsi qu’une personnalité symbolique internationale.
  4. Enfin, la qualification terroriste offre une plus-value à ceux qui commettent les actes et qui peuvent transformer un acte de violence ordinaire en geste politique. La formule de l’anthropologue Alain Bertho4 ne dit rien d’autre : « Nous n’avons pas affaire à une radicalisation de l’Islam, mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale (...) Le djihadisme, c'est une façon de mettre un sens à une révolte désespérée. »

Alessandro Baricco5 a expliqué que ceux qui ont construit la mondialisation sont ceux qui en profitent le plus, et que cette construction reposait sur des fictions dont la force leur a donné souffle et vie. En imaginant des moines zen connectés à Internet, nous avons créé des moines zen connectés à Internet. De même, en développant une fiction d’Islam radical à l’attaque de nos valeurs occidentales, nous en faisons une réalité. Victor Hugo résume cela d’une formule mille fois démontrée : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. »

En aval (et non pas en amont) se trouve EIIL qui, dans un Irak et une Syrie que nous démocraties occidentales ont dévastés, se posent en conquérants et en porteurs de sens. Chaque fois que nous crions « Attentat djihadiste ! », eux envoient une revendication. Et chacun, de son côté, profite de cette logique absurde qui se nourrit de notre tragique et éperdue recherche de sens.

Plus encore, la qualification terroriste est une arme infiniment plus puissante que le terrorisme : elle ne meurtrit pas les chairs mais engourdit et conforme les esprits. Elle fait partie intégrante d’un mécanisme de ségrégation sociale fondé non sur l’accroissement du capital mais sur la capacité de chacun de décoder le monde.

Ce qui est sans doute le bien le plus précieux de tout homme libre.

avk

 


  1. Wikipedia
  2. Le djihad est principalement une lutte purificatrice contre le Mal, principalement en soi-même. Le djihad de l’épée (pour reprendre la distinction d’Averroès, n’est généralement pas considéré comme une obligation et doit respecter des règles très précises comme le respect des prisonniers, des femmes, enfants et vieillards, et l’interdiction de mutiler – donc décapiter – les corps). Le fait que tant EIIL que nos démocraties ne s’encombrent pas de ces détails laisse entrevoir un intérêt commun à redéfinir ce qu’est le djihad.
  3. Manuel Valls, 28 juin 2015 (suite au fait divers de Saint-Quentin-Fallavier).
  4. Bertho, Alain. Une islamisation de la révolte radicale. (regards.fr, 11 mai 2015)
  5. Barisso, Alessandro. Next, petit livre sur la globalisation et le monde à venir. (Paris : Albin Michel, 2002)

Heurs et Malheurs des majuscules de titre

Dans un texte français courant, les règles fixant l'usage des majuscules sont assez simples. La majuscule s'utilise en début de phrase, et pour quelques mots réservés (dont la mémorisation est nettement moins simple). Pour les titres en revanche, les conventions orthotypographiques sont un peu plus complexes mais un peu de méthode permet de s'en sortir facilement.

1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de périodique prend une majuscule initiale, exception faite des noms propres.

À la recherche du temps perdu

1.1. Si le titre est composé seulement d’un adjectif qualificatif suivi d’un substantif, le substantif prend également une majuscule.

Tristes Tropiques (mais : Mon oncle)

1.2. Si le titre est composé seulement de deux substantifs successifs, chaque substantif prend une majuscule.

France Soir

1.3. Si le titre est composé seulement de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule.

Guerre et Paix (mais : Être et avoir)

1.4. Si le titre commence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier substantif prend une majuscule, ainsi que tout adjectif ou adverbe précédant.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

1.5. Si le titre est constitué de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule, ainsi que les adjectifs qualificatifs ou adverbes éventuels les précédant.

La Belle et la Bête

2. En cas de sous-titre ou de titre double, les principes précédents s’appliquent à chaque partie (seule exception : si le sous-titre commence par un article défini, cet article prend exceptionnellement une minuscule initiale).

Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile

Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl

3. Les titres prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En particulier, les substantifs madame, mademoiselle et monsieur s'abrègent en Mme, Mlle et M. au singulier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu'ils constituent le premier mot du titre. Lorsqu'ils sont écrits au long, ils prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.

Le Voyage de M. Perrichon

Monsieur de Pourceaugnac

Les Quatre Filles du docteur March

La Faute de l'abbé Mouret

4. Quand l’auteur a clairement choisi une typographie originale, il est généralement préférable de la respecter si cette graphie est justifiée et ne nuit pas aux requêtes.

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Ah oui, un petit détail encore : les majuscules accentuées ne perdent pas leur accent. Cette coupable pratique trouve son origine dans les processus de composition de textes à base de caractères mobiles qui n'offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L'erreur a donc été longtemps tolérée en raisons de difficultés techniques. [4]

L'informatique ayant résolu le problème, il n'y a plus aucune excuse à commettre cette faute, source de tant de « JAURES ASSASSINE ! » et autres « LE PRESIDENT CHAHUTE A L'ASSEMBLEE ! »

avk

Sources

[1] Lexique Des Règles Typographiques En Usage à L'imprimerie Nationale. Paris : Imprimerie nationale, 2002.

[2] Abrégé typographique à l'usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.

[3] Wikipedia : Conventions typographiques

[4] Encyclopédie de la typographie

Vivre sans TV.

Selon l'institut d'audience Nielsen, un Américain moyen passe quotidiennement 4 heures 49 minutes devant son téléviseur, durée en augmentation constante depuis 10 ans [1]. Le Syndicat National de la Publicité Télévisée nous informe pour sa part qu'un Français consomme un nettement moins : 3 heures 20 minutes, et nous donne plus de détails intéressants.

Ainsi, la télévision capte quotidiennement sur le territoire français 44,2 millions d'habitants durant, donc, 3h20', ce qui mène à une consommation annuelle de 3.226 milliards de minutes drainant des recettes publicitaires de 3,98 milliards d'euros de janvier à août 2009 [2]. En extrapolant pour une période annuelle, nous obtenons 5,97 milliards d'euros bruts. En forçant le trait, disons que les publicitaires sont prêts à payer 135 EUR par an pour que vous gardiez votre télévision. En fait, le chiffre n'intègre pas les frais de gestion et de production qui, une fois injectés dans l'équation et selon un mien ami travaillant dans le secteur [3], font passer ce chiffre à 200 EUR.

On ne dépense pas de telles sommes sans avoir de sérieuses garanties sur le retour probable sur investissement. La fameuse citation de Patrick Le Lay [4], PDG de TF1, trouve confirmation dans ces chiffres :

« Soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...). Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. »

Bien sûr, l'économie n'est pas la seule à bénéficier de la mise en réceptivité de ces cerveaux. Le politique et plus généralement la société elle-même profitent du formatage intellectuel opéré. Alors, si on se faisait une petite cure d'abstinence télévisuelle? Qu'offre Internet pour étancher notre soif d'images qui bougent?

Pour ce qui est des émissions télévisuelles redistribuées sur le net, impossible de faire ici le catalogue de l'offre individuel des chaînes mais beaucoup d'entre elles offrent, en léger différé, les journaux télévisés et, en plus grand différé, des reportages tels que les Questions à la Une de la RTBF ou tels que l'on en trouve aussi sur ARTE TV. Je veux aussi mentionner l'excellent site de l'INA qui propose gratuitement un catalogue impressionnant de 23.000 heures d'archives télévisuelles (parmi les 300.000 heures de programmes archivés annuellement) pour les nostalgiques des Cinq Colonnes à la Une ou d'Apostrophes. À destination des chercheurs et étudiants, l'INA a par ailleurs mis en place un site spécifique. Mais ne nous égarons pas...

Vous n'oserez sans doute pas l'avouer, mais Les Experts ou Dr House risquent de vous manquer. Eh bien, la chose n'est pas encore très connue sur le Vieux Continent, mais un grand nombre de séries télévisées sont visionnables gratuitement en streaming sur l'excellent Hulu qui offre une qualité de diffusion exceptionnelle... aux États-Unis. En effet, issu d'une joint venture entre NBC Universal, News Corp., The Walt Disney Company et Providence Equity Partners, les licences ne couvrent guère le reste du monde. Le succès de cette formule a toutefois encouragé certaines initiatives telles que TVGorge et CastTV et Fancast.

TVGorge offre sans doute la meilleure qualité et se concentre exclusivement sur les séries télé : Les Simpson, Lost, Monk et autres Prison Break. Le truc, c'est que serveur de TVGorge n'héberge aucune vidéo mais une base de données de liens pointant toujours vers la source de diffusion de la meilleure qualité. Jamais de liens morts, de vidéos qui s'interrompent ou qui calent en plein milieu de l'intrigue. Vous allez sur le site, cherchez votre série dans une interface claire et cliquez simplement sur l'épisode désiré! Bien sûr, pas de téléchargement possible sans contorsions coupables! Seule question : combien de temps mettra la horde d'avocats fourbie par les propriétaires de programmes pour trouver l'astuce contraignant TVGorge à ne plus disposer gratuitement d'aussi gracieux liens?

L'offre de CastTV est un peu plus diversifiée et son interface se rapproche de celle de YouTube. En plus de séries (House, Bones, 24, Heroes...), le service propose des émissions telles que l'Eurovision ou la remise des Oscars, une centaine de films (The 39 Steps, The Island of Dr. Moreau ou le sans aucun doute fantastique Bad Girls from Mars!) Sont disponibles aussi de nombreuses vidéos musicales d'artistes tels que Guns 'n Roses, AC/DC ou Bill Evans.

FanCast adopte pour sa part une interface encyclopédique inspirée d'IMDB. Cette division de la Comcast Corporation profite de son impressionnant catalogue de films et de séries (Bones, CSI, South Park, Star Trek). Une partie du contenu (1.000 titres de la Fox, Sony, Paramount, Warner Bros et Disney) est payante en téléchargement ou location. Une grande partie est toutefois gratuite, servant d'appel à la partie payante, mais aussi financée par de la publicité. Vous y épencherez aussi votre soif de télé réalité, de documentaires généralistes et de talk shows (The Colbert Report, The Jay Leno Show...). Bref, pour le meilleur et pour le pire, c'est bien FanCast qui vous donnera l'expérience télévisuelle la plus probante. Ah oui, c'est souvent très lent au démarrage et quelques vidéos sont indisponibles...

Bon, passons maintenant à des choses plus intéressantes, et donc plus éloignées de l'expérience télévisuelle classique. Outre des sites tels que YouTube et Dailymotion où, à moins de savoir préalablement ce que l'on cherche, il est bien difficile de naviguer entre buzz et vacuité, existent quelques bonnes adresses pour l'honnête homme qui désire simplement passer quelques heures à découvrir, voire à vous émerveiller.

Joost (prononcez "juiced") a été fondé par les créateurs de Skype et distribue les vidéos en peer-to-peer. J'étais un peu sceptique quand à la fiabilité d'un tel mode de diffusion pour des programmes de télévision, mais je dois reconnaître que l'expérience est meilleure que chez FanCast par exemple. Après une période qui rendait nécessaire l'utilisation d'un logiciel dédié, c'est désormais une interface web qui a été adoptée. Joost dispose d'un très gros catalogue mais ici aussi, ce sont souvent les licences qui pénalisent les utilisateurs hors des U.S.A. Il reste malgré tout quelques milliers d'heures de programmes accessibles: documentaires, shows, vidéos musicales et surtout,parmi les films, quelques classiques de Laurel & Hardy ou de Buster Keaton...

Voilà en gros ce que je connais de mieux en matière de fictions et programmes télé. Je m'en voudrais toutefois de ne pas signaler deux sites exceptionnels tournés respectivement vers les documentaires et vers la diffusion de conférences. Le premier est tout jeune (juin 2009) et porte le nom explicite de Documentaryheaven. Financé par les dons et quelques publicités relativement discrètes, il ne possède actuellement qu'un millier de documentaires, mais la plupart de grande qualité, de la dissection d'un éléphant à une lecture de Chomsky sur la morale politique. À suivre, assurément.

Enfin, il y a TED. TED (Technology, Entertainment, Design) est une fondation américaine organisant depuis 1990 des conférences sur des « ideas worth spreading ». La diversité des thèmes, la brièveté des interventions (limitées à 18 minutes), la qualité des intervenants et la diffusion sur leur site web ont fait de TED un fantastique incubateur d'idées. Parmi les conférenciers figurent Al Gore, Sergey Brin, Bono, Gordon Brown, Bill Clinton, Bill Gates, Richard Dawkins, Peter Gabriel, Larry Page ou encore Jimmy Wales. Les conférences, librement diffusables, sont disponibles sur le site, sur une chaîne YouTube, sur iTunes et une application iPhone vient même de sortir.

Alors, si tout cela ne vous donne pas des envies d'infidélité vis-à-vis de votre téléviseur, je ne vois plus que Jean Yanne et sa mémorable définition de la vulgarité audiovisuelle [5] comme électrochoc ultime :

avk

Sources

[1] Nielsen

[2] SNPTV

[3] Entretien privé dans une taverne bruxelloise devant quelques Grimbergen Optimo Bruno

[4] Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain disponible »

[5] Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972)

Notre vision distordue du monde

Alisa Miller, chef de Public Radio International, évoque avec humour les mécanismes par lesquels les médias américains offrent une vision distordue du monde pour épancher une soif modeste mais réelle d'informations internationales. Avec des statistiques et des graphiques particulièrement éclairants.

Ceci en écho lointain à un ancien billet.

avk

Le miroir du monde

Depuis quelques mois, Google a implémenté dans son interface de recherche une fonction de suggestion fondée sur les requêtes les plus fréquentes commençant par les caractères que vous êtes en train de taper.

Prévue dans un premier temps pour faire gagner quelques fractions de secondes à l'utilisateur, cette fonction offre une image frappante des préoccupations des internautes pour autant que l'on choisisse des débuts de phrases ouvertes.

Il en ressort entre autres la conviction que Dieu n'est pas un inspecteur de poisson (puisqu'il semble être un astronaute), que l'on soit perplexe sur les mécanismes à mettre en place pour tomber enceinte, que l'aérophagie cause plus d'anxiété que la solitude, et qu'une masse considérable d'internautes sont "extrêmement terrifiés par"... les Chinois. Heureusement, une singulière bouffée d'intérêt pour les équations quadratiques vient relever le niveau.

D'autres facettes googliennes de notre belle humanité? Les commentaires vous sont ouverts!

avk

Europeana, à petits pas

Après un lancement calamiteux, le fantastique projet Europeanaest désormais en ligne et, bien que toujours en phase de test, ça décoiffe doucement : textes, illustrations graphiques, extraits sonores et vidéos de près de 70 contributeurs dont la Bibiothèque nationale de France, la Fundação Calouste Gulbenkian, la Bibliothèque Royale de Belgique et The British Library. Le partimoine actuel de 2 millions d'objets numériques sera triplé lors du lancement de la version 1.0, en 2010.Il reste toutefois pas mal de choses à améliorer : robustesse du système et cohérence des données. Vous trouverez en effet bien le viandier de Taillevent hébergé par la Bibliothèque nationale de France, mais le lien ne vous mènera que vers une page d'erreur doù il vous faudra recommencer la recherche! En outre, la possibilité pourtant capitale de créer un compte propre afin de stocker ses recherches a été temporairement et mystérieusement supprimée. Don't worry, be crappy comme ils disent, Outre-Atlantique.

Un petit aperçu en quelques clics? Mais avec plaisir...

Diigo : Social Information Networking

Le social bookmarking est apparu en 2005 avec de.licio.us dont le succès provient en grande partie... de son succès. C'est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socialisation – a son importance. En 2006 est apparu StumbleUpon, plus structuré et permettant de dire d'un clic « j'aime » ou « j'aime pas », d'intégrer son propre site, de maintenir un petit blog et surtout d'intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Marshall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l'impression que cela servait surtout à tromper l'ennui. Une floppée d'autres sites émergèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses importantes : l'importation facile des signets du navigateur, une interface lumineuse, la possibilité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C'était devenu mon outil pour partager mes découvertes avec des amis, et pour m'assurer une accessibilité à mes signets lors de mes déplacements. J'y ai découvert aussi quelques sites intéressants. Pourtant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu'il fait le choix audacieux de l'open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social bookmarking que j'utilisais pour une option fantastique : celle qui permet de surligner des passages. Lorsque je rédige un article, j'ai pris l'habitude, grâce à l'extension de Diigo, de surligner les passages importants et de les stocker dans une liste personnelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d'un clic j'ai non seulement accès à mes sources mais encore aux passages surlignés. Épatant, même si l'usage que j'en faisais était très personnel. De fait, l'aspect social de Diigo était handicapé par plusieurs lourdeurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd'hui même, une fois votre compte ouvert et l'extension installée sur votre navigateur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu'un site vous plait, surlignez éventuellement les passages importants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous permettra de donner une description, d'en choisir le caractère privé ou public, de prévenir Twitter, d'ajouter ce signet à une liste que vous aurez préalablement créée, d'informer un groupe etc.

Ultérieurement, vous retrouverez ce site avec le surlignage, mais vous verrez aussi qui d'autre l'a mis en signet public et quelles annotations y ont été ajoutées par la communauté.

Parmi la centaine de nouveautés de la version 3, j'en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent directement accessibles dans votre barre latérale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre latérale, il est possible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fatiguera pas rapidement mais pour le moment, c'est assez bluffant.
  3. Il est désormais possible à une équipe (de chercheurs ou de rédacteurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dictionnaire de mots-clés afin d'éviter de voir ces pléthores de tags synonymiques ou mal orthographiés qui polluent généralement ce genre de sites.
  4. L'option People like me vous permet, sur base de vos derniers signets, de découvrir les gens qui partagent le plus vos intérêts et dès lors, d'augmenter vos chances de découvrir non seulement des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n'est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, FaceBook et l'email sont à votre portée pour partager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désormais une solution efficace à différentes préoccupations qui dépassent de loin le simple social networking. C'est désormais un outil majeur pour quiconque désire structurer, stocker et partager en ligne une information qui ne se limite par à une URL.

Le point sur les guillemets

L'utilisation des guillemets est, en français, source de nombreux malentendus : confusion entre guillemets français et anglais ; difficultés d'évaluer la pertinence de leur utilisation ; méconnaissance des règles d'usage des espaces de proximité et j'en passe de plus croquignolettes.

Bref, c'est le genre de chose que l'on n'apprend pas à l'école et dont on se dit avec raison que son ignorance ne nous empêchera pas d'atteindre le bonheur.

Ce n'est donc pas sur la voie du bonheur que ce petit billet devrait vous mener, mais sur celle, plus escarpée, de la perfection. Ce qui n'est pas mal non plus. En prime, l'usage d'une typographie correcte a des avantages épatants :

  • Renforcement des habitudes (et dès lors plus grande fluidité) de lecture et d'écriture ;
  • Cohérence des textes et simplification des processus d'édition ;
  • Atténuation des situations confuses ;
  • Adoption d'une esthétique typographique conçue dans le respect des règles.

1. Les acteurs en présence

  • Les guillemets français (ou typographiques) sont comme « ceci ».
    [guillemet gauche Unicode U+00AB ;
    guillemet droit Unicode U+00BB]
  • Les guillemets anglais sont comme “ceci”.
    [guillemet-apostrophe double culbuté Unicode U+201C ;
    guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
  • Les guillemets allemands sont comme „ceci“.
    [guillemet-virgule double inférieur Unicode U+201E ;
    guillemet-apostrophe double Unicode U+201D]
  • Les guillemets droits (ou dactylographiques) sont comme "ceci".
    [guille dactylo ou guillemet droit Unicode U+0022]

2. Que veulent dire les guillemets ?

Les guillemets marquent une distance de l'auteur vis-à-vis des éléments entre guillemets. Il peut s'agir d'une citation, d'une réserve, d'une erreur ou d'un jugement avec lequel l'auteur veut marquer sa divergence.

Le cas des citations peut se révéler extrêmement complexe lorsqu'elles comportent plusieurs alinéas et/ou des dialogues. Je ne considèrerai ici que les cas simples.

3. Oublier les guillemets droits et allemands.

Simplifions le problème : on peut oublier les guillemets droits. Il s'agit d'une invention spécifique aux machines à écrire et rendue obsolète par l'informatique moderne. Ils peuvent servir à désigner des minutes, des secondes ou des pouces, mais plus jamais faire office de guillemets, excepté en programmation.

Quant aux guillemets allemands, ils ne sont jamais utilisés en français.

4. Guillemets français ou anglais ?

Toujours des guillemets français sauf en cas d'imbrication. Il est alors recommandé d'utiliser les guillemets anglais en second rang.

« Je m'en souviens bien, dit-elle, c'était écrit : “Peinture fraîche”. »

En troisième rang, l'usage de l'italique est toléré quoique les guillemets français puissent réapparaître.

« Je m'en souviens bien, dit-elle, c'était écrit : “Peinture frêche”. »

Alors que les guillemets anglais génèrent de nombreuses collisions malheureuses (L'“intelligentsia”), les guillemets français s'articulent dans le texte avec plus de fluidité puisqu'occupant l'espace d'un caractère à part entière. Ils provoquent aussi moins de ruptures dans le gris typographique.

5. Guillemets ou italique ?

Ici encore, les guillemets français sont la règle. Hormis la citation de 3e rang où son usage est toléré, l'italique doit être utilisé dans deux cas :

  • La citation en langues étrangères : « My God ! » s'écria-t-elle.
  • La dénotation (par opposition à la connotation marquée par les guillemets) : Le mot dénotation n'est pas facile à définir.

6. Et les titres d'oeuvres ?

Ici, l'italique est la règle. Les guillemets ne sont autorisés que lorsque l'italique est impraticable : écriture manuscrite ou dactylographique par exemple, ainsi que les emails en texte pur.

7. Quelles espaces utiliser ?

Une espace insécable doit toujours être placée à l'intérieur du guillemet français, et une espace sécable à l'extérieur. La nature de cette espace est toutefois sujette à controverse et varie de plus dans la francophonie : les usages français, canadiens et suisses divergent... les Suisses allant jusqu'à proscrire les espaces internes!

L'espace insécable Unicode étant plus large que l'espace normale, je suggère l'utilisation d'une espace fine insécable disponible en Unicode [U+202F]... tout en étant conscient de la difficulté de parfois l'implémenter : la typographie de ce billet le démontre.

Aucune espace interne n'accompagne en revanche les guillemets anglais.

8. Le point final vient-il avant ou après le guillemet final?

Les guillemets encadrent tous les éléments avec lesquels la distance est prise, y compris les signes de ponctuation. (« Oh! Tu as vu ? » me dit-elle.)

Toutefois, lorsqu'une citation termine une phrase et est elle-même une phrase complète, il y a assimilation de la ponctuation de la phrase par celle de la citation et la phrase se termine par un guillemet. (Elle me dit simplement : « Je t'aime. »)

Lorsque la citation est un enchaînement de la phrase principale, c'est la ponctuation principale qui absorbe celle de la citation. (Elle me dit que « son amour est infini ».)

Enfin, lorsque les ponctuations de la citation et de la phrase principale divergent, toutes deux sont conservées. (Elle eut le culot de me demander : « Tu ne m'en veux pas ? » !)

9. Transgresser

Eh bien oui, la typographie actuelle sort des cadres établis, entretient des rapports de plus en plus intimes avec les autres éléments de la page : illustrations, mise en page... Tout est possible à qui possède assez de talent et de métier. La barrière est ouverte, sortons du jardin.

Mais ne confondons pas transgression et ignorance!

avk

Sources

Le Bon Usage
Oeuvrez les guillemets
Orthotypographie
Wikipedia

Et si Pékin avait raison?

Nous avons tous lu Tintin au Tibet. Nous avons tous entendu le dalaï-lama. Nous aimons tous le Tibet. Spiritualité, intemporalité, blancheur.

Le Lotus Bleu, c'était autre chose. Une histoire complexe où s'affrontent des puissances militaires, financières. La drogue, la folie, le crime.

Tintin rencontre Chang en Chine. Il comprendra là la dure complexité du monde. C'est au Tibet qu'il le retrouvera. Et c'est là qu'il comprendra que la complexité est un masque. Les larmes de Tintin relient les deux albums.

Une invasion chinoise?

Depuis le XIIe siècle, le Tibet est chinois et le dalaï-lama avait généralement un statut de gouverneur qu'il partageait à certaines époques avec le Panchen-lama. En 1720, le Tibet devient un protectorat chinois : l'identité culturelle était garantie mais le commerce, la diplomatie et la défense étaient du ressort de la Chine. La présence de tibétain sur de nombreux monuments chinois en tant qu'une des cinq langues officielles, en témoigne.

Les choses changent en 1904 lorsque les Britanniques envahissent la région de façon sanglante. Quatre ans plus tard, la Chine reprend le contrôle et ce n'est qu'après la révolution de 1911 que le Tibet proclame son indépendance, indépendance que n'acceptera pas la Chine.

En 1950, le troupes communistes chinoises reviennent au Tibet, ce qui est qualifié d'invasion par les États-Unis alors en pleine fièvre anticommuniste. La CIA arme et entraine les guerriers tibétains et, en 1959, aide le dalaï-lama à s'exiler en Inde.

Si l'on peut parler de conflit territorial d'indépendance, le présenter comme une invasion n'est pas conforme à la réalité historique. Je ne défends pas là la vision chinoise, j'expose celle de la communauté internationale exprimée depuis longtemps par l'ONU et par la Communauté Européenne.

Que tout le monde maintenant se mette à parler d'invasion est étrange... à moins que les récents enjeux commerciaux puissent expliquer ce revirement idéologique.

Une population opprimée?

La Chine moderne n'est pas mon modèle de civilisation. Les droits de l'homme sont considérés comme un gadget inutile, les médias sont des marionnettes du Parti, le régime politique est une farce et la justice n'est citée en exemple que par Ségolène Royal. Ça ne donne pas envie, c'est sûr.

Pour autant, voir dans le Tibet du dalaï-lama un sanctuaire consacré à la spiritualité et échappant à la corruption du matérialisme occidental est sans doute un peu naïf.

Quel était la situation du Tibet avant le départ de dalaï-lama?

1. Théocratie absolue : Ni parti ni élections. Ni média non plus d'ailleurs.

2. Oligarchie et servage de la population : Par exemple, le commandant en chef de l'armée tibétaine, ami proche du dalaï-lama, possédait 4.000 kilomètres carrés de terre et régnait sur 3.500 serfs. Les monastères pouvaient enlever de force des enfants de paysans pour les enrôler comme domestiques, danseurs ou soldats. [A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996)]

3. Droits de l'homme : Si la peine de mort n'était pas appliquée activement, la torture était d'usage courant : brisure des membres, énucléation des yeux, utilisation d'une panoplie proche de celle de notre moyen-age. Bien sûr, les enfants de paysans n'avaient ni scolarisation ni accès aux soins de santé. [Felix Greene, A Curtain of Ignorance (Garden City, N.Y. : Doubleday, 1961) ; Waddell, Landon, and O'Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain]

Ça ne donne pas envie non plus. A vrai dire, ça donne encore moins envie.

La domination chinoise est donc un sale coup pour l'oligarchie tibétaine. Les images d'émeutes montrent clairement que les opposants sont des moines ou des tibétains de milieux favorisés. Pour la plus grande partie de la population, je crois que c'est plutôt une bonne chose.

Mais vous savez comment sont les religions : elles ont le chic pour vous faire croire que ce qui est bon est mauvais et vice-versa. En plus, s'il faut reconnaître quelque chose au dalai-lama, c'est que c'est un communicateur fabuleux, le genre Steve Jobs vous voyez. En plus, son produit, c'est la vision d'un monde drôlement sympa. Vraiment le genre de chose dont nous avons tous besoin. Et en plus, y croire ne coûte pas un cent...

Alors? Alors, si l'on se préoccupe de droits de l'homme, de liberté de la presse, de démocratie et de développement individuel, il est sans doute légitime de lancer des actions contre la Chine. Mais le faire au nom du Tibet est grotesque.

Prédictions hasardeuses

The Best Article Every Day publie un florilège de prédictions péremptoires qui démontrent, s'il le fallait encore, que la vision d'un leader est moins importante que sa capacité à mobiliser les foules. Petite sélection de mise en bouche :

«We will bury you.»
Nikita Krushchev, Soviet Premier, predicting Soviet communism will win over U.S. capitalism, 1958.

«Everything that can be invented has been invented.»
Charles H. Duell, an official at the US patent office, 1899.

«It will be gone by June.»
Variety, passing judgement on rock ‘n roll in 1955.

«This antitrust thing will blow over.»
Bill Gates, founder of Microsoft.

«It will be years - not in my time - before a woman will become Prime Minister.»
Margaret Thatcher, future Prime Minister, October 26th, 1969.

«Read my lips: NO NEW TAXES.»
George Bush, 1988.

«That virus is a pussycat.»
Dr. Peter Duesberg, molecular-biology professor at U.C. Berkeley, on HIV, 1988.

«Sensible and responsible women do not want to vote.»
Grover Cleveland, U.S. President, 1905.

«That the automobile has practically reached the limit of its development is suggested by the fact that during the past year no improvements of a radical nature have been introduced.»
Scientific American, Jan. 2 edition, 1909.

«Heavier-than-air flying machines are impossible.»
Lord Kelvin, British mathematician and physicist, president of the British Royal Society, 1895.

«Radio has no future.»
Lord Kelvin, Scottish mathematician and physicist, former president of the Royal Society, 1897.

«Nuclear-powered vacuum cleaners will probably be a reality in 10 years.»
Alex Lewyt, president of vacuum cleaner company Lewyt Corp., in the New York Times in 1955.

«Atomic energy might be as good as our present-day explosives, but it is unlikely to produce anything very much more dangerous.»
Winston Churchill, British Prime Minister, 1939.

«It’s a great invention but who would want to use it anyway?»
Rutherford B. Hayes, U.S. President, after a demonstration of Alexander Bell’s telephone, 1876.

«X-rays will prove to be a hoax.»
Lord Kelvin, President of the Royal Society, 1883.

«The phonograph has no commercial value at all.»
Thomas Edison, American inventor, 1880s.

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