Diigo : Social Information Networking

Le social bookmarking est apparu en 2005 avec de.licio.us dont le succès provient en grande partie... de son succès. C'est brouillon, confus mais tout le monde y est, ce qui – en matière de socialisation – a son importance. En 2006 est apparu StumbleUpon, plus structuré et permettant de dire d'un clic « j'aime » ou « j'aime pas », d'intégrer son propre site, de maintenir un petit blog et surtout d'intégrer un réseau social plus chaud (au sens de Marshall McLuhan). Bon, cela me donnait surtout l'impression que cela servait surtout à tromper l'ennui. Une floppée d'autres sites émergèrent dans ma plus grande indifférence.

En 2006 surgit Ma•gnolia qui offrait quatre choses importantes : l'importation facile des signets du navigateur, une interface lumineuse, la possibilité de créer des groupes et celle de rendre des signets privés. C'était devenu mon outil pour partager mes découvertes avec des amis, et pour m'assurer une accessibilité à mes signets lors de mes déplacements. J'y ai découvert aussi quelques sites intéressants. Pourtant, je vais quitter Ma•gnolia alors même qu'il fait le choix audacieux de l'open source.

Je vais quitter Ma•gnolia parce que la version 3 de Diigo est très étonnante.

Diigo est un site de social bookmarking que j'utilisais pour une option fantastique : celle qui permet de surligner des passages. Lorsque je rédige un article, j'ai pris l'habitude, grâce à l'extension de Diigo, de surligner les passages importants et de les stocker dans une liste personnelle créée à cet effet. Dès que je me remets au travail, d'un clic j'ai non seulement accès à mes sources mais encore aux passages surlignés. Épatant, même si l'usage que j'en faisais était très personnel. De fait, l'aspect social de Diigo était handicapé par plusieurs lourdeurs structurelles.

Dans sa version 3, relookée aujourd'hui même, une fois votre compte ouvert et l'extension installée sur votre navigateur, tout se passe comme dans un rêve. Lorsqu'un site vous plait, surlignez éventuellement les passages importants et envoyez-le à Diigo : une fenêtre vous permettra de donner une description, d'en choisir le caractère privé ou public, de prévenir Twitter, d'ajouter ce signet à une liste que vous aurez préalablement créée, d'informer un groupe etc.

Ultérieurement, vous retrouverez ce site avec le surlignage, mais vous verrez aussi qui d'autre l'a mis en signet public et quelles annotations y ont été ajoutées par la communauté.

Parmi la centaine de nouveautés de la version 3, j'en épingle cinq qui, ensemble, motivent ce billet.

  1. Tous vos signets Diigo se trouvent directement accessibles dans votre barre latérale, rendant désuets vos signets locaux.
  2. Par la même barre latérale, il est possible de voir ce que les gens disent du site sur lequel vous êtes en train de surfer. Je ne suis pas certain que cela ne me fatiguera pas rapidement mais pour le moment, c'est assez bluffant.
  3. Il est désormais possible à une équipe (de chercheurs ou de rédacteurs par exemple) de voter sur un élément, mais aussi sur un dictionnaire de mots-clés afin d'éviter de voir ces pléthores de tags synonymiques ou mal orthographiés qui polluent généralement ce genre de sites.
  4. L'option People like me vous permet, sur base de vos derniers signets, de découvrir les gens qui partagent le plus vos intérêts et dès lors, d'augmenter vos chances de découvrir non seulement des sites mais surtout des contenus intéressants.
  5. Le partage n'est pas limité à la sphère Diigo : Twitter, FaceBook et l'email sont à votre portée pour partager avec ceux de vos amis qui ne sont pas encore sur Diigo.

Diigo offre désormais une solution efficace à différentes préoccupations qui dépassent de loin le simple social networking. C'est désormais un outil majeur pour quiconque désire structurer, stocker et partager en ligne une information qui ne se limite par à une URL.

Voir clair

La complexité envahit toute notre sphère de connaissance. Nous ne pouvons plus faire semblant que le monde est simple.

Comprendre les soubresauts de la finance, l'évolution de la biodiversité, les mouvements des sociétés, l'impact de nouveautés technologiques demande de faire appel à un ensemble important de paramètres interdépendants. La présentation textuelle de ces données ne permet plus guère de percevoir les phénomènes qu'elles décrivent et une importance nouvelle investit l'art de la visualisation. The Art of Complex Problems Solving est à ce titre auto-référentiel.

Quelques sites méritent d'être référencés :

A tout seigneur tout honneur, Visualcomplexity est le site de référence pour la modélisation des réseaux complexes : collaboration sur des projets culturels, similarités culturelles sur base des achats, interdépendance des facteurs d'obésité ou encore une représentation de la blogosphère de Singapore. L'exemple ci-dessous illustre par exemple la biochimie du métabolisme humain.

Le blog Urban Cartography collecte des visualisations de systèmes aussi variés que les relations de Lou Bega ou les probabilités des causes de décès (tiens, on a deux fois plus de chances de mourir d'un coup de feu que de se faire renverser par une voiture...) Les sources ne sont pas toujours clairement indiquées, et la fiabilité des données sujette à caution. Reste la qualité et la créativité de certaines planches.

Strangemaps est lui totalement dédié à la cartographie illustrative, proposant des cartes géographiques contemporaines ou non mettant en perspective une problématique ontologique, sociale ou géopolitique. L'exemple suivant illustre le cheminement de Neil Amstrong sur la Lune comparativement à un terrain de football :

Gapminder est un outil que j'affectionne tout particulièrement. Une centaine de données récentes (principalement économiques et démographiques) en abcisse, et autant en ordonnées. Comment se répartissent les espérances de vie en fonction des revenus annuels? Dans quelle mesure les dépenses militaires sont-elles liées à l'analphabétisme? Vous sélectionnez et vous analysez. Difficile de faire mieux en matière d'interactivité et de clarté.

Et puis, il y a Indexed, le blog de Jessica Hagy, qui décrit la vie, l'univers et le reste au moyen de petits diagrammes de Venn. Je crois que Jessica comprend tout. Et moi-même, j'y vois désormais un peu plus clair...

Fracture numérique et anesthésie intellectuelle

L’une des dernières croisades en date de nos décideurs est la « réduction de la fracture numérique ». Jolie formule.

À cette fin, des accords ont été passés entre les Communes, les CPAS, des fournisseurs d’accès internet, certains fabricants et des revendeurs de matériels, et quelques ONG s’occupant du reconditionnement de matériel informatique d’occasion. L’idée est certainement louable. Création de centres cybermédia accessibles gratuitement, initiation à l’utilisation de ces nouvelles technologies, possibilité de s’équiper chez soi à petit prix. On songe immédiatement aux avantages : ouverture intellectuelle sur le monde (internet…), possibilité d’améliorer sa situation personnelle (diffusion de CV, apprentissage, formation continue, diversification, contacts facilités…), solution contre l’isolement croissant ( ?), aspect ludique…

J’imagine que cela fonctionne dans une certaine mesure et que d’aucuns trouvent, par ce biais, des avantages dont ils auraient été exclus autrement. Tant mieux. Mais je sais aussi, parce que je suis un rouage de la machinerie qui permet l’existence de ce projet, que dans beaucoup de cas ce n’est qu’une sucette anesthésiante de plus ! Je reçois tous les jours en consultation ces nouveaux esclaves numériques, l’œil fatigué, PC sous le bras, pleurant que plus rien ne va avec cette satanée machine et cette p… de connexion internet. La plupart du temps, parce qu’ils ont leur fierté, ils ne sont pas venus avant d’avoir bidouillé eux-mêmes dans les entrailles du système ou passé le relais au cousin/voisin « qui s’y connaît en informatique ». Ils sont aussi persuadés, à ce stade de leur déroute, que le problème ne peut venir que du matériel. C’est d’ailleurs la solution qu’on leur vend le plus souvent, du cousin/voisin impuissant aux hot lines surchargées. Le cendrier est plein, donc il faut changer la voiture ! Je reste zen. Un mot est placardé au-dessus de ma table de travail « 99% des problèmes informatiques sont situés entre le clavier et la chaise ». Je passe sur la vulgarisation des explications qu’il me faut débiter pour poser mon diagnostic, cela mériterait une anthologie d’humour et de surréalisme. Mais non, le disque dur ne s’est pas dégonflé et les barrettes n’ont pas fondu !

Le bel outil au potentiel extraordinaire s’est donc transformé, au fil des semaines, en une bête immonde, responsable d’argent perdu, de temps gaspillé, de tracas divers et variés. En plus, la bête est malade et on me demande de la guérir au plus vite car on s’y est attaché ! Consciencieux, j’applique mon traitement, souvent le même d’ailleurs : vermifuge, purge et coup de polish. J’explique, je rassure, je ressuscite les inestimables données que l’on croyait perdues à jamais. Bientôt, la bête ronronne de plaisir et bondit sur internet au quart de tour. Je suis un magicien ! Mon client est content, ce soir Tchantchet va pouvoir tchatter avec Nanette, Bobonne surfer sur Meetic et Raymond se télécharger la dernière vidéo de Paula-X. Dans deux mois, il reviendra pour que je lui retape sa machine victime d’une indigestion de conneries.

S’il est vrai qu’une fracture existe au niveau de l’accès à l’informatique et à l’internet, en raison du marasme socioéconomique ambiant, il est tout aussi vrai qu’une réduction forcée de celle-ci ne réglera pas l’éternel problème de la connerie humaine. Quand l’éducation et l’instruction n’ont pas fait leur travail, lorsque les compétences individuelles sont ce qu’elles sont, placer de tels outils entre les mains de ces personnes revient à placer une machine à écrire entre les pattes d’un singe en espérant qu’il va réécrire Les Misérables. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas inviter ces personnes à apprendre à se servir de l’informatique (pour le plus noble ou le plus vil usage, peu importe d’ailleurs), mais cette incitation encouragée par les autorités politiques n’est ni plus ni moins qu’une anesthésie intellectuelle de plus, doublée d’une nouvelle contrainte économique superflue.

Plus les individus seront engourdis, et pour ceux-là l’ordinateur n’est qu’une extension de tout ce qui fut et est débilitant (de la messe du dimanche aux programmes télé les plus stupides en passant par la CB des années 70 et les magazines people…), plus ils se comporteront en consommateurs dociles. Il y a cet éternel équilibre de précarité à préserver pour que les meneurs puissent continuer à mener grand train sur le dos d’une plèbe exploitée et manipulée de toutes les façons.

Thomas

Le temps des robots

Bien, cela a pris un peu plus de temps que prévu, mais les robots sont désormais à nos portes, moins médiatisés mais souvent plus intéressants que l'ineffable Asimo. J'en avais déjà évoqué quelques-uns lors d'un message précédent. Voici un petit tour d'horizon actualisé.

Dans la catégorie sauvetage, le plus étrange est sans doute le chenillé Hanuri-RT, puisqu'il ne permet de sauver que les personnes pouvant se tenir accroupies et dotées d'un fameux sens de l'équilibre!

Si un accident vous a complètement immobilisé, autant que vous soyez aussi inconscient car ce pourrait bien être Robokiyu qui vous prendra en charge quel que soit votre position (et qui aurait fait merveille dans le film Soleil Vert).

Un peu moins inquiétant, le Hubo FX-1 chairbot peut transporter un pilote d'une centaine de kilos pilotant à l'aide d'un simple joystick. Si l'idée de base était d'offrir plus d'autonomie qu'un fauteuil roulant, l'armée y voit aussi son intérêt.

Si votre sauvetage réside plus simplement à trouver quelqu'un qui vous serve le thé ou fasse votre vaisselle, Kawada Industries développe une aide ménagère robotique. Etrangement, elle n'a pas été designée comme une illustration de Sorayama mais évoque plutôt une chimère goldorakienne.

L'industrie robotique semble bien reflèter les fantasmes d'une civilisation. En Asie, cela peut s'illustrer de deux façons, lorsqu'il s'agit des enfants. Tout d'abord par Orfo, le robot chaperon coréen. Ensuite, de façon dérangeante, par CB2 (Child-Robot with Biometric Body) qui représente un (monstrueux) enfant de deux ans doté d'expressions faciales et de 200 capteurs tactiles.

Nul doute qu'une collaboration serait profitable avec les concepteurs de Kansei, un robot doté d'un vocalulaire de 430.000 (!) mots capable d'intéragir facialement en fonction du contexte émotionnel du discours.

Tous ces robots sont, à un certain degré, humanoïdes et développés dans une optique utilitaire. En voici un qui sort du rang : Alexitimia est une oeuvre créée par l'artiste argentine Paula Gaetano. Détectant votre sueur, cette chose transpirera par empathie à votre contact.

Mmmmh, Alexitimia!

avk

Les belles créations du professeur Perret

Économique (500.000 dolllars) et compact (tenant dans une pièce) l'IBM 650 débarqua en Europe en 1955. La filiale française d'International Business Machines était toutefois perplexe quant au nom à donner à cette machine calculante (computer). L'un de ses directeurs se souvint alors de son professeur de latin à la Sorbonne : M. Jacques Perret...

Ce dernier dut trouver la requête amusante et répondit, dans une lettre manuscrite du 16 avril 1955 :

Cher Monsieur, que diriez-vous d'ordinateur? C'est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l'ordre dans le monde. (...) Combinateur a l'inconvénient du sens péjoratif de "combine". (...) Congesteur, digesteur, évoquent trop "congestion" et "digestion". Synthétiseur ne me paraît pas un mot assez neuf pour désigner un objet spécifique, déterminé, comme votre machine.

Voilà! Cette lettre existe toujours, conservée comme le seul exemple de source authentifiée et autographe de non pas un mais deux néologismes promis à un destin fabuleux.

En 1965, IBM ne renouvela plus ses droits sur le mot « ordinateur » qui devint un nom commun.

Que le souvenir de M. Perret inspire les commissions de francisation afin qu'elles nous évitent désormais des monstruosités telles que mél, bogue, cédérom et autres pourriels...

avk