planète

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Beau­coup de gens pensent que le climat est un des pro­blèmes majeurs de notre époque. C’est faux, parce que le climat est d’abord une for­mi­dable res­source natu­relle. C’est grâce aux res­sources du climat que les plantes poussent (chaleur, rayon­ne­ment, eau) et nous nou­rissent. C’est aussi grâce au climat que tournent les éoliennes et que l’eau séva­pore et s’accumule dans les barrages.

« J’ai de sérieuses raisons de croire que la planète d’où venait le petit prince est l’astéroïde B 612. Cet asté­roïde n’a été aperçu qu’une fois au téles­cope, en 1909, par un astro­nome turc. Il avait fait alors une grande démons­tra­tion de sa décou­verte à un Congrès Inter­na­tional d’Astronomie. Mais per­sonne ne l’avait cru à cause de son costume. Les grandes per­sonnes sont comme ça. Heu­reu­se­ment pour la répu­ta­tion de l’astéroïde B 612 un dic­ta­teur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s’habiller à l’Européenne. L’astronome refit sa démons­tra­tion en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis. » Antoine de Saint Exupéry, Le petit prince. illus­tra­tions extraites de http://​www​.thought​for​theday​.com​.au/​i​m​a​g​e​s​/​T​h​e​_​l​i​t​t​l​e​_​p​r​i​nce_II.pdf

Le climat est la seule res­source natu­relle dont nous ne verrons pas la fin, qui ne s’épuisera pas tant que la terre sera terre et que le soleil restera soleil. Mais le climat change, et le chan­ge­ment du climat est perçu comme un risque majeur à cause de son impor­tance pour de très nom­breuses acti­vités humaines. Le climat est chan­geant (variable) par nature, et nous accé­lé­rons sa varia­bi­lité par nos acti­vités, surtout indus­trielles et agri­coles (trans­ports, pro­duc­tion d’energie, uti­li­sa­tion d’engrais, défri­che­ments etc).

Il se fait que nous, êtres humains, crai­gnons le chan­ge­ment. Nous pensons que le chan­ge­ment est néces­sai­re­ment négatif et nous avons une peur irrai­sonnée de ce qui n’est pas entiè­re­ment pré­vi­sible. Il faut relire Eric Hoffer (1976), un philosophe-docker New-Yorkais qui a analysé les racines de notre phobie du chan­ge­ment et les com­por­te­ments que nous adop­tons quand nous sommes en état d’incertitude.

Je pense que notre réac­tion face au chan­ge­ment cli­ma­tique est souvent, elle aussi, irra­tion­nelle, et très mal informée. Mais nous avons une excuse: nous faisons confiance à ceux qui savent. Qui sont-ils, ceux qui savent? Avant tout le GIEC (Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­mental sur l’évolution du climat), mieux connu sous son sigle anglais IPCC. Le GIEC est un groupe d’experts à la struc­ture très hié­ra­chisée établi en 1988 par l’Orga­ni­sa­tion Météo­ro­lo­gique Mon­diale et le Pro­gramme des Nations Unies pour l’Environnement. Depuis 1988, le bébé a grandi, il a pris de l’assurance et de l’arrogance; il nous prédit désastres, misère, famines et autres points de non retour.

Beau­coup de cli­ma­to­logues, autre­ment gens sensés et pla­cides, ont pris goût au pouvoir. Ils ont érigé leur fond de com­merce en dogme; ils détiennent doré­va­vant la vérité et per­sé­cutent toutes les déviances… J’ai publié ailleurs des notes dans ce sens, sur le mode humo­ris­tique (par exemple ici). Il se fait que les rap­ports pério­diques d’IPCC, qui sont consi­dérés avec une révé­rence quasi reli­gieuse, ne sont pas exempts d’erreurs. On y affirme, par exemple, que cer­tains pays afri­cains verront leur pro­duc­tion agri­cole dimi­nuer de moitié d’ici 2020. Tout qui a un minimum de connais­sance de l’agriculture et du climat perçoit immé­dia­te­ment qu’il s’agit là d’une invrai­sem­blance pro­fonde. J’ai examiné ce point précis de près (d’abord sur le site web de la FAO et ensuite ici) pour montrer comment, d’erreurs de tra­duc­tion en syn­thèses de rac­courcis de résumés ces incon­gruités peuvent prendre naissance.

L’auteur de ce billet a passé les trente-cinq der­nières années a étudier les inter­ac­tions entre climate et agri­cul­ture. Non pas dans une optique théo­rique mais pra­tique, en aidant nombre de pays à prévoir leurs récoltes. Je suis catas­trophé (on me passera l’expression) de lire que notre futur serait fait de désastres liés au climat. Actuel­le­ment, les fac­teurs extrêmes atmo­sphé­riques sont certes spec­ta­cu­laires, mais leur impact est insi­gni­fiant, notam­ment sur la pro­duc­tion agri­cole. Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chro­niques du climat (poches de séche­resse, grêle, insectes favo­risés par les condi­tions cli­ma­tiques etc) conduisent à des pertes bien plus impor­tantes et pour la plupart invisibles.

Il y a ensuite le fait que les pro­jec­tions d’impact font inter­agir un climat futur (incer­tain) avec toutes nos acti­vités futures (dont nos sys­tèmes de pro­duc­tion agri­cole) qui sont encore plus incer­taines. La vérité, c’est que nous sommes dans un flou profond, et ce n’est pas le nombre de publi­ca­tions qui y chan­gera grand chose.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours (24 novembre 2011), un réexamen des donnés cli­ma­tiques anciennes par Schmittner et al. semble indi­quer que, peut-être, nous avons sur­es­timé la force du lien entre gaz car­bo­nique et tem­pé­ra­ture de l’atmosphère. La nou­velle a bien entendu été reprise par la presse internet popu­laire, par exemple Science Daily qui annonce Climate Sen­si­ti­vity to Carbon Dioxide More Limited Than Extreme Pro­jec­tions, Research Shows. En deux mots: les aug­men­ta­tions de tem­pé­ra­ture pro­je­tées seraient exces­sives, ce qui rédui­rait aussi l’augmentaton du niveau de la mer (effet dû surtout à la dila­ta­tion ther­mique de l’eau). Voilà qui déce­vrait les catas­tro­phistes! J’attends avec impa­tience les réactions!

En atten­dant, j’ai écrit le petit texte ci-dessous pour expli­quer mon point de vue! J’hésite à l’appeler un credo cli­ma­tique, parce que je sais ce que credo a de dog­ma­tique… Je l’appellerai donc

Exer­cice de style en forme de credo cli­ma­tique

Je crois au climat qui change
qui a tou­jours changé et conti­nuera a changer
depuis que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient
que les volcans crachent pous­sières et CO2
que la constante solaire n’arrête pas de varier
que les océans et l’atmopshère interagissent
que l’astronomie existe et que Milan­kovic est son prophète
Je crois aussi que l’homme inten­sifie et accé­lère le changement
par ses émis­sions de gaz à effet de serre
sa myopie intellectuelle
son appât du gain
et le mépris pour ses enfants
Je crois que les impacts du climat – comme tous les impacts -
sont et res­te­ront le produit de deux fac­teurs inégaux
les carac­té­ris­tiques du climat et la vul­né­ra­bi­lité de notre société
dont la concen­tra­tion géo­gra­phique de nos activités
leur loca­li­sa­tion
la des­truc­tion des milieux natu­rels en surface et en nombre
et tous nos oeufs dans les mêmes paniers
ener­gé­tique
ali­men­taire
et poli­tique
J’ai confiance en notre fabu­leuse faculté d’adaptation en tant qu’espèce
Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de procréer
qu’il y aura des ruptures
que nous appren­drons la leçon
et qu’ensuite nous repartirons
Je ne crois pas au catas­tro­phisme climatique
Je n’accepte pas le prin­cipe d’autorité et par conséquent
je ne crois pas en l’infaillibilité du GIEC
qui est trop souvent
oppor­tu­niste
dog­ma­tique
incom­pé­tent
auto­ri­taire
partial
animé de moti­va­tions politiques
et ridi­cule quand il pra­tique la science par consensus
Je ne crois pas qu’il soit juste de mépriser les incroyants
les agnos­tiques comme les athées missionnaires
même s’ils sont
igno­rants
inté­ressés
créa­tion­nistes
ou pro­duc­teurs de pétrole
Car il vrai que
nous sommes tous à l’image de notre temps
même les génies:
Kepler faisait des horo­scopes très demandés
Newton voulait trans­former en or les métaux vulgaires
Chasles a col­lec­tionné des auto­graphes en fran­çais de
Jules César
Aris­tote
Cléo­patre
et Alexandre le Grand
le British Museum a acheté les faux manus­crits d’Islam Akhun, un analphabète
les tra­duc­tions de l’étrusque abondent
et Teil­hard de Chardin a eu son heure de gloire
Car il est vrai que les saintes écri­tures ont accueilli in illo tempore
decons­truc­ting point access
elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deuterium
trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity
et human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE
Tant il est vrai que
peu de cer­ti­tudes sont abso­lues, si ce n’est dans la foi
la vérité évolue au gré du temps et même des modes
ce qui est accepté aujourd’hui
sera faux, ou moins faux, demain
tant de grands scien­ti­fiques d’aujourd’hui
seront oubliés dès demain
et plus d’un tacheron obscur ressuscitera
Car en vérité
notre espace et nos res­sources sont limités
notre évo­lu­tion tech­no­lo­gique est plus rapide
que celle de nos vieux gènes
le climat est notre seule res­source inépuisable
il conti­nuera d’exister et de changer
avec ou sans ce fou d’homo sapiens
la cré­du­lité des foules
le GIEC
et les menées de ses grands prêtres
la mani­pu­la­tion de nos peurs
notre manque de confiance en l’avenir
et la mort de Dieu
Amen

 

Remer­cie­ments

Je tiens à remer­cier Jacques du Guerny pour ses com­men­taires cri­tiques sur l’exercice de style.

Notes

Pour « Kepler faisait des horo­scopes très demandés » voir Connor, 2005.

Pour « Decons­truc­ting point access » voir Phil­lips & Kent, 2009; « Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deu­te­rium », voir Flei­sch­mann et al., 1989 ; « Trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity », voir Sokal, 1996; « Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE », voir Dayenas et al. 1988. Il s’agit, dans l’ordre, d’un canular, de la publi­ca­tion qui a lancé le débat et la contro­verse sur la fusion froide, d’un autre canular et de l’article sur la « mémoire de l’eau ». Voir wiki­pedia pour les détails. Tous ces articles ont été acceptés par des revues qui ont pignon sur rue, voire des revues pres­ti­gieuses. Ils montrent que la science est fragile, et procède souvent par tâtons. Pour les articles de Flei­sch­mann et celui de Dayenas, le débat n’est cer­tai­ne­ment pas clos.

Réfé­rences

Connor, J.A. 2005. Kepler’s Witch. Harper-Collins eBooks. Kindle Edition. Loc. 978–80: Astro­logy was for the seven­teenth century what eco­no­mics is for the twenty-first. Astro­logy tried to form pre­dic­tions about an uncer­tain future based on strict mathe­ma­tical cal­cu­la­tion, just as eco­no­mics does with the laws of the market. Both are wrong about as often as they are right. Loc. 986–94: Because his love for puzzles and acros­tics had started when he was a child, Kepler was par­ti­cu­larly good at reading signs. He soon learned, however, that being a good astro­loger required more than just math skills. One student, Reb­stock, a fellow with a red face and beer breath, accosted Kepler in the hallway and demanded a horo­scope. Kepler reluc­tantly agreed and, after obtai­ning the man’s birth date, set to cal­cu­la­ting his chart. What Kepler learned that day, however, is how dan­ge­rous it is to read all the signs. Rebstock’s noisy drin­king habits had to be taken into account, so Kepler pre­dicted that the fellow would one day become a drunk, which wasn’t much of a stretch. The stars tell all, but so does beer breath. Reb­stock didn’t like the report and forced his way into Kepler’s room, where the two duked it out. The next day, Kepler asked Mästlin for advice. What should he do? If he was going to be an astro­loger, he had to read all the avai­lable signs, and that included a beer breath, because the stars were so often hard to read. Some­times his pre­dic­tions worked and some­times they didn’t, so what could he do to make them more secure? Mästlin told him to just predict disaster. That would be bound to come true sooner or later. Loc 1334–38: In 1595, partly from his cal­cu­la­tions and partly from his com­mon­sense reading of the times, Kepler made three pre­dic­tions: one, a ter­rible winter, with bitter cold weather that would damage fruit trees and cause hard­ship all around; two, an attack by the Turks from the south; and three, a peasant upri­sing. All three came true. That winter was so bad, they said, that anytime a she­pherd in the moun­tains blew his nose, it would pop off.9 The Turks did attack, which wasn’t all that sur­pri­sing, and there was a peasant revolt, again, not all that sur­pri­sing. Sud­denly, Kepler was a celebrity.

Dayenas, E., F.Beauvais, J.Amara, M.Oberbaum, B.Robinzon, A.Miadonna, A. Tedeschi, B.Pomeranz, P.Fortner, P.Belon, J.Sainte-Laudy, B.Poitevin & J.Benveniste. 1988. Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE. Nature, 333:816–818. Avec une Edi­to­rial reser­va­tion en fin d’article: Readers of this article may share the incre­du­lity of the many refe­rees who have com­mented on several ver­sions of it during the past several months. The essence of the result is that an aqueous solu­tion of an anti­body retains its ability to evoke a bio­lo­gical res­ponse even when diluted to such an extent that there is a negli­gible chance of there being a single mole­cule in any sample. There is rfo phy­sical basis for such an acti­vity. With the kind col­la­bo­ra­tion of Pro­fessor Ben­ve­niste, Nature has the­re­fore arranged for inde­pendent inves­ti­ga­tors to observe repe­ti­tions of the expe­ri­ments. A report of this inves­ti­ga­tion will appear shortly.

de Saint-Exupéry, A. 1943. Le petit prince, Gallimard.

Flei­sch­mann, M., S. Pons & M. Hawkins. 1989. Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of Deu­te­rium. J. Elec­troanal. Chem. 261:301–308. L’article ori­ginal avait omis le troi­sième auteur, qui a ensuite été ajouté, avec les excuses de Flei­sch­mann et Pons, dans une liste d’errata.

Hoffer, E. 1963. The ordeal of change. New York: Harper and Row. 136 pp. Très nom­breuses réimpressions.

Phil­lips, D. & A.Kent. 2009. Decons­truc­ting Access Points. Accepted for publi­ca­tion in the peer reviwed The Open Infor­ma­tion Science Journal (TOISCIJ). Plus de détails ici: http://​scho​lar​ly​kit​chen​.sspnet​.org/​?​s​=​phrenology 47: 217–252.

Schmittner, A., N.M.Urban,  J.D. Shakun, N.M. Maho­wald, P.U. Clark, P. J. Bart­lein, A. C. Mix,  A.Rosell-Melé. 2011. Climate Sen­si­ti­vity Esti­mated from Tem­pe­ra­ture Recons­truc­tions of the Last Glacial Maximum. Scien­cex­press, 4 pp.+ 3 figs. http://​www​.scien​cemag​.org/​c​o​n​t​e​n​t​/​e​a​r​l​y​/​2​0​1​1​/​1​1​/​2​2​/​s​c​i​e​n​ce.1203513

Sokal, A.D. 1996. Trans­gres­sing the Boun­da­ries: Towards a Trans­for­ma­tive Her­me­neu­tics of Quantum Gravity. Social Text, 46/

 

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« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un mil­lé­naire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des géné­ra­tions le sou­venir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nou­velle d’Isaac Asimov dont le titre ori­ginal, Night­fall, avait béné­ficié de cette tra­duc­tion : « Quand les ténèbres vien­dront. » L’auteur y prenait la cita­tion d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fra­gi­lité du savoir et des civilisations.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gou­ver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont mani­pulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en ques­tion l’idée ori­gi­nale que c’est le réchauf­fe­ment cli­ma­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment cli­ma­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà che­vauché dans son dernier livre [1] où il qua­li­fiait la recherche cli­ma­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son igno­rance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai sim­ple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on ins­tille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le pro­blème n’est pas de mettre en doute le modèle domi­nant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas una­ni­mité totale autour de modèles aussi com­plexes que ceux de la cli­ma­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spé­cia­lité. Mais si les argu­ments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un audi­teur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout sim­ple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des rai­son­ne­ments. Non, Rick Perry croit en cer­taines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent sim­ple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbé­cile ; il a suivi un par­cours uni­ver­si­taire, dispose de talents d’orateur et des com­pé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquiétant.

Car comme des cen­taines de mil­lions de per­sonnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible ori­gi­nelle est un texte parfait ne com­por­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse pré­senter quelque erreur de tra­duc­tion ou coquille édi­to­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gou­ver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pour­rait bien l’aider à atteindre la Pré­si­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chi­po­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théo­ries de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pour­rait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe com­mencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la cli­ma­to­logie et à la bio­logie, c’est main­te­nant la géo­logie qui est priée de faire montre de tolé­rance : oui, la tec­to­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rude­ment plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argu­ment. Et puis, tous les amis, les voisins, les col­lègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krug­mann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seule­ment voilà, cette ten­dance ne se limite pas à une classe poli­tique. Pendant que les cha­pe­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libé­raux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le cha­ma­nisme dans l’entreprise et alternent chi­mio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion ter­ri­fiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus per­sonne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
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[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

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Alisa Miller, chef de Public Radio Inter­na­tional, évoque avec humour les méca­nismes par les­quels les médias amé­ri­cains offrent une vision dis­tordue du monde pour épan­cher une soif modeste mais réelle d’informations inter­na­tio­nales. Avec des sta­tis­tiques et des gra­phiques par­ti­cu­liè­re­ment éclairants.

Ceci en écho loin­tain à un ancien billet.

avk

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Le concept de la Société à 2 000 watts est né à Zurich en 1998. Il propose aux « per­sonnes qui vivent dans les pays riches » d’utiliser au maximum 2 000 watts par an tout en ne faisant aucun com­promis sur leur confort de vie. Cette quan­tité repré­sente la consom­ma­tion moyenne de la popu­la­tion mon­diale, soit 17 500 kWh ou 2 700 litres de pétrole.

La mesure semble dras­tique puisque l’Européen brûle actuel­le­ment 6 000 W/an et l’Américain… le double! Il faut donc diviser res­pec­ti­ve­ment leur consom­ma­tion par 3 et par 6. Établir si la chose est réa­liste ou non est pour le moins délicat, mais nous pouvons tou­te­fois nous livrer à quelques calculs.

Tout d’abord, quelques règles de trois. Le United States Census Bureau nous apprend que les États-Unis pos­sèdent actuel­le­ment 307,894 mil­lions d’habitants (disons 308 mil­lions), soit 4,5% de la popu­la­tion mon­diale : 6,796 mil­lions. Et selon Wiki­pédia, nous sommes actuel­le­ment 731 mil­lions d’Européens.

Ce qui nous mène au tableau suivant.

Région Popu­la­tion

(mil­lions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consom­ma­tion

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000

3 696

Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778 8 082
Monde 6 796 2 000 13 592
Monde-(USA+Europe) 5 757 957 5 510

Les pays « non riches » auraient donc une consom­ma­tion annuelle moyenne de près de 1 000 W/personne. Bigre, je m’étais donc fait des idées avec toutes ces images de gosses affamés et de popu­la­tions dépor­tées. Et cela donne quoi en équi­valent pétrole? 2 700 litres / 2 000 * 957 = 1 292 litres de pétrole, soit trois litres et demi par jour et par per­sonne. Bon, c’est moins que nous mais c’est moins grave que je pensais. Bonne chose!

Mais voilà qu’un doute me tra­verse. La lecture du site zuri­chois m’avait conduit à accepter l’équation « Pays riches = USA + Europe ». Mais le Japon, le Brésil, le Véné­zuela, la Chine. Ne doivent-ils pas entrer dans la balance? D’autant que les États-Unis ne repré­sentent que 4,5% de l’humanité souf­frante. D’accord, la plus grande surface des ces pays est peuplée de gens dont la prin­ci­pale consom­ma­tion éner­gé­tique se résume au travail mus­cu­laire, mais passer au blanc des villes comma Caracas, Sao Paulo ou Hong­kong ne peut se faire sans un examen préa­lable. D’autant qu’il me semble bien qu’elles consti­tuent des éco­no­mies émer­gentes qui vont peser de plus en plus lourd.

Et puis il y a aussi le Canada, et l’Australie. Bon, je sais bien, ce sont des coins un peu bizarres mais on ne va tout de même pas les exclure en raison de leurs gas­tro­no­mies dou­teuses et de leurs accents impossibles.

Bien, l’infatigable Wiki­pédia va nous aider à dresser un tableau des villes avec les­quelles il faut sans doute compter :

Ville Pays Popu­la­tion
Tokyo–Yokohama Japan 34,670,000
Seoul–Incheon South Korea 19,660,000
São Paulo Brazil 19,505,000
Mexico City Mexico 18,585,000
Osaka–Kobe–Kyoto Japan 17,310,000
Shan­ghai People’s Repu­blic of China 14,655,000
Shenzhen People’s Repu­blic of China 14,230,000
Buenos Aires Argen­tina 12,925,000
Beijing People’s Repu­blic of China 12,780,000
Guangzhou–Foshan People’s Repu­blic of China 11,850,000
Rio de Janeiro Brazil 11,400,000
Istanbul Turkey 11,330,000
Nagoya Japan 9,285,000
Tianjin People’s Repu­blic of China 8,340,000
Johan­nes­burg South Africa 7,500,000
Hong Kong Hong Kong, China 7,000,000
Kuala Lumpur Malaysia 5,715,000
Riyadh Saudi Arabia 4,650,000
Sin­ga­pore Sin­ga­pore 4,485,000
Porto Alegre Brazil 3,495,000
Durban South Africa 3,195,000
Cape Town South Africa 3,175,000
Jeddah Saudi Arabia 3,115,000
Sal­vador Brazil 3,100,000
Caracas Vene­zuela 2,645,000
Dubai United Arab Emirates 2,335,000
Fukuoka Japan 2,245,000
Kuwait City Kuwait 2,190,000
Brasília Brazil 2,185,000

Nous pour­rions conti­nuer (Moscou etc.) mais arrêtons-nous déjà ici : en ajou­tant le Canada et l’Australie, nous avons atteint une popu­la­tion plus large que celles des U.S.A : 339 mil­lions d’habitants!

Consom­ma­tion éner­gé­tique par personne

Que consomment tous ces gens? L’absence de données pré­cises nous impose une cer­taine audace L’épatant Gap­minder nous confirme gra­phi­que­ment que la consom­ma­tion éner­gé­tique est for­te­ment cor­rélée au revenu moyen. Et, à titre d’exemple, Tokyo est la ville la plus riche du monde. Osaka est en 8e posi­tion, suivie par Séoul et Mexico City. Hong­kong est en 13e posi­tion, Buenos Aires en 16e et Sin­ga­pore en 18e tandis que Vienne n’arrive que cin­quan­tième. Nous pouvons donc estimer sans trop de risque que ces popu­la­tions brûlent au moins autant d’énergie que l’occidental moyen, soit 7 778 W/an. Adop­tons donc cette valeur de travail.

Nous pouvons main­te­nant insérer une nou­velle ligne dans notre tableau.

Région Popu­la­tion

(mil­lions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consom­ma­tion

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000 3 696
Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778

8 082

oubliés de Zurich 339 7 778 2 637
Monde 6 796 2 000 13 592
Popu­la­tions pauvres 5 418 487 2 637

Et bien voilà : les pauvres sont deux fois plus pauvres que ne le lais­sait entendre le tableau zuri­chois (et sans doute plus encore, les hypo­thèses ayant été réa­li­sées a minima.)

Quelle est la conclu­sion de cette his­toire? Je ne savais pas très bien comment l’amener et vous remercie de me poser la ques­tion. J’en vois en fait plusieurs.

  1. Même avec les meilleures inten­tions du monde, grossir le trait à des fins de com­mu­ni­ca­tion peut avoir des effets pervers qui faussent l’analyse et peuvent mener à adopter des stra­té­gies qui ne sont pas néces­sai­re­ment les meilleures. Comme me répé­tait mon prof de bio­logie : « De la pré­ci­sion, sinon c’est la catastrophe! »
  2. Le modèle selon lequel l’Europe et l’Amérique sont les deux poles de la richesse mon­diale est dépassé, et le sera de plus en plus.
  3. L’écart entre les gros consom­ma­teurs d’énergie et les petits est de 1/25 et non de 1/12.

Alors, il serait à l’évidence très utile que les gros consom­ma­teurs modèrent quelque peu leur goin­frerie éner­gé­tique. Mais il  est au moins aussi indis­pen­sable que les exclus de la gabegie puissent avoir accès à plus : il n’y a pas de déve­lop­pe­ment durable sans énergie.

Il me semble fon­da­mental d’intégrer cette donnée à l’équation, comme il me semble indis­pen­sable de coupler la démarche éco­lo­gique à une réflexion huma­niste.

Pour­quoi ne pas le faire en ima­gi­nant un méca­nisme de soli­da­rité assez simple?

Le Système euro­péen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre est devenu un marché très spé­cu­latif mais aussi un peu honteux. L’instauration d’une taxe sur ces opé­ra­tions offri­rait la pos­si­bi­lité de financer l’installation d’éoliennes, de petites cen­trales hydro­élec­triques ou de cap­teurs solaires à des­ti­na­tion de popu­la­tions pauvres. J’imagine qu’elle serait aussi de nature à redorer quelque peu l’image des spéculateurs.

Bref, un Plan Mar­chall éner­gé­tique ali­menté par la spé­cu­la­tion sur les droits d’émission.

avk

Sources

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Un litre de bio­car­bu­rant génère entre 17 et 420 (!) fois plus de CO2 qu’un litre de car­bu­rant fossile.

Tillman et Fargione

Tillman et Fargione

Cette gabegie de CO2 trouve sa source prin­ci­pale en amont de la pro­duc­tion agri­cole ; le pétrole, lui, est déjà produit et déjà stocké. La pro­duc­tion de bioé­thanol néces­site d’énormes sur­faces de terres fer­tiles, et ces sur­faces sont prises sur la forêt. Or, une par­celle de forêt capte tou­jours beau­coup plus de carbone atmo­sphé­rique qu’une par­celle de terre agri­cole. En outre, lors du défri­chage, une partie impor­tante du carbone défriché va se retrouver dans l’atmosphère. Si le bioé­thanol, une fois dans le moteur, est effec­ti­ve­ment un peu plus propre, une étude publiée par Joe Far­gione et David Tilman dans The Nature Conser­vancy et par l’Uni­ver­sity of Min­ne­sota, démontre qu’il fau­drait attendre 420 ans pour que la balance du CO2 retrouve son équilibre.

La solu­tion qui consiste à consa­crer des terres agri­coles aux bio­car­bu­rants ne fait que déplacer le pro­blème : les fermier amé­ri­cains alter­naient tra­di­tion­nel­le­ment la culture du maïs avec celle du soja. La demande crois­sante en éthanol en a convaincu de nom­breux de ne plus se consa­crer qu’au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le prin­cipal expor­ta­teur après avoir défriché ce qu’il fallait de forêt pour en orga­niser la culture.

Le bilan du bioé­thanol en termes de CO2 est donc catas­tro­phique. Il faut arrêter de donner des labels éco­lo­giques aux voi­tures appe­lant ce type de car­bu­rant. À moins qu’une solu­tion plus réa­liste n’émerge, par exemple par l’utilisation du plancton.

Un autre aspect par­ti­cu­liè­re­ment noir des agro­bio­car­bu­rants est qu’ils font direc­te­ment concur­rence avec l’alimentation, par­ti­cu­liè­re­ment dans les pays pauvres. Le marché des ali­ments de base peut devenir hau­te­ment spé­cu­latif : il y a quelques mois, le prix de la tor­tilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l’essentiel de l’alimentation, déclen­chant de très impor­tants mou­ve­ments sociaux. C’est que, désor­mais, le maïs mexi­cain se vend très bien aux firmes amé­ri­caines de biocarburants.

De tels effets sont observés alors que les bio­car­bu­rants ne font que com­mencer leur percée. Si ceux-ci conti­nuent leur ascen­sion, les insta­bi­lités géo­po­li­tiques, finan­cières et socio­lo­giques liées au pétrole nous paraî­tront bien anodines.

Que nos res­sources fos­siles soient limi­tées est une évi­dence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solu­tion est une folie. Les forêts doivent rester des forêts pour le main­tien de la bio­di­ver­sité et la sta­bi­li­sa­tion du cycle du carbone. Et les champs doivent servir à nourrir les hommes.

avk

Sources

www1​.umn​.edu/​u​m​n​n​e​w​s​/​F​e​a​t​u​r​e​_​S​t​o​r​i​e​s​/​T​h​e​_​d​a​r​k​_​s​i​d​e​_​o​f​_​b​i​o​fuels.html
www​.reuters​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​b​o​n​d​s​N​e​w​s​/​i​d​U​S​N​0​7​1​5​3​0​9720080207
www​.radiohc​.cu/​e​s​p​a​n​o​l​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​s​/​m​a​y​o​0​7​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​10mayo.htm
www​.libe​ra​tion​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​/​2​2​9​270.FR.php
www​.eco​portal​.net/​c​o​n​t​e​n​t​/​v​i​e​w​/​full/69023

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« Vingt-quatre îles de l’archipel indo­né­sien ont disparu ces der­nières années. Selon cer­tains modèles, 2.000 îles de l’archipel pour­raient dis­pa­raître en une géné­ra­tion, soit d’ici 2030. » Voici ce qu’affirme en sub­stance Freddy Numberi, le ministre indo­né­sien des Affaires mari­times s’appuyant sur une étude de l’Université Jadavpur de Calcutta.

Le tsunami du 24 décembre 2004 est res­pon­sable de la dis­pa­ri­tion de quatre d’entre elles, au nord de Sumatra. Les vingt autres, dans la pro­vince de Riau et dans l’archipel des Mille îles ont disparu du fait des dom­mages environnementaux.

Bien sûr, il s’agit tou­jours de causes mul­tiples : montée des eaux, érosion côtière, dis­pa­ri­tion des man­groves, aug­men­ta­tion de la vio­lence cyclo­nique. De telle sorte que la rhé­to­rique gardera son droit de cité et per­mettra d’estomper cette alarme : les îles disparaissent.

J’ai entendu aussi qu’il faut rela­ti­viser : l’archipel indo­né­sien compte plus de 17.000 îles et la perte de 24 îles inha­bi­tées n’est guère signi­fiante. C’est bien sûr un peu embê­tant pour la bio­di­ver­sité mais elle en a vu d’autres…

Il y a quelques mois, l’île de Loha­chara (Delta du Gange) a été tota­le­ment immergée. Six mille familles y vivaient dans les années 80.

Bien sûr, ici aussi, on pourra me rétor­quer que l’Inde en a vu d’autres…

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Un extrait d’entretien que je repique du fan­tas­tique TED Blog.

Bill Moyers inter­view le bio­lo­giste E.O. Wilson sur l’importance de la biodiversité :

Wilson: How many species going extinct or beco­ming very rare do you think it takes before you see some­thing hap­pe­ning? We now know from expe­ri­ments and theory that the more species you take out of an eco­system like a pond, a patch of forest, a little bit of marine shallow envi­ron­ments, the more you take out the less stable it becomes. If you have a tsunami or a severe drought or a fire, it is less likely that that eco­system, that body of species in that par­ti­cular envi­ron­ment, is going to come back all the way. So it becomes less stable with fewer species. And then we also know it becomes less pro­duc­tive. In other words, it’s not able to produce as many kilo­grams of new matter from pho­to­syn­thesis and passage through the eco­system. It’s less pro­duc­tive. It sure is less inter­es­ting, though, isn’t it? And more than that: we lose the ser­vices of these species.

Moyers: The ser­vices of these species.

Wilson: Yes, ser­vices of these species to us. Like pol­li­na­tion and water purification.

Moyers: That we get free from nature.

Wilson: Yeah. Here’s an easy way to remember it.

La vidéo se trouve ici.

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Deux projets ency­clo­pé­diques viennent de voir le jour, qui illus­trent de façon aca­dé­mique et parfois émou­vante la biodiversité.

La Bio­di­ver­sity Heri­tage Library compte déjà 1.250.000 pages, aux­quelles vont s’ajouter de nou­velles numé­ri­sa­tions mul­ti­média issues de dix ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques de renom amé­ri­caines et bri­tan­niques (dont l’université Harvard, la Smith­so­nian Ins­ti­tu­tion et le Musée d’histoire natu­relle de Londres).

L’Ency­clo­pedia of life se pré­sente quant à lui comme un éco­sys­tème de sites web dont la crois­sance orga­niques tiendra plus de wiki­pedia, s’ouvrant à des contri­bu­tions d’amateurs. À terme, ce projet devrait offrir une page telle que ce pro­to­type à chaque espèce vivante.

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Le projet d’impantation de bases anti-missiles US en Europe cen­trale crée une polé­mique bien légi­time, ainsi résumée par l’agence RIA-Novosti :

Même si Washington affirme que cette mesure vise à conjurer une pro­bable menace émanant de pays voyous, il ne fait aucun doute, pour les experts, que l’implantation de bases ABM dans ces pays est une mesure pure­ment anti-russe.

Il serait bon de sortir de ce débat un argu­ment idiot qui pollue de nom­breux média et que l’on peut shé­ma­tiser ainsi : «si Washington veut se pro­téger de mis­siles Ira­niens, ce n’est assu­ré­ment pas en Pologne qu’il faut placer des intercepteurs.»

Brûlons les pla­ni­sphères : la Terre est ronde et oui, l’Europe de l’Est est bel et bien située entre Téhéran et Washington.

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Les pires ennemis de l’écologie sont des écolos. (Afin que vous me lisiez jusqu’au bout, je précise que je vote Ecolo depuis une ving­taine d’années et que mon aga­ce­ment n’est donc pas idéo­lo­gique mais prag­ma­tique. Je vous avais déjà mis dans la confi­dence pré­cé­dem­ment.)

Le res­pon­sable de mes der­nières pous­sées d’histamine céré­brale est José Bové (défendu encore hier soir par une Domi­nique Voynet en décro­chage complet avec le réel).

Petit réca­pi­tu­latif des faits.

1. 2004 : Mon­santo cultive du maïs trans­gé­nique dans le Loiret.

2. En août 2004 et juillet 2005, accom­pagné de 48 robustes fau­cheurs, José Bové entre­prend le saccage méca­nique de deux par­celles au pré­texte que ces orga­nismes peuvent se révéler dan­ge­reux, n’étant pas isolés de la bio­sphère. L’opération est lar­ge­ment média­tisée.

3. Cette média­ti­sa­tion se pour­suit le 9 décembre 2005 au tri­bunal d’Orléan qui relaxe les fau­cheurs pour­tant reconnus auteurs du délit. Le juge­ment se fonde sur l’état de néces­sité défini à l’article 122–7 du Code pénal fran­çais : « N’est pas péna­le­ment res­pon­sable la per­sonne qui, face à un danger actuel ou immi­nent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accom­plit un acte néces­saire à la sau­ve­garde de la per­sonne ou du bien, sauf s’il y a dis­pro­por­tion entre les moyens employés et la gravité de la menace. »

4. Les mondes scien­ti­fique et judi­ciaire s’accordent à recon­naître que le tri­bunal d’Orléan s’est bel et bien planté puisque, au lieu d’éloigner une menace (la dis­sé­mi­na­tion de gènes modi­fiés), le fau­chage sauvage a plutôt contribué à dis­sé­miner ces gènes estimés dan­ge­reux dans cet envi­ron­ne­ment que Bové et ses core­li­gion­naires se gaus­saient de vouloir pro­téger. (Que l’on ne me dise pas que c’est pas mécon­nais­sance. Bové n’est pas idiot et est issu du milieu paysan. Soit il ne croit pas à son dis­cours alar­miste, soit il espère une conta­mi­na­tion qui lui per­met­trait de remonter sur les bar­ri­cades. Dans un cas comme dans l’autre, la mal­hon­nê­teté intel­lec­tuelle est le moteur de l’action.)

Outre qu’elle soit mal­hon­nête et poten­tiel­le­ment dan­ge­reuse, cette opé­ra­tion me met en boule car l’invocation abusive de l’état de néces­sité ali­mente le moulin des com­mandos anti-IVG et, plus géné­ra­le­ment, de tous ceux qui veulent se faire justice eux-mêmes, esti­mant être meilleur étalon du droit qu’une justice lente et aveugle.

Maître Eolas résume par­fai­te­ment la situa­tion : « Accepter que la fin jus­tifie les moyens, c’est ouvrir la boîte de Pandore. Soyez cer­tains que tous les mou­ve­ment extré­mistes sauront en profiter. »

5. En consé­quence, la cour d’appel (saisie bien sûr par Mon­santo) et la cour de cas­sa­tion ont admis que non seule­ment il n’y avait aucun état de néces­sité, mais qu’en outre les pré­venus ont sévè­re­ment accru les risques qu’ils pré­ten­daient dénoncer. Ils sont donc condamnés.

6. Ches­terton disait que la pro­fes­sion de martyr est celle qui ne néces­site aucun appren­tis­sage… il ne connais­sait pas José Bové. L’ex-démonteur de MacDo recon­verti aspirant-candidat à la Pré­si­dence rebondit en clamant à tout média qu’il fera cam­pagne depuis sa cellule, ali­men­tant le lan­der­neau média­tique fonc­tion­nant à l’émotionnel. Une fois de plus, Maître Eolas démontre avec flam­boyance l’absurdité de cette nou­velle saillie.

6. Com­men­taires de José Bové :
6.1. « On peut dire n’importe quoi sur un blog. » (ben oui, comme à la TV!)
6.2. « Je crois que tout le monde a reconnu qu’il n’y a pas de néces­sité des OGM. » (abso­lu­ment pas, et en plus le pro­blème n’est pas là!)

Pour­quoi un post si long? Parce que cette affaire me semble par­ti­cu­liè­re­ment symp­to­ma­tique d’une civi­li­sa­tion de l’image, de la petite phrase, de l’émotion immé­diate. Qu’elle met en lumière la faci­lité avec laquelle on peut séduire un élec­torat par des actes qui vont à l’encontre de ses inté­rêts. Qu’elle montre aussi qu’il faut du temps, de l’intelligence et de la connais­sance pour démonter ces méca­nismes et, fina­le­ment, com­prendre. Que le combat est donc inégal. Que c’est pas gagné.

C’est ici que je dois aussi citer le blog de ma copine Zara Whites. Car elle démontre que, si c’est pas gagné, rien n’est perdu. Ayant placé plus de temps sur des pla­teaux que sur les bancs de la fac, elle ne possède pas plus que moi [qui ai pour­tant peu tourné] l’expertise per­met­tant de com­prendre direc­te­ment ce qui ne va pas der­rière cer­taines phrases que l’on nous demande de gober tout cru. Alors, oui, parfois on accepte sans réflé­chir. On se dit que le nucléaire, c’est dan­ge­reux. Que les OGM, il vaut mieux ne pas jouer avec ça.

Zara s’interroge et nous inter­roge, sur la meilleure façon de par­ti­ciper au monde. Elle fonc­tionne par essais-erreurs, mais n’hésite pas à remettre en ques­tion des posi­tions qui lui sem­blaient évidentes.

Là où Maître Eolas empile les argu­ments, Zara regarde, écoute, déduit, recon­si­dère, tente de faire pour un mieux tout en restant atten­tive à de pos­sibles erreurs. L’un est archi­tecte, l’autre artiste et, dans ces deux régions que l’on tient trop souvent pour éloi­gnées de l’esprit humain, tous deux avancent avec hon­nê­teté et liberté.

Enfin, José Bové aura tout de même eu le mérite de sus­citer la coïn­ci­dence de deux blogs dont j’ai parfois le sen­ti­ment d’être le seul lecteur qu’ils partagent…

avk

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Une caméra auto­ma­tique placée dans le parc national de Kayan Men­ta­rang, sur l’île de Bornéo a fixé des images pour le moins inté­res­santes : un mam­mi­fère que ni les spé­cia­listes, ni la popu­la­tion locale ne par­vient à iden­ti­fier. Taille d’un gros chat, four­rure rousse, petites oreilles, longue et solide queue, museau allongé, pattes arrières trapues. Il pour­rait s’agir d’un lému­rien.

Le WWF estime qu’il serait utile d’en cap­turer un exem­plaire pour l’identifier et mieux le protéger.

Fini la tran­quillité mon vieux!

avk

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Haldane, je crois, a écrit ceci : « Je pense qu’il suf­fi­rait d’écrire trois lignes pour détruire toute civilisation. »

La confé­rence donnée par Lau­wrence « Larry » Wil­kerson (ancien bras droit de Colin Powell) à la New Ame­rican Foun­da­tion me rap­pelle cette phrase, comme elle me rap­pelle aussi un roman de Buchan : Les cen­trales d’énergie.

Il y a trois jours, cet homme connu seule­ment d’un cénacle res­treint a pu, par ses seuls mots à un audi­toire discret, dresser un tableau à la fois réa­liste et effroyable des cou­lisses du bureau ovale… tableau qui pour­rait bien devenir partie inté­grante de l’histoire en marche.

Ce qui m’inquiète, me fascine et m’émerveille dans ce dis­cours, c’est que rien de ce qu’il dit n’était inconnu. Il n’y a là aucune infor­ma­tion nou­velle. Sim­ple­ment, le récit des évé­ne­ments du 9–11 et de l’invasion ira­kienne est dépos­sédé de ses habi­tuelles réso­nances. Les acteurs des décisions-clé sont trois hommes et une femme qui appa­raissent nus.

Cette des­crip­tion est tendue par de puis­sants cou­rants sha­kes­pea­riens, ce qui me vaut de l’évoquer ici.

Voici le lien :

http://​www​.newa​me​rica​.net/

Et un trop court extrait pour le lecteur pressé :

« We can’t leave Iraq. We simply can’t. I can make that case. No one in this admi­nis­tra­tion has made that case. They have simply pon­ti­fi­cated. That’s all they’ve done. Now, I’m not eva­lua­ting the deci­sion to go to war. That’s a dif­ferent matter. But we’re there, we’ve done it, and we cannot leave. »

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