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Cet article examine plu­sieurs méthodes qui ont montré une capa­cité cer­taine de prévoir le futur. La pre­mière com­prend des équa­tions simples (lois de puis­sance, power laws) dont les coef­fi­cients empi­riques ont pu être déter­minés sur plu­sieurs ordres de gran­deur dans des condi­tions très variées. Les modèles sous-jaçants sont à la limite de plu­sieurs dis­ci­plines, de l’écologie à la socio­logie. Vient ensuite le suivi sys­té­ma­tique des innom­brables sources d’information numé­riques sur l’actualité dont nous dis­po­so­sons doré­na­vant, approche connue sous le nom de cultu­ro­mique (note 3). Fina­le­ment, la vieille méthode des seuils cri­tiques chère aux anciens polé­mo­logues (Bou­thoul, 1962) et dont le dépas­se­ment conduit à des chan­ge­ments qua­li­ta­tifs a été remis à l’honneur dans le cas des émeutes liées au prix des denrées ali­men­taires.

Peut-on prévoir le futur à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux, en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la ther­mo­dy­na­mique (Voir note 1)? Il semble bien que la réponse soit oui, et de nombre de publi­ca­tions scien­ti­fiques récentes vont dans ce sens.

1. Equa­tions empiriques

Com­men­çons par quelques articles publiés il y a deux ans environ par Bohor­quez et al. (2009) et par Johnson et al. (2011). Dans le cas du premier article,

Fré­quence cumulée d’actes de guerre en Afgha­nistan en fonc­tion du nombre de blessés (a) nombre de tels actes depuis le 5ooème jour des opé­ra­tions dans le pays (b). Figure com­posée à partir de deux figures de Bohor­quez, 2009. Voir note 2.

les auteurs sont des ingé­nieurs, des phy­si­ciens et un éco­no­miste. A l’époque de la publi­ca­tion, Bohor­quez tra­vaillait au Depart­ment of Indus­trial Engi­nee­ring and CEIBA Complex Systems Research Center à l’Uni­ver­sidad de Los Andes à Bogota, en Colombie. Les scien­ti­fiques qui cosignent l’article de Johnson com­prennent un plus grand nombre de dis­ci­plines, de la bio­logie à la socio­logie en passant par l’informatique et la phy­sique. Johnson lui-même est un phy­si­cien de l’université de Miami. Notons par ailleurs que ces deux groupes tra­vailent en collaboration.

Que disent ces articles? D’abord qu’il existe un loi de puis­sance (power law) très simple qui relie l’intervalle entre deux attaques terr­ro­ristes (ou actions bel­li­queuses). Cet inter­valle a ten­dance à rac­courcir en même temps que les ter­ro­ristes apprennent leur métier. Si la loi est connue, la date de la pro­chaine attaque peut être estimée (avec une cer­taine erreur, bien évi­dem­ment). Il existe aussi un rapport simple entre l’importance des attaques et leur fré­quence: la fré­quence diminue avec la « taille » des attaques à la puis­sance 2.5 (Gilbert, 2009).

Le mérite de ces travaux est qu’ils relient de manière quan­ti­ta­tive cer­tains com­por­te­ments humains vio­lents ou non (au-delà du ter­ro­risme, donc), l’écologie et cer­tains modèles éco­no­miques (ce n’est pas par hasard que nous avons l’éco-logie et l’éco-nomie!). Ils ne manquent pas de rap­peler d’autres études (Bet­ten­court et al, 2007; Bet­ten­court et  West, 2011) qui uti­lisent des lois de puis­sance pour décrire les rela­tions entre la taille des villes (mesurée par leur nombre d’habitants) et une col­lec­tion dis­pa­rate d’indicateurs qui vont du salaire moyen au nombre d’inventeurs en passant par la consom­ma­tion  d’électtricité des ménages et la densité des sta­tions d’essence. Ces travaux per­mettent eux aussi de « prédire » la façon dont un certain nombre de variables vont se com­porter dans le futur, disons en 2050. En effet, beau­coup d’indicateurs sont liés à la popu­la­tion comme variable indé­pen­dante, laquelle popu­la­tion est très pré­vi­sible puisque la majo­rité des êtres humains qui peu­ple­ront la terre en 2050 sont déjà nés. Par ailleurs, les pro­jec­tions de popu­la­tion faites au cours de l’immédiat après-guerre (je parle de 1940–45) se sont avérées éton­nam­ment exactes (voir par exemple Chi, 2009).

Figure extraite de Lagi et al., 2011: his­to­rique des émeutes/révolutions depuis 2004 en fonc­tion d’un indice de prix des denrées alimentaires.

2. Cultu­ro­mique

Récem­ment, d’autres auteurs, dont Leetaru (2011), ont abordé les pré­vi­sions d’une manière radi­ca­le­ment dif­fé­rente, basée sur le fait que nous dis­po­sons main­te­nant d’énormes bases de données numé­riques rela­tives à la presse écrite et parlée et aux agences de presse, sans parler des sites web des jour­naux et maga­zines natio­naux et inter­na­tio­naux. Ces bases de données couvrent au moins les trente der­nières années. Les tech­niques d’exploration des données (data mining) per­mettent de trouver cer­tains termes, leur fré­quence, leur asso­cia­tion avec d’autres termes, ainsi que leur ton et leur géo­lo­ca­tion. Le ton (tone en anglais, mais mood serait plus appro­prié) et la géo­lo­ca­tion consti­tuent la prin­ci­pale inn­va­tion apportée par Leetaru. Le ton est donné par des termes « postifs » ou « néga­tifs » comme « ter­rible », « amé­lio­ra­tion » ou « heureux ». La géo­lo­ca­tion consiste sim­ple­ment à situer géo­gra­phi­que­ment tous ces termes. Cette approche, que Leetaru appelle « cultu­ro­mique » (note 3) lui a permis de faire des pré­vi­sions à court terme rela­tives aux révo­lu­tions en Egypte, Tunisie et Lybie, de voir se pré­parer le conflit en Serbie et prédire la sta­bi­lité de l’Arabie Saou­dite jusqu’en 2012. Appli­quée à la loca­li­sa­tion de Ossama Bib Laden, la méthode iden­tifie une région qui com­prend Abbo­tabad où le raid état­su­nien a fina­le­ment eu raison de lui.

3. Dépas­se­ment de seuils critiques

Je ter­mi­nerai en signa­lant une étude très remar­quée de Lagi et al. (2011) dont une des­crip­tion très lisible est donnée par Johnson, 2011 (Il s’agit d’un autre Johnson que l’auteur cité plus haut.) Ces auteurs ont observé une asso­cia­tion his­to­rique entre cer­taines émeutes et la cherté des denrées ali­men­taires. Le seuil se situe vers 220 $/tonne en prix cou­rants et vers 190$/tonne en prix constants de 2004. Il a été dépassé en 2008 et en concor­dance avec le Prin­temps Arabe. Selon les auteurs, si la ten­dance des prix cou­rante se main­tient, les pro­chaines révo­lu­tions sont à attendre entre juillet 2012 et août 2013.

4. Conclu­sion

Dans l’ensemble, ces méthodes sont inté­res­santes, et l’engouement suscité par les articles de Leetari, Lagi et ceux issus du cercle de Geof­frey West (p.ex. Bet­ten­court et al.) témoignent de l’intérêt des milieux scien­ti­fiques comme de celui de la prese géné­ra­liste pour les pré­vi­sions. Il me semble,  cepen­dant,  que le succès des méthodes soit dû à l’abondance des données dis­po­nibles plus qu’à la nou­veauté des approches. D’une cer­taines façon, ces méthodes témoignent toutes de l’importance et de l’efficacité de l’internet. La note de Leetari, par exemple, n’a pas souf­fert de sa publi­ca­tion sur un site jusqu’alors confi­den­tiel. Le village global existe bel et bien!

Notes

Note 1 : Cette note est un clin d’oeil. La phrase est extraite avec quelques modi­fi­ca­tions mineures de Wiki­pedia: La psy­cho­his­toire est une science ima­ginée par l’auteur de science-fiction Nat Schachner et déve­loppée plus lar­ge­ment par Isaac Asimov (1920–1992) dont le but est de prévoir l’Histoire à partir des connais­sances sur la psy­cho­logie humaine et les phé­no­mènes sociaux en appli­quant une analyse sta­tis­tique à l’image de la thermodynamique.

Note 2 : La partie supé­rieure de la figure (a) indique que 100% des actes de guerre font au moins une victime, alors que 1/1000 fait 100 vic­times. Partie infé­rieure (b): 8 évé­ne­ments par jour ne se pro­duisent pra­ti­que­ment jamais, alors quer 30% des jours sont carac­té­risés par deux événements.

Note 3 : cultu­ro­mics en anglais. Comme ther­mo­dy­na­mics devient « la ther­mo­dy­na­mique » et cyn­di­nics « la cyn­di­nique » j’ai osé le terme de « culturomique »

Refe­rences

Bet­ten­court, L.M.A., J.Lobo, D.Helbing, C.Kühnert & G.B. West. 2007. Growth, inno­va­tion, scaling, and the pace of life in cities. PNAS, 104(17):7301–7306.

Bet­ten­court, L.M.A & G.B. West. 2011. Bigger Cities do more with less: new science reveals why cities become more pro­duc­tive and effi­cient as they grow. 305(3):51–53.

Bohor­quez, J.C., S.Gourley, A.R.Dixon, M.Spagat & N.F.Johnson. 2009. Common ecology quan­ti­fies human insur­gency. Nature 462:911–914.

Bou­thoul, G. 1962. Le Phénomène-Guerre. Petite biblio­thèque Payot, Paris. 283 pp.

Chi, G. 2009. Can know­ledge improve popu­la­tion fore­casts at sub­county levels? Demography,46:405–427. Dis­po­nible sur le net. Voir aussi http://​www​.esri​.com/​l​i​b​r​a​r​y​/​w​h​i​t​e​p​a​p​e​r​s​/​p​d​f​s​/​e​v​a​l​u​a​t​i​n​g​-​p​o​p​u​lation.pdf et http://​www​.ageing​.ox​.ac​.uk/​f​i​l​e​s​/​w​o​r​k​i​n​g​p​a​p​er_507.pdf

Gilbert, N. 2009. Model­lers claim wars are predictable.Insurgent attacks follow a uni­versal pattern of timing and casual­ties. Nature 462:836. L’article de Gilbert est une pré­sen­ta­tion du travail de Bohor­quez et al., 2009.

Johnson, E.M. 2011. Freedom to Riot: On the Evo­lu­tion of Col­lec­tive Vio­lence.

Johnson, N.F., S.Carran, J.Botner, K.Fontaine, N.Laxague, P.Nuetzel, J.Turnley & B.Tivnan. 2011. Pat­terns of Esca­la­tions in Insurgent and Ter­ro­rist Acti­vity. Science 333(81):81–84. Voir aussi NPR staff, 2011. Math Can Predict Insurgent Attacks.

Lagi, M., K.Z.Bertrand & Y.Bar-Yam. 2011. The Food Crises and Poli­tical Insta­bi­lity in North Africa and the Middle East. http://​arxiv​.org/​a​b​s​/​1​108.2455v1. L’article est téĺé­char­geable.

K.H.Leetaru. 2011. Cultu­ro­mics: fore­cas­ting large-scale human beha­viour using glocal news mwdia tone in time and space. First Monday,  16(9). This is an internet publi­ca­tion. Voir ce site. Voir aussi http://www.kurzweilai.net/culturomics-2–0-forecasting-large-scale-human-behavior-using-global-news-media-tone-in-time-and-space qui com­prend des ani­ma­tions intéressantes.

 

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« Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d’un mil­lé­naire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des géné­ra­tions le sou­venir de la Cité de Dieu ! » — Ralph Waldo Emerson

Il ne se passe plus guère de semaine où je ne lise une infor­ma­tion qui me ramène à cette nou­velle d’Isaac Asimov dont le titre ori­ginal, Night­fall, avait béné­ficié de cette tra­duc­tion : « Quand les ténèbres vien­dront. » L’auteur y prenait la cita­tion d’Emerson à contre-pied pour dépeindre la fra­gi­lité du savoir et des civilisations.

Perry and his book

Aujourd’hui, c’est Rick Perry, gou­ver­neur du Texas, qui donne son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique : « Je crois qu’il y a un certain nombre de scien­ti­fiques qui ont mani­pulé les données afin de récolter de l’argent pour leurs projets. Et je crois que presque toutes les semaines, voire tous les jours, des scien­ti­fiques remettent en ques­tion l’idée ori­gi­nale que c’est le réchauf­fe­ment cli­ma­tique induit par l’homme qui est la cause du chan­ge­ment cli­ma­tique. » Il remonte sur le canasson qu’il avait déjà che­vauché dans son dernier livre [1] où il qua­li­fiait la recherche cli­ma­tique de « pagaille bidon tirée par les cheveux qui est en train de s’effondrer. »

Rick Perry « croit que » : c’est ce qu’on appelle un croyant. Croire, c’est bien ne pas savoir. Ignorer aussi, mais ce terme implique l’inconfort du manque de connais­sance. Croire, c’est choisir une posture malgré son igno­rance, et l’assumer.

Quand on affirme sa croyance, on fait d’une pierre deux coup. On se met d’abord à l’abri d’éventuels contra­dic­teurs : « Eh ! je n’ai rien affirmé, j’ai sim­ple­ment dit que je croyais ! » Ensuite, on place la croyance sur le même plan que la science sans autre forme de procès. Ce faisant, on ins­tille le doute, on décré­di­bi­lise sans se mouiller. Ce genre de phrase qui remet en cause la connais­sance sur seule base d’une croyance, c’est la mérule du savoir.

Soyons clairs : le pro­blème n’est pas de mettre en doute le modèle domi­nant. Après tout, c’est plutôt sain qu’il n’y ait pas una­ni­mité totale autour de modèles aussi com­plexes que ceux de la cli­ma­to­logie. Claude Allègre s’en est par exemple fait une spé­cia­lité. Mais si les argu­ments de ce dernier sont de niveau à faire s’interroger un audi­teur de TF1 moyen­ne­ment cultivé, ceux de Rick Perry sont tout sim­ple­ment inexis­tants. Rick Perry ne sait pas, ne compare pas des données ni des rai­son­ne­ments. Non, Rick Perry croit en cer­taines choses et pas à d’autres. Voila ! D’un côté, un millier de scien­ti­fiques bardés de diplômes et bossant depuis des dizaines d’années sur des peta-octets de données dans un esprit de concur­rence où l’erreur de l’un fera la renommée de l’autre ; et de l’autre, des gens comme Perry qui disent sim­ple­ment : « Non, je ne crois pas. »

Rick Perry est donc un croyant. Ce n’est pas un imbé­cile ; il a suivi un par­cours uni­ver­si­taire, dispose de talents d’orateur et des com­pé­tences qui lui ont permis d’arriver à ce poste. Ceci n’est pas négli­geable. Mais c’est très inquiétant.

Car comme des cen­taines de mil­lions de per­sonnes, Rick Perry est convaincu de l’inerrance biblique, c’est-à-dire qu’il pense que la Bible ori­gi­nelle est un texte parfait ne com­por­tant aucune erreur. Il n’est sans doute pas contre l’idée que sa Bible de chevet puisse pré­senter quelque erreur de tra­duc­tion ou coquille édi­to­riale, mais cela est très mineur. Il croit tout cela pour une raison très simple : c’est que qu’on lui a appris et cette croyance ne l’a pas empêché de devenir gou­ver­neur du Texas. Et pour tout dire, elle pour­rait bien l’aider à atteindre la Pré­si­dence. Alors, qu’on ne vienne pas l’embêter avec des chi­po­te­ries comme la réfu­ta­bi­lité pope­rienne et autres théo­ries de la vali­da­tion du savoir !

« Ce qui s’énonce sans preuve se réfute sans preuve » disait Euclide. « Et alors, je m’en fous, je passe à la télé, moi ! » pour­rait répondre Perry.

D’ailleurs, il est créa­tion­niste. Oh ! il ne sait pas trop s’il doit l’être à la dure comme son père ou à la cool comme son gosse. Cela n’a guère d’importance : « Well, God is how we got here. God may have done it in the blink of the eye or he may have done it over this long period of time, I don’t know. But I know how it got started. » [2]

Il a bien sûr œuvré pour que le créa­tion­nisme soit enseigné dans les écoles ; lui et ses amis croyants ont fait là un bon boulot. L’Amérique latine et l’Europe com­mencent d’ailleurs à suivre : la théorie de l’évolution n’étant qu’une théorie, elle peut bien être mise dos-à-dos avec une croyance. Et comme il n’y a pas de raison de se limiter à la cli­ma­to­logie et à la bio­logie, c’est main­te­nant la géo­logie qui est priée de faire montre de tolé­rance : oui, la tec­to­nique des plaques, tout ça…

Croire que Dieu a tout créé et que l’Homme n’est pas de taille à tout foutre en l’air est rude­ment plus simple à croire. D’ailleurs,le fait que le monde existe encore est un solide argu­ment. Et puis, tous les amis, les voisins, les col­lègues pensent pareil !

Dans son dernier papier du New York Times, Paul Krug­mann explique très bien que le Parti répu­bli­cain est en train de devenir un parti anti-science. Seule­ment voilà, cette ten­dance ne se limite pas à une classe poli­tique. Pendant que les cha­pe­liers du Tea Party flinguent Darwin, Wegener et le Giec, les bobo écolos et libé­raux réécrivent l’histoire du Tibet, se font construire des baraques par des archi­tectes feng shui, intro­duisent le cha­ma­nisme dans l’entreprise et alternent chi­mio­thé­rapie avec sémi­naires de pensée magique.

Dans le bouquin d’Asimov, la nuit ne se produit qu’une fois tous les 2049 ans à la faveur d’une éclipse. Le moment venu, tandis que les scien­ti­fiques découvrent émer­veillés l’existence des étoiles, la popu­la­tion ter­ri­fiée brûle les villes en quête de lumière.

C’est bien de la science-fiction : dans la réalité, quand le savoir sera tota­le­ment mérulé, quand la science sera mise au rang de récit parmi les récits, quand les ténèbres seront là, eh bien, plus per­sonne n’aura les moyens de s’en rendre compte.

avk

Sources
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[1] Perry, Rick. Fed up!: Our Fight to Save America from Washington. New York: Little, Brown and Co, 2010.

[2] NBC News

 

 

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Le concept de la Société à 2 000 watts est né à Zurich en 1998. Il propose aux « per­sonnes qui vivent dans les pays riches » d’utiliser au maximum 2 000 watts par an tout en ne faisant aucun com­promis sur leur confort de vie. Cette quan­tité repré­sente la consom­ma­tion moyenne de la popu­la­tion mon­diale, soit 17 500 kWh ou 2 700 litres de pétrole.

La mesure semble dras­tique puisque l’Européen brûle actuel­le­ment 6 000 W/an et l’Américain… le double! Il faut donc diviser res­pec­ti­ve­ment leur consom­ma­tion par 3 et par 6. Établir si la chose est réa­liste ou non est pour le moins délicat, mais nous pouvons tou­te­fois nous livrer à quelques calculs.

Tout d’abord, quelques règles de trois. Le United States Census Bureau nous apprend que les États-Unis pos­sèdent actuel­le­ment 307,894 mil­lions d’habitants (disons 308 mil­lions), soit 4,5% de la popu­la­tion mon­diale : 6,796 mil­lions. Et selon Wiki­pédia, nous sommes actuel­le­ment 731 mil­lions d’Européens.

Ce qui nous mène au tableau suivant.

Région Popu­la­tion

(mil­lions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consom­ma­tion

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000

3 696

Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778 8 082
Monde 6 796 2 000 13 592
Monde-(USA+Europe) 5 757 957 5 510

Les pays « non riches » auraient donc une consom­ma­tion annuelle moyenne de près de 1 000 W/personne. Bigre, je m’étais donc fait des idées avec toutes ces images de gosses affamés et de popu­la­tions dépor­tées. Et cela donne quoi en équi­valent pétrole? 2 700 litres / 2 000 * 957 = 1 292 litres de pétrole, soit trois litres et demi par jour et par per­sonne. Bon, c’est moins que nous mais c’est moins grave que je pensais. Bonne chose!

Mais voilà qu’un doute me tra­verse. La lecture du site zuri­chois m’avait conduit à accepter l’équation « Pays riches = USA + Europe ». Mais le Japon, le Brésil, le Véné­zuela, la Chine. Ne doivent-ils pas entrer dans la balance? D’autant que les États-Unis ne repré­sentent que 4,5% de l’humanité souf­frante. D’accord, la plus grande surface des ces pays est peuplée de gens dont la prin­ci­pale consom­ma­tion éner­gé­tique se résume au travail mus­cu­laire, mais passer au blanc des villes comma Caracas, Sao Paulo ou Hong­kong ne peut se faire sans un examen préa­lable. D’autant qu’il me semble bien qu’elles consti­tuent des éco­no­mies émer­gentes qui vont peser de plus en plus lourd.

Et puis il y a aussi le Canada, et l’Australie. Bon, je sais bien, ce sont des coins un peu bizarres mais on ne va tout de même pas les exclure en raison de leurs gas­tro­no­mies dou­teuses et de leurs accents impossibles.

Bien, l’infatigable Wiki­pédia va nous aider à dresser un tableau des villes avec les­quelles il faut sans doute compter :

Ville Pays Popu­la­tion
Tokyo–Yokohama Japan 34,670,000
Seoul–Incheon South Korea 19,660,000
São Paulo Brazil 19,505,000
Mexico City Mexico 18,585,000
Osaka–Kobe–Kyoto Japan 17,310,000
Shan­ghai People’s Repu­blic of China 14,655,000
Shenzhen People’s Repu­blic of China 14,230,000
Buenos Aires Argen­tina 12,925,000
Beijing People’s Repu­blic of China 12,780,000
Guangzhou–Foshan People’s Repu­blic of China 11,850,000
Rio de Janeiro Brazil 11,400,000
Istanbul Turkey 11,330,000
Nagoya Japan 9,285,000
Tianjin People’s Repu­blic of China 8,340,000
Johan­nes­burg South Africa 7,500,000
Hong Kong Hong Kong, China 7,000,000
Kuala Lumpur Malaysia 5,715,000
Riyadh Saudi Arabia 4,650,000
Sin­ga­pore Sin­ga­pore 4,485,000
Porto Alegre Brazil 3,495,000
Durban South Africa 3,195,000
Cape Town South Africa 3,175,000
Jeddah Saudi Arabia 3,115,000
Sal­vador Brazil 3,100,000
Caracas Vene­zuela 2,645,000
Dubai United Arab Emirates 2,335,000
Fukuoka Japan 2,245,000
Kuwait City Kuwait 2,190,000
Brasília Brazil 2,185,000

Nous pour­rions conti­nuer (Moscou etc.) mais arrêtons-nous déjà ici : en ajou­tant le Canada et l’Australie, nous avons atteint une popu­la­tion plus large que celles des U.S.A : 339 mil­lions d’habitants!

Consom­ma­tion éner­gé­tique par personne

Que consomment tous ces gens? L’absence de données pré­cises nous impose une cer­taine audace L’épatant Gap­minder nous confirme gra­phi­que­ment que la consom­ma­tion éner­gé­tique est for­te­ment cor­rélée au revenu moyen. Et, à titre d’exemple, Tokyo est la ville la plus riche du monde. Osaka est en 8e posi­tion, suivie par Séoul et Mexico City. Hong­kong est en 13e posi­tion, Buenos Aires en 16e et Sin­ga­pore en 18e tandis que Vienne n’arrive que cin­quan­tième. Nous pouvons donc estimer sans trop de risque que ces popu­la­tions brûlent au moins autant d’énergie que l’occidental moyen, soit 7 778 W/an. Adop­tons donc cette valeur de travail.

Nous pouvons main­te­nant insérer une nou­velle ligne dans notre tableau.

Région Popu­la­tion

(mil­lions)

Moyenne actuelle

(W/an/personne)

Consom­ma­tion

(GW annuels)

U.S.A. 308 12 000 3 696
Europe 731 6 000 4 386
U.S.A. + Europe 1 039 7 778

8 082

oubliés de Zurich 339 7 778 2 637
Monde 6 796 2 000 13 592
Popu­la­tions pauvres 5 418 487 2 637

Et bien voilà : les pauvres sont deux fois plus pauvres que ne le lais­sait entendre le tableau zuri­chois (et sans doute plus encore, les hypo­thèses ayant été réa­li­sées a minima.)

Quelle est la conclu­sion de cette his­toire? Je ne savais pas très bien comment l’amener et vous remercie de me poser la ques­tion. J’en vois en fait plusieurs.

  1. Même avec les meilleures inten­tions du monde, grossir le trait à des fins de com­mu­ni­ca­tion peut avoir des effets pervers qui faussent l’analyse et peuvent mener à adopter des stra­té­gies qui ne sont pas néces­sai­re­ment les meilleures. Comme me répé­tait mon prof de bio­logie : « De la pré­ci­sion, sinon c’est la catastrophe! »
  2. Le modèle selon lequel l’Europe et l’Amérique sont les deux poles de la richesse mon­diale est dépassé, et le sera de plus en plus.
  3. L’écart entre les gros consom­ma­teurs d’énergie et les petits est de 1/25 et non de 1/12.

Alors, il serait à l’évidence très utile que les gros consom­ma­teurs modèrent quelque peu leur goin­frerie éner­gé­tique. Mais il  est au moins aussi indis­pen­sable que les exclus de la gabegie puissent avoir accès à plus : il n’y a pas de déve­lop­pe­ment durable sans énergie.

Il me semble fon­da­mental d’intégrer cette donnée à l’équation, comme il me semble indis­pen­sable de coupler la démarche éco­lo­gique à une réflexion huma­niste.

Pour­quoi ne pas le faire en ima­gi­nant un méca­nisme de soli­da­rité assez simple?

Le Système euro­péen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre est devenu un marché très spé­cu­latif mais aussi un peu honteux. L’instauration d’une taxe sur ces opé­ra­tions offri­rait la pos­si­bi­lité de financer l’installation d’éoliennes, de petites cen­trales hydro­élec­triques ou de cap­teurs solaires à des­ti­na­tion de popu­la­tions pauvres. J’imagine qu’elle serait aussi de nature à redorer quelque peu l’image des spéculateurs.

Bref, un Plan Mar­chall éner­gé­tique ali­menté par la spé­cu­la­tion sur les droits d’émission.

avk

Sources

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Denver (Colo­rado) :

Frank­fort (Kentucky) :

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Nous avons tous lu Tintin au Tibet. Nous avons tous entendu le dalaï-lama. Nous aimons tous le Tibet. Spi­ri­tua­lité, intem­po­ra­lité, blancheur.

Le Lotus Bleu, c’était autre chose. Une his­toire com­plexe où s’affrontent des puis­sances mili­taires, finan­cières. La drogue, la folie, le crime.

Tintin ren­contre Chang en Chine. Il com­prendra là la dure com­plexité du monde. C’est au Tibet qu’il le retrou­vera. Et c’est là qu’il com­prendra que la com­plexité est un masque. Les larmes de Tintin relient les deux albums.

Une inva­sion chinoise?

Depuis le XIIe siècle, le Tibet est chinois et le dalaï-lama avait géné­ra­le­ment un statut de gou­ver­neur qu’il par­ta­geait à cer­taines époques avec le Panchen-lama. En 1720, le Tibet devient un pro­tec­torat chinois : l’identité cultu­relle était garantie mais le com­merce, la diplo­matie et la défense étaient du ressort de la Chine. La pré­sence de tibé­tain sur de nom­breux monu­ments chinois en tant qu’une des cinq langues offi­cielles, en témoigne.

Les choses changent en 1904 lorsque les Bri­tan­niques enva­hissent la région de façon san­glante. Quatre ans plus tard, la Chine reprend le contrôle et ce n’est qu’après la révo­lu­tion de 1911 que le Tibet pro­clame son indé­pen­dance, indé­pen­dance que n’acceptera pas la Chine.

En 1950, le troupes com­mu­nistes chi­noises reviennent au Tibet, ce qui est qua­lifié d’invasion par les États-Unis alors en pleine fièvre anti­com­mu­niste. La CIA arme et entraine les guer­riers tibé­tains et, en 1959, aide le dalaï-lama à s’exiler en Inde.

Si l’on peut parler de conflit ter­ri­to­rial d’indépendance, le pré­senter comme une inva­sion n’est pas conforme à la réalité his­to­rique. Je ne défends pas là la vision chi­noise, j’expose celle de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale exprimée depuis long­temps par l’ONU et par la Com­mu­nauté Européenne.

Que tout le monde main­te­nant se mette à parler d’invasion est étrange… à moins que les récents enjeux com­mer­ciaux puissent expli­quer ce revi­re­ment idéologique.

Une popu­la­tion opprimée?

La Chine moderne n’est pas mon modèle de civi­li­sa­tion. Les droits de l’homme sont consi­dérés comme un gadget inutile, les médias sont des marion­nettes du Parti, le régime poli­tique est une farce et la justice n’est citée en exemple que par Ségo­lène Royal. Ça ne donne pas envie, c’est sûr.

Pour autant, voir dans le Tibet du dalaï-lama un sanc­tuaire consacré à la spi­ri­tua­lité et échap­pant à la cor­rup­tion du maté­ria­lisme occi­dental est sans doute un peu naïf.

Quel était la situa­tion du Tibet avant le départ de dalaï-lama?

1. Théo­cratie absolue : Ni parti ni élec­tions. Ni média non plus d’ailleurs.

2. Oli­gar­chie et servage de la popu­la­tion : Par exemple, le com­man­dant en chef de l’armée tibé­taine, ami proche du dalaï-lama, pos­sé­dait 4.000 kilo­mètres carrés de terre et régnait sur 3.500 serfs. Les monas­tères pou­vaient enlever de force des enfants de paysans pour les enrôler comme domes­tiques, dan­seurs ou soldats. [A. Tom Grun­feld, The Making of Modern Tibet rev. ed. (Armonk, N.Y. and London : 1996)]

3. Droits de l’homme : Si la peine de mort n’était pas appli­quée acti­ve­ment, la torture était d’usage courant : brisure des membres, énu­cléa­tion des yeux, uti­li­sa­tion d’une pano­plie proche de celle de notre moyen-age. Bien sûr, les enfants de paysans n’avaient ni sco­la­ri­sa­tion ni accès aux soins de santé. [Felix Greene, A Curtain of Igno­rance (Garden City, N.Y. : Dou­bleday, 1961) ; Waddell, Landon, and O’Connor are quoted in Gelder and Gelder, The Timely Rain]

Ça ne donne pas envie non plus. A vrai dire, ça donne encore moins envie.

La domi­na­tion chi­noise est donc un sale coup pour l’oligarchie tibé­taine. Les images d’émeutes montrent clai­re­ment que les oppo­sants sont des moines ou des tibé­tains de milieux favo­risés. Pour la plus grande partie de la popu­la­tion, je crois que c’est plutôt une bonne chose.

Mais vous savez comment sont les reli­gions : elles ont le chic pour vous faire croire que ce qui est bon est mauvais et vice-versa. En plus, s’il faut recon­naître quelque chose au dalai-lama, c’est que c’est un com­mu­ni­ca­teur fabu­leux, le genre Steve Jobs vous voyez. En plus, son produit, c’est la vision d’un monde drô­le­ment sympa. Vrai­ment le genre de chose dont nous avons tous besoin. Et en plus, y croire ne coûte pas un cent…

Alors? Alors, si l’on se pré­oc­cupe de droits de l’homme, de liberté de la presse, de démo­cratie et de déve­lop­pe­ment indi­vi­duel, il est sans doute légi­time de lancer des actions contre la Chine. Mais le faire au nom du Tibet est grotesque.

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Un litre de bio­car­bu­rant génère entre 17 et 420 (!) fois plus de CO2 qu’un litre de car­bu­rant fossile.

Tillman et Fargione

Tillman et Fargione

Cette gabegie de CO2 trouve sa source prin­ci­pale en amont de la pro­duc­tion agri­cole ; le pétrole, lui, est déjà produit et déjà stocké. La pro­duc­tion de bioé­thanol néces­site d’énormes sur­faces de terres fer­tiles, et ces sur­faces sont prises sur la forêt. Or, une par­celle de forêt capte tou­jours beau­coup plus de carbone atmo­sphé­rique qu’une par­celle de terre agri­cole. En outre, lors du défri­chage, une partie impor­tante du carbone défriché va se retrouver dans l’atmosphère. Si le bioé­thanol, une fois dans le moteur, est effec­ti­ve­ment un peu plus propre, une étude publiée par Joe Far­gione et David Tilman dans The Nature Conser­vancy et par l’Uni­ver­sity of Min­ne­sota, démontre qu’il fau­drait attendre 420 ans pour que la balance du CO2 retrouve son équilibre.

La solu­tion qui consiste à consa­crer des terres agri­coles aux bio­car­bu­rants ne fait que déplacer le pro­blème : les fermier amé­ri­cains alter­naient tra­di­tion­nel­le­ment la culture du maïs avec celle du soja. La demande crois­sante en éthanol en a convaincu de nom­breux de ne plus se consa­crer qu’au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le prin­cipal expor­ta­teur après avoir défriché ce qu’il fallait de forêt pour en orga­niser la culture.

Le bilan du bioé­thanol en termes de CO2 est donc catas­tro­phique. Il faut arrêter de donner des labels éco­lo­giques aux voi­tures appe­lant ce type de car­bu­rant. À moins qu’une solu­tion plus réa­liste n’émerge, par exemple par l’utilisation du plancton.

Un autre aspect par­ti­cu­liè­re­ment noir des agro­bio­car­bu­rants est qu’ils font direc­te­ment concur­rence avec l’alimentation, par­ti­cu­liè­re­ment dans les pays pauvres. Le marché des ali­ments de base peut devenir hau­te­ment spé­cu­latif : il y a quelques mois, le prix de la tor­tilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l’essentiel de l’alimentation, déclen­chant de très impor­tants mou­ve­ments sociaux. C’est que, désor­mais, le maïs mexi­cain se vend très bien aux firmes amé­ri­caines de biocarburants.

De tels effets sont observés alors que les bio­car­bu­rants ne font que com­mencer leur percée. Si ceux-ci conti­nuent leur ascen­sion, les insta­bi­lités géo­po­li­tiques, finan­cières et socio­lo­giques liées au pétrole nous paraî­tront bien anodines.

Que nos res­sources fos­siles soient limi­tées est une évi­dence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solu­tion est une folie. Les forêts doivent rester des forêts pour le main­tien de la bio­di­ver­sité et la sta­bi­li­sa­tion du cycle du carbone. Et les champs doivent servir à nourrir les hommes.

avk

Sources

www1​.umn​.edu/​u​m​n​n​e​w​s​/​F​e​a​t​u​r​e​_​S​t​o​r​i​e​s​/​T​h​e​_​d​a​r​k​_​s​i​d​e​_​o​f​_​b​i​o​fuels.html
www​.reuters​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​b​o​n​d​s​N​e​w​s​/​i​d​U​S​N​0​7​1​5​3​0​9720080207
www​.radiohc​.cu/​e​s​p​a​n​o​l​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​s​/​m​a​y​o​0​7​/​c​o​m​e​n​t​a​r​i​o​10mayo.htm
www​.libe​ra​tion​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​/​m​o​n​d​e​/​2​2​9​270.FR.php
www​.eco​portal​.net/​c​o​n​t​e​n​t​/​v​i​e​w​/​full/69023

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Après le Comté de Polk, voici celui de Pinellas, tou­jours en Floride. Là aussi, la Com­mis­sion de l’enseignement prend majo­ri­tai­re­ment parti pour l’Intel­li­gent Design.

Voici les argu­ments de quatre de ses membres :

« The entire theory of evo­lu­tion is not scien­tific fact. Intel­li­gent design balances it out. » — Nancy Bostock, Chair­person

« I’d pro­bably ideally like to keep it all [evo­lu­tion and Intel­li­gent Design] out of the class­room. If it’s going to create this much contro­versy, how impor­tant is it? »
— Peggy O’Shea, Vice Chair­person

« I think that stu­dents should be given the oppor­tu­nity to view all theo­ries on how man evolved and let their science back­ground and their reli­gious back­ground take over as to which one they believe in. »
— Jane Gallucci

« To teach one [evo­lu­tion] as if nothing else existed, I think we’re doing our stu­dents a dis­ser­vice. » — Carol Cook

Promis, je ne pos­terai pas un billet à chaque Comté qui bascule, mais il me sem­blait impor­tant d’illustrer que la pro­gres­sion du phé­no­mène est impor­tante et que, chaque semaine, c’est l’éducation scien­ti­fique de plu­sieurs dizaines de mil­liers d’enfants qui se teinte de religieux.

Il ne s’agit pas de faits isolés mais d’un mou­ve­ment de fond.

[ source ]

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L’une des der­nières croi­sades en date de nos déci­deurs est la « réduc­tion de la frac­ture numé­rique ». Jolie formule.

À cette fin, des accords ont été passés entre les Com­munes, les CPAS, des four­nis­seurs d’accès internet, cer­tains fabri­cants et des reven­deurs de maté­riels, et quelques ONG s’occupant du recon­di­tion­ne­ment de maté­riel infor­ma­tique d’occasion. L’idée est cer­tai­ne­ment louable. Créa­tion de centres cyber­média acces­sibles gra­tui­te­ment, ini­tia­tion à l’utilisation de ces nou­velles tech­no­lo­gies, pos­si­bi­lité de s’équiper chez soi à petit prix. On songe immé­dia­te­ment aux avan­tages : ouver­ture intel­lec­tuelle sur le monde (internet…), pos­si­bi­lité d’améliorer sa situa­tion per­son­nelle (dif­fu­sion de CV, appren­tis­sage, for­ma­tion continue, diver­si­fi­ca­tion, contacts faci­lités…), solu­tion contre l’isolement crois­sant ( ?), aspect ludique…

J’imagine que cela fonc­tionne dans une cer­taine mesure et que d’aucuns trouvent, par ce biais, des avan­tages dont ils auraient été exclus autre­ment. Tant mieux. Mais je sais aussi, parce que je suis un rouage de la machi­nerie qui permet l’existence de ce projet, que dans beau­coup de cas ce n’est qu’une sucette anes­thé­siante de plus ! Je reçois tous les jours en consul­ta­tion ces nou­veaux esclaves numé­riques, l’œil fatigué, PC sous le bras, pleu­rant que plus rien ne va avec cette satanée machine et cette p… de connexion internet. La plupart du temps, parce qu’ils ont leur fierté, ils ne sont pas venus avant d’avoir bidouillé eux-mêmes dans les entrailles du système ou passé le relais au cousin/voisin « qui s’y connaît en infor­ma­tique ». Ils sont aussi per­suadés, à ce stade de leur déroute, que le pro­blème ne peut venir que du maté­riel. C’est d’ailleurs la solu­tion qu’on leur vend le plus souvent, du cousin/voisin impuis­sant aux hot lines sur­char­gées. Le cen­drier est plein, donc il faut changer la voiture ! Je reste zen. Un mot est pla­cardé au-dessus de ma table de travail « 99% des pro­blèmes infor­ma­tiques sont situés entre le clavier et la chaise ». Je passe sur la vul­ga­ri­sa­tion des expli­ca­tions qu’il me faut débiter pour poser mon diag­nostic, cela méri­te­rait une antho­logie d’humour et de sur­réa­lisme. Mais non, le disque dur ne s’est pas dégonflé et les bar­rettes n’ont pas fondu !

Le bel outil au poten­tiel extra­or­di­naire s’est donc trans­formé, au fil des semaines, en une bête immonde, res­pon­sable d’argent perdu, de temps gas­pillé, de tracas divers et variés. En plus, la bête est malade et on me demande de la guérir au plus vite car on s’y est attaché ! Conscien­cieux, j’applique mon trai­te­ment, souvent le même d’ailleurs : ver­mi­fuge, purge et coup de polish. J’explique, je rassure, je res­sus­cite les ines­ti­mables données que l’on croyait perdues à jamais. Bientôt, la bête ron­ronne de plaisir et bondit sur internet au quart de tour. Je suis un magi­cien ! Mon client est content, ce soir Tchant­chet va pouvoir tchatter avec Nanette, Bobonne surfer sur Meetic et Raymond se télé­charger la der­nière vidéo de Paula-X. Dans deux mois, il reviendra pour que je lui retape sa machine victime d’une indi­ges­tion de conneries.

S’il est vrai qu’une frac­ture existe au niveau de l’accès à l’informatique et à l’internet, en raison du marasme socioé­co­no­mique ambiant, il est tout aussi vrai qu’une réduc­tion forcée de celle-ci ne réglera pas l’éternel pro­blème de la connerie humaine. Quand l’éducation et l’instruction n’ont pas fait leur travail, lorsque les com­pé­tences indi­vi­duelles sont ce qu’elles sont, placer de tels outils entre les mains de ces per­sonnes revient à placer une machine à écrire entre les pattes d’un singe en espé­rant qu’il va réécrire Les Misé­rables. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas inviter ces per­sonnes à apprendre à se servir de l’informatique (pour le plus noble ou le plus vil usage, peu importe d’ailleurs), mais cette inci­ta­tion encou­ragée par les auto­rités poli­tiques n’est ni plus ni moins qu’une anes­thésie intel­lec­tuelle de plus, doublée d’une nou­velle contrainte éco­no­mique superflue.

Plus les indi­vidus seront engourdis, et pour ceux-là l’ordinateur n’est qu’une exten­sion de tout ce qui fut et est débi­li­tant (de la messe du dimanche aux pro­grammes télé les plus stu­pides en passant par la CB des années 70 et les maga­zines people…), plus ils se com­por­te­ront en consom­ma­teurs dociles. Il y a cet éternel équi­libre de pré­ca­rité à pré­server pour que les meneurs puissent conti­nuer à mener grand train sur le dos d’une plèbe exploitée et mani­pulée de toutes les façons.

Thomas

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Il y a pas mal de Comtés nommés Polk aux États-Unis, mais aucun d’entre eux ne béné­ficie d’une renommée fra­cas­sante en Europe.

Celui de Floride vient de faire une avancée déci­sive vers la noto­riété. Situé en plein centre de la Pénin­sule, il dispose d’une éco­nomie flo­ris­sante, de plus de 600.000 habi­tants et de nom­breux éta­blis­se­ments d’enseignement. Bref, ce n’est pas un petit patelin oublié de la civilisation.

Dans le bon Comté de Polk, rap­porte The Ledger, la Com­mis­sion de l’enseignement a une confi­gu­ra­tion par­ti­cu­lière : sur sept membres, quatre sont favo­rables à l’enseignement de l’Intel­li­gent Design, une n’a pas d’avis, deux y sont opposés.


La très fer­vente Mar­garet Lofton, Pré­si­dente, a déjà déclaré : « Si j’étais amenée à voter sur ce point, j’interdirais l’enseignement du darwinisme. »

Or dans un mois, en janvier 2008, cette Com­mis­sion va se réunir afin de voter les nou­veaux stan­dards en matière d’enseignement de l’évolution. Puisque le pro­cessus démo­cra­tique y semble plus puis­sant que la vérité scien­ti­fique, je pense qu’il y a quelque chose à faire : contacter ces per­sonnes. Leur envoyer des liens vers des sites scien­ti­fiques, leur expli­quer que leurs déci­sions ne sont pas seule­ment atten­dues dans leur Comté, mais partout dans le monde, les convaincre que la science ne met pas en péril le salut de leurs enfants.

Comment les contacter? Rien de plus simple :

Kay Fields (Dis­trict 5) : 863–802-5483
Kay.​Fields@​polk-​fl.​net

Tim Harris (Dis­trict 7) : 863–808-0005
Tim.​Harris@​polk-​fl.​net

Mar­garet Lofton (Dis­trict 6, Chairman) : 863–294-9076
Margaret.​Lofton@​polk-​fl.​net

Hazel Sellers (Dis­trict 3) : 863–533-7714
Hazel.​Sellers@​polk-​fl.​net

Lori Cun­nin­gham (Dis­trict 2, Vice-Chairman) : 863–512-1656
Lori.​Cunningham@​polk-​fl.​net

Et, tant qu’à faire, pour­quoi pas un email de soutien aux deux défen­seurs d’un ensei­gne­ment scientifique?

Frank O’Reilly (Dis­trict 1)
Frank.​Oreilly@​polk-​fl.​net

Brenda Reddout (Dis­trict 4)
Brenda.​Reddout@​polk-​fl.​net

Mes emails ont été expé­diés il y a une heure.

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« Vingt-quatre îles de l’archipel indo­né­sien ont disparu ces der­nières années. Selon cer­tains modèles, 2.000 îles de l’archipel pour­raient dis­pa­raître en une géné­ra­tion, soit d’ici 2030. » Voici ce qu’affirme en sub­stance Freddy Numberi, le ministre indo­né­sien des Affaires mari­times s’appuyant sur une étude de l’Université Jadavpur de Calcutta.

Le tsunami du 24 décembre 2004 est res­pon­sable de la dis­pa­ri­tion de quatre d’entre elles, au nord de Sumatra. Les vingt autres, dans la pro­vince de Riau et dans l’archipel des Mille îles ont disparu du fait des dom­mages environnementaux.

Bien sûr, il s’agit tou­jours de causes mul­tiples : montée des eaux, érosion côtière, dis­pa­ri­tion des man­groves, aug­men­ta­tion de la vio­lence cyclo­nique. De telle sorte que la rhé­to­rique gardera son droit de cité et per­mettra d’estomper cette alarme : les îles disparaissent.

J’ai entendu aussi qu’il faut rela­ti­viser : l’archipel indo­né­sien compte plus de 17.000 îles et la perte de 24 îles inha­bi­tées n’est guère signi­fiante. C’est bien sûr un peu embê­tant pour la bio­di­ver­sité mais elle en a vu d’autres…

Il y a quelques mois, l’île de Loha­chara (Delta du Gange) a été tota­le­ment immergée. Six mille familles y vivaient dans les années 80.

Bien sûr, ici aussi, on pourra me rétor­quer que l’Inde en a vu d’autres…

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Petit rappel utile pris sur le blog de Serge Hefez :

Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et pré­fèrent les flatter, lorsque fina­le­ment les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne recon­naissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de per­sonne, alors c’est là en toute beauté et en toute jeu­nesse le début de la tyrannie.

Platon

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Petit post-scriptum à mon billet Galan­terie, fémi­nisme et syntaxe.

Il y a quelques années, un fabri­cant de grosses bou­lettes de mauvais cho­colat avait financé une cam­pagne publi­ci­taire. On y voyait la repré­sen­ta­tion kitch d’une récep­tion d’ambassade. Cham­pagne, smo­kings, hommes carrés, femmes fluides, pyra­mide de gros cho­co­lats gras dis­si­mulés dans des embal­lages dorés.

La voix off, celle de l’embassadeur, était celle d’une femme. (Ben oui, comme c’est la ména­gère qui pousse le caddie dans sa super­ette, c’est bien elle qu’il faut convaincre que les femmes peuvent accéder aux plus hautes fonc­tions afin de jouir d’un univers d’élégance auquel la petite fille qu’elles étaient n’en finit pas de rêver.) Et la voix off de pré­ciser, com­plice avec la quin­ca­gé­naire usée : «Figurez-vous que cer­tains m’appellent encore Madame l’ambassadeur

L’excellentissime Jean Veronis constate que Domi­nique Voynet crie son indi­gna­tion devant l’inemploi de termes tels que la députée, la séna­trice ou la préfète et que, par ailleurs, Michèle Alliot-Marie est offi­ciel­le­ment pré­sentée comme Madame LE ministre de la Défense. Dès lors, après une cam­pagne clamant «La France Pré­si­dente», il est pro­bable que que la fémi­ni­sa­tion aurait atteint le plus haut niveau de l’État fran­çais. Mais alors, Ber­na­dette Chirac étant offi­ciel­le­ment nommée Madame La Pré­si­dente, Fran­çois Holland serait-il devenu Mon­sieur le Pré­sident?

La situa­tion dans notre petit royaume gris pour­rait être plus inté­res­sante encore. Notre consti­tu­tion n’offre aucun statut à la femme du Roi mais l’usage lui donne le titre de Reine qu’elle conserve à la mort de son époux. Nous avons dès lors deux reines alors que notre consti­tu­tion n’en prévoit aucune. Depuis peu, les femmes peuvent accéder au trône. L’époux de la Reine sera-t-il nommé Roi ou adoptera-t-on l’usage anglais? Après tout, notre Salle du Trône ne possède guère de trône, ni notre Roi de couronne.

Les sym­boles peuvent se lire en creux.

avk

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Bien sûr, on peut regretter que le monde soit ce qu’il est. Ce qui revient à dire que l’on préfère le monde auquel on rêve. Et il importe peu, en matière de rêves, de cher­cher la cohé­rence. Ceci étant dit, si le déca­lage entre le monde et nos rêves est trop grand, qu’il nous fait trop mal, le choix se pose : aban­donner nos rêves, tenter de changer le monde ou geindre. Je ne vois guère de qua­trième option.

Vous le savez, mon amie Zara souffre d’images, d’odeurs et de bruits d’abattoirs. Le cli­quetis des chaînes emme­nant les bêtes encore vivantes, la méca­nique entrant dans la chair, l’industrie trans­for­mant l’animal en rations ali­men­taires qu’on enfourne dans le micro-ondes les soirs de soli­tude et de labeur.

Notre civi­li­sa­tion est celle de l’image. La viande, le poisson que nous man­geons ne sont plus guère des mor­ceaux iden­ti­fiables de cadavres. Ils se pré­sentent sous formes de bou­lettes, de bâton­nets, de cro­quettes, de purées ou de liquides. L’industrie agro-alimentaire sub­stitue aux car­casses des images lisses et sexy.

Mer­credi dernier, Zara Whites est devenue le reflet inversé de cette vir­tua­li­sa­tion, emballée nue dans une bar­quette ali­men­taire san­gui­no­lente devant les files d’attente du Salon de l’agriculture. Un hap­pe­ning jus­tifié par ces mots de Baudrillard :

L’image est une repré­sen­ta­tion autre que le réel. C’est un objet pré­cieux quand il rend compte de ce déficit de réalité, quand il est à la fois pré­sence et absence.

avk

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Il y a quelques jours, je vous parlais d’éthique cyber­sexuelle dans un univers virtuel tel que Second Life. Les nou­velles tech­no­lo­gies maté­rielles aussi apportent des élé­ments qui pour­raient bien élargir dras­ti­que­ment les champs de l’éthique.

Vous connaissez les Lois de la robo­tique d’Isaac Asimov:

  • Pre­mière Loi : Un robot ne peut ni porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  • Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contra­dic­tion avec la Pre­mière Loi ;
  • Troi­sième Loi : Un robot doit pro­téger son exis­tence dans la mesure où cette pro­tec­tion n’entre pas en contra­dic­tion avec la Pre­mière ou la Deuxième Loi.

Vu les progrès ful­gu­rants de la robo­tique (nous en repar­le­rons), la Corée du Sud réflé­chit actuel­le­ment à un code éthique du robot en vue d’une inté­gra­tion dans son arsenal légis­latif. Fin 2006 déjà, une étude com­mandée par le gou­ver­ne­ment anglais allait déjà dans ce sens.

Les robots deve­nant de plus en plus auto­nomes, sortant des chaînes de montage pour s’épanouir dans des lieux publics ou domes­tiques, des pro­blèmes de res­pon­sa­bi­lité se pose­ront si un robot cause un pré­ju­dice, pro­blèmes ne pouvant pas se réduire au cas d’une simple machine. Par exemple, l’armée amé­ri­caine étudie très concrè­te­ment l’utilisation de robots sur des ter­rains de combat, en tant que com­bat­tants mais aussi que chi­rur­giens. En cas d’erreur médi­cale, contre qui se retour­nera le patient : le pro­prié­taire, le concep­teur, le déve­lop­peur, le formateur?

Mais le plus inté­res­sant est que les Coréens pensent aussi aux « droits » des robots. D’importantes avan­cées mélan­geant sciences cog­ni­tives et robo­tiques per­mettent d’imaginer à court terme des robots capables d’émotion. Une nou­velle éthique serait donc à construire et le Euro­pean Robo­tics Network (Euron) s’active d’ores et déjà à faire pres­sion sur les gou­ver­ne­ments pour une inté­gra­tion des droits des robots dans les légis­la­tions natio­nales et supranationales.

Ce n’est plus de la science-fiction : c’est ici et ici.

avk

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C’est comme la marée. De temps à autres, la notion de QI est uti­lisée pour ali­menter des idéo­lo­gies tris­tou­nettes. Il y a quelques années, le dis­cours était du type :

QI => mesure => éli­tisme => eugé­nisme => racisme

À quelques excep­tions près, tout le monde s’entend bien aujourd’hui pour admettre que QI n’est pas syno­nyme d’intelligence et qu’il ne mesure avec pré­ci­sion que lui-même. Ainsi que le disait en plai­san­tant à moitié Binet à un journaliste :

Que mesurent vos tests?
– Le Q.I.
– Et qu’est-ce que le Q.I.?
– Ce que mesurent mes tests.

Cette boutade ne doit pas masquer qu’il existe cer­taines cor­ré­la­tions sta­tis­tiques (et non pas indi­vi­duelles) entre QI et, par exemple, réus­site sociale. D’où l’émergence d’un nouveau dis­cours qui, au contraire du premier, n’est pas hostile à la notion de QI. Mais il nous la sert dans un ragoût par­ti­cu­liè­re­ment émétique :

Le QI moyen d’une société humaine lui apporte une haute plus-value. Il convient donc de le conserver. Le QI moyen d’autres ethnies est infé­rieur. Évitons donc les mélanges et fermons les frontières.

Tyler Cohen a publié dans le très inté­res­sant Mar­ginal Revo­lu­tion un court article suivi de très nom­breux com­men­taires qui donnent un très bon éclai­rage du problème.

avk

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Le projet d’impantation de bases anti-missiles US en Europe cen­trale crée une polé­mique bien légi­time, ainsi résumée par l’agence RIA-Novosti :

Même si Washington affirme que cette mesure vise à conjurer une pro­bable menace émanant de pays voyous, il ne fait aucun doute, pour les experts, que l’implantation de bases ABM dans ces pays est une mesure pure­ment anti-russe.

Il serait bon de sortir de ce débat un argu­ment idiot qui pollue de nom­breux média et que l’on peut shé­ma­tiser ainsi : «si Washington veut se pro­téger de mis­siles Ira­niens, ce n’est assu­ré­ment pas en Pologne qu’il faut placer des intercepteurs.»

Brûlons les pla­ni­sphères : la Terre est ronde et oui, l’Europe de l’Est est bel et bien située entre Téhéran et Washington.

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Les pires ennemis de l’écologie sont des écolos. (Afin que vous me lisiez jusqu’au bout, je précise que je vote Ecolo depuis une ving­taine d’années et que mon aga­ce­ment n’est donc pas idéo­lo­gique mais prag­ma­tique. Je vous avais déjà mis dans la confi­dence pré­cé­dem­ment.)

Le res­pon­sable de mes der­nières pous­sées d’histamine céré­brale est José Bové (défendu encore hier soir par une Domi­nique Voynet en décro­chage complet avec le réel).

Petit réca­pi­tu­latif des faits.

1. 2004 : Mon­santo cultive du maïs trans­gé­nique dans le Loiret.

2. En août 2004 et juillet 2005, accom­pagné de 48 robustes fau­cheurs, José Bové entre­prend le saccage méca­nique de deux par­celles au pré­texte que ces orga­nismes peuvent se révéler dan­ge­reux, n’étant pas isolés de la bio­sphère. L’opération est lar­ge­ment média­tisée.

3. Cette média­ti­sa­tion se pour­suit le 9 décembre 2005 au tri­bunal d’Orléan qui relaxe les fau­cheurs pour­tant reconnus auteurs du délit. Le juge­ment se fonde sur l’état de néces­sité défini à l’article 122–7 du Code pénal fran­çais : « N’est pas péna­le­ment res­pon­sable la per­sonne qui, face à un danger actuel ou immi­nent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accom­plit un acte néces­saire à la sau­ve­garde de la per­sonne ou du bien, sauf s’il y a dis­pro­por­tion entre les moyens employés et la gravité de la menace. »

4. Les mondes scien­ti­fique et judi­ciaire s’accordent à recon­naître que le tri­bunal d’Orléan s’est bel et bien planté puisque, au lieu d’éloigner une menace (la dis­sé­mi­na­tion de gènes modi­fiés), le fau­chage sauvage a plutôt contribué à dis­sé­miner ces gènes estimés dan­ge­reux dans cet envi­ron­ne­ment que Bové et ses core­li­gion­naires se gaus­saient de vouloir pro­téger. (Que l’on ne me dise pas que c’est pas mécon­nais­sance. Bové n’est pas idiot et est issu du milieu paysan. Soit il ne croit pas à son dis­cours alar­miste, soit il espère une conta­mi­na­tion qui lui per­met­trait de remonter sur les bar­ri­cades. Dans un cas comme dans l’autre, la mal­hon­nê­teté intel­lec­tuelle est le moteur de l’action.)

Outre qu’elle soit mal­hon­nête et poten­tiel­le­ment dan­ge­reuse, cette opé­ra­tion me met en boule car l’invocation abusive de l’état de néces­sité ali­mente le moulin des com­mandos anti-IVG et, plus géné­ra­le­ment, de tous ceux qui veulent se faire justice eux-mêmes, esti­mant être meilleur étalon du droit qu’une justice lente et aveugle.

Maître Eolas résume par­fai­te­ment la situa­tion : « Accepter que la fin jus­tifie les moyens, c’est ouvrir la boîte de Pandore. Soyez cer­tains que tous les mou­ve­ment extré­mistes sauront en profiter. »

5. En consé­quence, la cour d’appel (saisie bien sûr par Mon­santo) et la cour de cas­sa­tion ont admis que non seule­ment il n’y avait aucun état de néces­sité, mais qu’en outre les pré­venus ont sévè­re­ment accru les risques qu’ils pré­ten­daient dénoncer. Ils sont donc condamnés.

6. Ches­terton disait que la pro­fes­sion de martyr est celle qui ne néces­site aucun appren­tis­sage… il ne connais­sait pas José Bové. L’ex-démonteur de MacDo recon­verti aspirant-candidat à la Pré­si­dence rebondit en clamant à tout média qu’il fera cam­pagne depuis sa cellule, ali­men­tant le lan­der­neau média­tique fonc­tion­nant à l’émotionnel. Une fois de plus, Maître Eolas démontre avec flam­boyance l’absurdité de cette nou­velle saillie.

6. Com­men­taires de José Bové :
6.1. « On peut dire n’importe quoi sur un blog. » (ben oui, comme à la TV!)
6.2. « Je crois que tout le monde a reconnu qu’il n’y a pas de néces­sité des OGM. » (abso­lu­ment pas, et en plus le pro­blème n’est pas là!)

Pour­quoi un post si long? Parce que cette affaire me semble par­ti­cu­liè­re­ment symp­to­ma­tique d’une civi­li­sa­tion de l’image, de la petite phrase, de l’émotion immé­diate. Qu’elle met en lumière la faci­lité avec laquelle on peut séduire un élec­torat par des actes qui vont à l’encontre de ses inté­rêts. Qu’elle montre aussi qu’il faut du temps, de l’intelligence et de la connais­sance pour démonter ces méca­nismes et, fina­le­ment, com­prendre. Que le combat est donc inégal. Que c’est pas gagné.

C’est ici que je dois aussi citer le blog de ma copine Zara Whites. Car elle démontre que, si c’est pas gagné, rien n’est perdu. Ayant placé plus de temps sur des pla­teaux que sur les bancs de la fac, elle ne possède pas plus que moi [qui ai pour­tant peu tourné] l’expertise per­met­tant de com­prendre direc­te­ment ce qui ne va pas der­rière cer­taines phrases que l’on nous demande de gober tout cru. Alors, oui, parfois on accepte sans réflé­chir. On se dit que le nucléaire, c’est dan­ge­reux. Que les OGM, il vaut mieux ne pas jouer avec ça.

Zara s’interroge et nous inter­roge, sur la meilleure façon de par­ti­ciper au monde. Elle fonc­tionne par essais-erreurs, mais n’hésite pas à remettre en ques­tion des posi­tions qui lui sem­blaient évidentes.

Là où Maître Eolas empile les argu­ments, Zara regarde, écoute, déduit, recon­si­dère, tente de faire pour un mieux tout en restant atten­tive à de pos­sibles erreurs. L’un est archi­tecte, l’autre artiste et, dans ces deux régions que l’on tient trop souvent pour éloi­gnées de l’esprit humain, tous deux avancent avec hon­nê­teté et liberté.

Enfin, José Bové aura tout de même eu le mérite de sus­citer la coïn­ci­dence de deux blogs dont j’ai parfois le sen­ti­ment d’être le seul lecteur qu’ils partagent…

avk

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Je ne suis pas éco­no­miste mais je crois com­prendre assez bien ce que les Amé­ri­cains entendent par « Current account balance ». Il s’agit, pour une année donnée, du bilan général des entrées et sorties d’un pays : une sorte de balance com­mer­ciale étendue. Aux ren­trées d’argent du pays (vente de biens et ser­vices, rentes, inté­rêts posi­tifs, divi­dendes diverses) sont sous­traites les sorties (achats, loyers, loca­tions, licences, inté­rêts néga­tifs, amendes etc.) Simple.

S’agissant d’un pays, un account balance positif indique que le reste du monde lui doit de l’argent. Et s’il est négatif, il témoigne soit de la « confiance » qu’il inspire aux autres pays… riches.

Tout ça pour en venir où? Sim­ple­ment à ce très inté­res­sant tableau du site de la CIA.

Gosse, ma grand-mère (qui avait long­temps vécu dans la misère) mélan­geait deux dictons pour me répéter ad nauseam qu’il vaut mieux faire envie que pitié, car on ne prête qu’aux riches.

Elle oubliait seule­ment qu’on peut se tromper sur la richesse réelle de ses débi­teurs. Tout comme j’ai long­temps négligé de me fier à la CIA pour avoir une vision objec­tive de la vigueur des États-Unis.

avk

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Un symbole, c’est très fort, très dif­fi­cile à décons­truire, d’où l’importance de bien le choisir au départ. La grande erreur des éco­lo­gistes est pro­ba­ble­ment d’avoir fait de la lutte contre le nucléaire un symbole dont ils ne peuvent se déta­cher, cédant ainsi à un dog­ma­tisme peu raisonnable.

Les éner­gies renou­ve­lables peuvent apporter des solu­tions réelles mais actuel­le­ment locales, et inter­viennent peu dans le bilan pla­né­taire. J’y revien­drai prochainement.

Voici cinq élé­ments favo­rables au rem­pla­ce­ment de l’énergie fossile par l’énergie nucléaire.

  • Il suffit d’un gramme d’uranium pour pro­duire autant d’énergie qu’une tonne de pétrole.
  • Ce gramme d’uranium ne produit de 4% de déchets non réuti­li­sables (soit 0,04 gr).
  • Ces 0,04 gr de déchets sont solides, inertes et peuvent être tenus à l’écart des éco­sys­tèmes, contrai­re­ment aux éner­gies fos­siles dont les pro­duits secon­daires sont dis­sipés dans l’atmosphère.
  • 90% de la radio­ac­ti­vité de ces 0,04 gr dis­pa­raît dans les 10 ans.
  • Des solu­tions éco­no­mi­que­ment réa­listes existent pour assurer une gestion à très long terme de ces déchets. Aucune n’existe pour les déchets des éner­gies fos­siles qui sont la cause pre­mière de la plus grande catas­trophe éco­lo­gique de tous les temps : le réchauf­fe­ment climatique.

Quant aux dangers, il convient de ne pas les mini­miser et de conforter l’indépendance des orga­nismes de nor­ma­li­sa­tion et de contrôle.

D’un autre côté, il ne faut pas négliger les corol­laires directes de l’industrie pétro­lière : conflits armés, soutien à des dic­ta­tures, marées noires, pol­lu­tions urbaines. L’aversion de nom­breux éco­lo­gistes pour le nucléaire en est la com­plice naïve, et mon vote pour eux devient chaque année un peu plus pénible.

Un récon­fort tou­te­fois, cette vision éco­lo­gique pro-nucléaire a un par­tisan de choix en la per­sonne du fon­da­teur de l’hypothèse Gaia : James Love­lock.

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