politique

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Dans son numéro de mars-avril 2006, la revue amé­ri­caine Foreign Affairs publie un article pour le moins intri­guant : « The Rise of U.S. Nuclear Primacy ». Cet article est une étude objec­tive et non polé­mique sur l’augmentation de l’arsenal nucléaire amé­ri­cain et sur ses motivations.

Petit copié-collé du résumé :

« For four decades, rela­tions among the major nuclear powers have been shaped by their common vul­ne­ra­bi­lity, a condi­tion known as Mutual Assured Des­truc­tion. But with the U.S. arsenal growing rapidly while Russia’s decays and China’s stays small, the era of MAD is ending — and the era of U.S. nuclear primacy has begun. »

L’analyse dégage en sub­stance le méca­nisme suivant. Après l’effondrement du Mur de Berlin, les États-Unis se sont trouvés être la pre­mière puis­sance nucléaire et donc dans une situa­tion stra­té­gi­que­ment satis­fai­sante pour se défendre (fut-ce pré­ven­ti­ve­ment pour adopter une rhé­to­rique actuelle) contre l’ensemble des états voyous.

Si cette pré­do­mi­nance s’est for­te­ment ren­forcée sans intérêt stra­té­gique, c’est selon les auteurs (Keir A. Lieber et Daryl G. Press) pour l’unique raison de lancer un message clair : « Nous ne voulons pas que le monde se retrouve à nouveau dans un équi­libre de Mutual Assured Des­truc­tion. Renoncez dès lors à toute course aux arme­ments nucléaires, au risque que nous détrui­sions vos sites et vos bases, et ceci quel qu’en soit le prix. »

Cet article pour­rait passer pour une inter­pré­ta­tion plus ou moins fan­tas­ma­go­rique si Foreign Affairs n’était l’organe offi­ciel du Council of Foreign Rela­tions, lequel n’a pas l’habitude d’ouvrir ses média sans contrôle serré du contenu, de sorte que l’on peut y voir une arrière-porte per­met­tant au gou­ver­ne­ment amé­ri­cain de dire ce qu’il ne peut pas dire.

C’est une évo­lu­tion claire et dure. Main­te­nant que les dis­cours autour du 9–11 ne convainquent plus l’opinion, que la facture ira­kienne suscite de plus en plus de cri­tiques, que la puis­sance conven­tion­nelle des États-Unis a montré ses limites dans tous les récents conflits, un dis­cours appa­raît ici dans une logique et une fran­chise peu rassurantes.

avk

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Musik Messe de Frank­furt : dis­cus­sion pure­ment tech­nique sur la publi­ca­tion numé­rique de fichiers musi­caux inédits et les dif­fé­rents types de licences dis­po­nibles. Comme souvent, quelqu’un qui a du mal à suivre tire la dis­cus­sion vers le bas sous couvert de vouloir lui faire prendre de la hauteur. Il glisse la bonne vieille peau de banane : « Et la frac­ture numérique? »

Cette diver­sion m’agace et je réagis un peu trop vive­ment : « Ben oui, pro­fiter de la musique sur Internet néces­site un ordi­na­teur et une connexion. C’est comme pour les voi­tures ou les vacances : avoir de l’argent favo­rise l’accès à ce qui s’achète. »

Levée de bou­cliers. On s’insurge d’un côté, on me donne raison de l’autre. Le bon vieux clivage gauche/droite n’en finit pas de mourir. Et sur le coup, je suis catalogué…

Dans le train du retour, je lis une étude de Chomsky sur la logique des conser­va­teurs américains :

…/Donc, si vous êtes un sans-abri qui dort dans les rues de Man­hattan, votre premier soucis doit être que les gens dans les hôtels de maître soient heureux, parce qu’alors ils vont investir, l’économie ira bien, les choses fonc­tion­ne­ront, et alors peut-être qu’un petit quelque chose redes­cendra tout dou­ce­ment vers vous. Mais s’ils ne sont pas heureux, tout va finir par s’arrêter et vous ne rece­vrez même pas les petites miettes. (…) Ceci est une méta­phore de toute la société [américaine].

Je l’aime bien, Chomsky, il nous man­quera. Comme nous manque Louis Pauwels. Comme nous manque aussi cette capa­cité à voir combien peut être juste un dis­cours opposé à celui que nous tenons.

avk

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Ah, un lien très inté­res­sant a tou­te­fois été posté : une (très) longue page de zom­bie­time démontre combien la repré­sen­ta­tion de Mahomet est chose cou­rante depuis des siècles (parfois même dans le monde musulman), sans déclen­cher de vagues d’indignation simi­laires à celle-ci. Très inté­res­sant pour sortir du débat mani­chéen où s’enbourbent les para­gons de la liberté d’expression et les chantres du respect des croyances.

Simple exemple, l’illustration que Gustave Doré fit de Mahomet mon­trant ses entrailles à Dante et Virgile :

Mentre che tutto in lui veder m’attacco,
guar­dommi, e con le man s’aperse il petto,
dicendo: « Or vedi com’io mi dilacco!
vedi come stor­piato è Mao­metto!
Dinanzi a me sen va pian­gendo Alì,
fesso nel volto dal mento al ciuf­fetto.
(Dante, Inferno XXVIII)

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Livre éclai­rant que celui de Chris­tian Morel : Les Déci­sions absurdes. Au travers d’un ensemble d’anecdotes tragi-comiques, il démontre les méca­nismes par les­quels un groupe humain peut foncer dans le mur. L’accident de Chal­lenger a été causé par des élé­ments connus de l’ensemble des déci­deurs avant le lan­ce­ment. Deux pétro­liers se foncent l’un sur l’autre alors qu’ils se voient au radar bien long­temps à l’avance et qu’ils ont toute liberté de manoeuvre. Toutes ces déci­sions ne nous semblent absurdes que par notre incom­pré­hen­sion de cer­tains méca­nismes fon­da­men­taux de communication.

Un exemple : « …/ la chute du Boeing 737 d’Air Florida dans le Potomac le 13 janvier 1982, à Washington, au moment du décol­lage. Lors de la check-list, les pilotes avaient omis d’enclencher le méca­nisme de dégi­vrage alors qu’il nei­geait et gelait (…) Lorsque le pilote a inter­rogé « dégi­vrage? » dans la check-list, le com­man­dant a répondu « off! » et ils n’en ont plus reparlé. » Cinq per­sonnes sur­vé­curent parmi les soixante-dix-neuf per­sonnes à bord. Absurde?

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Haldane, je crois, a écrit ceci : « Je pense qu’il suf­fi­rait d’écrire trois lignes pour détruire toute civilisation. »

La confé­rence donnée par Lau­wrence « Larry » Wil­kerson (ancien bras droit de Colin Powell) à la New Ame­rican Foun­da­tion me rap­pelle cette phrase, comme elle me rap­pelle aussi un roman de Buchan : Les cen­trales d’énergie.

Il y a trois jours, cet homme connu seule­ment d’un cénacle res­treint a pu, par ses seuls mots à un audi­toire discret, dresser un tableau à la fois réa­liste et effroyable des cou­lisses du bureau ovale… tableau qui pour­rait bien devenir partie inté­grante de l’histoire en marche.

Ce qui m’inquiète, me fascine et m’émerveille dans ce dis­cours, c’est que rien de ce qu’il dit n’était inconnu. Il n’y a là aucune infor­ma­tion nou­velle. Sim­ple­ment, le récit des évé­ne­ments du 9–11 et de l’invasion ira­kienne est dépos­sédé de ses habi­tuelles réso­nances. Les acteurs des décisions-clé sont trois hommes et une femme qui appa­raissent nus.

Cette des­crip­tion est tendue par de puis­sants cou­rants sha­kes­pea­riens, ce qui me vaut de l’évoquer ici.

Voici le lien :

http://​www​.newa​me​rica​.net/

Et un trop court extrait pour le lecteur pressé :

« We can’t leave Iraq. We simply can’t. I can make that case. No one in this admi­nis­tra­tion has made that case. They have simply pon­ti­fi­cated. That’s all they’ve done. Now, I’m not eva­lua­ting the deci­sion to go to war. That’s a dif­ferent matter. But we’re there, we’ve done it, and we cannot leave. »

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Une info de l’ami Jean Marc…

Selon les esti­ma­tions de l’US General Accoun­ting Office citées par la revue Manu­fac­tu­ring & Tech­no­logy News de sep­tembre 2005, l’US Army aurait utilisé en Irak, depuis le début de l’invasion plus de 1,8 mil­liard de balles de 5,56 mm pour ses M-16 et dérivés. Sachant que les porte-parole de la Coa­li­tion estiment à environ 20.000 le nombre des insurgés, cela repré­sente 90.000 balles tirées par insurgé, sans arriver pour autant à les neutraliser…

Voilà pour­quoi, contrai­re­ment à ce qui s’était passé au Vietnam et en Corée, le comp­tage des corps n’est plus sys­té­ma­ti­que­ment rendu public.

Plus d’infos sur l’excellent antiwar​.com.

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Anne Archet me réjouit cette fois d’une nou­velle poli­tique : au Canada, le parti Rhino renait pour la troi­sième fois. Apparu dans les années 60, il s’était engagé à ne rien pro­mettre et, de toute façon, à ne res­pecter aucune pro­messe qu’il pour­rait malgré tout pro­férer. La récu­pé­ra­tion de ce deuxième point par les partis tra­di­tion­nels fut à l’origine de sa pre­mière dissolution.

Son pro­gramme incluait, entre autres d’ambitieuses réformes :

  • Abolir la loi de la gravitation.
  • Réduire la vitesse de la lumière parce qu’elle va beau­coup trop vite.
  • Paver la pro­vince du Mani­toba pour créer le plus grand sta­tion­ne­ment du monde.
  • Démolir les mon­tagnes Rocheuses de sorte que les élec­teurs de l’Alberta puisse voir le coucher du soleil du Paci­fique, ou les déplacer d’un mètre vers l’ouest comme projet de créa­tion d’emploi.
  • Mettre fin à la crise de l’énergie, en rédui­sant les coûts du trans­port en dépla­çant les villes de Mont­réal de 50 km vers l’ouest et Toronto de 50 km vers l’est.
  • Abolir l’environnement parce qu’il est trop dif­fi­cile de le garder propre et qu’il prend tel­le­ment d’espace.
  • Annexer les États-Unis afin d’élever la tem­pé­ra­ture moyenne du Canada d’un degré Celsius.
  • Faire de la gomme baloune la nou­velle monnaie natio­nale, pour qu’on puisse en faire l’inflation ou défla­tion à volonté.
  • Adopter le système bri­tan­nique de la conduite du côté gauche ; ceci devant être mis en place gra­duel­le­ment, en cinq ans, en com­men­çant avec les gros camions lourds d’abord, puis les autobus, et les petites voi­tures et bicy­clettes en tout dernier.
  • Pour éco­no­miser l’énergie, mettre de grandes roues à l’arrière de toute voiture de sorte qu’elles roulent tou­jours en des­cen­dant une pente.
  • Mettre la dette natio­nale sur une carte Visa.
  • Déclarer la guerre à la Bel­gique car Tintin a tué un rhinocéros.
  • Offrir de mettre fin à la guerre Belgique-Canada si la Bel­gique livre une boîte de moules et une caisse de bière belge au Rhi­no­céros de Mont­réal. (Ce qu’a réel­le­ment fait l’ambassade de Bel­gique à Ottawa !)
  • Exploiter la pluie acide comme source d’énergie élec­trique en plaçant des élec­trodes de métaux dis­si­mi­laires dans les pis­cines cana­diennes afin de les employer comme piles ou batteries.
  • Démé­nager le Vatican à Saint-Bruno-de-Montarville pour pro­mou­voir le tourisme.
  • Trans­former le tunnel Louis Hyp­po­lite Lafon­taine en lave-auto gratuit en perçant des trous au plafond.

Bref, Rhino revient et j’en aime d’autant plus Anne Archet, la liberté et la sub­ver­sion rigolote.

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Une réac­tion à la der­nière annonce de l’administration Bush qui se drape de l’argument plu­ra­liste pour défendre l’enseignement du créa­tion­nisme (pudi­que­ment appelé «intel­li­gent design»). C’est Daniel Dennett qui écrit. C’est juste, intel­li­gent et, comme il se doit en temps de guerre, efficace…

PRESIDENT BUSH, announ­cing this month that he was in favor of tea­ching about « intel­li­gent design » in the schools, said,  « I think that part of edu­ca­tion is to expose people to dif­ferent schools of thought. »» A couple of weeks later, Senator Bill Frist of Ten­nessee, the Repu­blican leader, made the same point. Tea­ching both intel­li­gent design and evo­lu­tion  « doesn’t force any par­ti­cular theory on anyone, »» Mr. Frist said.  « I think in a plu­ra­listic society that is the fairest way to go about edu­ca­tion and trai­ning people for the future. »

Is « intel­li­gent design » a legi­ti­mate school of scien­tific thought? Is there some­thing to it, or have these people been taken in by one of the most inge­nious hoaxes in the history of science? Wouldn’t such a hoax be impos­sible? No. Here’s how it has been done.

First, imagine how easy it would be for a deter­mined band of nay­sayers to shake the world’s confi­dence in quantum physics — how weird it is! — or Ein­stei­nian rela­ti­vity. In spite of a century of ins­truc­tion and popu­la­ri­za­tion by phy­si­cists, few people ever really get their heads around the concepts involved. Most people even­tually cobble toge­ther a jus­ti­fi­ca­tion for accep­ting the assu­rances of the experts: «Well, they pretty much agree with one another, and they claim that it is their unders­tan­ding of these strange topics that allows them to harness atomic energy, and to make tran­sis­tors and lasers, which cer­tainly do work…»

For­tu­na­tely for phy­si­cists, there is no powerful moti­va­tion for such a band of mischief-makers to form. They don’t have to spend much time per­sua­ding people that quantum physics and Ein­stei­nian rela­ti­vity really have been esta­bli­shed beyond all rea­so­nable doubt.

With evo­lu­tion, however, it is dif­ferent. The fun­da­mental scien­tific idea of evo­lu­tion by natural selec­tion is not just mind-boggling; natural selec­tion, by exe­cu­ting God’s tra­di­tional task of desi­gning and crea­ting all crea­tures great and small, also seems to deny one of the best reasons we have for belie­ving in God. So there is plenty of moti­va­tion for resis­ting the assu­rances of the bio­lo­gists. Nobody is immune to wishful thin­king. It takes scien­tific dis­ci­pline to protect our­selves from our own cre­du­lity, but we’ve also found inge­nious ways to fool our­selves and others. Some of the methods used to exploit these urges are easy to analyze; others take a little more unpacking.

A crea­tio­nist pam­phlet sent to me some years ago had an amusing page in it, pur­por­ting to be part of a simple questionnaire:

Test Two

Do you know of any buil­ding that didn’t have a builder? Y/N
Do you know of any pain­ting that didn’t have a painter? Y/N
Do you know of any car that didn’t have a maker? Y/N

If you ans­wered YES for any of the above, give details:
Take that, you Dar­wi­nians! The pre­sumed embar­rass­ment of the test-taker when faced with this task per­fectly expresses the incre­du­lity many people feel when they confront Darwin’s great idea. It seems obvious, doesn’t it, that there couldn’t be any designs without desi­gners, any such crea­tions without a creator.

Well, yes — until you look at what contem­po­rary biology has demons­trated beyond all rea­so­nable doubt: that natural selec­tion — the process in which repro­du­cing enti­ties must compete for finite resources and thereby engage in a tour­na­ment of blind trial and error from which impro­ve­ments auto­ma­ti­cally emerge — has the power to gene­rate brea­th­ta­kingly inge­nious designs.

Take the deve­lop­ment of the eye, which has been one of the favo­rite chal­lenges of crea­tio­nists. How on earth, they ask, could that engi­nee­ring marvel be pro­duced by a series of small, unplanned steps? Only an intel­li­gent desi­gner could have created such a brilliant arran­ge­ment of a shape-shifting lens, an aperture-adjusting iris, a light-sensitive image surface of exqui­site sen­si­ti­vity, all housed in a sphere that can shift its aim in a hun­dredth of a second and send mega­bytes of infor­ma­tion to the visual cortex every second for years on end.

But as we learn more and more about the history of the genes involved, and how they work — all the way back to their pre­de­cessor genes in the sight­less bac­teria from which mul­ti­celled animals evolved more than a half-billion years ago — we can begin to tell the story of how pho­to­sen­si­tive spots gra­dually turned into light-sensitive craters that could detect the rough direc­tion from which light came, and then gra­dually acquired their lenses, impro­ving their information-gathering capa­ci­ties all the while.

We can’t yet say what all the details of this process were, but real eyes repre­sen­ta­tive of all the inter­me­diate stages can be found, dotted around the animal kingdom, and we have detailed com­puter models to demons­trate that the crea­tive process works just as the theory says.

All it takes is a rare acci­dent that gives one lucky animal a muta­tion that improves its vision over that of its siblings; if this helps it have more off­spring than its rivals, this gives evo­lu­tion an oppor­tu­nity to raise the bar and ratchet up the design of the eye by one mind­less step. And since these lucky impro­ve­ments accu­mu­late — this was Darwin’s insight — eyes can auto­ma­ti­cally get better and better and better, without any intel­li­gent designer.

Brilliant as the design of the eye is, it betrays its origin with a tell-tale flaw: the retina is inside out. The nerve fibers that carry the signals from the eye’s rods and cones (which sense light and color) lie on top of them, and have to plunge through a large hole in the retina to get to the brain, crea­ting the blind spot. No intel­li­gent desi­gner would put such a clumsy arran­ge­ment in a cam­corder, and this is just one of hun­dreds of acci­dents frozen in evo­lu­tio­nary history that confirm the mind­less­ness of the his­to­rical process.

If you still find Test Two com­pel­ling, a sort of cog­ni­tive illu­sion that you can feel even as you dis­count it, you are like just about eve­ry­body else in the world; the idea that natural selec­tion has the power to gene­rate such sophis­ti­cated designs is deeply coun­te­rin­tui­tive. Francis Crick, one of the dis­co­ve­rers of DNA, once jokingly cre­dited his col­league Leslie Orgel with «Orgel’s Second Rule»: Evo­lu­tion is cle­verer than you are. Evo­lu­tio­nary bio­lo­gists are often startled by the power of natural selec­tion to dis­cover an «inge­nious» solu­tion to a design problem posed in the lab.

This obser­va­tion lets us address a slightly more sophis­ti­cated version of the cog­ni­tive illu­sion pre­sented by Test Two. When evo­lu­tio­nists like Crick marvel at the cle­ver­ness of the process of natural selec­tion they are not ack­now­led­ging intel­li­gent design. The designs found in nature are nothing short of brilliant, but the process of design that gene­rates them is utterly lacking in intel­li­gence of its own.

Intel­li­gent design advo­cates, however, exploit the ambi­guity between process and product that is built into the word « design. » For them, the pre­sence of a fini­shed product (a fully evolved eye, for ins­tance) is evi­dence of an intel­li­gent design process. But this temp­ting conclu­sion is just what evo­lu­tio­nary biology has shown to be mistaken.

Yes, eyes are for seeing, but these and all the other pur­poses in the natural world can be gene­rated by pro­cesses that are them­selves without pur­poses and without intel­li­gence. This is hard to unders­tand, but so is the idea that colored objects in the world are com­posed of atoms that are not them­selves colored, and that heat is not made of tiny hot things.

The focus on intel­li­gent design has, para­doxi­cally, obs­cured some­thing else: genuine scien­tific contro­ver­sies about evo­lu­tion that abound. In just about every field there are chal­lenges to one esta­bli­shed theory or another. The legi­ti­mate way to stir up such a storm is to come up with an alter­na­tive theory that makes a pre­dic­tion that is crisply denied by the rei­gning theory — but that turns out to be true, or that explains some­thing that has been baf­fling defen­ders of the status quo, or that unifies two distant theo­ries at the cost of some element of the cur­rently accepted view.

To date, the pro­po­nents of intel­li­gent design have not pro­duced any­thing like that. No expe­ri­ments with results that chal­lenge any mains­tream bio­lo­gical unders­tan­ding. No obser­va­tions from the fossil record or geno­mics or bio­geo­graphy or com­pa­ra­tive anatomy that under­mine stan­dard evo­lu­tio­nary thinking.

Instead, the pro­po­nents of intel­li­gent design use a ploy that works some­thing like this. First you misuse or mis­des­cribe some scientist’s work. Then you get an angry rebuttal. Then, instead of dealing for­thrightly with the charges leveled, you cite the rebuttal as evi­dence that there is a «contro­versy» to teach.

Note that the trick is content-free. You can use it on any topic. « Smith’s work in geology sup­ports my argu­ment that the earth is flat, »» you say, mis­re­pre­sen­ting Smith’s work. When Smith responds with a denun­cia­tion of your misuse of her work, you respond, saying some­thing like: «  See what a contro­versy we have here? Pro­fessor Smith and I are locked in a titanic scien­tific debate. We should teach the contro­versy in the class­rooms. »» And here is the deli­cious part: you can often exploit the very tech­ni­ca­lity of the issues to your own advan­tage, coun­ting on most of us to miss the point in all the dif­fi­cult details.

William Dembski, one of the most vocal sup­por­ters of intel­li­gent design, notes that he pro­voked Thomas Schneider, a bio­lo­gist, into a res­ponse that Dr. Dembski cha­rac­te­rizes as « some hair-splitting that could only look ridi­cu­lous to out­sider obser­vers. »» What looks to scien­tists — and is — a kno­ckout objec­tion by Dr. Schneider is por­trayed to most eve­ryone else as ridi­cu­lous hair-splitting.

In short, no science. Indeed, no intel­li­gent design hypo­thesis has even been ven­tured as a rival expla­na­tion of any bio­lo­gical phe­no­menon. This might seem sur­pri­sing to people who think that intel­li­gent design com­petes directly with the hypo­thesis of non-intelligent design by natural selec­tion. But saying, as intel­li­gent design pro­po­nents do, « You haven’t explained eve­ry­thing yet, »» is not a com­pe­ting hypo­thesis. Evo­lu­tio­nary biology cer­tainly hasn’t explained eve­ry­thing that per­plexes bio­lo­gists. But intel­li­gent design hasn’t yet tried to explain anything.

To for­mu­late a com­pe­ting hypo­thesis, you have to get down in the trenches and offer details that have tes­table impli­ca­tions. So far, intel­li­gent design pro­po­nents have conve­niently sides­tepped that requi­re­ment, clai­ming that they have no spe­ci­fics in mind about who or what the intel­li­gent desi­gner might be.

To see this short­co­ming in relief, consider an ima­gi­nary hypo­thesis of intel­li­gent design that could explain the emer­gence of human beings on this planet:

About six million years ago, intel­li­gent genetic engi­neers from another galaxy visited Earth and decided that it would be a more inter­es­ting planet if there was a language-using, religion-forming species on it, so they seques­tered some pri­mates and gene­ti­cally re-engineered them to give them the lan­guage ins­tinct, and enlarged frontal lobes for plan­ning and reflec­tion. It worked.

If some version of this hypo­thesis were true, it could explain how and why human beings differ from their nearest rela­tives, and it would dis­con­firm the com­pe­ting evo­lu­tio­nary hypo­theses that are being pursued.

We’d still have the problem of how these intel­li­gent genetic engi­neers came to exist on their home planet, but we can safely ignore that com­pli­ca­tion for the time being, since there is not the sligh­test shred of evi­dence in favor of this hypothesis.

But here is some­thing the intel­li­gent design com­mu­nity is reluc­tant to discuss: no other intelligent-design hypo­thesis has any­thing more going for it. In fact, my far­fet­ched hypo­thesis has the advan­tage of being tes­table in prin­ciple: we could compare the human and chim­panzee genomes, looking for unmis­ta­kable signs of tam­pe­ring by these genetic engi­neers from another galaxy. Finding some sort of user’s manual neatly embedded in the appa­rently func­tion­less « junk DNA » that makes up most of the human genome would be a Nobel Prize-winning coup for the intel­li­gent design gang, but if they are looking at all, they haven’t come up with any­thing to report.

It’s worth poin­ting out that there are plenty of sub­stan­tive scien­tific contro­ver­sies in biology that are not yet in the text­books or the class­rooms. The scien­tific par­ti­ci­pants in these argu­ments vie for accep­tance among the rele­vant expert com­mu­ni­ties in peer-reviewed jour­nals, and the writers and editors of text­books grapple with judg­ments about which fin­dings have risen to the level of accep­tance — not yet truth — to make them worth serious consi­de­ra­tion by under­gra­duates and high school students.

So get in line, intel­li­gent desi­gners. Get in line behind the hypo­thesis that life started on Mars and was blown here by a cosmic impact. Get in line behind the aquatic ape hypo­thesis, the ges­tural origin of lan­guage hypo­thesis and the theory that singing came before lan­guage, to mention just a few of the enti­cing hypo­theses that are acti­vely defended but still insuf­fi­ciently sup­ported by hard facts.

The Dis­co­very Ins­ti­tute, the conser­va­tive orga­ni­za­tion that has helped to put intel­li­gent design on the map, com­plains that its members face hos­ti­lity from the esta­bli­shed scien­tific jour­nals. But esta­blish­ment hos­ti­lity is not the real hurdle to intel­li­gent design. If intel­li­gent design were a scien­tific idea whose time had come, young scien­tists would be dashing around their labs, vying to win the Nobel Prizes that surely are in store for anybody who can over­turn any signi­fi­cant pro­po­si­tion of contem­po­rary evo­lu­tio­nary biology.

Remember cold fusion? The esta­blish­ment was incre­dibly hostile to that hypo­thesis, but scien­tists around the world rushed to their labs in the effort to explore the idea, in hopes of sharing in the glory if it turned out to be true.

Instead of spen­ding more than $1 million a year on publi­shing books and articles for non-scientists and on other public rela­tions efforts, the Dis­co­very Ins­ti­tute should finance its own peer-reviewed elec­tronic journal. This way, the orga­ni­za­tion could live up to its self-professed image: the doughty defen­ders of brave ico­no­clasts bucking the establishment.

For now, though, the theory they are pro­mo­ting is exactly what George Gilder, a long-time affi­liate of the Dis­co­very Ins­ti­tute, has said it is: «Intel­li­gent design itself does not have any content.»

Since there is no content, there is no «contro­versy» to teach about in biology class. But here is a good topic for a high school course on current events and poli­tics: Is intel­li­gent design a hoax? And if so, how was it perpetrated?

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La radio. Six, puis quatre atten­tats à Londres. Blair est au G8 et dit qu’il revient à Londres. Chirac fait suc­céder sa sym­pa­thie à ses féli­ci­ta­tions de la veille. Bush pense conti­nuer sa guerre au ter­ro­risme (et je sens qu’il prie pour « que per­sonne ne me demande si je suis en train de la gagner ou de la perdre »). Aujourd’hui : édi­tions spé­ciales, grosses man­chettes, invités, inter­views entre confrères, petits récits et grandes analyses.

Trente-sept morts. Moi, je me dit que c’est pas mal en terme d’efficacité média­tique. Avec le World Trade Center, nous étions dans le mytho­lo­gique mais aussi dans le coûteux, voire dans le dérai­son­nable. À Londres, nous reve­nons à échelle humaine. 37 morts pour 4 atten­tats, cela fait grosso-modo 9 morts (et 120 blessés plus ou moins lourds) par bombe. L’on est dans des pro­por­tions qui sont quo­ti­diennes dans bien des régions du monde. L’opération est bien moins coû­teuse en vies humaines que, je ne sais pas moi, la ciga­rette l’automobile ou la cani­cule. On s’achemine vers le ter­ro­risme propre.

Il faut dire qu’il y avait des images. Du sang et des car­casses métal­liques mais cela, c’est assez commun. En plein Londres c’est plus ori­ginal (quoique, le métro, cela manque réel­le­ment de visuel.) Aussi, il y avait tous ces lon­do­niens à pied dans les rues, se deman­dant comment rentrer chez eux. L’imaginaire aussi : et si cela arri­vait à Paris, à Bruxelles ou à Redu? Alors Vil­lepin et Verhofd­stadt expliquent pour l’un que le plan Vigi­pi­rate passe au rouge et pour l’autre qu’il n’y a aucune raison de prendre des mesures sup­plé­men­taires. Nou­veaux com­men­taires, inter­views entre confrères, petits récits et grandes ana­lyses. D’attentats en atten­tats, la machine média­tique s’améliore dans ses capa­cités d’amplifier un phé­no­mène (qu’il est poli­ti­que­ment plus correct d’amplifier que de minimiser).

Un forum isla­miste fait paraître un texte reven­di­catif. On s’interroge mol­le­ment sur les moti­va­tions. Acte reli­gieux? Poli­tique? Culturel, Socio­lo­gique? Psy­cho­pa­tho­lo­gique? Com­men­taires, inter­views entre confrères, petits récits et grandes analyses.

Pour­quoi Londres? Pour­quoi cette date? A cause du G8, des jeux olym­piques, du procès de l’imam Bazar? Com­men­taires, ana­lyses, etc.

J’ai parlé d’efficacité média­tique, ce qui est très limi­tatif. Un type qui meurt du cancer après avoir pollué ses contem­po­rains durant des décen­nies ne produit rien (sauf 10 cm2 d’autoroute s’il a légué ses poumons à l’état). Pour leur part, ces 37 morts n’ont pas seule­ment produit une belle caisse de réso­nance à un courant ter­ro­riste, ils ont boosté la popu­la­rité de poli­ti­ciens, confortés des idéo­lo­gies en sens divers, dyna­misé les ventes de presse écrite et les audi­mats, ali­menté les conver­sa­tions dans les familles, les can­tines et les librai­ries de quar­tier, res­serré des liens sociaux, suscité inter­ro­ga­tions chez les intel­lec­tuels et conforté cer­ti­tudes chez ceux qui en ont besoin.

Dans la version mon­dia­liste du ter­ro­risme, il y a de plus en plus de gagnants et de moins en moins de perdants…

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Passé deux heures avec un conseiller minis­té­riel, dans une confu­sion que je sais ne pas être seul à avoir expérimentée…

On two occa­sions I have been asked [by members of Par­lia­ment!] : « Pray, Mr. Babbage, if you put into the machine wrong figures, will the right answers come out? » I am not able rightly to appre­hend the kind of confu­sion of ideas that could provoke such a ques­tion.

Charles Babbage

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Je passe la soirée d’hier avec un ami musi­cien. Ce qu’on appelle un grand musi­cien. Vir­tuose, ami de Shos­ta­ko­vitch, concerts sur tous les conti­nents, nom­breux disques, cri­tiques mer­veilleuses dans le New York Times. Ce type m’énerve.

Il a connu la per­sé­cu­tion poli­tique en URSS, a émigré en Israël dès qu’un mur est tombé, puis en Bel­gique. Il est Juif, marié, bedon­nant, arro­gant et tou­te­fois sympathique.

Il m’énerve parce qu’il vote pour le Vlaams Blok (ou Vlaams Belang), bref un parti d’extrême-droite qui a été condamné (ainsi que de nom­breux de ses membres fon­da­teurs) pour racisme. Un parti peuplé de révi­sion­nistes et nazi-nostalgiques.

Je lui dis : « Mais beau­coup sont des nos­tal­giques du Reich, des nazi!
– Ils veulent mettre de l’ordre en rue. On ne peut plus se pro­mener sans risquer de se faire atta­quer.
– Ils exa­gèrent des pro­blèmes et ne pro­posent pas de solu­tion réa­liste.
– Oui : moins d’étrangers!
– Mais tu es étranger!
– Moins d’arabes, moins d’albanais, moins d’africains!
– Tu seras dans le premier wagon.
– J’ai connu une dic­ta­ture, toi pas. Tu ne sais pas de quoi tu parles. »

Je com­prends pour­quoi il m’énerve. Ce n’est pas parce qu’il vote pour un parti d’apprentis nazillons. Il m’énerve parce que je n’arrive pas à lui faire entre­voir ce qui est pour moi une évi­dence. Il m’énerve parce qu’il n’est pas un salaud. Il n’est même pas un imbé­cile. Il m’énerve parce que je ne le com­prends pas. Et sans doute est-ce une incom­pré­hen­sion com­pa­rable qui le pousse à cet immonde para­doxe. Et, croyant avoir compris cela, je me promets de lui faire lire ce billet.

avk

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Le dernier billet m’a rappelé une inter­view radio­pho­nique de Schuiten, entendue il y a près d’un an et que j’espère ne pas trop déformer. À propos des trans­ports urbains, il pro­po­sait les méta­phores suivantes :

Le train est un sabre. La ville s’en trouve bala­frée. Des décen­nies après, les bour­re­lets de la cica­trice de la jonc­tion Nord-Midi continue de défi­gurer Bruxelles.

Le métro est un viol. Bles­sures sou­ter­raines, affleu­rant en des lieux dis­pa­rates que rien ne semble relier, igno­rant les formes de la ville, sac­ca­geant ses strates endor­mies. Bouches béantes où s’engouffrent des foules d’inconnus aux heures de pointe.

Le tram est une caresse.

J’adore le tram, y lire Blake, Eliot ou une BD.

Les trams sont le fleuve épar­pillé et étin­ce­lant de Bruxelles, la conso­la­tion des flots souterrains.

avk

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Dia­logue de sourds. Je ren­contre un poli­ti­cien lors d’une céré­monie. Comme il s’emmerde et qu’il voit que moi aussi, il me demande ce que je fais dans la vie (dans la vie !?) Je lui dis être éditeur et m’abstiens de jus­tesse d’ajouter un «Et vous?» De fil en aiguille, j’en viens à lui expli­quer comment se décide une édition.

« Pas très démo­cra­tique, conclut-il.
– Heu­reu­se­ment, vous ima­ginez ce que serait la culture?
– Idéale : elle repré­sen­te­rait ce qu’aiment réel­le­ment les gens. »
J’ai conscience d’être tombé sur un dog­ma­tique de la démo­cratie, sur le type qui fait voter ses gosses pour savoir s’ils vont se brosser les dents. Aucun subside ne dépen­dant de son minis­tère, je me mets en tête de pour­suivre ma mission édu­ca­trice et lui demande :
« Vous pré­férez donc TF1 à Arte?
– Je ne vois pas le rapport.
– Ben, l’audience étant pro­por­tion­nelle à l’attrait des gens, on peut ima­giner qu’un choix démo­cra­tique conduise à une culture plus proche de TF1 que d’Arte.
– Et alors? »
Là, il m’a eu. Il a répondu ça sans la moindre hési­ta­tion, comme ça, du tac au tac. Oui, et alors?

Sur le moment, je me suis dit que mon dis­cours était aussi dog­ma­tique que le sien. J’ai pensé que je ne pour­rais m’en tirer qu’en faisant réfé­rence à mes aspi­ra­tions per­son­nelles. De gus­tibus… Après coup, je me dis que j’aurais pu argu­menter sur des élé­ments objec­tifs tels que la diver­sité cultu­relle ou les créa­tions contem­po­raines jugées éli­tistes jusqu’à ce qu’elles ins­pirent un créa­teur qui les plongent dans le grand public. Bref, que ce sont les com­po­si­teurs passant aujourd’hui sur Arte qui façonnent le TF1 de demain par un fais­ceau d’influences qui n’ont que peu de réci­proques. D’un autre côté, je déteste ce dis­cours. Je déteste devoir jus­ti­fier ration­nel­le­ment des lignes artistiques.

Bon, un p’tit Bowmore pour y voir plus clair… fatigué, moi!

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