De quelques caractéristiques de l’Effet Flynn

L’effet Flynn désigne l’augmentation dans le temps du QI moyen d’une popu­la­tion, mesuré à l’aide de tests donnés. Sa décou­verte a semé une certaine perplexité dans les ‘High-IQ societies’ : si de plus en plus de gens réus­sissent les tests, ces derniers ne seraient donc pas des étalons fiables. En fait, ils sont seulement moins inusables et néces­sitent de fréquentes réac­tua­li­sa­tions.

Attention, il s’agit bien de QI et non d’intelligence. Comme l’a souligné Ulric Neisser dans Scien­tific American : «Test scores are certainly going up all over the world, but whether intel­li­gence itself has risen remains contro­ver­sial».

Ce qui me vaut de vous en parler est que l’excellent Marginal Revo­lu­tion mentionne une publi­ca­tion récente du Journal of Clinical and Expe­ri­mental Neuro­psy­cho­logy. Il s’agit d’un article de Merrill Hiscock qui met prin­ci­pa­le­ment en évidence les deux carac­té­ris­tiques suivantes :

1. Les gains en perfor­mance sont d’autant plus impor­tants que les tests sont culture-free (et donc que le QI non verbal augmente plus vite que le verbal).

2. Ces gains en perfor­mance sont grosso-modo constants au sein de chaque tranche d’âge.

Si la première conclu­sion confirme des obser­va­tions, la seconde va à l’encontre des expli­ca­tions envi­ron­ne­men­tales les plus évidentes de l’effet Flynn : le fait que les parents apportent plus d’attention à l’intelligence des bébés, ou que les jeux vidéos stimulent le cerveau p. ex.

[article original]
[source]
[Wikipedia]

QI et idéologies

C’est comme la marée. De temps à autres, la notion de QI est utilisée pour alimenter des idéo­lo­gies tris­tou­nettes. Il y a quelques années, le discours était du type :

QI => mesure => élitisme => eugénisme => racisme

À quelques excep­tions près, tout le monde s’entend bien aujourd’hui pour admettre que QI n’est pas synonyme d’intelligence et qu’il ne mesure avec précision que lui-même. Ainsi que le disait en plai­san­tant à moitié Binet à un jour­na­liste :

Que mesurent vos tests?
— Le Q.I.
— Et qu’est-ce que le Q.I.?
— Ce que mesurent mes tests.

Cette boutade ne doit pas masquer qu’il existe certaines corré­la­tions statis­tiques (et non pas indi­vi­duelles) entre QI et, par exemple, réussite sociale. D’où l’émergence d’un nouveau discours qui, au contraire du premier, n’est pas hostile à la notion de QI. Mais il nous la sert dans un ragoût parti­cu­liè­re­ment émétique :

Le QI moyen d’une société humaine lui apporte une haute plus-value. Il convient donc de le conserver. Le QI moyen d’autres ethnies est inférieur. Évitons donc les mélanges et fermons les fron­tières.

Tyler Cohen a publié dans le très inté­res­sant Marginal Revo­lu­tion un court article suivi de très nombreux commen­taires qui donnent un très bon éclairage du problème.

avk

Le QI des femmes

Vingt-cinq pour cent des membres de Mensa sont des femmes et 100% de ces femmes posent un jour la question : « Pourquoi n’est-on que 25%? » Il est alors très amusant de voir les vieux briscards se livrer à des contor­sions rhéto­riques qui ne sont plus de leur âge pour expliquer que :

  • la pression sociale blabla ;
  • dans un couple blabla ;
  • l’esprit de compé­ti­tion blabla ;
  • une certaine coop­ta­tion blabla…

Sans vouloir invalider ces méri­toires tenta­tives de justi­fi­ca­tion, je m’émerveille que jamais ne soit ébauchée l’hypothèse selon laquelle le QI moyen des femmes pourrait être inférieur à celui des hommes.

Imaginons que quelqu’un (pas moi bien sûr, mais un mal élevé, un tracas­sier, un malveillant) veuille étoffer cette goujate hypothèse. Eh bien, une étude de 2004 risque bien d’apporter de l’eau à son incorrect moulin. Intitulée Testing the deve­lop­mental theory of sex diffe­rences in intel­li­gence on 12–18 year olds, cette étude est parue sous les plumes de Roberto Colom et Richard Lynn dans la revue Perso­na­lity and Indi­vi­dual Diffe­rences (Volume 36, Issue 1, janvier 2004, pages 75–82).

Selon ces audacieux cher­cheurs, les rythmes de déve­lop­pe­ment diffé­rents entre garçons et filles expli­que­raient que ces dernières atteignent leur QI adulte plus rapi­de­ment que les garçons… mais se font ensuite dépasser. En outre, l’écart entre les QI corres­pond assez bien avec celui séparant les volumes des cerveaux, soit près de 4,3 points.

J’en entends déjà chuchoter : « Mais c’est bien sûr! Pourquoi le QI serait-il le seul paramètre équi­ta­ble­ment réparti entre hommes et femmes? »

(Sur ce, je vais prendre mon bain. Comme disait Charlotte Corday : « Un bon bain n’a jamais fait de mal à personne. »)

avk