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Du respect
Le respect est une valeur que la plupart des civi­li­sa­tions, des reli­gions et des mou­ve­ments phi­lo­so­phique tiennent en haute estime. Elle implique que l’on accepte qu’une per­sonne pense dif­fé­rem­ment, ce qui est très bien car cela permet d’éviter des conflits bien coûteux.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul avan­tage puisque la per­sonne qui en fait montre se hisse au-dessus de pos­sibles que­relles, affir­mant par là une com­pré­hen­sion et donc une intel­li­gence qui ne sont pas données à tout le monde. Être res­pec­tueux est donc dou­ble­ment gratifiant.

Sur le plan reli­gieux par exemple, les croyants entre­te­nant com­merce spi­ri­tuel avec d’autres confes­sions sont tenus pour plus éclairés que ceux-là qui se battent, à Jéru­salem, Belfast ou dans les Balkans pour faire pré­va­loir leur inter­pré­ta­tion de tel texte consi­déré comme sacré. Qui n’a pas été ému par ces images de Juifs et de Musul­mans fra­ter­ni­sant sur un champ de ruines ou dans un film de Gérard Oury ?

Je me sou­viens d’un rai­son­ne­ment fal­la­cieux véhi­culé par des auto­col­lants que l’industrie ciga­ret­tière avait dis­tri­bués lorsque les poli­tiques s’interrogeaient sur la per­ti­nence d’interdire le tabac dans les res­tau­rants : « Fumeur ou pas, restons cour­tois. » Cette phrase est fal­la­cieuse en ce sens qu’elle ignore l’une des pré­misses du débat sur la tabagie dans les lieux publics : le fait d’enfumer ses voisins de table est un manque de courtoisie.

Un autre rai­son­ne­ment fal­la­cieux consiste à assi­miler une chose à une autre. Par exemple, à assi­miler les per­sonnes à leurs idées, on en vient à consi­dérer que ce sont les idées qu’il convient de res­pecter avant les hommes. La notion de blas­phème n’est rien d’autre. Et le respect des idées, c’est l’exact opposé de la démarche scien­ti­fique qui recherche la confron­ta­tion (la fameuse réfu­ta­bi­lité poperrienne).

L’eau dans le vin
Qui­conque a déjà mis de l’eau dans son vin sait per­ti­nem­ment qu’il n’a réussit qu’à gâcher chacun des deux breu­vages. Pour­tant, c’est bel et bien ce que cherchent à faire de nom­breux scien­ti­fiques athées confrontés à des inter­lo­cu­teurs croyants. Prenons l’exemple du catho­li­cisme. Un catho­lique se dis­tingue prin­ci­pa­le­ment d’un chré­tien par le fait qu’il accepte cer­tains dogmes comme l’Assomp­tion de la Vierge (qui implique que celle-ci soit montée au ciel corps et âme) ou la trans­sub­stan­tia­tion (qui implique une trans­mu­ta­tion réelle, non sym­bo­lique, du vin en sang et de l’hostie en chair).

Un scien­ti­fique athée ne peut (comme scien­ti­fique) ni ne veut (comme athée) accepter l’idée que le vin se change sys­té­ma­ti­que­ment en sang à chaque rituel eucha­ris­tique. Pour­tant, alors qu’il n’hésitera pas à donner son avis sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, sur la vie extra­ter­restre, sur l’intelligence arti­fi­cielle ou sur les neu­trinos supra­lu­mi­niques, il se cen­su­rera s’il est ques­tion de la montée de la Vierge ou de la sur­vi­vance d’une âme après la mort. Sans doute sous le couvert que ne pas res­pecter des idées qui sont aussi ancrées dans l’identité d’un homme, c’est aussi manquer de respect à cet homme.

NOMA
L’avancée des sciences de l’évolution et des neu­ros­ciences depuis les années 80 ont exa­cerbé ce type de confu­sion à tel point que cer­tains cher­cheurs amé­ri­cains, par ailleurs croyants, ont proposé un étrange modèle qui semble se popu­la­riser dans de nom­breuses sphères académiques.

Dans Rocks of Ages: Science and Reli­gion in the Full­ness of Life1, Stephen Jay Gould affirme que « la science et la reli­gion ne se regardent pas de travers mais s’entrelacent dans des figures com­plexes qui s’offrent des simi­li­tudes croisée à chaque échelle frac­tale. » Bref, pour le res­pec­table paléon­to­logue, science et reli­gion ne sont pas en concur­rence mais bien dans des rap­ports de com­plé­men­ta­rité et d’homologie. Il appelle donc reli­gieux et scien­ti­fiques de bonne volonté à consi­dérer ce qui lui appa­raît comme une évi­dence et à avancer main dans la main dans cette posture diplo­ma­tique désor­mais connue sous l’étiquette de Non-overlapping magis­teria (NOMA) ou d’accommodationisme.

Bien sûr, Gould peut mettre en doute cer­tains dogmes catho­liques mais il reste selon lui des élé­ments tels que l’âme qu’il consi­dère à la fois exister et être en dehors du magis­tère de la science : « Moreover, while I cannot per­so­nally accept the Catholic view of souls, I surely honor the meta­pho­rical value of such a concept both for groun­ding moral dis­cus­sion and for expres­sing what we most value about human poten­tia­lity: our decency, care, and all the ethical and intel­lec­tual struggles that the evo­lu­tion of conscious­ness imposed upon us. »2

Le NOMA reçut un crédit ines­péré quand, en 1999, la National Academy of Sciences déclara que « Scien­tists, like many others, are touched with awe at the order and com­plexity of nature. Indeed, many scien­tists are deeply reli­gious. But science and reli­gion occupy two sepa­rate realms of human expe­rience. Deman­ding that they be com­bined detracts from the glory of each. »3 C’est beau comme du Walt Disney.

Tel est donc le partage des braves demandé par le NOMA : la science garde l’empirisme et la modé­li­sa­tion du monde maté­riel ; la reli­gion se voit attri­buer les ques­tion­ne­ments fon­da­men­taux et la morale surnaturelle.

… ou plutôt OMA
Quelques élé­ments devraient tou­te­fois être consi­dérés par les scien­ti­fiques séduits par le visage avenant de NOMA.

  1. Les reli­gions ont des causes et des effets qui sont notam­ment his­to­riques, éco­no­miques et psy­cho­lo­giques. La démarche scien­ti­fique cesser d’étudier l’histoire, de dresser des modèles éco­no­miques et se détourner de la bio­chimie du cerveau ? Une réponse posi­tive mar­que­rait un recul par rapport aux acquis des Lumières. Une réponse néga­tive ne satis­fera pas de nom­breux croyants. Il y a over­lap­ping.
  2. Les reli­gions reposent chacune sur un corpus de récits qui sont scien­ti­fiques de nature : miracles, sacre­ments, prières et autres évé­ne­ments sur­na­tu­rels qui ont pour prin­ci­pale carac­té­ris­tique d’être réels, mesu­rables et en contra­dic­tion avec les prin­cipes de la science en vigueur. Les plus hauts digni­taires reli­gieux ne semblent guère prêts à déclarer que tout ceci n’est que méta­phores et sym­boles. Ici encore, il y a over­lap­ping.
  3. Pour­quoi la reli­gion serait-elle le seul objet que la science ne pour­rait pas étudier, cri­ti­quer et aborder ration­nel­le­ment ? Si l’objet reli­gieux trans­cende le monde naturel, une étude maté­ria­liste ne pour­rait en aucun cas lui nuire. Après tout, étudier le phé­no­mène amou­reux ne nuit guère aux sen­ti­ments. L’over­lap­ping ne devrait pas gèner la foi.
  4. NOMA pré­sup­pose que le monde n’est pas tota­le­ment rationnel, puisque les ques­tion­ne­ments fon­da­men­taux n’y sont pas objets de démarche empi­rique. C’est là un pos­tulat qui semble taillé pour les reli­gions et qui, dès lors, ne pourra jamais être réfuté. Le NOMA se ver­rouille de lui même, ce qui le rend encore un peu moins sym­pa­thique. Ce ver­rouillage est un over­lap­ping.
  5. La démarche scien­ti­fique repose sur le critère de réfu­ta­bi­lité, lequel ne doit être en rien limité. Si j’énonce que « La Lune est en fromage blanc », tout le monde est en droit de tenter de réfuter cet exposé sans aucune res­tric­tion. Je pourrai à mon tour essayer de réfuter ces réfu­ta­tions. Cette dyna­mique contra­dic­toire s’enrichira d’observations, expé­ri­men­ta­tions et modé­li­sa­tions qui ren­for­ce­ront l’une ou l’autre thèse. Mais si l’on s’interdit de toucher à cer­tains objets de notre monde, on pourra parfois se trouver en face d’énoncés qui ne pour­ront plus être réfutés. Et petit à petit, le domaine scien­ti­fique s’effilochera au détri­ment du magis­tère reli­gieux. Nouvel over­lap­ping.
  6. À l’image de l’Intel­li­gent Design qui n’est autre que du créa­tion­nisme outra­geu­se­ment maquillé, NOMA semble bien être une version moderne de cette vieille his­toire où l’on pouvait goûter de tous les fruits du jardin sauf d’un seul: celui de la connaissance.

Le propre de la démarche scien­ti­fique est – quand elle n’est pas dévoyée – d’accepter tout énoncé qui se prête à la réfu­ta­tion. C’est un système ouvert. Le propre d’un système reli­gieux – quand il n’est pas dévoyé –, c’est de reposer sur des récits qui ne sont pas réfutables.

C’est un vieux débat de savoir si les démo­cra­ties doivent accepter en leur sein des partis qui veulent sa mort. De nom­breux dic­ta­teurs sont venus ainsi au pouvoir, démo­cra­ti­que­ment élus, pour voter l’abolition de la démo­cratie. Per­son­nel­le­ment, je pense ce risque accep­table, du moins dans des sociétés dis­po­sant d’un certain niveau d’éducation et de canaux d’informations contra­dic­toires. Même si le risque est réel, c’est accep­table car les partis démo­cra­tiques pour­ront com­battre leurs adver­saires à armes égales. Ce serait en revanche inac­cep­table si ces partis étaient pro­tégés par une clause de non-agression.

Croyants et scien­ti­fiques doivent convenir – peu importe que ce soit pour des raisons dis­tinctes – que le monde est unique et cohé­rent. Y construire un mur de Berlin tel que le NOMA est une insulte à l’intelligence et, m’ont confié des amis croyants, à la foi.

Le respect des hommes et des femmes est le ciment d’une civi­li­sa­tion ouverte.
Le respect des idées est le terreau du dogmatisme.

Et si vous n’êtes pas d’accord, bienvenue !

avk

Réfé­rences

Wiki­pedia


  1. Gould, Stephen Jay (2002). Rocks of Ages: Science and Reli­gion in the Full­ness of Life. New York: Bal­lan­tine Books. ISBN 034545040X
  2. Gould, Stephen Jay (1997). « Nono­ver­lap­ping Magis­teria. » Natural History 106 (March): 16–22. 
  3. Stee­ring Com­mittee on Science and Crea­tio­nism (1999). « Science and Crea­tio­nism: A View from the National Academy of Sciences ». NAS Press. Retrieved 2007-11-16. 

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Beau­coup de gens pensent que le climat est un des pro­blèmes majeurs de notre époque. C’est faux, parce que le climat est d’abord une for­mi­dable res­source natu­relle. C’est grâce aux res­sources du climat que les plantes poussent (chaleur, rayon­ne­ment, eau) et nous nou­rissent. C’est aussi grâce au climat que tournent les éoliennes et que l’eau séva­pore et s’accumule dans les barrages.

« J’ai de sérieuses raisons de croire que la planète d’où venait le petit prince est l’astéroïde B 612. Cet asté­roïde n’a été aperçu qu’une fois au téles­cope, en 1909, par un astro­nome turc. Il avait fait alors une grande démons­tra­tion de sa décou­verte à un Congrès Inter­na­tional d’Astronomie. Mais per­sonne ne l’avait cru à cause de son costume. Les grandes per­sonnes sont comme ça. Heu­reu­se­ment pour la répu­ta­tion de l’astéroïde B 612 un dic­ta­teur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s’habiller à l’Européenne. L’astronome refit sa démons­tra­tion en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis. » Antoine de Saint Exupéry, Le petit prince. illus­tra­tions extraites de http://​www​.thought​for​theday​.com​.au/​i​m​a​g​e​s​/​T​h​e​_​l​i​t​t​l​e​_​p​r​i​nce_II.pdf

Le climat est la seule res­source natu­relle dont nous ne verrons pas la fin, qui ne s’épuisera pas tant que la terre sera terre et que le soleil restera soleil. Mais le climat change, et le chan­ge­ment du climat est perçu comme un risque majeur à cause de son impor­tance pour de très nom­breuses acti­vités humaines. Le climat est chan­geant (variable) par nature, et nous accé­lé­rons sa varia­bi­lité par nos acti­vités, surtout indus­trielles et agri­coles (trans­ports, pro­duc­tion d’energie, uti­li­sa­tion d’engrais, défri­che­ments etc).

Il se fait que nous, êtres humains, crai­gnons le chan­ge­ment. Nous pensons que le chan­ge­ment est néces­sai­re­ment négatif et nous avons une peur irrai­sonnée de ce qui n’est pas entiè­re­ment pré­vi­sible. Il faut relire Eric Hoffer (1976), un philosophe-docker New-Yorkais qui a analysé les racines de notre phobie du chan­ge­ment et les com­por­te­ments que nous adop­tons quand nous sommes en état d’incertitude.

Je pense que notre réac­tion face au chan­ge­ment cli­ma­tique est souvent, elle aussi, irra­tion­nelle, et très mal informée. Mais nous avons une excuse: nous faisons confiance à ceux qui savent. Qui sont-ils, ceux qui savent? Avant tout le GIEC (Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­mental sur l’évolution du climat), mieux connu sous son sigle anglais IPCC. Le GIEC est un groupe d’experts à la struc­ture très hié­ra­chisée établi en 1988 par l’Orga­ni­sa­tion Météo­ro­lo­gique Mon­diale et le Pro­gramme des Nations Unies pour l’Environnement. Depuis 1988, le bébé a grandi, il a pris de l’assurance et de l’arrogance; il nous prédit désastres, misère, famines et autres points de non retour.

Beau­coup de cli­ma­to­logues, autre­ment gens sensés et pla­cides, ont pris goût au pouvoir. Ils ont érigé leur fond de com­merce en dogme; ils détiennent doré­va­vant la vérité et per­sé­cutent toutes les déviances… J’ai publié ailleurs des notes dans ce sens, sur le mode humo­ris­tique (par exemple ici). Il se fait que les rap­ports pério­diques d’IPCC, qui sont consi­dérés avec une révé­rence quasi reli­gieuse, ne sont pas exempts d’erreurs. On y affirme, par exemple, que cer­tains pays afri­cains verront leur pro­duc­tion agri­cole dimi­nuer de moitié d’ici 2020. Tout qui a un minimum de connais­sance de l’agriculture et du climat perçoit immé­dia­te­ment qu’il s’agit là d’une invrai­sem­blance pro­fonde. J’ai examiné ce point précis de près (d’abord sur le site web de la FAO et ensuite ici) pour montrer comment, d’erreurs de tra­duc­tion en syn­thèses de rac­courcis de résumés ces incon­gruités peuvent prendre naissance.

L’auteur de ce billet a passé les trente-cinq der­nières années a étudier les inter­ac­tions entre climate et agri­cul­ture. Non pas dans une optique théo­rique mais pra­tique, en aidant nombre de pays à prévoir leurs récoltes. Je suis catas­trophé (on me passera l’expression) de lire que notre futur serait fait de désastres liés au climat. Actuel­le­ment, les fac­teurs extrêmes atmo­sphé­riques sont certes spec­ta­cu­laires, mais leur impact est insi­gni­fiant, notam­ment sur la pro­duc­tion agri­cole. Par contre, les impacts de toutes les micro-déficiences chro­niques du climat (poches de séche­resse, grêle, insectes favo­risés par les condi­tions cli­ma­tiques etc) conduisent à des pertes bien plus impor­tantes et pour la plupart invisibles.

Il y a ensuite le fait que les pro­jec­tions d’impact font inter­agir un climat futur (incer­tain) avec toutes nos acti­vités futures (dont nos sys­tèmes de pro­duc­tion agri­cole) qui sont encore plus incer­taines. La vérité, c’est que nous sommes dans un flou profond, et ce n’est pas le nombre de publi­ca­tions qui y chan­gera grand chose.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours (24 novembre 2011), un réexamen des donnés cli­ma­tiques anciennes par Schmittner et al. semble indi­quer que, peut-être, nous avons sur­es­timé la force du lien entre gaz car­bo­nique et tem­pé­ra­ture de l’atmosphère. La nou­velle a bien entendu été reprise par la presse internet popu­laire, par exemple Science Daily qui annonce Climate Sen­si­ti­vity to Carbon Dioxide More Limited Than Extreme Pro­jec­tions, Research Shows. En deux mots: les aug­men­ta­tions de tem­pé­ra­ture pro­je­tées seraient exces­sives, ce qui rédui­rait aussi l’augmentaton du niveau de la mer (effet dû surtout à la dila­ta­tion ther­mique de l’eau). Voilà qui déce­vrait les catas­tro­phistes! J’attends avec impa­tience les réactions!

En atten­dant, j’ai écrit le petit texte ci-dessous pour expli­quer mon point de vue! J’hésite à l’appeler un credo cli­ma­tique, parce que je sais ce que credo a de dog­ma­tique… Je l’appellerai donc

Exer­cice de style en forme de credo cli­ma­tique

Je crois au climat qui change
qui a tou­jours changé et conti­nuera a changer
depuis que les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient
que les volcans crachent pous­sières et CO2
que la constante solaire n’arrête pas de varier
que les océans et l’atmopshère interagissent
que l’astronomie existe et que Milan­kovic est son prophète
Je crois aussi que l’homme inten­sifie et accé­lère le changement
par ses émis­sions de gaz à effet de serre
sa myopie intellectuelle
son appât du gain
et le mépris pour ses enfants
Je crois que les impacts du climat – comme tous les impacts -
sont et res­te­ront le produit de deux fac­teurs inégaux
les carac­té­ris­tiques du climat et la vul­né­ra­bi­lité de notre société
dont la concen­tra­tion géo­gra­phique de nos activités
leur loca­li­sa­tion
la des­truc­tion des milieux natu­rels en surface et en nombre
et tous nos oeufs dans les mêmes paniers
ener­gé­tique
ali­men­taire
et poli­tique
J’ai confiance en notre fabu­leuse faculté d’adaptation en tant qu’espèce
Je crois que nous saurons nourrir ceux que nous serons capables de procréer
qu’il y aura des ruptures
que nous appren­drons la leçon
et qu’ensuite nous repartirons
Je ne crois pas au catas­tro­phisme climatique
Je n’accepte pas le prin­cipe d’autorité et par conséquent
je ne crois pas en l’infaillibilité du GIEC
qui est trop souvent
oppor­tu­niste
dog­ma­tique
incom­pé­tent
auto­ri­taire
partial
animé de moti­va­tions politiques
et ridi­cule quand il pra­tique la science par consensus
Je ne crois pas qu’il soit juste de mépriser les incroyants
les agnos­tiques comme les athées missionnaires
même s’ils sont
igno­rants
inté­ressés
créa­tion­nistes
ou pro­duc­teurs de pétrole
Car il vrai que
nous sommes tous à l’image de notre temps
même les génies:
Kepler faisait des horo­scopes très demandés
Newton voulait trans­former en or les métaux vulgaires
Chasles a col­lec­tionné des auto­graphes en fran­çais de
Jules César
Aris­tote
Cléo­patre
et Alexandre le Grand
le British Museum a acheté les faux manus­crits d’Islam Akhun, un analphabète
les tra­duc­tions de l’étrusque abondent
et Teil­hard de Chardin a eu son heure de gloire
Car il est vrai que les saintes écri­tures ont accueilli in illo tempore
decons­truc­ting point access
elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deuterium
trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity
et human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE
Tant il est vrai que
peu de cer­ti­tudes sont abso­lues, si ce n’est dans la foi
la vérité évolue au gré du temps et même des modes
ce qui est accepté aujourd’hui
sera faux, ou moins faux, demain
tant de grands scien­ti­fiques d’aujourd’hui
seront oubliés dès demain
et plus d’un tacheron obscur ressuscitera
Car en vérité
notre espace et nos res­sources sont limités
notre évo­lu­tion tech­no­lo­gique est plus rapide
que celle de nos vieux gènes
le climat est notre seule res­source inépuisable
il conti­nuera d’exister et de changer
avec ou sans ce fou d’homo sapiens
la cré­du­lité des foules
le GIEC
et les menées de ses grands prêtres
la mani­pu­la­tion de nos peurs
notre manque de confiance en l’avenir
et la mort de Dieu
Amen

 

Remer­cie­ments

Je tiens à remer­cier Jacques du Guerny pour ses com­men­taires cri­tiques sur l’exercice de style.

Notes

Pour « Kepler faisait des horo­scopes très demandés » voir Connor, 2005.

Pour « Decons­truc­ting point access » voir Phil­lips & Kent, 2009; « Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of deu­te­rium », voir Flei­sch­mann et al., 1989 ; « Trans­for­ma­tive her­me­neu­tics of quantum gravity », voir Sokal, 1996; « Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE », voir Dayenas et al. 1988. Il s’agit, dans l’ordre, d’un canular, de la publi­ca­tion qui a lancé le débat et la contro­verse sur la fusion froide, d’un autre canular et de l’article sur la « mémoire de l’eau ». Voir wiki­pedia pour les détails. Tous ces articles ont été acceptés par des revues qui ont pignon sur rue, voire des revues pres­ti­gieuses. Ils montrent que la science est fragile, et procède souvent par tâtons. Pour les articles de Flei­sch­mann et celui de Dayenas, le débat n’est cer­tai­ne­ment pas clos.

Réfé­rences

Connor, J.A. 2005. Kepler’s Witch. Harper-Collins eBooks. Kindle Edition. Loc. 978–80: Astro­logy was for the seven­teenth century what eco­no­mics is for the twenty-first. Astro­logy tried to form pre­dic­tions about an uncer­tain future based on strict mathe­ma­tical cal­cu­la­tion, just as eco­no­mics does with the laws of the market. Both are wrong about as often as they are right. Loc. 986–94: Because his love for puzzles and acros­tics had started when he was a child, Kepler was par­ti­cu­larly good at reading signs. He soon learned, however, that being a good astro­loger required more than just math skills. One student, Reb­stock, a fellow with a red face and beer breath, accosted Kepler in the hallway and demanded a horo­scope. Kepler reluc­tantly agreed and, after obtai­ning the man’s birth date, set to cal­cu­la­ting his chart. What Kepler learned that day, however, is how dan­ge­rous it is to read all the signs. Rebstock’s noisy drin­king habits had to be taken into account, so Kepler pre­dicted that the fellow would one day become a drunk, which wasn’t much of a stretch. The stars tell all, but so does beer breath. Reb­stock didn’t like the report and forced his way into Kepler’s room, where the two duked it out. The next day, Kepler asked Mästlin for advice. What should he do? If he was going to be an astro­loger, he had to read all the avai­lable signs, and that included a beer breath, because the stars were so often hard to read. Some­times his pre­dic­tions worked and some­times they didn’t, so what could he do to make them more secure? Mästlin told him to just predict disaster. That would be bound to come true sooner or later. Loc 1334–38: In 1595, partly from his cal­cu­la­tions and partly from his com­mon­sense reading of the times, Kepler made three pre­dic­tions: one, a ter­rible winter, with bitter cold weather that would damage fruit trees and cause hard­ship all around; two, an attack by the Turks from the south; and three, a peasant upri­sing. All three came true. That winter was so bad, they said, that anytime a she­pherd in the moun­tains blew his nose, it would pop off.9 The Turks did attack, which wasn’t all that sur­pri­sing, and there was a peasant revolt, again, not all that sur­pri­sing. Sud­denly, Kepler was a celebrity.

Dayenas, E., F.Beauvais, J.Amara, M.Oberbaum, B.Robinzon, A.Miadonna, A. Tedeschi, B.Pomeranz, P.Fortner, P.Belon, J.Sainte-Laudy, B.Poitevin & J.Benveniste. 1988. Human baso­phil degra­nu­la­tion trig­gered by very dilute anti­serum against IgE. Nature, 333:816–818. Avec une Edi­to­rial reser­va­tion en fin d’article: Readers of this article may share the incre­du­lity of the many refe­rees who have com­mented on several ver­sions of it during the past several months. The essence of the result is that an aqueous solu­tion of an anti­body retains its ability to evoke a bio­lo­gical res­ponse even when diluted to such an extent that there is a negli­gible chance of there being a single mole­cule in any sample. There is rfo phy­sical basis for such an acti­vity. With the kind col­la­bo­ra­tion of Pro­fessor Ben­ve­niste, Nature has the­re­fore arranged for inde­pendent inves­ti­ga­tors to observe repe­ti­tions of the expe­ri­ments. A report of this inves­ti­ga­tion will appear shortly.

de Saint-Exupéry, A. 1943. Le petit prince, Gallimard.

Flei­sch­mann, M., S. Pons & M. Hawkins. 1989. Elec­tro­che­mi­cally induced nuclear fusion of Deu­te­rium. J. Elec­troanal. Chem. 261:301–308. L’article ori­ginal avait omis le troi­sième auteur, qui a ensuite été ajouté, avec les excuses de Flei­sch­mann et Pons, dans une liste d’errata.

Hoffer, E. 1963. The ordeal of change. New York: Harper and Row. 136 pp. Très nom­breuses réimpressions.

Phil­lips, D. & A.Kent. 2009. Decons­truc­ting Access Points. Accepted for publi­ca­tion in the peer reviwed The Open Infor­ma­tion Science Journal (TOISCIJ). Plus de détails ici: http://​scho​lar​ly​kit​chen​.sspnet​.org/​?​s​=​phrenology 47: 217–252.

Schmittner, A., N.M.Urban,  J.D. Shakun, N.M. Maho­wald, P.U. Clark, P. J. Bart­lein, A. C. Mix,  A.Rosell-Melé. 2011. Climate Sen­si­ti­vity Esti­mated from Tem­pe­ra­ture Recons­truc­tions of the Last Glacial Maximum. Scien­cex­press, 4 pp.+ 3 figs. http://​www​.scien​cemag​.org/​c​o​n​t​e​n​t​/​e​a​r​l​y​/​2​0​1​1​/​1​1​/​2​2​/​s​c​i​e​n​ce.1203513

Sokal, A.D. 1996. Trans­gres­sing the Boun­da­ries: Towards a Trans­for­ma­tive Her­me­neu­tics of Quantum Gravity. Social Text, 46/

 

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Une contro­verse inté­res­sante s’est déve­loppée ces der­niers jours dans le petit monde de l’anthropologie. Au départ, un article sur le site web de Natu­re­News pré­sente une étude géné­tique des popu­la­tions des­cen­dant des Tainos, autoch­tones des Caraïbes à l´époque de Chris­tophe Colomb, en indi­quant que ces Tainos n’existent plus. Or, beau­coup de per­sonnes se consi­dèrent, à tort ou à raison, comme Tainos, d’où la contro­verse qui a rapi­de­ment débordé le cadre scientifique.

Brea­king the Law of Averages

En cette époque où même le climat a peur de changer, tant il est sur­veillé de près par les ortho­doxes (pour la der­nière affaire en date, cliquez ici, ou ici, ou ici), où cer­tains neu­trinos se mêlent d’arriver au Gran Sasso avec 60 ns (nano­se­condes) d’avance, on n’est jamais trop prudent: Nature a fait the right thing et s’est excusé: This article ori­gi­nally stated that the Taíno were extinct, which is incor­rect. Nature apo­lo­gizes for the offence caused, and has cor­rected the text to better explain the research project des­cribed.

Evi­dem­ment, qu’est-ce qu’un peuple? A priori, je suis, moi même un Trévire (Celte) du haplo­groupe R1b1a2a1a1b3 dont l’origine se trouve autour de la Suisse/Tyrol/Italie du Nord et qui est habi­tuel­le­ment associé à la culture de La Tène-Hallstatt… bien qu’on trouve un ilot soli­taire de  R1b1a2a1a1b3 au Bash­kor­tostan, allez savoir pour­quoi! Je peux donc déclarer que je suis Celte de chez Celte, mais ça n’engage évi­dem­ment que moi!

Etre Taino est assu­ré­ment une autre paire de manches. Une per­sonne qui se déclare Taino écrit quelque part que la Tai­ni­cité (comme la judaï­cité!) se transmet par les femmes. Faisons le Gedan­ke­nex­pe­riment suivant: prenons une Taino « pure »  en 1492; elle-même et ses des­cen­dantes ne pro­créent qu’avec des non Tainos. Qui voyons-nous en 2011? Je ne sais pas au juste quels sont les traits typiques des « vrais » Tainos, mais il est pro­bable que je ne les recon­nai­trais pas. Même chose avec les Oglala, les Apaches et les Mohi­cans etc.qui res­semblent doré­na­vant bien plus à M et Mme Smith qu’à leurs ancêtres pré­co­lom­biens (sauf le Mohican, peut-être).

Si une per­sonne se déclare Wal­lonne (je suis prudent!!!) ou Oglala, elle est Wal­lonne ou Oglala! Je me sou­viens avoir lu la phrase sui­vante chez Malraux à l’époque où j’étais fan (et Malraux lui-même était ministre de la culture de Gaulle, ce qui nous fait 1959 à 1969: j’allais avoir 20 ans!) est Juif qui se veut Juif, et ce n’est pas les Khazars qui me démen­ti­ront (1).

Evi­dem­ment, ce n’est pas rél­le­ment de leur plein gré que les Tainos, Oglalas et Apaches sont très mélangés aujourd’hui, cer­tai­ne­ment bien plus qu’en 1492. Je pense donc avec Dienekes que les Tainos existent cer­tai­ne­ment un peu moins en 2011 qu’en 1492, même  s’il est par­fai­te­ment pos­sible de se déclarer Taino! Il reste quand même la ques­tion de savoir ce qui fait un Taino. La langue, peut-être? Les uns disent qu’il n’en reste que quelques mots dans une langue mélangée d’espagnol, alors que d’autres affirment la parler.  Et nous savons par ailleurs que langue et eth­ni­cité ne se super­posent pas tou­jours (voir, par exemple, Cavalli-Sforza, 1994).

Il est pos­sible, en théorie, d’être un vrai Taino « eth­nique » et de l’ignorer. A l’autre bout du spectre, nous avons le Trévire R1b1a2a1a1b3 qui ne sait pas un mot de Taino, sauf peut-être colibri, iguane et tabacù , et qui n’est cer­tai­ne­ment pas Taino. Entre ces deux extrêmes, tout est possible.

La morale de cette his­toire c’est que le poli­ti­que­ment correct a un prix, qu’à force de cour­tiser et Margot et sa soeur nous fini­rons par vendre notre âme. En d’autres termes, la dis­tance n’est pas si grande entre les néga­tion­nismes de tout poil, le créa­tion­nisme et les excuses de Nature.

 

Réfé­rences

L.L. Cavalli-Sforza. 1997. Genes, peoples, and lan­guages. PNAS, 94:7719–7724. Dis­po­nible ici.

Note

(1) Je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas retrouvé la cita­tion de Malraux sur le web: c’est sans doute la seule cita­tion qui n’est pas sur le web, ou alors, c’est ma mémoire qui me joue des tours. Quelqu’un peut-il m’aider?

English variant: click here

 

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Science is the belief in the igno­rance of experts.
(Richard P. Feynman)

Il y avait à Prin­ceton jusqu’en 2007 un labo­ra­toire par­ti­cu­lier nommé PEAR : Prin­ceton Engi­nee­ring Ano­ma­lies Research. Ce labo­ra­toire avait été créé par Robert Jahn en 1979 pour étudier des phé­no­mènes dif­fi­ciles à prévoir et parfois étranges dans des cir­cuits élec­tro­niques [1]. Les acti­vités du labo­ra­toire ont ensuite évolué, comme c’est souvent le cas quand la pro­blé­ma­tique ini­tiale devient de mieux en mieux com­prise. Les thèmes de recherche ont dérivé vers les inter­ac­tions com­plexes qui peuvent exister entre des cir­cuits élec­tro­niques et leurs uti­li­sa­teurs, en rela­tion avec leur état de conscience.

Une expé­rience célèbre de PEAR est basée sur des géné­ra­teurs de nombres aléa­toires [2]: ce sont des cir­cuits élec­tro­niques qui génèrent de manière impré­vi­sible une séquence de 0 et de 1, avec une pro­ba­bi­lité de 1/2 extrê­me­ment bien cali­brée.  L’expérience consiste à demander à un uti­li­sa­teur d’essayer « par la pensée » de forcer le circuit à générer plus de 1 ou plus de 0 : l’utilisateur exprime expli­ci­te­ment un vœu (p.ex. «  plus de 0 ») et  déclenche ensuite le géné­ra­teur. Les résul­tats ont été accu­mulés au cours d’une dizaine d’années, par une cen­taine d’expérimentateurs.

A expé­rience sur­pre­nante, résul­tats sur­pre­nants : la fré­quence de 0 et de 1 dans la séquence générée est cor­rélée avec le voeu exprimé par l’expérimentateur. L’effet est certes faible : un bit sur dix mille est lié en moyenne au vœu, mais la quan­tité de données recueillie est telle que l’existence d’un effet est indis­cu­table d’un point de vue sta­tis­tique. On observe aussi une grande varia­bi­lité d’un indi­vidu à un autre : cer­tains sont doués et d’autres pas (les femmes plus que les hommes [3]), cer­tains obtiennent pré­fé­ren­tiel­le­ment des 1 alors qu’ils veulent des 0, etc.

Si ces résul­tats vous choquent au point que vous soup­çon­niez une fal­si­fi­ca­tion obs­cu­ran­tiste de la part de PEAR, et de la naïveté de ma part, c’est que vous avez des pré­jugés pro­fon­dé­ment ancrés sur la manière dont le monde doit fonc­tionner. Heu­reu­se­ment, la science est là pour voir les choses en toute objec­ti­vité. En l’occurrence, la méthode uti­lisée par Jahn est scien­ti­fi­que­ment irré­pro­chable, mais on pouvait s’y attendre de la part de quelqu’un qui était doyen de la faculté d’ingénierie d’une des meilleures uni­ver­sités au monde. En plus, et le fait est suf­fi­sam­ment rare que pour qu’on en parle, les données ont été rendues dis­po­nibles à qui­conque voulait les ana­lyser à sa manière. Sur cette base, des argu­ments ont été pro­posés pour contester l’analyse faite par Jahn et ses col­la­bo­ra­teurs. Ceux que j’ai pu lire [4] balaye­raient cer­tains résul­tats de PEAR, mais au prix de remettre en cause beau­coup de méthodes sta­tis­tiques géné­ra­le­ment acceptées.

Le fait inté­res­sant ici est qu’il y a des faits qui mettent mal à l’aise, et qui sont –au sens premier du mot– incroyables. Dans ces condi­tions, la réac­tion des experts consiste souvent à montrer sur base d’une argu­men­ta­tion tech­nique pour­quoi les conclu­sions sont fausses, et non pas à savoir hon­nê­te­ment si elles le sont. Je me sou­viens avoir discuté en man­geant avec un pro­fes­seur d’université d’un petit livre écrit par Yves Rocard, phy­si­cien et père de Michel, sur les sour­ciers [5] : je racon­tais les expé­riences ingé­nieuses faites par ce dernier pour essayer de déter­miner s’il y avait oui ou non un « signal du sour­cier ». Le fait même de trouver que cette ques­tion méri­tait une réponse argu­mentée m’a valu d’être classé défi­ni­ti­ve­ment dans la caté­gorie des crétins par mon inter­lo­cu­teur. Dans le même état d’esprit, aucune revue scien­ti­fique reconnue n’a jamais accepté de publier les résul­tats de PEAR, indé­pen­dam­ment d’une trans­pa­rence métho­do­lo­gique absolue.

Contrai­re­ment à une idée reçue, les revues scien­ti­fiques publient régu­liè­re­ment des résul­tats faux, et c’est normal : c’est uni­que­ment par la publi­ca­tion que d’autres équipes peuvent répéter les expé­riences, qu’un débat peut avoir lieu, et qu’un consensus peut appa­raître concer­nant la signi­fi­ca­tion et la portée éven­tuelle des résul­tats ini­tiaux. Dans le cas des résul­tats de PEAR, per­sonne n’a voulu que ce débat ait lieu. Le même état d’esprit anti-scientifique explique l’anathème jeté sur Jacques Ben­ve­niste dans l’affaire que des jour­na­listes ont appelé la « mémoire de l’eau ». Ben­ve­niste a eu beau contrer un par un les argu­ments de ses pairs et détrac­teurs, faire repro­duire ses expé­riences par d’autres labo­ra­toires que le sien [6], ana­lyser dif­fé­rem­ment les données en s’associant à une équipe reconnue de sta­tis­ti­ciens [7], changer de modèle bio­lo­gique [8], rien n’y a fait. Ce qu’on lui repro­chait c’était ses résul­tats, pas sa méthode. Les exemples de ce type abondent [9].

Reve­nons à PEAR. Les résul­tats sont fas­ci­nants, mais pas néces­sai­re­ment cho­quants quand on les examine avec un esprit ouvert. Ils peuvent vouloir dire soit que la conscience de l’expérimentateur influence la séquence générée, soit que l’expérimentateur pressent la séquence sur le point d’être générée et que cela influence son vœu. La pre­mière éven­tua­lité n’est pas très dif­fé­rente d’un pro­blème bien connu en méca­nique quan­tique : un obser­va­teur modifie l’état d’un système phy­sique du simple fait qu’il l’observe. Quant à la seconde éven­tua­lité, elle peut paraître plus sur­pre­nante mais elle n’est pas inédite : un exemple clas­sique est le posi­tron qui par beau­coup d’aspects peut être compris comme un élec­tron qui remon­te­rait le temps. On parle parfois aussi très sérieu­se­ment de rétro­cau­sa­tion, c’est-à-dire d’événements pré­sents influencés par le futur, pour ana­lyser notam­ment des situa­tions d’enchevêtrement quan­tique [10]. Pour­quoi accepte-t-on des expli­ca­tions de cet ordre dans cer­tains domaines et qu’on les rejette de manière épi­der­mique dans d’autres ?

La seule expli­ca­tion qui me vienne à l’esprit serait que la plupart des scien­ti­fiques doutent de la méthode scien­ti­fique elle-même et que dans ces condi­tions c’est  tou­jours le « bon sens » et la convic­tion, c’est à dire les pré­jugés, qui ont le dernier mot. Le rai­son­ne­ment libre et non orienté n’est pos­sible que dans des contextes où il n’y a pas de convic­tion a priori pos­sible. On accepte des recherches débri­dées sur les par­ti­cules élé­men­taires ou sur les trous noirs parce que ça nous concerne peu. Pour tout ce qui nous importe au premier plan, le rai­son­ne­ment vient souvent ratio­na­liser a pos­te­riori ce qui est tenu intui­ti­ve­ment pour vrai [11]. Refuser de parler objec­ti­ve­ment des sour­ciers était, pour ce pro­fes­seur d’université, un aveu de sa faible confiance en ses capa­cités d’analyse.

Or, des faits bien docu­mentés montrent le peu de crédit que l’on peut accorder à la convic­tion, même en ce qui concerne notre envi­ron­ne­ment immé­diat. Les cas de construc­tion de sou­ve­nirs, par exemple, montrent à quel point une convic­tion peut être non fondée. L’existence d’hallucinations est aussi ins­truc­tive [12]. Un autre exemple inté­res­sant est celui des spec­tacles de magie. On croit souvent qu’un truc de magie fonc­tionne parce que le magi­cien cache à sa victime ce qu’il fait. Des sys­tèmes de eye-tracking montrent pour­tant que les yeux de la victime sont parfois pointés dans la bonne direc­tion, ce qui suggère que le truc exploite un méca­nisme cog­nitif plus élevé qui empêche sa victime d’avoir conscience de ce qu’elle a sous les yeux [13]. Il est très vrai­sem­blable que des méca­nismes du même ordre soient à l’œuvre dans la per­cep­tion que nous avons de notre envi­ron­ne­ment phy­sique immé­diat. Je ne serais pas surpris s’il y avait des phé­no­mènes macro­sco­piques qui échap­paient à notre conscience, pour des raisons qui gagne­raient elles-mêmes à être élu­ci­dées. La pre­mière étape pour y voir plus clair et aller de l’avant serait d’en admettre la possibilité.

Cedric Gommes

Sources

[1] L. Odling-Smee, The lab that asked the wrong ques­tion, Nature 446, 2007, 10.
[2] R.G. Jahn, B.J. Dunne, R.D. Nelson, Y.H. Dobyns, G.J. Bradish, Cor­re­la­tions of Random Binary Sequences with Pre-Stated Ope­rator Inten­tion: A Review of a 12-Year Program. J. Scien­tific Explo­ra­tion, 11(3), 1997, 345.
[3] B.J. Dunne, Gender Dif­fe­rences in Human/Machine Ano­ma­lies, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 12(1), 1998, 3.
[4] W. Jef­ferys, Baye­sian Ana­lysis of Random Event Gene­rator Data, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 4(2), 1990, 153.
[5] Y. Rocard, Les Sour­ciers, Presse Uni­ver­si­taire de France, 1981, Que Sais-Je ? n° 1939.
[6] Une des condi­tions imposée par Nature à Ben­ve­niste pour publier ses résul­tats était qu’ils soient confirmés préa­la­ble­ment par d’autres labo­ra­toires que le sien ; l’article par lequel le scan­dale est arrivé (Nature, 333, 1988, 816) pré­sen­tait donc les résul­tats de 4 équipes de recherche : celle de Ben­ve­niste, une ita­lienne, une cana­dienne, et une israé­lienne.
[7] J. Ben­ve­niste, E. Davenas, B. Ducot, B. Cor­nillet, B. Poi­tevin, A. Spira, L’agitation de solu­tions hau­te­ment diluées n’induit pas d’activité bio­lo­gique spé­ci­fique. C. R. Acad. Sci. (Paris) tome 312 série II n°5, 1991, 461.
[8] F. Beau­vais, L’âme des molé­cules — une his­toire de la « mémoire de l’eau », Col­lec­tion Mille Mondes, Lulu Press : 2007 ; dis­po­nible en ligne ici.
[9] T. Gold, New ideas in science, J. Scien­tific Explo­ra­tion, 3(2), 1989, 103.
[10] Wikipedia:retrocausality
[11] Steven J. Gould (Darwin et les grandes énigmes de la vie, cha­pitre 27, Pyg­ma­lion : 1979) rap­porte un cas frap­pant de deux concep­tions bio­lo­giques pour­tant contraires –à propos des rap­ports entre phy­lo­ge­nèse et onto­ge­nèse– qui furent uti­li­sées suc­ces­si­ve­ment pour « prouver » l’infériorité de la race noire dans le contexte de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique.
[12] TED​.com: Oliver Sacks, What hal­lu­ci­na­tion reveals about our minds.
[13] S. Martinez-Conde, S. Macknik, Une nou­velle science : la neu­ro­magie, Pour la Science, 377, mars 2009.

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source : Jesus and Mo
via : Oldcola’s Coffee and Sci(ence)

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So what is this mind of ours: what are these atoms with conscious­ness? Last week’s pota­toes! They now can remember what was going on in my mind a year ago…a mind which has long ago been replaced.
(Richard P. Feynman)


Je suis en train de me remé­morer un épisode
de mon enfance et je vous invite à faire la même chose. Je me sou­viens d’un son et d’une odeur comme si j’y étais. Vous vous dites peut-être qu’il n’y a là rien de bien sur­pre­nant, puisque j’y étais. Et bien, en un certain sens, je pré­tends n’avoir pas assisté à ces épi­sodes dont je me sou­viens si bien. Pas plus que vous d’ailleurs.

Des ana­lyses de tra­ceurs radio­ac­tifs montrent que les molé­cules d’eau restent en moyenne 4 semaines dans notre corps, les atomes des os y restent quelques mois, les plus longs temps de séjour ne sont que de quelques années [1, 2]. Chaque année, 98 % de la matière qui constitue notre corps est rem­placée. Pra­ti­que­ment, notre corps ne contient plus aucun des atomes qui le consti­tuaient durant notre enfance. Comme le résume mali­cieu­se­ment Feynman: ce sont les atomes des pommes de terre que nous avons mangées la semaine der­nière qui sont aujourd’hui le support maté­riel de nos sou­ve­nirs d’enfance! Ou pire. Du sou­venir des pensées que nous avions étant enfants.

Notre iden­tité intime ne se confond donc pas avec celle de la matière qui constitue notre corps, pas même notre cerveau, puisqu’elle est constam­ment rem­placée alors que nous restons nous-mêmes [2]. Nos sou­ve­nirs, notre conscience, nos sen­ti­ments, n’ont comme support maté­riel que la forme de la matière, pas la matière elle-même. Nous sommes comme un tour­billon qui est à chaque instant fait d’une eau dif­fé­rente, mais qui garde sa forme au cours du temps. Com­pre­nons nous : nous ne sommes pas l’eau qui constitue le tour­billon, nous ne sommes que la forme du tourbillon.

Steve Grand, le créa­teur du jeu infor­ma­tique Crea­tures, suggère qu’il n’y a pas de dif­fé­rence fon­da­men­tale entre la forme et la matière [3]. La dif­fé­rence que nous per­ce­vons pour­rait bien n’être qu’un biais anthro­po­cen­trique [1]. Consi­dé­rons l’électron. On le consi­dère comme une par­ti­cule maté­rielle, mais on ne détecte sa pré­sence que par ses effets élec­tro­ma­gné­tiques. De beau­coup de points de vue, l’électron peut donc être compris comme étant une défor­ma­tion du champ élec­tro­ma­gné­tique qui ne s’atténue pas au cours du temps. L’électron serait au champ élec­tro­ma­gné­tique ce que le tour­billon est à l’eau : une forme per­sis­tante. Idem du proton. Et quand un proton et un élec­tron se ren­contrent, ils créent une nou­velle forme per­sis­tante : l’atome d’hydrogène. Et ainsi de suite pour la chimie de plus en plus com­plexe qui mène à la vie et à la conscience par une hié­rar­chi­sa­tion des formes. Et les esprits conscients ne seraient qu’une forme per­sis­tante de plus, dont la nature n’est pas fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rente des autres phénomènes.

Cedric Gommes

Sources

[1] Richard Dawkins, « Queerer than we can suppose », http://​www​.ted​.com/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​/​t​a​l​k​s​/​r​i​c​h​a​r​d​_​d​a​w​k​i​n​s​_​o​n​_​o​u​r​_​q​u​e​e​r​_​u​n​i​verse.html
[2] Tor Nor­re­tran­ders, « Per­ma­nent rein­car­na­tion »,
http://​www​.edge​.org/​q​2​0​0​8​/​q08_4.html
[3] Steve Grand, « Effing the inef­fable: an engi­nee­ring approach to conscious­ness »
http://​machi​nes​li​keus​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​E​ffing.html

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The more impor­tant fun­da­mental laws and facts of phy­sical science have all been dis­co­vered, and these are now so firmly esta­bli­shed that the pos­si­bi­lity of their ever being sup­planted in conse­quence of new dis­co­ve­ries is excee­dingly remote… Our future dis­co­ve­ries must be looked for in the sixth place of decimals.

(Albert A. Michelson, 1894, cité par [1])

Il est assez courant que des scien­ti­fiques socia­le­ment assis aient des propos péremp­toires de ce genre. Vers la fin de sa vie, Kelvin aurait ainsi pro­clamé que des engins plus lourds que l’air ne vole­raient jamais, que la radio ne pré­sen­tait aucun intérêt, et qu’on allait décou­vrir inces­sam­ment que les rayons X étaient un canular [2]. Ce qui rend les propos de Michelson sur­pre­nants, c’est que son nom est associé à une révo­lu­tion scien­ti­fique majeure. A l’époque où on lui attribue ces mots, il avait déjà effectué avec Edward Morley des mesures de la vitesse de la lumière qui balaye­ront les concep­tions clas­siques de l’espace et du temps. Les mesures de Michelson et de Morley de 1887 ne sont rien moins que le fon­de­ment expé­ri­mental de la théorie de la rela­ti­vité. Et il n’avait rien vu venir.

À l’instar des mesures de Michelson et Morley, les faits expé­ri­men­taux qui fondent la révo­lu­tion scien­ti­fique du début du 20ème siècle se sont accu­mulés tout au long du 19ème siècle, bien avant que les concep­tions ne com­mencent à changer. La pre­mière obser­va­tion du mou­ve­ment Brow­nien, qui est aujourd’hui consi­déré comme une preuve de l’existence des atomes, date de 1827. De la même manière, les « ano­ma­lies » de la chaleur spé­ci­fique des solides, dont la com­pré­hen­sion est un succès de la phy­sique quan­tique, sont connues depuis le milieu du 19ème siècle. Ce qui fait une révo­lu­tion scien­ti­fique, ce ne sont pas des faits nou­veaux, c’est un chan­ge­ment de mentalité.

En science comme dans d’autres domaines, le chan­ge­ment est rare­ment accueilli favo­ra­ble­ment [3]. L’attachement aux théo­ries en vigueur est souvent jus­tifié métho­do­lo­gi­que­ment, mais il prend parfois une forme patho­lo­gique. On a fait vivoter le géo­cen­trisme pendant plus de 13 siècles, en intro­dui­sant un système obscur d’épicycles pour rendre compte du mou­ve­ment des pla­nètes vues depuis la Terre. C’est pour les mêmes raisons qu’on mar­gi­na­lise de nom­breux faits inex­pli­qués, qui seront peut-être un jour cen­traux dans notre com­pré­hen­sion du Monde.

Il suffit d’ouvrir un journal de vul­ga­ri­sa­tion pour voir combien la phy­sique est aujourd’hui com­pli­quée. Cer­tains voient dans la théorie des cordes, dans les fluc­tua­tions du vide, dans l’enchevêtrement quan­tique, etc. autant d’épicycles qui essayent déses­pé­ré­ment de sauver des concep­tions sans doute dépas­sées [1]. Pour aller de l’avant, ne faudrait-il pas s’intéresser en prio­rité aux faits qu’on qua­lifie de mar­gi­naux et qui ne sont pas encore compris ? On portera peut-être demain sur ceux qui balaient d’un revers de la main la mémoire de l’eau ou la fusion froide [4] le même regard plein d’incompréhension que nous portons aujourd’hui sur Michelson. Comment n’a-t-il rien vu ?

Cedric Gommes

Sources

[1] Robert J. Lahn, 20th and 21st century science: reflec­tions and pro­jec­tions, Journal of Scien­tific Explo­ra­tion, 15 (2001) 21.
[2] http://​www​.2spare​.com/​i​t​e​m​_​50221.aspx

[3] Eric Hoffer, The Ordeal of Change, Hope­well publi­ca­tion, 2006. (Ori­gi­nally publi­shed by Harper & Row: New York, 1963)
[4] L’histoire de ces deux phé­no­mènes n’est pas la farce qu’on vou­drait nous faire croire; Brian Josephson, prix Nobel de phy­sique, en parle un peu sur sa page web. http://www.tcm.phy.cam.ac.uk/~bdj10/.

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Lorsque Des­cartes propose le ratio­na­lisme comme méthode de recherche de la vérité, c’est surtout le scep­ti­cisme qu’il promeut face à l’autorité intel­lec­tuelle. De la même manière, le ratio­na­lisme du Siècle des Lumières est avant tout opposé au dog­ma­tisme et à l’obscurantisme. Vouloir faire du ratio­na­lisme une valeur posi­tive serait naïf et prétentieux.La ratio­na­lité est avant tout un sen­ti­ment : ce n’est que par une forme d’introspection que nous nous convain­quons de l’existence ou non d’un lien logique entre deux faits ou deux idées. Serait-ce même au départ de données prag­ma­tiques, comment l’introspection pourrait-elle nous apprendre quoique ce soit sur un autre sujet que sur nous même?

Si les faits nous donnent parfois l’illusion que la raison permet de com­prendre le monde, c’est parce qu’elle repré­sente un avan­tage évo­lutif. Elle est notre capa­cité à orga­niser nos sou­ve­nirs sous une forme propre à faire des pré­vi­sions utiles à notre survie ou à notre repro­duc­tion. Elle n’est donc que le reflet du monde dans lequel nous vivons ; c’est notre adap­ta­tion intime à notre envi­ron­ne­ment qui fait que cer­tains phé­no­mènes natu­rels peuvent être orga­nisés selon des sys­tèmes qui nous semblent logiques. Par beau­coup d’aspects, la science n’est rien d’autre qu’une com­mu­ni­ca­tion codi­fiée de notre com­pré­hen­sion ins­tinc­tive du monde.

En d’autres termes, c’est parce que nous sommes bien adaptés à notre envi­ron­ne­ment que nos intui­tions sont parfois cor­rectes, et que l’introspection peut être construc­tive. Pour tout ce qui n’est pas tra­di­tion­nel­le­ment néces­saire à la survie de l’espèce, rien ne garantit l’utilité de la raison humaine.

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Denver (Colo­rado) :

Frank­fort (Kentucky) :

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Je revois un docu­men­taire inté­res­sant datant de 1988 : Victim of the Brain. Douglas Hof­stadter y décrit très sim­ple­ment le mind-body problem :

I watch my own deci­sions and I feel, some­times, as if deci­sions come from parts of me that I realize are not under what I would call my control. I realize that my own self is really not under my control. I look at what I prefer in life — my tastes, my inter­ests, my aes­thetic pre­fe­rences — and I know that those things come from places that I cer­tainly don’t decide upon. I am just a victim of my brain. But I have to live with that.

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Après le Comté de Polk, voici celui de Pinellas, tou­jours en Floride. Là aussi, la Com­mis­sion de l’enseignement prend majo­ri­tai­re­ment parti pour l’Intel­li­gent Design.

Voici les argu­ments de quatre de ses membres :

« The entire theory of evo­lu­tion is not scien­tific fact. Intel­li­gent design balances it out. » — Nancy Bostock, Chair­person

« I’d pro­bably ideally like to keep it all [evo­lu­tion and Intel­li­gent Design] out of the class­room. If it’s going to create this much contro­versy, how impor­tant is it? »
— Peggy O’Shea, Vice Chair­person

« I think that stu­dents should be given the oppor­tu­nity to view all theo­ries on how man evolved and let their science back­ground and their reli­gious back­ground take over as to which one they believe in. »
— Jane Gallucci

« To teach one [evo­lu­tion] as if nothing else existed, I think we’re doing our stu­dents a dis­ser­vice. » — Carol Cook

Promis, je ne pos­terai pas un billet à chaque Comté qui bascule, mais il me sem­blait impor­tant d’illustrer que la pro­gres­sion du phé­no­mène est impor­tante et que, chaque semaine, c’est l’éducation scien­ti­fique de plu­sieurs dizaines de mil­liers d’enfants qui se teinte de religieux.

Il ne s’agit pas de faits isolés mais d’un mou­ve­ment de fond.

[ source ]

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Il y a pas mal de Comtés nommés Polk aux États-Unis, mais aucun d’entre eux ne béné­ficie d’une renommée fra­cas­sante en Europe.

Celui de Floride vient de faire une avancée déci­sive vers la noto­riété. Situé en plein centre de la Pénin­sule, il dispose d’une éco­nomie flo­ris­sante, de plus de 600.000 habi­tants et de nom­breux éta­blis­se­ments d’enseignement. Bref, ce n’est pas un petit patelin oublié de la civilisation.

Dans le bon Comté de Polk, rap­porte The Ledger, la Com­mis­sion de l’enseignement a une confi­gu­ra­tion par­ti­cu­lière : sur sept membres, quatre sont favo­rables à l’enseignement de l’Intel­li­gent Design, une n’a pas d’avis, deux y sont opposés.


La très fer­vente Mar­garet Lofton, Pré­si­dente, a déjà déclaré : « Si j’étais amenée à voter sur ce point, j’interdirais l’enseignement du darwinisme. »

Or dans un mois, en janvier 2008, cette Com­mis­sion va se réunir afin de voter les nou­veaux stan­dards en matière d’enseignement de l’évolution. Puisque le pro­cessus démo­cra­tique y semble plus puis­sant que la vérité scien­ti­fique, je pense qu’il y a quelque chose à faire : contacter ces per­sonnes. Leur envoyer des liens vers des sites scien­ti­fiques, leur expli­quer que leurs déci­sions ne sont pas seule­ment atten­dues dans leur Comté, mais partout dans le monde, les convaincre que la science ne met pas en péril le salut de leurs enfants.

Comment les contacter? Rien de plus simple :

Kay Fields (Dis­trict 5) : 863–802-5483
Kay.​Fields@​polk-​fl.​net

Tim Harris (Dis­trict 7) : 863–808-0005
Tim.​Harris@​polk-​fl.​net

Mar­garet Lofton (Dis­trict 6, Chairman) : 863–294-9076
Margaret.​Lofton@​polk-​fl.​net

Hazel Sellers (Dis­trict 3) : 863–533-7714
Hazel.​Sellers@​polk-​fl.​net

Lori Cun­nin­gham (Dis­trict 2, Vice-Chairman) : 863–512-1656
Lori.​Cunningham@​polk-​fl.​net

Et, tant qu’à faire, pour­quoi pas un email de soutien aux deux défen­seurs d’un ensei­gne­ment scientifique?

Frank O’Reilly (Dis­trict 1)
Frank.​Oreilly@​polk-​fl.​net

Brenda Reddout (Dis­trict 4)
Brenda.​Reddout@​polk-​fl.​net

Mes emails ont été expé­diés il y a une heure.

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Le créa­tion­nisme et son avatar post­mo­derne, l’Intel­li­gent Design, uti­lisent une rhé­to­rique simple pour faire des adeptes parmi les chré­tiens les plus modérés. La stra­tégie est simple : mettre dos à dos la théorie dar­wi­nienne et la Bible. Il suffit alors de déforcer la pre­mière et pour cela, tous les argu­ments sont bons.

L’Intel­li­gent Design s’affiche de plus en plus comme une opinion res­pec­table. Qui s’y oppose prend le risque de passer pour into­lé­rant. Il y a quelques années, une cam­pagne pro-tabac uti­li­sait la même stra­tégie du « dos-à-dos ». Le slogan était : «Fumeur ou pas, restons cour­tois». Il gommait l’idée simple que l’un était l’agresseur et l’autre l’agressé. Le méca­nisme est simi­laire ici : mettre sur un pied d’égalité un dogme et un modèle scien­ti­fique cohé­rent, corrélé par des faits et soumis à la cri­tique scientifique.

Amis croyants, si vous pensez que la foi et la science ne sont pas anta­go­nistes par nature, ce billet est pour vous…

1. C’est écrit dans la Bible.
«God’s Word is true, or evo­lu­tion is true. There’s no room for com­pro­mise.» [crea­tion­mu­seum]

Argu­ment d’autorité. La Bible est un récit. De nom­breux autres récits, scien­ti­fiques ou non, reli­gieux ou non, fic­tion­nels ou non, sont en contra­dic­tion avec divers pas­sages de la Bible. Croire que la Bible a raison sim­ple­ment parce que c’est la Bible est une convic­tion, par un argument.

2. Ma foi me pousse à croire le récit biblique.

Sub­jec­ti­visme. La foi de nom­breux chré­tiens les pousse à com­prendre cer­tains pas­sages bibliques comme des méta­phores. Un argu­ment en leur faveur est que cer­tains pas­sages sont compris comme méta­pho­riques même par les chré­tiens créa­tion­nistes. Si tous les chré­tiens s’accordent sur le fait que des méta­phores peuvent être pré­sentes dans la Bible, pour­quoi la Genèse ne pourrait-elle être inter­prétée ainsi?

3. Le dar­wi­nisme diminue le rôle de Dieu.
«Dar­wi­nism rules out the pos­si­bi­lity of God or any guiding intel­li­gence playing a role in life’s origin and deve­lop­ment. Within western culture Darwinism’s ascent has been truly meteoric.» [Cosmic Pour­suit, William Dembski, 1998]

Diver­sion. Pour qui pense que Dieu a planté chaque arbre indi­vi­duel­le­ment, l’affirmation qu’une entre­prise de jar­di­nage ait planté celui de mon jardin doit être blas­phé­ma­toire. Le dar­wi­nisme n’est dan­ge­reux que pour l’idée d’un Dieu anthro­po­cen­trique. Il n’interfère nul­le­ment avec l’idée d’un Dieu omni­po­tent et omniscient.

4. Argu­ment téléo­lo­gique : la beauté et la com­plexité des méca­nismes de la nature démontrent l’existence de Dieu.

Appel à l’émotion, non-sequitur. C’est une convic­tion, non un argu­ment. Elle est parfois sou­tenue par les argu­ments du hasard ou de la com­plexité (voir plus loin).

5. Darwin était athée.

Dis­crédit, non-sequitur. Argu­ment étrange, sauf à consi­dérer «Païens ont tort, chres­tiens ont droit.» Étrange et faux : Darwin était chré­tien. Il a étudié la théo­logie à Cam­bridge. Sa théorie de la sélec­tion natu­relle date de 1838 et s’est édifiée sur base d’éléments récoltés durant le voyage du Beagle, de 1831 à 1836. Darwin ne devint agnos­tique qu’en 1851, suite à la mort de sa fille Annie.

6. Le dar­wi­nisme est une théorie maté­ria­liste.
«Debun­king the tra­di­tional concep­tions of both God and man, thin­kers such as Charles Darwin, Karl Marx, and Sigmund Freud por­trayed humans not as moral and spi­ri­tual beings, but as animals or machines who inha­bited a uni­verse ruled by purely imper­sonal forces and whose beha­vior and very thoughts were dic­tated by the unben­ding forces of biology, che­mistry, and envi­ron­ment.» [The Wedge Stra­tegy]

Non sequitur. Cet argu­ment n’a de poids qu’à deux conditions :

a. Il est exact (reste à le démon­trer).
b. Les théo­ries maté­ria­listes ont tou­jours tort face aux théo­ries spi­ri­tua­listes. Cette démons­tra­tion est elle inutile puisque les chré­tiens fon­da­men­ta­listes adopte eux-même parfois une posi­tion inverse : ils croient en la trans­ub­stan­tia­tion. Pour eux, l’hostie donnée en com­mu­nion n’est pas seule­ment investie de l’esprit du Christ mais que sa sub­stance maté­rielle est réel­le­ment modifiée.

7. Le dar­wi­nisme est contredit par les der­nières avan­cées scientifiques.

Diver­sion. Bien sûr, la science pro­gresse, les théo­ries s’affinent et se com­plètent. Dans son excellent blog, Tom Roud résume par­fai­te­ment l’absurdité de l’argument :
« (…) Dembski affirme que le fait que cer­tains orga­nismes aient des moyens de contrôler leur taux de muta­tion contredit le dar­wi­nisme. Autant repro­cher à Galilée de ne pas avoir intro­duit la notion d’espace-temps ! Ce que Dembski ne recon­naît pas, c’est que la théorie de l’évolution pro­posée par Darwin est avant tout un cadre concep­tuel : ce n’est pas parce que Darwin n’a pas anti­cipé les décou­vertes récentes de la bio­logie que sa théorie ne colle pas à ces découvertes.»

8. L’évolutionnisme met le hasard au centre de tout ses méca­nismes. Il est impos­sible qu’une méca­nique aussi com­plexe que l’homme, même que chaque cellule, soit le fruit du hasard. Un archi­tecte est nécessaire.

Inexac­ti­tude, non-sequitur. Bien sûr, si l’on met les atomes consti­tu­tifs d’un homme dans un tonneau et que l’on secoue, il n’en sortira jamais un homme. Cet argu­ment cari­ca­ture le dis­cours scien­ti­fique. Ce que l’évolutionnisme avance, c’est qu’une sélec­tion natu­relle s’opère au hasard. Ce hasard n’est pas tota­le­ment aléa­toire puisqu’il s’opère dans le cadre étroit des lois de la logique, de la phy­sique et de la chimie. Ces lois étant uni­ver­selles, une sélec­tion cumu­la­tive appa­raît qui permet l’émergence de struc­tures complexes.

9. Si les muta­tions appa­raissent de façon aléa­toire, comment un organe aussi com­plexe qu’un oeil peut évoluer? Il est clair que toutes les muta­tions ont convergé pour en faire une méca­nique aussi com­plexe et parfaite.

Fausse alter­na­tive, incom­pré­hen­sion. Quand nous regar­dons en arrière le chemin qu’a par­couru l’évolution pour arriver à un organe tel que l’oeil, nous avons imman­qua­ble­ment le sen­ti­ment trom­peur d’une évo­lu­tion dirigée. C’est que nous ne voyons alors que le chemin qui a abouti. La masse fan­tas­tique d’essais infruc­tueux nous est invi­sible. Cela revient à s’étonner qu’un sper­ma­to­zoïde minus­cule, sans organe de sens ni cerveau réus­sisse le miracle de fran­chir la dis­tance colos­sale qui le sépare de l’ovule. S’il n’y avait qu’un seul sper­ma­to­zoïde, ce serait bien un miracle… mais il y en a des dizaines de millions.

10. Le deuxième prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique affirme que des sys­tèmes com­plexes ne peuvent pas appa­raître tout seuls.

Inexac­ti­tude. Ce prin­cipe énonce en fait que «Toute trans­for­ma­tion d’un système ther­mo­dy­na­mique s’effectue avec aug­men­ta­tion de l’entropie globale incluant l’entropie du système et du milieu exté­rieur.» Il n’implique nul­le­ment que, loca­le­ment, des sys­tèmes ordonnés appa­raissent, au prix d’une aug­men­ta­tion de l’entropie du milieu et d’une dis­si­pa­tion d’énergie. De nom­breux modèles validés par l’observation par l’expérience montrent que non seule­ment des struc­tures com­plexes peuvent se former, mais en outre qu’elles peuvent se main­tenir hors de l’état d’équilibre (cel­lules de Bénard, réac­tions Belousov-Zhabotinsky, travaux de Prigogine…)

11. Les évo­lu­tion­niste eux-même admettent que cer­taines espèces n’évoluent pas.

Fausse alter­na­tive. Bien sûr. Cela implique seule­ment qu’elles ont atteint un seuil d’équilibre.

12. Les dar­wi­nisme a servi à jus­ti­fier des crimes contre l’humanité.

Dis­crédit, non-sequitur. C’est exact. Récu­pérer une science pour asseoir une croyance reli­gieuse, poli­tique ou idéo­lo­gique peut mener aux plus grandes monstruosités.

13. Les muta­tions dégradent l’organisme et ne le font pas évoluer.

Inexac­ti­tude. Si c’était le cas, les entre­prises de l’agro-alimentaire n’investiraient pas tant dans les OGM. Une muta­tion modifie le patri­moine géné­tique. Parfois, cette muta­tion per­turbe les fonc­tions méta­bo­liques, pro­vo­cant parfois des défi­ciences voire la mort de la cellule mutée. Souvent, la muta­tion est neutre : elle inter­vient dans une partie du maté­riel géné­tique non codant (introns). Plus rare­ment, la modi­fi­ca­tion peut avoir des effets posi­tifs. C’est là qu’intervient la sélec­tion natu­relle : un orga­nisme ayant subi une muta­tion qui le ren­force aura plus de chance de sur­vivre et de trans­mettre cette muta­tion à une des­cen­dance que l’organisme ayant subi une muta­tion qui diminue ses chances de survie et de repro­duc­tion. C’est le méca­nisme du hope­full monster par lequel une muta­tion favo­rable se trans­mettra plus faci­le­ment qu’une autre.

14. L’histoire de la science, et par­ti­cu­liè­re­ment de l’évolutionnisme, four­mille d’erreurs, de fraudes, de canulars.

Dis­crédit, Non sequitur. Oui, comme toute acti­vité humaine. Elle intègre cepen­dant des méca­nismes qui ont permi de mettre ces erreurs, fraudes et canu­lars en lumière. La reli­gion et la foi ne dis­posent pas de tels méca­nismes, et ne sont guère plus pré­ser­vées de la failli­bi­lité humaine.

15. Si les fos­siles sont la trace d’animaux dis­parus et que l’évolution est continue, il devrait exister des fos­siles inter­mé­diaires. Le fait qu’il n’y en ait pas prouve que la théorie de l’évolution est une fable.

Inexac­ti­tude. Mais il y en a, et de très nom­breux dont le premier est bien sûr l’Archéoptéryx. Voir Evi­dence of Evo­lu­tio­nary Tran­si­tions de Michael Benton.

16. Pour l’homme en tous cas, impos­sible de parler d’évolution puisqu’il est doté de conscience. C’est donc une dif­fé­rence qua­li­ta­tive et non plus sim­ple­ment quan­ti­ta­tive qui le dis­tingue des animaux.

Inexac­ti­tude, ambi­guïté. Reste à définir cette conscience qui serait qua­li­ta­ti­ve­ment absente du monde animal. L’on peut sim­ple­ment noter que l’éthologie a mis en évi­dence dans le monde animal (non humain) des apti­tudes et com­por­te­ments tels que la conscience de soi, la capa­cité d’abstraction, le rire, l’amour, la fidé­lité, la tra­hison, le suicide, le langage sym­bo­lique, l’empathie, l’altruisme, la soli­da­rité, l’utilisation d’outils, la trans­mis­sion de savoir et de rituels.

17. On n’a jamais observé de muta­tion condui­sant à une aug­men­ta­tion de l’information géné­tique.

Inexac­ti­tude.
Argu­ment spé­cieux : on n’observe pas les muta­tions puisqu’elles inter­viennent de façon, aléa­toire, on observe leurs effets. Ceci dit, l’augmentation de maté­riel géné­tique au sein de la cellule a déjà été prouvé à diverses reprises. Le prin­cipal méca­nisme est la dupli­ca­tion de gènes suivie de la diver­gence de l’une des copies. D’autres méca­nismes ont été observés tels que l’endobiose par laquelle deux orga­nismes fusionnent (d’où les mito­chon­dries p. ex.) ou plus cou­ram­ment les méca­nismes rétroviraux.

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Un extrait d’entretien que je repique du fan­tas­tique TED Blog.

Bill Moyers inter­view le bio­lo­giste E.O. Wilson sur l’importance de la biodiversité :

Wilson: How many species going extinct or beco­ming very rare do you think it takes before you see some­thing hap­pe­ning? We now know from expe­ri­ments and theory that the more species you take out of an eco­system like a pond, a patch of forest, a little bit of marine shallow envi­ron­ments, the more you take out the less stable it becomes. If you have a tsunami or a severe drought or a fire, it is less likely that that eco­system, that body of species in that par­ti­cular envi­ron­ment, is going to come back all the way. So it becomes less stable with fewer species. And then we also know it becomes less pro­duc­tive. In other words, it’s not able to produce as many kilo­grams of new matter from pho­to­syn­thesis and passage through the eco­system. It’s less pro­duc­tive. It sure is less inter­es­ting, though, isn’t it? And more than that: we lose the ser­vices of these species.

Moyers: The ser­vices of these species.

Wilson: Yes, ser­vices of these species to us. Like pol­li­na­tion and water purification.

Moyers: That we get free from nature.

Wilson: Yeah. Here’s an easy way to remember it.

La vidéo se trouve ici.

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Bien, cela a pris un peu plus de temps que prévu, mais les robots sont désor­mais à nos portes, moins média­tisés mais souvent plus inté­res­sants que l’ineffable Asimo. J’en avais déjà évoqué quelques-uns lors d’un message pré­cé­dent. Voici un petit tour d’horizon actualisé.

Dans la caté­gorie sau­ve­tage, le plus étrange est sans doute le che­nillé Hanuri-RT, puisqu’il ne permet de sauver que les per­sonnes pouvant se tenir accrou­pies et dotées d’un fameux sens de l’équilibre!

Si un acci­dent vous a com­plè­te­ment immo­bi­lisé, autant que vous soyez aussi incons­cient car ce pour­rait bien être Robo­kiyu qui vous prendra en charge quel que soit votre posi­tion (et qui aurait fait mer­veille dans le film Soleil Vert).

Un peu moins inquié­tant, le Hubo FX-1 chairbot peut trans­porter un pilote d’une cen­taine de kilos pilo­tant à l’aide d’un simple joys­tick. Si l’idée de base était d’offrir plus d’autonomie qu’un fau­teuil roulant, l’armée y voit aussi son intérêt.

Si votre sau­ve­tage réside plus sim­ple­ment à trouver quelqu’un qui vous serve le thé ou fasse votre vais­selle, Kawada Indus­tries déve­loppe une aide ména­gère robo­tique. Etran­ge­ment, elle n’a pas été desi­gnée comme une illus­tra­tion de Sorayama mais évoque plutôt une chimère goldorakienne.

L’industrie robo­tique semble bien reflèter les fan­tasmes d’une civi­li­sa­tion. En Asie, cela peut s’illustrer de deux façons, lorsqu’il s’agit des enfants. Tout d’abord par Orfo, le robot cha­peron coréen. Ensuite, de façon déran­geante, par CB2 (Child-Robot with Bio­me­tric Body) qui repré­sente un (mons­trueux) enfant de deux ans doté d’expressions faciales et de 200 cap­teurs tactiles.

Nul doute qu’une col­la­bo­ra­tion serait pro­fi­table avec les concep­teurs de Kansei, un robot doté d’un voca­lu­laire de 430.000 (!) mots capable d’intéragir facia­le­ment en fonc­tion du contexte émo­tionnel du discours.

Tous ces robots sont, à un certain degré, huma­noïdes et déve­loppés dans une optique uti­li­taire. En voici un qui sort du rang : Alexi­timia est une oeuvre créée par l’artiste argen­tine Paula Gaetano. Détec­tant votre sueur, cette chose trans­pi­rera par empa­thie à votre contact.

Mmmmh, Alexi­timia!

avk

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Deux projets ency­clo­pé­diques viennent de voir le jour, qui illus­trent de façon aca­dé­mique et parfois émou­vante la biodiversité.

La Bio­di­ver­sity Heri­tage Library compte déjà 1.250.000 pages, aux­quelles vont s’ajouter de nou­velles numé­ri­sa­tions mul­ti­média issues de dix ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques de renom amé­ri­caines et bri­tan­niques (dont l’université Harvard, la Smith­so­nian Ins­ti­tu­tion et le Musée d’histoire natu­relle de Londres).

L’Ency­clo­pedia of life se pré­sente quant à lui comme un éco­sys­tème de sites web dont la crois­sance orga­niques tiendra plus de wiki­pedia, s’ouvrant à des contri­bu­tions d’amateurs. À terme, ce projet devrait offrir une page telle que ce pro­to­type à chaque espèce vivante.

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C’est comme la marée. De temps à autres, la notion de QI est uti­lisée pour ali­menter des idéo­lo­gies tris­tou­nettes. Il y a quelques années, le dis­cours était du type :

QI => mesure => éli­tisme => eugé­nisme => racisme

À quelques excep­tions près, tout le monde s’entend bien aujourd’hui pour admettre que QI n’est pas syno­nyme d’intelligence et qu’il ne mesure avec pré­ci­sion que lui-même. Ainsi que le disait en plai­san­tant à moitié Binet à un journaliste :

Que mesurent vos tests?
– Le Q.I.
– Et qu’est-ce que le Q.I.?
– Ce que mesurent mes tests.

Cette boutade ne doit pas masquer qu’il existe cer­taines cor­ré­la­tions sta­tis­tiques (et non pas indi­vi­duelles) entre QI et, par exemple, réus­site sociale. D’où l’émergence d’un nouveau dis­cours qui, au contraire du premier, n’est pas hostile à la notion de QI. Mais il nous la sert dans un ragoût par­ti­cu­liè­re­ment émétique :

Le QI moyen d’une société humaine lui apporte une haute plus-value. Il convient donc de le conserver. Le QI moyen d’autres ethnies est infé­rieur. Évitons donc les mélanges et fermons les frontières.

Tyler Cohen a publié dans le très inté­res­sant Mar­ginal Revo­lu­tion un court article suivi de très nom­breux com­men­taires qui donnent un très bon éclai­rage du problème.

avk

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C’est bien en 2006 qu’a réel­le­ment débarqué l’an 2000. Petit retour en arrière sur une année dont cer­taines avan­cées en matière d’interfaces pour­raient bien changer le monde en profondeur.

Tout d’abord, le mélange de plus en plus intime entre ce que l’on dési­gnait par « réel » et « virtuel » produit une réalité aug­mentée : l’économie vir­tuelle de Second Life inter­fère désor­mais avec l’économie bien réelle et des logi­ciels détectent les humeurs de la blo­go­sphère.

L’interface homme-machine se déve­loppe for­te­ment aussi. Le cyber­sexe dépasse désor­mais le simple télé-paluchage syn­chrone ou asyn­chrone ; des sen­seurs acous­tiques trans­forment n’importe quelle surface en clavier : une inter­face ‘télé­pa­thique’ permet l’encodage de courts et simples textes ; un implant cer­vical permet de piloter un bras arti­fi­ciel et de lire les emails… Tout cela, par le biais de l’informatique quan­tique, laisse pré­sager une inté­gra­tion totale de l’informatique et de notre cerveau.

Mais l’interfaçage peut être plus pro­saïque : nos tubes diges­tifs peuvent se pré­parer à rece­voir des robots médi­caux ; les­quels occu­pe­ront bientôt tous les ter­rains, y compris le terrain mili­taire.

Au niveau de ses capa­cités de réflexion, l’ordinateur évolue aussi.. L’ordinateur quan­tique peut déjà addi­tionner deux nombres tandis que l’ordinateur à base d’ADN est imbat­table au tic-tac-toe. De son côté, l’ordinateur clas­sique a pris de l’avance, puisqu’il devient conscient.

L’animal n’est pas absent des nou­velles inter­faces. Il est par exemple pos­sible par exemple de jouer contre des ham­sters ou encore d’utiliser une limace afin de per­mettre à un robot de détecter des sources lumineuses.

Enfin, j’ai aussi épinglé la veste d’invisibilité (actuel­le­ment limitée aux micro-ondes d’une lon­gueur d’onde précise) ; le gel doté de capa­cités som­maires d’auto-organisation et per­met­tant notam­ment d’endiguer une hémor­ragie en quelques secondes ; les voi­tures réel­le­ment auto-mobiles ; qui font même des courses dans le traffic réel.

Niveau spatial, on pro­jette des voyages tou­ris­tiques autour de la Lune et on relance l’ascenseur spatial.

Quand j’ouvre le journal, je retrouve mes impres­sions de gosse plongé dans Jules Verne. Et j’adore ça!

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Vous avez vu ce qui se passe, ces temps-ci?

Richard Branson dévoile sa maquette d’engin spatial tout droit sortie d’un épisode de Flash Gordon ; l’US Air Force veut envoyer des satel­lites dans l’espace sans fusée ni navette mais au moyen d’un anneau inspiré de Jules Verne ; une firme alle­mande sort un appa­reil de 160 méga­pixels d’un manie­ment et d’une tech­no­logie de sto­ckage tota­le­ment inno­vantes ; une course de voi­tures robo­ti­sées aura pro­chai­ne­ment lieu en plein traffic urbain ; des robots-chirurgiens des­tinés aux champs de bataille sont en voie de déve­lop­pe­ment ; une inter­face « télé­pa­thique »» permet de surfer sur le web avec nos seules ondes céré­brales et Micro­soft va bientôt sortir Vista!

Dites-moi si je me trompe, mais est-ce que l’An 2000 ne serait pas fina­le­ment à nos portes?

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